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Texte intégral - Pacifique, Mai 1942
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Oct 16, 2012 17:15    Sujet du message: Texte intégral - Pacifique, Mai 1942 Répondre en citant

Mai 1942
2 – La guerre du Pacifique
Singapour : la victoire sans lendemain des Britanniques
Mer de Corail : la victoire à la Pyrrhus des Japonais


1er mai
Bataille de Singapour – II

Opération “Vimy Ridge”, J+2 – La droite britannique est encore contenue par la 5e Division japonaise qui tient la Colline 156 et ne cède du terrain que pouce par pouce. Cependant, les défenseurs n’ont presque plus de réserves et doivent étendre leur front pour couvrir leur droite, où la 9e Division a battu en retraite et où la 18e a du mal à tenir.
En dehors des collines, le terrain devient impraticable, car il est de plus en plus imprégné d’eau : il ne se trouve qu’à quelques pieds au dessus du niveau de la mer, de fortes pluies l’arrosent quotidiennement et il est constamment labouré par des obus et des bombes. La boue réveille dans la mémoire des officiers britanniques les souvenirs, personnels ou collectifs, des batailles de la Première Guerre dans les Flandres. Ils décident alors de maintenir leurs hommes sur le sol ferme et la grande attaque s’achève. Cependant, des assauts limités se poursuivent là où le terrain est favorable.
Ainsi, le centre britannique pousse vers le nord-est et réoccupe Tengah Air Base, encerclant presque la 5e Division japonaise, car à droite, venant de l’est, la 17e Division indienne progresse le long de la crête de la Colline 156. La 5e Division est obligée de se replier vers le nord et de traverser le Sungei Tengah pour se mettre à l’abri.
Les Britanniques ont ainsi réduit la tête de pont japonaise à deux enclaves, l’une, très réduite, au débouché de la Jetée, l’autre à l’ouest du Sungei Kranji et du Sungei Tengah et au nord de la base aérienne de Tengah et du Sungei Murai.
En pratique, l’opération Vimy Ridge s’achève. Le commandement britannique n’est en effet pas prêt à accepter les lourdes pertes qu’il faudrait subir pour expulser les Japonais du secteur boueux qu’ils contrôlent encore par une attaque frontale. Il y a plus de 23 jours de durs combats que la bataille de Singapour a commencé et les forces britanniques ont dû être considérablement réorganisées (voir appendice 1).
………
Nouvelle-Delhi – Extrait d’un télégramme du CinC en Inde au chef d’Etat-Major Impérial, à Londres, sur la reconstitution d’unités.
Les personnels essentiels de quatre quartiers généraux de brigade, ceux de la 55e Brigade britannique et des 6e, 8e et 46e Brigades Indiennes, ont été évacués de Singapour après évacuation de ces QG. Ceux-ci sont en cours de reconstitution en Inde.
Six bataillons d’infanterie (deux britanniques et quatre indiens) et deux régiments d’artillerie ont été dissous à Singapour, mais leurs cadres ont été évacués vers l’Inde par avion, tandis qu’un nombre considérable de blessés et de malades de ces formations qui avaient été évacués par bateau pendant la campagne de Malaisie (ou même par avion, pour quelques-uns, plus récemment) sont maintenant aptes à divers degrés à rejoindre leurs unités pour des tâches opérationnelles ou administratives. Or, toutes les unités servant ou ayant servi à l’est de la Birmanie disposent en Inde d’au moins un contingent de renfort qui, avec les cadres, les blessés et les malades évacués, peuvent reconstituer ces unités en cas de perte de la formation d’origine.
Même les unités perdues à Hong Kong pourraient être reconstituées car leurs contingents de renfort, qu’il s’agisse d’unités britanniques ou indiennes, sont toujours en Inde, et une partie des cadres évacués de Singapour sont disponibles pour les encadrer.
Avec suffisamment de contingents de renfort venant de Grande-Bretagne dans les six mois et avec les enrôlements en Inde, qui se poursuivent au rythme soutenu de 60 000 hommes par mois, nous devrions pouvoir reconstituer et reformer six divisions et l’équivalent de deux autres divisions sous forme de brigades indépendantes, d’ici le milieu de 1943.

Campagne d’Indochine
Tonkin, Dien-Bien-Phu
– La fête commencée la veille à la base Epervier se poursuit par une manifestation de soutien du Peuple Indochinois à la lutte contre le Fascisme. Le Peuple Indochinois est personnifié par le défilé de troupes qui composaient hier les unités de fusiliers volontaires levées en hâte dans toute l’Indochine et qui ont été aujourd’hui reprises en main par le Parti Communiste Vietnamien. Même si le PC n’apparaît pas officiellement, c’est bien Hô Chi-Minh qui siège sur la petite tribune improvisée pour l’occasion, à côté de Jean Sainteny et du général Martin. Les volontaires ont été réorganisés : laissant aux forces françaises et notamment à la Légion le rôle de noyau dur, avec des troupes dotées d’un équipement relativement lourd, les premières formations qui défilent aujourd’hui sont de simples pelotons de 34 hommes très mobiles, destinés d’abord à des missions de guérilla. Ces pelotons relèveront directement de l’autorité de Nguyen Binh, l’homme sur lequel Hô se repose pour tout ce qui est de la conduite des opérations et qu’il a fait (très officieusement) premier lieutenant-général de la (très officieuse) armée du Viet-Nam.
Dans chaque province du Tonkin, d’Annam, de Cochinchine, mais aussi du Laos et du Cambodge, des troupes réunies sur une base locale peuvent se regrouper pour créer des forces régionales. Certaines évolueront pour devenir de véritables forces régulières, équipées d’armes américaines venues de Chine ou, parfois, débarquées par le Casabianca. D’autres demeureront des unités de seconde ligne, se contentant des restes du matériel français ou des équipements japonais capturés.
Enfin, Hô Chi-Minh annonce la création des “Forces Populaires”. Ces groupes d’irréguliers seront formés dans chaque hameau, y compris et surtout en secteur contrôlé par les Japonais. Le Dan Quan sera constitué par des jeunes (parfois très jeunes) des deux sexes, qui s’occuperont notamment du renseignement. Le Dan Quan Du Kich rassemblera les hommes de 18 à 45 ans. Ces combattants à temps partiel, travaillant au champ le jour et posant des mines ou tendant des embuscades la nuit, deviendront un problème insoluble pour les Japonais, qui ne pourront jamais contrôler totalement le terrain. Leurs actions seront à l’origine de la terrible répression japonaise qui utilisera la faim pour arme, répression connue sous le nom de Guerre du Riz.

Pacifique Central
Au large du Japon
– Premier succès d’importance pour les sous-marins américains ! Le porte-hydravions Mizuho est surpris par l’USS Drum, qui le coule d’une salve de torpilles qui (pour une fois !) fonctionnent comme elles sont censées le faire.

Campagne du Pacifique Sud
Pearl Harbor
– L’amiral Nimitz (CinC-Pac) rencontre ses principaux officiers et notamment les amiraux Halsey et Spruance pour passer en revue les possibilités d’action devant les rapports de la Signal Intelligence Unit opérant à Pearl Harbor, qui avertissent de certaines discordances dans les nouveaux signaux de transmission japonais.
Nimitz décide qu’une fois ravitaillés, l’Enterprise et le Hornet vont couvrir à distance des navires qui doivent transporter du matériel et de l’artillerie à Midway.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte est de l’Australie
– « La 28e Division de sous-marins était composée de trois gros sous-marins océaniques anciens de type KD3A et KD3B, les I-59, I-60 et I-62. La Division partit de Kwajalein et arriva à Rabaul le 20 avril, où elle passa trois jours pour ravitailler et effectuer de menues réparations. Repartis le 23, les trois submersibles entrèrent de nuit en Mer de Corail, évitant de possibles sous-marins alliés et échappant, sans le savoir, aux yeux inquisiteurs des coastwatchers. Leur voyage fut peu animé, car ils ne virent pas grand chose jusqu’à leur arrivée sur leurs lieux de patrouille, entre le 27 et le 30 avril : l’I-60 devant Brisbane, l’I-62 devant Sydney et l’I-59 dans le Détroit de Bass et devant Melbourne. »
Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de Mr Norman, 1950.
20h00 – L’I-59, en surface, rencontre le cargo australien Moonta (2 693 GRT, Adelaide Steamship Co, allant de Wellington à Melbourne avec un chargement varié) à 200 nautiques environ du cap Green. La visibilité est médiocre et la mer agitée. Le Moonta ne découvre la présence de l’ennemi qu’au moment où le sous-marin ouvre le feu au canon de 4,7 pouces. Trop lent pour espérer s’enfuir, le cargo appelle au secours – mais il n’y a personne pour lui venir en aide. La suite est une lutte épique, digne d’entrer dans l’histoire de la marine marchande.
« Le Moonta avait l’habituel petit canon sur la plage arrière, un vieux 4 pouces (récupéré sur le premier HMAS Australia). Ses servants répliquèrent au sous-marin, mais avec bien moins d’efficacité que leurs adversaires, car l’I-59 était une cible beaucoup plus difficile à atteindre que le cargo. Le commandant du sous-marin ne se laissa pas intimider. Il ne pouvait espérer mettre facilement une torpille au but sur un navire alerté et manœuvrant dans ces conditions météo, mais il décida de prolonger le duel au canon. Le Moonta ne pouvait remporter ce duel, non seulement parce qu’il offrait une trop belle cible, mais encore parce que les premiers obus avaient allumé un incendie. Ses messages radio, captés à Melbourne, firent en direct le récit pathétique d’un combat à mort, solitaire et désespéré. Trois fois le cargo fut tout près d’éperonner l’I-59, deux fois le sous-marin dut plonger pour éviter le Moonta, mais chaque fois le submersible refit surface et recommença à tirer. Au bout de trois heures de ce manège mortel, le Moonta était en morceaux et flambait comme un bûcher funéraire. Mais le Japonais fut stupéfait de constater que, stoppé, dérivant et brûlant de la proue à la poupe, son adversaire continuait à tirer ! Le commandant de l’I-59, qui comptait deux tués et quatre blessés graves, voulut en finir et logea une torpille dans les flancs du cargo, qui coula immédiatement. Pour la première et la seule fois de la guerre du Pacifique, le sous-marin s’approcha du lieu du naufrage et recueillit les seuls survivants qu’il put trouver, quatre en tout, tous blessés et qui n’avaient aucun canot ou radeau de sauvetage, ceux-ci ayant été détruits pendant le combat.
Cette action remarquable eut un épilogue extraordinaire. Dans la nuit du 3 au 4 mai, l’I-59 arraisonna un petit bateau de pêche en bois, le Dolly III, 8 nautiques au large de Merimbula, faisant la peur de leur vie à ses cinq hommes d’équipage. Mais le Japonais voulait seulement transférer à son bord les quatre marins du Moonta, avec un compte-rendu de l’action rédigé en japonais. Le commandant de l’I-59 ajoutait que les hommes du Moonta avaient combattu “honorablement et avec une grande bravoure” jusqu’à la dernière seconde et qu’en dépit des exigences de la guerre, il libérait les survivants, car les morts avaient bien mérité que leurs actions ne tombent pas dans l’oubli.
Cet épisode fit sensation en Australie. La lettre du capitaine japonais et le témoignage des survivants conduisirent après la guerre à l’attribution de la George Cross à titre posthume au commandant du Moonta. Ce fut la seconde et dernière décernée pour une action au large de la côte d’Australie.
Les survivants rapportèrent qu’ils avaient été bien traités et qu’on leur avait donné à manger et des vêtements pour remplacer ceux qu’ils portaient, imprégnés d’eau et de mazout. Les examens médicaux montrèrent que les soins qu’ils avaient reçus étaient de mauvaise qualité, indiquant que le service de santé à bord des navires de la Marine Impériale était loin d’être parfait. Les marins australiens n’avaient pas vu grand chose du sous-marin. Ils en avaient gardé l’impression d’un bâtiment ancien, inconfortable, encombré quoique de grande taille, et abritant de nombreux rats. La nourriture était abondante et de bonne qualité – riz, poisson en boîte et une grande variété de légumes en conserve, servis quatre fois par jour. Il fut correctement déduit qu’il s’agissait d’un sous-marin océanique des années 1920.
Ce fut le seul épisode de ce genre de toute la guerre. » [Research notes de Mr Norman, 1950]


2 mai
Bataille de Singapour – II

Dans la nuit du 1er au 2 mai, après avoir étudié des rapports de “patrouilles d’officiers” sur la rive malaise du détroit, le commandement de la Région Militaire ordonne à l’envoi de deux compagnies d’irréguliers chinois de la Dalforce en Sud-Ouest Johore. Les Chinois doivent traverser le détroit grâce à certaines des embarcations légères que les quelques officiers de la Royal Navy restés à Singapour ont préservées depuis de nombreuses semaines comme s’il s’agissait de croiseurs lourds. Le commandement de la Forteresse de Singapour (dont dépend la Straits & Settlements Volunteer Force, SSVF) refuse au Lt-colonel John Dalley, créateur et commandant de la Dalforce, l’autorisation de traverser avec ses hommes – sur quoi l’officier cache ses galons et s’embarque au milieu d’un groupe de “ses” Chinois, amusés et ravis. Avant l’aube, Dalley signale à ses supérieurs (mécontents, mais pas vraiment étonnés, de son insubordination) qu’il ne rencontre aucune opposition notable. Un bataillon d’infanterie de la 2e Brigade de Malaisie est alors lui aussi envoyé sur l’autre rive de la partie ouest du Détroit de Johore.
Vers midi, la résistance japonaise en Johore s’est raidie. Mille à quinze cents hommes venus des lignes arrière des 9e, 18e et 5e Divisions se sont disposés en défense, utilisant une partie des anciens retranchements de la 11e Division Indienne. Pendant ce temps, faisant largement usage de rideaux de fumée pour cacher les petites embarcations aux avions japonais pendant la brève traversée du détroit, les Britanniques ont renforcé leur “corps expéditionnaire” avec deux autres compagnies de la Dalforce, mais surtout deux autres bataillons d’infanterie de la 2e Brigade de Malaisie, le QG de cette brigade et une batterie d’artillerie de montagne. L’infanterie régulière s’enfonce plus profondément dans les terres, sur le flanc des Japonais. Ces opérations sont activement soutenues par l’artillerie de Singapour, qui tire en contre-batterie, mais aussi sur des cibles dont les coordonnées ont été relevées depuis longtemps (comme les retranchements de la 11e Division Indienne) et sur des objectifs signalés par des observateurs. Ces derniers se sont installés sur des hauteurs en Johore et règlent le tir des canons britanniques par radio ou par projecteurs de signalisation, dont les éclats sont bien visibles des stations relais établies sur les hauteurs de Singapour récemment reprises à l’ennemi.
De fortes patrouilles envoyées sur les îles au sud-ouest de Singapour rapportent qu’elles n’ont rencontré aucune opposition, en dehors de quelques petits postes d’observation qui ont été rapidement éliminés.
De même, l’île de Pulau Ubin (au nord-est de Singapour) est reprise sans difficulté. Sa garnison ne se compose que de quelques vieux réservistes de deuxième ligne, dont certains se rendent de bon gré. En les interrogeant, les Anglais découvrent que les trois bataillons réguliers qui avaient débarqué dans l’île à l’origine en ont été retirés au bout d’une semaine pour aller renforcer les unités qui se battaient dans le secteur de la Jetée. Ils ont alors été remplacés par des unités symboliques chargées de donner l’impression d’une force bien plus importante (ce qu’elles ont d’ailleurs fait avec succès) et de protéger les batteries d’artillerie installées sur l’île. Mais les deux compagnies britanniques qui s’emparent presque sans combat de leurs emplacements ne découvrent que des positions d’artillerie totalement ravagées lors de duels perdus dans les trois semaines précédentes avec les canons anglais.
La nuit suivante, des patrouilles parties de Pulau Ubin débarquent en Johore, où elles ne trouvent que quelques postes d’observation.
De même, les patrouilles envoyées par la petite garnison britannique toujours accrochée au Sud-Est Johore signalent qu’elles ne localisent pas le moindre Japonais. Il semble que ce secteur à l’écart ait été abandonné afin de libérer des troupes pour la bataille principale.
………
Résumé du rapport sur les activités des “Stay Behind Forces” dans l’état de Johore pour le mois d’avril 1942 (Extrait d’un message du Commandement de la Région Militaire de Malaisie, Singapour, à l’Etat-Major Impérial, Londres).
(i) – Les unités de troisième classe (comprenant des ouvriers militaires recrutés dans l’île de Hainan) que les Japonais emploient pour maintenir leurs lignes de communication n’ont pas beaucoup gêné nos Stay Behind Forces. Les installations suivantes, qui n’avaient été réparées que de façon approximative par les Japonais entre janvier et mars, ont été des cibles presque trop faciles (Note – Les distances, précisées dans le rapport complet, sont calculées à partir de la Poste de Johore Bahru et vont de 2, 5 à 116,5 miles).
– Sur la route de Kota Tinggi à Jemaluang : démolition de onze ponts (sept en bois, trois en béton et un flottant), deux scieries, deux citernes de carburant et un point de ravitaillement en eau.
– Sur la route de Kluang à Jemaluang : démolition de quatorze ponts, une scierie et un point de ravitaillement en eau. Construction de dix gros barrages fait d’arbres abattus, piégés avec des mines à shrapnels.
Nos SBF semblent pouvoir se déplacer et frapper au moment et à l’endroit qu’elles désirent. Leur tâche est facilitée par l’absence presque totale de population civile susceptible de créer des complications.
(ii) – Les Japonais semblent manquer de conducteurs de camion, car on a vu des prisonniers de guerre conduire des véhicules appartenant à des convois de ravitaillement routiers et travailler avec des équipes d’entretien des lignes de communication. L’ennemi a même dû faire venir du Kedah des ouvriers militaires thaïlandais.
Par ailleurs, les Thaïlandais ont envoyé plus de dix mille hommes de garnison dans les états de Perlis, Kedah, Trengganu et Kelantan pour relever certaines troupes japonaises occupées à des tâches secondaires en Malaisie du nord. Il est probable que les Thaïlandais profitent du manque de troupes japonaises en Malaisie pour jeter les bases de prétentions territoriales sur les états malais.
Le service de renseignement de la Région Militaire de Malaisie pensait que les Japonais, ayant au départ concentré suffisamment de troupes, d’armes, de matériel et de ravitaillement pour l’attaque de Singapour, avaient ensuite retiré toutes leurs meilleures troupes des missions secondaires pour les ajouter à celles livrant la bataille principale. Après l’importante réévaluation des forces ennemies effectuées fin avril 1942, il apparaît que l’affaiblissement des lignes de communication japonaises en Johore a été mis en œuvre d’emblée pour tenter de prendre Singapour d’assaut sans recourir à un siège.
(iii) – Des embuscades tendues à des courriers, voitures de liaison, convois routiers etc. ont permis la capture d’une grande quantité de documentation et de courrier. La transmission de ces documents à Singapour a créé un véritable embouteillage, car le commandement de la Région Militaire ne dispose que d’un petit nombre de traducteurs, et des renseignements vitaux risquent de n’être connus que trop tard. Pour y parer, la plupart des documents capturés sont maintenant envoyés par avion en Inde, où ils sont traduits et décodés au mieux, les versions traduites étant renvoyées par câble sous-marin à Singapour.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk
– Arrivée de la 2e Division de porte-avions (CV Hiryu et Soryu), qui doivent prendre part à l’opération MO.
………
Nouvelle-Calédonie – Les porte-avions du contre-amiral Fitch, le Lexington et le Yorktown, sont ancrés avec leur escorte dans la rade de Nouméa. Le Wasp (contre-amiral Leigh Noyes), l’autre porte-avions américain dans la région, couvre à ce moment un convoi en route pour Suva (îles Fidji).
En fin de journée, le général Wavell, nommé quelques jours plus tôt commandant suprême allié en Extrême-Orient, arrive en Nouvelle-Calédonie en compagnie du contre-amiral J.G. Crace (chef de l’escadre britannique du Pacifique), du général Brett (USAAF) et du vice-amiral R.L. Ghormley (représentant du CinC-Pac auprès du général Wavell).
………
Pearl Harbor – Sous le commandement du vice-amiral Halsey, l’Enterprise, le Hornet et leurs écrans quittent le port pour couvrir la mission du ravitailleur d’hydravions Kittyhawk, qui transporte du matériel et du ravitaillement à Midway.


3 mai
Bataille de Singapour – II
Johore
– Dans la nuit du 2 au 3, l’infanterie japonaise s’infiltre dans les positions des forces alliées en Sud-Ouest Johore et lance des contre-attaques localisées pour tenter de les couper de Singapour. Mais ce faisant, elles progressent le long de la côte de Johore et s’exposent au tir direct des canons, des mortiers et même des mitrailleuses britanniques installés sur la côte de Singapour.
Pendant ce temps, les Alliés envoient en Johore le NCVR réorganisé et le SCVR (South China Volunteers Rgt), constitué grâce à de nouvelles recrues : en tout, quatre bataillons, dont les hommes sont mal armés (un fusil, peu de cartouches et une baïonnette pour chacun), mais nombreux. Leurs embarcations guident des animaux de trait qui, eux, doivent traverser à la nage. Mulets et chevaux vont pouvoir transporter les armes et munitions de deux compagnies de mortiers qui traversent elles aussi le détroit.
Ces opérations de transport naval se doublent de missions offensives : le contre-amiral Spooner envoie en effet quelques péniches motorisées et quelques chaloupes à moteur armées de mitrailleuses entre le nord-ouest de Singapour et Johore. Les Japonais essayent en effet de renvoyer des troupes de Singapour en Johore, et la “Spooner’s Navy” détruit plusieurs des petits bateaux qui tentent de faire la navette.
Lorsque le jour se lève, de nombreux canons anti-aériens britanniques sont en position au bord de la partie ouest du détroit, pour protéger les points de passage et servir, avec une efficacité dévastatrice, d’artillerie à tir direct. Et vers 10h00, les Alliés passent finalement à l’attaque.
« Quatre mille Chinois se ruent sur les lignes japonaises dans une massive charge à la baïonnette au milieu d’une plantation d’hévéas, où l’efficacité des tirs défensifs est fortement réduite. Il s’ensuit deux heures d’une sanglante bataille au corps à corps, plus proche des luttes de la Première Guerre, voire des siècles précédents, que de la guerre moderne. Débordés par le nombre et la rage de leurs adversaires, dont la haine compense le manque de formation militaire, les Japonais sont repoussés de deux kilomètres et subissent de lourdes pertes au cours d’une lutte féroce. Au milieu de ses hommes, maniant lui-même la baïonnette, le Lt-colonel Dalley est partout, relançant l’attaque chaque fois qu’elle semble s’émousser. Les renforts japonais qui arrivent par petits paquets ont beaucoup de mal à stabiliser la situation.
Alors qu’ils y parviennent tout juste, vers midi, sur l’aile alliée à l’intéreiur des terres, deux bataillons britanniques, le 1er/Manchester et le 2e/Gordon Highlanders, soit 1 300 hommes, lancent une traditionnelle charge à la baïonnette de l’armée de Sa Majesté, ordonnée, soutenue par un barrage roulant et au pas cadencé. “Il ne manquait que les fifres et les tambours” se souvenait encore, bien des années plus tard, Archibald C. White, alors lieutenant. L’attaque chinoise ayant attiré toutes les réserves ennemies, cette nouvelle attaque enfonce le flanc des Japonais et les deux bataillons débouchent sur leurs arrières. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Robin “Doc” Meyrson a réussi, dans la nuit, à traverser le détroit, et il suit les troupes victorieuses. « Nous découvrons un spectacle d’effondrement militaire et de confusion. De place en place, nous tombons sur des positions de batteries abandonnées, dont un ou deux canons seulement sont effectivement détruits (les canons sont très difficiles à détruire), mais avec des prolonges démantibulées, des caissons à munitions explosés, des animaux de trait tués, des tracteurs incendiés… A un moment, les soldats se heurtent à des Japonais appartenant à une unité du train. Ces hommes refusent de se rendre et se battent avec l’énergie du désespoir, mais leur sort est vite réglé. Tout un groupe de précieux chevaux de bât est ainsi capturé juste avant que les Japonais ne tuent ou ne dispersent ces animaux. Mais le pire est à venir. Nous découvrons ce qui est visiblement un poste de secours où l’on soignait malades et blessés, mais seuls des morts nous accueillent. Médecins et infirmiers ont massacré ceux dont ils avaient la charge avant de se donner la mort. Il semble que, pour beaucoup de Japonais, la capture soit un sort bien pire que la mort. »
Et encore, le journaliste ne sait pas tout. Dans l’après-midi, le commandement britannique reçoit un message stupéfait de l’état-major de la 2e Brigade de Malaisie. « Nos reconnaissances ont découvert ce qui se présente comme un hôpital de campagne, installé dans un ancien complexe souterrain de la 11e Division Indienne et abritant à coup sûr de nombreux malades et blessés japonais. Il est certain que toute tentative pour s’en emparer provoquera un massacre, car nous savons par expérience que le personnel de santé ne se rendra pas et préférera tuer les hommes hospitalisés. Que devons-nous faire ? »
Pour Gort et son état-major, c’est un véritable dilemme. Provoquer ainsi la mort de nombreux Japonais sans défense pourrait ressembler à l’application de la loi du talion après tous les massacres injustifiés commis par les Japonais dans le nord de la Malaisie, mais souillerait le drapeau britannique. De plus, les Japonais pourraient se venger sur les nombreux prisonniers alliés qu’ils détiennent, voire sur les défenseurs et la population de Singapour si le sort des armes changeait. Gort décide de proposer aux Japonais une trêve pour leur permettre d’évacuer leurs blessés. Il estime que ses adversaires devraient accepter cette proposition, car ils semblent en très mauvaise posture. Mais de leur côté, les Alliés montrent une force qui n’est en réalité qu’apparente, car le niveau des réserves de munitions (sans parler des autres approvisionnements) baisse inexorablement.
Ce même jour, deux bataillons d’infanterie Gurkha traversent la partie est du détroit de Johore et s’enfoncent dans les terres du Sud-Est Johore. Ils n’y découvrent que des campements désertés et des positions d’artillerie détruites. Dans le même temps, les patrouilles envoyées de Pengerang par la garnison des batteries côtières du Sud-Est Johore commencent à remonter la rivière Johore vers Kota Tingi, mais toujours sans rencontrer le moindre Japonais.
………
Résumé du rapport sur les activités des “Stay Behind Forces” dans la péninsule malaise pour le mois d’avril 1942 (Extrait d’un message du Commandement de la Région Militaire de Malaisie, Singapour, à l’Etat-Major Impérial, Londres).
(i) – Localisation des prisonniers de guerre du Commonwealth en Malaisie.
Les prisonniers sont principalement détenus à la prison de Pudu, à Kuala Lumpur. De petits groupes sont enfermés dans de plus petites prisons d’état, à Alor Setar, Ipoh, Taiping et Malacca.
Lorsque les prisonniers FMSVF de Pudu sortent travailler, ils ont régulièrement la possibilité de communiquer avec des contacts de confiance dans la population eurasienne locale. De plus, un officier prisonnier est en contact avec des Chinois communistes opérant dans les Cameron Highlands et dans la région des Grottes de Batu grâce à une radio à ondes courtes type Z de l’Armée. L’appareil a été introduit en contrebande dans la prison, ce qui n’a pas été un mince exploit, car un type Z pèse 40 livres et mesure 30 x 20 x 20 pouces.
(…)
(ii) Contrôle du territoire malais par les forces d’occupation japonaises.
Beaucoup de Malais trahissent activement et livrent à l’ennemi de petits groupes de soldats britanniques, isolés depuis des mois mais qui ont réussi à rester libres. Les Japonais payent en liquide ceux qui leur livrent des soldats alliés, des civils européens ou des Résistants, d’autant plus cher que les hommes trahis sont nombreux. Mais en plus des Malais qui collaborent avec les Japonais par intérêt financier, d’autres cherchent à obtenir diverses sortes de faveurs de la part des forces d’occupation, et d’autres trahissent parce qu’ils ont peur. En règle générale, il faut donc éviter de faire confiance à des Malais, sauf cas exceptionnel.
Par ailleurs, pour lutter contre les opérations des Résistants chinois et de nos “Stay behind forces”, les Japonais ont mis en place un système de grille. Chaque zone géographique correspond à un village et à une case de la grille. Les chefs de village sont responsables de ce tout qui se passe et de tout ce qui bouge dans leur case. Si les Japonais (ou leurs collaborateurs malais) trouvent qui que ce soit hors de la “case” où il habite et qu’on ne leur a pas signalé son passage entre sa case d’origine et la case où il a été repéré, le chef du village situé entre l’adresse du suspect et l’endroit où il a été repéré doit être exécuté.
(…)
(iii) Pertes de la Force 136.
Capturés en mars 1942 – Elkan et Pearson, anciens planteurs de la région de Kuala Lumpur.
Capturés en avril 1942 – Frank Van Renan et Bill Harvey, anciens planteurs du Kedah.
Tous quatre ont été transférés à la prison de Pudu (Kuala Lumpur). Ils ont été torturés, mais ont réussi à convaincre le Kempei-Tai qu’ils étaient de simples civils qui avaient été oubliés lors de la retraite britannique.
………
Résumé du rapport sur la situation sanitaire dans l’île de Singapour au 1er mai 1942 (Extraits d’un message des autorités médicales militaires au Commandement de la Région de Malaisie).
(…) Les dommages provoqués par la bataille aux égouts, aux latrines et aux canaux de drainage des pluies de mousson et des eaux stagnantes (contre le paludisme), mais aussi l’accumulation des cadavres humains et animaux crée un grave problème de santé publique. Il est conseillé de tenir compte de ce facteur lors des opérations permettant d’avancer dans des zones occupées par les Japonais, car elles sont bas situées, les latrines y sont creusées près des nappes phréatiques et leur drainage est très médiocre : les eaux de ces zones peuvent donc être dangereuses à boire.
(…)
La diphtérie commence à devenir un grave problème. Il faut empêcher son extension. Pour cela, nous venons de recevoir par avion 176 000 doses d’antitoxine.
(…)
Relevé des admissions dans nos hôpitaux pour le mois d’avril :
– Militaires, 835 : dysenterie, 110 ; malaria, 62 ; dengue, 132 ; béribéri, 124 ; diphtérie, 58 (dont 7 décès).
– Auxiliaires civils, environ un millier : dysenterie, 800 environ ; typhus, 40 (nombre de décès non précisé).
(…)

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– En ce dimanche, une grande partie de l’état-major alié dans le Pacifique Sud-Ouest assiste à une messe célébrée, ainsi que le raconte l’historien naval américain S.E. Morison : « (…) dans une cathédrale catholique de noble apparence, où la plupart des assistants étaient des officiers et des marins français, à l’exception d’un gentleman solitaire et de cinq vieilles dames en noir, tous accueillis par un sermon prononcé dans le français de Bossuet par un prêtre qui paraissait aussi éloigné de cette guerre que Bossuet lui-même. »
Un peu plus tard, les généraux Wavell et Brett et les amiraux Crace, Ghormley, Fletcher, Fitch et Muselier tiennent une conférence de planification capitale dans le bureau de Muselier, au palais du Gouverneur de Nouvelle-Calédonie, agréablement situé au sommet d’une colline. Les participants examinent les choix que leur ouvrent les tout récents, mais assez maigres, rapports des services de renseignement.
Il est évident qu’une action de l’ennemi en direction de Port-Moresby et probablement des Salomon est en préparation. Port-Moresby est en lui-même un point stratégique et un port important et, des Salomon, il serait possible d’attaquer la Nouvelle-Calédonie, les Samoa et les Fidji, coupant le lien entre l’Australie et les Etats-Unis.
* A Port-Moresby se trouvent déjà des unités australiennes et américaines. Les forces de l’USAAF en Nouvelle-Guinée et en Australie commencent d’ailleurs à être d’une certaine importance :
– 8th PG (72 P-39), moitié à Port-Moresby, moitié à Townsville.
– 49th PG (80 P-40), à Darwin.
– 35th PG (81 P-39), à Sydney.
– 3rd BG (L) (19 B-25, 19 A-24 et 14 A-20), à Charters Tower.
– 22nd BG (M) (12 B-25 et 80 B-26), à Townsville.
– 19th BG (H) (48 B-17), à Cloncurry.
* Les Salomon britanniques sont légalement passées sous administration australienne une semaine plus tôt. En fait, les officiels britanniques restent sur place : il s’agit d’une fiction légale pour autoriser l’utilisation dans cette région des forces de l’AMF (Australian Military Force ou “Militia”, qui n’a pas le droit légal de quitter le territoire australien). Le gouvernement australien a d’ailleurs immédiatement pris des mesures pour assurer sa défense au mieux des faibles moyens disponibles. Une petite hydrobase a été établie à Tulagi, et une piste d’aviation est en construction sur l’île de Guadalcanal. Les forces aériennes disponibles sont cependant minces : un Short “C” (ex-Quantas), aidé par deux Saro Lerwick et deux Catalina du Groupe de Patrouille Maritime de Brisbane. Jusqu’à ce que la piste puisse recevoir des avions de l’USAAF, il n’y aura pas de véritable défense aérienne. L’US Navy aimerait développer Tulagi-Guadalcanal pour en faire une base puissante capable de bloquer l’avance japonaise puis d’attaquer Rabaul, mais elle manque de moyens. Chacun s’accorde pour considérer que dans les conditions actuelles, Tulagi est impossible à défendre contre une attaque japonaise sérieuse.
* La situation aux Fidji est aussi inquiétante. La RNZAF entretient une hydrobase à Lautoka Bay, et un bataillon néo-zélandais est en garnison dans la capitale, Suva. Mais jusqu’à l’arrivée dans la région d’une division d’infanterie américaine, prévue pour début juin, c’est tout ce qui peut être fait. Néanmoins, un grand aérodrome est en construction et devrait être terminé courant juin.
* Aux Samoa stationnent déjà un bataillon de défense des Marines et quelques autres détachements. Dix-huit F4F-3 et 17 SBC ont été envoyés à Pago-Pago ainsi qu’un certain nombre d’hydravions soutenus par le Swan. Sur l’île d’Upolu (sous mandat néo-zélandais) se trouve un autre bataillon de Marines et une autre hydrobase. Wallis (île française) a reçu une compagnie d’infanterie coloniale renforcée et possède une petite hydrobase avec trois Loire-130, tandis qu’un aérodrome est en construction.
Il est décidé que les porte-avions américains opéreront de Nouméa, deux d’entre eux naviguant toujours ensemble, le troisième pouvant être détaché pour escorter des convois. L’escadre britannique (British Pacific Squadron), qui sera bientôt renforcée, devrait opérer de Brisbane. Au fur et à mesure que plus de troupes américaines vont arriver en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie et aux Fidji, les Forces Françaises du Pacifique alloueront deux à quatre bataillons à la défense de Tulagi-Guadalcanal. Une fois terminé, le terrain de Guadalcanal pourrait accueillir une partie des avions de l’USAAF opérant en Australie.
Si les Japonais attaquent avant l’achèvement de ce terrain, Tulagi devra être évacué et les attaquants détruits en mer par une combinaison d’attaques aériennes de jour et d’actions navales de nuit. La défense de Port-Moresby doit rester la priorité.
Dans la soirée, Wavell, Brett et Crace quittent Nouméa pour Brisbane.


4 mai
Bataille de Singapour – II

Dans la nuit du 3 au 4, les Alliés lancent de nombreuses patrouilles qui provoquent des escarmouches sur tous les fronts, à Singapour et en Johore, pour forcer le commandement japonais à répondre rapidement à la proposition britannique de cessez-le-feu.
………
Dès l’aube, les combats reprennent à grande échelle.
– L’aviation japonaise, très présente, bombarde et mitraille continuellement, mais son travail est très difficile sur un terrain où la végétation est dense et où les lignes de front bougent continuellement. A plusieurs reprises, des avions d’appui tactique attaquent leurs propres troupes. Quant aux bimoteurs, incapables de trouver des objectifs bien déterminés, ils bombardent au jugé n’importe où, et font très souvent des victimes civiles.
– Dans l’île de Singapour, les cinq bataillons de la Brigade de la SSVF (Straits and Singapore Volunteer Force), qui piaffaient d’impatience, sont enfin engagés. Ils attaquent la 5e Division japonaise, au nord de Tengah Air Base. Pendant plus d’une heure, malgré leur infériorité numérique, les Japonais luttent pied à pied, mais ils sont rongés par l’épuisement physique et mental dû à trois semaines de combat presque ininterrompu sans repos convenable, sans renforts suffisants pour compenser les pertes dues aux blessures et à la maladie et sans soins médicaux adaptés. Brutalement, la défense s’effondre, les lignes se désagrègent et les hommes s’enfuient vers le nord. Le 4e Bataillon de Malacca se distingue particulièrement dans cette action. Ses hommes – Chinois, Portugais, Eurasiens ou Malais – ont en effet des comptes personnels à régler avec les Japonais, responsables de la destruction de leurs maisons, de la mort de nombreux proches et de l’anéantissement du fruit de cinq siècles de travail.
Un peu plus à l’ouest, les quatre bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regt (HKSIR), dont les lourdes pertes lors de l’attaque japonaise initiale ont été compensées par l’incorporation de recrues de Singapour, veulent leur revanche. Partant des Malayan Farms, ils doivent escalader les hauteurs tenues par la 18e Division japonaise pour couvrir le flanc gauche de la SSVF. Pour cette mission difficile, ils reçoivent un soutien d’artillerie lourde. Les progrès sont lents et coûteux, mais les postes japonais sont enlevés un par un, d’autant qu’il semble n’y avoir en face aucune réserve capable de contre-attaquer ou de soutenir les positions menacées. De plus, dès le début, si les lignes japonaises sont couvertes par des tirs nourris de mitrailleuses, de mortiers et de canons de 70 mm, l’artillerie lourde ennemie est presque absente. La 18e Division est en très mauvais état.
– A l’ouest du Johore, les routes se dirigeant vers le nord sont encombrées de transports entassés les uns sur les autres, proposant aux canons à longue portée britannique une cible rêvée. Les artilleurs anglais ne résistent pas à la tentation de dépenser une partie de leurs précieux obus, infligeant à l’ennemi de lourdes pertes en hommes et en matériel. L’artillerie japonaise ne réplique plus que par des tirs erratiques.
Au nord du front (à l’intérieur), les Britanniques ont constitué avec des chevaux capturés le “1st Straits & Singapore Provisional Cavalry Regt”, en faisant appel à tous les hommes – Anglais, Australiens, Indiens ou locaux – ayant une expérience de l’équitation : on compte parmi eux d’anciens cavaliers de l’Armée, mais aussi des joueurs de polo et même deux jockeys ! Ces cavaliers forment de petits groupes qui débordent le front japonais et s’infiltrent sur les arrières ennemis. Leurs ordres sont d’éviter le combat, mais de faire le plus de bruit possible pour désorganiser les défenses japonaises. Les Japonais voient soudain des colonnes de fumée s’élever sur leurs arrières tandis que retentissent des sonneries de trompette, des miaulements de cornemuses, des explosions et des coups de feu… Il arrive même que le soleil fasse briller des lames de sabre ou des pointes de lance hâtivement décrochées des murs des mess des unités basées à Singapour. En tout, ce “régiment” compte moins de 400 cavaliers, mais ils font le bruit de plusieurs bataillons !
La 2e Brigade de Malaisie, passée sur ce flanc, va en profiter. Elle est maintenant forte de quatre bataillons (1er/Manchester Rgt, 2e/Gordon Highlanders Rgt, 2e East Surrey Rgt, 1er/Bedfordshire & Hertfordshire Rgt), soutenus par les vingt-quatre canons de 18 livres (Mk 1) du 6e (Kent) Defence Rgt de la Royal Artillery. Ces hommes avancent sur les hauteurs.
Dans la plaine, au bord du Détroit, les unités chinoises (North Chinese Volunteers Rgt et South Chinese Volunteers Rgt) ont été renforcées par deux “Rocket companies” (en fait, il s’agit de fusées artisanales créées par le savoir-faire des artificiers de Singapour). Ces hommes, qui n’ont que très peu d’expérience, sont incapables de tactiques subtiles, mais avancent avec ardeur, formant un front continu soutenu par des compagnies de réserve qui se jettent sur les îlots de résistance.
Les Japonais offrent pourtant une résistance bien plus solide que la veille. Il s’agit en effet des survivants de la 27e Division, qui ont traversé le Détroit par la Jetée, et des éléments de la 9e Division qui ont réussi à traverser en bateau dans la nuit.
– A l’est du Johore, la 28e Brigade Gurkha (2/1er, 2/2e et 2/9e Gurkha Rifles) atteint les routes desservant les plantations et avance vers l’ouest en direction de Johore Bahru (au débouché de la Jetée sur le continent) jusqu’à entrer en contact avec un régiment d’infanterie formé autour de survivants de la Division de la Garde Impériale (en fait, tout ce qui restait de la Garde a repassé le Détroit par la Jetée dans la nuit). Devant cette solide résistance, les Gurkhas demandent un soutien d’artillerie, assuré par les canons de campagne restés à Singapour, qui tirent à présent des quais de la Base navale.
– A Johore Bahru, dans la fumée d’un barrage de fumigènes et des incendies qui brûlent encore sur l’île de Singapour, surgit sur la Jetée une colonne de chars, d’autos blindées, de Bren Carriers et de camions légers. Les Japonais restés en arrière-garde ouvrent le feu avec tout ce qu’ils ont, mais sans grand succès. Le temps manque pour viser, les blindés anglais résistent aux coups mal ajustés et seuls quelques camions sont démolis par ces tirs. Trois chars sautent sur des mines et deux autres sont détruits par des canons antichars tirant à bout portant, mais ils sont poussés sur le côté par les suivants, tandis que l’infanterie, sautant des véhicules légers, règle le compte des servants des antichars. La colonne pénètre dans la petite ville, où les autos blindées mitraillent camions et voitures, dispersant ou massacrant des groupes confus de soldats. Des camions qui suivent les blindés débarquent des hommes de la 12e Brigade Indienne (4/19e Hyderabad et 2e Argyll & Sutherland Highanders), qui commencent à nettoyer la ville maison par maison, capturant au passage plusieurs centres de communications et QG japonais.
………
14h00 – Le QG de la 25e Armée japonaise accepte la proposition de cessez-le-feu britannique.
15h00 – Les délégations ennemies se rencontrent au palais du sultan de Johore Bahru (l’ancien QG du général Yamashita).
18h00 – Les généraux Gort et Yamashita se rencontrent pour discuter les termes du cessez-le-feu et une trêve de dix jours. Les Britanniques réalisent que Yamashita, blessé, ne commandait plus son armée depuis le 20 avril. Il a dû quitter son lit pour sauver ses hommes par la négociation après les suicides en chaîne de ses trois successeurs (dont deux dans les dernières quarante-huit heures) et d’une partie de son état-major.
« En fait, cette blessure lui avait sans doute lui sauvé la vie. En effet, le gouvernement de Tokyo avait pu s’en servir pour faire porter le poids de la défaite sur les subordonnés de Yamashita, qui n’avaient d’ailleurs pas attendu pour faire seppuku. La propagande y trouvait son compte, même si la pilule était dure à avaler pour Tojo. Pour Yamashita, pourtant, la médaille aurait un revers : chef incontesté de l’Armée japonaise en Malaisie durant les mois suivants, il ferait un coupable tout trouvé après la guerre, lorsque seraient jugés les crimes commis sans son consentement par des hommes de son Armée contre des prisonniers et des civils… » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Les équipes médicales britanniques et japonaises tombent rapidement d’accord, car elles ont déjà négocié, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, sur la base des premières propositions d’évacuation des blessés faites par Yamashita le 18 avril. Il est évident que le système de soins et les services de ravitaillement des Japonais se sont effondrés. Les médecins japonais ont désespérément besoin de s’alléger du fardeau des prisonniers blessés et malades. Les Japonais doivent rendre un millier de prisonniers de guerre blessés et 2 500 malades. En retour, ils ne réclament même pas, au grand étonnement des Britannique, de récupérer leurs propres prisonniers malades et blessés.
Quelques jours plus tôt, dans le port de Kuantan, un bateau White Cross (neutre) est arrivé de Lourenço Marques (Mozambique) avec des marchandises de la Croix-Rouge venant d’Afrique du Sud à l’intention des Britanniques prisonniers de guerre. Il contenait plusieurs centaines de tonnes de nourriture (maïs, jambon, sucre, sel, soupe en boîte…), des vêtements variés, des médicaments et du matériel de chirurgie, qui ont été débarqués mais n’ont pas été remis aux prisonniers. Sous le contrôle de la Croix-Rouge, les Japonais doivent livrer la totalité de ces marchandises aux prisonniers de guerre britanniques des camps de Malaisie. Un autre navire White Cross est arrivé aux abords de Singapour, chargé de colis à l’intention des prisonniers japonais, qu’il n’a pu encore débarquer ; il va pouvoir accomplir sa mission.
Ces deux navires neutres, plus sept petits vapeurs britanniques encore cachés dans Keppel Harbour, embarqueront le plus possible de blessés et de malades alliés (en fonction des possibilités de leur donner des soins à bord des navires) et devront quitter Singapour le 10 mai au plus tard. Ils voyageront en convoi sous escorte japonaise jusqu’à 250 nautiques du Détroit de la Sonde, puis les vapeurs anglais se dirigeront vers Ceylan et les deux neutres vers le Mozambique.
Autant que possible, les morts doivent être traités avec le respect dû à leur religion et à leur culture. Pour des raisons d’hygiène (et de renseignements), les Britanniques se sont déjà efforcés d’identifier les morts japonais, de rassembler leurs possessions, et ont procédé à la crémation des cadavres. Depuis le 19 avril, les cendres ont été étiquetées et conservées ; elles doivent être rendues aux Japonais, qui – à la grande horreur des Anglais – s’y intéressent visiblement davantage qu’à leurs compatriotes prisonniers.
19h00 – Un cessez-le-feu général entre en vigueur pour dix jours. D’autres détails sur cette trêve seront précisés dans la soirée, et il est prévu que les deux généraux se rencontrent à nouveau le lendemain à 07h00.
21h00 – Toutes les unités signalent que la situation est calme. En plusieurs endroits, l’ennemi se retire. L’Armée de l’Empire Britannique a remporté une très grande victoire. Seuls, sans doute, Gort et son état-major sont conscients qu’elle est un peu illusoire : les vainqueurs sont toujours encerclés et il sera impossible de les secourir avant que l’absence de ravitaillement ne les contraigne inéluctablement à céder.
………
Très Secret – Message au Chef d’Etat-Major Impérial
Pour envoi à l’ensemble des Régions Militaires d’Outre-Mer

(extraits)
En temps normal, le devoir d’un chef militaire est de rechercher la destruction de l’ennemi. Dans le cas présent, mon premier devoir est de préserver le plus longtemps possible la forteresse de Singapour et d’infliger à l’ennemi, ce faisant, des pertes disproportionnées en hommes, en matériel et en ressources pendant le plus de temps possible.
Les opérations de ces derniers jours m’ont obligé à mettre en ligne toutes nos réserves en état de combattre et ont été à la fois un bluff et un pari, pour autant que puisse l’être une opération militaire. Repousser les Japonais plus loin de Singapour nous aurait obligé à dépenser des hommes et du matériel dont nous aurons besoin pour défendre Singapour de façon durable. La faiblesse de notre base logistique nous interdisait en pratique toute poursuite de l’ennemi battu, et nous ne pouvons donc empêcher les Japonais de se replier et de se regrouper.
Je suis heureux et fier de ce qu’ont réalisé les hommes placés sous mon commandement. Ils méritent tout le répit que nous pouvons leur donner. Nous avons grand besoin de remettre en état l’infrastructure de l’île et de nettoyer les destructions des mois de bombardements et des semaines de combats, pour pouvoir maintenir les capacités de résistance de nos soldats et de la population civile.
Selon le contre-amiral Spooner, compte tenu des capacités portuaires de Malaisie et de Thaïlande, la 25e Armée japonaise ne sera pas capable de tenter un nouveau débarquement sur Singapour avant juillet prochain.
Des précisions sur nos pertes et une estimation de l’ordre de bataille japonais et des pertes ennemies seront transmises dès que possible.
(Signé)
Général Lord Gort
G.O.C. Malaya Command

Campagne des Philippines
Bataan
– Nouvelle attaque japonaise. Affamés, les survivants des troupes américano-philippines craquent (voir Annexe C B7).


5 mai
Bataille de Singapour – II

Dès le début de la trêve, les 5e et 18e Divisions japonaises (qui ne comptent plus à elles deux que 3 500 hommes en état de combattre) évacuent l’île de Singapour et se replient vers Kuala-Lumpur.
Les 9e et 27e Divisions japonaises (qui totalisent 4 500 hommes en état de combattre, plus quelques centaines de survivants de la Division de la Garde) quittent leurs positions en Sud-Johore et se replient vers Kluang. Elles ne possèdent plus que quelques mortiers et canons de campagne de petit calibre, ainsi qu’une poignée de véhicules. Dix mille hommes des unités logistiques (lignes de communications, train…) les accompagnent.
Plus au nord, la 56e Division (transférée de Chine du Nord en Thaïlande) se déploie au fur et à mesure que ses bataillons arrivent de la frontière thaïlandaise. Un régiment défend Ayer Hitam, couvrant les lignes de ravitaillement venant de Kuala-Lumpur. Un autre défend le secteur Sedenak/Ayer Bemban, couvrant Kluang. Le troisième est en position à Rengit, bloquant la route côtière ouest.

Port Blair (Iles Andaman) – Arrivée d’un convoi de quatre transports escorté par le CL Mauritius et les DD Encounter, Jervis, Ashanti et Eskimo. Ce convoi apporte du matériel destiné aux unités du génie stationnées sur place pour allonger le terrain d’aviation (déjà considérablement agrandi), ainsi que des canons de DCA et différents équipements pour permettre de baser aux îles Andaman des forces substantielles.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Brisbane
– Le croiseur de bataille HMS Renown et le croiseur lourd HMS Shropshire arrivent à Brisbane. Ils sont accueillis par Mr Curtin, Premier ministre australien. Ils doivent faire partie de la force rassemblée par le contre-amiral J.G. Crace, avec les croiseurs lourds HMAS Australia et USS Chicago et les croiseurs légers HMS Leander, HMAS Perth et HMAS Sydney. Le contre-amiral Crace met son pavillon sur le Renown.
………
Midway – L’amiral Nimitz, CinCPac, inspecte les deux îles, qu’il trouve déjà bien garnies de canons allant de 20 mm modernes à de vieux 7 pouces. Après s’être entretenu avec le Cdr Cyril T. Simard et le Lt-colonel Harold Shannon (USMC), Nimitz donne son accord pour accélérer le renforcement de la garnison de Midway.

Japon - Les cuirassés Hyuga et Yamashiro quittent Hashirajima pour l’Iyo Nada (ou mer intérieure de Seto) pour un entraînement au tir.
Pendant cet entraînement, un obus de 14” fait exploser la culasse du canon gauche de la tourelle n°5 du Hyuga, tuant une cinquantaine de marins. Les deux soutes à munitions arrière doivent être noyées en urgence pour éviter la destruction du cuirassé. Le navire doit se rendre au chantier naval de Kure pour une remise en état qui va durer jusqu'au mois de juin.


6 mai
Campagne des Philippines
Bataan
– Le général King, qui commande les troupes défendant la péninsule, décide leur reddition, malgré les ordres de MacArthur, resté sur l’île de Corregidor : ses soldats n’ont tout simplement plus rien à manger. Hélas, pour ces 45 000 hommes faméliques, c’est le début d’une marche à la mort ordonnée par les Japonais.
Pour les forces japonaises, c’est une nouvelle veillée d’armes qui commence, car Corregidor et les autres îles-forteresses les narguent encore, interdisant l’utilisation de la baie de Manille (voir Annexe C B7).

La bataille de Singapour – III
Les Japonais ont été battus et repoussés, mais Singapour est toujours encerclée ! C’est pourquoi le Commandement de Malaisie envisage diverses possibilités pour faciliter une éventuelle opération de ravitaillement.
Une modeste avance vers Batu Pahat le long de la route côtière ouest est prévue, afin d’user les unités japonaises dans ce secteur, de ralentir la montée en puissance des renforts japonais et – ce qui est au moins aussi important – de permettre la cueillette de noix de coco et de noix de palme pour répondre aux besoins alimentaires et industriels de Singapour. Cette zone est pratiquement isolée du reste de la Malaisie centrale par de vastes étendues de marais recouvrant une couche de tourbe de plus d’un mètre d’épaisseur.
Du point de vue de la Royal Navy, cette avance serait intéressante. Elle permettrait en effet à un navire gravement endommagé en tentant de forcer le Détroit de s’échouer en zone amie sur les hauts-fonds de cette côte marécageuse, où des embarcations légères venues de Singapour pourraient sans trop de mal venir de nuit récupérer une bonne partie de la cargaison et sauver l’équipage.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– L’aviso D’Iberville, gravement endommagé durant son combat contre le corsaire allemand Kormoran, a été réparé en Australie. Il arrive à Nouméa pour se joindre à la petite force navale française, qui comprend déjà le croiseur école Jeanne d’Arc et deux croiseurs auxiliaires (AMC), les Charles-Plumier et Victor-Schœlcher.


7 mai
La bataille de Singapour – III

Dans des alvéoles de protection soigneusement dissimulées et débouchant sur des pistes qui, vues d’en haut, ressemblent à des tronçons de routes sans lien apparent entre eux, les mécaniciens de la RAF et de la RAAF restés à Singapour ont patiemment réassemblé ce qu’ils appellent entre eux la RSAF – Royal Singapore Air Force. Quinze Hurricane et Sea-Hurricane, un Buffalo, deux Hudson, deux Swordfish et trois Blenheim IV. Cette force n’attend plus que des équipages – or, le commandement de la RAF en Extrême-Orient vient de donner son accord au recrutement de ces équipages en Birmanie, dans le plus grand secret et sur la base du strict volontariat. Les hommes choisis seront acheminés par hydravion.
A Singapour, on rêve d’avions de renforts venus de Rangoon par Sabang (où le terrain est toujours opérationnel), ou envoyés par un porte-avions. Hélas, les Britanniques n’ont pas d’avions disponibles, mais même une très faible force aérienne pourrait effectuer un raid très destructeur sur les bases aériennes japonaises. Les Stay Behind Forces ont en effet signalé que ces bases étaient très vulnérables : les terrains sont encombrés d’avions peu ou pas dispersés en raison du comportement très laxiste du commandement de l’aviation japonaise en Malaisie, persuadé que sa maîtrise de l’air est complète.

La campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Message envoyé à Alger par l’amiral Muselier, Commandant des Forces Françaises du Pacifique : « La croissance des forces américaines en Nouvelle-Calédonie progresse selon les plans. La division Americal [America-Caledonia] et les unités qui lui sont rattachées totalisent aujourd’hui plus de 15 000 hommes et devraient atteindre les 22 000 début juin.
Trois bataillons indépendants ont été créés à Nouméa avec des engagés locaux et sont actuellement rattachés à la Marine pour leur entraînement. Nous projetons de les utiliser en opérations défensives ou offensives dans les Salomon, comme éclaireurs ou forces spéciales. J’ai malheureusement dû restreindre les engagements locaux, car le port de Nouméa manque de machines et exige donc de nombreux dockers pour fonctionner. Les installations de déchargement sont limitées et pourraient facilement être débordées si Nouméa devait être utilisée comme une base majeure. Il s’agit là d’une contrainte sérieuse pesant sur de futures opérations.
Sur le site de Tontouta, à 50 km de Nouméa, le génie américain achève actuellement deux pistes d’aviation. Néanmoins, on peut douter que ces pistes supportent longtemps les opérations de bombardiers lourds et il pourrait être nécessaire de restaurer leur surface d’ici quelques mois. Dans la plaine des Gaiacs, d’autres unités américaines construisent deux grands terrains d’aviation, l’un de 2 200 m de long, l’autre de 1 600 m. Huit terrains satellites ou d’urgence seront construits d’ici juillet. Ces travaux vont transformer la Nouvelle-Calédonie en un porte-avions puissant et incoulable.
Malheureusement, l’USAAF n’a déployé pour l’instant qu’un nombre très réduit de chasseurs et de bombardiers. Considérant la situation potentielle de la Nouvelle-Calédonie, j’ai l’honneur de demander au gouvernement de transférer sous mon commandement les unités de l’Armée de l’Air opérant actuellement en Chine et sur notre base spéciale en Indochine du Nord. De plus, le déploiement d’au moins un Groupe de bombardiers lourds équipé de Consolidated-32 à long rayon d’action nous donnerait une importante capacité de reconnaissance et de frappe. Ces mouvements renforceraient significativement notre poids politique dans le Pacifique dès les prochains mois. »


8 mai
La bataille de Singapour – III

L’Empire Britannique fête la victoire dans la tradition (extrait d’un article de Robin “Doc” Meyrson, paru quelques jours plus tard dans le New York Times)
(…) Au premier rang de la tradition, les décorations « pour la bravoure et le service » (le service de Sa Majesté, bien sûr).
C’est ainsi que, sur le théâtre de sa victoire dans l’ouest de l’île de Singapour et sur le front des troupes qu’il a conduit à la bataille, le major-général Paris a été fait, par ordre du Roi, Chevalier de l’Ordre du Bain pour son action en Johore et à Singapour. A l’arrivée de Lord Gort et de son état-major, les fanfares ont joué “Here comes the conquering hero” de Haendel. Puis, quand le général Paris s’est avancé pour être présenté au Gouverneur militaire et Commandant en chef, Lord Gort, les fanfares ont joué “Marlborough s’en va-t’en Guerre”, mieux connu [N.D.T. – en pays anglophone !] comme “For he’s a jolly good fellow”. Le général Paris s’est agenouillé sur un coussin de soie et a incliné la tête. Il a été adoubé sur les deux épaules avec une épée et fait Chevalier du Royaume avec la bénédiction de “Saint Michel et Saint Georges”.
C’est le général Paris lui-même qui a a ensuite annoncé que le Roi venait de décerner le titre de maréchal à Lord Gort, annonce qui a soulevé une véritbale ovation !
Plusieurs des combattants ont alors été décorés de la célèbre Victoria Cross. Cette décoration a préséance sur toutes les autres, ainsi que sur tous les grades et sur les ordres de chevalerie. C’est pourquoi, quand chacun des hommes ainsi décorés s’est apprêté à le saluer après avoir reçu sa médaille, Lord Gort lui a pris la main pour l’en empêcher. En effet, le porteur d’une Victoria Cross ne salue le premier aucun homme, quel que soit son rang, il ne fait que rendre les saluts . Tous les nouveaux décorés (et plusieurs soldats porteurs de coussins sur lesquels avaient été agrafées les médailles des hommes décorés à tire posthume, éventualité assez fréquente avec la VC) se sont alors tenus au garde-à-vous auprès de Lord Gort sur un podium, pendant que défilaient les “gardes d’honneur” fournies par toutes les unités. A la fin de la cérémonie, les “gardes”, totalisant plus d’un millier d’hommes disposés en une longue double ligne, ont exécuté une “avance en ordre de revue” (la ligne de bataille du temps des Habits Rouges), ont marché au son du traditionnel “British Grenadiers” (qui accompagne depuis trois siècles les attaques de l’infanterie britannique) et ont tiré un “fire de joy” [N.D.T. – en anglo-français dans le texte].
(…) Ce même jour, Lord Gort avait tenu à voir aussi honorés les volontaires locaux formant les bataillons d’infanterie levés sur place. Les Couleurs de ces unités leur ont été présentées après avoir défilé de la cathédrale Saint-Andrews au Singapore Cricket Club de Padang. Sous les yeux de milliers de spectateurs, les bataillons ont défilé devant leurs Couleurs, drapées sur un autel fait de tambours empilés. Les différentes autorités religieuses des communautés de Singapour ont béni les Couleurs. Puis, le Gouverneur, au nom du Roi, a personnellement remis les Couleurs aux Enseignes des porte-drapeaux du bataillon. Ceux-ci ont promené les Couleurs à pas lents dans les rangs de leurs bataillons respectifs pour que chaque homme puisse voir de près les Couleurs de son bataillon [N.D.T. – cérémonie dite “trooping the Colours”]. Les bataillons ont alors défilé devant le Gouverneur, à pas lent puis rapide.
Cette cérémonie sacrée, aussi vieille que l’Armée britannique, a été marquée par plusieurs salves d’honneur, dont une salve de 19 coups de canon en l’honneur du Gouverneur, et surtout par le Salut Royal, avec trois hourras vibrants pour le Roi.
Aujourd’hui, en raison des exigences opérationnelles, la cérémonie n’a pas été exactement conforme aux règles officielles et le champ de manœuvre n’était peut-être pas aux dimensions du temps de paix, mais il n’en était pas moins émouvant de voir flotter au vent les “King’s Colours” et les “Regimental Colours” en soie brodée à la main, symbolisant les devoirs du soldat envers son Roi (en tant que chef de l’Etat et garant de la Constitution) et envers son Régiment et tous ses membres, passés, présent ou futurs.

(suite...)
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MessagePosté le: Mar Oct 16, 2012 17:22    Sujet du message: Répondre en citant

Opération Pedestal
Londres
– « L’opération Pedestal fut l’une des actions navales les plus désespérées de la Deuxième Guerre Mondiale, et sans doute l’une des plus controversées. La seule idée de lancer un convoi vers Singapour dans le détroit de Malacca quand l’ennemi contrôlait les deux rives de ce dernier pouvait sembler absurde, sinon suicidaire. Elle doit cependant être replacée dans son contexte.
Lorsque la nouvelle de la trêve conclue à Singapour entre les forces japonaises et celles du Commonwealth parvint à Whitehall, elle provoqua une chaîne de conséquences. Le gouvernement britannique n’avait jamais osé espérer que les forces de Gort pourraient tenir face à l’attaque japonaise, encore bien moins qu’elles pourraient rejeter l’ennemi de l’île de Singapour. Ceux qui connaissaient l’homme étaient convaincus qu’il ferait payer à l’Armée Impériale japonaise le prix le plus élevé pour la chute de Singapour et qu’il n’épargnerait rien, y compris sa propre vie, pour lui infliger les plus lourdes pertes. Mais bien peu étaient préparés au succès de l’opération Vimy Ridge et à l’effondrement des forces japonaises à l’extrémité de la péninsule malaise, qui devaient littéralement sidérer Londres et Tokyo, quoique pas pour les mêmes raisons, bien sûr.
Lorsque, le 8 mai, le Cabinet de Guerre se réunit pour discuter de la situation créée par le succès de Gort, Winston Churchill jeta tout son poids dans la balance en faveur d’une opération de ravitaillement de la forteresse, face à l’opposition du Premier Lord de la Mer et de l’Etat-Major Impérial.
Cette opposition reposait sur des bases solides. La Royal Navy avait effectué une dizaine d’années plus tôt des manœuvres navales de grande envergure dans les eaux situées entre la Crète et la Grèce, qui représentaient le Détroit de Malacca, simulant une tentative de ravitailler Singapour par la mer sous le nez des bases aériennes de l’ennemi et non loin de ses bases navales. Elle était parvenue à la conclusion que, pour que cette opération soit un succès, il fallait engager pratiquement toute la Royal Navy pour protéger les navires transportant des renforts pour la garnison de Singapour et les unités du train de la flotte face à la flotte japonaise. Il semblait en effet que seules des forces très importantes pourraient limiter les pertes. En un mot, la Royal Navy aurait préféré ne pas devoir vérifier l’exactitude de ses prévisions. Sans doute, la situation était un peu moins mauvaise qu’elle aurait pu l’être, car une grande partie des forces japonaises étaient dans le Pacifique Sud. Néanmoins, la perspective de faire passer un convoi rapide par le détroit de Malacca n’était toujours pas de celles qui ravissaient la Royal Navy.
Mais Churchill ne manquait pas d’arguments. La garnison de Singapour allait manquer de munitions. Or, plus longtemps elle en aurait, plus longtemps elle tiendrait, plus lourdes seraient les pertes ennemies, et plus les troupes de Birmanie pourraient consolider leurs positions et préparer une contre-offensive. Mais tous les participants à la réunion savaient bien que les raisons politiques pesaient nettement plus lourd que les raisons militaires. La défense de Singapour permettait à Churchill de jouer les bouledogues rebelles et renforçait considérablement sa main au moment de négocier avec le Président Roosevelt.
Finalement, le Cabinet de Guerre soutint la proposition du Premier Ministre, mais aux conditions suivantes :
(i) Cette opération devait être unique en son genre. Il devait être clair pour tout le monde à Singapour qu’il n’y aurait pas de nouvelle tentative.
(ii) Navires et équipages engagés dans le “final” de l’opération devaient être sacrifiables, et considérés d’avance comme sacrifiés. Combien atteindraient Singapour restait ouvert à la discussion, mais il était clair dès le début qu’aucun ne reviendrait.
(iii) Autant que possible, seuls des volontaires devaient être engagés, car un minimum de 50% de pertes était envisagé. » (Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Fremantle
– Le sous-marin mouilleur de mines MN Perle n’est pas rentré. Il est considéré comme perdu corps et biens. On ignore encore aujourd’hui la cause de sa disparition : d’une part, le 22 avril, un hydravion japonais a affirmé avoir bombardé un sous-marin en eaux peu profondes devant Saigon. D’autre part, le 25, le sous-marin japonais I-67 a revendiqué le torpillage d’un sous-marin en surface au nord des îles Ananba.
Le 20 avril, le Perle avait posé un champ de 32 mines à l’embouchure de la Rivière de Saigon. Avant la fin du mois, ce champ devait détruire deux transports japonais (983 GRT et 1 512 GRT) et un dragueur devait être gravement endommagé en tentant de l’éliminer.
………
Iles Salomon – Tulagi, la capitale coloniale, est bombardée à l’aube par quatre gros hydravions japonais.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte est de l’Australie, 09h00
– L’I-122 attaque un convoi se dirigeant vers le nord. Il lance quatre torpilles, mais ces vieilles Type 89 sont aperçues de loin et évitées. L’I-122 est alors la cible d’une chasse qui se prolonge six heures et pendant laquelle 56 grenades ASM sont lâchées. Il réussit pourtant à s’échapper, mais non sans avoir subi de réels dommages. Son commandant, décidé à rester dans la zone, s’éloigne vers la haute mer pour réparer. Mais le sous-marin a été sérieusement touché, et il devra se résoudre à interrompre sa mission et à repartir pour Kwajalein.


9 mai
La bataille de Singapour – III

Mis au courant par un message personnel de Churchill à Gort des décisions arrêtées la veille par le Cabinet de Guerre à Londres, le Commandement de Malaisie élargit ses plans à une offensive relativement ambitieuse, dans l’espoir que la consommation de munitions et de matériel divers sera plus que compensée par les cargaisons du convoi attendu. L’idée sous-tendant le plan britannique est que les troupes du Commonwealth auront en réalité bénéficié davantage des dix jours de trêve que leurs adversaires, car elles sont moins désorganisées et possèdent une base logistique bien plus proche et bien mieux aménagée. Elles seront donc prêtes les premières à frapper. Où ?…
Kluang est la clé du front japonais. Là se trouve la principale base aérienne de l’aviation de l’Armée dans le sud de la Malaisie. Là se croisent la route reliant les côtes est et ouest, la route principale nord-sud et le chemin de fer qui traverse toute la Malaisie. C’est aussi à Kluang, dans une vaste zone bien drainée, que se trouve le grand complexe de tentes qui sert d’hôpital militaire principal aux troupes japonaises en Malaisie. C’est là encore, dans des plantations voisines (mais que les pluies transforment parfois en cloaques, surtout en cette saison), que l’Armée Impériale a camouflé ses dépôts de matériel et de munitions et ses camps d’entraînement, le long des routes et des voies ferrées.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Iles Salomon
– Nouveau raids aériens japonais sur Tulagi. Cinq gros hydravions bombardent l’hydrobase, bientôt suivis par neuf bombardiers bimoteurs qui attaquent la petite ville. Un Saro Lerwick est sérieusement endommagé (il coulera par la suite) et la bourgade subit de graves dégâts.

Opération D
Batavia
– Les cinq sous-marins de la 8e Escadre Sous-Marine et les deux AMC qui doivent les ravitailler partent pour l’Océan Indien.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte est de l’Australie, 22h00
– Après avoir passé plusieurs jours à observer l’activité au sud de Newcastle, l’I-62 tire deux torpilles sur le “sixty-miler” Dawn (450 GRT, Miller & Sons), au large de Broken Bay. L’une touche et le petit charbonnier disparaît en quelques instants. L’I-62 fait surface et se dirige vers le nord, à la recherche du trafic côtier se dirigeant vers le sud.
23h30 – L’I-62 aperçoit un navire cap au nord, à 12 nœuds. A 15 nœuds, le sous-marin commence à le rattraper.


10 mai
La bataille de Singapour – III

Lord Gort et son état-major font le point sur les forces terrestres à la disposition du Commandement de Malaisie pour l’offensive en préparation (voir appendice 2). Ils en transmettront dans la soirée l’état détaillé à Londres. En raison des plaintes constantes de Churchill sur la mise en valeur insuffisante des succès des troupes britanniques, l’appellation de certaines formations a été modifiée. Les 1ère et 2e Divisions et la 2e Brigade “de Malaisie” deviennent ainsi, nominalement, des unités britanniques. Trois forces sont ainsi constituées, autour de trois divisions. Elles totalisent 21 000 hommes, avec 156 canons de campagne, 40 canons de moyen calibre, 64 chars et 48 autos blindées.
Force Est – 6 000 hommes avec la 21e DI “Britannique” (Scottish), 36 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 autos blindées.
Force Principale – 8 000 hommes avec la 25e DI Britannique (Western), 60 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 32 chars, 16 autos blindées.
Force Ouest – 7 000 hommes avec 17e DI Indienne, 60 canons de campagne, 8 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 autos blindées.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte est de l’Australie, 01h45
– L’I-62 a contourné le navire aperçu deux heures plus tôt et se trouve en position de tir. Il lance deux torpilles à 2 500 mètres. L’une touche le cargo mixte côtier Wandana, d’Adelaide Line (974 GRT, allant de Sydney à l’île Thursday avec 120 passagers et du ravitaillement) à la cale n°2, et lui brise la proue. Le petit bâtiment coule rapidement, emportant beaucoup de ses passagers et laissant les autres en mauvaise posture, car la plupart des canots de sauvetage ont été entraînés dans le naufrage.
Quelques minutes à peine après cette action, l’I-62 aperçoit un bateau venant dans sa direction. C’est le caboteur hollandais Gunung Gambeng (300 GRT, allant de Newcastle à Sydney avec du charbon). L’I-62 l’engage aussitôt au canon de 4,7 pouces. « Pris par surprise à courte portée, non armé et ne pouvant, avec une vitesse maximum de 7 nœuds, chercher son salut dans la fuite, les membres de l’équipage du petit caboteur décidèrent sagement d’abandonner au plus vite le bateau. Ce réflexe sauva, non seulement leurs vies, mais aussi celles de nombreux passagers et membres d’équipage du Wandana, qu’ils ne tardèrent pas à trouver sur leur chemin. » Research notes de Mr Norman, 1950.
L’I-62 tire 20 obus sur le caboteur, qui prend feu, avant de s’éloigner à 03h00. Dévoré par les flammes, le Gunung Gambeng dérive vers le nord et sombre à 09h00, un demi-nautique au large de Reid’s Mistake.


11 mai
Opération Pedestal
Londres
– Une conférence tenue à l’Amirauté commence à planifier l’opération d’envoi de renforts à Singapour, dont le principe a été décidé le 8. La première décision prise ce jour-là est d’envoyer immédiatement les mouilleurs de mines rapides Abdiel et Manxman, ainsi que les grosses canonnières à vapeur SGB-3, 4, 5, 6, 7 et 8 dans l’Océan Indien (les MGB-502, 503 et 504, à moteur diesel, devant suivre peu après). La seconde décision, non moins importante, est de combiner l’envoi dans la région de six grands transports rapides avec un convoi de renforts prévus pour l’Océan Indien.
« L’état-major estimait que, si le fait que Singapour devait être ravitaillée ne pouvait être caché à l’ennemi, il était possible de lui dissimuler la façon dont la Royal Navy allait s’y prendre. L’avance japonaise avait laissé aux mains des Alliés les îles Andaman avec la base de Port Blair, l’île de Sabang, au nord de Sumatra, dont l’aérodrome était encore opérationnel, et l’île-forteresse de Penang, sur la côte ouest de la péninsule malaise, en face du port de Georgetown. Des navires très rapides pouvaient opérer entre Port-Blair et Singapour et les Abdiel et Manxman avaient à la fois la vitesse et le rayon d’action nécessaires pour une rapide traversée du détroit de Malacca sous le couvert de la nuit. Les canonnières à vapeur des chantiers Denny et les grosses (et bruyantes) vedettes à moteur diesel de Camper & Nicholson étaient très rapides ; leur rayon d’action était plus faible, surtout à pleine vitesse, mais elles pouvaient relier Port-Blair à Penang ou Sabang et Sabang à Penang sans trop de mal, et elles pouvaient faire le trajet Penang-Singapour dans la nuit. Ces neuf petits bâtiments ne pouvaient transporter de grandes quantités de matériel (les canonnières Denny, notamment, étaient encombrées par leurs grosses turbines à vapeur). Néanmoins, ils pouvaient emporter des pièces détachées de grande valeur et jouer les chasseurs de mines rapides, une fois débarrassés de leurs tubes lance-torpilles et équipés de paravanes Oropesa. Les navettes pouvaient commencer assez vite et permettre d’apporter quelques matériels essentiels à Singapour, en évacuant au retour des blessés graves.
Mais le plus important était que ces opérations donneraient probablement l’impression aux Japonais que c’était ce que les Anglais avaient trouvé de mieux pour secourir les défenseurs isolés de Singapour.
Ensuite, le départ d’un convoi important d’Angleterre, puis sa traversée de la Méditerranée et du canal de Suez ne pouvaient être cachés aux renseignements ennemis. Cependant, en mêlant les navires destinés à Singapour à ceux d’un convoi standard de renforts pour la Birmanie, il était possible de cacher leur véritable destination. Les navires choisis pourraient ensuite feindre de se diriger vers Port-Blair, qui recevait de nombreux renforts. Les Andaman étaient en effet une excellente base pour une couverture efficace de la Birmanie, voire pour une offensive dirigée contre la Thaïlande et le nord de la Malaisie.
Chacun savait que l’opération – qui venait d’être baptisée Pedestal – allait être très dangereuse. Mais si le convoi pouvait, sans être détecté, atteindre un point situé à peu près par 98° Est et 6° Nord, il était bien possible que les forces japonaises se laissent surprendre et ne puissent réagir assez vite et assez puissamment pour couler tous les transports avant leur arrivée à Singapour. » (Jack Bailey, op. cit.)

Campagne du Pacifique Sud
Canberra
– Après avoir discuté avec l’état-major du général Wavell de la situation dans les Salomon, le gouvernement australien décide l’évacuation de Tulagi et Guadalcanal. Sous la protection des porte-avions américains, deux des croiseurs de l’amiral Crace et la Jeanne d’Arc doivent évacuer dès que possible tout le personnel militaire et civil.

Campagne d’Indochine
Saigon
– Pour célébrer les trois mois écoulés depuis la chute officielle de la ville, la représentation japonaise en Indochine autorise la reparution d’une partie de la presse locale, en éliminant évidemment les titres trop liés à la France ou à la Chine. Les autres journaux – La Volonté Indochinoise, Les Nouvelles de Hanoi-Soir, L’Action, La Patrie Annamite… – voient leurs équipes journalistiques largement amputées et étroitement encadrées par le Service de l’Information, de la Propagande et de la Presse. Afin de parfaire son contrôle, celui-ci détient le monopole des attributions de papier-journal, denrée rationnée devenue particulièrement rare. En dépit de tout, il se trouvera des journalistes pour tenter de tromper la censure. Les mesures de rétorsion seront souvent très dures, pour les journalistes mais aussi pour les journaux. Le Courrier de Haiphong ou La Dépêche de Cochinchine seront ainsi définitivement interdits.


12 mai
La bataille de Singapour – III
Tokyo
– La décision de repartir à l’attaque de Singapour (qui n’a en réalité jamais fait le moindre doute) est officiellement prise lors d’une réunion d’état-major à laquelle participe le général Yamashita, en position non d’accusé, mais presque de juge. Il va pouvoir faire prévaloir ses vues – sous condition, évidemment, de prendre Singapour d’assaut dans les mois suivants.
« La trêve conclue à Singapour avait troublé bien plus profondément le haut commandement japonais que le britannique. Elle devait avoir des répercussions importantes (et parfois tragiques) sur la politique interarmes japonaise jusqu’à la fin de la guerre. A court terme, la confirmation de l’échec sanglant de l’attaque lancée le 8 avril modifiait profondément l’équilibre du pouvoir entre l’Armée et la Marine Impériales et, au sein de l’Armée, entre l’état-major général et certains officiers en première ligne comme le général Yamashita.
Certains historiens rattachent à cette évolution politique la décision de lancer une nouvelle offensive contre Singapour, comme seule façon possible de rendre à l’Armée un peu de prestige. Ce n’est qu’en partie vrai. Certes, l’échec de la première offensive et la trêve avec les Anglais avaient gravement fait perdre la face à l’Armée – mais elles avaient aussi porté un coup très dangereux à l’image du Japon lui-même. Il s’agissait là d’un facteur aussi important que l’antique conflit entre l’Armée et la Marine. En effet, la défaite japonaise affectait profondément l’état d’esprit des cercles dirigeants thaïlandais. Pour le Siam, accepter le soutien japonais dans le cadre d’un conflit contre la France ne pouvait guère soulever d’opposition, mais se mettre du côté du Japon dans le cadre d’une guerre mondiale où l’on avait notamment affaire aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne était une toute autre histoire. Certes, tant que le Japon enchaînait les victoires, la position pro-nipponne du gouvernement n’était pas ouvertement contestée. Mais les mésaventures survenues en Indochine, les difficultés rencontrées pour en finir avec les Philippines, les ratés de la campagne de Malaisie, et à présent la catastrophe survenue devant Singapour déliaient les langues. Or, le Japon ne pouvait se permettre de se passer du soutien thaï. Une démonstration efficace de la puissance des forces japonaises n’était pas seulement essentielle pour l’honneur de l’Armée Impériale, mais aussi pour le statut de grande puissance du Japon dans l’est de l’Asie.
Il fallut donc se résoudre à rendre les commandes à Yamashita, qui se retrouvait avec des responsabilités décuplées, mais aussi avec tous les moyens pour faire avancer les choses. Or, il avait une vue très claire des défauts de l’Armée Impériale et de ses limitations. Il consacra dès lors toute son énergie à reconstruire une force efficace pour enlever Singapour aussi vite qu’il le pourrait.
Yamashita joua sans hésiter de l’analogie entre Singapour et Port-Arthur (lors de la guerre de 1904-1905) pour réclamer une meilleure coopération de l’Armée et de la Marine. Il en joua aussi pour définir avec précision ce qui lui était nécessaire pour briser les défenses de l’île.
Le général rappela d’abord qu’un siège ne pouvait réussir que s’il était effectivement impossible à l’ennemi de se ravitailler. Isoler véritablement Singapour était donc la première priorité à respecter.
Puis, Yamashita souligna la très grande efficacité de l’artillerie britannique : « Plus que les troupes adverses, c’est elle qui est l’ennemie principale de nos soldats. Lors du Nomonhan déjà, les tirs d’artillerie avaient fait 53% des blessés et 51% des tués. Si nous n’empêchons pas l’ennemi d’utiliser efficacement son artillerie, il n’est pas impossible qu’un nouvel assaut échoue comme le premier ! » Yamashita connaissait bien les handicaps de l’artillerie japonaise. Il avait recommandé dès le début de la campagne de Malaisie l’utilisation de bombardiers en piqué et d’avions d’appui tactique comme une arme de contre-batterie efficace. A Singapour, les avions d’attaque au sol japonais avaient été efficaces, mais ils avaient beaucoup souffert de la DCA alliée. Rebâtir les capacités d’attaque au sol de l’Armée pour que les avions japonais ciblent spécifiquement les positions d’artillerie et les postes de commandement britanniques était un préalable au succès final.
Mais l’aviation risquait de ne pas être suffisante. Yamashita voulait encercler Singapour d’un anneau de feu, pour empêcher ses défenseurs de se concentrer sur l’axe d’attaque japonais. Il lui fallait donc un appui naval, et en particulier une combinaison d’artillerie terrestre, d’artillerie lourde navale et de bombardiers en piqué, d’abord pour neutraliser les batteries côtières, ensuite pour participer à la bataille terrestre.
Et puis, Yamashita avait besoin de davantage d’hommes, d’unités d’artillerie lourde (dont des obusiers de 8 pouces), de chars et d’antichars efficaces, capables d’empêcher les blindés britanniques de lancer leurs dévastatrices contre-offensives. Pour cela, il prônait l’utilisation de canons anti-aériens lourds comme antichars, et des obus perforants de 76 mm APC devaient être distribués dans toutes les batteries de DCA lourde.
De plus, attaché militaire en Allemagne en 1939 et 1940, Yamashita avait été très impressionné par le développement de canons automoteurs sur des châssis de blindés dépassés. Il réclama donc la transformation de vieux chars moyens Type-89 en obusiers automoteurs pour contrebalancer l’efficacité des tirs de contre-batterie britanniques.
Enfin, Yamashita exigea la réorganisation des services logistiques pour donner à ses unités la stabilité nécessaire à une attaque efficace. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est)

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte est de l’Australie, 22h40
– Le moteur principal bâbord de l’I-121 tombe en panne, ce qui force le sous-marin à rentrer à Kwajalein, où il arrivera le 31 mai après un lent voyage sur le moteur tribord.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Iles Salomon
– A l’aube, une formation de 18 G4M1 venant de Rabaul bombarde Tulagi et le port de Gavutu, détruisant un petit caboteur.
………
Brisbane – Les croiseurs lourds HMAS Australia et USS Chicago quittent Brisbane pour évacuer troupes et civils de Tulagi et Guadalcanal. L’accentuation des raids aériens japonais annonce en effet qu’une opération ennemie majeure est en préparation dans le secteur.


13 mai
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk –
Le “Groupe d’Appui” de l’opération MO (amiral Aritomo Goto) appareille. Le porte-avions Junyo (équipé d’un radar et portant 22 A6M2, 21 D3A1 et 10 B5N2) est entouré de son écran de destroyers (Arashio, Asashio, Mitsishio, Oshio, Hibiki et Sazanami) et accompagné par les croiseurs lourds Aoba (amiral), Furutaka, Kako, Kinugasa et par la 2e Division de destroyers du contre-amiral Tanaka (CL Jintsu, DD Hayashio, Kuroshio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze).
Ces navires doivent passer entre Bougainville et Choiseul pour être au sud de la Nouvelle-Georgie quand le groupe du contre-amiral Shima arrivera à Tulagi.
………
Rabaul – Le “Groupe d’Attaque” du contre-amiral Kiyohide Shima lève l’ancre pour Tulagi : DD Kikuzuki et Yuzuki, ML Okinoshima et Koei Maru, transport Tama Maru et plusieurs bateaux auxiliaires.
………
Iles Salomon – Le comptoir Burns-Philip, installé à Aola, sur Guadalcanal, est bombardé dans la matinée par trois gros hydravions quadrimoteurs. Peu après, 9 G4M1 attaquent Purvis Bay, sur Florida Island. L’après-midi, c’est Tulagi qui est attaquée, cette fois par 18 G4M1. Cette toute petite ville est laissée en flammes et la station radio en ruines.
………
Nouméa, 01h00 – Le croiseur Jeanne-d’Arc quitte Nouméa pour participer à l’évacuation de Tulagi-Guadalcanal. Croiseur école, la Jeanne peut facilement loger 350 à 400 hommes pour un voyage de moyenne longueur.
09h00 – Le contre-amiral Fletcher quitte Nouméa, avec les porte-avions Lexington et Yorktown (Task Group 17.5, Contre-amiral Fitch – 21 F4F-3/-3A Wildcat, 35 SBD-2/-3 Dauntless et 13 TBD-1 Devastator sur le Lexington ; 18 F4F-3, 35 SBD-3 et 13 TBD-1 sur le Yorktown), escortés par leur écran (DD Anderson, Hammann, Morris et Russell) et par le TG 17.2 du contre-amiral Kincaid (CA Astoria, Chester, Minneapolis, New Orleans, Portland, Salt-Lake City et San Francisco, DD Alwin, Dewey, Farragut, Monaghan et Phelps).
………
Pearl Harbor, 09h00 – Le “croiseur sous-marin” Surcouf rentre d’opérations dans la Baie de Tokyo et le long de la côte japonaise. Le navire doit être rééquipé pour participer à des “opérations spéciales” avec de grands sous-marins américains.


14 mai
La bataille de Singapour – III

La trêve s’achève dans la nuit du 13 au 14.
Tout le long du front en Sud Johore, les patrouilles alliées n’ont aucun contact avec les arrière-gardes japonaises.
En revanche, l’aviation japonaise fête la reprise des combats en bombardant violemment les réservoirs de pétrole, incendiés début avril et qui brûlaient toujours, mais de façon relativement contrôlée. Les Japonais trouvent deux avantages à cet acharnement : la fumée gêne les conducteurs des camions qui empruntent de nuit la jetée, et ce pétrole qui brûle maintenant ne gênera pas les Japonais lors de leur deuxième offensive.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk
– La Force de Couverture Rapprochée du contre-amiral Marumo Kuninori lève l’ancre. Le croiseur léger Tatsuta et le porte-hydravions Chitose (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N) sont escortés par les DD Harukaze, Minatsuki, Nagatsuki et Satsuki et par trois canonnières.
………
Brisbane, 16h00 – Le British Pacific Squadron (Task Group 17.3) appareille, sans les croiseurs lourds HMAS Australia et USS Chicago, qui participent à l’évacuation de Guadalcanal et Tulagi. Le croiseur de bataille HMS Renown, le croiseur lourd HMS Shropshire, les croiseurs légers HMS Leander, HMAS Perth et Sydney, les DD USS Perkins et Walke, commandés par le contre-amiral Crace, doivent rejoindre la flotte de Fletcher au sud de l’île Rennell. Ce groupe doit, si besoin, opérer comme une force de frappe mobile, pour aller bloquer le Passage de Jomard, à l’est de la pointe orientale de la Nouvelle-Guinée.
Plus discrets, les sous-marins français Bévéziers et Sidi-Ferruch partent eux aussi opérer en Mer de Corail.
………
Mer de Corail, 21h00 – Les navires du contre-amiral Fletcher atteignent un point situé 75 nautiques au sud-ouest de l’île Rennell. Fletcher n’entend pas aller plus loin tant que les forces japonaises n’ont pas été détectées avec précision. Il ordonne par projecteur à ses navires d’être prêts à ravitailler auprès des pétroliers Neosho et Tippecanoe à partir de 04h00 le matin suivant.
………
Guadalcanal – Tulagi, 21h15 – La Jeanne-d’Arc arrive devant Guadalcanal et entre dans la baie qui s’étend entre Tulagi et Guadalcanal.
22h00 – L’Australia et le Chicago arrivent à leur tour, et les trois navires commencent l’évacuation. La Jeanne et le Chicago, ancrés devant Lunga Roads, récupèrent les hommes du bataillon australien de Guadalcanal, pendant que l’Australia commence à évacuer les soldats et les civils de Tulagi et de Purvis Bay.
………
Nouméa – Le vice-amiral Muselier retransmet les ordres de Fletcher au contre-amiral Leigh Noyes. Le Task Group 17.7 (CV USS Wasp, avec 21 F4F-3, 30 SBD-2/3 et 10 TBD-1, DD USS Aaron Ward, Farenholt, Laffey, Lang, Stack, Sterett) doit quitter le convoi qu’il escorte vers Suva et gagner une position au sud de Rennell.


15 mai
Opération Pedestal
Londres
– La sélection de transports rapides pour Pedestal commence. La Navy ne compte que six cargos assez rapides (18 nœuds) pour ce travail : les Breconshire, Denbeighshire, Glenartny, Glenorchy, Glenroy (reconverti après avoir été transformé en transport d’assaut pour l’infanterie) et Priam. Les membres d’équipage sont avertis que l’opération en préparation sera exposée à « un niveau de risque inaccoutumé » et seuls les volontaires sont retenus. Les six navires reçoivent chacun 3 ou 4 Bofors de 40 mm type Armée et 8 à 11 Œrlikon de 20 mm.
Il est décidé de charger les navires de façon que les plus importants matériels transportés soient débarqués les premiers. Il s’agit d’abord de munitions et de canons de campagne, mais aussi de canons AA et de deux compagnies de chars Churchill I et II (en tout, 30 Churchill et six M3 Grant). La valeur des chars d’infanterie pour repousser les attaques japonaises est bien démontrée, et même si le Churchill est encore vulnérable à des défaillances mécaniques de jeunesse, son blindage est si épais qu’il ferait, même en panne, un fortin très acceptable.

La bataille de Singapour – III
• La Force Est doit tenir le flanc droit à Kota Tinggi. Informée par des forces irrégulières, elle envoie des patrouilles examiner la situation. En fin de journée, ces patrouilles signalent de violents engagements sur la route Kota Tinggi - Mersing près de Mawai. L’ennemi est bien retranché, couvrant le carrefour de Jemaluang et la ligne de ravitaillement japonaise venant d’Endau/Mersing. La “Force 136” des Stay behind forces rapporte que les forces japonaises comprennent la Division de la Garde Impériale (2 000 hommes en état de combattre ), 5 000 hommes des unités des lignes de communication et 1 200 hommes de la Marine Impériale (l’ancienne force d’occupation de la Base Navale de Singapour et de Keppel Harbour).
• La Force Principale commence son avance, mais elle est vite gênée par des barrages routiers protégés par des mines (ex-britanniques), des pièges et des barbelés. L’élimination de ces barrages est retardée par de petits groupes de tireurs isolés, des nids de mitrailleuses légères et des tirs de mortiers légers. Sur les routes, les colonnes sont prises pour cibles par de nombreux mitraillages et bombardements aériens, et les tireurs des Lewis et des Bofors AA sont sans cesse en action. Les patrouilles repèrent la 56e Division japonaise, très bien retranchée sur la ligne Sedenak/Ayer Bemban, couvrant Kluang, et autour d’Ayer Hitam, couvrant les communications avec Kuala-Lumpur. En fin d’après-midi, les Britanniques prennent position de chaque côté de la voie ferrée et de la route principale, face aux Japonais, pendant qu’éclatent de nombreux petits engagements.
Les Britanniques se préparent à un dur combat, car on peut craindre une bataille d’usure, notamment contre le régiment retranché sur la ligne Sedenak/Ayer Bemban. Ces localités étaient la base logistique avancée des Japonais pour leurs opérations en Sud Johore, et il y subsiste des dépôts qu’ils tiennent à conserver. De plus, si les défenseurs tentaient de se replier, ils seraient obligés de diviser leurs forces en deux, de chaque côté de la voie ferrée et de la route principale, et courraient un gros risque de se faire écraser morceau par morceau. Enfin, si les Britanniques perçaient à cet endroit, les bases aériennes japonaises dans le Nord Johore seraient en danger.
• La Force Ouest entame une avance laborieuse sur la route côtière ouest, car il faut réparer la chaussée en de nombreux points et faire sauter des barrages défendus par des arrière-gardes. De plus, les risques d’embouteillage sont nombreux, que les camions tombent en panne ou soient endommagés par des attaques aériennes. Les chauffeurs s’efforcent alors de les garer sur le bas-côté pour éviter de bloquer la route.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Les forces japonaises stationnées à Lae, qui se sont mises en route le 10, occupent la zone de Nadzab. En face, les Australiens ont créé la Force Kanga, qui commence à se concentrer à Wau, au sud-est du secteur occupé par les Japonais, mais ses premiers éléments sont débordés : les Japonais repoussent les New Guinea Volunteer Rifles et la Compagnie Indépendante 2/5e et pénètrent dans la vallée de Markham. A ce moment, les troupes japonaises de Lae comptent 2 000 hommes, plus 300 à Salamaua.
Les forces australiennes dans la région totalisent 700 hommes (dont 450 vraiment en état de combattre, en raison notamment du paludisme endémique). On décide pourtant d’attaquer la base japonaise de Salamaua. Mais il faudra faire un gros effort de ravitaillement et de renfort, et le raid est prévu pour fin juin.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk
– La Force d’Attaque de l’opération MO, commandée par le vice-amiral Takagi Takeo, quitte Truk, accompagnée par sa Force de Soutien. Les porte-avions Hiryu (21 A6M2 Zéro, 21 D3A1 Val, 22 B5N2 Kate), Soryu (21 A6M2, 20+1 D3A1, 21 B5N2), Shokaku (doté d’un radar – 18 A6M2, 21 D3A1, 19 B5N2) et Zuikaku (20 A6M2, 22 D3A1, 22+1 B5N2) sont escortés par le CL Nagara et les DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze et Urakaze.
La Force de Soutien est formée des cuirassés rapides Hiei et Kirishima (doté d’un radar), des croiseurs lourds Haguro, Maya, Myoko, Kumano, Mikuma et Mogami, et des DD Arike, Shiratsuyu, Shigure, Yugure, Ushio et Akebono.
………
Guadalcanal – Tulagi, 04h45 – Les croiseurs alliés lèvent l’ancre et s’éloignent en hâte de Guadalcanal.
………
Mer de Corail, 08h00 – La force du contre-amiral Fletcher commence à ravitailler en deux groupes séparés d’au moins 20 nautiques. Le groupe du Yorktown (sous Fletcher lui-même) ravitaille auprès du Neosho et celui du Lexington, sous le contre-amiral Fitch, auprès du Tippecanoe. Comme l’écrirait l’historien S.E. Morison : « Comme d’habitude dans une force commandée par l’amiral Fletcher, le ravitaillement s’effectua tout à loisir… »
Pendant ce temps, le groupe du Wasp (contre-amiral Noyes) file vers le nord-ouest entre les Nouvelles-Hébrides et les îles Loyauté.
16h15 – Un B-17 du 19e BG(H) de l’USAAF basé à Cloncurry (Australie) reconnaît le nord des Salomon après avoir ravitaillé à Port-Moresby. Il signale avoir repéré au sud de Bougainville ce qu’il décrit comme « trois croiseurs, huit destroyers et au moins cinq transports. » En fait, il s’agit de la force de Shima, qui compte en tout et pour tout cinq petits bâtiments et quelques auxiliaires… Le message est relayé par Port-Moresby à Sydney, qui le renvoie à Fletcher, auquel il ne parvient qu’à 23h15. Le radio-opérateur du Lexington avait pourtant intercepté le message du B-17, mais Fitch, croyant qu’il avait aussi été capté par le Yorktown, a préféré ne pas rompre le silence radio pour informer Fletcher.

La guerre sino-japonaise
Campagne du Chekiang et du Kiangsi – Trois Tout

La 13e Armée japonaise, basée à Hangchow, attaque vers le sud-ouest et avance rapidement le long de la voie ferrée Chekiang-Kiangsi.
C’est le coup d’envoi d’une vaste campagne, qui trouve son origine dans le raid des B-25 de Doolittle contre le Japon le 18 avril précédent. De fait, si les avions de Doolittle sont partis du porte-avions Hornet, quelques-uns ont effectivement pu se poser en Chine et les stratèges américains prévoient que des escadrilles entières seront dès que possible basées sur place. L’état-major de l’Armée Impériale, raisonnant de la même façon, redoute effectivement que des bombardiers américains soient basés en Chine. C’est pourquoi les forces japonaises et celles du Mandchoukouo (gouverné par des marionnettes du Japon) doivent s’emparer des provinces du Kiangsi (au sud-est, dans l’intérieur) et du Chekiang (au nord-est, au bord de la mer de Chine). En théorie, cette offensive japonaise a en effet pour but de détruire les aérodromes pouvant servir aux bombardiers américains.
Mais elle vise aussi – et finalement, elle vise surtout – à dévaster les campagnes. Ce sera l’une des premières offensives “Trois Tout” (Tout Tuer, Tout Détruire, Tout Brûler).
Deux armées japonaises sont engagées.
– 11e Armée (général Yuiki Anami) : 13e et 34e Divisions d’Infanterie, Colonnes Hinaro (1 bataillon de la 68e DI), Ide (1 bataillon de la 68e DI), Imai (3 bataillons de la 40e DI) et Takehara (4 bataillons de la 6e DI).
– 13e Armée (général Shiguro Sawada) : 15e, 22e, 32e, 70e et 116e Divisions d’Infanterie ; Brigades composites Harada et Kono ; 3 régiments d’artillerie, 3 régiments du génie, 1 régiment de construction de routes, 5 régiments de camions, 1 bataillon blindé.
La 11e Armée est massée autour de Nanchang (au sud-ouest) et la 13e autour de Hangchow (au nord-est). Le plan est d’attaquer de façon convergente le long de la voie ferrée réunissant les deux villes. Par ailleurs, il est prévu de débarquer au Chekiang 10 000 hommes de l’Armée Impériale et des troupes spéciales de la Marine (SNLF), afin de couper de leurs arrières les forces chinoises basées dans l’est de cette province. Dans le même temps, des attaques secondaires partant de Nanchang doivent détruire les garnisons de l’Armée Nationale Révolutionnaire (ANR) à l’est de Nanchang, près du lac Po-yang.
Ces deux armées sont soutenues par le 1er Groupe Aérien.
………
En face, l’Armée Nationale Révolutionnaire de Tchang Kai-Chek aligne les troupes de deux Zones de Guerre.
– Troisième Zone de Guerre (général Ku Chu-tung)
- 10e Armée (général Wang Ching-Chiu) : 49e Corps (26e et 105e DI, 13e DI provinciale), 63e et 79e DI.
- 25e Armée (général Li Cheuh) : 88e Corps (21e DI reconstituée, 30e DI reconstituée, 32e DI provinciale) ; 9e Corps provincial (33e, 34e et 35e DI provinciales).
- 32e Armée (général Shangkuan Yun-Hsiang) : 25e Corps (40e, 55e et 108e DI), 26e Corps (32e, 41e et 46e DI), 50e Corps (144e et 145e DI, 7e DI reconstituée), 74e Corps (51e, 57e et 58e DI), 86e Corps (16e et 67e DI), 100e Corps (19e et 75e DI), 5e DI de Réserve.
– Neuvième Zone de Guerre
4e Corps (59e, 90e et 102e DI), 58e Corps (10e et 11e DI reconstituées) et 79e Corps (98e et 194e DI, 6e DI provinciale).
Les forces des 3e et 9e Zones de Guerre ne sont pas très nombreuses, mais elles ont reçu de nouveaux matériels. Il s’agit notamment de fusils, tout simplement (pratiquement un par homme !), mais aussi de fusils antichars anglais. Le moral des hommes a aussi été revigoré par les nouvelles de la troisième bataille de Changsha et par le simple fait d’avoir vu monter au front des automitrailleuses portant les insignes chinois et des camions de ravitaillement. Ce ravitaillement se compose d’aliments “à haute valeur calorique” (le fameux “singe”, en réalité) et d’une bonne quantité de munitions pour les nouveaux fusils. De plus, si, depuis le début de l’année, les unités de la 3e Zone de Guerre se sont contentées d’opérations de guérilla le long de la voie ferrée, les 10e et 25e Armées, massées au sud de Nanchang, ont reçu des renforts et certaines unités ont même vu arriver quelques blindés.
Plus important encore, le Conseil National Militaire chinois, informé des concentrations de troupes japonaises dans la région de Hangshow, a ordonné mi-avril une pause opérationnelle à ses quelques unités aériennes pour les rééquiper en prévision des combats à venir. Les Chinois vont ainsi disposer dans la région d’une centaine d’avions capables d’intervenir : environ 40 P-39 et autant de P-40 fraîchement livrés, plus une vingtaine d’I-153 survivants des combats précédents. Une trentaine de pilotes sont chinois (la Chine entière compte à cette époque 70 à 80 pilotes de guerre), les autres sont pour la plupart américains.


16 mai
Opération Pedestal
Alexandrie
– Une réunion consacrée à Pedestal rassemble le général Wavell (venu de Delhi), le Premier Lord de la Mer (l’amiral Pound), l’amiral Cunningham et l’amiral Sommerville. Les deux amiraux accueillent d’abord fraîchement l’idée de Pedestal. Cunningham vient de voir ses forces réduites par le jeu de massacre de Limnos, il doit protéger les convois ravitaillant la Crète et le Péloponnèse et préparer l’offensive de fin juin (l’opération Périclès). Sommerville ne sait que trop bien que sa flotte est faible et ne pourrait arrêter la Flotte Combinée si elle décidait de faire porter son effort dans l’Océan Indien. Néanmoins, après une brève discussion, tous deux admettent qu’il faut faire quelque chose pour Singapour.

La bataille de Singapour – III
• La Force Est signale que l’état de la route et la force des positions ennemies impliquent qu’il n’y a pas grand chose à gagner à tenter d’avancer vers Mersing, et que ces tentatives coûteraient cher en hommes et en matériel. Avec l’accord du Commandement de Malaisie, elle se retranche sur ses positions à Kota Tinggi.
• La Force Principale reçoit quelques obus alors qu’elle déploie son artillerie et son QG pour la bataille à venir. Des patrouilles offensives japonaises et des groupes d’infiltration provoquent une certaine désorganisation, retardant le travail prévu. Fidèles à leur tactique, les Japonais lancent des attaques locales sur les flancs, obligeant l’infanterie qui se prépare à l’assaut à élargir le périmètre pour se défendre.
A l’arrière, les attaques aériennes japonaises contre Johore Bahru, la Jetée et Woodlands handicapent les communications britanniques. Fort heureusement, le goulot d’étranglement de la Jetée n’est pas la seule voie de passage du ravitaillement : les petits bateaux et les péniches de “Spooner’s Navy”, renforcés par ceux récupérés sur la rive nord du détroit de Johore, soutiennent efficacement l’effort logistique allié, sous le voile protecteur de la fumée des incendies des réservoirs de pétrole.
• La Force Ouest a droit à une nouvelle journée frustrante de lente avance et de travail épuisant. Des animaux de trait sont acheminés à l’avant, pour tirer les canons et transporter le ravitaillement à travers les cocoteraies, à l’écart de la route.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Au nord des Iles Salomon
– L’amiral Takagi, informé à 00h15 que le groupe Shima a été détecté par l’aviation ennemie, ordonne à ses navires de forcer la vitesse pour être vers midi, le 18, au nord de Choiseul, en un point bien situé pour aider Shima. Celui-ci doit débarquer des troupes à Tulagi le 17.
………
Mer de Corail – Tôt dans la matinée, la force du contre-amiral Crace rejoint le Task Group de Fletcher, au sud de Rennell. Fletcher, incertain des intentions ennemies et se demandant si un groupe aussi nombreux que celui prétendument repéré par le B-17 ne pourrait pas avoir Port-Moresby pour objectif, ordonne par projecteur à Crace d’aller monter la garde devant le Passage de Jomard, dans l’archipel des Louisiades.
Les services de renseignements indiquant qu’au moins deux ou trois porte-avions doivent participer à l’opération en cours, Fletcher songe aussi à ce moment que la principale poussée japonaise pourrait avoir pour cible les Nouvelles-Hébrides et Espiritu Santo. A 09h30, il ordonne à ses porte-avions de marcher est-nord-est vers les îles Santa Cruz, afin d’être à mi-chemin de San Cristobal et Espiritu Santo en fin de journée. Il ordonne aussi au pétrolier Neosho et au DD Sims de rester dans la zone de ravitaillement pour ravitailler Noyes, mais renvoie vers l’Australie le pétrolier Tippecanoe et le DD Worden. Fitch est informé par un message envoyé par un avion, mais Noyes n’est pas averti des intentions de Fletcher et continue de faire route jusqu’à 70 nautiques au sud de Rennell. Fletcher semble vouloir utiliser Noyes comme une solution de secours et comme un soutien à Crace pour bloquer toute tentative japonaise de passage à travers les Louisiades.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte est de l’Australie, 13h00
– L’I-60 repère et attaque un “convoi double” de huit transports, par 15 nautiques au SSE de Coffs Harbour, sur des fonds de 80 mètres. Il tire quatre torpilles, dont une touche le belge Carlier (7 219 GRT, Lloyd Royal, allant de Brisbane en Angleterre avec du sucre et des conserves de viande). Immédiatement abandonné, le bateau coule 25 minutes après avoir été touché.
L’escorte, composée de quatre bâtiments de la RAN, est commandée par le HMAS Toowoomba. Celui-ci contre-attaque avec l’aide du HMAS Doomba (ex-HMS Wexford). Les deux escorteurs ont récemment pris leur première leçon de chasse au sous-marin “grandeur nature” avec l’aide d’un submersible américain de classe S dans Moreton Bay, et cet entraînement va certainement influencer la suite des événements de façon considérable. Le Doomba n’a pas encore d’asdic, mais les deux navires effectuent des attaques en duo comme ils y ont été entraînés. Après la troisième, une grande quantité de gazole remonte à la surface. Le point repéré est à nouveau attaqué par le Doomba, guidé par le Toowoomba qui conserve un contact asdic. On voit alors remonter à la surface beaucoup plus de gazole, de nombreux débris et plusieurs cadavres. Du gazole et des débris continueront à remonter à la surface à cet endroit pendant plusieurs jours.
« Différents documents récupérés (dont un journal de bord, sur l’un des corps) indiquèrent que le sous-marin coulé était l’I-60, un ancien sous-marin océanique de type KD3. L’attaque avait été un exemple d’opération ASM et fut à l’époque considérée comme une justification manifeste du système des doubles convois.
Tenant compte de la libération des survivants du Moonta quelques jours plus tôt, la Royal Australian Navy décida d’enterrer les corps récupérés avec les honneurs militaires. Cette mesure fut critiquée en Australie, mais nous savons aujourd’hui que cette décision fut connue (grâce à la Croix-Rouge) et très appréciée par la Marine japonaise. Elle fut probablement pour beaucoup dans le maintien d’un traitement raisonnablement bon (comparé à celui infligé par l’Armée) de la plupart des prisonniers de guerre alliés tombés aux mains de la Marine Impériale. Quoique cela puisse nous paraître bizarre, les Japonais accordaient beaucoup plus de valeur au traitement correct de leurs morts (“correct” au sens teuton du terme) qu’au traitement convenable de leurs prisonniers de guerre. »
Research notes de Mr Norman, 1950.
L’I-60 avait coulé deux transports totalisant 13 416 GRT.
………
Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Ailleurs sur la côte est de l’Australie, 19h45
– L’I-123 aperçoit le gros transport américain Lewis Luckenbach (10 653 GRT, loué par l’USMarCom, allant de Seattle à Brisbane avec du matériel de construction militaire, dont une grande quantité de bois, et armé d’un canon de 5 pouces récupéré au fond d’un arsenal). Le sous-marin lance quatre torpilles sur le cargo isolé. L’une touche et le vieux transport (lancé en 1919) stoppe.
20h50 – Constatant que sa cible ne coule pas, l’I-123 lance trois nouvelles torpilles. Deux touchent, et presque tout l’équipage abandonne le navire. Presque…
« Le Lewis Luckenbach a pris feu, mais il ne coule toujours pas. A 21h20, l’I-123 lance une autre torpille, puis une autre à 21h50. Toutes deux touchent, mais le vaisseau, maintenu à flot par le bois qu’il transporte, refuse de couler. A 22h15, l’I-123 fait surface et ouvre le feu avec son canon de pont, obtenant plusieurs coups au but qui aggravent l’incendie, mais la vieille coque flotte encore…
Et à 22h33, le canon du Luckenbach ouvre le feu ! Avec un courage pour lequel ils devaient plus tard être décorés, ses servants étaient restés à bord, attendant patiemment la possibilité de répliquer. Un duel acharné s’ensuit, brutalement abrégé lorsqu’un obus du Luckenbach frappe le sous-marin près de son propre canon et explose, démolissant l’arme et massacrant ses servants. L’I-123 plonge précipitamment, persuadant les hommes du Luckenbach qu’ils ont réussi à le couler. Ce n’est pas le cas, mais les dommages sont assez graves pour que le submersible rentre immédiatement à Rabaul.
Au lever du jour, le 17, l’une des embarcations de sauvetage du Luckenbach récupère l’un des hommes de l’I-123, blessé et accroché à des débris du lattis de pont, achevant de convaincre les Américains qu’ils avaient bien coulé le sous-marin. Un autre cargo repêche tout le monde quelques heures plus tard. Le Lewis Luckenbach brûle toujours, mais il faudra envoyer des Beaufort achever sa carcasse obstinée. »
(M. K. Worster, L’Australie assiégée – Les opérations sous-marines japonaises contre l’Australie, 1942-1945, Melbourne University Press, 1955)
………
Bilan de la phase 3a de l’opération Oni
– I-121 (panne de propulsion)
Star of Alexandria, 4 329 GRT (torpille) ; HMAS Akuna, 870 GRT (mine) ; Dunav, 4 307 GRT (mine) ; Antonio, 5 225 GRT (mine) ; Adamas, 4 144 GRT (mine). Plus le Cape Clear, 5 085 GRT, endommagé par une mine.
– I-122 (endommagé en combat)
Partagés avec l’I-123 : Banyan, 450 GRT (mine) ; Formigny, 2 166 GRT (mine) ; W.M. Burton, 7 094 GRT (mine).
– I-123 (assez gravement endommagé en combat)
Lewis Luckenbach, 10 653 GRT (torpille) et trois navires partagés avec l’I-122 (ci-dessus).
– I-124 (perdu en combat)
Nea, 1 877 GRT (mine) ; Medina, 5 426 GRT (torpille).
Total : trois navires (20 408 GRT) coulés à la torpille, sept (25 263 GRT) coulés par des mines, un (5 085 GRT) endommagé par une mine, un escorteur léger coulé par une mine. Plus un transport de 120 GRT disparu, peut-être à cause d’une mine dérivante.

« La sortie de la 13e Flottille fut un succès très mitigé. Les submersibles étaient vieux et mal conçus, et les utiliser comme mouilleurs de mines était une utilisation efficiente de bâtiments dépassés. Leur performance dans ce rôle fut bonne, favorisée par le coup de chance considérable de voir un convoi donner dans un de ces champs de mines peu de temps après sa pose.
Mais leur performance révéla aussi l’efficacité croissante du système des convois, même à cette date précoce. Sur deux attaques contre un convoi, l’une échoua et le sous-marin fut si endommagé qu’il fut forcé d’abandonner l’opération. L’autre se traduisit par la destruction d’un navire, mais le sous-marin lui-même fut coulé peu après. Les autorités australiennes crurent d’ailleurs avoir coulé en tout trois sous-marins.
Certes, ces vieux bâtiments avaient des torpilles Type 89 démodées qui laissaient un sillage bien visible, mais leur médiocre performance était aussi due à la retenue de leurs commandants et à la nature « âgée et vulnérable » des sous-marins eux-mêmes. Les sous-marins de ce type furent par la suite relégués à leur rôle principal, le mouillage de mines. » (Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de Mr Norman, 1950)


17 mai
La bataille de Singapour – III

L’écho des combats qui viennent de commencer sur le front russe ne parvient guère à Singapour, et moins encore au fond de la jungle malaise…
Au-dessus de Singapour, l’activité aérienne japonaise se limite à quelques fusées éclairantes dans la nuit. Pour la première fois depuis le déclenchement des hostilités sur le Théâtre Pacifique, l’île n’a reçu aucune bombe en vingt-quatre heures.
En revanche, Johore Bahru et les troupes britanniques qui font face aux positions japonaises de Sedenak/Ayer Bemban sont cette même nuit la cible de nombreuses attaques aériennes. Sur le front, ces attaques soutiennent une forte activité de patrouilles et des infiltrations des positions de la 25e DI britannique.
Dans la journée, les attaques aériennes japonaises obligent les troupes britanniques en Johore à n’utiliser les routes qu’aux moments où la couverture nuageuse est très dense. La 17e Division Indienne, qui chemine sur la côte ouest, est particulièrement gênée. Le Commandement de Malaisie doit envoyer à toutes les colonnes des canons AA de renfort et étendre au Sud Johore le réseau de commandement et communications de sa DCA.
De plus, les Britanniques constatent avec stupéfaction que les Japonais n’ont pas fait la moindre réparation aux infrastructures civiles même les plus essentielles. Les Forces Ouest et Principale doivent faire de grands efforts pour aménager dans les plantations, à l’écart des routes, des zones de dégagement permettant aux véhicules de se cacher dans la journée, quand le ciel est clair. Des unités du génie et d’ouvriers militaires sont envoyées de Singapour pour épargner aux combattants ce travail épuisant.
• Malgré leur infériorité numérique, l’agressivité et le savoir-faire des Japonais qui font face à la Force Principale conduisent les Britanniques à envoyer dans les bataillons d’infanterie de petites unités de spécialistes pour éviter des pertes trop lourdes. La préparation de la première phase de l’attaque prévue a maintenant plus de 36 heures de retard sur les plans, en raison de l’importance des interférences ennemies au sol et dans les airs.
• La Force Ouest, de son côté, est obligée de consolider et d’élargir les pistes reliant les plantations pour doubler la route principale, chaque fois que c’est possible. Sur de courtes distances, les hommes construisent même un chemin de rondins en élargissant les accotements de la route et en repoussant les canaux d’écoulement des eaux de mousson. Ces canaux eux-mêmes ont grand besoin de réparations. Ce faisant, la Force Ouest ne progresse qu’à pas de tortue.

La campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal – Tulagi, 08h00
– Le petit groupe d’invasion de l’amiral Shima débarque ses troupes sans opposition. Le groupe de couverture de l’amiral Goto (autour du porte-avions Junyo) contourne la Nouvelle-Georgie et le groupe de soutien de l’amiral Marumo (autour du porte-hydravions Chitose) se trouve 60 nautiques à l’ouest. Les porte-avions de l’amiral Takagi sont encore au nord de Bougainville.
………
Mer de Corail – La principale station de radio de Tulagi ayant été détruite, c’est un coastwatcher australien qui avertit les Alliés du débarquement japonais. Passant par Sydney, la nouvelle atteint Fletcher à midi. A 15h50, elle est confirmée par un B-17 de l’USAAF. A ce moment, les navires de Fletcher sont à 480 nautiques environ au sud-est de Tulagi. A 17h15, Fletcher ordonne de changer de cap et de se diriger vers l’ouest, espérant pouvoir lancer un raid à l’aube du jour suivant contre les forces japonaises à Tulagi.
………
Brisbane, 12h00 – L’Australia, le Chicago et la Jeanne-d’Arc entrent au port et commencent à débarquer aussi vite que possible soldats et civils.
18h00 – L’Australia et le Chicago, ayant ravitaillé, repartent vers le Passage de Jomard pour rejoindre l’escadre du contre-amiral Crace.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Oct 16, 2012 17:27    Sujet du message: Répondre en citant

18 mai
Opération Pedestal
Colombo (Ceylan)
– Les états-majors alliés sont avertis de l’opération en préparation. De retour à Colombo, Sommerville rencontre le contre-amiral Bérenger, de la Marine Nationale, qui commande la petite escadre française de l’Océan Indien, intégrée à la flotte de la Royal Navy. Bérenger applaudit à l’idée de l’opération et les équipages du CT Lynx et des torpilleurs Tempête et Trombe ne tardent pas à se porter volontaires. Leur participation acceptée avec émotion par Sommerville (et approuvée par Alger, car il s’agit de navires assez anciens et relativement sacrifiables), les trois bâtiments doivent quitter Colombo le 21 pour un rapide rééquipement à Alexandrie.

La bataille de Singapour – III
Malaisie
– Comme la nuit précédente, le front est bombardé par l’aviation japonaise tandis que se développe une intense activité de patrouilles. Le Commandement de Malaisie reçoit, avec quelque retard, des rapports des Renseignements signalant qu’un très important trafic routier et ferroviaire conduit vers le nord des milliers de blessés, de malades et d’hommes des unités de soutien, tout en amenant au front des renforts et des remplacements.
• La Force Est, ayant établi plusieurs lignes d’avant-postes et consolidé ses défenses, prépare une formation de la valeur d’une brigade pour soutenir, si besoin, la Force Principale.
• La Force Principale lance une attaque en règle de deux bataillons de la 64e Brigade le long de la voie ferrée. Cette attaque coince rapidement et s’arrête sous des tirs très violents d’artillerie et de mortiers lourds, au milieu de nids de mitrailleuses, de mines, de pièges et de barbelés. L’artillerie britannique répond alors par de puissants tirs de contre-batterie, avec une précision et une vitesse plus grandes encore qu’à son habitude. En réalité, l’infanterie est suivie de près par six chars Valentine, qui ne participent pas directement aux combats mais sont là pour escorter un unique char Matilda II. La tourelle endommagée du Matilda a été enlevée et remplacée par une “casemate radio” blindée, équipée d’un puissant émetteur-récepteur divisionnaire, tandis que pointe de l’arrière du Matilda une antenne radio télescopique de QG. Ce type de char a été choisi pour ce rôle car il possède deux diesels : l’un propulse le char allégé, l’autre fournit l’électricité au poste de radio. Le Matilda joue ainsi le rôle de relais pour les radios des compagnies d’infanterie, qui se sont jusqu’alors montré presque inutiles en raison de leur portée très réduite dans la jungle ou les plantations.
Autre innovation : l’utilisation de quatre chars Valentine endommagés et reconvertis. Eux aussi ont perdu leur tourelle, mais ils ont reçu une variante améliorée du mortier lourd “toffee apple” (pomme d’amour…), monté en casemate. Les 30 livres d’explosifs du projectile tombant presque verticalement se montrent aussi destructrices sur les positions japonaises de Malaisie que sur les positions allemandes des Flandres, pendant la Première Guerre. La mobilité et le blindage des chars corrigent heureusement les gros défauts de la “pomme d’amour” d’origine : immobilité, courte portée et désagréable habitude des broches de l’obus de retomber exactement le long de son trajet et d’atterrir sur tout servant qui n’aurait pas été assez vif pour quitter le logement du mortier après chaque tir.
Néanmoins, les progrès sont lents et l’artillerie a de grandes difficultés à en finir avec les plus solides des fortins japonais. A l’abri d’un écran de fumée, deux Valentine tractent alors deux canons de 60 livres à moins de 1 000 mètres des fortins, pendant que deux vieux A9 apportent des masques préfabriqués pour protéger les servants. Vers 16h00, les canons sont en batterie et quand la fumée se dissipe, ils ouvrent le feu en tir direct, écrasant les fortins en moins de vingt minutes.
S’inspirant de leur expérience de l’autre guerre, les Britanniques savent qu’ils risquent fort de perdre tout le terrain péniblement gagné sous le choc d’une contre-attaque ennemie avant d’avoir pu assurer leur prise. Ils décident alors d’abandonner une partie de leurs gains pour former plus facilement un hérisson défensif. En plus des blindés et de l’infanterie, un bataillon de mitrailleuses prend place dans cette position. Dans la nuit, fidèles au rendez-vous, les Japonais reviennent et s’infiltrent dans leurs anciennes positions autour des bataillons anglais, mais constatent que la formation adverse est trop serrée pour être rompue et que cette force, bien qu’isolée, n’a pas l’intention de se replier. Pire : les Britanniques demandent un appui d’artillerie autour de leur position et les 48 Vickers qui hérissent celle-ci garantissent l’échec de toute tentative d’assaut. La nuit se passe finalement surtout en tirs de batterie et de contre-batterie, assez coûteux pour les deux camps, puis les Japonais se retirent.
Les Britanniques observent que le commandement japonais semble cette nuit-là bien plus économe de la vie de ses hommes qu’auparavant. Par la suite, des signaux décodés révéleront que Yamashita lui-même s’est rendu sur le front pour contredire l’ordre d’attaque générale prévue pour la nuit par le commandant de la 56e Division. C’est lui qui, réalisant le mauvais état des positions réoccupées par les Japonais dans la nuit, a décidé leur évacuation avant l’aube, en dehors de quelques éléments retardateurs. Du coup, en dépit de l’intensité des combats et de la forte intervention de l’artillerie, les deux camps n’ont eu, dans les dernières vingt-quatre heures, que quelques centaines de morts et blessés.
• La Force Ouest finit par établir le contact avec une force ennemie importante à Benut, dans une région de rizières, de champs d’ananas et de cocoteraies traversée par une rivière, le Sungei Benut, assez large et profonde pour qu’il soit impossible de la traverser à gué. C’est là que le major Forbes Wallace, de la Police de Malaisie, et Siow Ah Kiu, secrétaire du commissariat de police de Port-Dickson et dont le père a vécu à Benut, se sont réfugiés à l’arrivée des Japonais. Ils ont rassemblé tous les bateaux et canots des habitants et les ont éloignés vers l’amont, hors de portée des envahisseurs, puis ils ont attendu le retour de l’Armée britannique. L’arrivée de celle-ci, qui se déploie sur les berges de la rivière, est saluée par un duel d’artillerie à longue portée. Pendant ce temps, les Anglais font venir du matériel de pontonnier, car les Japonais ont eu la grossièreté, quelques heures plus tôt, de détruire le pont que les sapeurs britanniques avaient respecté (ou oublié…) en mars. Il est décidé d’accrocher l’ennemi le jour suivant par quelques attaques frontales, tandis qu’une force de débordement traversera la rivière en amont grâce aux embarcations de Wallace et Siow Ah Kiu.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Rabaul
– La force d’invasion de Port-Moresby (contre-amiral Kajioka) lève l’ancre.
………
Iles Salomon – « Nous avons filé toute la nuit sous un ciel d’une pureté de cristal, comme on en voit dans les romances hollywoodiennes, mais nous n’avions pas l’humeur au badinage romantique. D’abord, d’éventuelles partenaires féminines brillaient par leur absence. Ensuite, nous ne savions pas grand-chose – l’ennemi n’avait été reconnu que par un équipage de l’USAAF, et disons, pour rester polis, que nous autres marins faisions peu de cas de ce signalement. Mais nous savions qu’il allait y avoir de l’action. Hélas, voilà qu’à six heures du matin, nous apprenons que seul le Yorktown va attaquer. Effectivement, à 06h20, il lance 12 TBD Devastator et 28 SBD Dauntless, escortés par 12 F4F-3 Wildcat. Il paraît que Fletcher compte sur nous et notre expérience pour protéger la flotte, au cas où des porte-avions japonais seraient dans le coin. Me voilà donc à tournicoter dans les airs, pendant que les hydravions des croiseurs en font autant à ras des vagues, en quête d’un périscope.
Et pendant ce temps-là, chaque squadron vole de son côté pour attaquer selon le manuel d’avant-guerre, ignorant royalement ce qu’ont pu dire les gars de la FAA, ceux de l’Aéronavale (dont votre serviteur), et même les pilotes de l’US Navy infiltrés chez nous en 41. Heureusement que cette fois, les Japonais ont eu l’amabilité de fournir une véritable cible d’entraînement. » (C.A. Yvon Lagadec, Entre Ciel et Mer)
Plus rapides, les SBD du Lt.Com. Burch sont les premiers sur l’objectif et attaquent à 08h05. Cependant, ainsi que le souligne l’historien naval S.E. Morison : « Comme durant toute la guerre, les pilotes surestimèrent ce qu’ils virent. Tous leurs cygnes étaient des oies, toutes leurs oies des canards ou des oisons. Le navire amiral de Shima, un gros mouilleur de mines, fut pris pour un croiseur léger, le transport pour un ravitailleur d’hydravions, les dragueurs de mines pour des transports et les barges de débarquement pour des canonnières. Seuls les deux destroyers furent correctement identifiés. »
Les Dauntless endommagent sérieusement le destroyer Kikuzuki, qui doit être échoué et finit par couler après avoir été déséchoué par la marée. Deux petits dragueurs de mines sont aussi coulés. Les Devastator attaquent à 08h10, mais ne peuvent couler que le transport Tama Maru. D’autres Dauntless attaquent, mais ne font qu’endommager légèrement deux des bateaux.
A 09h21, tous les avions sont revenus sains et saufs sur le Yorktown, où ils sont réarmés pour une seconde attaque, qui comprend 27 SBD, 11 TBD et 6 F4F-3 d’escorte. Ces avions, qui décollent à 10h30, endommagent un patrouilleur et détruisent deux hydravions ancrés devant Makambo Island, dans le port de Tulagi, où trois autres appareils sont aperçus. Un TBD est abattu par la DCA.
Le contre-amiral Fletcher ordonne alors à quatre chasseurs de se débarrasser des hydravions survivants, ce qui est fait dans l’après-midi. Ces avions en profitent pour mitrailler le destroyer Yuzuki, tuant son capitaine et une partie de l’équipe de la passerelle, mais le navire lui-même s’en tire sans gros dommages
Dans la journée, deux F4F-3 se perdent et se posent en catastrophe sur la côte sud de Guadalcanal. Leurs pilotes seront recueillis la nuit suivante par le DD Hammann.
………
Brisbane – Le croiseur Jeanne-d’Arc repart pour Nouméa.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte Orientale de l’Australie, 23h00
– L’I-62 repère un important convoi de l’US Navy en route vers Sydney : trois navires auxiliaires, un transport d’avions, un navire atelier et un transport de munitions, escortés par trois dragueurs de mines rapides (d’anciens destroyers “four-pipers” convertis). Après une longue poursuite, le sous-marin parvient à se placer en position de tir et lance quatre torpilles. L’une frappe l’USS Hammondsport (ex Seatrain Havana, 11 500 GRT, chargés d’avions de l’USAAF) en plein milieu. Un violent incendie se déclenche et le navire stoppe. Pendant ce temps, les trois autres torpilles traversent la formation et l’une d’elles touche le dragueur rapide USS Dorsey (DMS-1), dont la vieille coque ne résiste pas et coule. Le reste du convoi s’éloigne au plus vite, ne laissant que le USS Lamberton (DMS-2) pour recueillir les rescapés du Howard et patrouiller autour du transport en difficulté.
L’équipage du Hammondsport parvient à contrôler l’incendie, mais non à l’éteindre.
02h30 – L’I-62 revient à la charge et lance quatre nouvelles torpilles à longue distance (3 500 mètres environ) sur le transport en panne. L’une d’elles touche le Hammondsport à l’arrière et l’achève. Il coule à 03h00.

Un coup de main inattendu
Washington
– L’ambassadeur d’URSS, Maksim Litvinov, accompagné de l’attaché militaire soviétique, est reçu à sa demande par le Secrétaire à la Marine, F. Knox. Litvinov remet à ce dernier un rapport détaillé sur le déploiement actuel des forces japonaises de terre, de mer et de l’air, ainsi qu’un état complet des plans de mobilisation industrielle du Japon. Ce document inclut des informations précises sur les plus récents programmes navals japonais, inspirés des leçons que la Marine Impériale a apprises durant ce que le langage militaire soviétique dénomme “la période initiale de la guerre”. Enfin, l’attaché militaire confie à Knox une description complète des procédures opérationnelles et des tactiques japonaises observées lors des combats de Khalkin-Ghol. « Comme je l’ai dit hier à M. le Secrétaire d’Etat, conclut Litvinov, grand seigneur, l’Union Soviétique n’entend pas se faire aider sans rendre la politesse. »
Les deux hommes quittent un ministère littéralement en ébullition…
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 06:24    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:

Par ailleurs, les Thaïlandais ont envoyé plus de dix mille hommes de garnison dans les états de Perlis, Kedah, Trengganu et Kelantan pour relever certaines troupes japonaises occupées à des tâches secondaires en Malaisie du nord. Il est probable que les Thaïlandais profitent du manque de troupes japonaises en Malaisie pour jeter les bases de prétentions territoriales sur les états malais.


Toujours d'actualite, et la cause des problemes existant dans le Sud de la Thailande (les thais se reclame d'une suzerainete sur l'ancien Emirat; alors que les Malays , la population de souche, se reclame d'un simple traite d'assistance contre la menace Birmane). Donc une pareille action est tout a fait possible.
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heritier de la Comte je serai.
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 10:41    Sujet du message: Mer de Corail Répondre en citant

19 mai
La bataille de Singapour – III
Singapour
– Les services médicaux rapportent que, depuis le 1er mai, près de 10 000 hommes, blessés au combat, accidentés ou tombés malades avant le 8 avril, sont de retour sous les armes après un séjour à l’hôpital ou en camp de repos. Les dix jours de trêve, déjà très rentables, se révéleront d’une très grande utilité dans les semaines suivantes, en augmentant de façon considérable le taux de récupération des malades et des blessés, grâce au soulagement qu’ils ont apporté aux services médicaux et à la disparition, même provisoire, du stress du combat infligé aux troupes. Cette amélioration de l’état de santé général de l’armée de Singapour simplifie nettement des problèmes d’effectifs qui menaçaient de devenir insolubles.
Les volontaires chinois du NCVR et du SCVR, réorganisés sous les noms de 1ère et 2e Brigades de Chine, se sont entièrement rééquipés “à la japonaise”, avec des armes, des munitions et du matériel capturés qui leur donnent une puissance de feu dont ils manquaient.
L’entraînement des troupes recrutées sur place se poursuit, au rythme d’un millier d’hommes par semaine. Sur ce chiffre, 250 sont considérés aptes à servir, selon les cas, dans les deux brigades chinoises, les deux régiments de Malaisie, la SSVB, la Dalforce ou dans le Régiment d’Infanterie de Hong-Kong & Singapour (HKSIR). Les autres servent dans différentes unités de soutien. Les unités de transport sont maintenant très largement composées de Chinois : ces derniers possèdent et dirigent la plupart des sociétés d’autobus et de transport de Malaisie et Singapour, à moins qu’ils ne conduisent et entretiennent les véhicules de ces sociétés (évidemment toutes réquisitionnées pour l’effort de guerre).
………
Malaisie – Sur le front, les Britanniques commencent à avoir une idée précise des forces qui leur font face.
C’est essentiellement la 56e Division qui défend Kluang (sur la ligne Sedenak/Ayer Bemban), la route de Kuala-Lumpur (autour d’Ayer Hitam), et la côte ouest.
Les deux premières positions, proches l’une de l’autre, sont tenues par les 146e et 148e Régiments d’Infanterie et les unités divisionnaires : QG, Régiments de Reconnaissance (600 hommes) et d’Artillerie de campagne (36 x 75 mm hippomobiles), bataillon du Génie (900 hommes), compagnie de tankettes et 5 000 hommes des troupes de soutien.
Le 113e Régiment d’Infanterie est détaché sur la côte ouest, avec trois bataillons (3 030 hommes), quatre canons de 75 mm, six obusiers de 70 mm et douze 37 mm antichars. Il est appuyé par une unité improvisée avec des survivants des 5e, 9e, 18e et 27e Divisions, formant un bataillon de 550 hommes et des troupes d’appui.
A l’est, la “Force 136” et les guérilleros communistes chinois signalent que les survivants de la Division de la Garde Impériale ont reçu de nouveaux renforts : 500 hommes qui, à en juger par leur apparence et leur comportement, sont des vétérans sortant de l’hôpital.
D’autres agents indiquent l’arrivée à Kuala-Lumpur d’avions d’un type nouveau. En fait, il s’agit de la première unité équipée de Ki-44-I de série. Ces 21 chasseurs doivent remplacer les Ki-27 et Ki-43 pour protéger les installations japonaises les plus sensibles.
Globalement, il est clair pour Gort et son état-major que la “fenêtre de vulnérabilité” de la 25e Armée japonaise se ferme peu à peu. Il est temps d’agir.
• La Force Est s’est bien installée sur des positions de défense. La 21e Division Britannique (Scottish) détache la 1ère Brigade d’Infanterie de Malaisie (1er et 2e Régiments) pour renforcer la Force Principale.
• La Force Principale a de nouveau affaire, dans la nuit, à des reconnaissances en force et à des infiltrations japonaises. Ces activités perturbent encore un peu la préparation de l’attaque. De plus, dans la journée, des attaques aériennes retarderont la mise en place des renforts d’artillerie arrivant de Singapour.
Néanmoins, à l’aube, sur le flanc droit britannique (au nord-est), la 64e Brigade d’Infanterie (Lancashire) reprend son attaque. Mais la poussée principale est exercée au centre par la 137e Brigade d’Infanterie (Staffordshire), entre la voie ferrée et la route principale, à travers des plantations d’hévéas. En réserve, la 138e Brigade (Lincoln & Leicester) est prête à renforcer l’attaque ou à se porter sur le flanc en couverture, si la 76e a l’occasion de se rabattre sur le centre japonais.
La préparation d’artillerie commence alors qu’il fait encore sombre, et le poids combiné des obusiers de 9,2 pouces et des mortiers de tranchée de 6 pouces, s’ajoutant à celui des obusiers de 6 pouces et des canons de 60 livres, détruit la plupart des ouvrages défensifs. Chaque fois que les 75 mm de campagne japonais tentent de répliquer, ils sont pris à partie par les canons à longue portée de 6 pouces et de 4,5 pouces. De plus, les canons-obusiers de 25 livres, les mortiers de 3 pouces et les mitrailleuses Vickers effectuent un “box barrage” pour encager la zone où va porter l’attaque principale. L’Armée britannique a eu du mal, en Europe, à s’adapter à la guerre de mouvement, mais dans les conditions de la guerre de tranchées, elle montre un professionnalisme sans faille.
L’infanterie attaque, soutenue par des blindés, alors que la brume matinale commence à peine à se lever. Cette heure matinale a été choisie pour réduire l’efficacité des armes d’infanterie japonaise en empêchant la concentration des tirs sur des cibles bien visibles, et pour agir avant que la puissance aérienne ennemie ne joue à plein. A midi, les Japonais sont en pleine retraite, mais la poursuite britannique est retardée par l’adresse et le courage fanatique d’arrière-gardes composées de tireurs isolés, de nids de mitrailleuses et de mortiers légers, tandis que de plus en plus d’avions ennemis interviennent sur le champ de bataille.
En fait, Yamashita accepte de reculer pour préserver ce qui est pour l’instant son unique bonne division. Il n’y parvient d’ailleurs pas sans mal, car il doit imposer sa volonté aux commandants d’unités, persuadés que leurs hommes peuvent triompher des soldats britanniques en combat face à face et qui estiment que l’utilisation massive de l’artillerie et le recours aux blindés ne fait que confirmer la “faiblesse morale” des Anglais. Yamashita applique en fait les recettes qu’il a apprises des Allemands : ne laissez pas les Britanniques livrer une guerre de position, combattez-les en mouvement, déséquilibrez-les et ne les laissez pas reprendre leur équilibre. Bien entendu, Yamashita n’avoue pas à ses officiers d’où viennent ses idées tactiques. Astucieusement, il leur affirme qu’il ne s’agit que de l’application des principes de sports de combat typiquement nippons, comme le judo. Quoi qu’il en soit, il s’efforce de passer à une bataille mobile d’infanterie, en repliant tout son monde.
• Pendant ce temps, la Force Ouest a passé une nuit assez calme, en tentant de parfaire le camouflage de ses unités, car l’attaque envisagée dans la journée risque d’attirer l’aviation japonaise.
Au matin, la 12e Brigade Indienne avance prudemment vers le village de Benut, malgré les feux croisés et précis des retranchements japonais. En fin de journée, la brigade s’est rapprochée des positions japonaises, mais les progrès sont lents, car les hommes doivent passer d’un trou d’obus inondé à l’autre pour rester à couvert. En effet, les obusiers de 25 livres et de 155 mm ont détruit le village, mais n’ont pas fait beaucoup de mal aux retranchements ennemis, car le terrain mou réduit l’efficacité de l’artillerie (alors que celle de la Force Principale, sur un terrain ferme, a infligé aux Japonais en retraite des pertes notables). Les chars ne peuvent avancer, car ils s’enliseraient et seraient victimes des bombardiers et des équipes-suicide antichars.
Au nord-est, en amont du village, la 44e Brigade Indienne a traversé le Sungei Benut en bateau. Les hommes n’ont avec eux que 30 kg de matériel chacun, dont quatre jours de rations et 200 cartouches. Derrière viennent des mules portant les mitrailleuses Vickers, les mortiers de 3 pouces et leurs munitions. Toute la journée, les hommes glissent, dérapent et trébuchent sur des pistes boueuses, dont l’état ne fait qu’empirer sous les pieds des soldats, mais dans la soirée, ils sont bien en arrière du flanc gauche des Japonais…

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Bataille de la Mer de Corail
Mer de Corail
– Depuis l’aube, le Lexington et le Yorktown filent vers le sud. Le contre-amiral Frank Fletcher a bien envisagé dans la nuit d’envoyer deux croiseurs « achever les éclopés » à Tulagi, mais après en avoir donné l’ordre à 02h15, il s’est ravisé. Heureuse décision, car les croiseurs auraient été à bonne portée des avions de Takagi le matin suivant s’ils s’étaient trouvés à Tulagi.
Au lever du jour, Fletcher ordonne à ses destroyers de ravitailler auprès des deux porte-avions. La journée se passe sans autre incident que le repérage par le radar du Yorktown d’un hydravion quadrimoteur japonais “Emily”, promptement expédié par les Wildcat de patrouille à 11h35. « Tout le monde était enchanté après l’attaque de Tulagi, d’autant plus que les bavardages du bord avaient encore gonflé les coups au but revendiqués par les gars du Yorktown. La plupart des hommes étaient convaincus que nous allions rentrer à Nouméa, ou même à Brisbane, et avoir droit à quelques jours de perm’ après cette prodigieuse victoire. Mais j’étais persuadé – mon expérience aidant – que le commandement était d’un autre avis. » (Yvon Lagadec, op. cit.)
A 15h35, un SBD du Yorktown repère le groupe du contre-amiral Noyes et lâche sur le pont du Wasp un message indiquant un point de rendez-vous pour le matin suivant.
………
La perte de l’hydravion de reconnaissance ne sera jamais signalée au vice-amiral Takagi, dont les quatre porte-avions passent leur journée à longer la côte est des îles Salomon jusqu’à San Cristobal. Pendant ce temps, le porte-hydravions Chitose s’active à établir une hydrobase à l’île Deboyne, pour contrôler la zone entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie. En fin de journée, la base est opérationnelle, mais elle a été repérée par un avion de reconnaissance basé à Port-Moresby.
………
Les choses commencent à bouger vers 18h00, au moment où l’escadre de Takagi double San Cristobal. Le radar du Shokaku détecte un avion non identifié, que trois A6M2 interceptent et détruisent à 18h14. La victime est le PBY-5 français n°3 de la flottille E-24, basée à Nouméa. Mais avant d’être abattu, le Catalina a le temps d’envoyer un bref message indiquant qu’il est attaqué par des appareils basés sur porte-avions. Le Shokaku parvient à brouiller la fin de la transmission, mais cet ultime appel est entendu par un autre PBY-5, un américain de la VP-71, patrouillant 90 nautiques à l’ouest. Celui-ci signale à Nouméa qu’il a intercepté un appel de détresse de son camarade français et qu’il se dirige vers le secteur de patrouille attribué à l’E-24, dans un ciel qui commence à se couvrir. A 18h47, après avoir indiqué sa position, il transmet à Nouméa : « Repéré au moins 12 vaisseaux ennemis, dont un porte-avions ! » « Précisez ! » demande Nouméa. « Désolé, j’ai trois chasseurs aux fesses et je préfère rester dans les nuages ! »
De Nouméa, le vice-amiral Muselier transmet à 20h15 à Fletcher : « Force ennemie comprenant au moins un porte-avions a doublé San Cristobal à 19h00. » Peu après, il signale aux sous-marins Bévéziers et Sidi-Ferruch de patrouiller dans la zone entre Guadalcanal et Rennell.
Un nouvel indice important sur les intentions japonaises est apporté par cinq B-17 de l’USAAF basés à Cloncurry. Après avoir ravitaillé à Port-Moresby, ils redécollent à 13h10 pour un “balayage” de reconnaissance entre Rabaul et les Salomon. A 16h40, l’un d’eux découvre la force de Goto (autour du Junyo) au sud de Bougainville. A 17h25, c’est la force d’invasion de Port-Moresby qui est repérée. Ces découvertes sont dûment signalées par les quadrimoteurs, mais les messages arrivent à Port-Moresby dans la confusion créée par le second raid aérien japonais de la journée, car les bombardiers bimoteurs de la Marine japonaise volant à haute altitude sont difficiles à intercepter pour les P-39 basés sur place. De ce fait, les messages des B-17 ne sont pas retransmis à Brisbane et à Fletcher avant le milieu de la nuit. De toute façon, ils ne mentionnent pas la présence d’un porte-avions.
Au même moment, l’escadre de l’amiral Crace se dirige à 15 nœuds vers le Passage de Jomard. A 18h35, ces navires sont repérés par un gros hydravion quadrimoteur, qui les suit jusqu’à la nuit en restant prudemment hors de portée de la DCA. A 19h35, Crace décide de faire demi-tour pendant une partie de la nuit pour éviter d’être dans une position prévisible au lever du jour.
Le message de Muselier trouve Fletcher en réunion avec ses officiers d’état-major. La force détectée par les PBY basés à Nouméa est bien trop à l’est pour être la force d’invasion de Port-Moresby. Cependant, en ayant discuté avec Crace et d’autres officiers britanniques et australiens, Fletcher sait que les Japonais semblent aimer diviser leurs forces, comme ils l’ont fait lors de la bataille de Mer de Chine Méridionale. Il suppose alors – avec justesse – que les navires détectés près de San Cristobal font probablement partie d’un groupe d’appui de la force principale. Il présume que celle-ci se dirige vers Port Moresby en traversant les Louisiades.
20h40 – Fletcher décide de mettre le cap au nord-ouest, afin de se trouver le jour suivant en bonne position pour soutenir Crace et intercepter le “groupe d’appui” japonais (en fait, les porte-avions de Takagi). A cet instant, la Task Force est au sud de l’île Rennell, par 159°45' est et 15°05' sud. Fletcher détache le DD Hammann et l’envoie au rendez-vous fixé avec Noyes, pour informer le commandant du groupe du Wasp de ses intentions pour la journée suivante. Le destroyer accomplit sa mission peu avant minuit et Noyes, informé par projecteur, change de cap. Mais de ce fait, le Wasp va passer le jour suivant à 25 ou 30 nautiques des deux autres porte-avions, derrière eux et un peu au nord. Le Hammann retourne vers le gros du TG-17, qu’il rejoindra à 06h30 le matin suivant. Dans la nuit, Fletcher a aussi décidé d’envoyer vers le sud le pétrolier Neosho, escorté par le DD Sims, pour ne pas exposer la précieuse “grosse dame”.
………
De son côté, Takagi a appris à 22h10 la détection des navires de Crace par un hydravion basé à Rabaul. Le message qu’il reçoit mentionne : « Deux ou trois cuirassés, cinq croiseurs lourds et cinq croiseurs légers ». Il s’agit forcément de la principale force alliée ! Takagi impute le fait qu’aucun porte-avions n’a été repéré à la malchance ou au fait que les porte-avions américains qui ont attaqué la force d’occupation de Tulagi et ont dû faire route à l’ouest par la suite n’avaient pas encore rejoint les cuirassés à l’heure où ceux-ci ont été détectés. Si Takagi avait été informé qu’un hydravion de reconnaissance envoyé au sud de Rennell avait disparu, il aurait probablement raisonné autrement.
………
Pearl Harbor, 03h00 – Les bureaux du CinCPac reçoivent un message transmis « en extrême urgence » par l’état-major de l’Amiral King, à Washington (où il est 08h00). A cause du code utilisé, le message n’est déchiffré qu’à 04h00 et remis à l’amiral Nimitz qu’à 04h15. A peine réveillé, Nimitz découvre que « Selon une source de renseignements hautement autorisée, les forces japonaises opérant dans le Pacifique Sud peuvent être estimées à trois ou quatre porte-avions d’escadre. Deux autres porte-avions de la Flotte Combinée sont encore à Kure pour maintenance et entraînement. La flotte japonaise n’envisage pas de lancer avant juillet une opération de grande envergure autre que celle actuellement en cours dans le Pacifique Sud. (…) » Nimitz et son état-major se demandent qui peut bien être « source de renseignements hautement autorisée », mais ils agissent vite.
05h10 (02h10 au début de la journée du 20 en Mer de Corail) – Fletcher est informé.
05h30 – Nimitz rencontre le vice-amiral William “Bill” Halsey (lequel, réveillé en sursaut, est d’une humeur de chien). L’Enterprise et le Hornet, à peine rentrés de leur mission d’escorte vers Midway, doivent foncer le plus vite possible vers le Pacifique Sud, car Nimitz voit là une occasion en or d’écraser une fraction importante de la flotte japonaise.
06h15 – Les jeeps de la police militaire commencent à sillonner Honolulu pour récupérer tous les marins en permission.
12h30 – La Task Force 16 lève l’ancre.

Opération D
Colombo (Ceylan), 23h37
– Une forte explosion secoue le port. Un petit pétrolier civil loué par la Royal Navy, le Loyalty, vient d’exploser et flambera furieusement une partie de la nuit. Peu après, le vieux cuirassé Royal Sovereign est touché par une torpille sous la tourelle A. Les dommages sont limités, mais plusieurs semaines de réparations s’imposent.
Le coupable est un mini-sous-marin japonais Type A. Les sous-marins I-16, I-18 et I-20 , accompagné des I-9 et I-30, ont quitté Kuching dix jours plus tôt et ont transporté aux abords de Colombo trois de ces engins biplaces. Celui du I-18 n’a pu faire démarrer son moteur et a été perdu. Celui du I-16 a disparu corps et biens pour une raison inconnue. Celui du I-20 a pu tirer ses deux torpilles, visant peut-être le cuirassé Nelson, ancré non loin du pétrolier. Mais peu après, ses deux hommes d’équipage meurent asphyxiés par les gaz toxiques venant de leur batterie, probablement endommagée par l’onde de choc de la torpille qui a touché le pétrolier. Le sous-marin à la dérive sera drossé sur le rivage par la marée, non loin du port.
Cependant, cette première partie de l’opération D, élaborée comme une diversion pour l’opération MO organisée en Mer de Corail, ne pourra pas convaincre le commandement allié que le principal axe d’effort japonais se situe dans l’Océan Indien.
Cela n’empêche pas les cinq sous-marins japonais de se rendre à leur point de rendez-vous avec les AMC Hokoku Maru et Aikoku Maru, qui les ravitailleront en carburant avant de repartir pour le Japon. De son côté, la 8e Escadre Sous-Marine mettra le cap sur la côte d’Afrique Orientale.


20 mai
Au delà de l’horizon – La bataille de la Mer de Corail
Prélude
Mer de Corail, 02h25
– Le contre-amiral Fletcher est réveillé par un message urgent de CinCPac, dont le contenu est clair et inquiétant : « Forces ennemies opérant dans le Pacifique Sud estimées à trois ou quatre porte-avions d’escadre. Au moins deux navires présumés équipés de radar. Considérez performances des radars ennemis égales à celles des nôtres. Agissez en conséquence. »
02h40 – Conférence d’état-major. « Les tactiques japonaises semblent impliquer qu’ils constituent deux groupes de porte-avions dont l’un soutient directement la force d’invasion, pendant que l’autre reste en couverture, remarque Fletcher. C’est même cette façon d’agir qui a trompé Phillips en décembre, puisqu’il a basé une partie de ses décisions sur l’idée qu’il n’affrontait qu’un seul groupe de porte-avions. Donc, le groupe aperçu par les Catalina de Nouméa au sud des Salomon est très probablement la force de couverture, mais un, ou même deux porte-avions se trouvent probablement avec la force qui s’apprête à attaquer Port-Moresby. »
Le Captain Elliott Buckmaster, commandant du Yorktown, tire la conclusion : « Il y a donc une forte possibilité pour que nous ayons affaire dans la journée à deux ou trois porte-avions ennemis, mais l’amiral Crace va se retrouver avec un ou deux porte-avions sur le dos, sans un chasseur pour le défendre ! »
Pendant quelques minutes tendues, Fletcher et son équipe se demandent s’il faut rompre le silence radio pour avertir Crace qu’il semble être en mauvaise posture. Finalement, Fletcher décide de lui envoyer un court message lui signalant qu’il risque d’être attaqué par les avions d’un ou deux porte-avions opérant au sud-est de la Nouvelle-Bretagne.
03h20 – Fletcher ordonne que tout le monde, lui compris, prenne un peu de repos. Cependant, il demande au Lt-Cdr Oscar Pederson, chef du groupe aérien du Yorktown, de préparer l’envoi dès l’aube de reconnaissances très étendues.
03h32 – Crace reçoit le message de Fletcher alors qu’il fait route au sud-est. Ce n’est pour lui que la confirmation de ses craintes. Pourtant, il se refuse à trop s’éloigner, afin d’être en bonne position la nuit suivante pour intercepter la flotte japonaise, une fois qu’elle aura traversé le Passage de Jomard. Il décide alors de repartir vers le nord-ouest à 04h25.
04h30 – Avant même le lever du soleil, le vice-amiral Takagi lance des reconnaissances. Il est à ce moment par 159°30’ E. et 11°15’ S. Les hydravions des croiseurs vont reconnaître la zone située à l’ouest et au sud-ouest des Salomon, jusqu’à l’île Rossel, où il suppose que se trouvent les porte-avions américains qui ont attaqué Tulagi et doivent être en train de rejoindre les “cuirassés” signalés la veille.
05h25 – Fletcher et Fitch lancent à leur tour leurs missions de reconnaissance. Le principal task-group américain est situé par 157°30’ E. et 12°10’ S. quand 18 SBD décollent.
05h50 – Un message de Truk signale à Takagi que, selon une interception radio (celle du message de Fletcher à Crace), des navires ennemis pourraient être au sud de sa position, mais Takagi continue d’estimer que les porte-avions américains se trouvent entre sa force et les Louisiades.
05h55 – Brisbane signale l’attaque de Colombo et Trincomalee par les mini-sous-marins japonais, mais cette feinte vient trop tard pour changer quoi que ce soit à la bataille prochaine.
06h00 – Venant de Cloncurry, 27 B-17 arrivent à Port-Moresby pour attaquer les forces japonaises. Quatre autres ont déjà été envoyés en reconnaissance.
07h50 – L’un des B-17 éclaireurs repère les navires de Goto (autour du Junyo). L’avion est lui-même détecté par le radar du Junyo, mais la patrouille est incapable d’abattre le quadrimoteur, qui livre combat pendant dix minutes au milieu des nuages à pas moins de six A6M2 et réussit à transmettre qu’il a aperçu « Dix grands bâtiments, dont un gros porte-avions. » Ce message est retransmis à Fletcher.
Tout est en place pour une journée de combat, à l’ouest, où Crace fait face à Goto, mais surtout à l’est de la Mer de Corail, entre les deux escadres de porte-avions. Là, ce sera la première vraie bataille “au delà de l’horizon”, la première où les deux adversaires se rendront coup pour coup avec leurs avions sur porte-avions sans que les gros calibres tirent un seul obus.

A l’est – Les Américains apprennent dans la douleur
08h35 – L’amiral américain est convaincu que ses prévisions de la nuit se confirment, car il vient d’apprendre qu’un avion du Lexington a repéré « Deux porte-avions et au moins quatre croiseurs lourds. » Il ordonne aussitôt un raid.
08h37 – Le radar du Shokaku détecte le SBD du Lexington, mais les chasseurs de patrouille sont envoyés à une altitude erronée et ne peuvent l’intercepter.
08h44 – La chasse japonaise abat un SBD du Yorktown.
08h40 – Le Yorktown commence à lancer 9 Devastator, 24 Dauntless et 8 Wildcat et le Lexington 12 Devastator, 22 Dauntless et 9 Wildcat – en tout 21 avions torpilleurs, 46 bombardiers en piqué et 17 chasseurs.
08h45 – Takagi apprend qu’au sud-ouest, ses appareils de reconnaissance ne repèrent toujours rien. Pour lui, c’est un tournant : il comprend que les porte-avions américains se trouvent au sud et non au sud-ouest. Réagissant avec vigueur, il ordonne que le Hiei et le Kirishima lancent leurs hydravions en reconnaissance vers le sud et demande à Hara et à Yamaguchi de faire décoller un raid dès que les hydravions se seront éloignés.
09h15 – Les avions du Yorktown s’éloignent, suivis à 09h25 de ceux du Lexington. Le Wasp lance un peu plus tard 9 TBD, 24 SBD et 9 F4F-3, qui s’éloignent à 09h45.
Pendant ce temps, les hydravions des croiseurs de bataille japonais volent vers le sud, d’où sont venus les avions de reconnaissance américains. A 09h40, ils sont suivis par 28 B5N2, 33 D3A1 et 18 A6M2 de la 5e Division de Porte-Avions (Hara) et 30 B5N2, 31 D3A1 et 18 A6M2 de la 2e Division (Yamaguchi), qui ont commencé à décoller à 08h50.
Au moment où les avions sont lancés, les flottes sont à 90 nautiques l’une de l’autre environ, Takagi se dirigeant vers l’ouest et Fletcher vers le nord-ouest, afin de se placer entre les deux forces aéronavales japonaises. Le temps est en général beau, mais des bancs de nuages réduisent par endroits la visibilité.
09h50 – L’hydravion n°2 du Hiei aperçoit les deux porte-avions de Fletcher. Il va jouer à cache-cache avec les chasseurs américains entre les cumulus pendant vingt minutes, tout en orientant les bombardiers qui le suivent.
10h25 – Les avions du Yorktown sont les premiers sur leur objectif et trouvent les porte-avions de Hara. Le radar du Shokaku a plus ou moins signalé l’arrivée d’un grand nombre d’appareils, mais ce sont surtout les avertissements donnés par les navires de l’écran qui ont été utiles aux défenseurs. Le Lt-Cdr Joe Taylor (VT-5) mène l’attaque du Shokaku, ses TBD couverts par les Wildcat et suivis par les SBD. Mais les résultats sont très inférieurs aux espoirs. L’escorte est débordée par les Zéro, qui abattent quatre F4F-3, et les Devastator lancent leurs torpilles de bien trop loin pour être efficaces, ce qui ne les empêche pas de perdre cinq des leurs. Les Dauntless se montrent plus précis et le Shokaku est touché deux fois : une bombe à l’avant, qui endommage le pont d’envol et allume un incendie, et une autre à l’arrière, qui aggrave l’état du pont.
10h44 – Les avions du Lexington, qui ont erré quelques minutes dans les nuages, arrivent dispersés au-dessus de l’escadre. Avant de pouvoir se réorganiser, ils sont attaqués par les Zéro et perdent 3 Wildcat et 5 SBD. Plus chanceux, les torpilleurs passent sans être remarqués et attaquent le Zuikaku. Pourtant, à nouveau, les torpilles sont lancées de trop loin, 2 000 mètres en moyenne, et leur lenteur les rend faciles à éviter : « Nous avons pu virer et nous en écarter sans difficulté » se souvient un officier japonais. Ce sont encore les Dauntless qui ont les moins mauvais résultat, avec deux bombes qui tombent tout près du Zuikaku, pendant que les chasseurs détruisent quatre Devastator.
10h59 – Les avions du Wasp arrivent à ce moment dans un ciel dégagé. Appelés à l’aide par les défenseurs de la 5e Division, les chasseurs de l’Hiryu et du Soryu ne peuvent empêcher les bombardiers en piqué de passer. Le Zuikaku reçoit deux coups directs, un au niveau de l’îlot et l’autre sur l’arrière, mettant hors service son pont d’envol. Le Shokaku encaisse un troisième projectile, cette fois sur l’ascenseur avant, tandis que l’attaque des torpilleurs est à nouveau un échec complet. Cette fois, les chasseurs japonais prélèvent trois F4F-3, six SBD et quatre TBD.
En tout, les Japonais n’ont perdu qu’une demi-douzaine de chasseurs en échange de trente attaquants. Sur les navires touchés, les incendies sont rapidement contrôlés, même si celui du Shokaku va se prolonger jusqu’en milieu d’après-midi. On n’a craint à aucun moment de perdre l’un ou l’autre des deux porte-avions. Mais les Shokaku et Zuikaku sont hors de combat, incapables de recevoir ou de faire décoller des avions…
………
A ce moment, la flotte américaine est aussi attaquée. Fletcher a transféré le commandement des opérations aériennes au contre-amiral Fitch, plus expérimenté dans ce domaine.
« L’arrivée du raid japonais est d’abord signalée par le radar du Yorktown, qui détecte de nombreux appareils à 55 nautiques au nord-est. Malheureusement, l’officier de direction de la chasse n’est pas bien entraîné. Il ordonne de lancer neuf Wildcat (dont le mien) en plus des huit déjà en patrouille, mais nous oriente mal. Nous courons dans le vide alors que chaque seconde compte ! Je reste aujourd’hui convaincu qu’un directeur de chasse anglais aurait fait un massacre de Japonais. Mais le directeur de chasse américain le mieux entraîné à cet instant est sans doute celui du Ranger, de l’autre côté de la planète… Alors, j’ai beau bouillir dans mon cockpit, les minutes passent et la catastrophe se rapproche.
Mais il faut reconnaître que la direction de la chasse n’est pas seule en cause. Le contre-amiral Fitch n’a pas assez de chasseurs et l’utilisation de Dauntless pour intercepter les Kate s’avère un échec. Pire, quand enfin les combats commencent, la discipline radio des pilotes du Yorktown s’évapore très vite, on hurle de toutes parts dans les laryngophones et à l’arrivée de la seconde vague, le pauvre directeur de la chasse ne sait plus où donner de la tête. Encore heureux qu’à ce moment là, les Japonais ne voient pas le Wasp, qui suit notre escadre à 30 nautiques environ. »
(Yvon Lagadec, op. cit.)
11h05 – L’attaque japonaise commence. Les torpilleurs effectuent contre le Lexington une attaque parfaite, comme à l’entraînement, en deux groupes suivant des trajectoires perpendiculaires. Aucune torpille n’est lancée à plus de 1 200 mètres, la plupart le sont à 900 mètres à peine. Lagadec : « Je les vois approcher tranquillement, comme à l’entraînement, et cela me met dans une colère folle. Je plonge à travers les obus de la DCA, en hurlant aux copains de me couvrir – je n’ai jamais su si quelqu’un m’avait entendu. Fonçant à ras de l’eau derrière des Kate alourdis par leur torpille et qui ne peuvent (ni ne veulent) manœuvrer, je suis dans des conditions idéales – si on excepte la DCA, bien sûr. En une trentaine de secondes, guère plus, j’ajuste et j’abats deux torpilleurs, comme à la foire ! Et j’en vois d’autres qui se font hacher par la DCA. Mais ce n’est pas assez.
Le skipper du Lexington, le Captain Frederick Sherman, fait lui aussi de son mieux, mais la vieille Lady ne sait pas virer serré. De plus, juste à ce moment, un groupe de Val lui tombe sur le dos. Une bombe frappe l’avant, une autre touche la cheminée et deux explosent à toucher la coque, qu’elles déforment. Alors, une torpille touche la proue et une autre au niveau de la passerelle, toutes deux à bâbord. »

Les torpilleurs qui attaquent le Yorktown sont moins bien organisés, et ce porte-avions, conçu comme tel (et non développé sur une coque de croiseur de bataille), vire beaucoup mieux que son équipier. Il évite toutes les torpilles. Une seule bombe le frappe, trouant le pont d’envol près de l’îlot et explosant au niveau du quatrième pont.
Le raid de la 5e Division de Porte-avions japonaise a perdu trente-neuf appareils, et pour l’instant, si le Lexington est gravement touché, le Yorktown a échappé au pire.
11h23 – Les avions de la 2e Division (Hiryu et Soryu) arrivent. Dans la confusion qui règne, la plupart s’en prennent au Yorktown. Celui-ci est secoué par dix bombes de 250 kg en succession rapide : sept le frôlent, l’une frappe le pont sans exploser, une autre touche l’arrière du pont d’envol et la dernière explose à la base de l’îlot, près de la passerelle, dont les occupants sont commotionnés par l’onde de choc. Pire : le porte-avions est la cible d’une attaque massive très bien organisée, menée par près de trente B5N2. Il reçoit trois torpilles, l’une à bâbord, à dix mètres de l’ascenseur arrière, les deux autres à tribord, au niveau de la chambre des machines et près de la proue, sous l’encorbellement des 5 pouces avant. Le vaisseau stoppe, donnant de la bande sur tribord : 10, puis 18 degrés.
Quelques D3A1 se tournent alors vers le Lexington, qui reçoit une nouvelle bombe (mais celle-ci explose sans perforer le pont d’envol), et vers les croiseurs lourds Minneapolis et Astoria, qui échappent de peu aux attaques. Lagadec : « C’est le chaos. Il y a des avions et des bateaux dans toutes les directions – je ne serais pas surpris de voir voler un croiseur. Je zigzague dans le ciel, ayant je ne sais plus comment retrouvé un ailier. Nous nous jetons sur des Val charognards qui s’acharnent sur le Lexington, et chacun de nous en descend un avec une amère satisfaction. »
Cette vague d’attaque perd 30 appareils en tout : 17 pendant l’attaque et 13 en repartant, sous les coups des chasseurs du Wasp. Au total, après ce “premier round”, les Japonais ont perdu en combat 75 avions, dont 60 pilotes et équipages et les Américains 40, dont 32 pilotes et équipages.
11h45 – La situation est grave, mais non sans espoir. Le Yorktown est stoppé, et Fletcher va passer à 12h30 sur le croiseur lourd Astoria. Le Lexington est incliné de 7 degrés sur bâbord, trois chaudières sont partiellement noyées, le pont d’envol est défoncé et des incendies font rage. Tous les avions – autant que possible du moins – doivent être récupérés par le Wasp… dont le Wildcat de Lagadec. « Je suis écœuré. Mon Wildcat est intact et la pauvre Lady Lex, que j’étais censé protéger, agonise. Et j’ai l’impression d’en être un peu responsable ! De plus, je suis certain que la bagarre n’est pas finie. Alors, je fais un drôle de truc, que j’hésite encore à avouer aujourd’hui. Je décide de rester dans mon avion ! On me ravitaille en essence et en munitions, je ne bouge pas. On me propose de venir me détendre quelques minutes, je refuse. Je sors un moment de mon cockpit, mais je reste sur l’aile, agrippé au montant de la verrière. Un mécano un peu psychologue me regarde alors gentiment, puis m’apporte un sandwich et un thermos de café, que je déguste assis sur le bord d’attaque, prenant bien soin de ne pas toucher le pont du Wasp… »
12h22 – Le Lexington résiste. Ses machines tournent toujours et l’équipe de contrôle des dommages fait des miracles. Le vaisseau a été remis d’aplomb en jouant sur les réservoirs de mazout et tous les incendies sont contrôlés. L’officier de contrôle des dommages, le Commander H.R. Healy, plaisante même en téléphonant au Captain Sherman : « Nous avons temporairement épongé les dégâts causés par les torpilles, les incendies sont éteints et le navire ne gîte plus. Mais si vous deviez encaisser de nouvelles torpilles, Sir, je vous suggèrerais de les prendre du côté tribord. » Cette gaieté est prématurée.
12h47 – Une explosion interne dévastatrice secoue le bâtiment. Des vapeurs d’essence, issue d’un réservoir rompu par l’explosion d’une torpille, ont été mises à feu par un générateur qui n’a pas été coupé. D’autres explosions suivent, de plus en plus violentes, détruisant le poste de contrôle des dommages et tuant la plus grande partie de son personnel, dont le Commander Healy. Le feu s’étend entre le pont d’envol et le pont principal. Au début, de l’extérieur, rien ne semble changer : le navire file 20 nœuds et les équipes de réparations tentent de remettre en état le pont d’envol. Mais vers 15h00, de nouvelles explosions secouent le vaisseau, provoquant des avaries du système de ventilation qui obligent l’équipage à abandonner la chambre des machines. Peu à peu, le Lexington ralentit.
Et la bataille est loin d’être terminée.
………
11h21 – Alors que les avions japonais sont sur le chemin du retour et que les ponts de l’Hiryu et du Soryu se préparent à en accueillir le plus possible, l’hydravion n°3 du Kirishima repère le Wasp.
12h53 – Takagi apprend la nouvelle avec consternation. Jusqu’à ce moment en effet, les amiraux japonais ne pensaient pas possible de devoir faire face à plus de deux porte-avions américains : ils sont persuadés d’en avoir coulé un à Rabaul, savent que deux autres se trouvent à Pearl Harbor après le raid de Doolittle et estiment que le dernier est en réparations aux Etats-Unis pour plusieurs mois encore (en réalité, le Saratoga sera de nouveau opérationnel courant juin). Mais Takagi doit se rendre à l’évidence et ordonne à Yamaguchi de préparer un nouveau raid.
12h51 – Fletcher doit résoudre des problèmes du même genre. Les hommes ayant participé à l’attaque du matin sont convaincus d’avoir laissés pour morts deux porte-avions japonais, ce qui ne fait plus qu’un porte-avions à combattre. Fitch ne peut plus assurer le commandement tactique, n’étant plus sur le Lexington en position de l’exercer. A Noyes de jouer. « Il faut remettre ça. Débarrassez-nous pour de bon du dernier porte-avions jap ! » ordonne Fletcher.
13h00 – Tous les avions japonais survivants (175 sur 250) ont été récupérés et les plus endommagés ont été poussés par dessus bord pour faire de la place aux autres. L’Hiryu et le Soryu abritent maintenant 135 avions (respectivement 69 et 66).
13h12 – Le Wasp a récupéré tout ce qu’il a pu. Noyes, qui dispose de 65 avions en état de combattre, 12 TBD, 33 SBD et 20 F4F-3, lance un nouveau raid.
13h35 – Les 12 TBD, 21 SBD et 6 F4F3 s’éloignent vers le nord, précédés par 6 SBD en éclaireurs.
14h02 – Les avions de l’Hiryu et du Soryu, lancés à 13h29, se dirigent vers le sud (en tout 41 B5B2, 42 D3A1 et 18 A6M2).
14h51 – Le temps se détériore peu à peu. La couverture nuageuse atteint 6/10 et le vent forcit. Au milieu des nuages, un avion de la VS2 (du Lexington) signale deux porte-avions cap à l’ouest. Ce sont les Shokaku et Zuikaku qui, endommagés, tentent de se mettre à l’abri.
15h03 – Le même avion aperçoit deux autres porte-avions et doit bientôt esquiver trois A6M2. Le raid du Wasp se divise alors.
15h13 – Tous les TBD et 11 SBD attaquent les porte-avions endommagés. Constamment harcelés, les SBD ne peuvent mettre qu’un coup au but, sur le Zuikaku. Mais les Zéro qui tournent encore au-dessus de deux éclopés massacrent les lents Devastator (sept perdus sur douze). Deux Wildcat ne suffisent pas à les protéger, bien que l’un d’eux soit celui d’Yvon Lagadec. « Dès que nous sommes en l’air, je me sens beaucoup mieux. En arrivant sur l’objectif, je suis dans un état étrange, plus concentré que jamais avant un combat. Il est évident que les pauvres Devastator vont souffrir, et je décide de les aider. Ils rampent à quelques mètres de l’eau, pourchassés par les Zéro. L’un de ceux-ci nous aperçoit et fait demi-tour pour grimper stupidement vers nous, de face. Un bleu, ou un gars qui perd les pédales comme cela m’est arrivé en Mer de Chine ? Je ne suis pas d’humeur à finasser, j’accepte la passe frontale – il se désintègre et je traverse un nuage de débris pour tomber sur le dos d’un de ses équipiers, qui prend tout son temps pour allumer un TBD. Il est si occupé qu’il ne doit même pas se rendre compte qu’il passe de vie à trépas. Son avion se transforme en une boule de feu – en y repensant, je ne crois pas avoir vu sauter beaucoup d’équipages japonais, surtout chez les pilotes de Zéro, qui était vraiment une machine fragile.
Moi en revanche, je suis prévenu – par les cris de mon ailier, qui essaye, je pense, de m’alerter depuis quelques instants, et par des chocs dans le dos, où la maison Grumman a eu le bon goût d’installer une plaque de blindage. Le temps de tenter de dégager (au ras de l’eau, pas commode), de sentir que mon avion encaisse d’autres projectiles quelque part, d’entendre mon ailier hurler “Je l’ai eu, le salaud !” et mon moteur commence à cracher une épaisse fumée noire, striée de jaune vif, pendant que l’alarme incendie s’allume. Seule solution pour ne pas périr rôti : je coupe tout. Ejection verrière, débouclage harnais, gestes automatiques qui ne m’empêchent pas de contrôler les derniers mètres accomplis par mon avion transformé en planeur… Et, la loi de la pesanteur jouant, je me pose rapidement sur la Mer de Corail, dans une élégante gerbe d’eau.
La flotte nippone défile tout autour de moi. Je m’extrais tranquillement de mon cockpit, juste à temps pour voir arriver un destroyer qui, à mon grand étonnement, vient me repêcher. J’ai eu à peine le temps de me mouiller les pieds. Apparemment, la Marine Impériale a plus de respect pour les prisonniers de guerre que l’Armée japonaise, si j’en crois les récits publiés par les journaux des atrocités que celle-ci a commises en Malaisie.
Car je suis prisonnier de guerre. Curieusement, je me sens tout d’un coup très calme, presque détendu. Une seule chose me dérange : en Méditerranée, Danny Potter est monté à 17 victoires. Aujourd’hui, j’ai atteint un total de 18 après une journée riche en événements… Mais maintenant, Danny va pouvoir facilement me dépasser, la vache ! »

15h24 – Les dix autres Dauntless finissent par trouver un porte-avions qui paraît intact et piquent sur lui. C’est l’Hiryu, qui reçoit deux bombes en arrière de l’îlot, tandis que deux autres le ratent de peu. Là encore, la survie du navire n’est pas mise en danger, bien que l’une des bombes allume un incendie qu’il faudra plus de trois heures pour contrôler. Cependant, le pont d’envol du porte-avions est gravement endommagé et toute opération aérienne lui est interdite, ce qui aura de lourdes conséquences.
Pendant ce temps, Lagadec découvre l’hospitalité japonaise : « Les marins du destroyer m’enferment dans une minuscule cabine, où je reçois la visite d’un officier. Très raide dans son bel uniforme blanc, la mine compassée, il m’interpelle dans un anglais assez correct. Au moment de répondre, il me vient une idée de gamin. Je fais mine de ne pas comprendre et je lui dis en français : “Je suis le lieutenant de vaisseau Yvon Lagadec, de l’Aéronavale française, matricule –.” Un ange passe. Explosion (contenue tout de même) de mécontentement : “Speak undest… unsted… undelstandably !” Alors moi, montrant fièrement mes insignes (j’ai toujours tenu à ne pas m’habiller tout à fait comme mes camarades américains et à porter mes insignes français) : “Me… French… Lieutenant de vaisseau… etc.” Réponse : “Melcenaly !” Moi, indigné : “No mercenary ! French ! Lieutenant… etc.” L’officier est devenu tout rouge. J’étais peut-être sa première chance de montrer son savoir-faire en interrogeant un Américain ! Il en oublie le calme traditionnel nippon et part en claquant la porte.
Un peu plus tard, j’ai droit à un bol de riz arrosé de thé vert (je me demande un moment si cette boisson ne justifie pas à elle seule qu’on fasse la guerre à ces gens), puis… je m’endors tout simplement, nerveusement épuisé. »

15h25 – Les avions japonais arrivent au-dessus d’une flotte américaine dispersée et zigzaguent sous des nuages qui voilent puis démasquent les cibles potentielles. Une partie de la formation est attirée par le Lexington, en flammes mais qui avance encore à 10 nœuds. La pauvre Lady Lex est assaillie par 17 D3A1 et 21 B5N2, encaissant trois bombes de 250 kg et deux torpilles, une à bâbord, au niveau de l’ascenseur arrière, l’autre à tribord, dans la chambre des machines. Condamné, le vaisseau coule à 16h32.
Les deux destroyers assistant le Lexington sont eux aussi frappés. Le Morris prend une bombe de 250 kg derrière la passerelle et deux de 60 kg ; il stoppe, en flammes. Pour le Hammann, c’est pire : deux bombes de 250 kg et une torpille. L’échine rompue, le destroyer se casse en deux et sombre.
Le Yorktown est reparti à 5 nœuds, quand il reçoit une bombe de 250 kg en plein milieu et une torpille à tribord arrière. Il stoppe. A 16h45, les voies d’eau deviennent incontrôlables et le navire est évacué. Il coule à 18h05.
Le croiseur lourd New Orleans, qui assistait le Yorktown, reçoit une bombe de 60 kg qui détruit un canon de 5 pouces/25 AA, tuant 45 hommes, et une autre qui démolit le hangar à hydravions, allumant un incendie qu’il faudra 90 minutes pour éteindre.
15h41 – Huit D3A1 et neuf B5N2 attaquent le Wasp. Le Captain Forrest P. Sherman (à ne pas confondre avec Frederick Sherman, commandant du Lexington), évite les torpilles avec maîtrise, mais le porte-avions reçoit une bombe de 250 kg qui perfore le pont d’envol à cinq mètres de l’îlot et explose au troisième pont, tandis qu’une bombe de 50 kg frappe le pont dix mètres devant l’ascenseur avant et allume un incendie vite maîtrisé. A 16h10, le navire est à nouveau capable de recevoir et de faire décoller des avions !
Les résultats des secondes vagues d’assaut sont donc peu concluants, d’un côté comme de l’autre.
Comme les rapports faits par ses pilotes sont confus, Fletcher, installé sur l’Astoria, ne peut être sûr du nombre de porte-avions ennemis encore opérationnels. La taille même de la seconde vague japonaise montre qu’au moins deux navires y ont participé. Si deux porte-avions ont effectivement été endommagés et sont en très mauvaise posture, comme l’affirment les équipages des SBD, alors la force japonaise compte quatre porte-avions. Les pilotes du second raid ont juré avoir sévèrement touché un, peut-être deux porte-avions, mais Fletcher doit envisager la possibilité qu’il ne s’agissait que des porte-avions touchés le matin même, et qu’il se trouve face à deux porte-avions japonais intacts, alors qu’il ne lui reste qu’un navire endommagé.
De leur côté, Takagi et Inouye (à Rabaul) passent eux aussi en revue les événements. Takagi a trois porte-avions sur quatre hors service et beaucoup de survivants de la seconde vague ont dû se poser sur l’eau près du Soryu, qui n’a plus que 22 A6M2, 21 D3A1 et 19 B5N2. Ces 62 avions sont bien peu comparés aux 250 du matin même ! Pour l’avenir, le pire est cependant que sur 188 avions perdus, plus de 80 équipages sont morts ou prisonniers.
Mais à cet instant, pour Inouye, le plus important est ce qui s’est passé plus à l’ouest, au nord et au sud des Louisiades.

A l’ouest – La Royal Navy s’accroche
Dans la nuit, le contre-amiral Crace a remis le cap à l’ouest pour pouvoir intercepter tout navire tentant de traverser le Passage de Jomard. A l’aube, ses navires adoptent une formation anti-aérienne en losange et montent à 20 nœuds.
08h10 – Le Chicago repère un petit hydravion qui tournoie juste hors de portée de canon. Cet engin vient de l’île Deboyne. Crace signale qu’il a été repéré et fait venir vers le sud pour s’éloigner des avions japonais basés à terre.
08h40 – Goto est informé de la présence de Crace, ou plutôt de celle de “Deux cuirassés, un croiseur de bataille, cinq croiseurs lourds”. Il décide d’accélérer pour pouvoir lancer les avions du Junyo sur cette formidable flotte ennemie.
Mais, il faut le rappeler, l’escadre de Goto a elle-même été repérée à 07h50 par un B-17 venu de Port-Moresby, et l’USAAF va être la première à frapper.
10h45 – Ce sont 27 B-17 qui attaquent le Junyo et son escorte. Les chasseurs du porte-avions se précipitent. Ils réussissent à abattre trois quadrimoteurs et à en endommager cinq, mais perdent eux-mêmes trois Zéro et trois autres sont gravement touchés (les mitrailleurs des B-17 revendiqueront dix chasseurs ennemis). Le bombardement est imprécis, mais l’attaque impressionne Goto, à cause de l’obstination des équipages des bombardiers et de leur résistance aux attaques des Zéro (et l’amiral japonais ignore qu’il ne s’agit encore que d’un des premiers modèles de B-17 !).
11h55 – Crace change à nouveau de cap, se croyant probablement hors d’atteinte des avions basés à terre.
13h38 – A 135 nautiques au sud du Passage de Jomard, le radar du Renown détecte, 50 milles plus au nord, une formation ennemie se dirigeant vers l’escadre.
13h58 – Onze G3M2 à haute altitude bombardent au jugé, sans résultat.
14h15 – Cette fois, ce sont deux groupes de sept et neuf G4M1, qui attaquent à la torpille. Tous les navires zigzaguent violemment et ouvrent un feu nourri et précis sur les attaquants, qui perdent cinq des leurs. Aucune torpille n’atteint son but, même si le Renown n’en évite une que d’une trentaine de mètres.
14h32 – Nouveau bombardement à haute altitude : 21 G3M2, sans plus de résultats que la première fois. Crace met alors le cap à l’ouest, comme s’il allait à Port-Moresby.
14h58 – Informé des pertes de Fletcher, Crace craint que son escadre soit le lendemain la seule force notable entre les Japonais et Port-Moresby. Il décide alors de se diriger vers le sud-est, pour continuer de couvrir le Passage de Jomard.
15h50 – Six bombardiers bimoteurs bombardent le destroyer USS Perkins et le ratent. Les clichés pris par le croiseur lourd HMAS Australia montrent qu’il s’agit sans aucun doute de B-25 de l’USAAF. En fait, ces avions font partie d’un groupe de 21 B-25 du 3e BG(L) et du 22e BG(M), qui ont décollé de Charters Towers pour attaquer l’hydrobase que les Japonais viennent d’installer à Deboyne et se sont perdus.
16h55 – Les quinze autres B-25 attaquent la base avec succès, détruisant sept hydravions et endommageant légèrement le Chitose, avant de retourner ravitailler à Port-Moresby. Quelques minutes plus tard, 12 P-39 du 8e FG, basés à Port-Moresby, succèdent aux B-25. Ils détruisent les cinq hydravions survivants et mettent le feu aux réservoirs d’essence d’aviation déposés sur la plage.
A 16h02, Goto a lui-même été attaqué une seconde fois par des B-17 basés à Port-Moresby. Dix-huit quadrimoteurs ont bombardé sans succès ses navires, malgré la réaction des chasseurs dirigés par le radar du Junyo. Deux B-17 et deux Zéro ont été abattus, quatre B-17 et deux Zéro endommagés.
17h05 – Une autre formation est détectée par le radar du Renown : ce sont 18 D3A1 et 6 B5N2 du Junyo. Goto a en effet été informé de la position probable de Crace par les bombardiers basés à Rabaul. Les bimoteurs ne semblant pas très efficaces, il a décidé d’envoyer ses monomoteurs à l’assaut. Mais l’escadre de Crace est trop loin pour que les B5N2 emportent une torpille, et ils doivent se contenter d’une bombe de 250 kg.
Très vite, les Val du Junyo se montrent effectivement plus performants que les bimoteurs. Le Chicago est touché par trois bombes de 250 kg, une entre les cheminées, une dans le hangar à hydravions et la troisième sur la tourelle X. Deux autres bombes explosent à toucher la coque, endommageant sérieusement les machines. Les autres navires évitent les bombes, et cinq D3A1 sont abattus par la DCA. Ravagé par un incendie, le Chicago est durement touché. Il doit stopper à 18h18. Grâce à des efforts herculéens, les équipes de réparation réussissent à éteindre le feu vers 19h35 et le croiseur reprend sa route à 5 nœuds à 20h50.
21h00 – Crace est heureux de s’en tirer avec un seul navire endommagé. Il sait que la base japonaise de Deboyne a été neutralisée et il peut espérer échapper à de nouvelles difficultés pour aujourd’hui, tout en continuant à couvrir le Passage de Jomard. Il ordonne alors à ses navires de décrire pendant la nuit un circuit à 135 nautiques au sud-est de Deboyne.
A la même heure, Goto s’inquiète. Certes, les attaques de l’USAAF n’ont pas fait une égratignure à ses navires, mais le Junyo n’a plus que 9 A6M2, 13 D3A1 et 9 B5N2 opérationnels. Il est clair que ce n’est pas assez pour repousser une nouvelle journée d’attaques des bombardiers basés à terre, ni pour détruire la forte escadre ennemie qui patrouille au sud du Passage de Jomard.
Le vice-amiral Inouye ordonne alors à la force d’attaque de Port Moresby de changer de cap pour rester hors de portée des bombardiers basés à terre, et demande à Takagi de rejoindre Goto pour le renforcer. Il semble cependant que le commandant en chef de MO ait déjà des doutes sur toute l’opération, car il ordonne aussi à Goto de rebrousser chemin.

Dans la nuit – Aux Français de jouer
Peut-être Inouye espère-t-il que la nuit apportera des développements susceptibles de lui donner une idée plus exacte de la situation. Mais la nuit ne devait apporter que du sang et une confusion toujours plus grande, et d’abord à l’ouest du champ de bataille.
………
20h10 – Le radar du Renown détecte de nouveaux assaillants.
20h30 – Des fusées éclairantes rouges et vertes jaillissent dans le ciel sombre, en même temps que les avions japonais larguent des bouées lumineuses. « Sous ces lumières, tout prenait une allure étrange, comme un air de fête, se souvient un officier britannique. Mais que fêtait-on ? Hélas, c’était sans doute la conjuration des poudres, et qui allait jouer Guy Fawkes ? » Pour la première fois de la guerre, des marins alliés découvrent le mode d’attaque de nuit à la torpille mis au point par la Marine Impériale.
20h42 – Douze G4M1 attaquent le Chicago, dont la lenteur fait une proie de choix. Celui-ci et ses escorteurs, le CL HMAS Perth et le DD USS Walke, ouvrent un feu nourri, abattant cinq agresseurs, mais rien n’y fait. Le Chicago reçoit quatre torpilles en succession rapide sur bâbord et chavire rapidement. Il sera bientôt vengé…
………
Bien plus à l’est, Yvon Lagadec suit son destin… « D’après ma montre, le soleil vient de se coucher quand je me réveille. Deux gardes arrivent, avec un officier. Je suis sorti de ma cellule et conduit sur le pont. La nuit tropicale est toujours aussi belle. Mais le décor n’est guère romantique : tout près, la lune révèle la masse d’un grand porte-avions, que j’identifie sans mal comme un “Kaku”, le Shokaku ou le Zuikaku. Sans un mot (puisque je ne comprends rien !), on me pousse vers une chaloupe avec toutes mes possessions – ma combinaison de vol, mon casque, ma mae-west. Pigé ! Je dois intriguer considérablement les huiles, et on m’envoie au grand chef ! Effectivement, après un bref trajet sur une mer peu agitée, je me retrouve un moment plus tard dans une cellule toute pareille à la précédente, dans les entrailles du grand porte-avions. Sur une tablette, courtoisie suprême : une tasse de thé vert fumant, servie sur une nappe blanche et avec une petite serviette de table aux armes du bâtiment… »
………
16h00 – La veille au soir, les sous-marins français Bévéziers et Sidi-Ferruch ont reçu l’ordre de patrouiller dans la zone entre Guadalcanal et Rennell. Depuis l’aube, ils marchent en surface, ne plongeant que lorsqu’ils aperçoivent un avion.
16h30 – De nombreux avions défilent dans le ciel, et les deux sous-marins plongent. Ils continuent leur route en immersion, se guidant sur le bruit des bombes qui explosent dans l’eau.
19h45 – Les deux bâtiments refont surface.
21h11 – Le Bévéziers est repéré et forcé à plonger par les DD Hamakaze et Tanikaze. Il s’échappera sans mal après trois heures de grenadage.
………
« La Marine Impériale a réponse à tout. Je savoure mon thé vert depuis moins d’une heure quand deux officiers font leur apparition. L’un est visiblement plus gradé, il ne parle qu’à son subordonné et en japonais, sur un ton qui me semble sec (mais qui est peut-être en réalité très aimable !). L’autre est jeune, presque un gamin (le même âge que moi sans doute…). Mais il parle français, avec un petit zézaiement, mais français ! “Lieutenant Doji Hoturi. Vous prétendez être Français ?” Moi, bien sûr : “Lieutenant de vaisseau, etc.” Réponse : “C’est impossible, il n’y a pas de porte-avions français.” C’est de plus en plus amusant. Je montre mes insignes, je rappelle que la France et le Japon sont très réglementairement en guerre et que je suis bien pilote de combat. Le lieutenant Doji s’énerve, son supérieur trépigne. Et puis… Mon cauchemar recommence. »
………
21h30 – Le Sidi-Ferruch, qui a réussi à pénétrer l’écran japonais, repère la silhouette caractéristique d’un porte-avions. Quelques minutes pour acquérir la meilleure solution de tir, puis une salve complète de sept torpilles avant de plonger sans attendre les résultats.
21h38 – Le Zuikaku est frappé par trois torpilles à tribord. Déjà mis à l’épreuve par les bombes, le grand bâtiment n’a pas la moindre chance de survie.
………
« En quelques secondes, trois énormes chocs secouent le navire et manquent nous projeter au sol. Aucun de nous ne se demande de quoi il s’agit, ce sont forcément des torpilles, forcément tirées par un sous-marin. Je devrais être ravi, je le suis, mais je suis aussi épouvanté, car j’ai l’impression d’y être pour quelque chose, de porter une sorte de malédiction !
Un moment plus tard, dans l’obscurité et la confusion d’un navire frappé à mort, c’est presque trop facile d’échapper à mes gardiens (qui ne sont évidemment pas des professionnels !) et de m’éloigner des embarcations de sauvetage sur un minuscule radeau qui passait par là, avec des centaines d’autres débris de toutes tailles… »

………
22h16 – Le Zuikaku sombre. Malgré une chasse menée par les DD Arike et Yugure, le Sidi-Ferruch parvient à s’échapper. Il vient de conquérir une réputation de “tueur de porte-avions”, car le Zuikaku est sa deuxième victime après le Shoho (coulé en février avec l’aide du Casabianca).
22h35 – Cette perte est un coup fatal pour la confiance déjà fragile d’Inouye. Il signale à Takagi de changer de cap pour « éviter de se jeter dans une embuscade sous-marine. »

La bataille de Singapour – III
Singapour
– Une force mixte constituée d’hommes de la Royal Navy, des Royal Marines, de volontaires australiens, néo-zélandais, canadiens et locaux achève son entraînement aux opérations amphibies. Ils s’installent à l’écart en Sud-Ouest Johore pour attendre des ordres et les bateaux de la “Spooner’s Navy” qui doivent les embarquer : bateaux de plaisance rapides, péniches à moteur, bateaux de pêche locaux convertis (et motorisés), etc.
………
Malaisie
• La Force Principale passe une nouvelle nuit agitée par des heurts continuels de sections et d’escouades sur le front de la voie ferrée. Pendant ce temps, l’artillerie lourde britannique bombarde les transports et les canons qui battent en retraite sur la route et les zones où l’on soupçonne des concentrations ennemies.
L’avance reprend au lever du jour et les ennuis commencent très vite.
– A droite, le long de la voie ferrée, le front utile est très restreint, car les rails courent à travers la jungle. L’avance se fait à une vitesse d’escargot, car l’ennemi se retire en bon ordre, ce n’est pas un mélange d’unités épuisées comme à Singapour. Il a organisé une défense mobile, avec des positions d’arrêt et des équipes de harcèlement. Et plus l’infanterie avance, plus elle laisse derrière elle l’artillerie qui l’appuie, plus sa ligne de ravitaillement devient vulnérable et plus la ligne télégraphique qui longe la voie ferrée est facilement coupée. Les combats dégénèrent rapidement en embuscades et en chocs ponctuels, où la compagnie de tête doit attendre que celles qui la suivent s’ouvrent un chemin dans la jungle vers les ailes et se déploient pour déborder les Japonais. L’équipement plus léger de ceux-ci commence alors à être un avantage. La puissance de la plupart des armes japonaises est moindre que celle des armes britanniques, mais elles sont bien plus faciles à porter, à déployer et à utiliser, et les munitions, plus légères, peuvent être transportées en plus grande quantité à dos d’homme ou d’animal. Les chars, limités à la voie ferrée, sont presque inutiles.
– A gauche, par la route, l’avance est aussi affectée par les tactiques japonaises, mais sur un meilleur terrain et sur un front plus large, les troupes progressent plus facilement. La colonne qui avance sur la route peut emporter avec elle son artillerie, ses blindés et sa logistique. Cependant, l’infanterie est obligée de couvrir les flancs de l’avance, car de petits groupes de Japonais lancent continuellement des attaques sur les flancs et les arrières britanniques. De plus, les différences de vitesse entre les deux colonnes, bien qu’attendues, inquiètent beaucoup le Commandement de Malaisie, car les deux avances divergent et perdent leurs coordination.
• Dans la Force Ouest, la 12e Brigade d’Infanterie Indienne (5/2e Punjab, 4/19e Hyderabad, 1er Bedfordshire & Hertfordshire), qui doit assurer la défense de la zone et servir de réserve, est harcelée par de petits groupes de Japonais qui ont descendu la rivière et ont contourné le flanc gauche britannique pour s’infiltrer sur les arrières alliés. Ces combats font peu de pertes en hommes ou en matériel, mais créent beaucoup de confusion et de désorganisation. Cependant, les batteries de 18 livres sont parvenues sur leurs positions camouflées et sont prêtes à l’action.
Dès le début de la matinée, les positions japonaises, presque encerclées, sont “ramollies” au canon, au mortier, à la roquette et à la mitrailleuse. Les batteries britanniques tirent un mélange de fumée, d’obus explosifs et de shrapnels, et les plus gros calibres pilonnent le centre des défenses japonaises. Les mortiers lourds et les 18 livres jouent un rôle important, car le faible diamètre de leur zone létale garantit à l’infanterie du Commomnwealth davantage de sécurité lorsqu’elle se rapproche des positions japonaises avant l’assaut. Après un bref bombardement, l’infanterie s’élance, tandis que les chars s’engagent sur la route pour fournir un appui rapproché. La bataille est vite remportée, mais le nettoyage prend le reste de la journée, car de petits groupes de Japonais, voire des soldats isolés, continuent à résister et se battent jusqu’à la mort. Une centaine d’hommes seulement s’échappent par les marais vers la côte, sans doute pour regagner leurs lignes. L’écrasement de la défense a été le fait de la supériorité alliée en nombre et en puissance de feu. Les Japonais n’avaient pu creuser de tunnels très profonds en raison de la proximité de la nappe d’eau souterraine ; de plus, beaucoup d’entre eux étaient des troupes de seconde ligne, n’ayant ni l’expérience ni l’entraînement des troupes de première ligne. Ils ont cependant combattu avec beaucoup de courage et de détermination et ont arrêté plusieurs jours durant l’équivalent d’une division. Ce fait démontre une fois de plus la nécessité d’un matériel et d’un équipement spécialisés pour affronter efficacement les systèmes de défense japonais.
Cependant, sous le couvert des arbres des plantations voisines, du matériel a pu être acheminé pour réparer le pont détruit sur le Sungei Benut et lui ajouter un pont de bateaux. Mieux encore, des embarcations britanniques et des bateaux de débarquement capturés sont arrivés en pièces détachées par la route et commencent à être réassemblés.

Plymouth – L’Abdiel, le Manxman et les six canonnières SGB destinées à l’opération Pedestal quittent les eaux anglaises pour l’Océan Indien, bientôt suivis par 24 vedettes Fairmile “A”. Ils arriveront à Trincomalee (Ceylan) le 6 juin.

Nouvelle-Guinée – Un Blenheim en reconnaissance de routine sur la côte nord de la Papouasie signale qu’il a repéré des navires non identifiés au large de l’embouchure de la Kumusi, puis qu’il est attaqué par des Zéro, avant de disparaître corps et biens. Un autre appareil envoyé dans la région ne voit que d’épais nuages.

Yokosuka – Premier vol du prototype du nouvel avion d’attaque naval Aichi (bombardier en piqué et torpilleur). Cet avion, correspondant au programme 16-Shi, est prévu pour équiper une nouvelle génération de porte-avions japonais.


Dernière édition par Casus Frankie le Mer Oct 17, 2012 10:48; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 10:43    Sujet du message: Répondre en citant

je suis en train de relire la guerre du pacifique de costello et je me permets d'un peu pirater le sujet avec quelques questions que je me repose (?)


quel était l'argumentaire de mark pour justifier le non midway à l'époque (je ne m'en rappelle pas Embarassed )? comment l'impact français justifie t'il un tel changement?

costello donne comme justificatif à midway un besoin d'etendre le glacis protecteur apres le raid sur tokyo CQFD meme cause, memes effets ftl (?)

il signale aussi que les codes japonais ont changé juste apres midway, et que ce gap a fini par etre surmonté.

de plus, comme lors de la bataille de l'atlantique, il n'est pas forcemment necessaire de decoder un message pour faire lde l'analyse des intentions ennemies (localisation du traffic radio, intensité, attribution, reconnaissance de groupes particuliers : nom, date etc)... et coté pacifique/magic, rochefort était tres fort dans ce domaine.

bref, je suis convaincu que les americains peuvent rapidement casser à nouveau les codes japonais, ou avoir des analyses suffisamment pertinentes pour deduire nombres d'infos utiles operationnellement
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www.frogofwar.org


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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 10:56    Sujet du message: Répondre en citant

Quelques petites réponses (en te recommadant de relire le post qui précède, je pense qu'on a vraiment fait du bon travail sur ce coup, à commencer par Fantasque bien sûr)

Comme tu va le lire d'ailleurs, c'est APRES la Mer de Corail que Lagadec va se retrouver à Nouméa (puis ailleurs).

Pas de "Non Midway" a priori, mais, après une Mer de Corail plus dure qu'OTL, Yamamoto réoriente ses forces pour chercher une bataille décisive dans le Pacifique Sud-Ouest. Envahir Midway est envisagé dans un temps suivant (en partie, en effet, pour étendre le glacis).

Ces modifications ne sont évidemment pas des conséquences DIRECTES de l'impact français, mais INdirectes, avec pour intermédiaire, entre autres, la bataille de Mer de Chine Méridionale et le fait que Singapour a tenu, ce qui, globalement, reporte le foyer de l'affrontement plus à l'ouest.
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 10:59    Sujet du message: Répondre en citant

21 mai
Bataille de la Mer de Corail
La fin – Les Japonais, vainqueurs et vaincus

05h10 – Dès qu’il est informé des ordres d’Inouye, Yamamoto, très mécontent, intervient en sens opposé et signale à Takagi « Poursuivez et détruisez l’ennemi ! »
06h30 – Les ordres sont les ordres. Sans trop savoir où est Fletcher, Takagi remet le cap à l’ouest.
En fait, Fletcher est loin, à près de 400 nautiques. La veille, après la perte du Yorktown, du Lexington et des DD Hammann et Morris (celui-ci sabordé après les dommages subis), il a mis le cap à l’ouest pour rejoindre Crace. En dépit des deux bombes qui l’ont touché, le Wasp reste opérationnel et, ajouté à l’escadre de Crace, il pourrait constituer une force suffisante pour dissuader les Japonais de chercher à atteindre Port Moresby.
08h35 – Douze B-17 attaquent de nouveau Goto. Ils perdent un avion, mais l’un des Zéro du Junyo est abattu et deux gravement endommagés. De plus, cette fois, les bombes des quadrimoteurs encadrent les vaisseaux japonais.
09h10 – Après des échanges de messages aigres-doux, Yamamoto finit par se ranger à l’avis d’Inouye et signale à Takagi de rentrer à Truk.
« Les raisons de ce revirement sont encore incomplètement éclaircies. La position d’Inouye était motivée par le fait que l’escadre de Takagi avait été privée des trois quarts de sa force aérienne. Certes, le Hiei, le Kirishima et les croiseurs lourds, couverts par le Soryu et le Junyo, pouvaient écraser l’escadre ennemie couvrant le Passage de Jomard, mais Takagi serait incapable de neutraliser les terrains d’aviation de l’ouest de l’Australie. Les forces débarquant à Port Moresby seraient soumises à de constantes attaques aériennes de la part d’avions basés à terre, et les derniers chasseurs du Junyo et du Soryu auraient bien du mal à éviter de graves pertes d’hommes et de navires. L’attaque subie le matin même par Goto soulignait encore l’importance de ces facteurs. Tout cela peut aussi expliquer que Yamamoto ait changé d’avis.
Un autre élément peut avoir pesé dans la balance. Peu après l’aube, un hydravion basé aux Gilbert avait en effet détecté une escadre américaine “comportant plusieurs porte-avions” et faisant route vers la Mer de Corail. C’était évidemment Halsey, qui accourait de Pearl Harbor pour renforcer Fletcher. Si Takagi devait passer deux ou trois jours de plus en Mer de Corail, il risquait d’être surpris par des forces ennemies plus fraîches et supérieures en nombre.
Une dernière raison susceptible d’expliquer la décision finale des amiraux japonais fut sans doute le souvenir de la bataille de Mer de Chine Méridionale. Les Occidentaux avaient montré ce jour là que, contrairement aux affirmations de la propagande japonaise, ils étaient prêts à livrer combat dans une position apparemment désespérée et qu’ils étaient alors capables d’infliger des pertes cuisantes. Une victoire japonaise lors d’un engagement en surface contre l’escadre Crace était probable, mais aurait provoqué de nouvelles pertes, réduisant encore les forces déjà surchargées de la Marine Impériale.
Au bout du compte, quelle qu’en soit la raison, l’ordre de Yamamoto à Takagi marquait la fin de la bataille de la Mer de Corail, ou plus exactement celle de deux batailles livrées presque indépendamment. A 10h10, Goto et la force d’attaque de Port Moresby étaient rappelés à Rabaul. L’opération MO était officiellement « suspendue ». Les Japonais avaient perdu un seul grand porte-avions (avec, il est vrai, de nombreux pilotes et équipages d’avions et de très nombreux avions et hydravions), alors que leurs adversaires avaient perdu deux grands porte-avions, un croiseur lourd, un léger et deux destroyers. Pourtant, la victoire stratégique allait bien aux Alliés. »
(Jack Bailey : Un océan de flammes – La Guerre aéronavale dans le Pacifique ; Sidney, 1965 – New York, 1966 – Paris, 1969)
Mais la fin de la bataille n’est pas la fin des combats. Le dernier sang est tiré par l’un des sous-marins japonais de la force de reconnaissance envoyée vers Port-Moresby.
10h55 – Le sous-marin I-26, en plongée, croise l’escadre de Crace, couvrant toujours le sud du Passage de Jomard. Le capitaine fait tirer six torpilles sur ce qu’il croit être un croiseur de bataille, et trois frappent le HMAS Sydney à bâbord. Le courageux croiseur léger australien, qui a survécu à tant de combats en Méditerranée, sombre non loin de chez lui, entraînant un grand nombre de marins.
………
« Je n’ai pas vu la fin de la bataille. Le lendemain, j’ai attendu toute la journée des secours – le sous-marin allié qui avait torpillé le porte-avions ne pouvait-il se douter qu’un pilote français était à bord ? Le jour suivant, je ne sais plus trop ce que j’ai fait ou pensé. Et je me suis réveillé huit jours plus tard à l’hôpital de Nouméa. Un Catalina du Tangier avait repêché un aviateur français “beaucoup trop cuit, même pour le goût américain” aux dires du pilote de l’hydravion. Quand j’ai raconté mon histoire, les gars du renseignement ont commencé par refuser de me croire, mais j’avais dans une poche une preuve difficile à réfuter : la serviette de table aux armes du Zuikaku…
Anne-Marie m’a dit que j’avais déliré plusieurs jours. Je criais que ce n’était pas ma faute, que c’était impossible, que le Lexington, ce n’était pas le Béarn, que Lady Lex ne pouvait pas sombrer comme cette vieille barcasse, que l’Ark et le Formidable non plus, je n’y étais pour rien, et que le Japonais non plus, c’était pas moi… Anne-Marie ? L’infirmière qui s’occupait de moi. Mais c’est une autre histoire. »
(Yvon Lagadec, op. cit.)

La bataille de Singapour – III
Malaisie

• La Force Principale continue à progresser avec une lenteur frustrante contre un ennemi qui refuse une grande bataille, mais conduit des douzaines de petites actions sur le front, les flancs et l’arrière des forces britanniques. Pour avancer, il faut nettoyer des quantités de barrages, tâche difficile et dangereuse pour l’infanterie. Les escarmouches qui se multiplient sont peu coûteuses, mais leur cumul se traduit par des pertes assez importantes, et le nombre de blessés devient préoccupant. Néanmoins, à ce jeu, les Japonais subissent aux aussi des pertes croissantes et davantage de morts, car il leur est plus difficile d’évacuer leurs blessés – si tant est qu’ils en aient le désir. Reste que tout cela fait perdre beaucoup de temps.
• La Force Ouest est elle aussi ralentie par des barrages défendus par de petits groupes de Japonais. A gauche de la route et parallèles à celle-ci, courent trois canaux de drainage qui séparent la route des rives du détroit de Malacca. A droite de la route courent également trois canaux de drainage, au delà desquels se trouve une bande de terrain marécageux. La colonne de véhicules qui progresse sur la route ne peut donc avancer que sur un front de 3 à 5 km de large. Du coup, la colonne d’hommes à pied et de mules qui avance sans opposition sur le flanc droit, de l’autre côté des canaux, progresse plus rapidement.
………
Londres-Singapour – Au soir de ce septième jour de l’offensive britannique, si l’on fait les comptes, la colonne de la Force Principale qui avance le long de la voie ferrée n’a progressé que de 13 km à partir de Kulai, et celle qui suit la route de 19 km. La colonne de la Force Ouest qui suit la route côtière a avancé de 26 km à partir de Pontian Besar (elle a dépassé Benut de 5 km), tandis qu’au nord-est de Benut, la colonne à pied a avancé de 32 km (sans compter près de 10 km de détours). Des chiffres bien faibles, en vérité, surtout sur la carte du Cabinet de Guerre, à Londres, où les petits drapeaux ne bougent pas beaucoup. C’est pourquoi arrivent de Londres, justement, de plus en plus de messages irrités (et irritants), qui pressent Lord Gort d’avancer plus vite et avec plus de détermination. Ces messages sont pleins de “suggestions” sur le déploiement des bataillons et les axes d’attaque. Sans doute ces “suggestions” portent-elles la signature du Chef d’Etat-Major Impérial, mais Lord Gort est parfaitement conscient qu’elles proviennent directement du Cabinet de Guerre, et plus exactement de l’hôte du 10 Downing Street, le Premier ministre en personne.
Message personnel du général Sir Alan Brooke, Londres, à l’intention de Lord John Gort, Singapour (Très Secret, FYEO) – « Gort, mon vieux – Menez votre guerre comme vous l’entendez, le CIGS et le War Office justifieront votre action sur le terrain. – Nous tâcherons d’apaiser les sautes d’humeurs du PM. »
Message personnel de Lord John Gort, Singapour, à l’intention du général Sir Alan Brooke, Londres (Très Secret, FYEO) – « Brooke, mon vieux – Je vous suis très reconnaissant. Je fais tout pour économiser mes forces, tout en gagnant un maximum de terrain et en faisant à l’ennemi un maximum de dommages, mais rien ne justifierait un affaiblissement à long terme de la Forteresse de Singapour, même la satisfaction momentanée du PM. Dieu vous bénisse, je ne sais pas lequel de nous a le travail le plus dur. »

Message officiel du Commandement de Malaisie, Singapour, au Cabinet de Guerre, Londres (Très Secret) – « Les sept jours écoulés depuis la fin de la trêve ont coûté à l’Armée 596 morts et 1 537 blessés et malades ; 5 chars détruits et 7 endommagés ; 3 canons détruits et 15 endommagés. Les pertes japonaises, estimées notamment à partir des 957 morts dénombrés, sont de 1 200 morts et 1 900 blessés ; 12 véhicules blindés capturés (3 chars et 9 tankettes détruits), 27 canons capturés (9 détruits et 12 endommagés) ; 4 avions abattus confirmés et 19 autres touchés sans autre précision. »

Campagne de Nouvelle-Guinée
Buna
– A l’aube, le 39e Bataillon australien est la cible d’un bombardement par un croiseur et des destroyers, puis par des hydravions. Ses éclaireurs rapportent que des forces ennemies supérieures en nombre débarquent sur les deux flancs. Le 39e se retrouve dans une position impossible et l’évacuation par la Piste de Kokoda est la seule issue. Le détachement du Bataillon Papou livre un sauvage et efficace combat de retardement à l’intérieur des terres, près de la pointe Sanananda. Il permet au 39e de se retirer en bon ordre de Buna et de commencer à cheminer sur la piste. Le ravitaillement entreposé à Buna est incendié, mais un orage tropical éclate et éteint le feu, préservant une partie des approvisionnements et résolvant quelques-uns des problèmes logistiques qui se posent déjà aux Japonais. Il est vrai qu’ils en auront d’autres…
Les aviations alliées font de leur mieux. Quatre B-23 hollandais ne peuvent trouver Buna à cause du mauvais temps. Quatre Blenheim I de la RAAF sont interceptés par deux Zéro venant de Lae ; trois sont abattus et le quatrième s’écrase à l’atterrissage à Port Moresby. Un Beaufort de reconnaissance prend quelques photos de Gona, mais Buna est sous les nuages. Trois B-17 de l’USAAF parviennent à attaquer malgré l’opposition d’hydravions du Kunikawa Maru ; ils affirmeront avoir coulé un croiseur, mais ils n’ont fait que secouer sévèrement un destroyer.
A Port Moresby, le reste de la 30e Brigade (les 49e et 53e Bataillons) reçoivent leurs ordres de marche. Le 53e va être transporté par avion à Milne Bay et le 49e, beaucoup moins chanceux, va devoir marcher jusqu’à Myola par la piste de Kokoda. Pendant ce temps, en Australie, le commandement décide d’envoyer la 3e Division de l’AMF à Port Moresby aussi vite que possible… ce qui ne sera pas très rapide, en raison du manque de navires.

San Francisco – Le croiseur mouilleur de mines Lamotte-Picquet repart pour le Pacifique Sud après d’importantes réparations au chantier naval Bethlehem. Les restes de ses tourelles doubles arrières de 155 (tourelles III et IV) ont été définitivement éliminés. Quatre affûts doubles de Bofors 40 mm AA ont été installés. La catapulte, l’hydravion et tous leurs équipements ont été éliminés pour remplacer le dispositif de mouillage de mines de fortune installé à Singapour par un système plus orthodoxe. De plus, la réduction du poids des superstructures hautes a permis l’installation d’un radar. Le Lamotte-Picquet doit rejoindre le croiseur école Jeanne-d’Arc et le croiseur mouilleur de mines rapide Emile-Bertin pour former le noyau de l’Escadre française du Pacifique, basée à Nouméa.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi

Les Japonais de la 13e Armée, venant de Hangchow, atteignent la ligne Chienleh - Tung Yang, à 30 km de leur point de départ. La résistance de l’ANR est cependant notable, car la 25e Armée a préparé une série de lignes de défense, mais elle manque d’armes en raison de la médiocrité de ses communications. De ce fait, les lignes ne peuvent pas être tenues sur toute leur longueur et chaque fois qu’un point de résistance arrête les Japonais, ils manœuvrent pour le déborder, obligeant les Chinois à se replier sur la position suivante.


22 mai
La bataille de Singapour – III
Singapour
– Fin du répit… Dans la nuit, un violent bombardement touche Singapour, visant les “Empire Docks” de Keppel Harbour. Des entrepôts contenant un peu de matériel militaire et des stocks de nourriture pour la population civile sont incendiés.
Message du Commandement de Malaisie au Ministère de l’Armement (Londres), 22 mai 1942. – « Nous avons effectué de nombreux essais de tir réel avec des armes capturées, sur diverses cibles et à divers portées. Nous avons aussi fait des essais pour étudier la vitesse à laquelle chaque arme et type d’armes pouvaient être mis en œuvre à partir de différentes conditions initiales. (…) Nous avons été très surpris de constater que leurs canons et mortiers de petit calibre sont sans égal dans le domaine des matériels de faible poids faciles à manier, à utiliser et à entretenir sur le terrain. Leur défaut principal est le faible poids des projectiles, qui n’ont ni la pénétration, ni le pouvoir destructeur ni le diamètre d’explosion létal des projectiles des armes britanniques comparables (mais plus lourdes). Par ailleurs, leurs canons de siège lourds sont très efficaces, quoique de conception ancienne. »

Kuala-Lumpur – Le général Yamashita reçoit des experts allemands installés à Bangkok différentes communications, qu’il lit avec grand intérêt. Cependant, il est loin d’en être le seul destinataire…
Extraits de transmissions “BJ” du Foreign Office (de Bletchley Park) transférées au War Office pour réécriture pour raisons de sécurité avant envoi au Commandement d’Extrême-Orient. – Source des transmissions : Ambassade d’Allemagne à Bangkok. Destinataire : Ministère des Affaires Etrangères du Reich, Berlin.
(I) Avis envoyé au général Yamashita par la délégation militaire allemande en Extrême-Orient sur le danger de laisser une offensive britannique improvisée prendre l’initiative et de l’élan.
« (…) Il faut se souvenir de la défense obstinée, en mars et avril 1918, de la 5e Armée Britannique, qui venait d’être battue. L’Armée Impériale allemande mettait en ligne contre cette seule armée plus d’hommes et de canons que toute l’Armée britannique en France et en Belgique n’en possédait. Pourtant, quoique la ligne britannique fût distendue, qu’elle formât des poches et qu’elle fût parfois ridiculement mince, elle ne rompit pas.
Alors, après avoir subi la plus grande défaite de l’histoire de l’Armée britannique, cette même 5e Armée se redressa, commença à regagner du terrain et à détruire des unités allemandes à petite échelle, cette contre-attaque prenant rapidement de l’élan jusqu’à ce qu’il n’y eût plus un jour où, quelque part, les forces inférieures en nombre de l’Empire Britannique ne fussent en train d’attaquer et de repousser l’Armée Impériale allemande. (…) »
(II) Avis envoyé au général Yamashita par la délégation des Affaires Etrangères du Reich en Thaïlande sur l’état d’esprit du responsable militaire britannique moyen.
« (…) Quoique les offensives britanniques de 1918 eussent été la plus grande victoire de l’Armée britannique du point de vue des chiffres (prise de plus de prisonniers, de canons et de territoire que tous les autres Alliés sur le Front Ouest combinés, alors qu’elle n’engageait que moins de cinquante divisions en sous-effectifs), ces batailles et les techniques victorieuses qu’ils avaient eux-mêmes développées ne furent pas ce qui s’imprima dans la mémoire collective des Britanniques. Qu’ils soient civils, militaires ou hommes politiques, ce qui leur reste de la Grande Guerre est le souvenir des sanglantes batailles de 1916, 1917 et début 1918, quand leur armée apprenait à combattre comme une armée et non comme un assemblage de divisions et développait de nouvelles techniques de combat par essais et erreurs.
Nous nous trouvons donc devant ce fait original que l’Armée britannique préfère livrer une guerre de positions où l’usure de l’ennemi mène à la victoire plutôt que suivre la conception moderne selon laquelle ce type de guerre doit être évité, car une guerre mobile livrée par une armée motorisée représente le moyen d’éviter une effusion de sang excessive. Les Britanniques seront donc aussi acharnés en défense qu’ils l’ont été ces mille dernières années, mais ils seront réticents à combattre comme sur la Somme, en dépensant un grand nombre de vies pour voir le même terrain changer de mains un nombre infini de fois. (…) »


Front de Malaisie
« La 9e Division d’Infanterie japonaise se redéploie à partir du 22 mai 1942 de Kluang vers Ayer Hitam. Avec le retour des blessés hospitalisés et l’incorporation de quelques recrues, l’effectif réel des troupes de première ligne de la division est revenu à 4 300 hommes. L’équipement est à présent de l’ordre de 15% de la dotation théorique. La division est en théorie hippomobile, mais en l’absence de chevaux, les hommes doivent monter au front en utilisant les transports d’autres formations et des unités de logistique.
L’effectif de première ligne de la 27e Division d’Infanterie est revenu à 3 100 hommes et l’équipement est maintenant de 10% de la dotation théorique. Au 22 mai, cette division est encore à Kluang, en réserve et chargée de la défense du carrefour clé de cette ville. »
D’après des notes ajoutées au dossier “Malaisie” par la Section de Renseignements d’Extrême-Orient, Candie (Ceylan) – Janvier 1943.

• La Force Principale continue, comme chaque nuit, de faire face à des embuscades et à des infiltrations. Les dommages matériels augmentent, ainsi que les pertes. Les arrières des brigades cessent d’être des zones où l’on puisse espérer quelque repos pour devenir des zones de bataille, mais les Japonais se fatiguent eux aussi (d’autant plus qu’ils ont davantage de pertes), et les Britanniques commencent à s’accoutumer à ce genre d’escarmouches.
L’aviation japonaise essaye une autre tactique : des avions de reconnaissance lâchent des fusées éclairantes pour illuminer les routes. Des bombardiers légers peuvent alors attaquer et obtiennent quelques petits succès. Parfois, l’artillerie tire sur des objectifs révélés par les fusées éclairantes, mais dans ces cas, le seul résultat est un tir de contre-batterie anglais nettement plus efficace. Les bombardiers tentent alors d’attaquer les batteries anglaises, mais ils ne voient en général que les faisceaux de traçantes de la DCA.
La 9e Division Indienne arrive en renfort de Singapour après repos, rééquipement et réorganisation. Elle doit prendre la responsabilité du secteur de la voie ferrée. Cela permettra à la 25e Division Britannique (Western) de se concentrer sur le secteur de la route. La 9e D.I. Indienne comprend deux brigades : la 21e Brigade Indienne (2/4e Ghurka ; 1&4/13e Frontier Force [combinés]) et la 22e Brigade Indienne (2/18e Royal Garhwal ; 2/12e Frontier Force ; 5/11e Sikh). S’y ajoutent 16 chars Valentine, quatre compagnies du Génie (3e, 19e, 22e Field Companies S&M et 42e Field Park Company), une compagnie de Prévôté, le 2e Mountain Regt de la Royal Artillery (24 obusiers de 3,7-pouces) et le 22e Mountain Regt de l’Indian Artillery (21e et 22e Batteries : 24 obusiers de 3,7-pouces).
Quand le jour se lève, les deux colonnes ne bougent pas, pendant que de larges opérations de ratissage sont organisées dans les environs pour chasser les groupes de raid japonais. Ces ratissages provoquent plusieurs actions de petites unités qui se tendent des embuscades, attaquent et contre-attaquent. Les hommes en mauvaise posture n’ont que peu ou pas de chance de fuir, et chaque action est en général un combat à mort. Leur supériorité numérique et les réserves disponibles à proximité emportent le plus souvent la décision en faveur des Britanniques.
Pendant ce temps, les troupes de soutien peuvent rattraper leur retard pour assurer un appui d’artillerie et un soutien logistique plus efficaces. Le premier bataillon de la 22e Brigade Indienne et une batterie de canons de montagne parviennent en première ligne dans le secteur de la voie ferrée. L’activité aérienne ennemie se poursuit, mais l’intensité des bombardements diminue – les avions ont sans doute besoin d’entretien et le nombre de machines opérationnelles doit baisser.

• La Force Ouest construit pendant la nuit de nouveaux ponts de bateaux sur le Sungei Benut pour accélérer l’avance et comme assurance contre la perte ou les dégâts que des attaques aériennes pourraient causer au pont réparé et aux autres ponts de bateaux.
Dans la journée, les opérations aériennes ennemies sont limitées à des vols de reconnaissance et à des mitraillages et bombardements par des monomoteurs légers.
Sur la route côtière, la colonne de véhicules tente d’accélérer en utilisant une avant-garde d’autos blindées et de chenillettes, mais sans succès, car ces engins se heurtent à de nouveaux barrages, dont chacun doit être éliminé par une petite mais sanglante bataille, qui prend du temps.
Sur le flanc intérieur, l’infanterie et ses mules progressent en revanche très bien. A l’aube, un Swordfish solitaire, reconstruit par les ateliers de Singapour à partir des débris de plusieurs des machines laissées là par l’Hermes, vient leur parachuter 1 500 livres de rations, utilisant comme conteneur la coque d’une torpille. Cependant, le commandement décide que le 23 sera une journée de repos pour les hommes et les animaux, car les colonnes se sont distendues dangereusement et les unités doivent se concentrer et se mettre en ordre de bataille, car on prévoit que la résistance ennemie devrait bientôt devenir plus forte.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Buna
– A l’heureuse surprise des lieutenants Champion et Wort, des Papuan Rifles, qui commandent les deux petits groupes qui surveillent l’ennemi, les Japonais vont mettre deux jours pour s’installer et sécuriser la région. Ces deux jours de délai vont être capitaux, permettant au 39e de se replier à peu près tranquillement jusqu’à Popondetta, où la piste d’Amboga à Gona rejoint la piste Buna-Wairopi, en évacuant les notables civils locaux. Champion et Wort en profitent pour mettre à l’abri le Révérend Benson et deux sœurs missionnaires de la Mission de Gona.
Les autres Papuan Rifles sur place sont dispersés d’Ambasi (près de l’embouchure de l’Opi, 80 km au nord-ouest de Buna) à Embogo (35 km au sud de Buna). Ces petits groupes suivent le 39e et devancent de peu les Japonais, tout en abattant des arbres en travers de la piste et en mettant le feu aux ponts de souches sur les cours d’eau.
Les principales actions japonaises pendant ces deux jours sont menées par les hydravions du Kunikawa Maru, qui mitraillent la piste et lancent quelques bombes légères, mais le plus souvent, l’épaisse végétation permet au 39e de marcher à couvert et les attaques aériennes ne sont guère plus qu’une nuisance. Les hydravions interdisent cependant aux bombardiers alliés de tenter quoi que ce soit, et bombardent le terrain de Popondetta. Le coup le plus dur qu’ils portent est la destruction d’un Lodestar hollandais au moment où il tente de se poser à Popondetta. Le malheureux transport tombe sur un terrain marécageux à huit km de l’aérodrome. Les trois hommes d’équipage, blessés mais vivants, sont récupérés. Cependant, ils vont vivre une terrifiante expérience : parcourir, blessés, plus de 110 km de pistes dans la jungle de Nouvelle-Guinée, sur un brancard ou en s’appuyant sur une épaule charitable. En arrivant au terrain de Kokoda, les malheureux Hollandais raconteront s’être demandé bien des fois s’il n’aurait pas mieux valu pour eux mourir dans la carcasse de leur avion !

Tokyo – L’Etat-Major Général de l’Armée Impériale décide de très importants mouvements de troupes. Sous couleur d’une décision indépendante, il s’agit en fait d’une acceptation des exigences formulées par Yamashita lors de la conférence du 12 mai. Ces exigences représentaient bel et bien une critique radicale de la politique suivie avant-guerre par l’Armée, telle qu’elle était issue des combats relativement aisés livrés en Chine. Elles n’ont pas été accueillies très chaleureusement par l’Etat-Major Général, mais celui-ci n’a pas eu d’autre choix que d’accorder au général ce qu’il réclamait.
Au demeurant, il est devenu plus facile de prélever de nouvelles troupes dans l’Armée du Kwantung depuis le 17 mai : toute crainte de voir l’Armée Rouge attaquer en Extrême-Orient a en effet disparu avec le début de la guerre germano-soviétique.
A ce moment, si l’on ne tient compte que des divisions d’infanterie (et non des brigades de chars et d’artillerie), l’Armée Impériale en Asie du Sud-est compte :
– en Indochine, la 23e DI et deux régiments de la 7e DI (appuyées par la plus grande partie de l’armée thaïe) ;
– sur le front birman, la 55e DI (appuyée par la 2e DI thaïe) ;
– en Malaisie, les restes de la division de la Garde Impériale et des 5e, 9e, 18e et 27e DI, plus le gros de la 56e DI et la 33e DI, arrivant de Birmanie .
Il est décidé d’envoyer en Birmanie et Malaisie les 12e et 71e Divisions d’Infanterie, deux régiments d’artillerie d’Armée, un régiment blindé au grand complet, ainsi que des unités du génie.
Les unités de l’Aviation de l’Armée doivent être renforcées pour leur rendre leur efficacité et pour leur permettre de neutraliser, non seulement les positions britanniques à Singapour, mais aussi celles de Penang et Sabang. De nouveaux avions, dont de tout nouveaux Ki-44-I, sont expédiés en hâte en Malaisie. Les aérodromes soigneusement détruits par les forces du Commonwealth lors de leur retraite sont remis en état, ou de nouveaux terrains sont construits, en utilisant des ouvriers locaux réquisitionnés. Cette réquisition provoque de multiples abus des troupes d’occupation, qui font de nombreuses victimes dans la population. C’est ainsi que des officiers du génie japonais obligent leurs ouvriers malais à travailler à la remise en état d’une piste qu’ils savent pertinemment minée, car faire exploser les mines de cette façon est plus rapide que de les rechercher et de les désamorcer. Les comptes se règleront des années plus tard, lors des procès pour crimes de guerre en Extrême-Orient… notamment.


23 mai
La bataille de Singapour – III

Malgré leurs succès, les forces alliées sont toujours encerclées dans Singapour et dans le sud de la péninsule malaise, ce qui veut dire qu’elles sont condamnées à terme, faute de nourriture et de munitions notamment. Combien de temps pourront-elles tenir ? Un rapport de l’état-major de Lord Gort fait le point, dans l’espoir d’un prochain convoi de ravitaillement (voir appendice 3). Il apparaît que, sur le plan de la nourriture, la situation deviendra difficile à partir de fin septembre.

Front de Malaisie
• La Force Principale avance toujours très lentement.
– La colonne “de la voie ferrée” se trouve devant quatre miles (des bornes 444 à 440) où la voie n’est qu’un défilé dans la jungle, sans plantations autour. Le III/148e Bataillon japonais y a facilement installé trois positions d’arrêt entourées de petits groupes en embuscade sur les flancs. Chacune demande du temps pour flanquer par la jungle les positions défensives, avant un dur combat pour déloger les défenseurs. Mais le pire est la recherche des pièges et des mines, sous la menace constante d’un tireur isolé, d’une mitrailleuse solitaire ou d’un mortier léger qui tire quelques cartouches, une rafale ou une paire d’obus, puis décroche. Les hommes doivent plonger à couvert et se déployer contre un ennemi qui a déjà disparu. Pour compliquer les choses, la 9e D.I. Indienne doit achever de prendre le relais de la 25e Britannique dans le secteur. Les compagnies d’ouvriers et du Génie doivent ouvrir des pistes parallèles à la voie ferrée pour permettre d’acheminer assez de ravitaillement et de matériel pour soutenir l’avance. En fin de journée, un seul mile a été gagné.
– La colonne “de la route” fait face au 146e Régiment d’infanterie, soutenu par toutes les unités divisionnaires de la 56e D.I. Les Japonais peuvent se replier sur un front étroit. A l’ouest de la route, ce n’est que jungle, sauf des bornes 30 à 35, où la jungle est remplacée par un marais striés de cinq ruisseaux qui coulent d’est en ouest sous autant de ponts. A l’est (à droite) de la route, des bornes 28 à 40, c’est aussi la jungle, jusqu’au Domaine de Caoutchouc Namazie. La 25e D.I. Britannique (Western), renforcée à quatre brigades et troupes d’appui, avance sûrement mais lentement, gardant ses flancs avec soin. Le soir, partis de la borne 28, les Britanniques n’ont pas dépassé la borne 30 (la numérotation est en sens inverse de celle de la voie ferrée – le colonisateur a apporté avec lui sa logique insulaire…).

• La Force Ouest est tout aussi précautionneuse.
– La colonne qui suit la route prend beaucoup de temps pour nettoyer la voie, les bas-côtés et les villages voisins des mines et pièges, en s’efforçant de réduire au minimum les pertes en hommes. Six barrages défendus sont éliminés malgré de multiples attaques aériennes. En fin de journée, l’avant-garde (3e Armoured Squadron indépendant “Lancer” [16 chars A13-III Cruiser Mk IV] et 2/7e Régiment provisoire de la Royal Artillery [batteries X et Y : seize canons de 60 livres Mk I]) entre en contact avec les défenseurs de Rengit.
– A l’intérieur, la colonne “cross-country” repose et regroupe hommes et animaux. Elle peut se le permettre, elle a beaucoup d’avance.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Trente hommes des Papuan Rifles commandés par le Major Watson (chef du bataillon) en personne, aidés par une escouade du 39e, tendent près de Dobodura une embuscade à une colonne de 80 Japonais. Ces derniers ont 60 tués, alors que les Alliés ne subissent que de faibles pertes.
Les jours suivants, les Japonais, persuadés d’avoir été trahis par les indigènes, organisent de sauvages représailles dans la région d’Embi : 150 hommes, femmes et enfants sont massacrés en 48 heures. Les Papous s’enfuient et “prennent le bush”, privant les Japonais d’auxiliaires possibles, éclaireurs et ouvriers.

Campagne du Pacifique Sud
Brisbane
– Les survivants de la TF-17 entrent au port en début de soirée. Les amiraux Fletcher et Fitch sont accueillis chaleureusement par le général Wavell, qui les appelle « sauveurs de l’Australie. » L’amiral Crace, dont les navires ne doivent arriver à Brisbane que le jour suivant, reçoit le même message.
………
Nouméa – Le vice-amiral Emile Muselier reçoit lui aussi un message de l’amiral Nimitz, qui le remercie pour le soutien efficace et bien organisé assuré aux forces alliées opérant dans la région.
Muselier reçoit également un message de félicitations du gouvernement français. Cependant, ce message contient aussi une partie moins plaisante. Le vice-amiral est en effet rappelé à Alger et remplacé par le contre-amiral Thierry d’Argenlieu.
Cet épisode sera à l’origine d’une longue brouille entre Muselier et De Gaulle, que le vice-amiral considère d’emblée comme le principal responsable d’une sorte de mise à pied arbitraire, décidée à un moment critique. En fait, il est exact que le gouvernement français, et en particulier son ministre de la Guerre, a été contrarié par certaines initiatives incontrôlées de Muselier, notamment lorsqu’il a promis au gouvernement australien l’appui de la France sans consulter Alger. Mais la vraie raison du rappel de Muselier est liée à des considérations de politique militaire et de relations entre les Alliés. Le gouvernement américain a nommé le vice-amiral Robert L. Ghormley commandant du SOPAC (théâtre du Pacifique Sud-Ouest) et il doit s’installer à Nouméa. Comme Muselier est plus ancien que Ghormley dans leur grade, il risque de réclamer ce poste (et, sa personnalité étant ce qu’elle est, il le fera probablement). Il est donc nécessaire de le remplacer par un contre-amiral.


24 mai
La bataille de Singapour – III
Front de Malaisie

• La Force Principale, exactement la 9e D.I. Indienne, se heurte sur la voie ferrée à de violents tirs d’armes d’infanterie. Tout le 148e Régiment japonais a été concentré sur une position d’arrêt de 2 500 mètres de front en pleine jungle, appuyée à l’ouest sur le Bukit Hantu Est (150 mètres). Il s’agit d’empêcher les Indiens de déborder les forces japonaises sur la route. Dépourvue d’artillerie, l’infanterie japonaise livre bataille par petits groupes, où son meilleur entraînement en brousse l’aide à compenser la supériorité numérique indienne. Mais petit à petit, des troupes fraîches indiennes sont engagées et l’artillerie alliée commence à peser sur les positions et les colonnes japonaises.
Sur la route, la 25e D.I. Britannique est arrêtée par un goulot d’étranglement naturel : entre le Bukit Hantu Ouest (210 mètres) à l’est et un marais à l’ouest s’étend une zone de jungle parcourue de petits ruisseaux où se trouve une petite plantation. Les Japonais ont installé ici des retranchements camouflés, protégés par des mines (britanniques d’origine !) sur toutes les voies d’approche (pistes, rives des ruisseaux, route et bas-côtés…). Cette position réduit beaucoup l’efficacité de l’artillerie britannique, en raison de la faible visibilité et de la protection fournie par les arbres contre les petits calibres. Dans la matinée, des patrouilles reconnaissent et sondent les positions japonaises, ce qui provoque de nouveaux combats à petite échelle, mais d’une grande férocité. En début d’après-midi, les Britanniques lancent des attaques sur la route et dans la plantation. La résistance se raidit, obligeant les attaquants à renforcer leur attaque, qui s’étend bientôt sur tout le front, avec le soutien de l’artillerie lourde. Le progrès est lent, mais dans la nuit, des unités britanniques, aidées par des guides locaux, commencent à déborder les positions japonaises par les marais.

• La Force Ouest lance une attaque matinale sur la route côtière. Le 3&5/17e Dogra, soutenu par des blindés et de l’artillerie, pénètre dans Rengit. L’après-midi, le 2/16e Punjab, lui aussi soutenu par des blindés, est engagé sur la droite. Une fois de plus, les fortifications primitives en tronc de cocotier se montrent d’une extraordinaire solidité : très peu d’hommes et quelques mitrailleuses et canons légers bien placés, appuyés par des mortiers, suffisent pour provoquer des retards considérables. Les seules solutions sont pour l’instant le tir d’artillerie à courte distance, ou l’utilisation de charges de démolition.
A l’intérieur, la colonne “cross-country” attend les développements de l’action de Rengit et l’arrivée du ravitaillement en nourriture, tout en envoyant des patrouilles de reconnaissance.

Campagne d’Indochine
Dans la nuit, le sous-marin Casabianca débarque huit hommes des Forces Spéciales (dont deux opérateurs radios) au sud de Qui-Nhon. Ces hommes doivent opérer avec des forces irrégulières vietnamiennes, qui sont en train de se constituer dans les hautes terres.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte orientale de l’Australie, 15h30
– Après plusieurs jours de guet sans résultats, sinon deux tentatives d’attaque sur des navires isolés ruinées par le mauvais temps et par une panne mécanique, l’I-59, en surface, peut enfin lancer trois torpilles sur ce qu’il croit être un cargo se dirigeant vers Melbourne à l’est du détroit de Bass. Mais la visibilité est trompeuse, avec des nuages bas, des grains de pluie et du gros temps en perspective. Une torpille frappe sa cible, mais celle-ci ouvre alors un feu nourri sur le sous-marin, qui doit plonger. Il s’agit en réalité du croiseur auxiliaire (AMC) HMS Ranpura, un cargo armé de 16 688 GRT, qui précède deux transports de troupes rapides (16 nœuds) chargés de 4 000 hommes et accompagnés d’un autre AMC, l’HMAS Kanimbla. Le Ranpura, chef d’escorte, ordonne immédiatement aux trois autres de faire demi-tour pour chercher la protection du gros temps avant de reprendre la route de Melbourne, tout en réclamant une escorte aérienne.
Mais le temps se gâte très rapidement et c’est dans des conditions météo effroyables que deux Beaufort tentent de décoller de Mallacoota. L’un d’eux s’écrase au décollage, tuant son équipage, et l’autre s’enlise sur la piste gorgée d’eau. Profitant d’une accalmie, un Hudson décolle de Melbourne, mais disparaît corps et biens. Trois Botha décollent de Sale. Quarante minutes plus tard, ils repèrent les transports de troupes et restent avec eux jusqu’au soir, guettant un éventuel sous-marin, obligés de voler constamment à moins de 200 mètres, sous d’épais nuages bas. Ils retournent ensuite vers Sale, où l’un d’eux parvient miraculeusement à se poser sans encombres. L’équipage d’un autre, incapable de trouver la piste, finit par sauter en parachute, tous ses membres s’en tirent. Mais le troisième Botha disparaît sans laisser de traces.
« La perte de trois équipages et de quatre avions dans cette opération avait été un coup douloureux pour les squadrons du Coastal Command. L’Armée exprima plus tard à la RAAF sa reconnaissance officielle pour les efforts accomplis pour protéger les transports de troupes. » Opération ONI, phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950. [Note manuscrite en marge : L’épave du troisième Botha fut retrouvée dans les collines de Gippsland en 2003. Les restes de l’équipage étaient toujours dans l’avion.]
Pendant ce temps, le Ranpura endommagé s’efforce d’occuper le sous-marin et de le tenir à l’écart du convoi. Ayant réussi à obliger le sous-marin à plonger, il doit ensuite éviter quatre nouvelles torpilles.
17h00 – Sachant que le convoi est protégé par des avions, le Ranpura met le cap à l’ouest alors que l’I-59 abandonne la chasse et se dirige vers la région de Sydney, espérant trouver de bonnes cibles sur le chemin du retour. Le croiseur auxiliaire s’échappe donc dans le gros temps, mais il est loin d’être sorti d’affaire. Les dommages causés par la torpille, qui a frappé le navire par tribord avant, sont sérieux. La cale avant est noyée, et bien qu’elle soit remplie de billes de bois qui accroissent la flottabilité, quatre-vingt-dix minutes de manœuvre à grande vitesse dans le gros temps ont aggravé les dégâts. Peu à peu, les billes de bois sont éjectées par les paquets de mer.
22h00 – Le Ranpura est en grande difficulté. Le vent a beaucoup forci et a tourné au sud. La proue au ras de l’eau, le navire avarié devient incontrôlable. Présenter la proue au vent serait suicidaire, car la houle se briserait contre le château avant et aurait tôt fait d’enfoncer le navire sous l’eau. Présenter la poupe au vent et courir avec lui obligerait à filer doit vers le rivage, et serait donc aussi suicidaire, d’autant plus que, trop lent pour rester manœuvrant, le navire risquerait de tomber en travers. La seule chance du Ranpura est de recevoir le grand vent par tribord et de tenter de gagner le médiocre abri du rivage sous le vent de Gabo Island, où il serait possible de s’échouer…
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 13:15    Sujet du message: Répondre en citant

25 mai
La bataille de Singapour – III
Thaïlande
– Si les services de renseignements japonais en Malaisie sont fort bien organisés, l’inverse est vrai et les SR alliés rapportent de nombreuses informations sur les activités japonaises, notamment sur la construction de chemins de fer en Thaïlande (voir appendice 4).

Front de Malaisie
• La Force Principale avance… un peu. La 9e D.I. Indienne parvient à progresser de trois miles le long de la voie ferrée jusqu’à la borne 440, 1,5 mile au sud du village de Layang-Layang. Mais rivière et marais font de ce village une formidable position défensive, qui ne peut être attaquée sans une préparation soigneuse.
Sur la route, la 25e D.I. Britannique se fraie un chemin en luttant toute la journée contre une résistance adroite et déterminée. Mais les Japonais se replient peu à peu jusqu’à la borne 33. Ils peuvent ainsi continuer à se défendre sur un front de jungle étroit, tout en restant alignés sur les défenseurs de Layang-Layang.

• La Force Ouest continue à combattre dans Rengit et sur la route côtière aux abords du village, et les pertes augmentent des deux côtés. Les Japonais s’accrochent encore au village, les plus solides de leurs bunkers attirant un très violent feu britannique. C’est alors que les arrières de la colonne alliée sont assaillis par la centaine d’hommes qui ont survécu à la chute de Benut, dont on croyait qu’ils avaient rejoint le gros de leurs forces (une telle erreur ne sera plus commise par la suite, quand les Anglais comprendront mieux la conception japonaise de l’honneur militaire). Les Japonais massacrent une équipe de cantonniers réparant la route, détruisent quelques camions qui passent, dispersent une cuisine de campagne et balaient les servants d’un canon AA. Une compagnie d’ouvriers indiens armés – trois cents hommes – fait face entre deux autres canons AA. N’ayant pratiquement plus de munitions et se trouvant à un contre trois, les Japonais chargent à la baïonnette, mais, suivant les ordres de Lord Gort, les ouvriers ont reçu un entraînement au combat et ils serrent les rangs, encouragés par les tirs des canons. Après trois volées tirées de leurs fusils italiens capturés en Cyrénaïque, les ouvriers contre-chargent. Ecrasés sous le nombre, les Japonais meurent bravement (et inutilement : le seul résultat concret de cet épisode a été un certain retard des convois routiers).
A l’intérieur des terres, la 45e Brigade marche vers Rengit par l’est. Elle doit franchir deux larges canaux de drainage tout en restant à couvert. En fin de journée, la brigade, qui avance en quatre colonnes, entre en contact avec le flanc gauche et les arrières des défenseurs de Rengit, mais l’effet n’est pas celui escompté. En effet, la brigade tombe sur les réserves japonaises, constituées des éléments survivants de la brigade blindée de la 25e Armée : sept chars moyens, neuf légers et cinq tankettes. Heureusement pour les Indiens, ces dix-sept engins manquent de puissance et de résistance, et souffrent du même mal que les chars britanniques : près de la côte, le terrain est trop mou pour eux. Chars et tankettes s’enlisent et se font briser les chenilles par des fusils antichars, arroser de bombes incendiaires et d’obus de mortiers, et en général sont très vite en mauvaise posture. Au coucher du soleil, le combat est toujours confus, mais tourne en faveur des Indiens, au milieu des épaves incendiées des chars et des camions japonais. L’infanterie indienne a cependant subi des pertes significatives et a perdu l’élément de surprise.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– A Jumbora, une patrouille japonaise tombe dans une embuscade tendue par une escouade du 39e, qui lui tue huit hommes.

Campagne du Pacifique Sud
Nouméa
– Le vice-amiral Robert L. Ghormley et son état-major (40 officiers, dont le contre-amiral Daniel J. Callaghan et le brigadier-général DeWitt Peck, USMC) s’installent en Nouvelle-Calédonie. Ghormley doit prendre le commandement de toutes les opérations navales et apparentées dans le Pacifique Sud, à la jonction des zones de commandement du CinCPac et du général Wavell. Il rencontre le vice-amiral E. Muselier (sur le départ) et le Maj.Gén. A.M. Patch, qui commande la division d’infanterie “Americal”, fraîchement arrivée. Une de ses premières décisions et de nommer le contre-amiral John S. McCain commandant de l’aviation de la zone du Pacifique Sud.
La tâche de Ghormley n’est pas facilitée par le manque d’informations nautiques, au point qu’il considère comme un trésor de très grande valeur des cartes allemandes de 1908 et des cartes de l’Amirauté britannique de 1897 !

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte orientale de l’Australie
– « L’équipage du Ranpura se battit toute la nuit pour son navire. A l’aube, le navire était en vue du phare de Gabo, mais sur le point de couler, n’avançant plus qu’à quatre nœuds, la proue submergée et les hélices sortant de l’eau chaque fois qu’une énorme vague soulevait la poupe. Depuis la veille au soir, l’aviso HMAS Swan s’était lancé à son secours. Il avait foncé toute la nuit, marchant à toute vapeur au milieu de vagues gigantesques, subissant de sévères dommages aux superstructures et perdant toutes ses embarcations, mais il était parvenu au côté du croiseur auxiliaire peu avant l’aube. La flotte de pêche d’Eden était sortie : cinq bateaux avaient réussi à affronter la mer et avaient pu rejoindre le navire en perdition parmi les montagnes liquides. La population de Mallacoota, en face de Gabo Island, avait elle aussi été avertie du drame qui se jouait au large, mais la mer avait fermé l’estuaire de la rivière, où la barre condamnait d’avance toute tentative de quitter le petit port. Dans la nuit, les habitants avaient pourtant réussi à porter six pirogues de barre sur plusieurs miles jusqu’aux plages les plus proches de Gabo Island.
A 10h00, le Ranpura signala par projecteur au Swan qu’il pensait que sa proue, submergée et martyrisée depuis une quinzaine d’heures, était sur le point de se briser. Peu après, il signala une voie d’eau importante dans la chaudière.
A 10h25, les marins du Swan et des bateaux de pêche virent avec horreur le Ranpura disparaître sous les flots, la proue la première, à moins d’un mille nautique des eaux abritées au nord de Gabo Island, laissant son équipage tenter d’échapper à la noyade dans des vagues monstrueuses.
Le Swan, privé de sa drome , lança des filets et des cordages, et les bateaux de pêche firent de leur mieux. En voyant le Ranpura sombrer, les gens de Mallacoota lancèrent leurs six pirogues du coin le moins exposé de la plage. Trois passèrent la barre, les trois autres furent pulvérisés et neuf volontaires se noyèrent. Le gardien du phare et son fils, dans une pirogue encore plus petite, se jetèrent aussi dans les flots !
Finalement, presque tous les membres d’équipage du Ranpura furent sauvés, 32 d’entre eux étant arrachés à une mort certaine à quelques mètres des rochers. Les pirogues et les bateaux de pêche réussirent à aborder sans autre drame sur Gabo Island, où le gardien du phare et sa famille prirent soin des rescapés et des sauveteurs. La perte du Ranpura fut essentiellement due au mauvais temps. Sans la tempête, il aurait certainement survécu. » Opération Oni, phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi

La Brigade Kono et les 15e, 22e et 70e DI japonaises commencent à envelopper les positions logistiques vitales de l’ANR, autour des villes de Lanhai, au confluent de la rivière Fuchan, et de Ku-Fang, plus au sud, à 70 km sur la voie ferrée au sud-ouest de Hangchow. Six divisions de l’ANR (les 40e, 63e, 79e, 146e, 192e et 5e de réserve) s’opposent à cette manœuvre.


26 mai
La bataille de Singapour – III

Message de RAF-Singapour à l’Air Ministry (Londres) sur les opérations des Flights non officiels de la RAF et de la FAA attachés au Commandement de la Région de Malaisie et surnommés “Royal Singapore Air Force” : « (…) Des efforts surhumains de récupération et de réparation ont permis (entre les raids aériens et, lors des combats d’avril, malgré la chute de quelques obus sur les quais du port) de construire des avions arrivés en caisses au début de l’année, ou d’en reconstruire d’autres à partir d’épaves pour former plusieurs flights de chasseurs et de bombardiers légers. En comptant les avions de remplacement, il a été possible de créer une force de première ligne organisée administrativement en deux flights de chasse (6 Sea Hurricane et 9 Hurricane II), un flight de reconnaissance (1 Buffalo, 2 Fulmar, 5 Swordfish), un flight de reconnaissance lointaine et de bombardement léger (3 Blenheim IV, 2 Hudson). Le commandement de la RAF à Rangoon a accepté de nous envoyer des pilotes volontaires.
En raison du déséquilibre des forces, l’existence des chasseurs doit rester secrète jusqu’à leur utilisation, qui n’est envisageable qu’en cas de nécessité absolue.
La force de bombardement est si faible que l’intérêt des renseignements apportés par ses occasionnels vols de reconnaissance dépasse de loin celui que pourrait représenter son utilisation offensive.
Par quelque miracle, notre vaillant flight de Swordfish a réussi à faire voler chaque nuit un ou deux avions depuis l’évacuation des forces de la RAF “officielle”. Décollant de pistes qui ne sont en fait que des bouts de route sur lesquels la Police Militaire bloquait le trafic durant quelques minutes, notre bizarre collection d’avions légers a maintenu un contact matériel avec nos “Stay Behind Forces” en Johore. De plus, le détachement du “Royal Artillery Flying Club” a héroïquement accompli des missions de réglage d’artillerie nocturne à la lueur de fusées éclairantes et à la hauteur des sommets des arbres, missions dont le succès, pour avoir été plus moral que matériel, ne doit pas être négligé. Enfin, les Swordfish ont parfois parachuté du ravitaillement à des unités isolées perdues dans la jungle.
Par ailleurs, grâce à l’utilisation judicieuse de signaux radio muets et d’épaves d’avions apparemment réparés, nous avons pu conduire les Japonais à gaspiller des efforts considérables pour bombarder des aérodromes vides d’avions opérationnels, mais bien défendus par notre DCA. (…) »

Front de Malaisie
La reconstitution des forces japonaises en Malaisie se poursuit. Les cinq divisions massacrées à Singapour se reforment peu à peu à partir de toutes les troupes disponibles, pendant que la 56e DI s’efforce de barrer la route aux colonnes du Commonwealth et que la 33e DI arrive lentement de Thaïlande.
L’état qui suit est dressé d’après des notes ajoutées au dossier “Malaisie” par la Section de Renseignements d’Extrême-Orient, Candie (Ceylan) – Janvier 1943.
« La 9e D.I. continue son redéploiement de Kluang à la ligne Ayer Hitam - Batu Pahat. Le retour des blessés et malades et l’arrivée de quelques renforts a porté l’effectif de première ligne à 5 100 hommes. Le matériel est de l’ordre de 20% de la dotation théorique, mais il n’y a toujours aucun transport.
La 27e D.I. compte maintenant 4 800 hommes en ligne et a récupéré 25% de son matériel. Tout aussi dépourvue de transport que la 9e, elle commence à se redéployer à partir de Kluang le long de la voie ferrée, derrière la ligne tenue par la 56e DI. » (…)
« La 5e D.I. est déployée dans le triangle Port-Dickson - Seremban - Malacca pour bénéficier de l’infrastructure médicale et des voies de communications installées avant guerre par les Britanniques, afin d’accélérer son rééquipement et sa réorganisation, ainsi que la guérison des malades et blessés.
Pour les mêmes raisons, la 18e D.I. a été déployée dans et autour de Kuala Lumpur. » (…)
« La 33e D.I. japonaise , qui descend de Thaïlande, est encore dans la région de Malacca, très étirée. Ses premiers éléments traversent la rivière Muar. La route côtière ouest semble avoir été choisie pour son acheminement en désespoir de cause, car la route principale et les voies ferrées sont encombrées. Parmi les éléments qui descendent le long de la péninsule, on compte plus de 10 000 hommes du personnel au sol de l’aviation de l’Armée, nécessaires à la montée en puissance de celle-ci en Malaisie. »
………
• La Force Principale fait face à une crête située sur la rive sud du cours supérieur du Sungei Johore à la borne 440 de la voie ferrée. Cette crête domine une zone de ruisseaux et de marais, le pont de chemin de fer et le village de Layang-Layang. Du côté sud, plusieurs petites plantations, reliées par une route qui rejoint la voie ferrée au pont sur le sungei, permettent le déploiement de l’infanterie. Au lieu de se replier de l’autre côté du Sungei Johore, le 148e Régiment japonais (56e D.I.) s’est retranché sur la crête pour gagner du temps. Derrière lui en effet, la 27e D.I., partiellement reconstruite et réorganisée, commence à se déployer à Layang-Layang, à l’orée d’une vaste zone de plantations où des forces importantes pourraient se déployer sur un front beaucoup plus large.
Du côté allié, les artilleurs luttent depuis des jours pour faire avancer leurs canons et leurs obusiers vers les plantations de la zone Ayer Bemban/Sedenak. Ces bouches à feu commencent à approcher.
Plus à l’ouest, sur la route, l’infanterie de la 25e D.I. Britannique doit nettoyer la jungle et le marais qui bordent la route des tireurs isolés, des embuscades et des groupes d’infiltration avant que les démineurs puissent éliminer les véhicules piégés et autres chausse-trappes semées par les Japonais.

• La Force Ouest concentre devant Rengit des unités qui se contentent pour l’instant de fixer le maximum de défenseurs. Pendant ce temps, à l’intérieur des terres, ayant détruit ou dispersé les réserves japonaises, l’infanterie de la 45e Brigade Indienne réussit à atteindre la route côtière, encerclant le 113e Rgt de la 56e DI qui tient Rengit.

Campagne des Philippines
Corregidor
– L’Armée Impériale japonaise commence une série de bombardements aériens intensifs contre la forteresse tenue par les hommes du Général MacArthur.

Campagne du Pacifique Sud
Nouméa
– La Task Force 16 (autour des CV Enterprise et Hornet) arrive de Pearl Harbor. CinCPac a maintenu l’ordre de se rendre dans le Pacifique Sud en dépit de la retraite des forces de Takagi le 21 mai, au cas où les Japonais tenteraient de nouveau quelque chose après avoir ravitaillé à Truk. C’est alors que, pour une raison très inhabituelle, la Task Force va devoir changer de chef.
« C’est peu après son arrivée à Nouméa (Nouvelle-Calédonie française) que le célèbre amiral Halsey (à l’époque vice-amiral) présenta une affection cutanée à type d’eczéma atopique généralisé, entraînant un prurit très pénible, rebelle aux traitements usuels de l’époque. Il fallut l’hospitaliser. Certains auteurs ont depuis prétendu qu’il s’agissait d’une gale ! On ne peut que s’élever contre cette assertion qui bafoue aussi bien la mémoire d’un héros national que le sens clinique des médecins de l’US Navy de 1942 et les connaissances récentes sur les affections dermatologiques d’origine psychosomatique. Il est aujourd’hui évident que l’amiral Halsey, qui était depuis six mois soumis à de pénibles pressions psychologiques, comme celles entraînées par la responsabilité du raid de Doolittle sur Tokyo, fut victime d’une forme de dermatite psychogène. » (Inouye A.S., Mortimer L. : Current concepts: Psycho-somatic dermatitis, New England Journal of Medicine, 1995 ; 342 : 1157-65).
Suivant l’avis de Halsey lui-même, l’amiral Nimitz nomme le contre-amiral Raymond A. Spruance à la tête de la Task Force 16.
C’est ainsi que des commentaires quelque peu ironiques ont fait de l’amiral Halsey la dernière victime de la bataille de la Mer de Corail.


27 mai
La bataille de Singapour – III
Front de Malaisie

• La Force Principale a pu concentrer ses forces et s’apprête à attaquer la crête où le 148e Régiment japonais (de la 56e D.I.) s’est retranché pour couvrir la 27e D.I., dont les premiers éléments réorganisés se sont déployés à Layang-Layang, de l’autre côté du Sungei Johore.
Dès l’aube, la 22e Brigade de la 9e D.I. Indienne engage l’ennemi et, ayant eu vent de la présence de nombreux Japonais de l’autre côté de la rivière, conclut que le 148e Régiment est encore en train de se replier et n’a laissé sur la crête que des unités de retardement. Une attaque est donc lancée pour enlever la crête sans préparation d’artillerie, mais c’est un échec sanglant : 150 morts, blessés et disparus.
Le QG de la division arrête alors toute nouvelle attaque jusqu’à l’après-midi, le temps de faire monter en ligne la 21e Brigade et de préparer l’artillerie à longue portée. L’attaque de l’après-midi est retardée par deux fois pour permettre à l’infanterie de s’installer dans de meilleures positions d’attaque et pour mieux préparer l’artillerie.
A 16h00, la crête et les positions japonaises supposées du côté opposé de la rivière sont bombardées par l’artillerie divisionnaire normale et l’infanterie se porte à l’attaque. En moins de 15 minutes, l’attaque est clouée sur place par les mitrailleuses, les mortiers et l’artillerie de campagne des Japonais. Pendant ce temps et durant les vingt minutes qui suivent, chaque départ de coup est localisé et l’artillerie divisionnaire est peu à peu redirigée sur l’appui rapproché de l’infanterie.
A 16h35, l’attaque paraît avoir échoué et les canons de la 27e D.I. japonaise, sur l’autre rive du Sungei Johore, augmentent leur cadence de tir. A ce moment, plus de 150 canons et obusiers anglais ouvrent le feu sur les coordonnées de leurs adversaires, relevées avec soin. Pour économiser les munitions de certains types d’artillerie, les Britanniques ont mis en batterie toutes sortes de tubes, dont des canons navals sur des affûts improvisés. C’est ainsi que deux canons de 7,5 pouces (200 livres ou 190 mm) et deux de 5,25 pouces (86 livres ou 133 mm), tirant jusqu’à 24 000 mètres leurs lourds obus avec une grande précision (et de copieux stocks de munitions), créent la surprise dans les deux armées lorsque leur voix n’est pas masquée par le fond sonore produit par la grande variété de bouches à feu de l’artillerie britannique. De chaque côté de la rivière, les légers retranchements de campagne des Japonais sont écrasés, les tranchées s’effondrent, les postes avancés sont pulvérisés. Après dix minutes de ce régime, les cibles sont modifiées pour permettre à l’infanterie d’avancer.
Le 148e Régiment de la 56e Division n’a pas combattu à Singapour et n’a pas vécu une telle expérience. La 27e Division a été à Singapour, mais n’a pas été directement commandée par Yamashita ; jusqu’à 16h35, elle n’a fait qu’entendre au loin le grondement des canons en voyant des nuages de fumée et de poussière s’élever au-dessus de la jungle et des plantations. Ces unités découvrent maintenant à la dure la valeur des nouvelles instructions de campagne de Yamashita, qui affirment que les Anglais ne sont pas « craintivement précautionneux » et que la puissance de l’artillerie sur le terrain est redoutable. En moins de deux heures, les Japonais sont culbutés de l’autre côté de la rivière, où incendies et explosions illuminent le ciel du soir au-dessus des positions japonaises.
Pour la 9e D.I. Indienne, son infanterie, ses sapeurs et ses artilleurs, la journée est victorieuse, mais elle a été épuisante. Surtout, les pertes subies par l’infanterie et les sapeurs démontrent que, même gravement désavantagés, les Japonais continuent à combattre et se battront pour infliger le plus possible de pertes à leurs adversaires.
– Sur la route principale, la 25e DI Britannique continue à progresser avec une pénible lenteur. En fin d’après-midi, la division est privée d’une bonne part de son appui d’artillerie, car quelques km plus à l’est commence la bataille de Layang Layang. La lenteur de la marche a cependant un bon côté : l’aile droite de la 25e garde en permanence le contact avec la 9e Division Indienne.

• La Force Ouest écrase les défenseurs de Rengit. Toute la journée, le 113e Régiment de la 56e DI japonaise, presque encerclé, s’efforce de se dégager. Inférieurs en nombre et en armement, les Japonais attaquent l’infanterie britannique qui les a enveloppés et coupe la route côtière pour ouvrir un étroit corridor par lequel un certain nombre d’hommes peuvent s’échapper. Sans espoir d’y parvenir, les blessés qui le peuvent encore continuent de tirer, s’accrochant à leurs positions et se faisant tuer sur place. Pendant ce temps, les patrouilles britanniques d’autos blindées et de chenillettes ont atteint Senggarang, où elles trouvent le pont détruit. Du village de l’autre côté de la rivière vient un tir nourri d’armes légères.

La campagne des Philippines
Corregidor
– Dans la nuit du 27 au 28 mai, les grands sous-marins USS Narwhal et Nautilus arrivent à Corregidor. Ils y débarquent en tout 210 tonnes de ravitaillement, dont un équipement complet de désalinisation de l’eau de mer. L’île ne tombera pas faute d’eau potable.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Une violente contre-attaque chinoise rejette les assaillants devant Ku-Fang, mais plus au nord, après de très durs combats, l’Armée Impériale enfonce les 40e, 146e et 192e DI chinoises près de Lanhai.


28 mai
Pedestal, symbole stratégique
Londres
– L’amiral E. King, chef de l’US Navy, est à Londres pour discuter de la situation mondiale, qui vient d’évoluer très rapidement en quelques jours. Il fait remarquer à ses interlocuteurs britanniques que la situation stratégique dans le Pacifique est difficile, pour ne pas dire plus, d’autant que les Etats-Unis consacrent la majeure partie de leur effort de guerre au théâtre d’opérations européen. Dans ces conditions, l’opération Pedestal vers Singapour peut jouer un rôle important, en empêchant la Marine japonaise de concentrer toutes ses forces dans le Pacifique. Après la bataille de la Mer de Corail et alors que les forces alliées du Pacifique Sud sont sur le point de lancer une offensive dans les Salomon, la valeur de Pedestal comme diversion a encore augmenté.
De l’autre côté du monde, le début de la guerre germano-soviétique bouleverse le tableau général. Le gouvernement soviétique souhaite transférer très vite le plus possible de forces des districts sibériens vers l’ouest. Dans ces conditions, plus les défenseurs de Singapour pourront se battre longtemps, plus nombreuses seront les forces de l’Armée japonaise attirées en Malaisie, rendant d’autant plus improbable une attaque japonaise de Mandchourie vers la Sibérie ou vers Vladivostok.
A la lumière de ces bouleversements, Pedestal acquiert une signification bien différente. Ce n’est plus un geste symbolique (et hautement politique) en faveur des braves de Lord Gort, mais une opération stratégique (et très hautement politique) de grande importance, soutenue à la fois par les Etats-Unis et l’URSS. Et c’est d’une certaine manière une justification de l’intuition politique de Churchill (et des pressions plus discrètes de l’administration de l’Empire britannique).
Déjà, l’Etat-Major Impérial japonais a autorisé l’envoi en Malaisie de deux autres divisions d’infanterie de l’Armée du Kwantung, accompagnées de blindés et d’artillerie lourde. Là-bas, il est maintenant clair que le général Yamashita est de nouveau aux commandes, qu’il conduit une réorganisation complète de ses forces, et prévoit d’opérer en coopération avec la Marine Impériale. Ces évolutions ont été très vite décelées par les Renseignements soviétiques, qui viennent d’informer le Cabinet de Guerre britannique que le Japon prépare une nouvelle offensive de grande ampleur contre Singapour pour la mi-juillet.
Apprenant ces informations, la Royal Navy décide de fixer la date d’arrivée du convoi Pedestal à Singapour au 8 juillet au plus tard. Ce qui implique que le convoi devra quitter Plymouth le 10 juin.

La bataille de Singapour – III
Détroit de Johore
– Sur une mer enfin apaisée et sous le couvert d’un violent orage d’après-midi, la force amphibie du contre-amiral Spooner appareille vers la côte ouest de la Malaisie. Comparée à feu l’Eastern Fleet de feu l’amiral Phillips, cette force n’est qu’une pathétique poussière, mais, sous leurs Enseignes Blanche, Bleue ou Rouge, les équipages de la Royal Navy, de la Réserve ou de la Marine Marchande n’en mènent pas moins vaillamment leurs rafiots vers l’ennemi.
………
Front de Malaisie
• La Force Principale sonde les positions japonaises toute la journée, provoquant de multiples chocs de patrouilles. Les deux camps font avancer des troupes fraîches, car leurs unités engagées la veille ont besoin de repos. Il apparaît que les Japonais concentrent ce qui reste sur ce front des unités de leur 56e Division sur la route principale, pendant que la 27e, appuyée par des unités de soutien de la 25e Armée, se déploie sur la voie ferrée. Beaucoup plus nombreux, les Indiens étendent leur front davantage que les Japonais et commencent un mouvement tournant sur la droite, avançant très lentement à travers la jungle sur la rive japonaise du Sungei Johore.

• La Force Ouest (17e DI Indienne) atteint la rivière de Senggarang et, en dépit d’attaques aériennes continuelles, commence à se déployer, poussant des patrouilles de l’autre côté de la rivière pour localiser l’ennemi. Le village lui-même apparaît occupé par des unités bien retranchées de force inconnue. Le transport jusqu’à la rivière du matériel de traversée, du ravitaillement et de l’artillerie est retardé de quatorze heures, car il faut boucher les cratères de bombes et nettoyer la route des épaves de camions détruits par les attaques de l’aviation japonaise, qui se poursuivent malgré une dense couverture de DCA.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Brisbane
– Le contre-amiral Fitch quitte l’Australie pour les Etats-Unis, via les Samoa et Pearl Harbor. Il va prendre le commandement du porte-avions Saratoga et de la TF-11.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Le 39e Bataillon s’installe sur une position de défense entre la rivière Ambogo et la rivière Popondetta, sur 6 à 7 km de front. Son intention est de retenir l’ennemi pendant deux jours avant de se replier jusqu’à l’excellente position défensive de Wairopi, 50 km à l’intérieur des terres.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3b)
Côte orientale de l’Australie, 11h30
– A 50 nautiques environ de Sydney, l’I-59 aperçoit, 10 nautiques au large environ, deux avions tournant en rond et des mâtures. Le commandant du sous-marin estime qu’il s’agit de navires se dirigeant vers le port. Il décide de tenter de les intercepter.
12h20 – L’I-59 observe un gros bâtiment de guerre escorté par deux destroyers. C’est le croiseur lourd USS New Orleans, escorté par les DD Anderson et Russell, qui se rend à Sydney pour réparer son hangar endommagé. Les dégâts sont en effet parfaitement réparables avec les moyens de Vickers Cockatoo. Le New Orleans en profite pour transporter de Brisbane à Sydney trois cents hommes du 7e Airfield Construction Sqn de la RAAF, qui avaient été évacués de Guadalcanal. La formation zigzague à 18 nœuds, avec une vitesse sur route moyenne de 15 nœuds. Elle est survolée par deux Anson de patrouille ASM, relevés toutes les quatre heures. Mais ils ne repèrent pas l’I-59, qui se rapproche à 5 nœuds, en plongée, de la trajectoire de la formation. A deux reprises, celle-ci change de cap au moment où le sous-marin s’apprête à tirer, puis un nouveau zigzag la fait défiler moins d’un demi-nautique devant le submersible. N’ayant plus le temps de calculer une solution de tir précise, le commandant ordonne au jugé de tirer une salve complète des huit tubes de proue sur le vaisseau de tête.
12h42 – Le New Orleans est frappé à bâbord par deux torpilles. La première le touche profondément en avant de la tourelle A. La proue cède, se replie vers bâbord et s’arrache en chavirant avant de heurter violemment l’arrière de la coque et de couler rapidement. Près de deux cents hommes de la RAAF, logés dans cette partie du navire, trouvent la mort. La seconde torpille frappe elle aussi en profondeur, au niveau du mât avant. La chaufferie avant et plusieurs autres compartiments sont immédiatement noyés.
12h50 – Le croiseur s’enfonce par l’avant et s’incline de 20 degrés sur bâbord, les hélices tribord partiellement émergées. Le Captain Howard H. Good ordonne que tous les blessés et tous les passagers survivants abandonnent le navire, que l’équipage tente de sauver. Pendant ce temps, le Russell pourchasse l’I-59 avec énergie, mais sans résultat.
La situation du New Orleans s’aggrave rapidement, d’autant plus que les chocs avec la proue détachée ont provoqué plusieurs voies d’eau à l’arrière, et malgré les efforts de l’équipage, la réparation des dégâts est très difficile dans le navire incliné.
13h15 – La gîte atteint 27 degrés. Tout travail est impossible à cette inclinaison ; l’officier mécanicien conclut que le navire est perdu et qu’il faut l’abandonner d’urgence.
13h17 – Le Captain Good donne l’ordre d’évacuer et fait demander par projecteur au DD Anderson de venir bord à bord. Mais avant que le destroyer n’y parvienne, le grand croiseur chavire.
13h29 – Le New Orleans coule doucement par la proue. L’ordre d’évacuation a été donné juste à temps pour que seuls 200 marins soient perdus, en plus des 200 hommes tués au moment du torpillage. Voyant couler le croiseur, le Russell vient aider l’Anderson à recueillir les survivants.
« Ses torpilles épuisées, l’I-59 repartit le jour même pour Kwajalein. Il avait coulé un transport de 2 693 GRT, un croiseur auxiliaire et un croiseur lourd (dont il avait bien identifié le type). » Opération Oni, phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950.
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MessagePosté le: Mer Oct 17, 2012 14:22    Sujet du message: Répondre en citant

29 mai
La bataille de Singapour – III
Front de Malaisie

• Comme des générations de marins avant eux, les hommes de la Force Spooner ont dû attendre deux semaines la combinaison favorable de nébulosité, de direction du vent et de conditions de mer. Enfin, la “Spooner’s Navy” peut tenter de mettre à exécution son plan : débarquer loin en arrière de la ligne japonaise et couper les communications et la retraite des forces ennemies sur la côte ouest de la péninsule.
Peu après minuit, les deux compagnies canadiennes débarquent en silence et s’emparent du phare de Batu Pahat après avoir éliminé ses quelques défenseurs. Ce poste d’observation indiscret ainsi neutralisé, c’est un prétendu convoi de bateaux de débarquement japonais, escorté par des chalutiers armés prétendument japonais, qui se présente au port de Batu Pahat, à l’embouchure de la rivière, près du point de traversée du ferry, bien en vue des sentinelles. Le convoi s’approche du rivage alors que le commandant du convoi et les hommes de l’Armée japonaise échangent par mégaphone des propos confus, coléreux et même insultants. Les officiers de l’Armée japonaise sont particulièrement furieux d’avoir été tirés du lit par des marins qui ignorent visiblement tout des usages : « Qui pensez-vous être, pour arriver sans prévenir au milieu de la nuit ? Nos hommes auraient pu vous tirer dessus ! » Les petits transports lancent alors leurs moteurs et jettent sur le rivage trois compagnies de Royal Marines, huit chenillettes et huit petits chars d’infanterie Mk I (des antiquités de 8 tonnes, armés de mitrailleuses), tandis que les canonnières ouvrent le feu à bout portant.
Pendant ce temps, deux autres groupes de petits bateaux remontent le plus vite possible le Sungei Batu Pahat et s’engagent dans deux de ses affluents, le Sungei Simpang Kanan et le Sungei Simpang Kiri. Le pont sur le Simpang Kanan, où passe la route qui va de Batu Pahat à Yong Pen par le défilé du Bukit Pelandok, est la cible de deux compagnies australiennes et une néo-zélandaise. Le pont sur le Simpang Kiri, à Parit Sulong, est situé sur la route qui va du défilé du Bukit Pelandok à Muar par Bakri ; il est attaqué par deux compagnies de volontaires de Singapour.
Partout, les combats sont acharnés. Les petits groupes de Japonais qui défendent les objectifs se battent jusqu’au bout. Plusieurs bateaux sont coulés ou endommagés et dans certaines compagnies, les pertes humaines sont lourdes. Néanmoins, les bateaux les plus précieux sont déjà sur la route du retour pour aller se mettre à couvert dans le détroit de Johore.

• La Force Ouest attaque dès le lever du jour. En dépit de violentes attaques aériennes, la 17e D.I. Indienne passe la rivière en amont, en aval et en face de Senggarang, puis commence à se déployer en poussant des patrouilles sur les flancs, à la recherche de l’ennemi. Le village lui-même est attaqué, mais il résiste, et les Indiens se contentent de l’encercler et de neutraliser au canon toute tentative de gêner leur avance vers le nord-ouest. Des autos blindées, des chenillettes et quelques chars légers Stuart ont l’ordre de filer au plus vite vers Batu Pahat. Cette “colonne blindée” improvisée suit les traces de trois compagnies motocyclistes, créées avec les restes de l’ancienne “Malaya Motorised Force” et qui sont parties avant l’aube. Elles doivent contourner tout ennemi rencontré et atteindre par Batu Pahat le défilé du Bukit Pelandok.
La colonne intérieure, à pied, coupe à travers champs, ou plutôt à travers les plantations d’hévéas appartenant avant-guerre à des Japonais pour atteindre la route Batu Pahat-Ayer Hitam qui part vers l’est. Les combats sont très peu intenses, en dehors de petites embuscades qui prélèvent un péage sanglant. Les restes du 113e Régiment d’Infanterie japonais, en pleine retraite, laissent en effet derrière eux quelques petits groupes chargés de freiner la poursuite pendant que les autres tentent de parvenir jusqu’à Batu Pahat par l’intérieur. En fin de journée, l’ancien terrain de la RAF près de Batu Pahat est aux mains des Britanniques et quelques éléments du bataillon motocycliste tiennent le défilé du Bukit Pelandok.
Au soir, malgré les violentes réactions de l’aviation de l’Armée japonaise, le flanc ouest japonais est en grand danger d’effondrement. Cependant, Yamashita comme Gort réalisent devant leurs cartes – avec des sentiments évidemment opposés – qu’en raison des facteurs temps et distance, l’offensive amphibie et terrestre alliée le long de la côte ouest, malgré son aspect spectaculaire, vient trop tard. Les Japonais peuvent même abandonner provisoirement l’ouest de Johore tant qu’ils gardent Kluang, la voie ferrée et la route vers la côte est, ainsi que celle-ci et ses ports.

• La Force Principale envoie des patrouilles qui se heurtent avec violence à des éléments japonais à l’est de la voie ferrée, tandis que l’artillerie alliée déclenche épisodiquement de brefs déluges de feu sur les positions et les voies de communication japonaises de l’autre côté du Sungei Johore. Les colonnes de la voie ferrée et de la route ne sont plus à présent séparées que par une zone de jungle relativement étroite où les Britanniques avancent lentement mais avec obstination. Des sentiers sont ouverts ou élargis et des mortiers ou des canons de campagne sont portés vers l’avant à dos d’homme ou d’animal. De telles tactiques seraient impraticables dans une guerre de jungle normale, où aucun front ne peut être tracé, mais dans ce secteur bien délimité d’un côté comme de l’autre, ce genre d’avance pas à pas est possible, d’autant plus que, si la jungle est épaisse, ce n’est pas la jungle escarpée et virtuellement impénétrable des montagnes du nord de la Malaisie.
Sur la route principale, des attaques locales gagnent un peu de terrain. Sapeurs et pionniers sont de plus en plus souvent appelés pour faire sauter des bouquets d’arbres où sont embusqués des tireurs isolés que leur invisibilité dans la canopée rend quasi invulnérables.

Opération D
Océan Indien
– En prélude aux actions de la 8e Escadre sous-marine contre les navires marchands alliés sur les côtes orientales de l’Afrique, le sous-marin amiral I-9 catapulte son hydravion pour reconnaître Durban. Les jours suivants, l’appareil survolera East London, Port Elizabeth et Simonstown.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Après leur défaite devant Lanhai, les forces de l’ANR se dispersent. Beaucoup de petites unités se lancent cependant peu après dans des opérations de guérilla sur les arrières japonais, tentant de ralentir l’ennemi pour que les défenseurs de Ku-fang puissent battre en retraite vers l’ouest. Les Japonais réagissent à ces opérations par des “frappes de contre-guérilla”, qui consistent essentiellement en massacres de civils.


30 mai
La bataille de Singapour – III

Singapour – Rendus furieux par l’opération amphibie de la veille, les Japonais font un gros effort pour détruire ou endommager les installations de construction et de réparation de bateaux britanniques à Singapour. Alors que des bombardiers bimoteurs effectuent une attaque de diversion sur le terrain militaire et civil de Kallang, des bombardiers en piqué surgissent et attaquent le petit chantier naval de Tanjong Rhu, 500 mètres plus loin. Un bateau sur sa glissière de lancement est détruit, deux autres, amarrés au quai de réparation, sont coulés, les ateliers de découpe du bois et de peinture sont incendiés, plus de vingt ouvriers expérimentés sont tués par un coup direct sur leur abri antiaérien… Les attaquants payent cependant le prix, car plus de 150 canons AA couvrent la zone ; onze bombardiers en piqué sont endommagés et trois sont abattus.
………
Front de Malaisie
• La Force Principale voit s’effondrer les flancs de la 27e D.I. japonaise. Avant l’aube, la 9e D.I. Indienne lance une attaque au centre, à travers le marais. Dans le demi-jour, les éclairs de départ des canons japonais sont plus visibles que sous le soleil, et l’artillerie britannique le leur fait aussitôt sentir en contre-batterie. A midi, les arrière-gardes japonaises se sont repliées jusqu’au village de Layang-Layang (borne des 443 miles sur la voie ferrée) et les cipayes envahissent les plantations voisines – mais les positions principales de la 27e D.I. sont encore assez loin, au niveau de la borne des 436 miles. Ce repli oblige la 56e D.I., plus à l’ouest, à s’aligner, et elle commence à reculer lentement au niveau des bornes routières 36 à 40, à la limite sud du Domaine de Caoutchouc Namazie.
En fin de journée, la 11e D.I. Indienne, venant de Singapour, avance et commence à relever une partie de la 25e D.I. Britannique, soit le QG et les 137e et 138e Brigades. La 64e Brigade et l’artillerie divisionnaire restent en ligne, sous le commandement opérationnel de la 11e D.I. Indienne .

• La Force Ouest est maintenant une force plus équilibrée. Sa colonne intérieure, menée par la 45e Brigade d’Infanterie Indienne, a été renforcée par la 1ère Brigade Chinoise (ex North China Volunteers Rgt), arrivée de Singapour (trois bataillons et une batterie de montagne portée par des animaux de bât) et par une Colonne Montée, créée à partir du déjà fameux S&S Provisional Cavalry Rgt (trois escadrons d’infanterie montée et une batterie de campagne hippomobile).
Au coucher du soleil, ces forces arrivent à mi-chemin entre Senggarang (sur la route côtière ouest) et la borne des 64 miles sur la route Batu Pahat-Ayer Hitam, quand les heurts continuels avec le 113e Régiment d’Infanterie japonais, qui continue à battre en retraite, se transforment en une bataille à grande échelle parmi les plantations d’hévéas. Ayant subi de lourdes pertes et ne possédant plus qu’un peu d’artillerie légère, les Japonais ont du mal à résister, tandis que de plus en plus d’éléments indiens et chinois arrivent de toutes les directions, marchant au canon. Alors que la nuit tombe, l’infanterie japonaise, épuisée et débordée par le nombre, se disperse devant l’assaut chinois. Les Chinois chargent de front, entonnant leur sinistre cri de guerre, “Tot”, Mort en allemand, indéfiniment scandé pour accompagner leur charge – Mort-Mort-Mort-Mort… Les cavaliers anglais, armés de carabines, de revolvers et même de sabres, débordent les Japonais sur leurs flancs au son des trompettes, jetant la panique chez les hommes qui tentent d’échapper aux baïonnettes chinoises.
Sur la route côtière, la 17e DI Indienne occupe Batu Pahat pendant que les éléments disparates débarqués la veille (Australiens, Canadiens, Néo-Zélandais et Royal Marines) s’emparent du défilé du Bukit Pelandok. Le bataillon motocycliste, les chars légers et les autos blindées foncent vers Yong Peng et se heurtent violemment à des éléments de la 9e D.I. japonaise, soutenus par quelques centaines d’hommes de l’Armée Nationale Indienne. N’ayant que leur courage à opposer aux blindés, les Japonais sont chassés du village et du terrain de la RAF voisin, pendant que les hommes de l’Armée Nationale Indienne se dispersent, de peur des représailles britanniques. Robin Meyrson a réussi à prendre place à bord d’une auto blindée : « Les lignes japonaises ont cédé d’autant plus facilement qu’une trentaine de soldats de la prétendue Armée Nationale Indienne ont déserté. Ces hommes, qui faisaient partie d’une unité du Commonwealth, avaient été capturés en janvier par les Japonais sur le front du Kedah, puis “convaincus” de rejoindre l’ANI, mais ils n’attendaient qu’une occasion de s’échapper pour rejoindre les troupes alliées. Il faut reconnaître qu’ils ont bien aidé les Britanniques, en leur indiquant la disposition des défenses et les lieux où les Japonais avaient préparé des embuscades. Mais qui sont les autres hommes de l’Armée Nationale Indienne ? Il semble qu’il s’agisse de jeunes hommes et notamment d’étudiants, n’ayant que peu d’entraînement militaire, mais auxquels la haine des Britanniques a été inculquée par des militants de l’indépendance indienne, payés par les Japonais pour semer le trouble chez les Indiens installés dans le nord de la Malaisie. De fait, dans le nord-ouest de la Malaisie et à Hong-Kong, les Japonais ont dépensé pour cela de fortes sommes. Visiblement, cet argent a été mal employé ! »
Pendant ce temps, des patrouilles d’autos blindées et de chenillettes ont pris contact avec des Malais loyaux. Ceux-ci ont vu les Japonais de la 33e Division d’Infanterie “Tigres Blancs” qui traversaient en force le Sungei Muar, par le ferry de la petite ville de Muar et par un pont de bateaux.

• Une force irrégulière, regroupant des soldats anglais “left behind” et des Chinois réfugiés depuis plusieurs années en Malaisie, attaque l’unité japonaise qui garde le pont routier et le pont de chemin de fer sur les gorges du Sungei Segamat. Après un combat féroce, au fusil, à la grenade et au couteau, les deux ponts sont pris et détruits, et une réserve de bois de construction prévue pour l’entretien et la réparation des ponts est incendiée. Mais ce coup de main a été très coûteux : si tous les Japonais ont été exterminés, la force de raid est réduite à la taille d’une équipe d’observateurs.
Il faut pourtant détruire ici deux mythes à propos de cet épisode. Contrairement à ce qu’affirme Alistair McLean dans son roman L’Ouragan vient de Limnos, aucun membre des forces spéciales britanniques engagées à Limnos pour détruire les batteries de l’île n’a participé au raid de Segamat. Enfin, le scénario du film à succès tourné à Hong Kong en 1987, où l’on voit les attaquants réduits à un unique survivant et celui-ci, adepte du kung fu, détruire le pont à la force du poignet au moment de l’arrivée d’un train (!) n’a tout simplement aucun fondement…

Campagne des Philippines
Corregidor
– Début de cinq jours de bombardements d’artillerie très violents contre la forteresse. Un débarquement est prévu le 4 juin à l’aube.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– La bataille de la Popondetta est la première action d’une certaine envergure de la campagne de Kokoda. Les Japonais emploient leur tactique habituelle. Pour commencer, ils effectuent des attaques frontales pour reconnaître les forces de l’AMF, mais ces attaques sont taillées en pièces et repoussées.
………
Rabaul (Nouvelle-Bretagne) – Un convoi débarque des avions et du personnel de l’aviation de l’Armée japonaise destinés à la Nouvelle-Guinée. Une unité mixte comprenant 27 Ki-43 et 24 nouveaux Ki-44-I doit être déployée à Lae. C’est le premier échelon de la toute nouvelle 4e Armée Aérienne, qui va opérer sur le “Front Sud”. En raison de leur rayon d’action assez limité, les Ki-44-I doivent être assemblés sur l’aérodrome de Vunakanau (à Rabaul) avant de s’envoler pour Lae.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Le plan japonais devient clair. L’Armée Impériale n’a pas encore attaqué de Nanchang, mais une telle attaque est plus que prévisible, car, conjointement à l’offensive menée de Hangchow, elle permettrait d’envelopper les forces de l’ANR défendant l’axe ferroviaire Nanchang-Hangchow.
Le vainqueur de Changsha, le général Hsueh Yueh, élabore alors un plan hardi pour renverser le cours de la bataille. Il propose à l’état-major (c’est-à-dire à Tchang Kai-Chek) de déplacer de 170 km vers l’est six de ses propres divisions, dont la fameuse 200e Blindée, pour lancer une contre-offensive en direction de Nanchang, quand la seconde offensive japonaise sera bien lancée. La manœuvre est risquée et implique, quelle que soit son issue, de dépenser une grande partie du matériel allié reçu l’année précédente. Tchang Kai-Chek tient cependant le pari – selon certaines sources, il estime à ce moment qu’en cas de réussite, il pourra en capter le bénéfice, tandis qu’en cas d’échec, il fera porter toute la responsabilité sur Hsueh Yueh, se débarrassant ainsi d’un éventuel rival politique.


31 mai
La bataille de Singapour – III
Singapour
– Le QG de la 25e D.I. Britannique et ses 137e et 138e Brigades reviennent de Johore pour repos, réorganisation et intégration de remplacements.
Un observateur aérien examinant Johore et l’île de Singapour ne pourrait qu’être frappé par des centaines de colonnes de fumée, épaisses ou fines, plus ou moins noires, s’élevant dans toutes les directions de camions détruits, de maisons incendiées, de plantations en flammes. Les responsables sont les attaques aériennes japonaises, si fréquentes qu’elles ne sont même plus mentionnées individuellement dans les rapports, sauf si elles ont fait des dégâts particulièrement graves. Les colonnes de fumée, omniprésentes en dehors des orages matinaux de la mousson, font maintenant partie du décor, de même que le vague grondement de la bataille forme un fond sonore dans tout Johore.
………
Front de Malaisie
• La Force Est étant bien installée dans un rôle purement défensif, il est décidé de redéployer une partie de la 21e D.I. Britannique de Kota Tinggi vers la côte ouest, car la Force Ouest manque de réserves.

• La Force Principale se heurte à des Japonais qui continuent à combattre avec détermination sur leurs positions barrant la voie ferrée et la route principale. Dans la matinée, leurs arrière-gardes doivent se replier et rejoignent le gros des 27e et 56e Divisions d’Infanterie. Les pointes alliées sont prises sous le feu de nombreuses armes légères et l’avance est retardée jusqu’à ce que des forces substantielles, avec un soutien de blindés et d’artillerie, aient pris position pour commencer à chasser l’ennemi de la zone des plantations. Il y a en face de plus en plus d’hommes de la 27e D.I., mais leur appui d’artillerie semble se réduire encore.
Le 2e Loyal/North Lancashire Regt et le 1er Leicestershire Regt de la 64e Brigade d’Infanterie (Lancashire) doivent se replier vers Singapour. Le 1er Duke of Cornwall’s suivra.

• La Force Ouest reçoit, dans la nuit du 30 au 31, quelques renforts et du ravitaillement apportés par les petits navires britanniques de Singapour à Benut, Rengit, Senggarang et Batu Pahat. Au retour, les bateaux emmènent malades et blessés, matériel à réparer et matériel ennemi capturé. Les quantités transportées sont faibles, mais cet apport est le bienvenu, car la route côtière ouest ne peut assurer à la Force Ouest que le strict minimum logistique, malgré les efforts de centaines d’hommes pour l’entretenir et l’élargir. Les attaques aériennes, qui détruisent tous les jours de nombreux véhicules, ne font qu’aggraver le problème.
A l’avant, les unités qui viennent de prendre le village de Yong Peng ont besoin de renforts, car le 35e Régiment d’Infanterie japonais (9e D.I.) s’est regroupé 3 km plus loin. Ce régiment défendait le carrefour de la route principale (nord-sud) et d’une route secondaire menant à l’est vers Paloh, un petit village doté d’une gare et entouré de plantations au nord-ouest de Kluang. Le reste de la 9e Division est concentré dans la région d’Hitam Ayer : 7e et 19e R.I., 9e Régiment d’Artillerie de Montagne (qui n’a que peu de canons) et 9e Régiment de Cavalerie (en fait, de petits groupes de cavaliers qui escortent les colonnes de ravitaillement).
Une opposition plus puissante est en vue : les éléments de tête de la 33e D.I. japonaise sont entrés en contact avec les patrouilles britanniques d’autos blindées et de chenillettes sur la route Muar/Défilé de Pelandok, 5 miles à l’est de Bakri, et sur la route Muar/Batu-Pahat, 8 miles à l’est de Parit-Jawa. Côté allié, les premiers éléments de la 2e Brigade Chinoise commencent à arriver sur la route Muar/Pelandok, mais la Brigade est étirée sur cinq miles pour réduire les pertes en cas d’attaque aérienne.
Plus à l’est, les survivants du 113e Régiment japonais ont pris par petits groupes (voire seuls) la direction de la route principale reliant Ayer Hitam et Simpang Rengam, pour rejoindre leur formation-mère, la 56e Division d’Infanterie. Derrière eux, la colonne alliée “à pied” émerge des plantations, atteint la route Batu Pahat/Hitam Ayer et avance vers Hitam Ayer.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les Japonais, ayant rassemblé quelques pièces d’artillerie et des mortiers, commencent à bombarder les positions australiennes et entament une manœuvre pour déborder le 39e Bataillon au nord de la rivière Ambogo, mais ils sont surveillés par les Papuan Rifles. Quand cette manœuvre commence à représenter une menace, le bataillon se replie. Malheureusement, en raison d’un problème de communication, les troupes japonaises peuvent en profiter pour mettre la main sur de petits dépôts situés près du terrain de Popondetta.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– La 11e Armée japonaise, basée à Nanchang, passe à l’attaque. Malgré une forte résistance des hommes de la 9e Zone de Guerre, les troupes du général Yuiki Anami avancent d’abord régulièrement vers le sud-est. Les unités de l’ANR reculent de point d’appui en point d’appui, ne pouvant que retarder les Japonais. Néanmoins, le général Anami constate avec inquiétude que ses blindés légers subissent des pertes inhabituelles sous les coups de fusils antichars et que les pertes de son infanterie sont plus lourdes qu’à l’accoutumée. Des armes capturées lui fournissent bientôt une explication : les troupes chinoises sont dotées d’un nombre (relativement) important d’armes américaines et britanniques. Pire, ses officiers signalent que presque tous les soldats chinois semblent posséder à la fois un fusil et quelques notions sur la manière de s’en servir.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 18, 2012 14:18    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 1
Forces défendant l’île de Singapour (au 1er mai 1942)

Notes : (i) Les fusions de bataillons sont signalées par des signes +. (ii) Certaines fusions et suppressions de bataillons ne seront effectives que vers le 10 mai… juste à temps pour une nouvelle réorganisation (voir appendice 2).

– 9e Division Indienne, Major-général A.E. Barstow :
- 21e Brigade [Brigadier C.J. Weld] (2/4e Gurkha Rifles, 1+4/13e Frontier Force Rifles, 1er Duke of Cornwall’s Light Infantry),
- 22e Brigade [Brigadier G. Painter]) (5/11e Sikh Rgt, 2/18e Royal Garwhal Rgt, 2/12e Frontier Force Rifles, 2e Loyal/North Lancashire Rgt)
- 88e Field Regiment Royal Artillery

– 11e Division Indienne, Major-général D.M. Murray-Lyon :
- 15e Brigade [Brigadier K.A. Garrett] (2/9e Jat Rgt, 1+2/8e Punjab Rgt, 5+6/14e Punjab Rgt, 1er Leicestershire Rgt),
- 28e Brigade (Gurkha) [Brigadier W. St-John Carpendale] (2/1er, 2/2e et 2/9e Gurkha Rifles)
- 3e Cavalry Regiment
- 137e+155e Field Regiment Royal Artillery

– 17e Division Indienne
- 44e Brigade (6/1er Punjab Rgt, 7/8e Punjab Rgt, 2/16e Punjab Rgt et 3+5/17e Dogra Rgt)
- 45e Brigade (4/5e Jat Rgt, 5/18e Royal Garwhal Rifles et 7/6e Rajputana Rifles),

– Forteresse de Singapour, Major-général F.K. Simmons :
- Straits & Settlements Volunteer Force (SSVF), qui regroupe à present six unités :
- Straits & Settlements Volunteer Brigade (SSVB), acting Brigadier R.G. Grimwood : 5 bataillons (diverses origines)
- Dalforce, Lt-colonel John Dalley : plusieurs compagnies d’éclaireurs (Chinois)
- Hong Kong & Singapore Infantry Regiment (HKSIR) : 4 bataillons (Chinois)
- North China Volunteers Rgt (NCVR) : 2 bataillons (réfugiés de Chine du nord)
- South China Volunteers Rgt (SCVR) : 2 bataillons (réfugiés de Chine du sud)
- 1st Straits & Singapore Provisional Cavalry Rgt (moins de 400 cavaliers)
- Hong Kong & Singapore Royal Artillery (HKSRA)
- Troupes d’appui, génie, artillerie de forteresse…

– 1ère Division de Malaisie, acting Major-general Archibald Paris :
- 12e Brigade d’Infanterie Indienne, Brigadier Archibald Paris (5/2e Punjab Rgt, 4/19e Hyderabad Rgt et 2e Argyll & Sutherland Highlanders)
- 1ère Brigade d’Infanterie de Malaisie, Brigadier G.C.R. Williams (1er et 2e Malay Rgt)
- 2e Brigade d’Infanterie de Malaisie, Brigadier F.H. Fraser (1er/Manchester Rgt, 2e/Gordon Highlanders Rgt, 1er/Bedfordshire & Hertfordshire Rgt et 2e/East Surrey Rgt)

– 2e Division de Malaisie :
- 137e (Staffordshire) Brigade (1er+2e/South and North Staffordshire Rgt et 1er+2e/Prince of Wales’ Own Staffordshire Rgt)
- 138e (Lincoln & Leicester) Brigade (1er+2e/Lincoln Rgt et 1er+2e/Leicester Rgt)

– 1ère Armoured Division australienne (AIF) [éléments], Major-général H.C.H. Robertson : trois bataillons, les 2/5e, 2/6e et 2/7e Armoured Regiments, répartis selon les besoins.





Appendice 2
Forces de Singapour et Malaisie
(au 10 mai 1942)

Forces lancées en Malaisie
Force Est
– 6 000 hommes, 36 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 automitrailleuses.
– 21e Division d’Infanterie britannique (Scottish), Major-général Archibald Paris :
- 63e Brigade (Highland) britannique, Brigadier F.H. Fraser (1er/Manchester Rgt, 2e/Gordon Highlanders Rgt, 2e/Argyll & Sutherland Highlanders et 2e/East Surrey Rgt)
- 1ère Brigade d’Infanterie de Malaisie, Brigadier G.C.R. Williams (1er et 2e Malay Rgt)
- Straits & Settlements Volunteers Brigade (SSVB), Brigadier R.G. Grimwood (4 bataillons)
- Compagnies divisionnaires : une compagnie blindée (16 chars Valentine), une compagnie d’automitrailleuses, une de fusées, une du génie, une de prévôté.
- 2/67e Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 6-pouces modèle 1914-18 ; batterie Y : 8 canons de 60-livres Mk 1 modèle 1914-1Cool.
- 88e Régiment d’artillerie de campagne (batteries 351 et 352) (24 obusiers de 25-livres).
- Batterie de campagne 464 (12 obusiers de 25-livres).
- 69e Régiment Antichar (batterie X : 12 canons de 2-livres).

Force Principale – 8 000 hommes, 60 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 32 chars, 16 automitrailleuses.
– 25e Division d’Infanterie britannique (Western) :
- 137e (Staffordshire) Brigade (1er+2e/South and North Staffordshire Rgt et 1er+2e/Prince of Wales’ Own Staffordshire Rgt)
- 138e (Lincoln & Leicester) Brigade (1er+2e/Lincoln Rgt et 1er+2e/Leicester Rgt)
- 64e (Lancashire) Brigade (1er/Duke of Cornwall’s Light Infantry, 2e Loyal/North Lancashire Rgt, 1er/Leicestershire Rgt)
- Compagnies divisionnaires : deux compagnies blindées (16 chars Valentine chacune), une compagnie d’automitrailleuses, une de fusées, une du génie, une de prévôté.
- 2/68e Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 6-pouces modèle 1914-18 ; batterie Y : 8 canons de 60-livres Mk 1 modèle 1914-1Cool.
- 122e Régiment d’artillerie de campagne (batteries 278 et 280) (24 obusiers de 25-livres).
- 137e Régiment d’artillerie de campagne (batteries 349 et 350) (24 obusiers de 25-livres).
- 59e Régiment Antichar (batterie X : 12 canons de 2-livres).
Eléments australiens attachés à la 25e “Western” Division :
Australian Armoured Squadron (16 chars d’infanterie Matilda Mk II).
Australian Composite Battery (8 canons/obusiers de 25-livres Mk II et 8 antichars de 2-livres).
Australian Composite Battalion (compagnie QG, compagnies A et B [fusiliers], compagnie C (M.G.) [12 mitrailleuses Vickers].

Force Ouest – 7 000 hommes, 60 canons de campagne, 8 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 automitrailleuses.
– 17e Division d’Infanterie Indienne :
- 12e Brigade (5/2e Punjab Rgt, 4/19e Hyderabad Rgt et 1er/Bedfordshire & Hertfordshire Rgt)
- 44e Brigade (6/1er Punjab Rgt, 7/8e Punjab Rgt, 2/16e Punjab Rgt et 3+5/17e Dogra Rgt)
- 45e Brigade (4/5e Jat Rgt, 5/18e Royal Garwhal Rifles et 7/6e Rajputana Rifles)
- Compagnies divisionnaires : une compagnie blindée (16 chars Valentine), une compagnie d’automitrailleuses, une de fusées, une du génie, une de prévôté.
- 2/64e Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 155 mm modèle français 1914-18 ; batterie Y : 12 canons/obusiers de 25-livres Mk 2).
- 4e Defence Regt (East Sussex) Royal Artillery (24 canons de 18-livres Mk 1).
- 6e Defence Regt (Kent) Royal Artillery (24 canons de 18-livres Mk 1).

Forces restant à Singapour
– 9e Division Indienne, Major-général A.E. Barstow :
- 21e Brigade [Brigadier C.J. Weld] (2/4e Gurkha Rifles et 1+4/13e Frontier Force Rifles),
- 22e Brigade [Brigadier G. Painter] (5/11e Sikh Rgt, 2/18e Royal Garwhal Rgt et 2/12e Frontier Force Rifles)

– 11e Division Indienne, Major-général D.M. Murray-Lyon :
- 15e Brigade [Brigadier K.A. Garrett] (2/9e Jat Rgt, 1+2/8e Punjab Rgt, 5+6/14e Punjab Rgt),
- 28e Brigade (Gurkha) [Brigadier W. St-John Carpendale] (2/1er, 2/2e et 2/9e Gurkha Rifles)

– Forteresse de Singapour, Major-général F.K. Simmons :
- Dalforce, colonel John Dalley : plusieurs compagnies d’éclaireurs
- Hong Kong & Singapore Infantry Regiment (HKSIR) : 3 bataillons
- North China Volunteers Rgt (NCVR) : 2 bataillons
- South China Volunteers Rgt (SCVR) : 2 bataillons
- Hong Kong & Singapore Royal Artillery (HKSRA)
- 1st Straits & Singapore Provisional Cavalry Rgt
- Troupes d’appui, génie, artillerie de forteresse…

– Singapore Armoured Brigade
La plupart des chars Valentine et des automitrailleuses des éléments de la 1ère Armoured Division australienne (AIF) présents à Singapour (2/5e, 2/6e et 2/7e Armoured Regiments) ont été répartis entre les trois forces lancées en Malaisie. Les autres et surtout les derniers chars Matilda ont été conservés à Singapour sous l’appellation très exagérée de brigade blindée. Celle-ci réintégrera à leur retour de l’expédition de Malaisie les blindés survivants.
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MessagePosté le: Jeu Oct 18, 2012 14:20    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 3
La situation du ravitaillement de Singapour en nourriture, munitions et autres approvisionnements
Extraits d’un rapport de l’état-major du Commandement de la Région Militaire de Malaisie/Singapour


« (…) Le Commandement a fait venir de Malaisie (et, au début de l’année, des Indes Néerlandaises) des provisions et des troupeaux de bétail, chèvres, cochons, buffles d’eau, chevaux et même quelques éléphants. Les chèvres fournissent du lait frais pour les hôpitaux et les jeunes enfants. L’urine des cochons est utile pour fournir des nitrates pour la production chimique. Les buffles d’eau, chevaux et éléphants servent d’animaux de trait. Les cochons peuvent être nourris avec des rebuts de nourriture, ce qui aide à limiter la prolifération des mouches. Les herbivores aident à entretenir les plantations abandonnées, évitant le retour de la jungle, et à réduire la hauteur de l’herbe dans les zones découvertes, ce qui permet de conserver des zones dégagées pour le mouvement, l’observation et les champs de tir, réduisant les possibilités d’infiltration de l’ennemi. Les animaux aident aussi à dégager les zones de jungle et de marais pour améliorer les défenses. Dans les secteurs où leurs bouses pourraient représenter un problème, de jeunes gardiens de troupeaux ont été recrutés pour recueillir ces bouses, qui sont utilisées comme engrais, à usage industriel ou, une fois séchées, comme combustible. Si nécessaire, tous ces animaux pourront être abattus et mangés. »
« (…) Si l’utilisation judicieuse des stocks de riz, farine etc. et la récolte de plantes cultivées sur place pourraient permettre d’assurer les apports caloriques nécessaires à la garnison et à la population civile, les besoins en autres aliments qui doivent fournir les protéines, graisses, vitamines et minéraux nécessaires à la santé et à la guérison des maladies, infections et blessures sont une préoccupation constante des responsables des services médicaux et des approvisionnements. Les sources possibles ont été examinées. Des machines d’extraction du jus de plantes locales choisies avec soin ont été construites pour nous fournir certaines vitamines. Une usine chimique a été créée pour produire des concentrés de vitamine B afin de combattre l’apparition du béribéri et les installations d’aquaculture locales ont été agrandies. Néanmoins, ces moyens et d’autres ne peuvent que retarder l’inévitable. Les hydravions des “Singapore Airlines” peuvent apporter des médicaments et de petites quantités de concentrés alimentaires, mais le gros de nos besoins ne peut, à long terme, nous être apporté que par bateau.
La douloureuse vérité est qu’à partir de la fin du mois d’août, l’état physique de la population et de l’Armée déclinera régulièrement, ainsi que la productivité et les capacités combatives, tandis que le taux de maladie augmentera. »
« (…) Pour économiser les stocks de kérosène, du bois à brûler est fourni à raison de 4 livres par homme par jour. Cela présente l’avantage supplémentaire de fournir de la cendre de bois pour la fabrique de savon. Des fours permettent aussi de fabriquer du charbon de bois (à brûler et pour usage médical). »
« (…) De petites quantités d’extraits d’huile végétale ont pu être fabriquées pour différents usages industriels et mécaniques. »
« (…) Les fonderies d’étain de Pulau Brani ont été transformées pour fondre des métaux de récupération et ravitailler diverses fonderies, forges et ateliers de Singapour. Ces ateliers ont produit des quantités significatives de matériel pour de nouveaux ouvrages défensifs. »
(…)
« Besoins quotidiens pour les rations militaires – Du fait des nombreuses sortes de rations nécessaires pour des raisons culturelles et religieuses et des conditions du terrain, nous nous sommes basés pour notre calcul sur des rations standards européennes. Pour une force de 150 000 hommes, 120,47 tonnes par jour sont nécessaires : protéines et graisses, boîtes de 12 onces de “Bully Beef” (56,25 tonnes) ; hydrates de carbone, 12 onces de “Army Biscuit” (56,25 tonnes) ; thé (2,34 tonnes) ; sucre (0,94 tonne) ; lait (en poudre ou condensé) (4,69 tonnes). »
(…)
« Résumé de la situation des réserves alimentaires au 20 mai 1942
– Armée (150 000 personnes au maximum) : 3 mois de viande, 4 mois de farine et de légumes en boîte, 5 mois d’autres aliments.
– Population civile (550 000 personnes au maximum) : 9 mois de viande, 6 mois de farine et de légumes en boîte, 4 mois d’autres aliments.
La réduction des stocks de nourriture civils en faveur de l’armée a été rejetée pour trois raisons :
(i) Le déclin plus rapide de la santé des civils créerait des problèmes de santé (épidémies) qui n’épargneraient pas les militaires.
(ii) Cela créerait des problèmes dans l’important composant asiatique de la garnison, en particulier chez les volontaires indigènes. A ce propos, il est capital qu’aucun exemple de traitement différent selon les races ne puisse diviser les troupes.
(iii) La garnison est étroitement dépendante de la population civile pour les constructions et réparations des ouvrages militaires, pour la production de nourriture et de biens industriels et pour des centaines ou des milliers de grandes ou petites tâches de soutien qui lui permettent de fonctionner normalement. Il faut se souvenir que le Commandement de Malaisie n’est pas et n’a jamais été une armée à proprement parler : il ne dispose pas de toute la gamme des unités de soutien, et il ne pourrait fonctionner sans l’infatigable bonne volonté de la population civile. De ce fait, le bien-être de la population et sa volonté persévérante de supporter les privations sont aussi importants que ceux de la garnison.
Besoins immédiats – Lait et œufs en poudre, lait condensé sucré, viande en boîte, viande séchée, poisson, fruits, confitures, légumes, chocolat et autres aliments riches en calories, semences. »
(…)
« Résumé de la situation des réserves de munitions au 20 mai 1942
La garnison a suffisamment de canons, mais le problème est d’avoir assez de munitions pour faire le meilleur usage de cette artillerie.
La reprise du nord-ouest de l’île de Singapour, les opérations en Johore et les dix jours de trêve se sont révélés neutres du point de vue des munitions. Nombre de caches britanniques ont été retrouvées, mais les dépôts ennemis n’ont pas fourni grand-chose – il semble bien que les Japonais aient été à la limite de leurs ressources en munitions d’artillerie.
Le rééquipement des unités avec des canons-obusiers de 25 livres a été retardé pour consommer le vaste stock de munitions des canons de 18 livres et des obusiers de 4,5 pouces. L’utilisation des obus de 25 livres est encore examinée au jour le jour.
Les tentatives pour fabriquer des obus antichars en acier plein et les adapter à des cartouches en laiton n’ont été qu’un succès partiel. En effet, comme ces obus ne sont pas perforants à proprement parler, ils dépendent de leur masse et de leur vélocité pour traverser le blindage des chars japonais ou pour détruire leurs chenilles, leurs trains de roulement etc. On distingue les obus de 1ère classe, qui devraient perforer les blindages japonais à courte portée en restant intacts, et ceux de 2e classe, qui sont friables et devraient se fragmenter en frappant le blindage ou après l’avoir perforé. »
(…)
« L’état-major nous a avisé que, d’ici mi-juillet, nous pouvions espérer recevoir en tout environ 25 000 tonnes de ravitaillement par les soins de la RAF (hydravions), de la Royal Navy (vedettes rapides et sous-marins) et par un convoi spécial.
La répartition souhaitée de ce tonnage est :
(i) Nourriture, 3 000 tonnes
(ii) Fournitures médicales, 1 500 tonnes
(iii) Fournitures électriques, 250 tonnes
(iv) Fournitures mécaniques et de construction, 250 tonnes
(v) Munitions et autres pour l’artillerie, 20 000 tonnes.
Les munitions les plus nécessaires sont :
– 3 millions de coups de 40 mm Bofors
– 500 000 obus et charges pour canons-obusiers de 25 livres
– 500 000 coups de 3,7 pouces HAA
– 1 000 obus HE avec charges pour canons de défense côtière de 9,2 pouces
– 1 800 obus HE avec charges pour obusiers de 9,2 pouces
– 1 000 obus (100 livres, courte portée) avec charges pour obusiers de 6 pouces
– 4 000 obus (86 livres, longue portée) avec charges pour obusiers de 6 pouces
– 8 000 obus avec charges pour canons de 60 livres
– 8 000 obus avec charges pour obusiers de 155 mm
– 4 000 obus avec charges pour canons de 4,5 pouces
– 100 000 coups de canons de campagne italiens de 77 mm
– 50 000 coups de canons de campagne français de 75 mm
– 1 million d’obus de mortier de 3 pouces.
Par contre, du fait des stocks de munitions importés en 1941 pour ravitailler l’Eastern Fleet, nous avons suffisamment d’obus pour les canons de marine suivants, utilisés par l’Armée :
– obus et charges de 15 pouces (sauf bombardement côtier et shrapnels)
– obus et charges de 7,5 pouces (sauf bombardement côtier et shrapnels)
– obus et charges de 6 pouces, 5,5 pouces, 5,25 pouces, 4,7 pouces, 4,5 pouces (en fait 4,455 pouces), 4 pouces, 3 pouces, 12 livres, 6 livres, 3 livres, 2 livres, 20 mm, 0,5 pouce.
De plus, les dix jours de trêve ont permis de changer les tubes usés des 15 pouces de la batterie de Johore à Changi. Enfin, l’arrêt provisoire des attaques aériennes a permis de finir de renforcer les installations de défense côtière sur Blakang Mati : deux 6 pouces CD ont été mis en batterie sur le site désaffecté de Mont Siloso ; un vieux 9,2 pouces CD a été réinstallé sur son site désaffecté du Mont Imbiah. »
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 18, 2012 14:21    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 4
Les activités japonaises en Thaïlande et en Malaisie occupée
Extraits des rapports des services de renseignement alliés (mai 1942)

(i) Projet de chemin de fer entre la Thaïlande et la Birmanie
Les Japonais, ne pouvant envisager d’entretenir une armée en Birmanie sans s’être emparés du port de Rangoon, ont réfléchi à la question du soutien logistique d’une future offensive avec le gouvernement thaï. Celui-ci leur a appris qu’en 1906, l’Armée britannique en Birmanie, en collaboration avec le gouvernement siamois, avait jeté les plans d’une voie ferrée s’étendant sur 270 miles (440 km) de Thanbyuzayat (Birmanie) à Bampong (Siam). L’abondance des pluies, qui atteignent 1 mètre à 1,20 m en quatre mois chaque année, ainsi que l’importance des maladies endémiques dans la région, avaient conduit à abandonner l’idée, car le coût en vies humaines et en argent aurait été trop élevé.
Pour aller plus vite, les Japonais ont décidé d’utiliser les anciens relevés britanniques et d’ignorer les coûts – humains en particulier. Les rails devaient être fournis par le pillage du chemin de fer de la côte est de Malaisie, de Gemas à Kota Bahru, et de la voie ferrée allant de Batavia à Sœrabaya, à Java. Le matériel roulant devait être récupéré en Malaisie et à Java et un certain nombre de petits moteurs diesel ont été réquisitionnés dans différentes parties de l’Asie du Sud-Est occupées par les Japonais. Les traverses doivent être fabriquées sur place, donc surtout en bois tendre, susceptible de pourrir rapidement dans les conditions tropicales, rendant les trajets plutôt risqués. On estime que ce chemin de fer demanderait quatre millions de m3 de terrassements, la démolition et le déblaiement de trois millions de m3 de roc et la construction de 15 kilomètres d’ouvrages d’art.
Les 5e et 9e Régiments de Voie ferrée japonais doivent construire le chemin de fer et le 9e Régiment devra gérer la ligne, qui est censée pouvoir transporter en un an 180 000 tonnes de matériel et l’équivalent de deux divisions japonaises ravitaillées, grâce à 115 trains par mois. Les Japonais recrutent des ouvriers dans toute la zone qu’ils occupent, promettant des payes du niveau de l’Europe d’avant-guerre, plus nourriture, vêtement, soins et distractions gratuits, permissions, garantie de prendre soin des familles en l’absence des hommes etc. Des contrats de travail de six mois doivent être proposés aux Thaïs, Malais, Chinois, Indochinois, Indonésiens… qui devraient s’ajouter à 12 000 ouvriers militaires japonais et à 270 000 travailleurs embauchés (ou réquisitionnés) sur place. Par dessus le marché, il était prévu d’utiliser les prisonniers faits à Singapour… Ne disposant que des prisonniers faits au début de l’année en Malaisie, l’Armée japonaise a décidé d’importer des prisonniers alliés, civils et militaires, de Hong-Kong, d’Indochine et des Philippines. Ces prisonniers ont été installés en particulier au camp de Kamburi.

(ii) Travaux sur le réseau de transport en Malaisie occupée
Depuis la défaite japonaise devant Singapour et avec les conditions météo épouvantables durant la mousson, les travaux du chemin de fer Thaïlande-Birmanie ont été suspendus. Les ouvriers (y compris les 5e et 9e Régiments de Voie ferrée) et les matériaux ont été envoyés vers le sud de la Thaïlande ainsi que vers l’est et l’ouest de la Malaisie, pour y appuyer la concentration de nouvelles forces japonaises. Des rapports faits par des indigènes loyaux à la Couronne et par la Force 136 ont conduit la “Royal Singapore Air Force” à faire des reconnaissances aériennes qui ont photographié des centaines de petits bateaux indigènes allant vers les ports du sud-est de la Thaïlande ainsi que vers Kota Bahru, Kuantan et Endau/Mersing, où ils débarquent des matériaux de construction et des ouvriers. Le démontage de la voie ferrée de la côte ouest (ou de ce qui en restait après les démolitions et les démontages effectués par les Anglais) a été interrompu et des rails importés de Java sont maintenant posés à partir de Kota Bahru. Partout, les installations portuaires ont été agrandies et les routes voisines considérablement améliorées (notamment celles qui partent de Kuantan et d’Endau/Mersing. Le recrutement de la main-d’œuvre locale et l’achat ou la réquisition des embarcations indigènes se font à très grande échelle. Un gros effort administratif a dû être nécessaire pour loger, nourrir et organiser tout ce monde afin d’éviter de lourdes pertes du fait des maladies.
Sur le terrain, les progrès accomplis en quelques semaines ont été vraiment remarquables, mais il semble que les Japonais se montrent quelque peu brutaux avec les ouvriers pour tenir leurs délais, quels qu’ils puissent être.

(iii) Création d’un réseau de communication par radio avec les prisonniers de guerre alliés en Malaisie
Des ateliers de Singapour ont fabriqué à la main de petits récepteurs de radio qui se logent dans le culot d’une bouteille d’eau standard de l’Armée britannique, et de petits émetteurs-récepteurs de la taille d’une pendulette de bureau. Les deux types d’appareils ont pu être introduits dans des camps de prisonniers de guerre. Ils doivent permettre d’établir une chaîne de communication entre les camps de prisonniers et nos services.

(iv) L’Organisation “V” en Thaïlande
Cette organisation a été créée spontanément, sans relation avec les services britanniques, par des civils alliés auxquels les Thaïlandais ont laissé une certaine liberté d’action dans l’intérêt des activités économiques du pays, et qui ont obtenu l’aide de civils thaïlandais, malgré le danger.
Les fondateurs occidentaux de l’organisation sont Mr E.P. Heath (assistant – The Borneo Co. Ltd, Bangkok), Mr R.D. Hempson (assistant – The Anglo-Siam Corp. Ltd, Bangkok) et Mme S. Millet (employée au Consulat de France à Bangkok, actuellement contrôlé par les dissidents français collaborant avec l’Allemagne à Paris). Nai Olarm (ancien employé – The Anglo-Siam Corp. Ltd, Bangkok) et le commandant R. Bosq (attaché militaire au Consulat de France à Bangkok et prétendant servir la cause de l’autorité française pro-allemande) leur apportent une aide occasionnelle.
La Pharmacie Berlin, qui vend 75% des médicaments du pays, est en même temps un gros fournisseur du marché noir ; elle consent trois mois de crédit à l’Organisation “V” et s’arrange pour faire parvenir des médicaments aux prisonniers de guerre alliés, malgré le fait que ses premiers clients soient les Armées japonaise et thaïlandaise et que la vente de tous les médicaments soit en théorie contrôlée par l’administration siamoise (mais celle-ci est très corruptible).
A Kamburi, où se trouve le principal camp de prisonniers de guerre de Thaïlande, le plus gros magasin local est tenu par un métis sino-thaïlandais nommé Boon Pong. Cet homme ravitaille les Japonais, mais il accepte de ravitailler les prisonniers de guerre au même prix (nourriture, médicaments au marché noir) en leur faisant crédit en acceptant des reconnaissances de dettes pour l’après-guerre. Boom Pong et son épouse parlent correctement anglais et son beau-frère, Nai Lec, s’exprime de façon médiocre mais compréhensible. Nai Lec contrôle un service de péniches qui ravitaille à partir de Kamburi les communautés Thaï qui travaillent dans les mines et les scieries sur la rivière Kwe-Noi. A Kamburi se trouve une grosse usine de pâte à papier fabriquée à partir du bambou (un sous-produit important de cette fabrication est le sulfate de magnésium, ou sels d’Epsom, utilisé par les prisonniers pour combattre la dysenterie). Bambou et bois d’abattage descendent jusqu’à l’usine sur des radeaux par les rivières et en particulier par la rivière Kwe-Noi, le long de laquelle les Japonais prévoient de construire leur chemin de fer vers la Birmanie.
Notes d’après-guerre – Mr E.P. Heath, Mr R.D. Hempson et Mme Millet ont été décorés de l’Order of the British Empire ; Boon Pong a reçu la King’s Medal for Bravery. On se souvient du film à succès de Michael Curtiz inspiré de leurs aventures, sorti sous le titre “Bangkok” en 1945, avec Humphrey Bogart (dans le rôle de Hempson, dont les scénaristes avaient fait un Américain) et Ingrid Bergman (dans le rôle de Mme Millet, quelque peu rajeunie par le scénario, qui l’a aussi mariée au commandant Bosq).

(v) Danger épidémique
Des documents capturés destinés aux personnels médicaux japonais en Malaisie les avertissent de se méfier des hommes, matériels et approvisionnements venant de Chine, d’Indochine et de Thaïlande. Il leur est demandé d’examiner les hommes pour dépister des contaminations par le choléra, la dysenterie amibienne, la typhoïde A et B, et même la peste (les troupes venant de la frontière entre Siam et Birmanie sont particulièrement suspectes de choléra et de dysenterie, ainsi que de malaria). Les micro-organismes responsables doivent être recherchés sur des échantillons du matériel et des approvisionnements avant la livraison de ceux-ci.
Note – Le manque d’uniformité entre les unités japonaises dans leurs approvisionnements et leurs renforts accroît le risque d’épidémie par une ou plusieurs des maladies sus-citées. La transmission de ces maladies de l’armée japonaise aux forces du Commonwealth est un réel danger, et la transmission à la population civile de Singapour est un danger infiniment plus grand.
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sting01



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MessagePosté le: Ven Oct 19, 2012 02:35    Sujet du message: Répondre en citant

Boon Pong me semble etrange pour un sino thai.

Boon est relativement courant en Malaisie, chez les Hakas (descendant des chinois qui emigrerent soit a Phuket pour les mines d'etain soit en Malaysie, dans les etblissements des detroits. Mais ce patronyme n'existe pas en Thailande.

Le prenom Pong est kmer, et meme en Isaan il n'est pas utilise. On trouvera a la place POND, qui en fait est le surnom (genre masculin) pour les enfants prenomes Kiratee (ou Kirati, l'accent donne dans l'ecriture thai permettant les deux transliteration).

Donc un Khun Kirati Boon, plus connu par son surnom de Pond tant par la Kampetai que par les prisoniers ferait plus couleur local.

Le seul probleme restant etant que la minorite (en taille, mais majoritaire au regard des activtes economique) chinoise a majoritairement change les patronymes chinois (donc court, monosyllabique en majorite) pour des patronymes thai, donc long ayabt au minimum 6 syllabes ... ou alors agglomere les patronymes du pere et de la mere Ah-Boon existe ici a Phuket.

Donc ma dernier proposition serait :

Khun (maniere formelle pour Monsieur) Kiratee Ah-Boon, plus connu par son surnom de Pond tant par la Kampetai que par les prisoniers ....
_________________
La can can-can, cancouillote,
c'est pas fait pour les francois.

Anscarides je suis ne,
heritier de la Comte je serai.
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MessagePosté le: Ven Oct 19, 2012 07:53    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de ces observations, Sting. J'intègre !


PS - J'espère que les cinéphiles ont apprécié la filmographie alternative... Wink
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