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Intégrale Evasions Janvier-Avril 1942

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Aoû 10, 2012 13:19    Sujet du message: Intégrale Evasions Janvier-Avril 1942 Répondre en citant

Je me suis rendu compte qu'un bon nombre d'entre vous n'avaient peut-être pas lu l'affaire des généraux bridgeurs (de DAK69)

Janvier 1942
7 – La Grande Evasion
Fille de l’air pour généraux

14 janvier
Malgré-nous ?
Alger
– Le chef d’escadrons Jacques Weygand est nommé à un poste ultra-secret par le général de Saint-Vincent – avec l’accord, tout de même réticent, du général de Gaulle : il devient le chef du cadre D de la DGPI. Cette nouvelle structure, sans rapport évident a priori avec le sort des prisonniers ou internés, devra encourager à la désertion les personnels militaires allemands de la Heer, voire de la Luftwaffe ou même de la Kriegsmarine originaires d’Alsace ou de Lorraine annexées, veiller à les mettre à l’abri puis les acheminer sur l’AFN via l’Espagne après les avoir muni d’identités de Français “de l’Intérieur” (comme les Alsaciens appellent les résidents de toutes les régions situées à l’ouest des Vosges).
Les rapports en provenance de l’Hexagone ont évalué à plus de cinq cents le nombre des Alsaciens et Lorrains déserteurs depuis juillet 1941, quand les Allemands ont lancé la conscription en Alsace-Lorraine annexée pour recruter des unités de travailleurs.
Leur sort semble d’une extraordinaire précarité, car les polices du NEF, plutôt accueillantes aux évadés d’Allemagne, ou à tout le moins indifférentes, n’hésitent jamais à remettre les déserteurs allemands (ou supposés tels) aux mains de la Feldpolizei, des Feld-Gendarmes ou de la Gestapo – quels que soient, par ailleurs, les vrais motifs de la désertion. Et les quelques Alsaciens ou Lorrains à qui ce sort malheureux est échu ont été fusillés sans jugement, sur simple décision de l’OBH Frankreich.


17 janvier
De l’argent pour les évasions
Alger
– Le général de Saint-Vincent transmet au seul Paul Reynaud, sans aucun commentaire, un mémorandum rédigé à son attention par le capitaine Hervé Alphand, en charge des affaires financières à la DGPI.
Alphand, inspecteur des Finances dans le civil – ce qui confère du poids à son texte – commence par noter que le budget attribué à la DGPI pour sa première année d’existence a été dépassé de près de 50 %. « L’équilibre réglementaire des recettes et des dépenses, ajoute-t-il, n’a pu être rétabli, à quatre reprises, que par des avances de trésorerie consenties par amitié par la Banque de France et régularisées ex post grâce aux dotations supplémentaires qui m’ont été accordées, à titre gracieux si je puis dire, hors budget de la Présidence du Conseil en tout cas, par la bienveillance du ministre des Finances, M. Vincent Auriol. » Cette situation n’a rien que de normal, de l’avis d’Alphand, puisqu’il était difficile aux fonctionnaires de la Direction du Budget d’établir à la fin 1940 une prévision cohérente en l’absence de toute autre référence que la liquidation des comptes – demeurés rue de Rivoli à Paris, il va de soi, et reconstitués au mieux de mémoire – du Commissariat aux Prisonniers de la Première Guerre.
Toutefois, prévient-il, « si le budget attribué à la DGPI pour 1942 a bel et bien été majoré, selon la logique, de 50% – soit 100 529 100 francs au total dans la loi de Finance 1942 – je suis d’ores et déjà contraint d’attirer l’attention du Gouvernement sur la nécessité d’anticiper une nouvelle hausse des charges prévisibles de la Délégation, ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation des coûts de ses missions. Je fais ici allusion, en particulier, aux débours entraînés par l’accélération du recrutement de personnels de terrain, rémunérés en permanence ou plus occasionnellement défrayés, en sus de l’accroissement (à considérer, bien entendu, sous un angle positif) des dépenses liées aux évasions. » Alphand poursuit : « Je ne crois pas m’aventurer en chiffrant à 18% au moins le déficit à prévoir par rapport à la dotation votée pour cette année. Ce qui me pousse à annoncer par avance que nous viendrons, à brève échéance, demander à la présidence du Conseil une rallonge de 20%, soit 20 105 821 francs arrondis, si l’on veut, à 20 millions de francs, à nous verser en septembre ou, au plus tard, en octobre 1942. Faute de quoi la Délégation pourrait se trouver en cessation de paiement, ce qui la jetterait dans l’illégalité et, j’en suis convaincu, porterait atteinte au moral de ses exécutants militaires autant que de ses agents civils. » Et Alphand de conclure, en expert : « Sans doute serait-il expédient d’en ordonnancer dès maintenant les crédits. »
Paul Reynaud fait établir deux copies du texte d’Alphand, destinées à Vincent Auriol et au général de Gaulle. Il les apostille de sa main : « M’en parler ».

Le cas des généraux bridgeurs
D’après l’ouvrage de Jean-Marie Servan, Repêcheurs d’étoiles – Les filières d’évasion des généraux français, 1940-1943 (Tallandier, Paris, 1998)
Forteresse de Königstein, 17 janvier 1942, 16h30 – La brève après-midi de ce samedi d’hiver touche à sa fin quand un gardien de la forteresse se met à parcourir les couloirs, annonçant d’une voix forte qui accentue exagérément les consonnes : « Distribution du courrier ! » Un à un ou par deux, les officiers emprisonnés sortent de leurs “appartements” et se dirigent en formant une morne colonne vers le bureau de poste de la prison. En raison du froid glacial, les képis sont restés dans les placards, remplacés par des bonnets ou des passe-montagnes, et des volutes de buée accompagnent les captifs traversant à pas prudents les cours verglacées du château.
Le vaguemestre allemand, quoique présent depuis quelques semaines à peine, remet sans se tromper les lettres à leurs destinataires respectifs. Les enveloppes, ouvertes, portent toutes un ou plusieurs cachets de la censure, et l’on peut être sûr que leur contenu a été scruté plutôt deux fois qu’une par la direction de la prison. Quand il passe devant le vaguemestre, le général Charles Mast n’a droit qu’à un « Rien pour vous, Herr General, et rien non plus demain dimanche ! » Mast a une moue de circonstance, avant de faire un clin d’œil à un autre général…
………
Forteresse de Königstein, 17 janvier 1942, 17h00 – Contrairement à ce que son expression laissait croire, la réponse du postier satisfaisait tout à fait Charles Mast.
Étant un des rares généraux prisonniers à maîtriser l’allemand et montrant au quotidien une attitude froide, à la limite de l’hostilité ouverte envers ses hôtes et plus généralement le Grand Reich, c’est lui qui avait été approché en premier par le jeune Alsacien, qui prit, après maintes précautions, le risque de lui expliquer le pourquoi et le comment de sa présence à Königstein. Mast accepta après réflexion de lui servir de correspondant, et ils commencèrent par convenir d’un code : si le dernier mot de leur conversation était un jour de la semaine, un pli était arrivé (si c’était le jeune homme qui parlait) ou devait partir (si c’était le général). Ce pli était dissimulé dans un endroit dépendant du jour nommé. En l’occurrence, dimanche voulait dire : coincé derrière la chasse d’eau des toilettes de l’infirmerie. Le général se rendit donc à l’infirmerie, où il commença à discuter avec le médecin major français au sujet du tournoi de bridge du lendemain, puis partit récupérer tranquillement le pli annoncé. Un regard sur l’enveloppe : à l’attention du général Mesny. Très bien, si c’était Mesny, c’était pour une évasion, et si c’était une évasion, ça ne pouvait être que la sienne !
Le pli passa discrètement quelques minutes plus tard dans la main du général Mesny.
Ce soir-là, l’ensemble des généraux, en grand uniforme, se retrouva dans le “théâtre”. Un visiteur était en effet attendu. Mais l’accueil qui lui fut fait fut aussi glacial que le climat… A part quelques paroles protocolaires prononcées par leur doyen, le général Condé, aucun mot ne fut prononcé par les prisonniers en réponse au discours de l’ambassadeur Scapini, venu une fois encore tenter de recruter l’un ou l’autre général afin de gonfler les forces de sécurité de Laval… Il est vrai que les deux ou trois personnages sensibles à ses sirènes étaient déjà partis.


18 janvier
Le cas des généraux bridgeurs
Forteresse de Königstein
– Chaque matin, dimanche compris, les généraux faisaient une promenade matinale dans les cours de la forteresse. L’accès aux remparts, d’où la vue sur le paysage environnant, et notamment la vallée de l’Elbe, était magnifique, était à ce moment impossible pour cause de verglas : le commandement craignait comme la peste de perdre accidentellement un de ses hôtes. Difficile de faire passer pour une tentative d’évasion une chute du rempart vers l’intérieur de l’enceinte ! Selon leurs affinités, les prisonniers échangeaient quelques paroles, ou au contraire s’ignoraient délibérément. Le général Mesny s’approcha de Juin, qui le salua, pour lui glisser « Vous êtes désigné pour une évasion ! » Alphonse Juin manqua s’étaler sur une plaque de glace, mais Mesny parvint à le rattraper à temps. L’expérience du chasseur alpin sur les glaciers !
« Quand, comment ? » articula Juin, à quoi Mesny répondit « On en reparlera ! » Le président du comité d’évasion reprit sa déambulation solitaire avant d’approcher Mast, qui lui demanda « Alors ? », à quoi Mesny répondit « Alger est d’accord, mais vous ne partez pas tout seul, Juin vous accompagne ! » Un mot de Cambronne retentissant éclata alors dans la cour, mais les deux gardiens, habitués de longue date à ce vocable utilisé par les Français en toutes circonstances, ne tournèrent même pas la tête. Peu à peu, chassés par un vent du nord toujours aussi glacial, les généraux retournèrent vers leurs quartiers.
L’après-midi, la plupart d’entre eux se retrouvèrent pour le tournoi de bridge dominical. Cette fois-ci, les paires furent tirées au sort, pour éviter que le tandem composé habituellement de Mast et du médecin major n’écrasât les autres participants. Mast fit équipe avec Juin, et le duo ainsi constitué ne fit guère d’étincelles. Des mots aigre-doux furent échangés, l’un traitant l’autre d’officier de salon, pour ne pas dire de général d’opérette, l’autre rétorquant que ce n’était qu’à la place du mort que Juin jouait correctement… Cela amusa beaucoup la paire représentant l’état-major allemand de la forteresse, qui avait été invitée et qui faillit même remporter le tournoi…
Comme dans chaque camp de prisonniers, un comité d’évasion avait été constitué. A Königstein, il ne comptait que quatre membres : le général Mesny, le général norvégien Ruge, le médecin-major et le général Bruneau, lui-même auteur d’une tentative d’évasion qui avait échoué de peu. Le rôle de ce comité était d’examiner les plans d’évasion et d’apporter aux tentatives approuvées toute l’aide possible en fournissant aux candidats conseils, cartes, argent allemand, vêtements civils, etc. Le comité de Königstein n’avait qu’une activité réduite : les généraux, âgés voire très âgés, s’ils faisaient peut-être encore des plans, auraient été bien incapables, pour la plupart, de les mettre à exécution. Ces derniers mois, seul Mast avait informé Mesny de ses intentions, comme il devait le raconter dans ses mémoires.
« Après quelques semaines d’abattement, suite à ma capture à quelques kilomètres du salut, je me mis à échafauder des plans pour sortir de la forteresse où j’avais été enfermé, comme la plupart de mes camarades généraux victimes du même sort. Ah, jour funeste que ce 16 juin 1940. Je m’en voudrais toujours d’avoir voulu faire prisonniers les deux soldats allemands que nous avions surpris du côté de Saint-Dizier. Il aurait mieux valu les neutraliser au plus vite et foncer, plutôt que de céder à l’insistance du capitaine R…, qui voulait que ces deux Boches soient faits prisonniers en respectant les formes. Avaient-ils respectés les formes, eux, en mitraillant les colonnes de civils ? Mais la fatigue m’avait fait céder. Et ce qui devait arriver arriva : un camion rempli de soldats allemands déboucha, nous étions cuits ! A quatre contre vingt, que vouliez-vous que nous fissions ? Mourir comme dans une tragédie antique ? Et c’est là que commença le chemin de la captivité.
Oh, Königstein, malgré ses apparences de forteresse médiévale, n’était sans doute pas la pire des villégiatures. La Wehrmacht nous laissait mener une existence somme toute bien convenable pour des prisonniers, et surtout propre à étouffer bien des velléités d’évasion chez les moins motivés d’entre nous, qui étaient légion… Je pus ainsi recevoir la visite de mon vieil ami le colonel Nagato, qui me promit de faire intervenir son gouvernement pour que les Allemands me libèrent, et que je reprenne la place d’attaché militaire à Tokyo. Si je me perdais en chemin ou au Japon, ce serait mon affaire, car, me disait-il, on ne trahit jamais un ami si l’on agit au nom de l’honneur. En attendant l’issue de ces négociations, j’imaginai des plans il faut bien avouer peu réalistes pour m’échapper du Transsibérien ou quitter le Japon. Mais, à l’automne 1941, il me fit comprendre que son gouvernement ne s’intéressait plus à ma personne, puis, en décembre, il m’annonça que ce serait sa dernière visite, et me fit cadeau d’un recueil de haïkus en souvenir. Cadeau ô combien précieux, même si je ne m’en aperçus pas immédiatement. Le lendemain, la flotte japonaise attaquait Hawaï, et nos deux pays furent bientôt en guerre.
Cet automne, il me fallut oublier les horizons chimériques, reprendre le sens des réalités et ne plus compter que sur moi-même pour sortir de là. Lors d’une de nos “promenades” collectives hors de l’enceinte de la prison , je fus abordé par le général Mesny qui me dit « Alors, Mast, fini les châteaux au pays des samouraïs ? Ayez des ambitions moins lointaines, mais évitez ceux en Espagne ! » Comment avait-il deviné ? Il m’adressa à nouveau la parole au retour, alors que nous étions sur le point d’aborder le tunnel fort raide qui était la seule voie d’accès à la forteresse , pour me dire « Quand ce sera plus mûr dans votre tête, venez m’en parler. »
J’élaborai un plan qui me paraissait avoir des chances réalistes de succès, et l’exposai à Mesny. Celui-ci le critiqua et l’améliora et, courant janvier 1942, il m’annonça que la plus grosse des pierres d’achoppement qui restait, l’obtention de faux papiers, avait disparu. Je ne mis pas longtemps à comprendre que ceux-ci arriveraient par le courrier ! Mais avant de les apporter, le courrier compliqua sérieusement la situation, en annonçant que mon collègue Juin serait du voyage ! Le général Mesny me dit alors : « Mast, il va falloir qu’on modifie votre plan. Il ne serait pas prudent de tout expliquer à Juin et d’en discuter avec lui, mais nous ne pourrons pas le laisser dans l’ignorance complète, et il faut un prétexte pour que l’on ne s’étonne pas de vous voir plus souvent ensemble. Si vous annonciez dimanche prochain que vous allez vous occuper de lui pour en faire un bridgeur acceptable, ça devrait aller ! » Facile à dire… » (Général Charles Mast, Mémoires rebelles, 1954).


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Aoû 10, 2012 13:32; édité 1 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Aoû 10, 2012 13:21    Sujet du message: Répondre en citant

Février 1942
7 – La Grande Evasion
Par l’Espagne

6 février
Un obstacle de moins sur la route espagnole
Madrid
– Un télégramme urgent de François-Poncet à la Rue Michelet annonce que les autorités franquistes ont fermé à midi le camp de Miranda. Les derniers internés étaient deux sierzantów de la cavalerie polonaise (18e Uhlans de Poméranie et 9e Lanciers d’Ukraine) arrivés là après un périple à pied et en vélo de près de sept mois via la Slovaquie, l’Ostmark , le Liechtenstein, la Suisse, la France du NEF et la traversée des Pyrénées dans les premières neiges d’automne. Ils ont été remis en début de matinée à un diplomate dépêché par la “haute délégation” de France (la Pologne n’est plus représentée à Madrid depuis octobre 1939), en présence d’un aréopage espagnol présidé par le capitaine-général de la province de Burgos. Ils ont fait connaître leur intention de rejoindre les unités polonaises basées en Afrique du Nord.
Tous deux ont reçu des sauf-conduits français dûment enrichis des visas de la Seguridad, du Cuerpo Nacional de Policía et de la Guardia Civil. Ils prendront quelques jours de repos dans un couvent de camaldules du Monte Corona, sis à proximité et dont le père abbé est un compatriote, avant d’être accompagnés jusqu’à Madrid puis Cadix, où ils embarqueront sur le premier navire allié en partance pour un port d’Afrique française.
À l’heure où il rédigeait son texte, François-Poncet ignorait que Miranda serait rouvert dès le lendemain, mais ne recevrait plus, désormais, que des Espagnols : anciens combattants des armées républicaines, syndicalistes, militants des partis de gauche, carlistes dissidents, autonomistes basques et catalans, voire étudiants turbulents.
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MessagePosté le: Ven Aoû 10, 2012 13:24    Sujet du message: Répondre en citant

Mars 1942
7 – La Grande Evasion
Atout Belle

4 mars
Des millions pour les évasions
Alger
– Dominique Leca reçoit le général de Saint-Vincent et Hervé Alphand. Il leur indique que Vincent Auriol, à la demande de Paul Reynaud, a accepté de prévoir pour la DGPI une rallonge de treize millions, à verser en deux tranches au 1er juillet et au 1er novembre.
« Messieurs, précise Leca, notre ministre des Finances n’a pas pensé pouvoir accorder davantage à vos demandes. Le président du Conseil l’a approuvé. Vous savez à quel point sont ténues nos ressources, et vous connaissez notre difficulté à alimenter le Trésor depuis l’été Quarante. Comme à nous tous, il vous revient de faire plus avec moins. »
Saint-Vincent et Alphand, sans l’avouer, sont tout à fait satisfaits : ils n’escomptaient pas recevoir plus de huit millions – et encore. Ils remercient avec chaleur.


22 mars
Le cas des généraux bridgeurs
Forteresse de Königstein
– Les faux papiers tant attendus par Mast et Juin arrivèrent dans un des courriers venus de Suisse par la “voie postale de service”, l’un des derniers courriers, car le jeune postier alsacien n’allait pas tarder à retourner chez lui. Le jour de son départ, il remit discrètement à Mast un ticket portant un numéro…
Pour les vêtements civils – car il était inimaginable de se promener en Allemagne en uniforme de général français ! – la meilleure source était les gardiens, qui pouvaient ainsi se débarrasser d’oripeaux parfois tout juste bons à habiller un épouvantail en échange de chocolat, de tabac ou autre denrée se trouvant dans les colis de la Croix-Rouge que recevaient les prisonniers. Ce marché permettait aussi d’obtenir de vrais Reichsmarks en paiement, Marks indispensables une fois sortis.
Outre les difficultés inhérentes à une évasion à deux plutôt qu’en solitaire, Juin présentait un problème supplémentaire : il avait perdu l’usage du bras droit à cause d’une blessure reçue pendant la Grande Guerre, et cela figurerait forcément sur les signalements une fois leur évasion connue. Mais le comité d’évasion, inspiré par la Lettre volée d’Edgar Poe, finit par trouver une solution.
Mais comment sortir ? Mast voulait sortir par la porte, tout simplement, mais la méthode retenue ne pouvait s’appliquer qu’à une seule personne, et ce serait bien sûr Juin qui l’utiliserait, car la seule autre solution possible était de descendre le long des remparts avec une corde, méthode inutilisable par Juin en raison de son handicap. La corde – bien que celui qui la fabriqua ne l’eût jamais appelée ainsi, car c’était un marin, ordonnance d’un des amiraux partageant le sort des généraux – fut tressée à partir des ficelles des colis, autour d’une âme faite de bouts de câble électrique et téléphoniques inutiles récupérés de ci de là.
Tout était en place. Il ne restait plus qu’à attendre le moment favorable…
« Mast ne voulut jamais m’en dire assez, et j’avais l’impression d’être dans la même situation qu’en 1914, où, jeune officier, je menais mes soldats à l’assaut sans connaître les raisons qui guidaient le commandement, et en essuyant des pertes effroyables. Mais cette fois-ci, la seule perte possible serait moi-même. Au début, je crus que Mast n’était que le messager de mon véritable compagnon d’évasion, puis le doute s’installa et enfin, je compris que ce serait bel et bien lui. Je pouvais lui faire confiance pour le plan qu’il comptait utiliser, mais j’avais des doutes sérieux pour la suite, une fois sur le terrain ! Un soir, alors qu’il m’entraînait au bridge, il me dit : « Juin, vous commencez à faire des progrès. Alors, désormais, tâchez de jouer correctement ! Quand, à la fin d'une partie, je vous taperai sur l'épaule pour vous féliciter, le départ sera proche. Un coup, ce sera pour le lendemain, deux coups, le surlendemain, trois coups, etc. Vous avez compris ? » Se préparer à une évasion en jouant aux cartes, quelle idée ! La culture physique était bien plus nécessaire, et j’étais très assidu aux séances qu’organisait un de nos sous-officiers, ordonnance du général P… et ancien champion d’athlétisme. Mast aurait bien fait d’en faire autant et il finit d’ailleurs par s’y résoudre, sur mon insistance. » (Alphonse Juin, Mémoires, 1953)
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MessagePosté le: Ven Aoû 10, 2012 13:30    Sujet du message: Répondre en citant

J'oubliais : en dehors des généraux bridgeurs, le gros de cette rubrique est dû à Menon-Marec (Bonjour Menon, on pense à vous)

Avril 1942
7 – La Grande Evasion
Deux généraux en goguette

10 avril
Les Stalags ne font pas recette
Paris
– Pierre Laval, en sa qualité de ministre de la Défense du NEF, reçoit un rapport de la direction de la Gendarmerie qui lui signale qu’en dépit de l’hiver – et d’une campagne de propagande lancée par Georges Scapini pour inciter les « exilés » à attendre d’être élargis par le Reich dans le cadre des échanges travailleurs-prisonniers, 2 431 évadés se sont fait connaître des brigades entre le 1er janvier et le 31 mars.
Ce chiffre, en lui-même inquiétant pour le régime, est corroboré par une statistique du ministère de la Défense : elle annonce, pour la même période, les demandes de régularisation de la démobilisation de 2 187 ex-prisonniers.


17 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Forteresse de Königstein
– Le jour favorable se présenta le 17 avril : tout l’état-major de la prison était parti, qui à Berlin, qui à Dresde, préparer les festivités de l’anniversaire du Führer. La garnison n’était plus commandée que par un lieutenant réserviste, instituteur dans le civil !
L’horaire de l’évasion avait fait l’objet de longues mais discrètes discussions. Mast voulait avoir le plus de temps possible devant lui, mais la porte qu’emprunterait Juin ne serait ouverte qu’à 14 heures pour les prisonniers ayant fait le serment de ne pas s’évader, dont aucun des deux ne faisait partie. Et l’appel du soir avait lieu à 19 heures. Cinq heures avant l’alerte, ce serait diablement court.
A 9 heures, le lieutenant Ehrentraut procéda à l’appel et fit le tour habituel d’inspection des remparts. A cette heure (relativement) matinale, les généraux n’étaient pas encore sortis, à l’exception de Mast et de ceux du comité d’évasion. Bruneau, qui s’était découvert une vocation pour le jardinage, poussait une vieille brouette pleine d’objets divers : il allait prendre soin du carré qu’il destinait à des légumes pour améliorer l’ordinaire, vers l’autre bout du rempart, là où il était le plus haut. Une fois le tour du lieutenant terminé, les événements s’accélérèrent brutalement. La corde fut sortie de la brouette, attachée à un barreau scellé entre deux créneaux, et Mast, un havresac bien rempli sur le dos, l’enjamba, aidé par les trois autres. Deux minutes plus tard, la corde avait réintégré la brouette, et Bruneau se mit à sarcler méticuleusement son carré de terre.
Une fois au sol, Mast se dissimula dans un épais fourré et enfila une partie des vêtements civils se trouvant dans son sac, puis ne put rien faire d’autre que d’attendre 14 heures. A midi, son ordonnance, qu’il avait mise dans le coup le matin même, et en qui il avait toute confiance, alla chercher son repas aux cuisines comme si de rien n’était.
A 13h55, huit généraux faisaient grand tapage devant le poste de garde du portail menant au tunnel : l’heure de leur sortie approchait. Le sergent responsable de cette garde avait l’habitude de ce rituel instauré depuis la fin de l’hiver et, bien qu’il les connût tous de vue, nota scrupuleusement leurs noms en vérifiant qu’ils figuraient bien sur la liste de ceux qui s’étaient engagés à ne pas s’évader. Bien que le temps se soit sérieusement radouci, les huit généraux portaient tous la longue capote réglementaire. A 14 heures, la porte s’ouvrit et le groupe s’engagea dans le tunnel pavé, qu’il descendit avec précaution. Le sergent le suivit du regard jusqu’à ce qu’il fût dissimulé à sa vue par un tournant du tunnel. A l’autre bout de celui-ci, un autre soldat, prévenu par téléphone que les promeneurs seraient huit ce jour-là, s’assura de leur nombre.
On aura compris qu’à l’insu des gardiens, un neuvième homme se cachait sous la capote d’un des généraux de grande taille, toujours entouré par au moins trois autres (tous avaient juré de ne pas s’évader, pas de ne pas aider d’autres à le faire !). C’est ce que Mast appelait la manœuvre du carré de rois, mais Juin sua sang et eau pour ne pas perdre l’équilibre en descendant ce parcours déjà difficile en temps normal, alors qu’il étouffait sous le lourd vêtement de son complice. Ce n’est qu’une fois hors de vue de la forteresse qu’il put se dégager, à peu de distance de l’endroit où Mast l’attendait. Pendant qu’une partie du groupe des huit généraux montait la garde, les autres aidèrent Juin à mettre les vêtements civils restant dans le sac de Mast et à enfiler le bras droit dans un plâtre astucieusement démontable conçu et réalisé par le médecin-major, puis à mettre ce bras en écharpe. Juin était devenu un contremaître italien du chantier voisin de construction d’une centrale thermique, victime d’un accident du travail. Mast, pour sa part, avait pris l’identité d’un ingénieur de Bolzano, spécialiste du béton armé, qui travaillait aussi pour cette construction. Avec de tels pedigrees, ils devaient passer sans difficulté à travers les contrôles, et Mast espérait que Juin n’aurait pas à dire plus de quelques mots… en italien bien sûr.
Les deux hommes se dirigèrent vers Bad Schandau, n’ayant qu’à souhaiter le bonjour à quelques rares personnes qu’ils croisèrent. Juin s’inquiéta plus d’une fois s’ils suivaient le bon chemin. Arrivés à Bad Schandau, un autre obstacle était à franchir : prendre le train ! Mast se dirigea vers le guichet de la gare, et demanda deux billets pour Dresde. L’omnibus était attendu dans un quart d’heure, ce qui lui laissa largement le temps d’aller à la consigne, où, en échange du ticket que lui avait laissé le jeune Alsacien, un employé indifférent lui remit une valise.
Ils s’installèrent dans un compartiment occupé par deux femmes, qui descendirent à l’arrêt suivant. Une chance pareille ne se reproduirait pas ! Vite, il ouvrit la valise, en sortit de meilleurs vêtements, plus conformes à ce que prétendaient ses papiers, et surtout deux billets de Dresde à Munich. Cinq minutes plus tard, la transformation était achevée.
La mise au point du parcours ferroviaire avait aussi fait l’objet d’une longue discussion, basée sur l’expérience du général Bruneau. Le dilemme était le suivant : aller vite en empruntant des rapides mais dans lesquels les voyageurs étaient systématiquement contrôlés par la police des chemins de fer, ou prendre beaucoup de temps en empruntant des trains locaux qui eux n’étaient presque jamais contrôlés. Quant aux gares, moins de temps ils y passeraient, mieux les évadés se porteraient, car là, c’est à plusieurs polices à la fois que l’on avait affaire ! Mast avait choisi la vitesse autant que possible, « plus vite que le Blitzkrieg ! » Et le passage par Munich était incontournable pour deux Italiens rentrant au pays.
A 19 heures, le train pour Munich avait quitté la gare de Dresde depuis quelques minutes quand le policier attendu entra dans le compartiment occupé par les deux fugitifs. Leurs papiers lui convinrent parfaitement et Mast ne dut pas échanger plus de trois mots avec lui, si l’on fait bien sûr exception du « Heil Hitler ! » de rigueur à tous les coins de phrase, ainsi que du « Viva il Duce ! » que rajouta Juin pour faire bonne mesure.
A la même heure, l’appel des prisonniers avait commencé à Königstein. Une heure plus tôt, le groupe de généraux partis “libres” était revenu et le sergent de garde avait constaté avec satisfaction : « Huit képis à l’aller, huit képis au retour, tout est en ordre ! » A 19h15, le cauchemar du lieutenant Ehrentraut commença : deux prisonniers absents, alors que sa hiérarchie était en goguette ! Il ordonna certes une fouille approfondie des bâtiments, quelqu’un ayant suggéré que les deux généraux absents étaient encore en train de s’engueuler en révisant leurs annonces quelque part et qu’ils avaient oublié l’heure, mais il prévint immédiatement la place de Dresde, où se trouvait le colonel commandant en second la prison. Celui-ci, dès qu’il fut localisé, n’hésita pas : les deux oiseaux s’étaient sans doute évadés, et il n’était pas question de subir un deuxième affront après celui infligé par Giraud fin 1940. La fouille des quartiers des fugitifs n’ayant rien donné, une alerte générale fut lancée et le signalement des deux généraux envoyé à tous les postes et bureaux de la Gestapo dès 21 heures. La chasse à l’homme avait commencé.
Pendant le trajet de Dresde à Munich, Mast réfléchissait au choix de l’étape suivante. Le joueur de bridge était devenu joueur d’échecs. Il sortit de sa valise une bible luthérienne, où sur certaines pages des horaires de chemin de fer avaient été collés. Plusieurs solutions s’offraient à lui. L’une était de continuer à faire confiance à leur identité d’emprunt, aller jusqu’à Salzbourg puis Bolzano et, de là, rejoindre la Suisse par la montagne. Mais, en cette saison, les cols étaient encore tous enneigés et le passage serait scabreux ; de plus, ils seraient en terrain complètement inconnu.
L’autre solution était de filer vers l’Alsace, terre de ses ancêtres, qu’il connaissait nettement mieux. Il disposait bien d’une autre identité de rechange (en fait, celle qui avait été prévue dans le cadre d’une évasion solitaire), mais Juin devrait rester italien. En y réfléchissant bien, avec un peu de chance, c’était jouable.
Enfin, il pouvait s’arrêter à Ulm, puis, par trains omnibus, rejoindre les alentours de la frontière suisse et payer un passeur pour Schaffhouse, malgré le prix exorbitant qu’il demanderait sûrement. Son ami japonais lui avait laissé quelques milliers de marks dissimulés dans la reliure du recueil de haïkus, mais il n’était pas sûr que cela suffirait.
Finalement, tout dépendrait des trains en partance de Munich…


18 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Gare de Munic
h – Le train s’immobilisa à Munich peu après minuit, et dès, qu’ils furent sur le quai, Mast repéra deux silhouettes suspectes. Dans la lumière bleutée de l’éclairage de guerre, il y avait peu de chances qu’ils reconnaissent qui que ce soit, mais c’était le signe que, comme prévu, l’alerte avait été donnée. Laissant Juin surveiller la valise, Mast se dirigea vers le tableau des trains en partance. Salzbourg 6 heures du matin, Ulm un peu plus tard, rien d’autre ! « Va pour Ulm » se dit-il. Il se dirigea vers un guichet où, par acquit de conscience, il demanda d’abord s’il n’y avait rien pour Karlsruhe. La guichetière lui répondit qu’il y avait un train spécial de la Wehrmacht qui partait pour Metz et Bruxelles dans une demi-heure, mais que les civils devaient payer un supplément, et qu’ils risquaient de faire le voyage dans le couloir ! Sinon, il devait attendre le début de l’après-midi. Supplément ou pas, les gestapistes seraient certainement moins zélés dans un train rempli de soldats, et Mast acheta deux billets de seconde (tant qu’à faire, autant voyager avec les officiers !). De Karlsruhe, on pourrait gagner Strasbourg, puis Mulhouse, puis la Suisse. Il se fit indiquer la voie, récupéra Juin au passage et tous deux attendirent patiemment. Presque personne d’autre sur le quai, il ne fallait surtout pas attirer l’attention. Le type, là, il a une tête qui ne me revient pas. Qu’est-ce qu’il a à tourner là ? Ah, un pantalon d’uniforme et un imperméable civil. Pas de danger. Et ceux-ci ? Des employés de la Reichsbahn. Ouf, le train, enfin ! Un wagon de seconde, personne ne descend. Le suivant, c’est bon, trois sont descendus, on monte, une porte de compartiment ouverte. Heil Hitler ! Ces places sont-elles libres ? Oui. On s’installe, et on fait semblant de dormir !
Un bref coup de sifflet et le train s’ébranla.
………
Munich-Karlsruhe – Les deux évadés s’assoupirent, mais pas pour longtemps. Au bout de peut-être une demi-heure, le convoi ralentit dans un grand grincement de freins, la secousse de l’arrêt brutal réveillant tout le monde. Une voix hurlait dans le couloir « Attaque aérienne, baissez les rideaux, ordre absolu ! » A ces mots, un des occupants du compartiment, assis à côté de la fenêtre, dit à son voisin « Michael, qu’en penses-tu ? Je crois plutôt qu’on va regarder le spectacle, et voir ce que font nos camarades quand ils reçoivent la visite des Anglais ! Et vous, Messieurs, qu’en pensez-vous ? » Les deux autres officiers allemands n’émirent pas d’objection, et Mast préféra accepter lui aussi. Le dénommé Michael donna à la cantonade des explications succinctes : « Vous comprenez, nous sommes commandants de batteries anti-aériennes, et nous sommes vraiment curieux de voir comment ça se passe ici ! Nous sommes à proximité d’Augsburg, les Tommies vont sans doute s’en prendre aux usines Messerschmitt. » Il s’interrompit en entendant des moteurs d’avions, suivi par le spectacle de fusées éclairantes descendant à quelques kilomètres de là. Il y eut ensuite d’autres avions, cette fois-ci accueillis par les tirs de la DCA, qui parurent trouver plusieurs fois leur cible, au grand déplaisir des deux Français, qui ne pouvaient dire mot. L’alerte ne dura guère plus d’un quart d’heure, et le train repartit, lentement, le mécanicien avançant à vue jusqu’à Augsburg où il s’immobilisa. Les deux généraux étaient sur des charbons ardents. Pourvu que la Gestapo ne monte pas à bord ! Mais personne ne grimpa dans le train, qui repartit au bout d’un arrêt qui leur avait paru interminable, mais n’avait duré qu’un gros quart d’heure. La même voix qu’au moment de l’alerte annonça alors « Les bombes sont tombées sur une fausse usine », ce qui provoqua des applaudissements. Vérité ou propagande, les deux Français ne le surent jamais. Cette fois, le train prit une allure régulière et les deux ex-prisonniers s’endormirent pour de bon. Ils ne remarquèrent même pas l’arrêt de Stuttgart et descendirent à Karlsruhe sans avoir été inquiétés le moins du monde, se mêlant à la foule sortie d’un autre train arrivé en même temps.
Mais la Gestapo n’était pas restée inactive. Dans la nuit, des photos récentes des deux généraux avaient été transmises par bélino aux commandements des plus grandes villes, accompagnées de télégrammes donnant des indications sur les deux fugitifs. Si, pour Juin, les renseignements étaient assez laconiques (en dehors de son bras handicapé), il n’en était pas de même pour Mast. Ses origines alsaciennes, ses relations familiales dans le sud-ouest de l’Allemagne étaient clairement indiquées, et une vigilance toute particulière était demandée. En descendant à Karlsruhe, les deux hommes se jetaient dans la gueule du loup !
………
Karlsruhe – Néanmoins, aux petites heures du matin, le dispositif était encore en train de se mettre en place, et les deux hommes sortirent tranquillement de la gare de Karlsruhe pour se diriger vers l’échoppe d’un barbier. Juin retint Mast juste à temps : le barbier était Italien, et s’ils parlaient à eux deux suffisamment la langue de Dante pour donner le change à un Saxon ou à un Bavarois, il n’en aurait pas été de même avec un autochtone. Ils se firent donc raser par un Allemand un peu plus loin, avant de revenir à la gare, où la surveillance était désormais en place, avec l’arrivée des équipes de jour.
Ils n’attirèrent pas l’attention à l’entrée de la gare, où les contrôles ne semblaient s’intéresser qu’à des hommes seuls . Mast se dirigea vers les guichets et prit place dans la file d’attente, où il remarqua que les hommes prenant des billets pour Strasbourg ou plus généralement la direction du sud étaient ensuite systématiquement contrôlés par un policier. Il demanda donc deux places pour Sarrebruck, et échappa à la vérification.
Le train ne partant que deux heures plus tard, ils n’eurent d’autre solution que d’attendre, d’abord au buffet où ils déjeunèrent à peine mieux qu’à Königstein – « Le pain était plus noir que le café, qui sentait l’orge à cinq pas ! Seule amélioration par rapport à l’ordinaire de la prison : la couche de margarine dépassait l’épaisseur d’une feuille de journal. » (Mast) – puis dans la salle d’attente, où ils durent prendre leur mal en patience, car leur omnibus était retardé. Il fut enfin annoncé vers 14 heures. Mast demanda la raison du retard. On lui répondit que la police passait tous les wagons au peigne fin et que cela prenait du temps… Déjà ! A moins que ce ne soit pas pour eux. Et impossible de discuter avec Juin. Parler français aurait immédiatement attiré l’attention, et leur italien était bien trop limité.
………
Karlsruhe-Landau – En montant dans le train, autre déconvenue : il n’y avait pas de wagon de seconde et ils durent monter en troisième, au milieu d’une foule uniformément vêtue de gris ou de marron. Le train à peine parti, les billets furent contrôlés, un policier accompagnant l’employé des chemins de fer. Pendant que le contrôleur leur établissait une feuille de remboursement pour le trop perçu, le policier examinait leurs papiers et leur demanda ce que deux Italiens pouvaient bien aller faire à Sarrebruck ! Mast, jamais à court d’idées, raconta que son entreprise, désignée pour effectuer des travaux de fortifications sur les côtes italiennes, espérait pouvoir récupérer des matériaux dans les différents forts de la ligne Maginot, « de l’autre côté de l’ancienne frontière », ce que l’autre goba sans difficulté.
Mais arrivé à Landau, à une trentaine de kilomètres à peine de leur point de départ, le train s’immobilisa, pendant que les haut-parleurs de la gare hurlaient « Austeigen ! » Leur train n’irait pas plus loin. Que se passait-il encore ?
Les deux généraux descendirent, le ventre serré, cette évacuation n’annonçait rien de bon. Mais ils furent rassurés au bout de quelques instants : il y avait un problème avec les freins du convoi, et il faudrait du temps pour réparer. « Bien fait pour eux, ça leur apprendra à confier l’entretien à des prisonniers français ! » songea Juin, avant de prendre Mast à part pour lui souffler à l’oreille : « On va finir par se faire prendre ! Il faut foncer au plus vite, droit sur la Suisse, et arrêter de ruser. » Mast, lui, balançait encore : filer directement allait les faire passer par le nord de l’Alsace, d’où venait sa famille et où il courrait le plus de risques d’être recherché et reconnu, mais continuer à avancer par des voies détournées devenait aussi de plus en plus risqué. Pendant qu’une machine de manœuvre emmenait lentement leur train vers le dépôt, ils jetèrent un coup d’œil au tableau des départs : un omnibus pour Wissembourg partait dans l’heure qui suivait, et Mast alla acheter deux billets. Cap sur l’Alsace !
………
Landau-Wissembourg – Du côté de la Gestapo, le dispositif de recherche s’était effectivement renforcé. Toutes les forces policières du sud de l’Allemagne étaient désormais sur les dents, mais, heureusement pour les deux fugitifs, uniquement dans la mesure où cela ne contrecarrait pas leur mission essentielle : préparer la célébration de l’anniversaire d’Hitler ! Des affiches illustrées de leurs portraits et promettant une récompense de plusieurs milliers de marks furent tirées et affichées dans les plus grandes gares. Dans l’après-midi du 18, pendant que les deux fugitifs attendaient à Landau, une première information d’importance remonta : les deux fuyards avaient été aperçus à Munich dans la nuit précédente. La Gestapo lança immédiatement des interrogatoires de tous les employés de la gare de service à ce moment-là, et la guichetière qui avait vendu ses billets à Mast leur raconta l’histoire de ce client pressé au point de prendre un train de la Wehrmacht, et, pensez-donc, deux billets pour Karlsruhe, Herr Polizist ! La police allemande renforça immédiatement ses contrôles dans ce secteur, en s’intéressant tout particulièrement à la ligne menant de Karlsruhe à Strasbourg, ainsi qu’aux gares des villes et villages alsaciens où Mast avait ses racines.
Les deux fugitifs parvinrent à Wissembourg en fin d’après-midi, mais une nouvelle déconvenue les attendait : le train du soir pour Strasbourg était supprimé. Il fallait attendre le lendemain matin, et loger sur place. Ils prirent deux chambres à l’hôtel Zur Krone sous leurs fausses identités, et utilisèrent une bonne partie des tickets d’alimentation fournis par le général Mesny pour un dîner aussi médiocre que silencieux, dans une salle quasi-déserte. Au moins purent-ils passer une nuit dans des conditions bien plus confortables qu’à Königstein… Le sommeil de Mast fut cependant troublé, il se reprochait notamment de ne pas avoir pris à Munich un billet pour aller au-delà de Karlsruhe, car à partir de là, leur itinéraire lui semblait trop prévisible, même pour un flic allemand !


19 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Wissembourg-Strasbourg
– Pendant leur (très !) petit déjeuner, un policier municipal vint ramasser les fiches d’hôtel. L’aubergiste les désigna d’un signe de tête au schupo, qui les effleura du regard sans leur prêter attention. On n’était déjà plus tout à fait en Allemagne !
En ce dimanche, le train du matin pour Strasbourg était bien rempli, surtout par des Alsaciens et Alsaciennes qui conversaient bruyamment. En ce jour de commémoration de l’anniversaire du Führer (avec une journée d’avance sur le calendrier, mais un jour chômé supplémentaire était impensable sous le Troisième Reich !), plus d’un commentaire narquois, pour ne pas dire plus, était adressé à l’Occupant, bien que celui-ci refusât ce titre, puisque l’Alsace était allemande ! Mast commença à se sentir rassuré, jusqu’à Haguenau, où monta une dame déjà âgée qui prit place en face de lui et s’épanouit en le saluant d’un sonore « Salut, Chari ! » Il la reconnut immédiatement et dut trancher un dilemme dans l’instant : soit il l’ignorait, et dans ce cas la commère risquait de raconter dès sa descente du train qu’elle avait rencontré « un garçon qui ressemblait comme un frère à Chari », soit il lui répondait, en espérant qu’il arriverait à la convaincre de se taire quelque temps ! Il choisit de lui répondre…
– Alors, tu n’es plus prisonnier ?
– Oui, ils m’ont relâché.
– Tu rentres à Brumath ?
– Pas tout de suite, il faut que je m’arrête à Strasbourg.
– Et lui, c’est qui ?
– Un… collègue, Alphonse
– Salut, Foussi !
(“Foussi”, s’étranglant à moitié, ne dit rien… Il est vrai que le dialogue avait lieu en alsacien et qu’il n’y comprenait goutte.)
– Tu viendras me voir, c’est promis !
– Oui, mais ne le dis à personne avant que je sois passé, je veux leur faire la surprise !
– Promis !… Tu sais, il y avait plein de flics à la gare, à Haguenau, je crois qu’ils cherchent quelqu’un !
– Ah bon. Ils en ont perdu un qui est parti de Berlin en avion dans la mauvaise direction après avoir trop bu ?
– Ne rigole pas. Tu aurais du voir leur tête. Pire que s’ils étaient constipés ! Mais à Strasbourg, tu en verras sûrement d’autres, tu n’auras qu’à leur demander ! Allez, je t’attends pour bientôt, le train arrive à Brumath, je descends.
Rendus plus prudents encore par cette rencontre, les deux hommes descendirent du train à une petite gare de banlieue au nord de Strasbourg, et sans doute bien leur en prit. Ils s’assirent sur un banc dans un parc public et purent enfin converser à voix basse :
– Qu’est-ce qu’on fait, maintenant, et qu’est-ce qu’elle voulait, cette bonne femme ?
– C’était la voisine d’un cousin, mais elle m’a promis de se taire.
– Et on peut lui faire confiance ?
– Un jour ou deux, pas plus !
– Il faut avancer rapidement, et passer par là où ne nous attend pas !
– Plus facile à dire qu’à faire ! La prochaine étape est Mulhouse, d’où on nous emmènera à la frontière suisse.
– Enfin une information ! Auriez-vous décidé de me faire confiance ?
– Allons, Alphonse, je ne vous vois pas dans le rôle du traître !
– Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Et on y va comment, à Mulhouse ?
– Par le train, encore et toujours. Mais on ne va pas le prendre à la gare centrale, que les Allemands doivent surveiller encore plus que le reste. On va traverser Strasbourg en tramway, et attraper un train qui part vers le sud dans un faubourg de l’autre côté de la ville. Et à Mulhouse, pareil, on descend avant le terminus.
………
Strasbourg-Mulhouse – Mais la Reichsbahn s’obstinait à mettre des bâtons dans les roues des deux généraux… Quand ils prirent leurs billets, l’employé leur expliqua qu’ils devraient changer de train à Sélestat, pour prendre le rapide de milieu de journée qui les emmènerait à Mulhouse. Et qui dit rapide, dit contrôles… A Sélestat, ils montèrent en queue, après que les policiers du chemin de fer soient eux-mêmes remontés dans le train. Mais comment sortir discrètement à Mulhouse ? Pas question de sauter en marche ! Tant pis, il faudrait affronter les contrôles. A moins que… Mast décida de prendre un risque calculé : « Alphonse, je vais aller trouver le contrôleur. Si c’est un Alsacien et qu’il ne me semble pas ami de ceux d’en face, je lui demanderai de nous aider. »
– Et moi, qu’est-ce que je fais si quelqu’un entre dans le compartiment ?
– Vous faites semblant de dormir. Il n’y a guère de risques. Personne n’est monté dans le wagon à Colmar, et il n’y a plus d’arrêt avant Mulhouse.
Mast trouva le contrôleur dans le couloir deux wagons plus loin, et il l’aborda aussi innocemment que possible, profitant d’un début de printemps riant : « Ah, que notre Alsace est belle, sous ce soleil ! Presque autant… qu’avant, n’est-ce pas… »
– Allons, les beaux jours reviendront, dit le contrôleur, encourageant.
– Oui, mais quand la guerre sera finie.
– Le plus tôt sera le mieux, mais ça n’en prend pas le chemin. Le Reich n’est pas encore assez gross à leur goût, on dirait !
Mast se lança : « C’est vrai, et à notre goût, ça fait bien trop d’uniformes verts dans les gares ! Mais les pires sont en civil, surtout à l’arrivée, à Mulhouse. »
La réponse fut étonnamment directe : « Bon, vous êtes des prisonniers évadés, c’est ça ? »
– C’est ça !
– Vous n’êtes pas les premiers ! Je vais vous faire sortir en passant par les emprises de la SNCF, oh, pardon, héhé, de la Reichsbahn. Débrouillez-vous pour vous retrouver dans la première voiture à l’arrivée. Dépêchez-vous, c’est dans dix minutes.
– Merci, du fond du cœur !
Mast se hâta d’aller chercher Juin et ils remontèrent tout le train. Le bras plâtré de Juin fit merveille, puisque, plus d’une fois, on leur tint les portes de communication ouvertes dans les soufflets pour leur faciliter le passage. Le train entra en gare de Mulhouse et s’immobilisa le long du quai.
………
Mulhouse – Le contrôleur tint sa promesse. Il les rejoignit dans le wagon de tête, les fit descendre à contre-voie, passer le long de la locomotive, puis traverser les voies et entrer dans un bâtiment de service. Là, il leur dit : « A droite, en sortant, il y a une grille fermée à clé, puis un escalier qui mène à la rue. S’il n’y a personne de l’autre côté, je vous ouvrirai avec mon carré, et après, bonne chance ! »
La voie était libre, et ils se retrouvèrent en ville.
Restait à se rendre rue du Réservoir, où était sise la maison amie où ils devaient être pris en charge. C’est une petite dame balançant un cabas bien léger qui la leur indiqua : « La rue du réservoir ? Oh, elle a été rebaptisée et maintenant c’est une Fritz Bosch Strasse de plus ! Traversez le pont, puis prenez à droite de l’autre côté des voies. Ensuite, ah ! je ne sais plus si c’est la troisième ou la quatrième à gauche. Ecoutez ! Vous ne trouverez jamais tout seuls. Vous allez me suivre ! »
C’est ainsi qu’ils arrivèrent rue du Réservoir, où ils sonnèrent à la grille d’une maison bourgeoise semblable à toutes celles du quartier. Une autre dame, aussi bourgeoise que sa demeure, vint leur ouvrir la porte et les fit rentrer comme si elle les attendait.
– Bonsoir Madame. Nous sommes…
– Inutile de vous présenter. Vous êtes évadés, je ne veux pas savoir d’où. Ici, vous êtes en sécurité et vous pouvez parler français sans crainte. Mon mari ne va pas tarder. Mais venez donc dans le salon, plutôt que de rester là près de la porte !
L’étape fut réconfortante ! Juin : « Nous finîmes par arriver à Mulhouse sans avoir été importunés. Mais l’inquiétude constante m’avait épuisé, et, quand notre hôtesse, après nous avoir servi une collation, me montra la chambre dans laquelle je passerai la nuit, j’avoue bien humblement que je m’allongeai sur le lit et m’endormis, bien qu’il ne fût que trois heures de l’après-midi ! Mast avait si bien réussi à éviter la plupart des contrôles que je me suis toujours demandé s’il n’avait pas exagéré l’acharnement de la chasse dont nous étions l’objet. Mais les jours suivants, je n’eus aucun mal à me convaincre que les Boches étaient bel et bien à nos trousses. »
Laissant Juin endormi, Mast discuta avec leur hôte de la suite du parcours. La frontière suisse n’était plus qu’à 35 kilomètres, et Mast pensait pouvoir y être le soir même ! Leur logeur n’était pas de cet avis : « Ho, ça ne va pas être si facile que ça. Il va d’abord falloir que je contacte quelqu’un pour vous emmener jusqu’à un village proche de la frontière. »
– On ne peut pas continuer en train ?
– Trop risqué. Tout le monde connaît tout le monde dans ces patelins ruraux, vous seriez tout de suite repérés. Et demain, les Allemands mettront les bouchées doubles, ils vont faire jouer tous leurs complices. Il paraît qu’ils cherchent deux hommes, deux généraux évadés de Königstein, rien de moins ! Je ne vous demanderai pas si c’est vous… mais c’est sûr que vous n’avez pas des têtes de sous-lieutenants. En tout cas, bravo pour les avoir déjoués jusque là.
– Et nous partirons quand ?
– Sans doute demain.
– Et sinon ?
– Il faudrait passer par la France, je veux dire par celle de Laval, mais on ne s’y résoudra qu’en dernier ressort. Excusez-moi, il faut maintenant que je me prépare. Je dois être à 7 heures et demie au théâtre. Concert pour l’anniversaire du Führer, et comme je fais partie des notables de la ville, présence obligatoire ! Nous allons vous laisser seuls ici… A moins que vous ne vouliez nous accompagner. Je pourrais vous faire passer pour un cousin de ma femme…
– Non, merci, sans façon !
– Dommage, il y a un beau programme : l’ouverture du Freischütz, Zarathoustra de Richard Strauss et, pour finir, des extraits orchestraux d’opéras de Wagner…
– Oui, je vois : ça commence par un pacte avec le diable, on se prend pour des surhommes, et tout finira en crépuscule des dieux ! Toute l’histoire nazie résumée en deux heures !
Le Mulhousien sourit : « Espérons-le, mon général, espérons-le ! »


20 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Mulhouse-Liebsdorf –
Enfin bien reposés, les deux généraux eurent droit grâce à leur hôte aux toutes dernières nouvelles : « Ils pensent que vous êtes cachés du côté de Strasbourg. En tout cas, plusieurs suspects y ont été appréhendés, puis relâchés. En plus des gares, ils surveillent maintenant les hôtels et les lieux publics. Il paraît que la Gestapo a prévu d’envoyer 5 000 hommes en Alsace ! »
Il était temps de prendre congé ! Dans la matinée, Mast et Juin furent emmenés séparément dans une maison située dans un faubourg de Mulhouse. Là, une voiture vint les prendre après déjeuner pour les emmener au petit village de Liebsdorf, à l’extrême sud de l’Alsace. Leur chauffeur était un autre notable. Mast s’étonna : « Comment faites-vous pour circuler librement et avoir de l’essence ? »
– Ce n’est pas compliqué, je suis hôtelier, et ma clientèle – bien obligé ! – se compose essentiellement de ces Messieurs Vert-de-gris. Il faut les nourrir, et bien de préférence… Donc, je dois faire le tour de mes fournisseurs, à la campagne. Tout ce que je leur achète échappe aux réquisitions et, naturellement, j’ai tous les Ausweis nécessaires. Pour l’essence, pas la peine de vous expliquer d’où elle vient.
La voiture franchit sans encombre un premier contrôle, puis un second. Chaque fois, le Feldgendarm de garde saluait cordialement le conducteur. Ils s’arrêtèrent finalement dans la cour d’une maison située à l’entrée de Liebsdorf, un peu à l’écart. C’est le presbytère, et son occupant, le curé Stamm, un religieux à barbe blanche, vint les accueillir. Leur chauffeur repartit rapidement et l’abbé partagea son repas avec les deux généraux. Dans la soirée, ils virent arriver un jeune garde forestier.
– Henri, dit le Père Stamm, je te présente deux amis, que j’ai connus quand j’étais aux colonies.
Le garde souleva sa casquette : « Bonsoir Messieurs. »
– Quoi de neuf dans la forêt ?
– Dans la forêt, pas grand-chose, mais les Allemands sont sur les dents. Deux généraux français se sont évadés de Saxe, et ils n’ont pas remis la main dessus. Depuis samedi soir, tous les Feldgendarmen sont sur le qui-vive, et ce matin, notre chef nous a demandé de participer aux recherches. Il nous a même montré leur photo !
– Ah bon, ici, je n’en avais pas entendu parler.
– Ça ne saurait tarder. Il y aurait même une grosse récompense pour qui aiderait à les retrouver, et le Struthof pour ceux qui leur prêteraient assistance !
Le curé sourit : « Tu sais, je me demande si gagner cette récompense ne serait pas un gros péché… »
– Oh, pour sûr, mais on ne vous l’avouerait pas au confessionnal, Monsieur l’abbé !
– Ces généraux, tu crois qu’ils peuvent passer par ici ?
– Qui sait ? Ils auraient été vus à Strasbourg. Enfin, s’ils passent par ici, ils ne devraient pas avoir trop de mal pour rejoindre la Suisse. On est plusieurs à espérer qu’ils réussissent, et même à les aider, Struthof ou pas.
– Et ils ressemblent à quoi, ces généraux, puisque tu as vu leur photo ?
– A deux hommes ordinaires, la cinquantaine. Ils se ressemblent un peu, on pourrait les prendre pour des cousins. Tiens, comme vos deux amis… Nom de Dieu ! Mais ce sont eux !
Le garde se mit au… garde-à-vous : « Sergent Kupfer, 4e bataillon de chasseurs portés. A vos ordres, mon… mes généraux ! »
– Henri, tout d’abord, tu diras trois paters pour avoir juré en ma présence. Mais tu es pardonné, ajouta le religieux avec un geste de bénédiction. Pourras-tu les faire passer en Suisse ?
– Sans problème. Le temps de tout arranger avec mes collègues. Vous comprenez, avec les Boches en alerte, il faudra prendre plus de précautions que d’habitude.
– On ne pourra donc pas passer cette nuit ? demanda Juin.
– C’est que mon absence toute la nuit serait suspecte, mon général. Mais ici, vous ne craignez rien. Vous pouvez en être sûr ! Demain, j’arrange le coup, mercredi matin, on s’en va aux aurores et vous êtes en Suisse à midi. Bon, faut que je m’en aille. Personne ne m’a vu passer, mais je préfère être prudent, même si personne ne dirait un mot dans le village.
Le visiteur reparti, non sans avoir bu une petite prune d’avant-guerre offerte par l’abbé, les deux généraux purent dormir (relativement) tranquilles dans la chambre destinée aux visiteurs de passage.


21 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Liebsdorf
– Les deux évadés s’occupèrent en piochant dans la bibliothèque du curé, et surtout en faisant honneur à sa table, fort bien garnie malgré les réquisitions. Visiblement, le curé était apprécié de ses ouailles…
L’abbé s’était longuement promené dans le village, et leur fit part de ce qu’il avait appris : « La Gestapo est passée, plusieurs fois, et s’est arrêtée à la mairie. Mais ici, à la campagne, ce n’est pas leur territoire. Trop éloigné des bas-fonds où ils ont grandi ! Une affiche a été collée à la mairie, et elle reprend ce que nous a raconté Henri : récompense ou camp de concentration ! Sinon, rien de particulier. »


22 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Frontière franco-suisse
– Le mercredi, comme convenu, le forestier vint chercher les généraux dès 8 heures du matin (heure allemande). Juin avait enfin été débarrassé définitivement de son plâtre et les bagages des deux hommes avaient été réduits au minimum : un petit sac à dos qu’ils porteraient à tour de rôle. Tous trois partirent, d’abord par un bon chemin de campagne, avant de se mettre à grimper à travers bois. Arrivés à une première crête, ils redescendirent de l’autre côté, à travers champs et prés, où vaquaient quelques paysans du village. Soudain, un des paysans leva le bras, et leur guide leur enjoignit de se mettre à plat ventre et de l’attendre. Cinq minutes plus tard, il revint, porteur d’une mauvaise nouvelle : « Les Allemands ont envoyé une compagnie de gardes-frontière. Ils sont sur la crête suivante, là où la Suisse est de l’autre côté, en haut du bois que vous voyez en face. Mais on va les déjouer ! »
Visiblement, leur guide était sur son terrain ! Il les fit entrer dans la forêt, qu’ils traversèrent en diagonale avant de déboucher à proximité d’une nouvelle crête, près d’une grange et d’une ferme. Un Allemand allait et venait sur la crête, mais finit par se lasser. Quand il s’éloigna, Mast et Juin se cachèrent dans la grange pendant qu’Henri Kupfer allait aux nouvelles. Il ne tarda pas à revenir : « J’ai vu la fermière. Ils sont arrivés ce matin au village que vous voyez en dessous. Pas d’équipement particulier, pas de chiens. Un homme tous les cent mètres. Elle va tirer les vers du nez au sergent quand le Monsieur va occuper sa cuisine pour son déjeuner, ce qui ne saurait tarder ! En attendant, on ne bouge pas. »
Vers 13 heures, la fermière entra dans la grange, y prit un outil et, sans même les regarder, lança : « Ce soir, après six heures, quand mes deux gosses vous feront signe » avant de retourner à la ferme. Ils passèrent leur après-midi à attendre. Vers 18 heures, comme promis, une partie de la troupe se retira pour aller dîner au village. C’était le moment ou jamais… Deux gamins sortirent de la ferme et allèrent se poster de part et d’autre, le long de la frontière. L’un après l’autre, ils levèrent le bras : la voie était libre. Cinq minutes plus tard, Kupfer pouvait retourner à sa forêt : les deux généraux étaient en Suisse.
………
Ils marchèrent une demi-heure, d’abord en descendant une pente raide, puis en suivant plus ou moins le lit d’un ruisseau, avant d’arriver à un poste de douane, parfaitement inutile en ces temps troublés, mais toujours occupé. Ils se présentèrent comme militaires français évadés. Le douanier, placide, empoigna son téléphone et informa ses supérieurs.
« Une voiture va venir vous chercher, pour vous emmener à Porrentruy. Vous coucherez à la prison, le temps de vérifier votre histoire. Si vous êtes des imposteurs, on vous ramène et on vous dépose devant le poste allemand de P… C’est le règlement ! En attendant, si vous avez faim, ma femme va vous donner de la soupe. » Et nos deux généraux passèrent leur première nuit de liberté en prison !


23 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Porrentruy
– Mast et Juin furent présentés à un policier, qui les interrogea longuement. A la requête de Juin de contacter l’ambassade, il fut répondu qu’ils n’avaient pas d’ordres à donner ! Toutefois, dans l’après-midi, un gardien vint ouvrir la porte de leur cellule pour les ramener au policier qui les avait vus le matin : « Bien, votre histoire semble coller. Les Allemands sont toujours aussi nombreux sur la frontière, et cherchent même à savoir si nous sommes au courant de quelque chose. On vous emmènera à Berne demain matin. En attendant, vous passerez une deuxième nuit ici. Si vous avez de quoi, on peut vous fournir un meilleur repas ! »
Délicate attention, cette deuxième nuit, la porte de leur cellule ne fut pas verrouillée…


24 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Berne
– « Grâce aux patriotes alsaciens, nous étions arrivés en Suisse, mais la Suisse ne pouvait être qu’une étape. Il fallait parvenir à Alger, et j’espérais que nos services de Berne s’en chargeraient. Après nos deux nuits en prison à Porrentruy, un lieutenant, qui s’avéra appartenir au service de renseignements helvétique, nous accompagna à Berne, où nous fûmes, après un copieux déjeuner, reçus par un lieutenant-colonel suisse . Il nous questionna longuement, et je lui répondis avec franchise.
Nous fûmes ensuite conduits dans un bâtiment situé non loin de là, et qui arborait un discret pavillon tricolore : enfin ! Un officier de marine, le commandant Ferran, attaché à notre ambassade à Berne, vint à notre rencontre et nous félicita chaudement. Je lui répondis que sans son action, sans celle des hommes et femmes qui travaillaient pour lui en Alsace, nous serions au mieux en train d’errer sans fin dans les forêts, cherchant en vain le chemin de la liberté, et au pire menottés, subissant l’ire germanique. Il nous expliqua comment nous rejoindrions l’Algérie, puis demanda à un de ses hommes de nous mener à nos quartiers. Le soir même, je commençai la rédaction de mon rapport, qui parvint à Alger largement avant moi. » (Charles Mast, op. cit.)


26 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Aux alentours de Saignelégier (Jura suisse), 10h00 –
« Major, l’état-major vous demande au téléphone ! »
– Félicitations, tu ne bégayes plus !
– Mais je n’ai jamais bégayé, Monsieur le Major !
Pierre Rosselet se dirigea vers le téléphone et reconnut immédiatement la voix de Bernard Barbey, récemment promu lieutenant-colonel : « Bonjour. La ligne est-elle sûre ? »
– Les seules taupes qui peuvent écouter sont celles qui abîment le champ en contrebas, mon colonel !
– Laissez tomber le grade… Pouvons-nous faire appel à vous pour une mission urgente ?
– Bien sûr. En rapport avec la France ?
– Pour ne rien vous cacher, oui, en rapport avec la France.
– Je commence à avoir l’habitude… A Berne demain matin, avec l’adjudant Mesnier ?
– Non, pas demain matin, cet après-midi !
– Oh ! Un dimanche ! C’est diablement urgent, alors ?
– Oui. Je vous attends tous les deux à l’ancien état-major.
Les deux hommes prirent la route immédiatement, se demandant ce qui pouvait bien motiver une convocation aussi urgente. Rosselet en profita pour s’enquérir des dernières rumeurs de la frontière : « Comment vont nos amis allemands, Maurice ? »
– D’après le poste de Goumois, ils seraient nerveux ces jours-ci.
– Ah bon ? Ils n’échangent plus leurs cigarettes contre du chocolat, par-dessus la barrière ?
– Si, mais ils sont tous sur le pied de guerre
– Tu m’excuseras, Maurice, mais depuis trois ans, ils doivent en avoir l’habitude !
– Oh, en fait, deux généraux français se sont évadés, et ils les cherchent partout.
– Ah ! C’est peut-être pour ça que nous allons à Berne : pour les accueillir à leur arrivée !
………
Berne, 15h00 – Barbey ne perdit pas de temps en préambules : « Je dois faire appel à vous pour l’affaire des deux généraux français évadés. »
– Nous nous en doutions un peu ! Où faut-il aller les chercher ?
– Il ne s’agit pas de les chercher, mais de les raccompagner !
– Quoi ? Ils sont en Suisse ? Et vous nous demandez de les ramener en Allemagne ?
– Mais non, pas en Allemagne, en France !
Mesnier s’esclaffa, mi-naïf, mi-ironique : « Alors on va en Algérie ! »
Barbey soupira : « On ne vous en demande pas tant. Arrêtez de me couper la parole, je vais vous expliquer : ces deux généraux, Charles Mast et Alphonse Juin, se sont évadés de Saxe le 17 avril. Ils sont arrivés chez nous le 22 et sont à Berne depuis avant-hier 24. En accord avec les Français, ils sont maintenus au secret, même s’ils sont sortis discrètement et séparément en ville plusieurs fois. Leur présence n’échappera pas longtemps à nos amis de l’Abwehr, c’est pourquoi il faut les emmener au plus vite du côté de Lons-le-Saunier, d’où ils partiront pour Londres en avion, très discrètement. »
– Et c’est seulement à ce moment que les Français annonceront la réussite de leur évasion ?
– Voilà. Les généraux n’auront fait qu’un petit détour par chez nous, facile à oublier, et tout le monde pourra jurer que nous n’avons été pour rien dans leur évasion ! Le doute sur leur itinéraire subsistera longtemps, du moins nous l’espérons, les Français comme nous.
– Et nous, là-dedans ?
– Vous connaissez bien votre secteur et vous savez parfaitement où passer de l’autre côté, n’est-ce pas ? Alors, vous les accompagnez et vous ne revenez que quand vous les avez vus embarquer dans l’avion.
Rosselet et Mesnier en restèrent sans voix. « Tout seuls ? » finit par questionner Rosselet.
– Non, bien sûr ! Un Français ira avec vous. Pour des évadés ordinaires, on ne se serait jamais donné toute cette peine, on les aurait internés ou, à la rigueur, repassés discrètement à la Résistance française, mais pour ces deux-là, toutes les précautions doivent être prises.
– Je comprends. Et en cas de mauvaises rencontres ?
Barbey fronça le sourcil : « Sitôt passée la frontière, commandant Rosselet, vous serez dans un pays en guerre. Mais je crois que vous en avez un peu l’expérience, non ? »
– Heu, oui. Et à la guerre comme à la guerre, c’est ça ?
– Tout juste ! Rien d’autre ?
– Si. Le Général est-il au courant ?
Barbey leva les yeux au ciel : « Quelle question ! Bien sûr ! »
Le lieutenant-colonel emmena alors ses deux envoyés spéciaux dans une autre pièce, où attendaient un officier de marine français et trois hommes en civil : « Messieurs, dit-il à ces derniers, voici Pierre et Maurice, qui vont vous accompagner. » Le plus jeune se leva le premier : « Enchanté ! Voici Alphonse et Charles, et je suis… hum, René. » Un quart d’heure après ces présentations succinctes, la voiture de Rosselet reprenait le chemin de la montagne jurassienne.
………
Frontière franco-suisse – La nuit était tombée depuis peu quand les cinq hommes, cette fois-ci tous en civil, descendirent d’un camion, peu avant un virage en épingle à cheveux de la route menant de Saignelégier à Goumois. Un sixième homme, choisi par Rosselet dans son détachement parmi les meilleurs connaisseurs du coin (et les plus discrets), les suivait, portant un lourd sac à dos. Tous descendirent un bon sentier qui menait vers le Doubs, fort large en cet endroit-là. Le sixième homme, après un bref conciliabule avec “René”, sortit du sac une paire de bottes en caoutchouc et traversa la rivière. Il revint rapidement : « C’est bon, ça passe facilement. Il n’y a pas plus d’un demi-mètre d’eau. Prenez une paire de bottes chacun, mettez vos chaussures dans le sac, et suivez-moi ! De l’autre côté, rien à craindre, personne ne patrouille dans ce coin désert. »
Facilement, facilement, c’était vite dit… Gênés dans leurs mouvements par des bottes pas vraiment à leur taille, les deux généraux français glissèrent plus d’une fois et n’échappèrent au bain dans l’eau encore froide du Doubs que de justesse. Mais tous arrivèrent à peu près secs sur l’autre rive, où ils se rechaussèrent normalement. Leur guide leur fit suivre une trace qui remontait le cours du Doubs côté français, avant de déboucher sur un bon chemin qui montait sur le plateau, à l’ouest. Il les quitta là, et repartit par où ils étaient venus.
Les cinq prirent alors la direction de Maîche. Quatre heures de marche, sur une route accidentée. Un premier village endormi fut traversé sans encombre, “René” les faisant passer entre les maisons. Un second village, plus important, fut contourné. “René” expliqua que les Allemands n’étaient pas à craindre, car leur présence se limitait aux villages-frontière et aux localités importantes. Par contre, les hommes des différentes polices ou milices plus ou moins officielles du gouvernement Laval étaient beaucoup plus dangereux, car imprévisibles.


27 avril
Echange humanitaire
Palma de Majorque
– La France, la Grande-Bretagne et l’Italie procèdent pour la première fois à un échange de prisonniers grands blessés et malades graves. En négociation depuis près d’une année, cette opération avait achoppé à deux reprises sur les prétentions du Duce qui, clamait-il, entendait choisir lui-même les prisonniers italiens à échanger.
Il semble, à en croire les sources que le BCRAM s’est ménagées au Vatican, toujours informées des plus récentes évolutions de la politique du Palazzo de Venezia et de la santé du maître de l’Italie, que cette exigence répondait à deux motifs :
– privilégier la libération de militants fidèles du fascisme, à un moment où le régime, Mussolini l’ignore moins que personne, est de plus en plus contesté, y compris au Quirinal , et voit ses soutiens populaires s’effriter de jour en jour, d’autant que l’Église a franchement pris ses distances ;
– éviter de ramener en Italie les acteurs ou témoins, forcément aigris et non moins forcément sympathiques à l’opinion, des défaites italiennes les plus graves.
L’affaire, finalement, a dû être reprise ab initio par une délégation ad hoc du CICR, qui a fait de nombreux allers-retours entre Alger et Rome via la France occupée et l’Espagne. La délégation était dirigée par un Neuchâtelois, Max Petitpierre, avocat, professeur de Droit et député au Conseil des États (la chambre haute helvétique). Aussi ferme sur les principes que flexible dans leur mise en œuvre, Petitpierre était, incontestablement, l’homme de la situation. Il a fini par faire accepter des trois parties en cause un accord prévoyant en principe l’échange de 600 prisonniers italiens, sélectionnés sur critères sanitaires exclusivement par des médecins du CICR, contre 90 Britanniques et 110 Français (dont les trois quarts ont été relevés sur les champs de bataille des Alpes en juin, juillet et août 1940) .
L’Espagne, comme d’habitude, a accepté de s’entremettre, politique d’équilibre – ou d’équilibrisme – du caudillo oblige. Les prisonniers italiens détenus par la France en AFN et ceux que la Grande-Bretagne retenait en Égypte ont commencé d’être rassemblés à Alger peu après Pâques. Ils ont été transportés à Palma à bord d’un paquebot mixte portugais, le Mouzinho (8 000 tonnes, Companhia Colonial de Navegação), qui a quitté Alger dans la soirée du 26. De leur côté, les prisonniers français et britanniques ont été conduits à Gênes en train et amenés à Palma par un cargo mixte, également portugais, le Lima (ex Westerwald, 5 825 tonnes, Empresa Insulana de Navegação), qui a appareillé le 26 à l’aube.
Durant la navigation, les soins sont apportés par des équipes mixtes des Croix Rouges espagnole et lusitanienne, dirigées en la circonstance par deux chirurgiens suisses mandatés par le CICR. Les prisonniers italiens, à la demande expresse de la Curie romaine, à laquelle la France et la Grande Bretagne ont cru devoir déférer, bénéficient en outre de la présence d’un aumônier .
L’entrée des deux navires portugais dans la rade de Palma, peu après 10h30, est saluée par deux des plus beaux bâtiments de la marine espagnole (qui peine pourtant à se remettre de la Guerre civile). Le croiseur Canarias et le destroyer Ciscar, sous grand pavois, tirent une salve de 19 coups de canon chacun. Sur le quai, une compagnie de la 5e Bandera de la Legión rend les honneurs.
L’escale, imposée par les Italiens, sera de courte durée. Une délégation de la Croix Rouge italienne s’assure que les 607 libérés du Mouzinho sont ceux dont les noms figuraient sur les listes remises par Alger et Londres au CICR, tandis que des représentants des Croix Rouges française et britannique viennent en faire autant pour les 184 passagers du Lima. On prend juste le temps de descendre du Mouzinho le colonello Luca De Cindareno, du 8e Bersaglieri, gravement atteint aux yeux. De Cindareno est aussitôt transporté à Barcelone par un Ju 52 de l’Ejercito del Aire et confié pour une opération de la dernière chance au Pr Ignacio Barraquer, chirurgien ophtalmologiste de réputation mondiale.
Le Mouzinho et le Lima lèvent l’ancre avant midi et mettent le cap, respectivement, sur Gênes et Alger. Au passage, le Canarias et le Ciscar les saluent au sifflet.

Le cas des généraux bridgeurs
Maîche, 03h00
– Les cinq hommes arrivèrent sans mal à Maîche, un seul véhicule circulant dans la nuit les ayant obligés de se mettre à couvert brièvement. Leur accompagnateur les mena à une grande scierie et les conduisit à un hangar en les faisant passer entre des empilements de planches. Parvenus à la lourde porte, “René” appuya, de toute évidence selon un code convenu, sur une sonnette électrique, et un jeune homme vint ouvrir la lourde porte. Le prétendu René échangea quelques mots avec lui et quitta les deux généraux et les deux Suisses, sans autre cérémonie qu’un « Bonne chance, Messieurs ! »
– Vous devez être fatigués, dit le jeune homme de la scierie, mais ne vous attendez pas à dormir longtemps ! Vous voyez ces deux camions chargés de bois ? A 6 heures du matin, ils partent pour la gare de Lons-le-Saunier, et vous serez dedans.
– Ils sont bizarres, vos camions, dit l’un des généraux, qu’est-ce que c’est que ce truc qui prend la moitié du plateau ?
L’autre général parut agacé : « Et à Lons-le-Saunier, qu’arrivera-t-il ? Je vous donne l’ordre de m’en dire plus ! »
Le jeune homme ne parut pas impressionné : « Désolé, mais ici, c’est moi qui donne les ordres. Les colis n’ont pas à savoir, règle élémentaire de sécurité ! »
Les quatre “colis” s’installèrent vaille que vaille dans le hangar, les poutres et planches faisant office de bancs improvisés. A 5 heures, le jeune homme revint, portant un bidon de lait encore tiède, des quarts, une miche de pain et du beurre : « Voilà pour le déjeuner. Ne vous attendez pas à retrouver du beurre plus loin ! A votre place, j’en profiterais largement ! Et si vous ne terminez pas le pain, emmenez les restes. »
Après ce repas simple mais copieux, le jeune homme revient, les bras chargés de bleus de travail graisseux : « Mettez ça ! Vous êtes les ouvriers qui déchargeront les camions. Pas de bagages en dehors de ces deux sacs ? Passez-les moi, je m’en charge. »
Un autre homme était arrivé entre temps, qui s’était occupé du « truc qui prenait la moitié du plateau » : le trop fameux gazogène…
………
Maîche-Lons – A six heures, les deux camions étaient prêts et prirent lentement la route, ne dépassant guère les 20 km/h, leur moteur mal alimenté ne pouvant guère faire mieux. Dans un village, le jeune homme, qui conduisait le premier véhicule, ralentit encore et fit un signe de la main, quatre doigts largement écartés, à une jeune fille qui balayait devant la porte de sa maison.
Vers neuf heures, les quatre passagers s’étaient tous plus ou moins assoupis quand les camions s’arrêtèrent en pleine forêt. Le jeune homme secoua son voisin, qui n’était autre que Juin : « Vous descendez là ! »
– Mais je croyais que vous nous emmeniez à Lons ?
– J’ai dit que les camions y allaient, pas vous !
Un autre homme, plus âgé, sortit alors du couvert : « Bonjour ! A partir d’ici, vous continuez à pied. Dédé, donne-moi leurs bagages. Vous pouvez enlever vos bleus de travail. Par ici, et pas de bruit ! »
Les camions repartirent, et, sous la conduite de leur nouveau guide, les deux évadés et leurs accompagnateurs helvétiques s’enfoncèrent dans la forêt. Leur guide, qui consultait souvent sa montre, leur accorda une pause de dix minutes à dix heures, puis une autre à onze heures. Avec un sourire, Juin chuchota à Mast : « Celui-là, c’est un sous-off’ d’infanterie ! A midi, on va avoir la grande pause avec le pinard ! » La prédiction se révéla exacte, même si la ration d’Arbois fut des plus réduites, leur guide n’en ayant qu’une bouteille…
Vers quatre heures, alors qu’ils progressaient toujours le long de chemins forestiers, ils obliquèrent à travers les sous-bois et arrivèrent peu après devant une voie de chemin de fer. Le guide consulta à nouveau sa Lip et annonça : « Dans un quart d’heure, un train de marchandises va passer. Il va à Lons. Ici, il est obligé de ralentir à cause d’une courbe et, de toute manière, il ne va pas vite. Un des wagons aura la porte ouverte. Vous sautez dedans et vous fermez la porte. Quand le train s’arrêtera avant de partir dans l’autre sens, n’ouvrez surtout pas ! Vous serez alors à Mouchard, et il y a toujours des Boches par là. Vous arriverez à Lons à la nuit, et on viendra s’occuper de vous. Moi, je m’arrête ici ! »
Tout se passa comme prévu. Une fois dans le wagon, un classique “Hommes 40 – Chevaux 8”, Juin, qui avait bondi fort élégamment dans le wagon malgré son bras, ne put s’empêcher de lancer à Mast : « Je vous l’avais bien dit, la gymnastique, indispensable pour une évasion ! » Mast, qui avait été dû être hissé par Mesnier et poussé par le guide, ne répondit que par un grognement vexé.
Pendant que le train manœuvrait à Mouchard, tous quatre cherchèrent à voir ce qui se passait dehors… Ils en furent pour leur peine : de la porte entrouverte du wagon, ils ne pouvaient voir que d’autres wagons semblables.
Enfin, le train s’immobilisa sur une voie de la gare de marchandises de Lons.
………
Lons-le-Saunier – La locomotive dételée, un cheminot les fit sortir et les mena à une maison où une femme les accueillit : « Oh, mais vous êtes quatre ! Ça va poser un problème ! »
– Ne vous inquiétez pas, seuls ces messieurs s’en vont, expliqua Rosselet, nous deux, nous restons.
– Ah. Vous ne repartez pas ?
– Si, mais pas dans la même direction.
– Bon. Vous en parlerez à Antoine. En attendant, reposez-vous, vous n’êtes encore pas rendus !
Le dénommé Antoine arriva vers 11 heures du soir et Rosselet lui expliqua la situation. L’homme hocha longuement la tête, puis : « Bon, on verra plus tard. Pour l’instant, c’est l’heure d’y aller. Suivez-moi. »
Ils descendirent au sous-sol, où étaient entreposées une demi-douzaine de bicyclettes. Ils en prirent chacun une, Mesnier se plaignant de n’avoir droit qu’à un « vélo de bonne femme », et ils partirent sous un magnifique clair de lune, empruntant dès la sortie de la ville une petite route de campagne. Au bout d’une dizaine de kilomètres, Antoine leur fit signe de s’arrêter. Les vélos furent abandonnés dans le fossé, et ils poursuivirent à pied. Au moment de franchir une haie bordant un grand pré, une voix les héla : « Patience et longueur de temps… »
– Vit aux dépens de celui qui l’écoute !
Mesnier ouvrit des yeux ronds, il ne retrouvait plus son La Fontaine. Rosselet sourit : « Hé ! Imagine que nous soyons des agents de Laval, c’était trop facile de répondre “Font plus que force ni que rage”, tu ne penses pas ? »
Le mot de passe était bon, mais une difficulté imprévue surgit :
– Il y a un problème, Antoine !
– Avec qui ? Les Boches ? Les gendarmes ?
– Non, avec Victor. Il a aussi amené deux clients !
– Merde. Ils ne tiendront jamais à quatre ! Trois, à la rigueur. Tu sais qui c’est, ses clients ?
– Oui. Il y a un ancien ministre et un Anglais spécialiste radio, malade.
– Bon, l’Anglais est prioritaire, et si le ministre ne part pas, on va l’avoir sur les bras et je n’aime pas ça ! On va demander au pilote, mais je crois que je vais repartir avec un des miens.
Vers une heure du matin, un bourdonnement se fit entendre, et les trois lampes balisant la piste d’atterrissage furent allumées. L’avion se posa sans problème et le comité d’accueil fit descendre rapidement l’unique passager, ainsi que plusieurs valises apparemment fort lourdes. L’homme qui avait discuté avec Antoine s’approcha du pilote, et lui expliqua la situation, pendant que le malade était hissé à bord, le moteur de l’avion tournant au ralenti.
– Well, vous n’avez qu’à tirer au sort ! proposa le flight lieutenant Lockhart, qui pilotait le Lysander. La solution aurait sans doute satisfait des sujets de Sa Majesté, mais ne pouvait évidemment pas s’appliquer à des descendants de Gaulois. Les militaires cédèrent la place au pouvoir civil – vive la République ! – et appliquèrent entre eux l’ancestrale règle de préséance du « plus ancien dans le grade le plus élevé ». Juin partit donc ce soir-là. Mais, monté le dernier, il fit le voyage assis fort inconfortablement par terre…
Le pilote fit faire demi-tour à sa machine, aidé par les Suisses et le comité d’accueil, puis décolla en direction de l’Angleterre. Il n’était pas resté au sol plus de cinq minutes.
Mast, Rosselet et Mesnier, maussades, reprirent leurs bicyclettes et retournèrent à Lons sous la conduite d’Antoine.


28 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Lons-le-Saunier
– Au matin, le moral de Charles Mast et des deux Suisses descendit de plusieurs crans. Comme ils le comprirent rapidement, les liaisons aériennes avec la Grande-Bretagne étaient très aléatoires et que l’avion de la nuit précédente était le seul prévu pour le moment. Bien sûr, Antoine avait préparé un message urgent pour expliquer la situation, mais il ne put même pas être transmis dans la matinée. Ils passèrent donc toute la journée à Lons.
………
Londres – Pendant que Mast et les Suisses se désolaient, Alphonse Juin était arrivé à bon port et avait été accueilli avec joie à la mission militaire française. Il avait fait, selon des témoins, une relation fort vivante et imagée de son aventure, minimisant peut-être un brin le rôle de son partenaire d’évasion. Ce n’est qu’en fin de journée qu’arriva le message d’Antoine, soulignant que Mast n’entendait pas attendre la Libération dans le Jura !


29 avril
Interprétation mussolinienne
Rome
– Benito Mussolini retrouve le ton triomphaliste des belles années du régime dans un éditorial du Popolo d’Italia où il présente comme une nouvelle victoire de l’Italie l’échange de 607 prisonniers italiens contre « à peine », prétend-il, 184 captifs français et britanniques. Avec davantage de lyrisme que de souci de la vérité, il écrit : « Voici la preuve administrée à tous que l’ennemi, sur les champs de bataille ou sur les tapis verts de la diplomatie, cède toujours, et s’inclinera toujours, devant notre volonté inébranlable. »
Conformément aux habitudes du fascisme, le texte du Duce est largement repris dans tous les journaux de la Péninsule, dans le service de l’agence Stefani et, à grands renforts de “Giovinezza”, dans les émissions de la radio.

Le cas des généraux bridgeurs
Londres
– Contrairement à ce que l’on a pu lire, ce n’est pas le chef de la mission militaire française qui réclama aux Anglais un vol supplémentaire, mais bel et bien le lieutenant-colonel Livry, de l’Armée de l’Air, qui se trouvait là par hasard. De sa propre initiative, il se rendit à l’aérodrome de Tempsford pour « arranger le coup sans paperasserie avec les collègues britanniques. »
Le Flight Lieutenant Lockhart repartit donc dans la nuit du 29 au 30, pour un « vol d’essai des instruments de navigation. »


30 avril
Le cas des généraux bridgeurs
Londres
– Charles Mast arriva à la mission militaire française à Londres le 30 avril, à l’heure du breakfast et à la surprise générale, et surtout à celle d’Alphonse Juin, qui pensait que son partenaire de bridge devrait faire le mort un bon moment !
Nul ne sut quelles amabilités ils échangèrent alors, mais ils ne rejouèrent plus jamais au bridge ensemble. Rien, dans le fond, qui dépassât les conséquences d’un contrat lourdement chuté… Mais celui des deux généraux avait été brillamment réussi.
Quant aux deux Suisses, ils furent de retour chez eux le dimanche 3 mai, ayant fait l’essentiel du trajet de retour à vélo, avant de franchir le Doubs au même endroit qu’à l’aller, et sans se mouiller davantage. Le Général (Guisan) fut fort satisfait, ainsi d’ailleurs que l’autre Général, à Alger.
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julien



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MessagePosté le: Sam Aoû 11, 2012 13:44    Sujet du message: Répondre en citant

Un thriller palpitant ! Very Happy
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loic
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MessagePosté le: Sam Aoû 11, 2012 13:47    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai aussi suggéré à Casus qu'on traite le sujet des prisonniers français de la guerre d'Espagne dont quelques dizaines (?) doivent encore se trouver dans les geôles espagnoles en 1940.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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ladc51



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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 13:27    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
J'ai aussi suggéré à Casus qu'on traite le sujet des prisonniers français de la guerre d'Espagne dont quelques dizaines (?) doivent encore se trouver dans les geôles espagnoles en 1940.


Bonjour,

je rebondis sur la demande ci-dessus de Loic pour suggérer qu'on décrive dans le détail les difficultés des évadés français pour gagner l'AFN via l'Espagne.

Je viens en effet de terminer le livre passionnant de Michel Catala Les relations franco-espagnoles pendant la Deuxième Guerre mondiale: Rapprochement nécessaire, réconciliation impossible, 1939-1944 . J'ai pu apprendre de nombreux points intéressants sur la question des évasions de français vers l'AFN via l'Espagne en OTL. D'abord, ces évasions concernent non seulement un nombre important d'hommes (plus de 20.000 h environ) mais aussi ces évasions commencent (en volume) après l'occupation de la zone libre (ce ne sont donc pas qques cas isolés par ci par là mais plus de 1.000 évadés par mois sur une période courte de 12 à 18 mois) et concernent dans plus de 80% des cas des militaires qui vont rejoindre l'armée d'Afrique (dont ils représentent in fine 20% des Français métropolitains dans les effectifs des armées qui libèrent la France en 44). Enfin, malgré un important travail des services de renseignements français (tant giraudistes que gaullistes) en Espagne, la grande majorité des évadés français furent arrêtés et internés par la police espagnole : très peu réussirent à traverser clandestinement l'Espagne...

Ensuite, j'ai appris que même après le débarquement des alliés anglo-saxons en Afrique du Nord, les Espagnols ont trainé les pieds pour libérer les internés français, arguant de leur devoir de neutralité (ou expliquant qu'il fallait rester discret et modeste pour ne pas provoquer de réactions allemandes) : leur statut de neutre leur interdisait de laisser partir des hommes en âge de porter les armes vers un pays ou territoire belligérant, pas de départs depuis un port espagnol vers l'AFN (il a fallu passer par le Portugal... et donc négocier aussi avec le gouvernement portugais !). Bref, un processus long et compliqué, qui a conduit les évadés français à passer parfois plus de 6 à 8 mois dans les prisons et centres d'internement espagnols, dans des conditions épouvantables.

Tous ces éléments de contexte restent largement valables en FTL dès l'été 40 et mériteraient sans doute d'être décrits dans la FTL. Menon-Marec a abordé ce sujet dans sa brillante saga sur les prisonniers et les évasions : il a parlé de l'Espagne dans les filières d'évasion et a présenté (26/9/41) le résultat de la négociation franco-espagnole avec l'annonce de la fermeture du camp de Miranda. Les problèmes rencontrés par les évadés en Espagne de l'été 40 à début 42 (fermeture effective de Miranda) et les efforts dipomatiques (sur cette même pérode) pour atteindre cette fermeture pourraient être détaillés...

Je n'ai malheureusement pas la disponibilité de traiter ce sujet (en plus des autres déjà dans ma besace) mais je peux aider à fournir des informations...

Amitiés,
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Laurent
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 16:00    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne doute pas que Menon-Marec sera heureux s'éclairer cet aspect quand les vicissitudes de la vie lui en laisseront la possibilité.
Néanmoins, si le sujet tente quelqu'un, il n'est pas "réservé".
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ladc51



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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 16:10    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Je ne doute pas que Menon-Marec sera heureux s'éclairer cet aspect quand les vicissitudes de la vie lui en laisseront la possibilité.
Néanmoins, si le sujet tente quelqu'un, il n'est pas "réservé".


J'ai (bien sur) commencé par alerter MM sur ces suggestions...
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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 20:39    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Ladc 51 a écrit :

Citation:
pas de départs depuis un port espagnol vers l'AFN (il a fallu passer par le Portugal... et donc négocier aussi avec le gouvernement portugais !).


Désolé de te contredire mais j'ai la liste des voyages effectués par la paquebot mixte de la SGTM Sidi Brahim qui avec ses "collèguse" du temps de paix des lignes d'Algérie Gouverneur Général Lépine et Djebel Aures était chargé des rapatriements des internés en Espagne.
Il y a eu un premier convois dit "convoi d'essai" sur Algésiras en février 1943 puis 7 convois sur Setubal (Portugal) entre fin avril et fin octobre 1943 et 7 convois sur Malaga de fin octobre à fin décembre 1943.

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Alain
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ladc51



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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 21:03    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Bonsoir,

Ladc 51 a écrit :

Citation:
pas de départs depuis un port espagnol vers l'AFN (il a fallu passer par le Portugal... et donc négocier aussi avec le gouvernement portugais !).


Désolé de te contredire mais j'ai la liste des voyages effectués par la paquebot mixte de la SGTM Sidi Brahim qui avec ses "collèguse" du temps de paix des lignes d'Algérie Gouverneur Général Lépine et Djebel Aures était chargé des rapatriements des internés en Espagne.
Il y a eu un premier convois dit "convoi d'essai" sur Algésiras en février 1943 puis 7 convois sur Setubal (Portugal) entre fin avril et fin octobre 1943 et 7 convois sur Malaga de fin octobre à fin décembre 1943.

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Alain


Merci pour cette contradiction qui m'oblige à préciser... Wink

Le gouvernement espagnol a longtemps cherché certes à ne pas mécontenter les alliés, mais sans donner aux Allemands des raisons de leur reprocher un manquement au devoir de neutralité.

Le gouvernement espagnol a donc longtemps refusé (jusqu'en octobre 43, comme tu le signales) les départs depuis l'Espagne des navires français transportant un nombre important d'évadés : je serais curieux de savoir combien d'évadés comptait le "convoi d'essai" (sans doute une poignée, qques dizaines) et quel pavillon batait alors le(s) navire(s) en question... Pour synthétiser, j'avais effectivement généralisé abusivement. Embarassed

Les évacuations suivantes, depuis le Portugal, étaient de vrais évacuations de masse (plusieurs centaines d'hommes - et parfois femmes, pour donner un caractère "humanitaire" à l'opération : toujours la volonté espagnole de pouvoir répondre à d'éventuelles pressions diplomatiques de l'Allemagne).

Plus la guerre a avancé (avec un résultat au profit des alliés : cf la fin de la campagne de Tunisie en mai 43 puis la conquete de la Sicile puis le renversement de Mussolini et le retournementde l'Italie etc), moins le gouvernement espagnol était réticent face aux demandes des alliés (ou, dit autrement : moins il cherchait à compliquer ses réponses afin de se chercher des excuses auprès des Allemands). In fine, à partir de l'automne 43, oui je suis d'accord avec toi, les convois massifs ont été directs entre l'Espagne et l'AfN : les centres d'internement ont alors pu être vidés et le temps moyen de transit en Espagne des évadés français abaissé à un mois.

Mais cela n'arrive qu'un an après les premières évasions massives ! Crying or Very sad De novembre 42 à octobre 43, le gouvernement espagnol traine les pieds, on a plus d'un millier d'évadés français qui entrent chaque mois en Espagne, et de 20 à 200 qui en partent (toujours par mois) pour l'AFN... après un séjour moyen qui dure in fine 7 à 8 mois... dans des conditions affreuses...

Si on extrapole à la situation FTL, on peut imaginer que les situations étant comparables, la première année (soit jusqu'à l'été 41) sera similaire à cette période OTL nov 42- oct 43. Et c'est cette période que je suggère de décrire...

J'espère avoir été plus précis et plus clair... et que c'est cohérent avec tes données ? Wink
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Laurent
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 21:34    Sujet du message: Répondre en citant

Re-bonsoir Ladc 51,

Je manque de chiffres précis pour chaque convoi mais j'ai un total de 18.000 évacués. Je pense que ce chiffre est assez près de la vérité.
Pour le convoi d'essai, le chiffre est de 150 personnes dont l'état-major du 2ème Hussards.

La question du pavillon relève du Grand Guignol :

En haute-mer, les navires arborent le pavillon français.
Au moment de rentrer dans les eaux territoriales portugaises ou espagnole, il remplace le pavillon français par la Red Ensign de la Merchant Navy. Au cas ou un fonctionnaire scrupuleux contrôle les papiers du bord, soit de sa propre initiatives soit à la demande du consulat français (au Portugal comme en Espagne la représentation diplomatique française est celle de Vichy), les commandant français pourront lui présenter un Act of Britanny attestant que le navire est un navire de Sa Gracieuse Majesté et une lettre de commandement britannique en règle. Ainsi si Vichy ou Berlin posaient des questions dérangeantes, Lisbonne et Madrid pouvaient affirmer de "bonne" foi que seul des navires anglais étaient venus dans leurs ports et non des navires français "renégats" et que les autorités locales n'avaient aucune raison de procéder à leur saisie.
Quand les navires étaient sortis des eaux territoriales, ils rentraient la Red Ensign et envoyaient le pavillon tricolore sous les acclamations des évadés.

L'attitude de Franco a évolué en fonction de la situation générale qui devient de plus en plus favorable aux Alliés et en compensation à une aide alimentaire des USA car en 1943 l'agriculture espagnole n'est pas encore parvenue à un niveau de production qui permette d'éviter la disette.

A noter que les Allemands ne sont pas dupes de ce revirement mais ils n'ont pas les moyens d'exercer de quelconques représailles militaires contre l'Espagne au risque de voir celle-ci et le Portugal basculer dans le camp allié. Inquiets de cette évolution et pour parer à un éventuel nouveau front à la frontière franco-espagnole, ils édifieront des fortifications sur la ligne des Pyrénées.

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Alain
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ladc51



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MessagePosté le: Ven Aoû 24, 2012 06:36    Sujet du message: Répondre en citant

Complètement en phase avec ton dernier message, je crois qu'on dit la même chose...

Amitiés,
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Laurent
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Ven Aoû 31, 2012 22:20    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir Franck

Citation:
hors de l’enceinte de la prison, je fus abordé par le général Mesny


Citation:
le tunnel fort raide qui était la seule voie d’accès à la forteresse, pour me dire


Citation:
via la Slovaquie, l’Ostmark, le Liechtenstein,


Citation:
mais il n’était pas sûr que cela suffise.


Citation:
où les contrôles ne semblaient s’intéresser qu’à des hommes seuls.


Citation:
reçus par un lieutenant-colonel suisse. Il


Citation:
bénéficient en outre de la présence d’un aumônier.


Citation:
Passez-les-moi, je m’en charge.


Bon, je ne sais pas si les fautes sont toujours ton problème d'insertion des appels de notes ou des intervalles intempestifs.

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Alain
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