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Texte intégral 1942 - Janvier-avril
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 11:13    Sujet du message: Texte intégral 1942 - Janvier-avril Répondre en citant

Je commence comme promis la publication du texte intégral de 1942 (pour 41, il ne manque que très peu de choses, les trois intéressés qui doivent compléter leurs textes sont au courant, Loïc pourra donc, au retour de ses vacances, envisager pour les archives 41 le travail déjà fait pour 40).

Pour 42, je vais commencer par Janvier - Avril de façon thématique. Puis, le mois charnière : Mai (le livre s'arrête au milieu). Puis la suite, avec pas mal de choses nouvelles mais aussi des appels au peuple pour boucher les trous.

Casus Frankie



Janvier 1942
1 – La guerre du Pacifique
Défendre Java ou Singapour ?

1er janvier
Campagne d’Indochine

Cambodge – Les troupes japonaises se regroupent, tandis que leurs bombardiers légers attaquent Phnom-Penh à plusieurs reprises.
………
Viet-Nam – Au Tonkin, l’attaque japonaise sur Thai-Nguyen est stoppée, mais les défenseurs sont pratiquement épuisés.
Tard dans l’après-midi, les troupes françaises qui se battent sur la côte du Viet-Nam observent de nombreux bombardiers bimoteurs japonais volant vers l’ouest. Ces avions appartiennent aux 61e et 63e Sentai, basés auparavant en Mandchourie et qui ont reçu l’ordre de se rendre en Thaïlande pour renforcer les forces aériennes japonaises déjà déployées sur ce théâtre. Ils sont escortés par un Sentai de Ki-43. En tout, 59 bombardiers et 29 chasseurs sont transférés dans la journée en Thaïlande via Tourane.

Campagne de Birmanie
L’air vice-marshal D. Stevenson arrive à Rangoon dans un DC-2 du Sqn 31. Il doit remplacer le Group Captain E. Manning comme commandant en chef-air en Birmanie (AOC Burma).
Le Sqn 2 BVAS déploie à Moulmein un flight de chasse (3 Hawker Fury) et un de bombardement léger (3 Hawker Audax). Le père d’un des pilotes, un riche marchand de teck, a fait préparer pour eux des alvéoles bien camouflées. A Moulmein se trouve déjà le 4e Coast Defence Flight, IAF, du F-Lt E. Sprawson (4 Wapiti et 2 Audax).
Côté japonais, la 55e Division, avec l’aide de l’armée thaïe, conclut des contrats de ravitaillement à Rahaeng et le gouverneur de la province de Pitsanuloke organise une cérémonie pour célébrer cet accord. Deux bataillons de troupes thaïlandaises se sont déployés sur la frontière. Ils ont rassemblé du bétail pour nourrir les soldats japonais, posé des poteaux indicateurs, nettoyé les pistes. Des animaux de bâts ont été achetés par les Japonais pour remplacer leurs camions. Des éléphants ont même été amenés pour tasser la terre des chemins afin d’éviter que les blindés ne s’embourbent !

Campagne de Malaisie
Comme presque tous les jours, des avions de la Marine japonaise basés à terre attaquent les installations ferroviaires à Ipoh et l’aérodrome de Medan, au nord de Sumatra. Toutefois, pour la première fois depuis deux semaines, il n’y a pas de raid majeur de l’aviation de l’Armée ce jour-là.
………
Singapour – Le superintendant du chantier naval rencontre le contre-amiral Palliser et l’amiral Decoux pour planifier la réparation des navires endommagés.
Après des travaux provisoires, le croiseur lourd français Duquesne quitte Singapour, escorté par les DD USS Balmer et Barker. Les trois navires se dirigent vers Sœrabaya, où les deux destroyers doivent se joindre aux navires américains déjà présents, tandis que le croiseur doit poursuivre vers Sydney pour des réparations plus complètes au chantier naval de Cockatoo.
Le contre-amiral Palliser ordonne aux trois croiseurs légers australiens Hobart, Perth et Sydney, qui ont escorté les survivants de la Force Z, de repartir pour Sœrabaya.
À 15h00, le croiseur mouilleur de mines français Emile-Bertin quitte Singapour sans escorte. Accélérant à 33 nœuds, il atteint avant minuit la baie de Tandjung Blifung (côte ouest de la partie hollandaise de Bornéo). Après avoir posé un champ de mines, il récupère quelques personnels néerlandais avant de retourner à Singapour.
………
Mer de Chine Méridionale – Sur ordre de Yamamoto, les avions de Nagumo bombardent Tarempah (îles Ananba). Dans l’après-midi, couverts par la force de Kondo, la 3e Force d’attaque surprise du contre-amiral S. Hirose (DD Yamagumo, torpilleurs Chidori, Hatsukari, Manazuru et Tomozuru, deux dragueurs de mines, neuf chasseurs de sous-marins) débarque deux groupes d’infanterie de marine sur les îles Natuna Selatan et Tambelan. Ces deux débarquements se déroulent pratiquement sans opposition.
À la tombée de la nuit, les forces de Kondo et Nagumo commencent à se retirer vers le nord pour ravitailler et réarmer dans les îles Paracel.

Campagne d’Indonésie
Sœrabaja (île de Java, Indes orientales néerlandaises) – Arrivée dans l’après-midi de l’amiral Thomas C. Hart, commandant en chef de l’Asiatic Fleet américaine, à bord du sous-marin Shark.

Alger – Le Président du Conseil, Paul Reynaud, et le ministre de la Guerre, le général Charles de Gaulle, conviennent d’une réunion du Comité de la Défense Nationale pour le samedi 3. Le chef d’état-major de la Marine Nationale, l’amiral Ollive, doit y faire le bilan de la situation navale en Extrême-Orient après les événements en Mer de Chine méridionale.

Londres – Le Premier ministre Winston Churchill rencontre le Premier Lord de la Mer, Sir Dudley Pound, pour étudier la situation stratégique après la bataille de Mer de Chine Méridionale. Ce dernier est furieux que l’amiral Phillips ait conduit sa flotte à l’élimination – car ce qui en reste ne peut plus jouer de rôle stratégique – pour tenter de détruire la flotte d’invasion de Bornéo. Non seulement la côte est de Malaisie est à présent exposée à un débarquement – ce qui signifie qu’à terme, Singapour même est perdu – mais encore les répercussions politiques sur l’Empire britannique s’annoncent catastrophiques. Dudley Pound confirmera par écrit ses propos dans un mémorandum secret quelques jours plus tard (Appendice 2).


2 janvier
La campagne d’Indochine

Cambodge – Près de Phnom-Penh, des attaques aériennes japonaises répétées neutralisent le train blindé français, dont les Français ne peuvent que récupérer les canons. Les forces françaises et locales ne tiennent plus maintenant sur la rive droite (ouest) du Mékong que deux grandes poches autour de Phnom-Penh et de Kompong Cham, ainsi que la route vers Kompot. Entre les deux villes, les canonnières Tourane et Vigilante patrouillent sur le fleuve.
………
Tonkin – Des bombardiers légers Ki-51, escortés par des Ki-27, attaquent Thai-Nguyen pendant que des Ki-48 et Ki-21, avec une escorte de Ki-43, attaquent les terrains d’aviation de Hanoi. Les deux squadrons de l’AVG présents au Tonkin sont constamment engagés. Au crépuscule, ils ont détruit 27 avions ennemis (5 Ki-21, 7 Ki-48, 4 Ki-51, 7 Ki-27 et 4 Ki-43), mais ils ont perdu 7 de leurs appareils et 4 avions endommagés sont irréparables. Adam & Eve et Panda Bear sont réduits à un total de 26 avions, dont seulement 16 en état de vol.
………
Annam – La situation est calme, mais de nombreux avions japonais continuent à utiliser Tourane comme point de ravitaillement pour voler vers la Thaïlande. Dans la journée, 22 Ki-51 et 17 Ki-48 vont ainsi renforcer le 3e Hikoshidan. Des avions de la Marine, 17 D3A1 et 9 A6M2, sont aussi transférés pour renforcer ce que les rapports de la Marine japonaise appellent maintenant le Singora Kokutai.

Saigon – Un nouveau régiment d’infanterie vietnamien est mis sur pied. Le 2e RIV est envoyé comme force de réserve sur la rive gauche du Mékong.

Campagne de Malaisie
La gare d’Ipoh est bombardée par 14 D3A1, escortés par 12 A6M2. Dans l’après-midi, 12 B5N2, escortés par 15 A6M2, bombardent Penang. Un B5N2 est abattu par la DCA, mais les bombes frappent durement la centrale électrique. Tard dans l’après-midi, 9 D3A1 sans escorte attaquent l’aérodrome de Medan. En revanche, à part des attaques sporadiques par des Ki-51 sur le front à Jitra et Kroh, l’aviation de l’Armée japonaise est toujours absente du ciel du Kedah.
Après le crépuscule, la RAF envoie neuf bombardiers moyens Manchester attaquer Kuching. L’attaque ne se heurte qu’au tir de la DCA, qui manque totalement de précision, mais il en est de même pour le bombardement. Cependant, tous les Manchester parviennent à rejoindre leur base.
………
Singapour – L’Emile-Bertin arrive à 09h00 de Bornéo.
Le croiseur français Lamotte-Picquet est inspecté par le superintendant du chantier naval, qui confirme la possibilité d’adapter rapidement le navire pour le mouillage de mines. La catapulte montée à l’arrière doit être débarquée ainsi que les deux tourelles arrière. De toute façon, la tourelle III est complètement hors service, et une inspection plus minutieuse montre que la tourelle IV a été elle aussi endommagée. Le débarquement des deux peut être très facilement effectué et les deux puits de tourelle peuvent être obturés et blindés. Deux canons de 40 mm (sur affûts simples, identiques à ceux de l’armée) et deux canons de DCA de 75 mm empruntés au Tourville seront montés à l’arrière et quatre Œrlikon de 20 mm boulonnés sur le pont. Puis, des rails pour 128 mines pourront être adaptés. Effectué en cadence trois-huit, ce travail pourra être accompli en trois jours.
………
Mako (îles Pescadores) – Les poseurs de mines Okinoshima et Tsugaru, rentrés de leur mission de soutien aux débarquements dans les îles Gilbert, partent à 04h00 pour la baie de Kuching, chargés de bombes et des torpilles pour les avions de la Marine japonaise qui doivent soutenir les troupes engagées en Malaisie, afin de compléter ce qui a été apporté par des cargos. Les deux bateaux sont escortés par les destroyers Amagiri et Sagiri.
………
Mer de Chine Méridionale – Un Maryland français de l’escadrille B du GB IV/62, opérant à partir de Sembawang (Singapour), prend des photos de la baie de Kuching et de Miri.

Tokyo – L’amiral Yamamoto reçoit le rapport de l’amiral Kondo sur la bataille de Mer de Chine Méridionale. Ce rapport insiste notamment sur le naufrage du Prince of Wales, car les eaux dans la zone où celui-ci s’est produit sont d’une profondeur assez faible, normalement pas plus de 45 à 60 mètres. Une exploration de l’épave par des scaphandriers peut donc permettre de récupérer des équipements et des documents très importants. Les actions nécessaires sont en cours.
………
Kure (Japon) – Le poseur de mines et filets Yaeyama, équipé en navire de soutien pour des plongeurs, part pour la baie de Kuching.

Londres – L’état-major britannique décide de préparer un nouveau convoi de renforts pour la Malaisie. Ce convoi doit également transporter des armes et du matériel pour la défense de l’Inde, de la Birmanie et des îles Andaman.
L’aéronavale britannique a commencé à rassembler tous les bombardiers Blackburn Skua encore disponibles, y compris ceux du squadron 767, jusque-là relégués au remorquage de cible. Il est prévu de former deux squadrons de Skua basés en Birmanie ou dans les Andaman, à Port-Blair (une fois achevée la piste d’atterrissage), pour la défense avancée de l’Océan Indien.
Winston Churchill demande au chef d’état-major de la RAF de préparer l’envoi en Extrême-Orient de l’unique squadron de chasseurs bimoteurs monoplaces Westland Whirlwind (Sqn 263) pour renforcer la chasse à long rayon d’action. Cette demande est plus que fraîchement reçue, car les moteurs Peregrine de l’appareil ne sont pas toujours fiables et que son rayon d’action, certes supérieur à celui des Spitfire et Hurricane, reste assez court. Dans une note au Premier ministre, le Fighter Command souligne que les Whirlwind auraient du mal à se rendre en vol de Grande-Bretagne à Singapour et ne pourraient pas atteindre Singapour en partant de Birmanie, si le terrain de Medan n’est pas rouvert. De plus, leurs radiateurs, assez peu efficaces, risqueraient de trouver le climat malais un peu trop chaud… Les Français, auxquels la RAF a généreusement fait don de la moitié environ de la centaine de Whirlwind disponibles, et qui les utilisent en Tunisie avec une certaine réussite au sein d’une unité ad hoc (GC « Tunisie ») ont d’ailleurs progressivement remplacé tous leurs moteurs par des HS-12Y45 de récupération.

La campagne du Pacifique Sud
Rabaul – La base australienne, où se trouvent douze Buffalo, six Wirraway, autant de Battle, cinq Catalina et trois Hudson, est attaquée par un gros hydravion H6K (Mavis) de la Marine japonaise. Mauvaise idée : ses bombes ne font guère de dégâts, mais quatre Buffalo décollent et réussissent à l’abattre.
………
Au sud des îles Cook et de la Société, 09h10 – L’hydravion E7K2 de l’AMC Aikoku Maru mitraille le cargo américain Malama, repéré l’avant-veille, et lui ordonne de stopper en code international.
14h15 – L’avion revient, armé de bombes bien visibles sous ses ailes.
14h30 – L’équipage du Malama saborde le cargo et s’échappe dans deux canots.
15h30 – Les AMC Aikoku Maru et Hokoku Maru arrivent sur les lieux et récupèrent les 40 naufragés.
Quelques semaines plus tard (le 4 février), les deux croiseurs auxiliaires regagneront Truk sans avoir fait d’autres victimes (ils n’ont coulé que deux cargos en deux mois !).

Berlin et Tokyo – L’ambassadeur japonais en Allemagne, le général Oshima, transmet à Ribbentrop une note japonaise demandant l’envoi d’équipements de détection radar et de défense contre avion, et la signature d’accords de licence pour ces équipements. Une note semblable est directement remise par le Premier ministre japonais, le général Tojo, à l’ambassadeur allemand à Tokyo, le général Ott.
Tard dans la soirée, Hitler autorise le service technique de la Luftwaffe à transmettre à l’ambassade allemande à Tokyo des informations détaillées sur les équipements radars allemands. Il autorise aussi Ribbentrop à demander à l’ambassadeur soviétique la possibilité d’envoyer un train d’Allemagne en Mandchourie par la ligne trans-sibérienne.


3 janvier
Campagne de Birmanie

Neuf Ki-27 du 77e Sentai décollent de Lampong, ravitaillent à Raheng et attaquent Moulmein. Ils détruisent au sol deux Wapiti et deux Audax du 4e CDF s’apprêtant à décoller. Deux Fury du BVAS rentrant de patrouille arrivent alors et les chassent.
Pendant ce temps, quatre Hurricane du Sqn 67 mitraillent Raheng, incendiant un Ki-27 au sol. Attaqués par deux Ki-27, ils en abattent un.

Campagne d’Indochine
Tonkin – Les troupes japonaises lancent avant l’aube une attaque générale contre Thai-Nguyen. Malgré un temps nuageux, les avions sont intensivement engagés des deux côtés. L’AVG perd 3 chasseurs et 4 bombardiers légers français sont détruits ou sévèrement endommagés dans divers combats où 7 Ki-27, 5 Ki-48 et 4 Ki-51 sont abattus. Deux Potez 25 TOE utilisés pour le réglage d’artillerie sont également détruits. Au crépuscule, la ville est en partie encerclée et les Japonais ont commencé à avancer vers le sud et Bac-Ninh, menaçant la route Hanoi-Haiphong.
Saigon – En fin de journée, le Haut-Commissaire en Indochine, Jean Sainteny, transmet à Alger : « La situation se détériore rapidement au Tonkin. Au Cambodge, nous attendons dans les heures qui viennent une importante attaque ennemie visant à traverser le Mékong. Dans l’ensemble de l’Indochine, nos forces aériennes sont maintenant à l’extrême limite de leurs possibilités ; elles ne comptent plus que quelques dizaines d’avions (voir pièce jointe). Nos troupes au sol sont débordées par le nombre à un point tel que, ne pouvant attendre de renforts nombreux et rapide, il est vain d’espérer retarder l’ennemi encore bien longtemps.
………
P.J. Situation des forces aériennes alliées en Indochine le 3 janvier 1942 à 19h00 locales.
– Au Tonkin : 21 avions, dont 13 en état de vol, pour les deux escadrons de l’AVG. Deux Martin 167 seulement pour le GB II/62, et 4 Potez 25 TOE pour l’aviation de coopération.
– Région de Saigon : un squadron de l’AVG réduit à 13 avions (dont 10 en état de vol).
– Rive gauche du Mékong : 7 Hawk 75A4 (GC II/40), 3 Hurricane (squadron 243 de la RAF), 7 Morane 410 (Escadrilles de Protection).
– Forces d’attaque et d’observation en Cochinchine, Cambodge et Sud-Laos : 8 Martin 167, 7 Potez 63/11, 4 Wirraway et 15 Potez 25 TOE. »

Au même moment, Sainteny demande au commandant de la Division du Tonkin d’activer le plan d’urgence “Epervier” et d’accélérer la prise d’armes du 3e Régiment Vietnamien d’Infanterie. Ce plan prévoit la retraite des forces françaises et locales de la région d’Hanoi vers une base située dans les montagnes à la frontière entre Tonkin et Laos, non loin de la Chine.
Quelques jours plus tard, Klaus Müller, récemment promu adjudant, fait partie d’une des premières unités de la Légion Etrangère à se replier dans cette zone. « L’endroit est notoirement difficile d’accès. Notre parcours jusqu’ici n’a pas été commode, et il n’y avait personne pour nous faire des misères ! Mais c’est un secteur fertile, où nous n’aurons pas à craindre de mourir de faim : une force de guérilla nombreuse peut vivre sur le terrain. Il faut reconnaître que, stratégiquement, il est aussi bien choisi : les hauteurs commandent les liaisons entre le Tonkin, le Laos et la Chine. Vers l’ouest, la Piste Pavie (ainsi baptisée en l’honneur de l’homme qui, en 1887, a enlevé la région au général siamois Phya Surisak) mène vers Luang-Prabang (au Laos). Vers l’est, la Route Coloniale 41 et le Fleuve Noir conduisent vers Hanoi. Tout cela explique pourquoi la Force Epervier (c’est nous – rien de tel qu’un nom bien martial pour redonner du courage aux soldats, c’est connu) s’installe ici comme dans une citadelle naturelle, où elle pourra communiquer et même être ravitaillée par la Chine.
Tout est prévu : dans une vallée, au cœur du dispositif, les gars du Génie viennent d’achever, avec de la main d’œuvre locale, la construction d’un petit terrain d’aviation où le Train achemine vaille que vaille de l’essence et des munitions pour les avions américains de l’AVG (je me demande si on aura jamais vu une force militaire plus mélangée que la nôtre !). La base en question, située sur le fleuve Nam Youm, porte en langue thaïe le nom de Muong Theng, qui signifie simplement “Grand poste administratif sur la frontière” – puisque c’était naguère la fonction du lieu. Mais les Français préfèrent utiliser le nom vietnamien, qui est simplement la traduction du nom thaï : Dien-Bien-Phu. »
(A mon Frère Ennemi – Lettres d’un Légionnaire allemand, par Klaus Müller. Manuscrit rassemblé et présenté par Uwe Müller – Paris, 1959 ; Munich, 1968).

Campagne de Malaisie
Pour la première fois, des positions britanniques et du Commonwealth autour de Jitra et d’Alor Setar sont directement attaquées par des bombardiers en piqué de la Marine japonaise. Ces raids, conduits par deux formations de 15 et 9 avions, ont été précédés par quelques attaques de Ki-51. Les troupes alliées, habituées à la relative inefficacité des avions d’appui au sol de l’Armée japonaise, sont désagréablement surprises par le bombardement beaucoup plus précis des D3A1.
Dans l’après-midi, les avions de la Marine reviennent sur Penang et Georgetown. Le dragueur de mines Lismore et les dragueurs de mines auxiliaires Tongkol et Olive Cam sont coulés ou si gravement endommagés qu’ils doivent être échoués.
Au crépuscule, des bombardiers moyens Wellington et Manchester de la RAF décollent pour attaquer des concentrations de troupes japonaises et des terrains d’aviation dans la péninsule de Kra. Un Manchester doit renoncer après le décollage à cause de problèmes de moteur.
………
Mako (îles Pescadores) – Tard la nuit, la 2e Flotte de Kondo et la Flotte Combinée de Nagumo arrivent à Mako pour ravitailler et charger quelques avions et équipages pour compenser les pertes subies pendant la bataille de Mer de Chine Méridionale. Elles croisent l’escadre de croiseurs lourds du vice-amiral Dsijaburo Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya), chargée de la protection d’un convoi de 56 navires rentrant sur Haïnan, avec l’écran rapproché commandé par le contre-amiral Shintaro Hashimoto (CA Chokai, CL Sendai [amiral] et DD Fubuki, Hatsuyuki, Shirayuki, Murakumo, Shirakumo, Isonami, Uranami, Ajanami, Shikinami, Asagiri, Jugiri et Shinonome). Ces forces reviendront bientôt à Mako en escortant des cargos déjà arrivés du Japon à Haïnan avec des renforts de l’Armée.
………
Hiroshima – Les porte-avions Hiryu et Soryu quittent Hiroshima tôt le matin vers Mako, où ils doivent rejoindre la flotte de l’amiral Nagumo.

Campagne d’Indonésie
Java – Arrivée à Sœrabaya des trois croiseurs australiens envoyés renforcer la force de l’amiral Karel Doorman.
Réunion à Bandoeng entre le vice-amiral Helfrich, commandant la Marine Royale Néerlandaise, le Lt-général Hein ter Poorten, commandant l’Armée des Indes Orientales Néerlandaises, l’amiral Thomas C. Hart, commandant l’Asiatic Fleet américaine, le Lt-général G.H. Brett, commandant les forces de l’US Army en Australie, l’Air Marshal Sir Robert Brooke-Popham, commandant en chef britannique en Malaisie, le contre-amiral Palliser, chef d’état-major de l’Eastern Fleet britannique, et l’amiral Decoux, commandant les forces françaises combinées en Extrême-Orient. L’essentiel de la discussion porte sur la stratégie à adopter pour tenir la Barrière Malaise. Tous les participants conviennent que la barrière ne peut pas être entièrement tenue. Mais ensuite, les opinions divergent.
Les participants britanniques soulignent l’importance de l’aile occidentale de la Barrière : Malaisie, Singapour et Sumatra. Palliser explique qu’une petite escadre doit opérer de Singapour aussi longtemps que possible, avec le croiseur léger HMS Mauritius, les croiseurs mouilleurs de mines MN Emile-Bertin et Lamotte-Picquet, une flottille de destroyers de la Royal Navy (Ashanti, Eskimo, Encounter, Jervis) et une de la Marine Nationale (CT Lynx, DD Tempête, Tornade, Trombe). Singapour doit également servir de base de sous-marins aussi longtemps que possible pour contester les approches de la côte est de Malaisie. « La force rassemblée à Sœrabaya sous les ordres du contre-amiral Karel Doorman, explique Palliser, est principalement destinée à retarder l’avance japonaise par le détroit de Makassar, mais elle ne peut tenir Java. En revanche, elle peut et doit aider les forces basées à Singapour si nécessaire. »
Cette position est fortement contestée par les Hollandais et les Américains. « La défense de Java est de la plus haute importance politique pour le gouvernement de Sa Majesté la reine Wilhelmine » affirme le contre-amiral Helfrich. L’amiral Hart s’oppose également à une stratégie centrée sur Singapour : « La défense de Singapour et de la Malaisie est sans espoir depuis la destruction de la plus grande partie de la Force Z. Notre défense doit être centrée sur le port de Darwin. Pour que l’US Navy mette ses forces à la disposition de l’amiral Doorman, il faut donc que les principales missions dévolues à celui-ci soient la défense de Darwin et la protection des convois se rendant vers ce port. Je vous rappelle que les forces de surface de l’Asiatic Fleet à Sœrabaya comptent un croiseur lourd, un croiseur léger et 18 destroyers. »
L’amiral Decoux soutient la position d’Helfrich. « Il faut reconnaître, Messieurs, dit-il aux Britanniques, que l’importance politique de Java est beaucoup plus grande que celle de Singapour, surtout dans la situation actuelle. S’il fallait choisir, la France proposerait de résister à l’est sur une ligne de Java à Darwin et de mettre en place à l’ouest un “bouchon” solide à la sortie du détroit de Malacca, en renforçant les îles Andaman. Avant d’en arriver là, il est évidemment nécessaire de retarder l’invasion de la Malaisie par les Japonais, en utilisant au maximum le mouillage de mines et les attaques de sous-marins. La France participe d’ailleurs activement aux efforts de défense alliés dans tous ces secteurs. »
Après cinq heures de discussion, la réunion est suspendue sans qu’une décision soit prise, mise à part la confirmation du contre-amiral Doorman comme commandant de la force navale basée à Sœrabaya. Les événements mettront bientôt les Alliés d’accord, en faisant disparaître certaines options…

Ecole de chasse de la Marine Impériale, Akeno (Japon) – L’après-midi, une importante réunion rassemble des représentants du Koku Hombu (état-major des forces aériennes) et du Koku Sokambu (Inspection générale de l’aviation), le directeur de l’école d’Akeno et ses adjoints, ainsi que des représentants de Kawasaki, de Mitsubishi et de Nakajima et deux délégués du Comité de Mobilisation Industrielle. Il s’agit de tirer les premières leçons de la campagne qui se poursuit en Malaisie et en Indochine.

Alger – Réunion du Comité de Défense Nationale. L’amiral Ollive présente son rapport sur la situation de la Marine Nationale après les développements récents en Extrême-Orient (voir Annexe C A1). Le rapport Decoux (voir Appendice 1) est officiellement approuvé. Devant la dégradation de la situation en Indochine – qui ne lui est nullement imputable – le CDN décide de décharger l’amiral Decoux de ses responsabilités sur place. Sur le terrain, le commandement des forces françaises en Indochine sera assumé par le général Maurice Martin.
En revanche, informé des tractations qui se poursuivent pour créer un commandement interallié sur le théâtre Pacifique Ouest, le CDN nomme Decoux représentant officiel de la France dans tout commandement allié commun sur ce théâtre.


4 janvier
Campagne de Birmanie

Dans la journée, 32 Ki-27 du 77e Sentai effectuent une mission d’interdiction sur Rangoon. Ils tombent sur six P-40 chinois au-dessus de Mingaladon et en abattent deux, dont les pilotes peuvent sauter en parachute.

Campagne d’Indochine
Birmanie – Convoyés pour la plupart par des pilotes de transport, 37 Hawk-81 sont rassemblés sur le terrain de Myitkyina, où des pilotes français venant de Malaisie ou d’Indochine viennent les prendre en main. Avec de jeunes pilotes fraîchement sortis de l’école de chasse de Meknès, ils vont reformer les GC I, II et III/40. Le Lt-Col. Lionel de Marmier, en charge de l’opération, accueille le nouveau commandant de la 40e EC, le commandant Edmond Marin La Meslée : « J’espère que d’ici deux semaines, mes gars auront convoyé jusqu’ici 80 Hawk-81 en tout. Cependant, vous devrez les partager avec les Américains. L’AVG a déjà envoyé par Kunming 15 pilotes pour en récupérer. » Marin La Meslée espère que son escadre sera opérationnelle à la fin du mois.

Tonkin – Les forces françaises et locales évacuent Thai-Nguyen. Un bataillon de la Légion Etrangère tente de retarder l’avance des Japonais vers Bac-Ninh.
Cambodge – Phnom Penh et Kompong Cham sont brutalement attaquées par les aviations japonaise et thaïe. En fin de journée, les deux villes sont la proie des flammes.

Campagne de Malaisie
Les avions de la Marine japonaise poursuivent leurs attaques, avec un raid sur le terrain d’aviation de Medan et un à nouveau sur les positions du Commonwealth à Jitra. Un D3A1 et un A6M2 sont abattus par la DCA, mais les dommages causés aux lignes de défense sont substantiels.
L’aviation de l’Armée, renforcée, reprend ses attaques, avec un bombardement massif (deux vagues de 27 Ki-21, chacune escortée par 40 Ki-43) contre Kuala-Lumpur. Ces deux raids infligent des dommages considérables à la ville et, après une accalmie de 3 jours, créent un choc psychologique énorme dans la population. Les Hurricane de la RAF interceptent la première vague, abattant quatre Ki-21 et trois Ki-43, pour trois Hurricane. Mais les chasseurs alliés ne peuvent rien faire contre la seconde vague. Le nombre de Hurricane disponibles dans la région est maintenant tombé à 16, dont 10 seulement en état de vol.
Dans l’après-midi, alerté par l’intense trafic radio japonais à Kuching, l’état-major de la RAF envoie un Maryland de l’escadrille B du GB IV/62 se rendre compte de la situation locale. L’équipage français, certain de pouvoir échapper aux hydravions japonais ou même à d’éventuels A5M4 grâce à la vitesse de son avion, descend à 10 000 pieds pour prendre de bonnes photos et est surpris par trois A6M2. Le Maryland est abattu et seul un mitrailleur parvient à sauter en parachute.
………
Kuching (Sarawak) – Les mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru, envoyés des Paracel avec des munitions supplémentaires pour les avions de la Marine, arrivent vers 02h00. Les deux navires sont rapidement déchargés. Le redéploiement de ces avions vers le terrain de Kuching, préparé par les troupes au sol depuis le 30 décembre, commence dans la journée. Venant de Bin Dinh (Viet-Nam) ou de Mako (îles Pescadores), cinq unités du 22e Koku Sentai atterrissent à Kuching :
– Kanoya Kokutai : 36 bombardiers G4M1.
– Mihoro Kokutai : 27 bombardiers G3M2.
– Genzan Kokutai : 27 bombardiers G3M2 et 18 bombardiers G3M3 tout neufs.
– 3e Kokutai : 60 chasseurs A6M2, 15 chasseurs A5M4 (pour la défense locale) et 4 C5M2.
– 1ère unité spéciale de reconnaissance du commandement de la flotte : 2 J1N1 et 3 C5M2.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Cette fois, 22 G3M attaquent le terrain de Lakunai. Malheureusement pour eux, les coastwatchers de l’île d’Emirau les ont signalés et les douze Buffalo en état de vol du Sqn 30 les interceptent à 12 000 pieds. Les pilotes australiens sont novices, mais ils n’en abattent pas moins, sans perte de leur côté, trois des bimoteurs japonais. La formation des bombardiers est dispersée et leurs bombes vont pour la plupart se perdre.

Alger – Le Président du Conseil, Paul Reynaud, et le général de Gaulle quittent Alger pour Londres, afin de conférer avec le gouvernement britannique et celui des Pays-Bas.


5 janvier
Campagne de Birmanie

Les Ki-27 du 77e Sentai retournent sur Mingaladon à l’aube, escortant 8 Ki-30 du 31e. En l’absence d’opposition aérienne, ils détruisent le mess des officiers, endommagent les ateliers de réparations et démolissent un DC-2 du Sqn 31 sur la piste.
Cependant, des renforts de la RAF commencent à arriver. Venant d’Egypte, 16 Blenheim IV du Sqn 113 se sont déployés près de Rangoon, chaque avion amenant deux mécaniciens. Ces derniers se sont mis au travail avec leurs collègues du Sqn 60 pour entretenir les Blenheim des deux squadrons. De plus, le Sqn 28 est arrivé d’Inde avec 12 Lysander.
Dans la nuit du 5 au 6, onze Blenheim des Sqn 60 et 113 et trois Heyford du BVAS attaquent les quais de Bangkok. Malgré une DCA intense (un Heyford est endommagé), plusieurs grands entrepôts sont incendiés.

Campagne d’Indochine
Cambodge – L’artillerie japonaise commence dès l’aube à pilonner massivement Phnom Penh et Kompong Cham. Les soldats japonais avancent vers le Mékong et, vers midi, commencent à traverser le fleuve sur des embarcations légères. Les canonnières françaises Tourane et Vigilante essayent de les arrêter. Après un certain succès contre les bateaux de la première vague, le Tourane est frappé par trois obus de 100 mm et au moins un de 152 mm. Le bateau, incendié, coule au milieu du Mékong. La Vigilante, à force de zigzags, réussit à éviter les obus japonais, et bloque toutes les tentatives de traverser le fleuve, coulant plusieurs barges ennemies. Mais à 16h15, le bateau est attaqué par 14 Ki-48 escortés par 12 Ki-27. Touchée par au moins deux bombes et secouée par de nombreuses autres, la Vigilante doit être échouée. Vers 16h45, les troupes japonaises reprennent leur tentative de franchissement. Au crépuscule, elles ont réussi à prendre pied en trois endroits sur la rive gauche (est) du Mékong.
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Cochinchine – Le commandement français, après en avoir référé au Haut-Commissaire, ordonne vers midi aux éléments du GBMS engagés sur la côte d’Annam de commencer à se retirer vers Saigon.
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Tonkin – Les troupes japonaises avancent vers Bac-Ninh. Thai-Nguyen doit être évacuée, mais non sans que la Légion Etrangère ait une nouvelle fois rejeté l’infanterie japonaise après un farouche combat au corps à corps. À Hanoi, le 3e Régiment d’Infanterie Vietnamienne (3e RIV), mis sur pied à la hâte, est immédiatement envoyé à Bac-Ninh.

Campagne de Malaisie
Singapour – L’Air Vice-Marshall Pulford, chef d’état-major de la RAF en Malaisie, suspecte que si le Maryland français n’est pas rentré de Kuching, c’est parce que l’aviation de la Marine japonaise s’y est installée. De plus, le fort trafic radio japonais provenant de la région indique que de nombreux avions y sont déployés. Devant ces indices, Pulford décide de lancer une attaque à l’aube avec les 11 Manchester du Squadron 97 de la RAF.
Simultanément, espérant couper court au regain d’activité de l’aviation de l’Armée japonaise, Pulford ordonne de lancer un raid similaire contre les aérodromes de l’isthme de Kra, avec les 19 Wellington des Squadrons 14 et 154.
Les Wellington décollent vers 02h00. Ils arrivent à l’aube au-dessus de leurs objectifs, mais un vent du nord assez fort a recouvert de nuages l’isthme de Kra. La visibilité est très médiocre et les équipages des Wellington bombardent un peu au hasard, sauf les cinq derniers, qui réussissent à détruire 4 Ki-51, 2 Ki-21 et 1 Ki-43 sur un terrain près de Singora. En revanche, la couverture nuageuse permet à tous les Wellington d’échapper aux patrouilles permanentes de Ki-27. Si le résultat du raid est décevant, aucun avion n’est perdu.
Mais ce matin-là, tous les équipages de la RAF n’ont pas la même chance.
« En raison, notamment, du manque de fiabilité de ses moteurs Vulture, l’Avro Manchester avait été considéré très tôt comme le vilain petit canard du Bomber Command (et, tel le caneton du conte, il devait donner naissance au fameux Lancaster, mais ceci est une autre histoire). Il ne fut pas construit plus de 200 Manchester, et l’état-major fut ravi de se débarrasser du Sqn 97, équipé de 15 de ces machines, en l’expédiant en Malaisie, sous prétexte qu’il portait le nom de Straits Settlements Squadron !
Le 5 janvier, à 03h00, les 11 Manchester restant au Sqn 97 décollent vers Kuching. Ils volent plein est, ou croient voler plein est, mais le vent du nord les repousse au sud de la route prévue. Les avions survolent ainsi les îles Tambelan, dont la garnison japonaise peut avertir Kuching de l’arrivée du raid.
Quand l’aube se lève, les équipages des Manchester découvrent qu’ils ont dévié de leur route, et qu’ils sont encore à 80 kilomètres au sud-ouest de l’aérodrome de Kuching. Le squadron leader décide néanmoins de poursuivre, malgré le retard, espérant toujours surprendre un nombre important d’avions japonais au sol.
Mais à tout juste 50 kilomètres de leur cible, les 11 avions sont interceptés par 27 A6M2 et 12 A5M4 ! Les Manchester L-7432 et L-7456 sont rapidement abattus. Trois autres, les L-7389, L-7396 et L-7412, plus ou moins gravement endommagés, se déroutent pour bombarder la ville de Kuching, craignant de ne pouvoir atteindre l’aérodrome. Le L-7396 s’écrase d’ailleurs avant d’atteindre la ville. Les L-7389 et L-7412, qui volent tous les deux sur un moteur, bombardent la ville à moins de 3 000 pieds, mais doivent ensuite amerrir dans la baie (leurs membres d’équipage, dont plusieurs sont blessés, sont faits prisonniers par la Marine japonaise).
L’avion du chef de la formation, le L-7388, est aperçu pour la dernière fois tombant en vrille non loin de l’aérodrome.
Les cinq derniers avions poursuivent leur route avec entêtement et réussissent à bombarder le terrain, où ils détruisent tout de même cinq G4M1 Betty et sept G3M2 Nell.
Le L-7414 vire ensuite au nord, mais s’écrase peu après.
Les L-7418 et L-7421, ayant chacun perdu un moteur, virent au sud en espérant atteindre le terrain de la ML-KNIL, Singkawang-II. Le L-7421 décroche et s’écrase près de la frontière entre le Sarawak et la partie hollandaise de Bornéo, tandis que le L-7418 échappe à ses tortionnaires et atteint Singkawang. Gravement endommagé, incapable d’abaisser ses volets, l’avion “avale” une partie de la piste (de surcroît constellée de cratères) et son pilote finit par le poser sur le ventre.
Les L-7428 et L-7434, tous deux très endommagés, s’échappent vers l’ouest. Incapable de maintenir son altitude sur un seul moteur, le L-7428 amerrit dans les Ananba, où l’équipage est recueilli par des pêcheurs locaux. Tous ses membres, après une véritable odyssée sur une minuscule barque de pêche, réussiront à rallier la Malaisie. Enfin, grâce à un véritable exploit de son pilote, le L-7434, agonisant, rejoint Singapour, où il se pose dans un dernier soupir de l’unique moteur qui lui restait. Véritable épave volante, la malheureuse machine porte pas moins de onze impacts de 20 mm et plus de deux cents de 7,7 mm ! « Il fallait que je le ramène, dira son pilote. Je le devais aux gars de l’équipage, qui seraient restés tranquillement au sol si je n’avais pas demandé à voler. » Le major Richard Dawson était en effet quelques jours plus tôt officier à l’état-major. Ne supportant plus d’envoyer ses camarades se battre, il avait demandé à être renvoyé au combat et avait remplacé un pilote blessé. Rentré en Angleterre, il se fera affecter dans un squadron de Lancaster. En 1943, il ne reviendra pas d’une mission sur la Ruhr, après avoir tenu son avion en flammes en ligne de vol assez longtemps pour que tout l’équipage puisse sauter… »
(Pierre Clostermann, “Les Vilains Petits Canards de Singapour”, in Feux du Ciel, Paris, 1954).
Néanmoins, les Manchester n’ont pas succombé sans combattre. En 15 minutes d’affrontement – un temps exceptionnellement long pour un combat aérien – les chasseurs japonais, qui n’ont pas encore tous compris que se placer exactement dans la queue d’un bombardier doté à cet endroit d’une tourelle quadruple de 0.303 n’est pas bon pour la santé de leurs maniables mais fragiles machines, ont perdu 6 A6M2 et 5 A5M4.
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Vers 08h00, des avions de l’Armée japonaise attaquent de nouveau les positions alliées près de Jitra et la gare d’Ipoh. Vers midi, un raid de 36 Ki-21 frappe durement Kluang, détruisant 9 bombardiers Blenheim et endommageant sérieusement la piste.
À 14h00, l’île de Singapour est pour la première fois attaquée en plein jour. Venant de Kuching, une première vague de 27 G4M1 escortés par 27 A6M2 attaque la base navale. Le bombardement est relativement précis, malgré une interception par 12 Spitfire du Squadron 132 et 4 Martlet de la réserve de la FAA. Cinq G4M1 et quatre A6M2 sont abattus, au prix de quatre Spitfire et un Martlet. Cependant, à 14h45, une seconde vague arrive, en deux formations de 27 G3M2/3, escortées chacune par 12 A6M2. Cette fois, les aérodromes de Seletar et Sembawang sont visés et 5 Spitfire et 2 Martlet sont détruits au sol, ainsi que 3 Beaufort et 1 Beaufighter. Seuls 2 G3M2/3 sont abattus par le tir nourri de la DCA.
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Au vu de la situation, l’Air Vice-Marshal Pullford ordonne que douze pilotes de Defiant NF II soient envoyés de nuit par DC3 à Rangoon. Pullford estime que les pilotes de Defiant ne seront pas déroutés par un avion comme le Hurricane et pourront le convoyer et le poser de nuit bien mieux que les pilotes de Hurricane, qui n’ont pas l’habitude de voler dans le noir. En décollant tard dans l’après-midi de Rangoon, ils pourront atterrir dans la nuit sur le terrain de la ML-KNIL à Sabang, à l’extrême nord de Sumatra, puis redécoller avant la fin de la nuit pour rejoindre Subang (Kuala-Lumpur) à l’aube. Le DC-3 chargé d’emmener les pilotes de Singapour à Rangoon reviendra avec eux pour assurer la navigation. En procédant ainsi, le risque d’une attaque japonaise contre Sabang sera réduit au minimum et des chasseurs monoplaces pourront être récupérés.
Cependant, juste après que le DC-3 ait quitté Singapour (Tengah), un nouveau raid est détecté. Vers 23h00, 21 Ki-21 bombardent la ville de Singapour. Les quatre Defiant NF II restés de garde abattent cinq bombardiers, mais le bombardement crée un grand affolement dans la ville, jusque là préservée de l’horreur des raids aériens.
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Mer de Chine Méridionale – Un grand convoi japonais, escorté par un écran rapproché commandé par le contre-amiral Shintaro Hashimoto (CB Sendai [amiral], DD Fubuki, Hatsuyuki, Shirayuki, Murakumo, Shirakumo, Isonami et Shinonome, croiseur d’entraînement Kashii, aviso Shimushu) quitte Haïnan à 02h00. Ce convoi compte 97 cargos, qui transportent l’équivalent de deux divisions d’infanterie, deux brigades renforcées et du ravitaillement pour l’armée japonaise en Thaïlande.

Océan Indien – Le cuirassé Royal Sovereign et son escorte (DD Active, Amazon, Ambuscade et Electra) rencontrent à l’est de Ceylan le convoi Long Sword. L’escadre française qui l’a escorté jusque là (CA Colbert et Dupleix, CL La Galissonnière, CT Cassard, Kersaint et Vauquelin et DD Bordelais, Forbin et Fougueux), retourne alors vers l’ouest, laissant le convoi sous la protection de son escorte rapprochée (six DE de classe Hunt-2 : Avon Vale, Blankney, Croome, Eridge, Farndale et Grove, trois avisos antiaériens : Black Swan, Erne et Ibis et le navire antiaérien auxiliaire Tynwald) et du groupe du Royal Sovereign.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Washington-Tokyo – L’échange de civils entre les Etats-Unis et le Japon va finalement se faire. Il aura lieu dans le port de Lourenço Marques (Mozambique), donc en territoire portugais. Les navires concernés devront arborer sur chaque flanc de larges croix blanches ainsi que leur drapeau national.
Quelques semaines plus tard, par l’intermédiaire de l’ambassade de Suisse, un accord similaire sera conclu entre le Japon et l’Empire Britannique, ainsi qu’entre le Japon et la France.


6 janvier
Campagne de Birmanie

Trois P-40 chinois, mais portant encore les cocardes britanniques, attaquent Raheng, démolissant quatre Ki-27 du 77e Sentai qui se préparaient à décoller. Touché par la DCA, le P-40 du FO Christopher Yung (de Shanghai) s’écrase dans une rivière. Son pilote saute en parachute et les Japonais se lancent à sa poursuite, mais, ayant observé les cocardes de l’avion, ils recherchent un Blanc. Yung s’empare de vêtements laissés à sécher au soleil et cherche refuge dans le dernier endroit auquel penseront les Japonais, Raheng même. Là, il se cache dans la maison d’une famille chinoise proche de la sienne. Deux mois plus tard, après bien des aventures, il réapparaîtra à John Haig.
Dans la nuit, trois Hurricane tentent sans succès d’intercepter le raid japonais quotidien. L’un d’eux s’écrase à l’atterrissage.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les forces françaises et locales lancent à l’aube une forte contre-attaque contre les trois têtes de pont japonaises sur la rive est du Mékong, avec le soutien d’une compagnie blindée et d’une compagnie mécanisée du GBMS, et avec l’aide d’un effort maximal de tout ce qui reste d’aviation française au Cambodge et en Cochinchine. Une tête de pont est anéantie vers 08h30, mais à 09h00, l’aviation japonaise et thaïe commence à montrer son nez au-dessus du champ de bataille, engageant les avions d’appui au sol de l’Armée de l’Air. Deux bombardiers Maryland, qui attaquaient l’artillerie japonaise sur la rive occidentale, sont détruits par des chasseurs Ki-27 à 09h30. Vers 10h15, cinq Potez 63/11, escortés par trois Wirraway (utilisés comme escorteurs improvisés), sont coiffés par 12 Ki-27. Deux Potez sont abattus ainsi qu’un Wirraway, contre quatre chasseurs thaïs. Cependant, les cinq avions français rescapés sont si endommagés qu’ils ne pourront pas voler à nouveau.
Vers 13h45, le commandement français doit interrompre la contre-attaque et les forces françaises et locales commencent à se retrancher pour empêcher une percée japonaise à partir des deux têtes de pont restantes. Un P-40 de l’AVG est abattu en bombardant les bateaux japonais qui traversent le Mékong.
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Cochinchine – Saigon est de nouveau bombardée par des D3A1 basés à Bin Dinh, escortés par de nombreux A6M2. Les trois derniers chasseurs du squadron 243 de la RAF sont éliminés, ainsi que deux P-40 de l’AVG, en échange de sept avions japonais.
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Annam – Des bombardiers légers japonais basés à Tourane et Bin Dinh commencent à harceler les positions françaises et vietnamiennes au sud de la région tenue par les Japonais.
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Tonkin – Les troupes japonaises atteignent Bac-Ninh, coupant effectivement la route Hanoi-Haiphong. Des pilotes de l’AVG se posent en fin de journée à Hanoi avec 14 Hawk-81 qu’ils ont convoyés en deux jours à partir de Myitkyina.

Campagne de Malaisie
L’activité aérienne japonaise est importante toute la journée.
Les bombardiers Ki-21 de l’Armée lancent une attaque massive (36 bombardiers escortés par 45 chasseurs, dont 33 Ki-43) contre les terrains de Kuala-Lumpur et de Subang.
Des avions de la Marine basés en Thaïlande attaquent les positions alliées près de Jitra, ainsi que l’aérodrome et la gare de Sungei Patani.
D’autres bombardiers de la Marine, basés à Kuching, frappent au même moment Singapour. Une première vague de 21 G4M1, escortée par 27 A6M2, cible la base navale. Le bombardement est assez précis. Le DD Trombe est très secoué par deux bombes qui le ratent de peu et le CL Enterprise est endommagé par une bombe de 220 kg entre les cheminées. Des équipements du chantier de construction navale sont endommagés.
Peu après, 36 G3M2 escortés par 18 A6M2 attaquent deux terrains de Singapour, Tengah et Seletar. Les chasseurs de la RAF réagissent principalement au deuxième raid, détruisant cinq G3M2 et trois A6M2 au prix de deux Spitfire et d’un Hurricane.
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20h30 – Douze Hurricane conduits par un DC3 atterrissent sans trop de difficultés à Sabang (Sumatra) sur le terrain de la ML-KNIL.
Après avoir fait le plein en hâte (et principalement à la main), les avions redécollent à 22h30 à la lueur des phares de camions et d’automobiles pour aller se poser à Subang, en Malaisie, où ils atterrissent à 01h10 le 7 janvier, sans encombre en dehors d’un bris de roue sur un des chasseurs. La RAF et la RAAF en Malaisie comptent maintenant de nouveau 24 Hurricane, dont 21 en état de vol. Cependant, l’action des avions de la Marine japonaise venant de Kuching oblige à assigner une bonne partie de ces appareils à la défense de Singapour et non à celle du nord de la Malaisie.
Ravi du succès de cette opération de transfert, l’AVM Pullford ordonne de la répéter le 8, avec des pilotes de Defiant, mais aussi de Blenheim. Au crépuscule, un ancien hydravion de la Quantas quitte Singapour pour Rangoon avec 5 pilotes de Defiant et 14 de Blenheim.
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Pendant la nuit, Kuala-Lumpur est attaquée par un raid de 15 Ki-21, qui ne cause que peu de dégâts mais désorganise sévèrement l’activité, tandis que Singapour est frappée par 18 G3M2, dont trois sont abattus par les Defiant de la chasse de nuit. Cependant, contrairement à celui de Kuala-Lumpur, ce raid est efficace, car les incendies déclenchés dans la base navale par le raid de la journée n’ont pas encore été éteints et guident le raid nocturne.
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Mer de Chine Méridionale – Juste avant minuit, la force du vice-amiral Dsijaburo Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya, DD Uranami, Ajanami, Shikinami, Amagiri, Asagiri, Jugiri et Sagiri) quitte Mako (îles Pescadores) pour couvrir le convoi parti de Haïnan.

Campagne d’Indonésie
Sœrabaya (Java) – La marine royale néerlandaise décide d’accélérer les réparations du K-IX pour remettre ce dernier en service opérationnel le plus tôt possible et de remettre en service le sous-marin K-VIII, qui était en réserve. L’équipage ce sous-marin doit être constitué à partir du personnel de réserve de la base de sous-marins de Sœrabaya.

Campagne des Philippines
Les troupes américaines établissent une ligne de défense barrant la presqu’île de Bataan, sur les pentes du Mont Natib.
L’USS Canopus est endommagé par des avions japonais, mais ce navire-atelier est toujours opérationnel pour soutenir les bateaux rescapés qui opèrent entre Bataan et Corregidor.
À Davao, récemment conquise, les forces japonaises commencent à se regrouper avant de nouvelles opérations.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Six hydravions H6K, qui n’ont pas été repérés, attaquent le terrain de Vunakanau. Les bombes sont peu précises et peu efficaces. Deux Buffalo en patrouille interceptent les agresseurs, mais ceux-ci serrent la formation et s’échappent.
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San Diego (Californie) – Les renforts de Marines pour les Samoa, embarqués dans quatre transports et un cargo de la flotte, quittent San Diego. Ce convoi doit être escorté par une nouvelle force de porte-avions rapides, commandée par le contre-amiral Frank Fletcher et centrée autour des CV Yorktown et Wasp, qui viennent juste d’arriver de l’Atlantique par le canal de Panama.

Port-Saïd – Arrivée des huit sous-marins envoyés en renfort en Extrême-Orient : les quatre 1 500 tonnes Bévéziers (LV Richard ), Casabianca (LV Bellet, par intérim ), Sfax (LV Terlier) et Sidi Ferruch (LV puis CC Laroze) ; les 900 tonnes Aurore (LV Libiot) et La Créole (LV Frossard ) ; les mouilleurs de mines Diamant (LV Sassy) et Perle (LV Piot). Soit, dans l’ordre, la 8e DSM portée à quatre unités (le Sfax est susceptible d’aller renforcer l’une des divisions amoindries), la 23e DSM (division nouvelle) et la 21e DSM. La flottille, qu’accompagne le ravitailleur Cap des Palmes (X44), remplacé à Malte par le mouilleur de mines Castor, doit ravitailler avant de traverser le canal de Suez.

Londres – Des ministres hollandais se joignent à la réunion franco-britannique, qui fait alors le point sur la situation en Extrême-Orient. La délégation française soutient fermement l’idée d’une défense sans réserve des Indes Néerlandaises.


7 janvier
Campagne d’Indochine

Cambodge – Les forces françaises et locales évacuent pendant la nuit Kompong Cham et Phnom-Penh pour se regrouper sur la rive est du Mékong. Les troupes japonaises renforcent leurs deux têtes de pont.
Le jeune prince Norodom Sihanouk, qui fait fonction de roi du Cambodge, prononce une allocution à la radio avant de quitter Phnom-Penh : « C’est aujourd’hui le devoir sacré de tous les Cambodgiens de se lever pour défendre leur pays. (…) Il ne faut pas hésiter à organiser dans la jungle des groupes de guérilla pour harceler et épuiser l’ennemi de toutes les façons. Dans cette lutte, nous avons l’aide de la France, dont les soldats, hier colonisateurs, se sont courageusement battus pour défendre notre terre contre un envahisseur brutal et sanguinaire et ont conquis par le sang versé le droit à notre amitié. (…) »
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Cochinchine – Se déplaçant seulement de nuit, ce qui reste des éléments du GBMS engagés sur la côte se regroupe à Bien Hoa pour préparer la défense de Saigon.
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Tonkin – Les forces françaises, soutenues par les avions de l’AVG opérant à la fois comme couverture aérienne et chasseurs-bombardiers, contre-attaquent à Bac-Ninh pour rouvrir la route Hanoi-Haiphong. La partie ouest de Bac-Ninh est reprise par les Français, mais l’infanterie japonaise tient toujours la partie est de la petite ville au crépuscule.
Les avions de l’armée japonaise attaquent le port de Haiphong, incendiant le vieil aviso Marne. Le bateau, réduit à l’état d’épave, doit être échoué.

Campagne de Malaisie
Sabang (Sumatra) – Peu avant la tombée de la nuit, 16 Hurricane menés par un Blenheim basé à Rangoon se posent sur le terrain de la ML-KNIL à Sabang. Cependant, de violents orages les empêchent de redécoller dans la soirée et ils doivent passer la nuit à Sabang.
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La bataille aérienne – Dans le nord de la Malaisie, les avions japonais concentrent leurs attaques sur la région de Gurun. Tôt le matin, 15 bombardiers en piqué D3A1 attaquent Gurun et la ligne ferroviaire, tandis que 12 Ki-51 escortés par 9 Ki-27 frappent Champedak.
Peu avant midi, le raid quotidien contre Kuala-Lumpur et le terrain de Subang est détecté : 27 Ki-27 escortés par 18 Ki-43. Huit Hurricane basés à Subang interceptent le raid, détruisant trois bombardiers et deux chasseurs au prix de deux des leurs, mais ils ne peuvent empêcher un nouveau bombardement sérieux de la ville et du terrain d’aviation.
A la même heure, Singapour est attaquée par 36 G3M2 escortés par 27 A6M2, qui se concentrent sur les terrains d’aviation de Sembawang et de Tengah. Douze Hurricane et six Spitfire décollent et un des combats aériens les plus marquants de la campagne se déroule au-dessus de Singapour. Huit bombardiers et cinq chasseurs japonais sont abattus, au prix de trois Hurricane et deux Spitfire.
Dans l’après-midi, un nouveau raid est détecté. Six Hurricane et quatre Spitfire décollent, mais le raid se compose en fait de 9 G4M1 et de 21 A6M2, certains Zéro volant devant les bimoteurs pour se faire passer, au radar, pour des bombardiers. Les chasseurs de la RAF ne peuvent éviter le combat. Trois Hurricane et un Spitfire sont détruits pour un maigre bilan de trois A6M2.
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Mer de Chine Méridionale, 15h00 – La 2e Flotte du vice-amiral Kondo quitte Mako, dans les Pescadores, avec les cuirassés Hiei et Hyuga, les croiseurs lourds Atago (amiral) et Chokai (détaché de la force d’Ozawa), les porte-avions Zuiho (12 chasseurs A6M2, 3 chasseurs A5M4 et 12 bombardiers-torpilleurs B5N2) et Shoho (9 A6M2, 6 A5M4 et 12 B5N2), escortés par les destroyers Hibiki, Nowaki, Arashio, Asashio, Mitsishio et Oshio.
17h00 – La Flotte Combinée du vice-amiral Nagumo quitte à son tour Mako. Elle comprend maintenant les porte-avions Akagi, Kaga, Shokaku, Zuikaku, les croiseurs lourds Chikuma et Tone, le croiseur léger Abukuma, les destroyers Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze et Kasumi. Les DD Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi sont laissés en arrière pour attendre les CV Hiryu et Soryu. Les groupes aériens des porte-avions de Nagumo ont été reconstitués à Mako ; ils comprennent 27 A6M2, 17 D3A1 et 27 B5N2 pour le Kaga, 27 A6M2, 18 D3A1 et 27 B5N2 pour l’Akagi, 15 A6M2, 27 D3A1 et 27 B5N2 pour le Zuikaku et pour le Shokaku.

Campagne d’Indonésie
Darwin (Australie) – Le général Brett (USAAF), assiste à la prise d’armes sur le terrain d’aviation de Darwin du 17e Pursuit Squadron (provisoire), dont les 18 P-40E ont été finalement ré-assemblés. Dans l’après-midi, Brett peut signaler à l’amiral Hart, maintenant à Bandœng, que ce squadron pourra être transféré à Java dans une semaine.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Cette fois, c’est au crépuscule que se présentent 18 G3M, qui bombardent Lakunai. Un Hudson est très endommagé (il sera rafistolé et renvoyé en Australie). Deux Wirraway sont détruits (ils seront remplacés). Les deux Buffalo de patrouille interceptent les attaquants et en abattent un à 60 nautiques au nord de Rabaul. Il faudra allumer les feux de piste pour permettre aux chasseurs de se poser.
Seuls quatre G3M ont trouvé le terrain, et leurs bombes n’ont pas fait grand dommage.

Londres – Une délégation française rencontre des représentants du Gouvernement belge. Il est décidé de renforcer la défense de Madagascar avec une brigade de la Force Publique du Congo belge. Cette manœuvre est rendue nécessaire par la menace japonaise dans l’Océan Indien. Pour les Français, cet appoint belge permet d’éviter de transférer des troupes d’autres théâtres prioritaires pour une mesure qui reste avant tout de précaution, tout en renforçant les liens politiques entre les deux gouvernements face à un nouvel adversaire.


8 janvier
Campagne de l’Océan Indien

Port Blair (îles Andaman) – Arrivée dans la matinée du porte-hydravions français Commandant-Teste. Son homologue le HMS Albatross le rejoint un peu plus tard dans la journée. Les deux navires commencent à établir une base d’hydravions.

Campagne de Birmanie
Des éléments du 143e Rgt japonais et des troupes thaïes s’emparent du terrain d’aviation de Victoria Point.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les troupes japonaises renforcent toujours leurs têtes de pont sur la rive est du Mékong, tandis que les forces françaises et locales essayent de se regrouper. Des civils, fuyant Phnom-Penh et Kompong Cham, sont bombardés et mitraillés par des avions japonais et thaïs alors qu’ils essayent de traverser le fleuve.
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Cochinchine – A part une compagnie de chars (réduite à 8 Sav-41 et 5 M3F) et une compagnie mécanisée, qui soutiennent les forces défendant l’est du Cambodge, tout ce qui reste du GBMS est maintenant déployé autour de Saigon. Les blindés rescapés sont réorganisés en deux compagnies mixtes avec chacune 12 Sav-41 et 4 chars légers M2A4 (survivants du DMC), soutenues par deux compagnies mécanisées. Le bataillon d’infanterie sur camions du GBMS a été dédoublé pour former deux bataillons avec le renfort de volontaires français. Deux autres bataillons d’infanterie sont formés par des volontaires vietnamiens (pour la plupart des dockers ou d’autres ouvriers du port), encadrés par des fusiliers marins de la base de Cam Ranh. Une compagnie autonome de l’infanterie de montagne basée à Pleiku garde la route qui part vers le nord et Ban-Me-Thuot.
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Annam – Après le départ des éléments du GBMS, le général de brigade Allessandri signale que les troupes japonaises avancent de nouveau vers le sud, mais avec de grandes précautions.
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Tonkin – La bataille pour Bac Ninh fait toujours rage. Soutenues par les avions de l’AVG, les troupes françaises tentent de repousser les Japonais, mais elles manquent d’artillerie et ne sont tout simplement pas assez nombreuses. Le Haut-Commissaire, Jean Sainteny, et le commandant des forces terrestres, le général Martin, décident d’évacuer Haiphong. L’équipement du port doit être détruit et saboté et les ponts sont minés.

Campagne de Malaisie
Le temps médiocre limite l’activité aérienne. Seules quelques attaques sporadiques sur la ligne de front, menées par des Ki-51 de l’Armée, sont à noter. Cette météo médiocre n’empêche pas les Hurricane arrivés à Sabang la veille d’être convoyés à Subang. Cependant, sur les 14 avions, deux sont perdus à l’arrivée en raison de très mauvaises conditions météos locales.
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Mer de Chine Méridionale – Les porte-avions Hiryu et Soryu arrivent tôt dans la matinée à Mako (îles Pescadores), où ils ravitaillent avant de faire route au sud dans l’après-midi, avec leur escorte de destroyers.
Devant l’intensification du trafic radio japonais, le contre-amiral Palliser ordonne une reconnaissance générale. Vers 10h30, deux bombardiers légers Maryland du GB IV/62 décollent de Semabawang pour un vol de reconnaissance jusqu’à 9° Nord et 115° Est, mais ils ne repèrent rien. Palliser décide alors d’envoyer l’Emile-Bertin et le Lamotte-Picquet nouvellement converti poser dans la nuit des mines au large de Kota Bharu. Les deux navires quittent Singapour à midi et filent à 33 nœuds pour atteindre la zone visée vers minuit. Pendant ce temps, Palliser ordonne à tous les vaisseaux de guerre présents à Singapour, y compris ceux qui sont endommagés, de se tenir prêts à lever l’ancre après un court préavis.
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Kuching (Sarawak, Bornéo) – Arrivée en fin de journée de 15 G3M2 Nell et 8 G4M1 Betty, envoyés pour compenser les pertes des jours précédents.

Campagne d’Indonésie
Davao (île de Mindanao, Philippines) – Départ de deux flottes d’invasion. D’une part, six transports de l’Armée escortés par le croiseur léger Jintsu et les destroyers Hayashio, Kuroshio, Natsushio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze (contre-amiral R. Tanaka) appareillent pour Manado (à la pointe nord de l’île de Célèbes). D’autre part, seize transports accompagnés par la 4e Force d’Attaque Surprise (vice-amiral Takagi) avec les CA Haguro, Myoko et Nachi, le porte-avions Ryujo (25 A5M4 et 18 B5N2), le porte-hydravions Chitose (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N), le destroyer Shiokaze et six dragueurs de mines, partent pour Tarakan (île pétrolière près de la côte est de Bornéo).


9 janvier
Campagne de Birmanie

Raheng est à nouveau attaqué, cette fois par quatre P-40 de la ROCAF et six Hurricane. Un Ki-27 est détruit au sol et trois endommagés.
Le raid nocturne quotidien des Japonais sur Mingaladon touche un dépôt d’essence, détruisant un millier de barils de 44 gallons.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les deux adversaires sont toujours en train de se regrouper après le franchissement du Mékong par les troupes japonaises.
………
Cochinchine – Dans tout Saigon et notamment à Cholon (le quartier chinois), des volontaires vietnamiens et chinois commencent un programme d’entraînement précipité.
………
Tonkin – Les forces françaises évacuent Haiphong après avoir détruit tout l’équipement portuaire. A Bac Ninh, la violence des combats a beaucoup diminué et seules quelques escarmouches se produisent, tandis que les avions de l’AVG harcèlent les colonnes japonaises marchant pour soutenir l’attaque de la petite ville.

Campagne de Malaisie
Mer de Chine méridionale, 02h30 – Le sous-marin HMS Otus signale « Grand convoi de navires japonais, au moins 60 transports, cap au sud-ouest, position 9° Nord, 110°20’ Est »… puis se tait définitivement. À 03h10, le croiseur école Kashii avertit qu’il vient à l’instant d’éviter deux sillages de torpille. L’aviso Shimushu fouille le secteur et lance 12 grenades sous-marines. À 03h50, le croiseur léger Sendai catapulte un hydravion léger, qui détecte peu après une traînée d’huile sur laquelle il lâche deux bombes de 60 kg. À 04h20, le contre-amiral Hashimoto ordonne aux destroyers Shinonome et Isonami d’aller voir de qui se passe, et les deux bâtiments lancent à eux deux 20 grenades sous-marines. On ne saura jamais ce qui a coulé l’Otus… Ce sous-marin était connu, comme la plupart des submersibles de sa classe, pour être sujet à des fuites d’huile, lorsqu’il embarquait de l’huile de diesel dans ses ballasts.
03h30 – Le sous-marin français Argo, naviguant en surface, repère un grand nombre de vaisseaux de guerre japonais cap au sud-ouest par 9°30’ Nord et 110°50’ Est. Son commandant alerte Singapour. A 03h41, alors qu’il s’efforce d’atteindre une bonne position de tir, le sous-marin est illuminé par des fusées éclairantes larguées par un hydravion, le forçant à plonger immédiatement. Une salve de trois torpilles de 550 mm, hâtivement tirée de l’affût orientable central, manque sa cible, le destroyer Uranami. En fait, l’Argo a aperçu le groupe de croiseurs du contre-amiral Ozawa.
………
Singapour, 04h45 – Le contre-amiral Palliser, au vu des messages de l’Otus et de l’Argo et après en avoir débattu avec l’Air Marshal Brooke-Popham, ordonne à tous les vaisseaux de guerre endommagés de quitter Singapour.
06h00 – Rafistolé en urgence, le Rodney, escorté par les croiseurs Exeter, Danae, Tourville et Duguay-Trouin, également endommagés, et par les destroyers Encounter, Jervis, Ashanti, Eskimo, appareille pour Colombo, par le détroit de la Sonde (d’où les DD reviendront ensuite à Sœrabaya). Les croiseurs légers Emerald et Enterprise partent pour Sœrabaya. Restent à Singapour le CL Mauritius, les DD français Lynx, Tempête, Tornade et Trombe, le groupe de mouilleurs de mines formé des HMS Adventure, des MN Emile-Bertin et Lamotte-Picquet et de deux mouilleurs de mines auxiliaires, les restes de la force du Détroit de Malacca composée des destroyers type Hunt Atherstone et Garth, enfin les sous-marins et quelques dragueurs de mines et petits bâtiments.
06h20 – Deux Maryland quittent Singapour pour un nouveau vol de reconnaissance.
09h10 – Le premier Maryland, qui patrouille au sud de l’île de Poulo-Condor , détecte « un grand nombre de bateaux, cap au sud-ouest ». C’est le convoi déjà aperçu par le HMS Otus. Le second Maryland, qui vole plus à l’est, passe au-dessous d’une épaisse couche nuageuse et est pris à partie par trois A6M2. Son pilote réussit à éviter les chasseurs japonais en remontant dans les nuages et rapporte l’attaque à Singapour vers 09h45, confirmant ainsi la présence d’au moins un grand porte-avions japonais.
10h30 – Une réunion d’état-major se tient à Singapour pour évaluer la situation. À ce moment, on a appris qu’avec l’amélioration de la météo au-dessus du Kedah, des bombardiers en piqué de la Marine japonaise ont repris leurs attaques contre Jitra et Gurun. La discussion tourne autour des intentions japonaises. Certains estiment que le convoi amène de puissants renforts aux troupes japonaises dans l’isthme de Kra : en effet, le pilonnage aérien des défenses du Commonwealth au Kedah semble préluder à une offensive majeure. Pour d’autres, la meilleure option pour le commandement japonais, maintenant qu’il bénéficie d’une bonne base
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 11:17    Sujet du message: Répondre en citant

à Kuching, est de débarquer sur la côte est de la Malaisie, probablement près d’Endau ou de Mersing. Toutefois, pour une telle attaque, un important soutien aérien est nécessaire. Les petits porte-avions opérant avec la 2e Flotte de Kondo ne sont visiblement pas à la hauteur de l’enjeu. Tous s’accordent sur le fait que le plus important est de découvrir où se trouve Nagumo.
………
Mako (îles Pescadores) – Arrivée dans la matinée du porte-hydravions Mizuho en provenance de Kure avec six F1M2 Pete, six E13A1 Jake, trois tout nouveaux A6M2-N (des Zéro dotés de flotteurs – ce sont des avions de pré-production)… et six sous-marins miniatures de type “A”. Ce navire se joint aux mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru, chargés de matériel pour les avions de la Marine basés à Kuching. Tous trois quittent Mako dans l’après-midi à 20 nœuds.
………
Kuala-Lumpur – Une attaque de l’aviation de l’Armée japonaise tourne au désastre pour la chasse alliée, grâce à une feinte intelligente. Une première incursion, composée en réalité de 12 bombardiers légers Ki-48 escortés par le même nombre de Ki-27, est détectée à 11h20. Douze Hurricane, sur les 20 présents à Subang, décollent pour l’intercepter, mais le raid japonais rebrousse chemin à grande vitesse alors qu’il se trouve à 70 km de sa cible supposée. Après une timide tentative de poursuite, l’officier commandant les chasseurs de la RAF décide de retourner à Subang pour refaire le plein. Ses avions se sont à peine posés qu’un autre raid en approche est détecté, cette fois composé de 36 Ki-21 précédés par leur escorte de 27 Ki-43. Les Hurricane redécollent en catastrophe, mais ils sont coiffés avant d’avoir pu atteindre 15 000 pieds par les chasseurs japonais. Dans le combat désespéré qui suit, les chasseurs de la RAF perdent sept des leurs et trois autres sont gravement endommagés, en échange de quatre Ki-43 seulement. Pendant ce temps, les Ki-21 ont pu bombarder Subang sans être dérangés, sinon par la DCA, qui en abat deux. Cinq autres Hurricane sont détruits au sol, ce qui ne laisse que cinq avions pour défendre le centre du pays, car les 16 autres Hurricane de Malaisie (dont 13 en état de vol) ont été redéployés à Tengah (Singapour) pour aider à défendre la base navale.
Par bonheur, aucune autre attaque ne survient ce jour-là. En revanche, les terrains de Malaisie et Singapour sont méthodiquement survolés par des avions japonais rapides de reconnaissance à haute altitude (Ki-46 II), clair présage que de nouvelles attaques d’importance sont à venir.

Campagne d’Indonésie
Mer de Célèbes – Un Dornier Do 24K hollandais de reconnaissance aperçoit le convoi japonais qui fait route vers Tarakan. Les forces hollandaises commencent à détruire les puits de pétrole et les installations essentielles.

Campagne des Philippines
Bataan – Quatre-vingt mille combattants commandés par le général MacArthur défendent la péninsule de Bataan, au nord de la baie de Manille. Ce sont 15 000 Américains et 65 000 Philippins, dont 10 000 soldats de métier et un conglomérat de 55 000 conscrits mal équipés et mal entraînés. Mais quelle que soit leur expérience, ils n’ont de nourriture, à un régime normal, que pour cinq ou six semaines environ.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – La base est encore bombardée de nuit, par trois G3M, sans résultat.
Dans la journée, le Fl.Lt Yowart, dans le Hudson Tit Willow du Sqn 6, réussit à reconnaître Kavieng et la base de Truk. Là, il aperçoit de nombreux navires, dont 12 transports et plusieurs vaisseaux de guerre. Des chasseurs le poursuivent, mais il leur échappe, comme il échappe à la DCA, qui lui enlève quand même un morceau de gouverne de profondeur.

Saigon – Le paquebot-poste Leconte de Lisle, des Messageries Maritimes (15 000 tonnes), s’engage sur la rivière dès la nuit tombée, malgré les dangers de la navigation nocturne sur une voie fluviale dont le service colonial des Phares et Balises peine à suivre les déplacements des bancs de sable et des vasières. Après cinq heures éprouvantes, il atteint enfin la mer libre et met aussitôt le cap sur Singapour. Il n’y fera – s’il y arrive – qu’une brève escale avant de se diriger, pleins de mazout recomplétés “à ras de nable”, vers la Nouvelle-Calédonie.
On a espéré au palais Norodom , avec l’optimisme du désespoir, que l’aviation ou les sous-marins japonais n’interrompraient pas prématurément le parcours. Le Leconte de Lisle, très endurant et tenant bien la mer, a des machines vieillottes à triple expansion et n’est guère plus rapide qu’un cargo : 13,5 nœuds de vitesse commerciale moyenne et à peine 15,5 nœuds « lège, tout dessus et vent dans le cul ». Sa principale protection est constituée par d’énormes croix rouges, censées garantir aux guerriers du Soleil Levant que les seuls passagers du navire sont des non-combattants.
Le navire transporte en effet, pour l’essentiel, deux cents femmes, enfants et personnes âgées, qu’il devenait urgent d’évacuer d’Indochine, ainsi que quatre-vingts blessés graves et malades, militaires et civils : on préfère qu’ils quittent l’hôpital Grall tant qu’il en est encore temps. Ils seront soignés pendant la traversée par deux médecins de la Marine, en instance de rapatriement en Métropole depuis l’automne 1939 et enfin relevés, aidés par des religieuses de la congrégation des sœurs de saint Vincent de Paul . Si tout va bien, après Nouméa, les évacués doivent être transportés « dès que la situation le permettra » (et qu’un bateau sera disponible) jusqu’à Madagascar, en principe à Tananarive et Diego Suarez.
Le manifeste du Leconte de Lisle indique également la présence à bord d’une demi-douzaine de prisonniers japonais, mais tous sont plus ou moins gravement blessés. Ils doivent être transférés à la première occasion en Polynésie, où l’Administration tente de promouvoir la culture du riz, sans grand succès à la vérité, depuis le début des années Trente .
Le destin, si souvent grimaçant en temps de guerre, va consentir à sourire aux occupants du Leconte de Lisle : tous arriveront à bon port !


10 janvier
Campagne de Birmanie

Quatre Hurricane du Sqn 67 attaquent Mehsoht, détruisant deux Ki-30 du 31e Sentai.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les troupes japonaises passées sur la rive est du Mékong au niveau de Kompong Cham commencent à avancer vers la frontière du Viet-Nam, en direction de Saigon.
………
Saigon – Une partie des habitants sont mobilisés pour préparer des fortifications et creuser des tranchées. La population chinoise de Cholon s’enrôle en masse au dépôt local de l’Armée française.
………
Annam – Les troupes japonaises, progressant vers le sud, pénètrent dans Nha-Trang, dont la population a fui dans les collines, vers Dalat. Les dernières installations portuaires de Cam Ranh sont détruites par les Français.
………
Tonkin – Bac-Ninh est finalement évacuée. Les troupes japonaises marchent vers Haiphong, dont les installations sont maintenant totalement démolies.

Campagne de Malaisie
Golfe du Siam, 00h50 – Le sous-marin britannique Severn détecte « un énorme convoi japonais, cap au sud ». Filant 20 nœuds en surface, le grand sous-marin de patrouille atteint une position de tir à 02h30. Il tire six torpilles (toute une salve de proue) : deux frappent un transport de troupes qui coule rapidement, entraînant dans la mort un grand nombre de soldats, et une troisième endommage un cargo. Les destroyers Murakumo et Shirakumo exécutent alors un grenadage de 45 minutes, sans atteindre le sous-marin.
Mer de Chine Méridionale, 01h30 – Les forces légères de soutien des contre-amiraux Hara et Hirose quittent la Baie de Kuching pour rejoindre le convoi de Haïnan à l’endroit du débarquement amphibie prévu, au large d’Endau et de Mersing. Ces forces comprennent les DD Harukaze, Hatakaze et Yamagumo, quatre dragueurs de mines et douze chasseurs de sous-marins. Kuching est laissé sous la protection des DD Nagatsuki et Satsuki, des torpilleurs Chidori, Hatsukari, Manazuru et Tomozuru et de deux chasseurs de sous-marins.
Singora (Thaïlande), 15h00 – Une partie du très grand convoi de Haïnan, escortée par le croiseur d’entraînement Kashii, l’aviso Shimushu et les DD Hinonome et Isonami, arrive à Singora et commence à y décharger des troupes et du matériel pour les unités japonaises affrontant les troupes du Commonwealth dans le nord de la Malaisie.
………
Mer de Chine – Malaisie
04h50 – 36 G3M2/3 escortés par 18 A6M2 décollent de Kuching.
05h20 – La flotte de Nagumo, qui a maintenant rassemblé ses six porte-avions, lance vers Singapour une première vague de 81 D3A1 escortés par 45 A6M2. Une seconde vague est lance à 06h10, avec 60 B5N2 et 18 A6M2. C’est donc en tout 258 appareils qui foncent vers Singapour, visant surtout les terrains d’aviation – Tengah, Seletar, Kalang et Sembawang – au-dessus desquels ils doivent arriver entre 07h25 et 08h20.
A peu près en même temps, l’aviation de l’Armée apporte sa contribution à l’assaut sous la forme de 36 bombardiers Ki-21 escortés par 21 Ki-43, cap sur Kuala-Lumpur : ils vont s’en prendre sans opposition au terrain de Kluang, endommageant sérieusement les installations. Derrière eux arrivent deux vagues de 15 D3A1 et 9 A6M2 chacune ; ces avions de la Marine attaquent Alor Setar (très efficacement) et Butterworth (avec moins de précision).
Mais l’essentiel des combats a lieu autour de Singapour.

Singapour – L’ennemi ayant été détecté par radar à 128 km (77 miles) de distance, le commandement de la RAF ordonne un effort maximum contre les forces japonaises.
07h00 – Les premiers à décoller sont les avions du Coastal Command, du terrain de Sembawang : 21 Beaufort escortés par 17 Beaufighter et précédés par l’un des ultimes Maryland du GB IV/62, qui doit repérer la principale force ennemie.
07h15 – Une force mixte composée de 11 Beaufort du Sqn 458 de la RAAF et de 14 Blenheim des Sqn 34, 60 et 62 décolle de Kluang vers la position du grand convoi signalé dans la nuit par le Severn.
07h25 – Alors que les premiers avions japonais arrivent au-dessus de Singapour, 14 Hudson des Sqn 1 et 8 de la RAAF quittent Machang. Ces deux derniers raids sont sans escorte, tous les chasseurs monomoteurs étant requis pour protéger Singapour.
Contre les 258 avions japonais, les défenseurs sont 24 en tout et pour tout : treize Hurricane, neuf Spitfire et deux F4F3 Martlet. Aux commandes de l’un de ces deux rescapés, l’EV1 Yvon Lagadec.
« Je crois bien que c’était pire que ce que j’avais vécu en Méditerranée, contre la Luftwaffe. La disproportion des forces étaient d’autant plus flagrante que les trois vagues étaient échelonnées avec de brefs intervalles et surtout que les Zéro (81 en tout !), au contraire des Bf 109, avaient une autonomie prodigieuse, qui leur permettait d’être toujours un grand nombre à tournoyer au-dessus de Singapour et de nos terrains. Dans ces conditions, tout ce que le contrôle de la chasse pouvait nous dire, radar ou pas, était que le ciel était plein de Japs, ce dont nous nous rendions compte tout seuls. Vraiment tout seuls…
“Plein de Japs” était d’ailleurs à prendre au sens littéral : les formations nippones occupaient l’espace aérien de 15 000 pieds pour les Val à 30 000 pieds pour les patrouilles hautes de Zéro !
Commençant par le commencement, nous avons d’abord pris de face la formation de Nell, puis le combat a dégénéré en une série d’engagements individuels. Je ne garde qu’un souvenir confus des minutes qui suivirent. Notre chance, c’était qu’avec plus de dix fois plus de ronds rouges que de cocardes bleu et blanc (on venait de décider d’effacer le rouge pour éviter les erreurs), les Zéro avaient du mal à nous trouver dans la masse de leurs bombardiers ! Le décompte des épaves a prouvé qu’à 24 contre 258, nous avions descendu 20 adversaires (5 Nell, 5 Val, 2 Kate et 8 Zéro). Les gars de la DCA, de leur côté, s’étaient adjugé cinq assaillants (1 Nell, 2 Val et 2 Zéro). A un contre dix, nous pouvions être fiers, mais nous avions perdu 8 Hurricane et 5 Spitfire dans la bagarre.
Et le pire – de mon point de vue de pilote – était à venir. Des patrouilles de trois Zéro mitraillaient constamment les terrains où nous nous posions, à bout de pétrole et de munitions. C’est ainsi que je me suis fait allumer comme un canard posé, alors que je roulais déjà sur la piste, en essayant d’éviter les cratères. J’ai sauté en marche et je me suis retrouvé assis par terre, à traiter de lâches les avions qui s’en allaient (j’oubliais au passage que j’avais fait la même chose qu’eux, un siècle plus tôt, le 11 novembre, sur les terrains de Provence…). En plus de mon Martlet, les Japs ont démoli comme ça deux Hurricane et deux Spitfire au sol.
A 10h00, quand le dernier Japonais nous a dit « Au revoir et à bientôt ! », Singapour ne disposait plus que de six chasseurs de jour : 3 Hurricane, 2 Spitfire et 1 Martlet. Dans ces conditions, que les terrains de Kalang et Sembawang aient beaucoup souffert tandis que celui de Seletar avait été moins touché et que Tengah avait été pratiquement épargné n’avait plus guère d’importance… »
(Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le contre-amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire).

Mer de Chine Méridionale, 09h15 – Le Maryland de reconnaissance signale : « Deux CV, un BC et trois CA par 104°50’ Est, 05° 10’ Nord ». Puis, il avertit qu’il est attaqué par trois A6M2 et disparaît… Supposant qu’il a détecté Nagumo, le commandement dirige les avions du Coastal Command vers la position indiquée par le Maryland. En fait, il s’agit de la 2e Flotte de Kondo, qui assure l’appui rapproché du convoi. A 09h35, quand les Beaufort et les Beaufighter arrivent, ils sont accueillis par 15 A6M2 et 6 A5M4. Le combat qui suit est meurtrier (4 Beaufort et 5 Beaufighter sont détruits, en échange de 4 A6M2 et 1 A5M4) mais surtout, l’attaque à la torpille est désorganisée. Six Beaufort seulement peuvent se mettre en position de lancer et aucune torpille ne touche sa cible, même si deux d’entre elles passent à une quinzaine de mètres du Hiei et du Chokai.
La force mixte de Beaufort et de Blenheim de la RAF/RAAF est elle aussi dirigée vers le point signalé par le Maryland. Cependant, leurs équipages, moins habitués que leurs collègues du Coastal Command à la navigation au-dessus de la mer et trompés par un vent du nord, dérivent à l’est de la position visée et ratent Kondo de presque 40 nautiques. Entendant à la radio les échos de la bataille livrée par le Coastal Command, ils commencent à tourner en rond, espérant tomber sur les vaisseaux signalés au moment où leur couverture de chasse serait à bout de carburant et de munitions. Après quelques minutes désespérantes, et juste avant de se décider à retourner vers Singapour, le leader de la formation aperçoit un énorme nombre de sillages. Ils ont trouvé des porte-avions mais, hélas pour eux, il s’agit bien cette fois de ceux de Nagumo. A 10h10, la formation qui se regroupe pour attaquer est coiffée par au moins trente 30 A6M2, avec des résultats catastrophiques. Cinq Beaufort et 9 Blenheim sont abattus, en échange de 4 chasseurs. Les survivants attaquent le CA Tone et le DD Abukuma, mais seul l’Abukuma est secoué par deux bombes qui le ratent de peu.
Les 14 Hudson de la RAAF sont les plus heureux. Ils trouvent le convoi et réussissent à couler deux cargos et à endommager gravement un transport de troupes, ne perdant qu’un avion du fait de la DCA.

Singapour, 12h30 – Comme les survivants des formations de bombardement regagnent leurs terrains, survient la seconde vague de Kuching : cette fois, ce sont 27 G4M1 escortés par 9 A6M2. Les Betty attaquent la base navale et le terrain de Sembawang, qui est également mitraillé par les Zéro. Ceux-ci détruisent au sol quatre Beaufort et trois Beaufighter à peine posés.
………
Malaisie – L’après-midi n’apporte aucune accalmie, du moins dans le nord.
13h45 – Ipoh est attaquée par 12 Ki-48 et Gurun par 12 Ki-30.
14h20 – Jusqu’à 18h30, les avions de la Marine et de l’Armée basés dans l’isthme de Krah coopèrent d’une façon très inhabituelle sur le front, à Asun et Jitra. Les officiers britanniques notent un changement important dans les procédures employées. Les Ki-51, lents mais agiles, volent assez bas, harcelant parfois les positions du Commonwealth avec des bombes légères. En cas de tir anti-aérien, ils demandent l’intervention de trois à six D3A1, dont le bombardement en piqué est douloureusement précis.
15h50 – Un nouveau raid des avions des porte-avions – 55 D3A1 et 32 B5B2, escortés par 36 A6M2 – s’en prend aux positions britanniques sur la côte est de la Malaisie, à Endau, Mersing et Jemaluang.
16h10 – Venus de Kuching, 36 G2M2/3 escortés par 21 A6M2 attaquent à nouveau Tengah et Seletar, sans autre opposition que celle d’une forte DCA, qui abat l’un des bombardiers.
16h30 – L’Armée japonaise attaque à nouveau Kuala-Lumpur, cette fois avec 42 Ki-21 qui bombardent la ville même.
………
Singapour – Après cette dure journée, l’Air Marshal Brooke-Popham préside une conférence d’état-major, à laquelle participe l’amiral Decoux, pour réévaluer la situation.
Il est évident qu’il faut s’attendre à un débarquement japonais sur la côte est, dans la nuit ou à l’aube du lendemain. Les forces aériennes du Commonwealth en Malaisie ont été pratiquement détruites, même si les Wellington vont attaquer dans la nuit les terrains de l’isthme de Krah, et si dix ou douze Hurricane devraient arriver dans les heures qui suivent de Rangoon via Sabang. La supériorité aérienne des Japonais est maintenant quasi totale au-dessus de Singapour comme de la Malaisie.
Brooke-Popham ordonne de préparer l’évacuation et la destruction de tous les terrains près du front au Kedah. Le convoi Long Sword, qui approche du Détroit de la Sonde, est dérouté vers Tjilatjap, sur la côte sud de Java – un port médiocre, mais abrité des attaques aériennes venant du nord par une crête montagneuse. Son escorte rapprochée, sous les ordres du Cdr C.T. Jellicoe (six DE de classe Hunt-2 : Avon Vale, Blankney, Croome, Eridge, Farndale et Grove, trois avisos antiaériens : Black Swan, Erne et Ibis et le navire antiaérien auxiliaire Tynwald), est envoyée à Batavia (aujourd’hui Djakarta), à la pointe ouest de Java, pour pouvoir participer à des missions d’escorte à travers le Détroit de Malacca.
Le contre-amiral Palliser ordonne à tous les navires de guerre de surface n’ayant pas une mission spécifique à Singapour de quitter le port au moins deux heures avant l’aube et demande à tous les sous-marins qui le peuvent d’attaquer le convoi de troupes et sa flotte de soutien. A 22h00, les croiseurs HMS Adventure et Mauritius et les MN Emile-Bertin et Lamotte-Picquet, escortés par les DD Lynx, Tempête, Tornade et Trombe, quittent Singapour pour Sœrabaya.
A bord de l’Emile-Bertin se trouve un passager : nul autre qu’Yvon Lagadec…
« J’étais en train de me demander où trouver un Martlet pour redécoller – parce que mon collègue de la FAA, Danny Potter, qui avait le dernier de Singapour, ne me le céderait pas – quand mon sixième sens de chasseur m’a averti que j’étais visé. Et je l’étais : par un officier de la Royal Navy couvert de galons et propre comme un sou neuf, malgré l’ambiance de cataclysme qui régnait dans tout Singapour. Avant que j’aie pu dégager, il a ouvert le feu : “Ensign of Vessel of 1st class Lagadec, I presume ?”
– Euh… Oui… Yes ! (pour la suite, je traduis).
– J’ai ici deux documents qui vous concernent. Le premier est de votre Amirauté. Vous êtes nommé au groupe aérien du CVE Lafayette, actuellement en essais aux Etats-Unis. Vous partez immédiatement. Vous embarquez ce soir sur l’Emile-Bertin, pour la première étape de votre voyage.
J’étais ahuri. Je ne savais même pas qu’il existait un CVE Lafayette, comme disait mon interlocuteur. Bêtement, j’essaye de résister : “Hmm, bien sûr, mais il y a une bataille, ici, vous voyez, et…”
– Ce soir, 9 PM, soyez à l’heure. Bien… A présent, de la part de notre Amirauté, pour votre belle conduite sur les HMS Furious, Ark-Royal et Formidable et vos neuf victoires confirmées…
– Onze, depuis ce matin, dis-je par réflexe (avec trois victoires pour deux avions, deux pour moi et une pour Danny, les marins avaient fait mieux que la RAF, par tête de pilote).
– Onze ? Excellent. Donc, pour vos signalés services rendus à la Couronne britannique, la Distinguished Flying Cross vous a été décernée. Désolé de ne pas avoir le temps d’organiser une remise de décoration en bonne et due forme. Félicitations !
Et il me tend une petite boîte. J’ai cru à une plaisanterie, mais la DFC était vraie, et le diplôme qui allait avec aussi. N’ayant guère de bagages à faire, j’ai consacré mes dernières heures à Singapour à payer à boire à tout ce qui se présentait. En embarquant, je chantais : “Et vive le Roi d’Angleterre, qui nous a décorés en guerre !” Quand je me suis réveillé, on approchait déjà de Sœrabaya. »


Campagne d’Indonésie
Mer de Célèbes, 00h30 – Après avoir enlevé Davao, la 4e Force d’Attaque Surprise de l’amiral Takagi atteint, avec seize transports chargés de troupes, la petite île de Tarakan, tout près de la côte nord-est de Bornéo, où les installations des champs pétrolifères commencent à brûler, incendiées par les Hollandais avertis la veille.
02h00 – Les troupes japonaises, emmenées par la 2e Force Spéciale de Débarquement de la Marine de Kure, atteignent le rivage au nord de l’île. Débordant immédiatement les quelques patrouilles de la KNIL (l’armée néerlandaise d’Indonésie), ils s’infiltrent le long d’un petit cours d’eau, l’Amal, et attaquent à l’aube les positions hollandaises, qui sont rapidement enlevées.
04h00 – Les Japonais débarquent aussi plus au sud, dans la jungle, pour attaquer les batteries côtières situées à la pointe sud de l’île.
Midi – Les Japonais arrivent aux champs pétrolifères, où ils sont provisoirement stoppés par des tirs de mitrailleuses lourdes. La résolution des défenseurs est renforcée par le récit d’un survivant des patrouilles côtières : 30 soldats de la KNIL, capturés à l’aube par les Japonais, ont été massacrés sur le rivage, à l’embouchure de l’Amal.
Alors que les combats terrestres se poursuivent, le sous-marin RNN K-X tente d’atteindre les transports japonais, mais est attaqué deux fois par des hydravions et doit se retirer.
Le mouilleur de mines RNN Prins van Oranje (Lt.Cdr. A.C. van Versendaal), qui vient de poser trois champs de mines non loin de là, est aperçu par des avions ennemis au petit jour, alors qu’il remet le cap sur Sœrabaya. Attaqué par des B5N2 du porte-avions léger Ryujo, il reçoit deux bombes de 50 kg, tandis que trois bombes plus lourdes le ratent de peu, provoquant de sévères dégâts internes. Il parvient néanmoins à s’échapper. Après quelques réparations d’urgence à Sœrabaya, il sera envoyé à Sydney pour y être remis en état, emmenant avec lui la plus grande partie du personnel de la base navale et de l’hydrobase.
………
Manado (pointe nord de l’île Célèbes), 08h00 – 28 avions de transport japonais lâchent en tout 324 parachutistes de la Marine, pendant que des équipes d’assaut amphibies sont débarquées par six transports. La résistance rencontrée est minime, les Hollandais étant très peu nombreux dans la région. A midi, les Japonais contrôlent la ville et le terrain d’aviation. En fin de journée, les transports et leur escorte quittent leur mouillage par crainte d’une attaque sous-marine nocturne.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 11:24    Sujet du message: Répondre en citant

11 janvier
Campagne de Malaisie

Mer de Chine Méridionale – Un épisode dramatique voit deux sous-marins français bien loin de chez eux, le Conquérant et le Centaure, affronter seuls la plus importante flotte d’invasion réunie par l’Empire du Soleil Levant.
Deux petites ombres sur le Soleil Levant
(Extrait de « Soldats des Profondeurs – Les sous-marins de la Marine Nationale dans la guerre » par le Commandant Henri Vuillez, Paris, 1962)
(…) Pour tenter de se mettre en position de tir contre le grand convoi japonais, les deux submersibles n’ont d’autre choix que de naviguer en surface, à vitesse maximum.
00h25 – Le Conquérant peut enfin signaler qu’il a aperçu « au moins 30 transports et peut-être beaucoup plus, un peu au nord d’Endau ».
………
La dernière course du Centaure
01h12 – Le Centaure détecte à son tour des navires, mais il s’agit d’un groupe de bâtiments de guerre rapides, à l’est de la position supposée du convoi. Son commandant décide de se glisser au milieu d’eux, espérant que la petite silhouette basse sur l’eau de son sous-marin passera inaperçue. L’équipage du Centaure doit réfréner son désir d’attaquer les navires de guerre tout proches dont les ombres défilent de chaque côté, tandis que leur commandant les guide à travers la formation japonaise, vers la position indiquée par le Conquérant. Près de trois quarts d’heure s’écoulent, racontera le LV Julien Riveteau, second du sous-marin, « pendant que nous avançons, comme dit la Bible, dans la Vallée des Ombres de la Mort – en souhaitant ardemment que le Seigneur nous tienne la main… »
01h55 – Fin du suspense : une lame d’étrave écumante signale qu’un destroyer fonce sur le sous-marin, « le couteau entre les dents. »
01h56 – Des obus éclairants de 127 dévoilent clairement la position du Centaure, et montrent que le destroyer, qui n’est plus qu’à 600 mètres, a visiblement l’intention de l’éperonner. A cette distance, plonger en catastrophe n’est pas assez rapide pour s’échapper ! « Torpilles arrière, orientation 280°, salve complète, feu ! » crie le commandant, négligeant les procédures normales. Une torpille de 550 mm et deux de 400 mm jaillissent des tubes de l’affût arrière et filent vers l’ennemi. Par bonheur, leur réglage est tel qu’elles restent pratiquement en surface, laissant des sillages bien visibles, et le destroyer abat brutalement sur tribord. Le sous-marin peut plonger, pendant que des obus de 127 commencent à pleuvoir autour de lui.
02h01 – Obstiné, le Centaure remonte en immersion périscopique, pour découvrir au bout de quelques secondes qu’un autre destroyer – ou peut-être bien le même – se rue sur lui par le travers bâbord. Devant la menace d’un grenadage bien ajusté et sans doute meurtrier, le commandant ordonne de lancer les trois torpilles de l’affût central, et les torpilles partent alors que le destroyer est à moins de 400 mètres. Onze secondes plus tard, une terrifiante explosion secoue brutalement le Centaure. L’une des torpilles a frappé le destroyer Asagiri (de la force de couverture de l’amiral Ozawa) au niveau de la soute à munitions avant, provoquant une détonation dévastatrice ! Moins de trois minutes plus tard, l’Asagiri sombre par sa proue éventrée avec presque tout son équipage, les hélices tournant encore. Mais l’onde de choc a saisi le Centaure, qu’elle projette vers le haut, hors de contrôle. Pour éviter de jaillir en surface comme un bouchon sous les yeux de toute la flotte japonaise, le commandant ordonne de remplir le ballast avant, renvoyant le sous-marin vers le bas. Le Centaure replonge à toute vitesse et frappe durement le fond par 70 mètres de profondeur, subissant de graves dommages, dont l’inondation partielle du compartiment torpilles avant, puis le sous-marin se pose sur le fond. « Un calme étrange règne alors pendant quelques instants, raconte Julien Riveteau, le temps que chacun comprenne qu’en fin de compte, il est vivant, et qu’il a intérêt à s’activer pour réparer s’il veut le rester. » Les hydrophones signalent la présence de nombreux navires en surface, mais si quelques grenades sont lâchées au petit bonheur, il n’y a aucune véritable attaque.
04h10 – La zone est désertée.
05h05 – Le Centaure peut faire surface et met le cap sur Batavia.
………
Le destin du Conquérant
01h55 – De son côté, le Conquérant s’est mis rapidement en position de tir et touche un cargo d’une torpille de 400 mm. Le navire est stoppé et commence à couler lentement. Alors que le ciel s’emplit de fusées et d’obus éclairants, le Conquérant accélère et s’éloigne vers le sud pour rattraper l’avant-garde du convoi.
02h34 – Un nouveau transport se présente et le sous-marin lance une salve de son affût central, coulant cette fois sur le coup le bateau visé. Le Conquérant est alors aperçu par un chasseur de sous-marins, qui se lance à sa poursuite en l’arrosant d’obus de 75. Ces petits obus, en limite de portée, n’ont guère d’effet, et le Japonais ne parvient pas à rattraper le sous-marin, aussi rapide que lui en surface.
02h51 –Devant l’obstination scandaleuse de son poursuivant, le commandant du Conquérant décide de lui offrir une salve de l’affût arrière, où il reste une torpille de 400 et une de 550. Au moins une des deux touche le petit navire, qui se casse en deux et coule en moins d’une minute avec presque tout son monde.
Le sous-marin reprend sa chasse au transport, quand son destin le rattrape.
03h25 – Une silhouette, prise d’abord pour celle d’un transport de troupes, se révèle être celle du destroyer Shirayuki. Avant de pouvoir plonger, Le Conquérant est éperonné juste en arrière de son kiosque et coule avec tout son équipage, sauf le commandant, l’officier de quart et les deux marins qui se trouvaient sur la passerelle.

………
La bataille des terrains – Durant la nuit, la RAF fournit un « effort maximum » contre l’aviation de l’Armée dans l’isthme de Krah. Quinze Wellington et même six vieux Wellesley sont envoyés à l’attaque des terrains japonais. Hélas, l’attaque des Wellington est peu efficace, en l’absence d’un système précis de navigation. Quant aux Wellesley, incapables de repérer leur cible, ils attaquent Singora, incendiant un dépôt de matériel.
Le système d’acheminement des renforts aériens révèle son insuffisance. Au milieu de la nuit, 13 Hurricane et cinq Blenheim arrivent de Rangoon, via Sabang, sur le terrain de Subang (Kuala-Lumpur). Mais à 06h40, pendant qu’ils ravitaillent avant de repartir vers Singapour, Subang est attaqué par 21 Ki-21, qui détruisent ou endommagent gravement cinq chasseurs et trois bombardiers. Les avions survivants gagnent Tengah, le terrain le moins endommagé de Singapour. Avant leur arrivée, le terrain de Seletar est attaqué à 07h30 par 27 G3M2 escortés par 18 A6M2 venant de Kuching, qui détruisent cinq chasseurs de nuit Defiant NF II du Squadron 16.
………
La bataille des plages – Les porte-avions de Nagumo lancent de l’aube à la mi-journée plusieurs raids, principalement composés de D3A1, qui s’en prennent aux défenses côtières d’Endau (au nord) et Mersing (au sud).
11h20 – Le débarquement commence enfin, avec plus de cinq heures de retard sur l’horaire prévu, car les dragueurs de mines ont dû ouvrir la voie aux barges de transport de troupes à travers des champs de mines très denses. Finalement, des éléments des 9e et 27e divisions d’infanterie prennent pied sur le rivage.
A partir de midi, les CV Hiryu et Soryu, dont les Hikokitai de bombardement et de torpillage sont moins nombreux que ceux des autres grands porte-avions, assurent la couverture de chasse au-dessus des plages, en coopération avec les porte-avions légers de Kondo.
13h40 – Quand la RAF réagit, 12 A6M2 patrouillent continuellement au-dessus de la tête de pont et 12 autres sont en alerte immédiate. Pourtant, neuf Beaufort et huit Beaufighter du Coastal Command, survivants de l’attaque de la veille, réussissent à endommager gravement le croiseur léger Sendai, qui doit être échoué, et à couler un chasseur de sous-marins et un transport. Mais quatre Beaufort et cinq Beaufighter sont détruits pendant l’attaque, et deux autres Beaufort s’écrasent à l’atterrissage à Sembawang.
16h15 –Une autre attaque, conduite par 12 Hudson de la RAAF, parvient à couler un transport et à en endommager un autre, mais au prix de sept avions abattus.
Au crépuscule, les défenses locales semblent avoir été réduites au silence et les forces japonaises contrôlent la situation, grâce à un appui aérien constant et avec l’aide de cartes précises dressées par des services de renseignement très actifs.
………
La bataille sur la frontière – Au Kedah, cette journée semble une réédition de la veille. Opérant en étroite coopération avec les Mitsubishi Ki-51 ou les Tachikawa Ki-36 de l’Armée, les D3A1 de la Marine maintiennent une pression constante sur les positions du Commonwealth, ciblant surtout les pièces de l’artillerie de campagne autour de Jitra.
A 14h50, un raid de 21 Ki-48 détruit le pont de chemin de fer sur le Pérak près de Kuala Kangsar, interrompant tous les mouvements ferroviaires au nord d’Ipoh.
Au soir, la 11e D.I. indienne reçoit l’ordre d’occuper les positions défensives préparées à Gurun, pour parer à une attaque en force de l’Armée japonaise dans le secteur Asun-Jitra.
………
Singapour – Dans la soirée, lord Gort revient à Singapour pour conférer avec Brooke-Popham et ses officiers. Son avion se pose entre deux raids, l’un effectué par des avions des porte-avions qui ciblent les quais du port où la population civile s’est réfugiée, l’autre accompli par 21 G4M1 escortés par 18 A6M2, contre la base navale elle-même. Cette attaque se heurte à 8 Hurricane, qui abattent deux bombardiers et un chasseur sans perte.
Gort insiste fortement sur la nécessité d’évacuer aussi vite que possible tout le personnel militaire non indispensable à la défense de la Malaisie et de Singapour, et surtout les pilotes et équipages dont les avions ont été détruits au sol.
………
Baie de Kuching – Vers midi, le porte-hydravions Mizuho et les mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru arrivent à Kuching, où ils commencent à décharger leur matériel, dont les hydravions et… six mini-sous-marins transportés par le Mizuho.

Campagne d’Indonésie
Mer de Célèbes – A Tarakan, une attaque de nuit des troupes japonaises enfonce les défenses hollandaises près du champ pétrolifère. A l’aube, le commandant de la garnison, le lieutenant-colonel S. de Waal, comprenant que la résistance de ses hommes est devenue inutile, demande aux survivants de se disperser et de rejoindre des petits bateaux positionnés à l’avance afin d’évacuer l’île vers Tanjungredep, sur la côte de Bornéo. En début de matinée, les forces japonaises atteignent le terrain d’aviation de l’île et prennent le contrôle de la petite ville.
Au sud, les Japonais n’arrivent pas à atteindre avant le début de l’après-midi les batteries côtières armées de canons de 122 mm, qui réussissent à couler deux dragueurs de mines, les W13 et W14. Cela n’empêche pas, cependant, les troupes japonaises de débarquer sur la jetée de Tarakan. En fin de journée, les servants des canons hollandais, soit 219 hommes, détruisent leurs pièces et se rendent aux troupes de l’infanterie de marine. Malheureusement, découvrant qu’il s’agit de soldats de l’Armée et non de la Marine néerlandaise, l’officier commandant les troupes de l’Armée japonaise sur place exige que les prisonniers lui soient livrés. Dans la nuit, les 219 hommes sont jetés à la mer, où ils se noient jusqu’au dernier.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – La base subit à nouveau un bombardement nocturne, cette fois par cinq G3M, sans grand résultat. Mais deux chasseurs de nuit Defiant NF-I détachés d’Australie arrivent dans l’après-midi et sont aussitôt camouflés avec soin.

Pacifique Occidental – Le “croiseur sous-marin” Surcouf intercepte et coule à la torpille de 400 mm un cargo japonais en route pour Truk (ouest des îles Bonin).

Pacifique Central – A l’entraînement par 500 nautiques au sud-ouest d’Oahu, le porte-avions USS Saratoga est touché par une torpille japonaise tirée par le sous-marin I-73. Avec trois chaudières noyées, le navire parvient toutefois à rallier Pearl Harbor.


12 janvier
Campagne de Birmanie

Le FO Mohan Singh mène deux Fury et trois Audax attaquer Kawkareik. Un dépôt de ravitaillement est touché. Pendant que les Audax bombardent, Singh aperçoit un Ki-15 revenant de reconnaissance et l’abat.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les forces japonaises et thaïes qui ont passé le Mékong commencent à progresser vers Saigon sur deux axes, à partir de Phnom-Penh et de Kompong Cham. Alors qu’elle se met en route, la seconde colonne subit une contre-attaque organisée par les forces françaises et locales, appuyées par les éléments du GBMS laissés au Cambodge (une compagnie blindée de huit Sav-41 et cinq M3F, plus une compagnie d’infanterie mécanisée). Cette contre-attaque est soutenue par les derniers P-40 de l’AVG basés près de Saigon. Après de furieux combats, la colonne japonaise est arrêtée à mi-chemin du Mékong et de la frontière entre le Cambodge et le Viet-Nam.
………
Cochinchine – Les avions de l’Armée et de la Marine japonaises basés à Tourane et à Bin-Dinh maintiennent leur pression sur les forces françaises et locales qui se replient vers Bien-Hoa. Les troupes japonaises descendant de Nha-Trang entrent à Cam Ranh pour découvrir que les installations de la base navale que leur aviation avait épargnées ont été entièrement détruites par les Français.
Devant l’aggravation de la situation, le Haut-Commissaire, Jean Sainteny, décide d’évacuer le plus possible des personnels administratifs français de Saigon. Des moyens de transport de fortune sont rassemblés pour les acheminer vers le nord, d’abord à Ban-me-Thuot, puis de là, par des routes de montagne, vers Saravane, dans les Bolovens, dans le sud du Laos.

Campagne de Malaisie
La bataille des plages – Sur la côte est de la Malaisie, les troupes japonaises, après un débarquement relativement aisé la veille, s’attendaient à passer une nuit relativement calme à Endau et Mersing. Très retardé dans la journée du 11 par les longues opérations de déminage, le débarquement devait continuer une grande partie de la nuit du 11 au 12 afin que toutes les troupes soient prêtes à avancer vers le sud dès le matin du 12. A cet effet, le commandement japonais, l’esprit tranquille, a ordonné que la mise à terre de la seconde vague et du ravitaillement de la première (qui n’a rencontré jusqu’alors qu’une résistance symbolique) se poursuive à la lumière des projecteurs des navires de guerre.
Mais les Britanniques ne sont pas absents de la zone du débarquement.
Au sud de Mersing, la 44e Brigade Indienne (17e Division) a disposé les 6/1er et 6/14e Punjab Rgts en arrière des plages et le 7/8e Punjab Regt en réserve. Elle est appuyée par six canons de 75 mm de campagne et douze antichars de 2 livres.
Au nord de Mersing, la 137e (Staffordshire) Brigade a déployé les bataillons du South and North Staffordshire Rgt en profondeur, en arrière des plages, et ceux du Prince of Wales Own Staffordshire Regt pour tenir le village et le pont. Elle est soutenue par 16 chars A1, 4 Valentine, des mortiers et six canons de 75 mm de campagne.
Plus au nord, du côté d’Endau, la Lincoln & Leicester Brigade aligne des forces comparables, avec les bataillons du Lincoln Rgt et du Leicester Rgt. Ces unités sont soutenues par vingt chars, six canons de 75 mm et 24 de 18 livres.
Dans la journée du 11, ces troupes n’ont pas démasqué leurs positions, pour éviter d’être prises pour cibles par l’artillerie navale, mais avec le coucher du soleil, la situation change complètement !
A ce moment, les Britanniques commencent à faire détoner des pièges explosifs disposés dans l’eau, à quelque distance du rivage, au milieu des barges de débarquement qui arrivent, chargées des hommes de la seconde vague et du ravitaillement. L’un des meilleurs – ou des pires – pièges élaborés par les esprits fertiles des officiers anglais est constitué de barils remplis de pétrole, amarrés sur le fond et pourvus d’une charge d’explosif télécommandée. En quelques instants, les eaux baignant le rivage sont transformées en une mer de flammes. Les défenseurs ouvrent le feu avec tout ce qu’ils ont, déversant une pluie meurtrière sur les têtes de pont. Les plages et leurs approches sont hachées par des tirs d’enfilade, qui prennent de flanc les lentes barges de débarquement, dont les côtés allongés sont beaucoup plus vulnérables que les proues, toujours plus ou moins masquées par l’écume et les vagues. Et ce n’est que le début de la “nuit sanglante” d’Endau et Mersing.
Se repérant grâce aux flammes des barils de pétrole, des Wellington bombardent les plages, provoquant des pertes sensibles, mais surtout désorganisant pour des heures les opérations de débarquement.
Les troupes déjà à terre s’efforcent de s’éloigner des plages, mais c’est pour se heurter à des retranchements solides. Respectant leur manuel d’instruction et comme à l’entraînement, les Japonais tentent de fixer de face les positions britanniques et de s’infiltrer sur les côtés. Mais ils tombent alors dans des champs de mines, des pièges et des kilomètres de barbelés, avant d’être la cible de petits groupes de fantassins anglais, bien pourvus d’armes automatiques et de grenades. Ce n’est que par la force du nombre que les soldats japonais parviennent à s’ouvrir un passage au milieu des lignes de défense, en marchant littéralement sur les cadavres de leurs camarades. Encore faut-il que les attaquants repoussent, dans la confusion, des contre-attaques menées par les défenseurs les plus hardis. Le 13e South Staffordshire parvient ainsi presque jusqu’à la mer, au milieu d’un régiment japonais.
A l’aube du 12, la situation est si difficile que l’Armée japonaise doit, à contrecœur, faire appel à l’appui direct des canons de la Marine.
08h00 – Les Hiei et Hyuga, de la 2e Flotte de Kondo, s’approchent du rivage. Avec l’aide des hydravions de reconnaissance catapultés par l’Atago et le Chokai, ils pilonnent les défenses britanniques. La puissance de vingt canons de 356 mm tirant des obus explosifs spéciaux, utilisés pour la première fois lors du débarquement de Kuching, n’est pas sans effet sur les défenseurs.
09h30 – Les croiseurs lourds d’Ozawa (Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya) et des destroyers se joignent au bombardement, martelant les défenses du côté de Mersing. Les deux porte-avions consacrés par Nagumo au soutien direct du débarquement, l’Hiryu et le Soryu, envoient leurs bombardiers en piqué attaquer les fortifications.
Pourtant, les choses restent difficiles pour les soldats japonais. Ils ont espéré toute la nuit parvenir au contact de l’ennemi, confiants dans leur adresse à la baïonnette. Mais ce moment tant attendu leur réserve une surprise. Alors qu’ils se regroupent pour donner l’assaut, des chars émergent du couvert et commencent à les massacrer à la mitrailleuse. Leurs explosifs antichars perdus ou utilisés contre les fortins, les Japonais sont sans défense. Une fois de plus, ils sont sur le point s’être rejetés sur les plages couvertes de centaines de cadavres. Seuls les tirs des canons de la flotte, que de jeunes officiers japonais demandent littéralement sur leurs propres têtes, empêchent les “chars d’infanterie” britanniques d’atteindre le rivage. Plus d’une fois, des destroyers tirant à bout portant sauvent des fantassins à la dernière extrémité. Un Valentine III est arrêté à moins de 500 m de la rive par un obus de 127 mm qui détruit la suspension et la chenille gauches. Incroyable mais vrai : l’équipage du char s’en tire, mitraillant sans pitié tout Japonais qui se risque à l’approcher avant de s’enfuir dans la nuit. Le jour suivant, les Japonais peuvent compter sur la carcasse plus de cent moyens ou gros impacts.
Alors, dans l’après-midi, les Britanniques commencent à disparaître du champ de bataille. Les Japonais entendent de puissantes explosions à l’arrière des lignes ennemies et d’épaisses colonnes de fumée montent dans le ciel. Le repli britannique commence par la gauche et s’étend peu à peu ; en fin de journée, les troupes du Commonwealth ne résistent plus que le long de la rivière Mersing, dans le village du même nom et sur les plages au sud de celui-ci.
Les Japonais tiennent leur victoire : ils ont débarqué en force, ne risquent plus d’être rejetés à la mer et contrôlent l’embouchure de la rivière et le début de la route menant au cœur de la Malaisie du sud.
Plus de 300 Britanniques ont été tués (notamment sous les obus de 356 des cuirassés) et 150 ont été faits prisonniers. Mais le gros des troupes s’est replié après avoir infligé un maximum de dommages, avant que la bataille ne puisse basculer en faveur des Japonais et que les défenseurs ne soient débordés. Aucun camion ou autre moyen de transport ne tombe intact aux mains des Japonais. Dans la soirée, le commandement japonais est informé que l’ennemi a coulé de vieilles coques chargées de pierres dans la rivière, empêchant la navigation, et qu’un petit patrouilleur qui s’y était aventuré a sauté sur une mine. La route est éventrée par des cratères et les ponts sur la Mersing, même le pont moderne, en béton, sont entièrement détruits. Epuisée et mal préparée (les troupes sont passées en peu de temps de la froidure de la Chine du Nord à la touffeur de la Malaisie), l’infanterie japonaise est hors d’état de tenter une poursuite sur un terrain semé de mines et de pièges. Tout espoir d’avancer rapidement vers Jemaluang (que les Britanniques ont mis en état de défense, n’hésitant pas à incendier les maisons bloquant leurs champs de tir) doit être abandonné.
En outre, les forces japonaises ont subi des pertes épouvantables : on compte au moins 1 200 tués et noyés et les infirmeries de la flotte sont débordées par l’afflux de 2 200 blessés, pour beaucoup victimes de brûlures ou de shrapnels (voir Appendice 3). L’artillerie britannique a en effet tiré aux shrapnels lorsqu’elle a cessé de tirer sur les barges de débarquement pour cibler les troupes sur les plages (les obus explosifs auraient eu peu d’effet sur ce sol mou).
Dans la nuit, les Britanniques complètent leur redéploiement défensif. Les troupes fraîches de la 45e Brigade Indienne occupent des positions préparées à l’avance sur Gibraltar Hill et celles de la 46e Brigade (qui appartient, comme la 45e, à la 17e Division Indienne) sont déployées en profondeur pour couvrir la route au sud, vers Kota Tinggi. Les deux brigades “County” prennent position dans Jemaluang et la 44e Brigade s’installe à Mawai pour bloquer cette voie de pénétration.
………
La bataille sur la frontière – Au Kedah, après plus de trois semaines de face-à-face, les troupes japonaises reprennent l’offensive. Des éléments de la 18e Division d’Infanterie (dont le chef, le général Mutaguchi, a été profondément affecté par l’échec des attaques précédentes) et des unités de la 5e D.I. se sont infiltrés dans la nuit autour d’Asun.
A l’aube, la 22e Brigade d’Infanterie Australienne engage l’ennemi, confiante dans l’appui des 10e et 15e bataillons du 2e Régiment d’artillerie de campagne de la Royal Australian Artillery. Mais peu après que les “25-pounder” aient commencé à matraquer les unités japonaises infiltrées, trois vagues de 9 D3A1, chacune escortée par 12 A6M2 et suivie de 12 Ki-51, font leur apparition au-dessus du champ de bataille et attaquent les positions d’artillerie. L’officier commandant le 10e bataillon est tué par une bombe de 132 livres qui touche directement son QG et toute la matinée, les artilleurs sont très occupés à déménager leurs canons vers des positions secondaires préparées à l’avance. L’infanterie japonaise peut alors engager directement les troupes australiennes et la situation apparaît assez sérieuse pour que le Brigadier H.B. Taylor demande à la 1ère Compagnie blindée indépendante, dotée de chars légers M3 Stuart, de couvrir une contre-attaque. Cependant, les Stuart sont relativement vulnérables au canon antichar japonais de 20 mm modèle 97.
A midi, la situation à Asun est incertaine, mais certaines positions enlevées par les Japonais commencent à être reprises. En revanche, l’artillerie japonaise pilonne les positions entre Asun et Jitra et quand l’artillerie australienne tente de faire sentir sa supériorité technique dans l’exercice de la contre-batterie, elle découvre que les canons japonais de 105 mm Type-92 et de 150 mm Type-89 coopèrent fréquemment avec les bombardiers en piqué Val, pour lesquels ils forcent les canons australiens à révéler leur position en répondant à leur feu. Les artilleurs japonais ont en effet accepté leur infériorité dans les duels d’artillerie, mais répondre à leurs “provocations” est le meilleur moyen d’attirer l’attention des Val. Par bonheur, des nuages bas limitent en début d’après-midi l’activité des avions de la Marine japonaise, mais vers 16h15, le ciel s’éclaircit et les bombardiers en piqué reprennent leur action contre les positions présumées de l’artillerie alliée.
Pendant ce temps, les Ki-36 et Ki-51 de l’Armée montent la garde sur le front en permanence, attaquant tout ce qui bouge, quelle que soit la météo. Les pilotes de Ki-51 “Sonia”, en particulier, apparaissent obstinés et très bien entraînés. Les soldats australiens et indiens prennent souvent leurs avions pour des Val, à cause de leur train fixe caréné. Cependant, si les Val sont connus pour leur précision, ils ne sont pas aussi obstinés ni aussi hardis à basse altitude que leurs collègues de l’Armée qui pilotent des Sonia.
Une utilisation aussi agressive des moyens aériens ne va pas sans pertes : 2 D3A1, 2 Ki-36 et 3 Ki-51 sont abattus dans la journée par la DCA. Cependant, pour la première fois, l’avantage des Britanniques et Australiens dans le domaine de l’artillerie est en partie annulé.
Dans l’après-midi, de nouvelles unités japonaises engagent les forces australiennes à Asun. La 22e Brigade australienne laisse les attaquants s’infiltrer entre les points de résistance tenus par les compagnies pour mieux les exterminer dans les champs de tir ménagés entre ces points forts. Les défenses sont en effet du type “1918 amélioré” avec une série de points fortifiés en avant d’une solide ligne de réserve. Les compagnies isolées se concentrent sur leur propre défense, pendant que l’ennemi infiltré est pris dans les feux croisés de mitrailleuses Vickers tirant selon des axes prédéfinis et que les mortiers et l’artillerie piègent les Japonais dans un tir de barrage “emboîtant”.
Au même moment, des unités japonaises d’infanterie et de chars légers (Type-95), soutenues par un demi-bataillon environ de sapeurs japonais et d’ouvriers coréens, progressent le long de la voie ferrée passant par Kadiang. Leur but est de couvrir l’attaque principale en s’emparant du pont de chemin de fer et en prenant à revers le village de Budi, menaçant ainsi de faire un trou dans les lignes alliées. Mais l’artillerie britannique effectue un tir de barrage roulant en arrière de ces troupes et le rapproche peu à peu des lignes alliées, forçant les Japonais à se jeter sur les défenses britanniques. Sous cette pression venant de l’arrière, les unités japonaises perdent leur cohésion et attaquent de façon de façon désorganisée. Leur assaut est brisé net un peu au sud de Kadiang.
Une force de l’ordre d’un bataillon accroche à la même heure les villages de Kaim et Pisang et obtient d’abord plus de succès. Au moment où elle semble capable de rompre les lignes alliées, un groupe de blindés renforce les défenseurs et l’assaut dégénère en une mitraillade intense de part et d’autre des barbelés.
Le major-général H. Gordon Bennett (chef de la 8e D.I. australienne), dont l’artillerie est harcelée systématiquement par les avions japonais, est obligé, pour contrer tous ces assauts, de demander l’appui d’éléments du 2e bataillon du 7e Armoured Rgt, chargé de protéger la position Asun-Jitra. A 15h30, onze chars d’infanterie A12 (Matilda Mk II) sont engagés avec un bataillon de la 27e Brigade. Avant la fin de la journée, certaines positions sont prises et reprises jusqu’à cinq fois, et les Japonais subissent des pertes considérables. Cependant, la force de chars est sérieusement touchée : cinq Matilda sur onze sont détruits, deux par des équipes suicide et trois par des canons de 105 mm Type-92 utilisés en tir direct. Les officiers japonais ont visiblement tiré une leçon de leurs futiles attaques de décembre : le canon de 75 mm standard de l’Armée Impériale n’est pas à la hauteur en face de troupes solidement retranchées et de blindés. Très préoccupé par les pertes subies par son artillerie sous les coups des bombardiers en piqué et sachant bien que les quelques chasseurs de la RAF/RAAF encore disponibles sont réservés à la défense de Singapour, Gordon Bennett ordonne à ses troupes de se limiter à tenir leurs positions et de ne contre-attaquer avec le soutien d’un barrage roulant que si les conditions météo empêchent les avions japonais de les gêner.
Avec la tombée de la nuit, les canonniers australiens peuvent respirer plus facilement. Certains canons ont dû changer d’emplacement cinq fois dans la journée et les deux régiments d’artillerie ont subi de lourdes pertes en personnel, jusqu’à 30 %.
Au début de la nuit, les obusiers de 4,5 pouces de la batterie G engagent l’artillerie japonaise. Cependant, sans l’appui des bombardiers en piqué, les canonniers japonais, soucieux de ne pas révéler leurs positions, laissent la plus grosse part du travail d’appui-feu aux mortiers de 81 ou de 90 mm, ou même aux petits mortiers de 50 mm (Type 9Cool, pour attaquer les fortifications australiennes à courte portée.
A 23h00, craignant de perdre le contrôle de la situation, Gordon Bennett ordonne à son artillerie de déclencher un barrage roulant lourd pour permettre aux unités les plus exposées de se replier vers Jitra. Les règles d’emploi des blindés interdisent de faire appel aux Matilda pour soutenir cette action nocturne, ce qui irrite fortement certains officiers. Néanmoins, cette nuit-là, le barrage d’artillerie est plus que suffisant pour empêcher toute tentative d’infiltration des troupes japonaises, dont les pertes ont été effrayantes dans la journée.
………
La bataille des terrains et des villes – Dès l’aube, les avions des Kaga, Akagi, Shokaku et Zuikaku attaquent les terrains de Singapour, maintenant une forte pression sur ce qui reste des unités de la RAF/RAAF. A midi, 27 G3M2 touchent durement la ville de Singapour, faisant un grand nombre de victimes civiles. Les rares Hurricane qui s’opposent aux raids perdent six des leurs, deux en combat proprement dit et quatre à l’atterrissage, surpris par une sorte de nuée d’A6M2 couvrant en permanence les terrains alliés. Les avions japonais détruits par les chasseurs et la DCA, soit 2 G3M2, 2 D3A1, 2 B5N2 et 1 A6M2, ne valent pas le prix payé par la chasse alliée.
Plus au nord, Kuala-Lumpur et son terrain sont attaqués à deux reprises par 18 Ki-21 escortés par autant de Ki-43.
Entre les avions détruits et endommagés en vol ou au sol, et en dépit des renforts acheminés via Sabang, la chasse alliée en Malaisie et Singapour est réduite au crépuscule à 8 Hurricane, 2 Spitfire et 1 Martlet opérationnels. L’officier commandant la RAF refuse énergiquement d’utiliser de jour les Defiant, seuls chasseurs de nuit équipés de radar déployés dans la région – décision qui sauve certainement la plupart des équipages concernés.

Mer de Chine Méridionale – Au nord des îles Paracel, le sous-marin USS Stingray coule un transport japonais de 5 000 tonnes.

Baie de Kuching – Le porte-hydravions Mizuho et les mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru ont achevé de décharger l’équipement nécessaire d’urgence aux avions basés à Kuching, ainsi que six mini-sous-marins et des hydravions pour la base de l’île Natuna Selatan. Les trois navires reprennent le chemin de Mako.

Campagne d’Indonésie
Ile de Tarakan (côte est de Bornéo) – Le major-général Shizuo Sakaguchi débarque à midi à l’embouchure de l’Amal et arrive aux anciens bureaux de la British Petroleum en fin de journée. Après discussion avec les officiers présents, il annonce officiellement à Tokyo que la zone a été occupée avec succès et qu’après un rapide nettoyage, ses troupes seront prêtes pour une nouvelle opération.
………
Au large de Manado – Le sous-marin USS Swordfish envoie par le fond un transport de troupes japonais – malheureusement vide – qui vient de quitter l’île de Célèbes.

Tjilatjap (Java) – Le convoi Long Sword arrive enfin, mais dans le port de Tjilatjap, dont les installations de déchargement sont très limitées. Les spécialistes de la Royal Navy et de la Marine hollandaise estiment qu’il faudra cinq jours pour débarquer tout le matériel transporté. Les avions en caisses seront au fur et à mesure véhiculés par des camions jusqu’à Bandœng, où ils seront réassemblés, tandis que le reste du matériel prendra le chemin de Sœrabaya ou de Batavia.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Nouveau bombardement nocturne, par trois G3M. Raté, tout comme l’interception par les Defiant.


13 janvier
Campagne d’Indochine

Tonkin – Les troupes japonaises sont aux portes de Haiphong. Les P-40 de l’AVG restent cependant très actifs sur le front de Thai-Nguyen. Le commandement français ordonne d’accélérer le transport de carburant et de munitions par la Rivière Noire vers Muong Theng. Trois des quelques Potez-25 TOE survivants, venus de Luang-Prabang, se posent sur le petit aérodrome pour assurer la reconnaissance tactique.
………
Annam – Les forces japonaises continuent à progresser vers le sud, lentement mais sûrement, le long de la côte. Par contre, une tentative de passer par l’ouest, à travers les Hauts Terres centrales, subit un sérieux revers.
Le sentier des ronces et des larmes
“La route glorieuse de l’officier ambitieux
– Un sentier de ronces et de larmes pour les soldats”
(hai-ku d’un soldat japonais anonyme, 1942)
Le 10 janvier, le commandement japonais en Annam décide d’envoyer un bataillon soutenu par un peloton d’autos blindées de Qui-Nhon vers Pleiku (dans les Hautes Terres) par la Route Coloniale 19 (RC 19). Cependant, les restes des 4e et 5e Bataillons Annamites d’Infanterie de Montagne (formés d’hommes des tribus du centre de l’Annam) se sont repliés dans les collines des deux côtés de la route, avec quelques hommes de l’une des compagnies d’infanterie du GBMS, des sapeurs du 10e RMIC (Régiment de Marche d’Infanterie Coloniale) et des armes récupérées sur des véhicules détruits.
Le 11, la colonne japonaise atteint Binh Khe sans trop de difficultés. Son chef, le major Manase Jiro, persuadé que les troupes françaises et indigènes fuient maintenant en désordre vers Pleiku, ordonne pour le lendemain une avance rapide vers l’ouest, afin de prévenir toute tentative ennemie de stabiliser le front. Manquant de camions, le major Manase décide de répartir sa colonne en trois éléments : il place en avant-garde une compagnie, sur les meilleurs camions disponibles, avec le peloton d’autos blindées, puis le gros de son bataillon avec quelques unités de construction (principalement des ouvriers coréens), enfin une arrière-garde transportant l’équipement lourd.
Le 12, la colonne quitte Binh Khe avant l’aube. An Khe est atteint dans la matinée. A partir d’An Khe jusqu’au col de Man Yang, 20 km plus loin, la route de Pleiku est bordée de hautes herbes à éléphant et le terrain rocheux l’enserre dans d’étroits défilés. En début d’après-midi, alors que l’avant-garde est parvenue à 11 km d’An Khe (PK 11), le deuxième groupe (le plus important) est la cible de tirs d’armes automatiques vers PK 6. Ce premier engagement n’a, dans l’immédiat, pas d’autre conséquence que de ralentir le gros de la colonne. Le major Manase ordonne alors à son avant-garde de “filer aussi vite que possible” jusqu’au col de Man Yang, car il espère toujours parvenir à Pleiku avant la nuit.
A 14h30, l’avant-garde atteint PK 15, où la route serpente dans une petite plaine couverte d’herbe à éléphant de deux mètres de haut. A cet endroit, les autos blindées qui ouvrent la marche constatent que la route a été détruite sur une certaine distance et qu’il va être difficile de passer, surtout pour les camions.
A 14h40, éclate sur la colonne immobilisée un violent feu de mitrailleuses lourdes (dont des armes de 0,5 pouce, récupérées sur des half-tracks du GBMS détruits), pendant que des obus de mortier de 60 et 81 mm se mettent à pleuvoir sur la route. Le capitaine responsable de l’avant-garde est presque immédiatement tué, tandis que les équipages des autos blindées découvrent que leurs véhicules ne sont pas à l’épreuve des terribles mitrailleuses lourdes américaines.
A 14h55, la route est totalement bloquée par des épaves en flammes et le seul camion radio a été détruit, coupant toute liaison directe avec le reste de la colonne. Le lieutenant qui assume le commandement envoie des hommes alerter le deuxième groupe, mais ils sont fauchés les uns après les autres par des tirs meurtriers.
Entendant le bruit du combat, le major Manase, qui se trouve alors à PK9, tente de progresser jusqu’à PK 15, quand des explosifs détruisent la route devant ses camions, piégeant la colonne principale, qui n’est pas encore parvenue à la petite plaine où se trouve l’avant-garde, entre les pentes raides de collines escarpées. Là aussi, un tir meurtrier d’armes automatiques ravage la colonne désorganisée. Le major Manase est blessé et voit tomber autour de lui plusieurs de ses officiers.
A 16h10, il n’existe plus aucune coordination entre les différents éléments de la colonne japonaise, et la bataille est devenue une empoignade acharnée entre de petits groupes d’hommes. Certains soldats japonais seront retrouvés morts sur les sièges de leurs camions, tués par les flèches empoisonnées tirées par les sarbacanes des montagnards.
Pris sous des feux croisés, incapables de se mettre à couvert sur un terrain idéalement favorable à l’embuscade, les Japonais battent en retraite avec de lourdes pertes. Sans le manque d’armes lourdes de leurs adversaires, la colonne toute entière aurait pu être anéantie. Lorsqu’elle parvient finalement à se réfugier à An-Khe, en fin de journée, elle a perdu plus de 50 % de ses effectifs, et jusqu’à 80 % pour l’avant-garde.
Manquant d’hommes sur la côte d’Annam, l’état-major local japonais, à Tourane, n’a pas d’autre choix que d’ordonner au major Manase de se replier jusqu’à Binh-Khe dès le lendemain matin. Tout mouvement vers les Hautes Terres est temporairement annulé.
Le jour suivant (le 14), les survivants de la colonne parviennent à regagner Binh-Khe. Ayant ainsi accompli le dernier ordre reçu, le major Manase Jiro fait seppuku au coucher du soleil, sans que son geste puisse empêcher qu’un hai-ku féroce commence à circuler parmi les soldats.

(Extrait de Guerre et Paix en Asie du Sud-Est, par Pascal N’Guyen-Minh)

Campagne de Malaisie
La bataille des terrains et des villes – Les bombardiers Ki-21 de l’Armée japonaise attaquent Kuala-Lumpur et ses terrains (Subang, Ipoh), pendant que les bombardiers légers Ki-48 se concentrent contre les infrastructures de transport de la région Taiping-Ipoh, ciblant tout spécialement les voies ferrées. La RAF/RAAF étant maintenant pratiquement inexistante dans le Kedah et la province de Wellesley, les bombardiers opèrent souvent sans escorte et les chasseurs (Ki-27 et Ki-43) sont utilisés pour mitrailler tout ce qui bouge sur les routes. Mais ce n’est pas un travail de tout repos : deux Ki-27 sont abattus par des tirs d’armes légères en mitraillant des convois de camions australiens.
Les terrains de Johore et de Singapour sont surveillés en permanence par les avions de la Marine japonaise ; la ville de Singapour et la base navale sont attaquées de jour comme de nuit par les bombardiers basés à Kuching. Cependant, le bombardement nocturne, effectué par des G2M2 venus de Kuching, se solde par la perte de quatre bombardiers, abattus par les Defiant, qui représentent à peu près tout ce qui reste de la chasse alliée en Malaisie.
………
La bataille de la tête de pont – Les troupes japonaises à Endau et Mersing passent à nouveau une mauvaise nuit. L’artillerie britannique tire des obus incendiaires et éclairants pour guider un raid de 12 Wellington et 5 Wellesley contre les têtes de pont. Et pour ceux qui auraient pu trouver le sommeil, cinq Blenheim venus de Kluang jouent les réveille-matin, attaquant à l’aube et échappant de justesse aux premières patrouilles de chasseurs.
Dans la matinée, les Japonais qui progressent de Mersing vers Jemaluang se heurtent à une sérieuse opposition et la Marine est à nouveau sollicitée de fournir le soutien du tir de ses vaisseaux. Les unités cheminant d’Endau vers Mersing sont à plusieurs reprises clouées au sol par des tirs d’artillerie, et les avions de l’Hiryu et du Soryu doivent intervenir pour les dégager ; grâce à leur aide, les deux parties de la tête de pont sont réunies vers midi.
A ce moment, la marche vers Jemaluang reprend, mais à 16h00, cinq chars Valentine et trois Matilda contre-attaquent la tête de colonne, infligeant de sérieuses pertes au bataillon d’avant-garde. A 17h30, les chars britanniques se replient, sauf un Matilda, victime d’une rupture de la chenille droite. Mais le char se comporte comme une grosse casemate, prenant en enfilade l’infanterie japonaise qui se hasarde sur la route. Il repousse ainsi une demi-douzaine d’attaques. Vers minuit, ayant épuisé ses munitions, l’équipage incendie son véhicule et se faufile jusque dans les lignes anglaises.
………
La bataille sur la frontière – Au Kedah, les troupes australiennes d’Asun ont peu à peu décroché pour rejoindre la position de défense principale à Jitra. Toujours très actives, l’aviation de l’Armée japonaise et le “Singora Kokutai” de la Marine maintiennent une surveillance constante au-dessus des forces du Commonwealth. Robin “Doc” Meyrson, du NY Times, en est témoin : « Après leurs lourdes pertes de la veille, les Japonais ont recommencé à sonder les défenses australiennes. Dans l’après-midi, l’artillerie ennemie s’est remise à pilonner les retranchements alliés, comme pour dire “Nous sommes là ! Tirez-nous dessus, si vous l’osez !” Commence alors un mortel jeu du chat et de la souris. Les canonniers australiens ouvrent le feu, en sachant qu’ils ont quelques courtes minutes pour faire taire leurs “concurrents”. Pendant qu’ils tirent, des guetteurs fouillent le ciel, et donnent l’alerte dès qu’ils aperçoivent les bombardiers en piqué “Val”, ces Stukas japonais, qui tournoient sur le front comme des vautours en quête d’une proie dès que le ciel s’éclaircit un peu. Les voilà ! Aussitôt, le tir cesse et les hommes de la batterie se ruent à l’abri. Six ou neuf avions au Soleil Rouge bombardent, des colonnes de fumée marquant les impacts de bombes, mais à moins d’un coup direct, les canons risquent peu. Les hommes, eux, doivent se méfier…
Cette fois, c’est passé tout près, mais il n’y a pas de blessés graves. Les Australiens savent qu’ils ont 30 à 45 minutes pour changer de position avec leurs canons avant que les vautours ne reviennent. Le déménagement de la batterie est un autre moment délicat, car les obusiers japonais de 105 et 150 mm n’hésitent pas à faire feu sur leurs adversaires en mouvement, donc incapables de se défendre. Pour éviter ça, il faut passer inaperçu des avions de reconnaissance “Ida”, véritables petites pestes du champ de bataille… Hier, la batterie a ainsi perdu trois hommes sur dix, morts ou blessés. Aujourd’hui, les hommes sont beaucoup plus prudents, ils utilisent mieux les couverts… Mais le remède n’est pas parfait. Une série d’explosions, tout près – une brève pluie d’obus de 105. Un homme hurle, non, deux, un infirmier se précipite, et d’autres hommes, pour récupérer le fardeau que les blessés ont laissé échapper… Tout à l’heure, la batterie sera de nouveau en position de tir.
L’officier qui la commande connaît bien l’histoire de son unité : “Cette batterie a servi pendant quatre ans en France, durant l’Autre Guerre… Les gars n’ont jamais flanché. Pas de raison qu’on craque ici, au bout d’un mois ! grogne-t-il en mordant le tuyau de sa pipe. Par contre, en face, je trouve qu’ils deviennent nerveux, pas vrai ?” En effet, la nuit tombe, les avions vont rentrer et l’artillerie du Commonwealth va retrouver sa suprématie qui interdit aux Japonais d’user des attaques nocturnes dont ils sont friands… » (Le texte original de Meyrson contenait une autre phrase de l’officier australien demandant « ce que foutent les Amerloques, à part se faire gentiment couler des cuirassés et regarder leurs alliés se battre et se faire tuer, de la Méditerranée à la Malaisie, sans leur envoyer d’autre aide qu’un foutu journaliste » – cette phrase a été coupée avant même la transmission du texte à la censure militaire).

Les éléments de la 1st Armoured Division australienne qui n’avaient pas fait mouvement vers Johore commencent à se redéployer de Simpang Ampat à Alor Setar pour jouer un rôle de pompier au cas où une attaque japonaise parviendrait à rompre les lignes alliées à Jitra. De plus, à Gurun, au sud d’Alor Setar, la 11e D.I. indienne (major-général D.M. Murray-Lyon) commence à occuper des positions défensives.

Singapour – En fin de soirée, une conférence d’état-major fait le point. Le commandement de la RAF explique que la méthode des petits paquets de renforts passant par Sabang ne marche pas. La domination aérienne japonaise est si massive au-dessus de la Malaisie et l’endurance des A6M2 au-dessus de leur cible est si impressionnante que les quelques chasseurs arrivant chaque jour de Rangoon sont détruits quasi instantanément. Les squadrons de chasse de la RAF/RAAF n’ont tout simplement pas assez d’avions pour lancer des missions d’interception tout en protégeant leurs terrains. Le mitraillage au sol est devenu la première cause de pertes aériennes. Ce n’est que si les chasseurs apportés par le convoi Long-Sword pouvaient être assemblés et transférés en masse à Singapour que le déséquilibre actuel pourrait être corrigé.
Après avoir assisté à cette conférence, le représentant français, l’amiral Decoux, signale à Alger que les sous-marins français destinés à Singapour doivent être redirigés vers Sœrabaya.

Mer de Chine Méridionale, 03h45 – Le sous-marin français Argo détecte un grand sous-marin japonais en surface et le coule d’une salve de proue de quatre torpilles. La victime est l’I-16, de type B1.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Le croiseur léger HMS Mauritius, accompagné des DD français Lynx, Tempête, Tornade et Trombe, quitte Sœrabaya pour aller assister le sous-marin français Centaure, qui navigue en surface à 10 nœuds. Le Centaure a reçu l’ordre de se rendre à Sœrabaya et non à Batavia, car Sœrabaya possède une excellente base de sous-marins de la Marine hollandaise, où le submersible français pourra être efficacement réparé.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Une tentative de raid sur Truk montée avec six PBY est annulée en raison du mauvais temps.


14 janvier
Campagne d’Indochine

Cambodge – Les troupes japonaises qui ont traversé le Mékong près de Phnom-Penh atteignent la petite ville de Prey-Vêng.
………
Cochinchine – Les terrains de Saigon sont attaqués à deux reprises par les avions de la Marine basés à Bin-Dinh. Ceux-ci détruisent 5 P-40 au sol, mais perdent deux A6M2 et trois D3A1 abattus par les chasseurs qui ont réussi à décoller.
………
Annam – Les Japonais progressent sur la côte au sud de Cam Ranh. Les forces françaises et les “irréguliers” locaux, après avoir récupéré les armes abandonnées par la colonne japonaise défaite la veille, reprennent An Khe et atteignent Binh Khe au crépuscule, à l’heure où le major Manase rejoint ses ancêtres.
………
Tonkin – Les Japonais entrent dans Haiphong. Découvrant que presque tous les équipements portuaires ont été entièrement détruits, les vainqueurs pillent le port et brutalisent la population en représailles. Aux alentours de Thai-Nguyen, les P-40 de l’AVG harcèlent les troupes japonaises, jouant souvent les bombardiers en piqué. Ils aident ainsi les forces terrestres à briser une nouvelle tentative des forces japonaises de percer vers le sud pour s’ouvrir le chemin de Hanoi.

Campagne de Malaisie
La bataille des terrains et des villes – L’activité aérienne est encore importante sur le nord et le centre de la Malaisie. Les terrains de Sebang et de Kluang sont bombardés par des Ki-21 de l’Armée. Le terrain et la gare d’Ipoh sont attaqués par des bombardiers légers Ki-48 volant à basse altitude, qui perdent deux avions sous les tirs d’une DCA très agressive mais endommagent gravement leurs cibles. Le trafic ferroviaire est à nouveau interrompu.
A Singapour, les terrains d’aviation subissent à nouveau les attaques des groupes aériens des porte-avions de Nagumo. Le port est bombardé juste après midi par des appareils basés à Kuching ; deux navires civils sont incendiés et des équipements de levage sont détruits.
………
La bataille de la tête de pont – Les troupes japonaises avancent avec précaution vers Jemaluang, au sud. Les hydravions des croiseurs fournissent une couverture aérienne permanente, mais les bombardiers en piqué des Hiryu et Soryu doivent parfois être appelés pour venir à bout de quelques fortins. A 13h50, le Hiei et le Hyuga doivent même s’approcher de la côte pour bombarder les défenses britanniques devant Jemaluang. En fin de journée, les Japonais arrivent à 3 km environ de ce qui reste de la ville.
Toute la journée, cargos et transports de troupes pressent le débarquement des hommes et du matériel lourd. La suprématie aérienne japonaise n’est contestée qu’une fois, en début de matinée, quand les survivants des squadrons du Coastal Command en Malaisie, soit cinq Beaufort et six Beaufighter, attaquent les navires mouillés devant les plages d’Endau. Ils coulent un transport et en incendient un autre, mais perdent deux Beaufort et trois Beaufighter sous les coups des Zéro des patrouilles de couverture.
Au crépuscule, sur l’ordre de Yamamoto, Nagumo renvoie les Zuikaku et Shokaku se ravitailler à Mako avec les DD Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi. Les deux porte-avions font route avec le Hiei, le Hyuga et les DD Arashio et Mitsishio, qui doivent eux aussi ravitailler à Mako.
………
La bataille sur la frontière – Au Kedah, les troupes japonaises sondent les défenses de Jitra. D’épais nuages et des orages empêchent toute activité aérienne dans la matinée, mais à partir de 15h00, le temps s’améliore quelque peu et les bombardiers en piqué de la Marine reprennent leur surveillance du front, tandis que l’artillerie japonaise s’efforce à nouveau de provoquer son adversaire au jeu de la contre-batterie. Néanmoins, en l’absence de toute attaque japonaise sérieuse, les artilleurs australiens se gardent de répondre et leurs canons restent silencieux jusqu’au soir. A partir de 20h50 et jusqu’à minuit, ils prennent leur revanche et pilonnent les axes de circulation des colonnes de ravitaillement japonaises à coups de 4,5 pouces.
………
Mer de Chine Méridionale – Arrivée à l’aérodrome de Kuching de 19 G3M2 et 12 A6M2 pour compenser les pertes subies jusqu’alors, et au delà, afin d’accroître les forces aériennes déployées dans l’île de Bornéo.

Campagne d’Indonésie
Darwin (Australie) – Dix-sept P-40E appartenant au 17e Pursuit Squadron (provisoire) quittent Darwin pour Java, avec un arrêt à Timor pour ravitailler. Les neuf premiers se poseront le lendemain sur le terrain de Perak, près de Sœrebaya.

Campagne des Philippines
Jolo – Arrivée du 1er Kokutai et du Takao Kokutai, totalisant 80 G4M1 Betty, venant de Formose avec une escale à Mako (îles Pescadores).

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul – Huit G3M attaquent de nuit, en ordre dispersé, mais cette fois les Defiant sont prêts. En quatre sorties, ils abattent deux bombardiers. Cependant, les bombes incendient un dépôt de carburant à Lakunai. Un coup direct sur un abri incomplet fait 12 tués et 16 blessés – un Centaur du Sqn 11 (hydravion Short classe C, ex-Quantas réquisitionné) est envoyé par Port Moresby évacuer les blessés. Mais les intrus nocturnes, écœurés, ne reviendront plus, et les Defiant repartiront le 20 janvier pour l’Australie.

Tokyo – Une réunion capitale du Comité National de Planification passe en revue les priorités industrielles. Le président du CNP, M. Suzuki, a invité à la fois des représentants de l’Armée et de la Marine Impériales, ainsi que le prince Konoye, qui doit présider un sous-comité spécial, et des délégués du Zaibatsu (le grand patronat industriel). La plus grande partie de la réunion porte sur les nouvelles exigences des forces armées. M. Suzuki souligne avec insistance que les stocks de matières premières doivent être accrus au plus tôt pour que l’augmentation de la production réclamée puisse être mise en œuvre. « De plus, ajoute-t-il, je ne peux que regretter profondément que la glorieuse Armée et la glorieuse Marine de Sa Majesté Impériale ne soient toujours pas parvenues à un accord pour la création d’une agence conjointe d’achats et de développement technologique concernant les matériels qui leur sont nécessaires à toutes deux. »


15 janvier
Bandœng (Java)
– Après bien des discussions, le commandement conjoint “ABDAF” (American, British, Dutch, Australian, French), ou ABDAF Command, est mis en place, sous le commandement du maréchal Wavell . Son quartier général est installé à Bandœng.
Cette structure doit couvrir un immense théâtre comprenant la Malaisie, Singapour, l’Indochine, les Indes Orientales Néerlandaises, la Birmanie, les Philippines, la Mer de Chine Méridionale et la partie nord-est de l’Océan Indien. Sa composition reflète les difficultés d’organiser une alliance efficace avec des forces disparates, dont les objectifs ne sont pas parfaitement identiques. Le principal représentant français est l’amiral Decoux.
– Commandant en chef (AbdafCom) : Field Marshal Sir Archibald Wavell
Général Sir Henry R. Pownall, Chef d’état-major
Lt.Général G.H. Brett (US Army), Premier commandant délégué
Amiral Jean Decoux (France), Commandant délégué
– Commandant des Forces Navales (AbdafFloat) : Amiral T.C. Hart (US Navy) ; chef d’état-major : Contre-amiral A.F.E. Palliser (RN)
– Commandant des Forces terrestres (AbdafArm) : Général H. Ter Poorten (Armée des Indes Orientales Néerlandaises)
– Commandant des Forces aériennes (AbdafAir): Air Chief Marshal Sir Richard E.C. Peirse (RAF)
Délégués : Général Van Oyen (ML-KNIL) et Général Brereton (USAAF).
………
L’ABDAF Command est doté d’un bras armé naval, l’ABDAF-Float, dont la tâche apparaît écrasante, car ses vaisseaux (voir Annexe C A2) doivent couvrir un immense domaine maritime.
L’AbdafFloat regroupe :
(i) La Strike Force (Abdaf-StriF, contre-amiral K.M. Doorman, RNN) est basée à Sœrabaya. Elle est chargée d’éventuelles opérations offensives, mais aussi de maintenir les communications avec l’Australie.
(ii) Le Western Covering Group, basé à Batavia, doit maintenir les communications avec Singapour.
(iii) La Malacca Strait Force, basée à Singapour, doit couvrir le flanc ouest des forces terrestres du Commonwealth en Malaisie.
(iv) Le Colombo Escort Group, basé à Colombo (Ceylan).
(v) La Singapore Defence Force, basée à Singapour.
(vi) La Java Defence Force, basée à Sœrabaya.
(vii) Le Mine Group, basé à Sœrebaya.
(viii) La Submarine Force (MN, RN, RNN, USN).
Le CV Bérenger est nommé commandant du Mine Group et de la Submarine Force, regroupés sous l’étiquette MiSubForce.

Campagne de Birmanie
Six Hurricane du Sqn 67 et trois Blenheim du Sqn 113 attaquent avec succès Prachuab Girikan. Un Blenheim est abattu par un Ki-27 thaï, mais six avions thaïlandais sont détruits au sol, ainsi qu’un Ford Trimotor en train de faire taxi. A bord de cet appareil se trouve un membre de la famille royale thaïlandaise, qui est tué. L’émotion soulevée dans la population conduit le gouvernement thaï à « autoriser des représailles » (bien qu’il n’en ait guère les moyens, l’essentiel de ses forces étant engagées au Cambodge).
Pendant ce temps, l’aviation de la Marine japonaise lance un raid réussi sur le Golfe du Bengale. Six G3M repèrent, bombardent et coulent à l’ouest des Andaman le gros cargo français Jamaïque (1922, 10 123 GRT, 13,5 nœuds, allant d’Angleterre à Rangoon avec des munitions, des avions et des blindés légers destinés à la Chine). Tout le trafic reçoit immédiatement l’ordre de faire route plus à l’ouest, en longeant la côte indienne, et l’organisation d’un système de convoi commence.

Campagne de Malaisie
Mer de Chine Méridionale – Des sous-marins britanniques, hollandais et français tentent d’attaquer la flotte de débarquement japonaise, malgré la présence massive de la Marine impériale.
Le HMS Otway se jette dans la force d’Ozawa. Il manque le Mogami et doit ensuite endurer trois heures d’un grenadage imprécis, mais qui secoue sévèrement le submersible.
Le HrMs K-XVIII endommage un cargo, avant d’être lui-même gravement endommagé par les grenades de deux des destroyers de l’amiral Hashimoto, les Shinonome et Isonami. Avec de nombreuses fuites d’acide dans son compartiment batteries, le sous-marin hollandais n’a pas d’autre solution que de se traîner jusqu’à Singapour.
Le MN Pascal, venant du nord, essaye de pénétrer l’écran japonais en manœuvrant en surface et en restant tout près du rivage. Il est malgré tout détecté 5 nautiques au nord d’Endau par un des petits chasseurs de sous-marins de l’amiral Hara. Après une tentative pour égarer son poursuivant par une feinte vers l’est à vitesse maximum, le Pascal l’exécute d’une salve de trois torpilles à 00h54. L’explosion met évidemment tout l’écran japonais en alerte. Des hydravions sont catapultés et commencent à arroser la zone de fusées éclairantes. Plongeant par petits fonds, le Pascal s’efforce d’approcher des transports, mais il est violemment attaqué par deux destroyers et doit y renoncer.
Ces attaques auraient dû être coordonnées avec une intervention des forces navales légères de surface venues de Singapour. Les vedettes lance-torpilles de la Royal Navy MTB-50, 51, 52, 53, 54 et 55 ne peuvent cependant attaquer qu’à 02h15, soit avec presque 90 minutes de retard sur l’horaire prévu. Elles réussissent à couler le dragueur de mines W15 et à détruire un chasseur de sous-marins au sud de Mersing, mais deux d’entre elles, les MTB-51 et 53, sont perdues, et la MTB-54 est sérieusement endommagée.

La bataille des terrains et des villes – Singapour est attaquée toute la journée par des avions de la Marine japonaise, qui répartissent leur attention entre les terrains et la base navale. Là, ils touchent le sous-marin hollandais K-XVIII, à peine rentré d’une nuit de combat contre les forces japonaises et déjà très endommagé. Le K-XVIII doit être échoué à l’entrée du port. Les dragueurs de mines Halcyon et Harrier sont pratiquement détruits par des bombardiers en piqué et l’aviso patrouilleur Kingfisher, escortant un navire civil bourré de réfugiés, est coulé par une nouvelle attaque. Le navire escorté est incendié et doit être échoué, avec de très lourdes pertes humaines.
Au nord, l’aviation de l’Armée attaque surtout les gares et les voies ferrées près d’Ipoh et de Kuala-Lumpur.
………
La bataille de la tête de pont – Dans la nuit, 10 Wellington bombardent la tête de pont d’Endau et Mersing, mais de façon peu efficace en raison du manque de repères.
A Jemaluang, les troupes japonaises commencent à envelopper les défenseurs britanniques après un bombardement préciseffectué par les avions du Kaga et de l’Akagi. Cependant, l’avance japonaise est retardée par des champs de mines très denses et par la résistance acharnée des Britanniques autour de plusieurs points fortifiés. Deux fois, des blindés anglais contre-attaquent, forçant les troupes japonaises à se replier pour se regrouper et demander un soutien d’artillerie. En fin de journée, Jemaluang est encore disputée, bien que les Japonais aient réussi à atteindre la route menant vers Kluang.
………
La bataille sur la frontière – Au Kedah, comptant sur une météo relativement clémente, les troupes japonaises attaquent les positions du Commonwealth à l’ouest, sur l’axe Manggoi - Pisang - Budi, en même temps que le long de la voie ferrée. L’artillerie japonaise est très active, que ce soit dans son nouveau rôle de “provocation” ou en soutien des attaques d’infanterie. Mais malgré le fait que leur artillerie soit en partie contrée par les attaques répétées des D3A1, les Australiens luttent avec vigueur, contre-attaquant avec le soutien des blindés chaque fois que les attaques japonaises paraissent perdre de leur puissance. La bataille est acharnée, brutale, sans merci de part et d’autre.
Au soir, les défenses australiennes tiennent encore solidement à Rimba, mais les Japonais ont atteint Budi, et leurs troupes se rapprochent de la voie ferrée, où elles font à 22h00 leur jonction avec celles qui ont progressé sur cet axe. Peu avant minuit, une nouvelle contre-attaque permet aux Australiens de reprendre Budi, mais ils en sont à nouveau rejetés vers 02h00, à la suite de trois charges “Banzaï” de suite. Pendant ce temps, l’infanterie japonaise commence à s’infiltrer à l’est, à flanc de colline. Soutenus par leur artillerie, dont les pertes dans la journée ont encore une fois été notables, les Australiens tentent de nettoyer les infiltrations, mais réalisent rapidement qu’il s’agit d’une attaque en force.
………
Singapour – Après en avoir discuté avec le contre-amiral Palliser, l’amiral Hart ordonne dans l’après-midi au groupe du Royal Sovereign de retourner à Colombo pour escorter les convois venant d’Europe. Il ordonne aussi aux croiseurs Houston et Concord, avec les DesDiv 71 (USS Abbot, Doran, Hopewell et Thomas) et DesDiv 72 (USS Bailey, Meade, Shubrick et Swasey), de se rendre à Kupang (sur la partie hollandaise de Timor) pour y retrouver les pétroliers de l’US Navy et les navires de ravitaillement envoyés à Darwin. Avec les croiseurs légers de la RAN Hobart et Perth, qui vont les rejoindre, ils doivent escorter les convois allant de Darwin à Tjilatjap.

Campagne d’Indonésie
Bandœng – Pendant que le commandement s’organise, les Hurricane apportés par le convoi Long Sword commencent à être assemblés à Bandœng-Andir. A la grande confusion des équipes de la RAF, il apparaît qu’il manque des éléments importants : ainsi, des déclencheurs de mitrailleuses ont été embarqués sur un autre bateau que le reste des avions. La situation n’est pas améliorée par ce que le commandant du squadron n° 8 de la RAAF, F.N. Wright, décrira plus tard comme « une mentalité de temps de paix en temps de guerre ». Les mécaniciens de la RAF continuent de travailler selon des horaires d’avant-guerre, c’est-à-dire de 07h30 à 12h30, avec une pause-thé de quinze minutes dans la matinée…

Kuching – Le poseur de mines et filets Yaeyama arrive en Baie de Kuching. Le bateau a été transformé en bâtiment de soutien pour les plongeurs qui doivent explorer les épaves des navires alliés coulés durant la bataille des 30-31 décembre.
………
Dans l’après-midi (et sans rapport avec ce qui précède), à la demande des Britanniques, Kuching est attaqué par le ML-KNIL (l’aviation des Indes néerlandaises). Les attaquants font partie du 7e Afdeling Horizontale Bommenwerpers, unité improvisée basée à Batavia-Tjililitan et comprenant un Martin 139 WH-2, deux Martin 139 WH-3 et six Martin 139 WH-3A. Malheureusement, les tactiques élaborées avant-guerre par le ML-KNIL recommandent des raids par petits paquets de trois avions, attaquant le même objectif toutes les 90 minutes. La première formation (3 Martin 139 WH-3A) est interceptée par trois A5M4 et deux A6M2 en patrouille et perd deux appareils avant même d’atteindre le terrain de Kuching ; le troisième, gravement endommagé, se pose sur le ventre à à Kotawaringin, sur la côte sud de Bornéo. La deuxième attaque (1 Martin 139 WH-2, 2 Martin 139 WH-3) est interceptée bien avant Kuching, et les trois avions sont abattus l’un après l’autre. Le leader réussit cependant à transmettre en clair « Attention, chasseurs basés à terre ». Le ML-KNIL annule alors la troisième attaque, dont les avions sont rappelés avant d’atteindre Bornéo.

Campagne des Philippines
Bataan – Les Japonais forcent la ligne du mont Natib. Les Américano-Philippins sont en pleine retraite. Ils réussissent à s’accrocher autour du mont Samat, sur la ligne Bagac-Orion.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 11:29    Sujet du message: Répondre en citant

16 janvier
Campagne d’Indochine

Cambodge – Les troupes japonaises et thaïes à l’est du Mékong se regroupent. Le génie japonais tente de jeter un pont de bateaux sur le fleuve, mais deux attaques des P-40 de l’AVG gênent son travail.
………
Annam – Les unités japonaises qui progressent sur la côte entrent à Phan-Rang et commencent à avancer vers Da-Lat. Dans la nuit, la garnison japonaise de Binh-Khe est harcelée par des tirs de mortier de 81 et de 60 mm. Au lever du jour, une compagnie d’infanterie part à la recherche des attaquants, mais elle tombe dans une embuscade sur la RC-19 à cinq km à l’est de Binh-Khe. Le commandant de la garnison de Binh-Khe appelle l’aviation au secours et trois Ki-36 basés à Tourane viennent lâcher quelques bombes légères dans les environs, sans autre résultat que de voir l’un d’eux se faire endommager par des tirs de mitrailleuses lourdes.
………
Tonkin – Les troupes japonaises qui ont pris Haiphong poursuivent leurs “représailles” sur la population. C’est notamment le cas dans le quartier du port, car les Japonais rendent les dockers et les autres employés du port responsables de la destruction quasi totale des installations portuaires. Björn Lindholm, représentant d’une compagnie maritime suédoise bloqué au Viet-Nam depuis de nombreux mois par la guerre, raconte : « J’ai assisté à un véritable “viol de Haiphong”, comme on avait pu parler, quelques années plus tôt, d’un “viol de Nankin”. De mes fenêtres, j’ai vu les soldats japonais rafler au hasard de malheureux civils, les pousser au milieu des rues et les mitrailler sans pitié, hommes, femmes, enfants, vieillards… » Heureusement pour les habitants, la plupart des troupes japonaises commencent à faire mouvement vers Hanoi avant d’étendre leurs exactions à l’ensemble de la ville.

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Au Kedah, la bataille pour Jitra se poursuit. Le temps assez nuageux limite l’activité des bombardiers en piqué japonais, mais l’artillerie australienne, réduite à cinq obusiers de 4,5 pouces et vingt “25-pounders”, a du mal à répondre aux canons et obusiers de 105 mm et 150 mm des Japonais.
Mais le major-général Gordon Bennett n’est pas prêt à lâcher prise après ses succès du mois de décembre. Faisant confiance à ses troupes pour maîtriser les infiltrations japonaises sur son aile droite, il se préoccupe de monter une contre-attaque vers Pisang pour casser la tentative d’enveloppement de son aile gauche. Grâce au très bon système de communication de l’artillerie britannique, ses canons survivants peuvent concentrer leur tir pour un barrage roulant très efficace déclenché à l’aube, avant l’attaque de la 27e Brigade d’Infanterie australienne. Une féroce bataille d’infanterie fait rage toute la matinée et à midi, les Australiens sont en position de prendre Pisang, puis de progresser vers la ligne de chemin de fer, à l’ouest, encerclant les forces japonaises qui ont pris Budi la veille.
12h45 –Des obus de gros calibre commencent à tomber sur le centre des positions de défense, tandis qu’il apparaît que les Japonais infiltrés sur l’aile droite ont continué d’avancer et ont atteint le niveau de Jitra.
14h00 – Gordon Bennett se résout à rappeler la contre-attaque de son aile gauche et les troupes reviennent sur leurs positions de départ.
Dans l’après-midi, la situation s’aggrave au centre de la défense. L’artillerie australienne doit faire face à un tir de contre-batterie intense venant de canons de gros calibre qui restent hors de portée des “25-pdr”.
17h25 – Le temps s’étant un peu amélioré, les bombardiers en piqué D3A1 effectuent une violente attaque destinée à neutraliser la position centrale de défense. Plusieurs officiers supérieurs sont blessés.
18h00 – Il devient clair que les troupes japonaises ont repris leur avance le long de la voie ferrée, menaçant les Australiens d’encerclement. Gordon Bennett n’a plus le choix : il faut s’apprêter à battre en retraite vers Alor Setar.
20h00 – La route menant vers le sud est déjà la cible d’un tir d’artillerie assez imprécis mais venant de l’ouest, ce qui montre que des unités d’artillerie se sont avancées jusqu’à Budi ou même plus au sud.
………
La bataille en Malaisie du sud – Bien que les Japonais ne contrôlent toujours pas Jemaluang, où les tirs continuent, leurs troupes commencent à faire mouvement vers l’ouest et atteignent les abords de Kengkar Lenggor en fin d’après-midi. Cependant, à Jemaluang, la Staffordshire Brigade lance des contre-attaques limitées pour empêcher les unités japonaises de s’organiser.
Sur la route de Kota-Tinggi, les troupes japonaises se heurtent toute la journée à la 17e Division Indienne. Dans l’après-midi, il faut à nouveau faire appel à l’artillerie navale pour réduire certaines positions défensives.
Les forces débarquées à Endau tentent de remonter le cours du Lenggor, mais sont arrêtées par des troupes du Commonwealth bien retranchées, tandis que la rivière est minée.
………
La bataille aérienne de Singapour – Les chasseurs des porte-avions japonais continuent à monter une garde sourcilleuse autour des terrains d’aviation. Les bombardiers en piqué du Kaga et de l’Akagi attaquent par deux fois le port ; ils détruisent la canonnière Dragonfly et coulent deux vapeurs civils.

Campagne d’Indonésie
Kuching – Près de 90 avions de l’Armée japonaise viennent soutenir les prochaines opérations à Bornéo. Ce sont 36 bombardiers bimoteurs Ki-21, 27 bombardiers monomoteurs Ki-30 et 24 chasseurs Ki-27.

Sœrebaya (Java) – Plus de cent avions de la Marine japonaise basés à Kuching attaquent la ville : 21 G4M1, 45 G3M2/3 et 45 A6M2. Une partie d’entre eux s’en prennent à l’aérodrome de Perak, sous les yeux d’Yvon Lagadec, en visite à Perak : « L’âne bâté qui dirigeait la défense aérienne de Sourabaya ne savait pas qu’on se battait depuis deux ans et demi et que depuis six semaines, la guerre était sur le pas de sa porte. Il se croyait toujours en 1920, je pense. Alors que les sirènes d’alerte retentissaient déjà, il n’avait pas encore donné l’ordre de décoller aux chasseurs de Perak. Quand enfin il estima que les conditions fixées par son manuel d’engagement des forces aériennes étaient remplies, il était beaucoup trop tard. Les malheureux pilotes qui réussirent à décoller, avec 8 Hawk-75A7, 11 CW-21 et 6 P-40E de l’USAAF, se firent coiffer sans pitié par une nuée de Zéro. En cinq minutes, 5 Hawk-75, 9 CW-21 et 4 P-40E furent abattus ou réduits à l’état d’épaves que leurs pilotes purent tout juste ramener au terrain. Pendant ce temps, les bombardiers nous matraquaient à loisir, transformant en ferraille deux autres Hawk-75, deux CW-21 et un P-40E. En quelques instants, les 1e et 2e Afdeling (1 et 2-VLG-IV) avaient été anéantis, plus cinq des neuf P-40E du 17e Pursuit Squadron de l’USAAF, arrivés la veille. Et sans même pouvoir se battre, à cause d’un rond-de-cuir qui considérait les avions qu’il dirigeait comme le stock de trombones de son bureau ! »
De graves dommages sont aussi infligés à la base navale et à la ville. Le destroyer USS Peary, qui était en cale sèche, est détruit en même temps que son bassin de radoub. Le vieux croiseur léger hollandais Sumatra, que l’on se hâtait de remettre en état, reçoit deux bombes de 250 kg et est raté de peu par deux autres.
De plus, les bombardiers japonais ont la chance de tomber sur le HMS Mauritius et les destroyers français Lynx, Tempête, Tornade et Trombe au moment où ils entrent dans le port, le Tornade remorquant le sous-marin Centaure, dont les diesels avaient rendu l’âme en chemin. Le Mauritius n’est que légèrement secoué par deux bombes qui tombent non loin, mais les Français sont moins heureux. Le Tornade, incapable de manœuvrer, est frappé par deux bombes de 250 kg et coule à l’entrée du port. Le Centaure, qui n’a plus ni batteries ni diesels, est alors drossé sur les récifs et piégé par la marée descendante. Son équipage est sauf, comme une grande partie de celui du Tornade, mais les hommes devront trouver d’autres navires pour reprendre le combat.
Une partie des quais est en flammes. Les pertes sont lourdes chez les civils, ce qui provoque dans l’après-midi l’exode d’une grande partie de la population, privant le port d’ouvriers pourtant bien nécessaires.


17 janvier
Campagne de Birmanie

Les premiers éléments de la 55e Division japonaise (Lt-général Hanaya) passent la frontière birmane à Mehsoht.
L’Armée impériale a déployé en Thaïlande ses 20e, 6e et 7e Armées. La 20e est engagée en Malaisie. La 6e, soutenue par le gros des forces thaïlandaises, est engagée dans l’invasion du Cambodge, de l’ouest du Laos et du sud du Vietnam.
La 7e Armée (Lt-général Jûichi) a été déployée sur le front de Birmanie. Elle se compose des 33e et 55e Divisions d’Infanterie , de la 5e Brigade d’Artillerie Lourde de Campagne et de la 9e Brigade Blindée (col. Takehi), dont les 5e et 7e Régiments totalisent une centaine de chars. La 7e Armée possède aussi deux bataillons du génie (les 4e et 20e), deux compagnies de pontonniers et quatre de transport, des unités de communication, des unités médicales, etc.
L’Armée royale thaïe est représentée sur ce front par une seule division, la 2e DI, appuyée par une demi-douzaine de petits chars Vickers “Six-toners”.
Ces forces sont soutenues par la 5e Division Aérienne Mixte de l’Armée impériale, qui compte 165 avions. Le QG de la division est installé à Don Muang, avec le 4e Bataillon Aérien (43 bombardiers moyens bimoteurs Ki-21 et 30 bombardiers légers bimoteurs Ki-48 déployés à Don Muang, 29 chasseurs Ki-27 à Nakhorn Sawan et 29 bombardiers légers monomoteurs Ki-30 à Phitsanulok). Le 10e Bataillon Aérien (28 Ki-27 et 6 Ki-15 de reconnaissance) est à Lampong.

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Dans la nuit, les Wellington de la RAF bombardent des dépôts ennemis sur la frontière pour perturber les approvisionnements japonais.
Les forces australiennes combattant au Kedah rompent le combat autour de Jitra et se regroupent au-delà de la rivière, à Kempala Batas. Le temps très nuageux empêche l’aviation de gêner ce mouvement, et les troupes japonaises sont ralenties par un harcèlement d’artillerie et par les destructions des voies de communication effectuées par les Australiens en retraite. Les deux camps se préparent à une nouvelle bataille autour d’Alor Setar, dont les sapeurs britanniques commencent à démolir l’aérodrome.
………
La bataille en Malaisie du sud – Des mouvements d’enveloppement des forces japonaises obligent les troupes du Commonwealth à abandonner leurs positions autour de Jemaluang. Les Japonais progressent aussi à l’ouest, vers Kluang.
………
La bataille aérienne de Singapour – Les avions de la Marine japonaise maintiennent leur pression sur les terrains de Singapour. La ville est attaquée pour la première fois par des appareils de l’Armée japonaise : à 13h50, 27 Ki-21 basés à Kuching bombardent la cité. Deux d’entre eux sont abattus par la DCA.

Mer de Chine Méridionale – A 17h00, les porte-avions Kaga et Akagi, escortés par le CL Abukuma et les DD Kasumi, Hamakaze, Isokaze, Tanikaze et Urakaze, mettent le cap sur Mako pour s’y ravitailler. Les porte-avions Hiryu et Soryu, restés seuls au large de la Malaisie, se joignent à la 2e Flotte de Kondo.
Les Shokaku, Zuikaku, Hiei et Hyuga et leur escorte arrivent en début de journée à Mako. Tous les navires commencent à se réapprovisionner en hâte. En fin de journée, les deux porte-avions, les destroyers Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi, le porte-hydravions Mizuho et les mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru quittent Mako et filent cap au sud-est, vers le détroit de Balabac (entre Bornéo et les Philippines).

Campagne d’Indonésie
Bandœng –En fin de matinée, 54 bombardiers bimoteurs (36 G3M2/3 et 18 G4M1) escortés par 36 A6M2 frappent la ville. Les avions venus de Kuching bénéficient à nouveau de la très mauvaise organisation de la défense aérienne des Indes Orientales Néerlandaises. L’alerte n’est donnée sur l’aérodrome d’Andir que quelques minutes avant le début du bombardement. Les trois CW-21 qui décollent alors sont surpris par les chasseurs d’escorte pendant qu’ils tentent de grimper à l’altitude des attaquants et sont rapidement détruits. La ville de Bandœng subit de gros dégâts. Pire encore (du point de vue des militaires), le bombardement du terrain détruit 21 Hurricane à peine assemblés et 6 autres encore en caisses.

Campagne des Philippines
Les troupes américaines défendant la péninsule de Bataan sont lentement repoussées par les Japonais. Les Japonais s’infiltrent autour du mont Natib, et le IIe Corps américain recule vers la Baie de Manille et Orion.
Au large de Davao, le sous-marin américain Swordfish coule un petit transport japonais.

Campagne du Pacifique Sud
Un raid sur Truk réussit, malgré un temps abominable. Six PBY venus de Rabaul touchent le terrain de plusieurs bombes, détruisant trois avions, et endommagent un pétrolier. L’un des PBY (Sqn Ldr Davies) est abattu par des chasseurs.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les forces nippo-thaïes sont toujours en train de se réorganiser.
Cochinchine – Saigon et Bien-Hoa sont la cible de nombreuses attaques aériennes.
Tonkin – Les forces japonaises qui ont pris Haiphong approchent de Hanoi, que les soldats français et les autorités coloniales ont évacué durant la nuit. Pour éviter le massacre de la population, le Haut-Commissaire Jean Sainteny et le général Martin déclarent Hanoi ville ouverte. Les avions de l’AVF se redéploient à Viet-Try.


18 janvier
Campagne de Birmanie

Bien qu’elle soit essentielle au ravitaillement de la Chine, la Birmanie est faiblement défendue. Il semblait que cela ne fût pas nécessaire, car pour avancer sérieusement vers l’ouest, les Japonais devaient d’abord se débarrasser de la Malaisie – et de la flotte de Singapour. La disparition de la flotte de l’amiral Phillips remet tout cela en question. Si la Malaisie tombe, la Birmanie sera en grand danger !
Le commandant en chef en Birmanie (GOC Burma), le lieutenant-général Tom Hutton, récemment nommé par Wavell (en tant que CiC India) en remplacement du général McLeod, a fait de son mieux avec ce qu’il a pour obéir aux ordres qu’il a reçus.
La présence de deux “armées” de l’armée républicaine chinoise à l’entraînement dans les états de Shan lui permet de déployer sur la frontière la 1ère Division Birmane, mais celle-ci est en sous-effectifs, sous-équipée, peu expérimentée et même peu fiable. Elle est donc disposée au nord de la frontière avec la Thaïlande, entre Kemapyu et Papun, dans la zone la moins menacée, sur la rive ouest de la Salween.
Dans la pointe sud-est de la Birmanie (le Tenasserim) sont dispersés trois faibles bataillons : du sud au nord, le 2e Burma Rifles à Mergui, le 6e à Tavoy et le 3e devant Ye, couvrant la passe des Trois Pagodes.
La meilleure unité, la 8e Division Indienne (major-général Charles Harvey), est déployée à Moulmein. Ses trois brigades, les 17e, 18e et 19e, sont à effectifs complets et raisonnablement bien équipées.
Hutton a réclamé des blindés à Wavell, mais il n’y en a aucun de disponible. Il n’est pas question de toucher au matériel en transit vers la Chine, et Wavell n’autorise Hutton à utiliser le matériel des centres d’entraînement qu’en cas d’urgence absolue. Obligé d’être créatif, Hutton a demandé et obtenu l’autorisation de lever des unités de volontaires indépendantes et de lancer dans la population un appel à l’aide pour améliorer les capacités du BVAS. C’est ainsi que, de passage à Calcutta en décembre peu après l’attaque japonaise, il dînait au Saturday Club quand des gentlemen médaillés d’un certain âge lui ont demandé ce que pourrait faire pour lui le Calcutta Light Horse. Si, depuis plus de vingt ans, cette unité n’est plus qu’une sorte de club et si tous ses membres en âge de servir se sont déjà engagés, il reste encore à Calcutta un certain nombre de vétérans de 14-18 désireux de servir. Début janvier, 25 d’entre eux, ayant recruté plusieurs centaines de volontaires d’origines variées (par exemple dans les unités de transport), forment à Rangoon un bataillon blindé avec 18 vieux chars moyens Vickers et 20 petits chars Mk V tout aussi antiques. Ces reliques ont été récupérées dans des dépôts en Inde ou en Egypte, à moins qu’elles n’aient été envoyées d’Angleterre à destination de la Chine et que même les Chinois les aient jugées dépassées. Pour donner à cette unité une certaine capacité antichar, des canons navals de 12 livres sont greffés sur quatre autres Vickers medium, sans trop savoir si l’assemblage ne va pas tomber en morceaux après les premiers coups. Le Calcutta Light Horse sera officiellement reconstitué début février à Payagyi.

Campagne d’Indochine
Annam – Une partie de la colonne qui avance vers le sud tente de prendre Da-Lat par surprise au début de la matinée, mais tombe dans une embuscade à 5 km de la ville. Les attaquants subissent de lourdes pertes quand la route est détruite sous les roues de leurs véhicules par des mines enterrées. Le reste de la colonne, avançant le long de la voie ferrée côtière, approche de Phan-Thief en fin de journée.
Tonkin – Les troupes japonaises entrent à Hanoi.

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Comme le temps s’améliore au-dessus du Kedah, les bombardiers en piqué de la Marine japonaise réapparaissent et attaquent les positions australiennes autour d’Alor Setar. Au sol, une première tentative de percée par un régiment japonais est arrêtée au confluent des rivières qui arrosent la région. Cependant, la contre-attaque australienne est trop faible pour être efficace. Les Australiens doivent utiliser leurs chars comme une artillerie mobile pour couvrir leur infanterie quand elle se rabat sur une seconde ligne de défense.
………
La bataille en Malaisie centrale – Les bombardiers Ki-21 de l’Armée attaquent violemment Kuala-Lumpur et le terrain de Subang. Au même moment, 12 Ki-48 s’en prennent à Taiping ; la DCA parvient à abattre l’un d’entre eux.
………
La bataille en Malaisie du sud – Les troupes japonaises avancent lentement vers Kluang, à l’ouest, mais leur progression vers le sud est à nouveau arrêtée avant Kota Tinggi.
………
La bataille aérienne de Singapour – Le port est attaqué dans la journée par des avions des porte-avions japonais, qui coulent le dragueur de mines Gleaner et deux vedettes Fairmile, les ML 137 et 138. Les Ki-21 de l’Armée basés à Kuching attaquent la ville pendant la nuit, mais les Defiant en abattent deux.
………
Mer de Chine Méridionale – Escortés par deux destroyers, les cuirassés Hiei et Hyuga quittent Mako (Pescadores) pour rejoindre la 2e Flotte de Kondo.

Campagne d’Indonésie
Bornéo – Pontianak et Singkawang sont attaqués par les avions de l’Armée japonaise basés à Kuching. Le terrain de Singkawang-II est bombardé à deux reprises par des Ki-30.
………
Sœrabaya – Un nouveau raid des avions de la Marine basés à Kuching frappe le port et la ville. Les bombardiers attaquent sans opposition, car les chasseurs survivants sont concentrés sur le terrain de Maospati. Des coups directs détruisent les sous-marins hollandais K-VII et K-XIII, l’américain S-36, ainsi que le mouilleur de mines Rigel et le dragueur de mines Pieter de Bitter. Les équipements portuaires sont eux aussi durement touchés.
………
Mer de Célèbes – Les bombardiers G4M1 basés à Jolo se redéploient vers Manado (nord de Célèbes).
La 4e Force d’Attaque Surprise arrive à Tarakan. L’amiral K. Kubo commande 24 transports, les mouilleurs de mines Itsukushima et Tatsuhara Maru, le ravitailleur d’hydravions Kamoi (6 F1M2, 4 E13A1, 2 E8N), six chasseurs de sous-marins (les 1ère et 2e divisions : Ch 10, 11, 12, 13, 14 et 15) et six dragueurs de mines (de vieux destroyers transformés), plus sept petits patrouilleurs et dragueurs de mines auxiliaires. Cette force est accompagnée par le groupe de couverture du contre-amiral T. Tagaki avec les CA Haguro, Myoko et Nachi, le porte-avions léger Ryujo (25 A5M4 et 18 B5N2), le porte-hydravions Chitose (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N), le DD Shiokaze et un groupe spécial conduit par le contre-amiral R. Tanaka avec le CL Jintsu et les DD Hayashio, Kuroshio, Natsushio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze.
Une partie des transports déchargent leur contenu à Tarakan.

Tachikawa (Japon) – En présence des représentants du Koku Hombu, le premier Dokuritsu Sentai (groupe indépendant) de l’Armée destiné à l’appui au sol est mis sur pied. Inspiré par l’expérience allemande des campagnes de France et de Grèce, soutenu avec enthousiasme par le général Yamashita et tous les officiers supérieurs de l’Armée en Malaisie, cette unité autonome doit être formée de deux Chutai comprenant chacun 12 bombardiers en piqué (en théorie, des D3A1 de la Marine, Ki-89 dans la nomenclature de l’Armée), un Chutai de reconnaissance tactique et d’appui rapproché avec 6 Ki-51 et 6 Ki-36, et un Chutai de commandement avec 3 Ki-51. Comptant ainsi 39 avions, dont 24 bombardiers en piqué, cette unité spécialisée doit être allouée aux forces terrestres chargées d’attaquer des positions fortement défendues et remplacer l’artillerie à longue portée si les conditions empêchent le déploiement de celle-ci. Cependant, aucun Ki-89/D3A1 n’étant disponible (tous les exemplaires produits sont destinés aux unités de la Marine), le premier Dokuritsu Sentai va commencer son entraînement opérationnel sur quelques-uns des 50 bombardiers en piqué Aichi D1A2 délaissés par la Marine. De toutes façons, l’état-major de l’Armée estime qu’une variante du chasseur lourd Kawasaki Ki-45, attendue pour fin 1942 ou début 1943, fera un parfait bombardier en piqué.


19 janvier
Campagne de Birmanie

Quand il inspecte pour la première fois la position de Moulmein, le major-général Harvey est épouvanté. Hutton lui a ordonné de tenir les Japonais à distance de la Route de Birmanie, qui passe non loin du Sittang en de nombreux endroits, avec sa 8e Division Indienne. Harvey a donc l’ordre de combattre aussi en avant que possible, à l’est de la Salween. Mais il découvre que cela veut dire qu’il va devoir livrer bataille adossé à un fleuve de sept kilomètres de large, sans le moindre pont et avec peu de ferries. Moulmein même est une ville de 50 000 habitants dont les trois rues principales sont parallèles au fleuve. Elle est indéfendable. Pour la couvrir, il faudrait au moins deux divisions – mais si la 18e Division Indienne est censée arriver sous peu en renfort, seuls ses premiers éléments sont déjà à Rangoon.
Harvey fait part de son désarroi à Hutton, qui lui explique qu’il est d’accord avec lui mais qu’il n’y peut rien et que les ordres sont de se défendre à l’est de la Salween. Malgré ces ordres, Harvey ordonne à sa brigade la plus récemment arrivée, la 19e (Brigadier Ford) de rester sur la rive ouest et d’y préparer des positions de défense, sous prétexte qu’elle manque de moyens de transports. La 18e Brigade (Brigadier Lochner) est déployée devant Moulmein et la 17e (Brigadier Gracey) plus à l’est, sur la route venant de Kawkareik (en Thaïlande). Par ailleurs, un bataillon du génie de Rangoon reçoit l’ordre de préparer des lignes de défense très en arrière : sur la rive est du Sittang, pour couvrir les approches de l’unique pont sur ce fleuve, et sur sa rive ouest, pour éviter un franchissement au nord du pont.
Pendant ce temps, le terrain de Tavoy (chef-lieu du Tenasserim, la pointe sud de la Birmanie) est occupé par le 3e bataillon du 112e Rgt japonais. La garnison (le 6e Burma Rifles, un ex-bataillon de police) est dispersée sans difficulté.
A Rangoon arrivent les premiers éléments du 267e Wing (Sqn 17, 135 et 136), avec le Wing commander Pennington-Leigh et les Squadron leaders Carey et Stone… mais pas d’avions.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Il est maintenant clair que les forces nippo-thaïlandaises préparent pour les prochains jours une attaque de grande envergure.
………
Annam – Les Japonais continuent d’avancer vers le sud sur la côte vers Saigon.
………
Tonkin – Les unités japonaises qui se dirigent de Hanoi vers Viet-Try sont harcelées par les P-40 de l’AVG. Les avions de l’Armée tentent de chasser l’AVG de Viet-Try, mais ils perdent 5 Ki-48 et 3 Ki-27 en échange de deux P-40. Cependant au crépuscule, l’AVG perd deux autres avions, abattus lors d’un raid de ceux que l’AVG appelle maintenant « les nouveaux chasseurs japonais à moteur en étoile » (des Ki-44).

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Comme le temps continue de s’améliorer au Kedah, l’activité de l’aviation japonaise augmente encore. Les troupes australiennes autour d’Alor Setar, bombardées à de nombreuses reprises par les D3A1 de la Marine et les Ki-51 de l’Armée, cèdent lentement du terrain. En fin de journée, les Japonais contrôlent une partie de la ville et l’aérodrome, mais celui-ci a été dévasté avec soin par le génie britannique.
………
La bataille en Malaisie centrale – Les bombardiers moyens de l’Armée, Ki-21 et Ki-48, concentrent leurs attaques sur les terrains de Subang et d’Ipoh, qui sont ensuite mitraillés par des Ki-43. Ces attaques permettent de détruire au sol 4 Hurricane venus de Rangoon via Sabang. En réponse, la DCA abat deux Ki-43.
………
La bataille en Malaisie du sud – Les Japonais avancent lentement vers Kota Tinggi. A l’ouest, ils progressent plus vite vers Kluang, qui est en fin de journée sous le feu de leur artillerie de campagne.
………
La bataille aérienne de Singapour – Les avions des porte-avions continuent de tournoyer toute la journée dans le ciel de Singapour. Dans l’après-midi, des Ki-21 basés à Kuching bombardent les terrains d’aviation.

Campagne d’Indonésie
Java – Une puissante formation japonaise venant de Kuching – 18 G3M1/2, 18 G4M1 et 27 A6M2 – attaque le terrain de Maospati. A nouveau, le contrôle local de la défense aérienne réagit trop tard et seuls six B-339 du ML-KNIL, cinq P-40E de l’USAAF et trois Hurricane de la RAF peuvent décoller pour intercepter le raid. Les chasseurs alliés abattent trois G3M2, deux G4M1 et quatre A6M2, mais ils perdent quatre B-339, trois P-40E et un Hurricane – sans compter trois B-339, trois P-40E, quatre Hurricane et deux bombardiers Martin WH3 détruits au sol. Ce raid laisse Java presque dépourvue de chasseurs en état de vol.
………
Timor – Kupang est attaquée par surprise à l’aube par 72 G4M1 venant de Manado. Les navires ancrés dans la baie sont la cible de 45 avions, pendant que 27 attaquent l’aérodrome. Seuls trois P-40E en transit de Darwin à Java peuvent décoller. Ils abattent quatre bombardiers au prix d’un des leurs, mais 12 P-40E et un DC-3 sont détruits au sol.
Dans la baie, la flotte américaine est surprise en plein ravitaillement. La tourelle arrière du croiseur lourd Houston est touchée par une bombe qui la met hors service. Les vieux destroyers Hopewell, John D. Edwards et Whipple sont gravement endommagés par des bombes. Le Whipple coule rapidement dans le port et les deux autres, en flammes, doivent être échoués. De plus, le ravitailleur de destroyers Black Hawk est gravement endommagé.
………
Détroit de Macassar – Les sous-marins USS Saury et Pickerel rejoignent le hollandais K-XIV au large de Balikpapan pour aller reconnaître la mer de Célèbes, jusqu’à Tarakan.


20 janvier
Campagne de Birmanie

A Moulmein, trois Hurricane s’apprêtant à décoller vers Raheng sont attaqués et détruits par un raid de Ki-27. Quelques heures plus tard, un Ki-36 en reconnaissance dans le secteur est surpris et détruit par le FO Mohan Singh, dont c’est la quatrième victoire. « C’est un avion très manœuvrant et il aurait pu esquiver facilement l’attaque d’un Hurricane ou d’un P-40, commentera Singh. Mais avec mon vieux Fury, c’était un canard posé ! »
Un raid de Blenheim se dirigeant vers Mehsoht (six Blenheim escortés par six P-40 chinois) est intercepté par hasard au-dessus de Kawkareik par des Ki-27. Un chasseur japonais, un P-40 et un Blenheim sont abattus.

Campagne d’Indochine
Cambodge – Les Hell’s Angels, troisième squadron de l’AVG, lancent plusieurs raids contre les troupes nippo-thaïlandaises massées sur la route de Kompong Cham à Saigon.
………
Cochinchine – Les forces japonaises venant de la côte d’Annam avancent vers Saigon. « Persuadés d’avoir mis en déroute sur la côte les derniers défenseurs français, les Japonais sont pris au dépourvu par une contre-attaque menée près de Xuan-Loc par deux bataillons d’infanterie motorisée, un bataillon de volontaires vietnamiens et les deux dernières compagnies du GBMS opérant à l’est de Saigon, qui possèdent encore chacune douze chars moyens Sav-41 et quatre chars légers M2A4. Le Sav-41 de Fernand Naudin et Roger Carmaux est de la fête : “Tu te rends compte, Fernand ! On est à l’autre bout du monde et on se bat main dans la main avec des camarades vietnamiens contre les fascistes japonais ! Si c’est pas le triomphe de l’Internationale Communiste !” lance Carmaux, qui ne se tient plus de joie depuis qu’il s’est aperçu que l’ossature du bataillon vietnamien était composée de membres du PC local… Les Japonais subissent de lourdes pertes et sont repoussés de 15 km vers la côte. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
………
Tonkin – Après en avoir discuté avec le Haut-Commissaire Jean Sainteny, le général Chennault ordonne au squadron Adam & Eve de l’AVG de se redéployer sur la base “Epervier” de Muong Theng, où la plupart des installations sont maintenant terminées, tandis que le Panda Bear s’envole pour Kunming, en Chine. Les forces françaises et locales commencent à évacuer le sud du Tonkin par la Rivière Noire.

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Des Wellington et des Wellesley attaquent durant la nuit Singora et les dépôts d’armements japonais de l’isthme de Kra. Ce genre de bombardement est cependant peu efficace.
A l’aube, les Hudson des Sqn 7 et 8 de la RAAF attaquent les colonnes japonaises en marche de Jitra vers Alor Setar, avec davantage de réussite.
A ce moment, les troupes japonaises sont déjà durement engagées contre les forces du Commonwealth autour d’Alor Setar. Une contre-attaque australienne limitée, soutenue par des chars, repousse un moment les Japonais jusqu’au pont (détruit) de chemin de fer. A 11h00, comme les bombardiers en piqué D3A1 font leur apparition au-dessus d’Alor Setar, l’opération est interrompue pour éviter d’exposer les précieux blindés. Jusqu’à la nuit, les lourds “chars d’infanterie” sont utilisés comme des redoutes mobiles, bloquant efficacement les contre-attaques japonaises. Cependant, le commandant de la 8e Division d’Infanterie australienne, le major-général H. Gordon Bennett, doit préparer son repli vers Gurun, où la 11e Division Indienne tient une nouvelle ligne de défense.
………
La bataille en Malaisie du sud – Les forces japonaises entrent dans Kaltang aux premières lueurs du jour, après avoir forcé les troupes du Commonwealth à reculer grâce à une série de mouvements tournants. Néanmoins, harcelés en permanence par l’artillerie alliée, les Japonais sont incapables d’empêcher leurs adversaires de se replier en bon ordre vers l’aérodrome de Kluang. Pourtant, dans le courant de l’après-midi, il devient évident que, les troupes du Commonwealth continuant de reculer vers l’ouest, une crise sérieuse couve sur ce front.
Par ailleurs, l’avance japonaise vers le sud, en direction de Kota Tinggi, est continuellement freinée par des barrages, des champs de mines et de petites contre-attaques britanniques.
………
La bataille de Singapour – Les bombardiers Ki-21 de l’Armée japonaise basés à Kuching attaquent sans escorte les terrains de Singapour. Cette présomption est punie par la perte de trois d’entre eux sous les coups de deux Hurricane et d’un Martlet solitaire. « Avec mon départ, écrira Yvon Lagadec, Danny Potter était devenu l’unique pilote de chasse de la FAA en Extrême-Orient, et même l’unique chasseur d’une des aéronautiques navales alliées dans le coin ! Il en profita pour égaliser le score de notre duel amical, entamé en Méditerranée. Le 20 janvier au soir, nous en étions à onze partout ! »
En fin de journée, considérant que les Japonais dominent trop nettement l’espace aérien de Malaisie pour y risquer d’autres pilotes, le commandement local décide de transférer certaines unités vers l’aérodrome de Palembang-II du ML-KNIL, à Sumatra, pour les reconstituer là-bas. Les premiers pilotes transférés sont ceux des squadrons de Hurricane de la RAAF (ainsi que Danny Potter). Il est prévu d’utiliser Palembang-II pour l’opération de ravitaillement de Sabang à partir de Rangoon.
………
Singapour – Dans la soirée, revenant de Bandœng où il a conféré avec le maréchal Wavell et d’autres officiers supérieurs (dont le représentant français, l’amiral Decoux), lord Gort annonce que l’Air Marshal Brooke-Popham est déchargé de ses responsabilités en Malaisie. Il ne s’agit pas d’une sanction, mais la création cinq jours plus tôt de l’ABDAF Command ôte toute justification à l’existence du Far East Command. Par ailleurs, l’Air Marshal donnait depuis quelques temps des signes inquiétants d’épuisement physique et nerveux.
Le GOC Malaya, le général Percival, n’étant qu’acting lieutenant general, le maréchal Gort propose à Churchill de prendre personnellement la direction de la défense de Singapour et de la Malaisie, Percival jouant le rôle d’un chef d’état-major. « Il est clair, Monsieur le Premier ministre, explique Gort dans le message qu’il lui adresse, que la situation ici évolue de façon très défavorable. En prenant en personne le commandement de l’Armée de Sa Majesté Impériale et Royale dans la région, je compte bien obliger l’Armée de l’Empereur du Japon, dont les officiers placent si haut leur honneur et se conduisent si souvent, m’a-t-on dit, comme des barbares, à payer le prix le plus élevé pour Singapour et la Malaisie. Dans ce but, je sais pouvoir compter sur la fidélité à la Couronne des hommes de tout le Commonwealth, qui se battront jusqu’au bout et qui pourront, jusqu’au bout, compter sur ma présence à leur côté. Dieu sauve le Roi. »
Churchill est sensible à ces arguments. Cependant, pour ne pas faire d’ombre à Wavell (à l’ABDAF Command) et pour ne pas paraître dégrader Percival, cette nouvelle organisation du commandement restera officieuse pendant sept semaines, Gort n’ayant en théorie qu’une mission d’inspection prolongée.

Campagne d’Indonésie
Mer de Célèbes – Les porte-avions Shokaku et Zuikaku, les destroyers Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi, le porte-hydravions Mizuho et les mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru rejoignent à Manado (Célèbes) la force du contre-amiral Takagi, arrivée le 18 janvier. La flotte se met bientôt en route pour la mer de Benda (entre Célèbes au nord-ouest, les Moluques au nord-est et Timor au sud).
………
Détroit de Macassar – Le sous-marin hollandais K-XIV aperçoit un important convoi japonais au large de la côte sud-est de Bornéo, près de Balikpapan. C’est la 4e Force d’Attaque Surprise de l’amiral K. Kubo ; ayant laissé une partie de ses navires à Tarakan, Kubo a avec lui dix gros transports (le transport d’assaut Sanyo Maru ; les transports de l’Armée Ashiyama Maru, Kumagawa Maru, Kuretake Maru, Sumanoura Maru, Toei Maru, Yukka Maru ; les transports de la Marine Nana Maru, Tatsukami Maru et Tsuruga Maru), le ravitailleur d’hydravions Kamoi, la 1ère division de chasseurs de sous-marins (Ch 10, 11 et 12) et sept petits navires, les patrouilleurs PC-36, PC-37 et PC-38 et les dragueurs de mines auxiliaires AM-15, AM-16, AM-17 et AM-18. Ce convoi est protégé par le groupe spécial du contre-amiral R. Tanaka (CL Jintsu et DD Hayashio, Kuroshio, Natsushio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze).
Le K-XIV réussit à se placer en position de tir et coule d’une salve de torpilles bien ajustée le Tsuruga Maru.
En fin de journée, le convoi est pisté par un hydravion Do 24K de la ML-KNIL.
………
Baie de Kupang (Timor) – Averti par le K-XIV de l’existence du convoi japonais en route vers Balikpapan, ABDAF-FLOAT (l’amiral T.C. Hart) ordonne au contre-amiral W.A. Glassford, qui a mis son pavillon sur le croiseur léger Concord, de lever l’ancre immédiatement et de se diriger vers le détroit de Macassar avec la DesDiv58 (DD Barker et Bulmer) et la DesDiv 59 (DD John D. Ford, Paul Jones, Pillsbury et Pope) pour attaquer de nuit la force de débarquement ennemie. Les sept navires quittent la baie de Kupang à 15h30. Aucun n’y reviendra…
Hart ordonne aussi au ravitailleur d’hydravion Childs de quitter Kendari (sur la côte sud-est de Célèbes), maintenant bien trop exposé. Quant au croiseur lourd Houston, il est envoyé à Sœrabaya pour y être plus ou moins remis en état. En dépit de la neutralisation de sa tourelle arrière, le navire est bien trop précieux pour que les forces alliées s’en passent et le renvoient en Australie pour des réparations plus complètes.
………
Batavia (Java) – L’amiral Decoux, à la demande de l’amiral Hart, ordonne à l’Emile-Bertin et au Lamotte-Picquet d’aller poser un champ de mines défensif devant Bandjermassin (principale ville de la côte sud de Bornéo). Les deux croiseurs quittent Batavia vers 17h20.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 12:37    Sujet du message: Répondre en citant

21 janvier
Campagne de Birmanie

Six Blenheim bombardent avec succès Raheng et Kawkareik.
Dans la nuit, Rangoon et Mingaladon sont durement touchées par l’aviation japonaise. Deux petits caboteurs sont coulés dans le port de Rangoon.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – Les troupes japonaises rejetées la veille vers la côte s’efforcent de se regrouper et de se réorganiser, tandis que les forces françaises et locales préparent la défense de Xuan-Loc. Le 1er Bataillon de Volontaires Chinois (principalement constitué d’habitants de Cholon), qui vient d’être officiellement créé, doit participer à cette défense.
Les avions japonais de l’Armée comme de la Marine attaquent à plusieurs reprises Saigon et Bien-Hoa. Les pilotes du squadron Hell’s Angels de l’AVG et les quatre derniers Hawk-75A4 de l’Armée de l’Air parviennent à abattre trois Ki-27, quatre Ki-48 et un D3A1. Cependant, trois P-40 et deux Hawk-75 sont détruits et la chasse alliée de Saigon est réduite à dix avions : deux Hawk-75 et huit Hell’s Angels.
………
Tonkin – Les Japonais qui marchent vers le nord en direction de Viet-Try doivent ralentir leur avance, car ils commencent à manquer de soutien et de munitions.

Campagne de Malaisie
La bataille sur la frontière – Comme le temps s’arrange un peu, les avions japonais s’activent frénétiquement dans le ciel du Kedah pour tenter d’empêcher la 8e Division d’Infanterie australienne de se replier en bon ordre vers Gurun. Les D3A1 de la Marine donnent l’exemple, mais ils sont pour la première fois imités par les bimoteurs légers Ki-48 de l’Armée. Dans l’après-midi, alors qu’il dirige une contre-attaque de ses derniers chars pour couvrir le repli de la 27e Brigade d’Infanterie australienne, le major-général H. Gordon Bennett est blessé par des éclats de bombe. Ses hommes commencent alors à sentir le poids de huit jours de combat ininterrompu.
En fin de journée, le major-général D.M. Murray-Lyon doit ordonner à des éléments de la 3e Brigade de Cavalerie Indienne de faire mouvement vers le nord pour aider la 27e à s’extirper des troupes japonaises qui tentent de l’encercler. À la nuit, privées de soutien, les unités d’infanterie japonaises doivent s’arrêter. Et malgré les épreuves subies, c’est avec un moral très élevé que les hommes de la 8e Division australienne se glissent à travers les lignes de défense du Commonwealth pour rejoindre leur zone de rassemblement. Ils savent qu’ils ont arrêté avec succès de nombreuses attaques japonaises, en infligeant de très lourdes pertes à l’ennemi.
Malheureusement, le commandant du IIe Corps, le lieutenant-général J. Northcott, est bien moins optimiste. Les constantes attaques aériennes contre les villes et les principales voies ferrées ont sérieusement fragilisé la chaîne logistique de ses troupes. Les munitions sont dépensées à un rythme très élevé et il risque de devenir difficile de soutenir longtemps cette cadence d’opérations. Comme pour confirmer les craintes de Northcott, les bombardiers Ki-21 de l’Armée japonaise ont d’ailleurs attaqué Ipoh dans l’après-midi, visant la gare, déjà presque détruite pourtant.
………
La bataille en Malaisie du sud – Des unités japonaises atteignent peu avant l’aube les abords du terrain de Kluang, défendu maintenant par des éléments du Leicester Regiment, aidés par le bataillon d’infanterie de la Johore Volunteer Force. Deux colonnes japonaises tentent de déborder les défenseurs, mais sont arrêtées par un tir d’artillerie précis de la 278e Batterie du 122e Field Artillery Rgmt et doivent se regrouper. A midi, aidées par une compagnie de chars légers comptant une vingtaine de Type-95, elles repartent en avant. Les attaquants sont alors interceptés près de la voie ferrée principale par une force de cinq chars A10 Cruiser et sept A11 Matilda Junior du 7th Armoured Hussars (mis au repos au sud de la péninsule après le repli de la Krohcol). Le combat est acharné, mais à 16h30, l’avance japonaise est bloquée : la plupart des Type-95 ont été détruits, au prix de quatre Cruiser et trois Matilda (ces derniers, endommagés non par les chars adverses mais par les explosifs d’équipes suicides, ont été détruits par leurs propres équipages). Sous le couvert de la nuit qui tombe, des éléments de la 12e Brigade d’infanterie indienne (Brigadier A.C.M. Paris) prennent position entre le principal axe routier nord-sud et la voie ferrée. A 22h00, les 5/2e Punjab, 4/19e Hyderabad et 2/Argyll & Sutherland Highlanders commencent à construire des retranchements.
Pendant ce temps, les forces japonaises sont parvenues près de Kota Tinggi, mais ont été stoppées net par un violent barrage d’artillerie et les tirs d’une infanterie bien retranchée sur des positions qui se couvrent les unes les autres.
………
La bataille aérienne de Singapour – Nouvelles attaques des avions de la Marine japonaise basés à Kuching. Cette fois, 54 bombardiers (18 G4M1 et 36 G3M2/2) escortés par 27 A6M2 visent le port. Le petit aviso Mallard, les dragueurs de mines Sharpshooter et Speedwell et les vedettes lance-torpilles MTB-49 et 50 sont surpris et détruits. La nuit suivante, les Ki-21 de l’Armée bombardent la ville, mais sont encore moins heureux que la veille, puisque les Defiant, toujours là, en abattent quatre.
Devant l’évolution de la situation en Malaisie du sud, le maréchal Wavell (en tant que commandant en chef de l’ABDAFCOM) ordonne qu’une partie des transports du convoi Long-Sword, ancrés à Tjilatjap (à Java) et encore chargés de matériel pour l’Armée, soient escortés jusqu’à Port-Weld, sur la côte ouest de la Malaisie. Le matériel en question est en effet destiné aux unités qui se battent en Kedah et Port-Weld est plus près du front que Singapour. A 23h00, sept transports, escortés par le CL Mauritius, les DD Encounter et Jervis, les avisos AA Black Swan, Erne et Ibis, quitte Tjilatjap. Ce convoi, baptisé “Substance”, doit aussi être accompagné par la flottille de destroyers d’escorte du Cdr C.T. Jellicoe. L’Air Vice-Marshal Pullford va s’efforcer d’assurer aux navires une couverture aérienne dans le détroit de Malacca.

Campagne d’Indonésie
Balikpapan – A l’aube, la 4e Force d’Attaque Surprise japonaise se présente devant la petite ville, où les installations pétrolières ont été partiellement sabotées par les ingénieurs hollandais. Les neuf transports restant au contre-amiral Kubo commencent les opérations de débarquement. A midi, le porte-hydravions Kamoi (6 F1M2, 4 E13A1, 2 E8N) a établi une petite base d’où ses hydravions peuvent mener des patrouilles de couverture aérienne et ASM. Mais ils ne peuvent empêcher leur escadre d’être surprise par six Hudson hollandais, qui aggravent les dommages causés aux installations et touchent sévèrement le transport de la Marine Nana Maru, lequel coulera un peu plus tard. En revanche, en fin d’après-midi, un raid de trois Martin WH-3 du ML-KNIL est intercepté par les F1M2, qui abattent un bombardier et repoussent les deux autres.
Pendant ce temps, la force du contre-amiral Glassford, sous la conduite du CL Concord, a passé le détroit de Sape et file vers le nord à travers la mer de Flores, entre les îles Postillon.
16h30 – Les sept navires ont laissé loin à tribord la ville de Macassar (pointe sud-ouest de Célèbes) et dépassé l’archipel de Spermonde. Glassford gouverne alors au nord-est, pour que les reconnaissances aériennes ennemies pensent qu’il se dirige vers le golfe de Mandar.
17h40 – Un Do 24K hollandais de reconnaissance survole Balikpapan et a le temps de confirmer la présence dans la baie de plusieurs transports et de petits patrouilleurs, avant d’être repoussé par deux hydravions F1M2.
19h30 – Une heure après le coucher du soleil, le contre-amiral W.A. Glassford fait mettre le cap à l’ouest pour s’élancer vers la baie de Balikpapan.
20h00 – L’officier de radio du Concord décode le dernier ordre de l’amiral Hart – « Attaquez ». Glassford transmet alors en phonie ses instructions tactiques aux commandants de ses navires : « Attaque à la torpille ; n’ouvrez pas le feu avant d’avoir lancé vos torpilles ; faites preuve d’initiative et poursuivez l’attaque à fond. » La vitesse de la colonne est accrue à 27 nœuds.
Bataille de la Baie de Balikpapan
Sur le papier, les forces étaient bien équilibrées, avec de chaque côté six destroyers menés par un croiseur léger. Cependant, le contre-amiral Tanaka avait quelques avantages sur son adversaire américain. D’abord, il pouvait s’appuyer sur les petits navires de la force de surveillance de la baie, qui regroupait, autour du porte-hydravions Kamoi (6 F1M2, 4 E13A1, 2 E8N), trois patrouilleurs, quatre dragueurs de mines auxiliaires et trois chasseurs de sous-marins. Mais surtout, sa flottille de destroyers s’était durement entraînée pendant des mois avant le début de la guerre ; ces sept navires étaient certainement parmi les plus efficaces de la Marine impériale et s’étaient essayés de nombreuses fois à toutes les procédures tactiques du combat de nuit. Par contre, les navires américains étaient notablement plus vieux et moins bien armés que ceux des Japonais et leurs équipages, bien qu’ils fussent des professionnels de l’Asiatic Fleet, n’avaient ni l’entraînement collectif, ni la connaissance du combat de nuit de leurs adversaires ; deux seulement, les Bulmer et Barker, avaient une véritable expérience du combat, durement acquise en décembre lors de la bataille de Tourane.
La feinte vers le nord-est exécutée par Glassford avant la tombée de la nuit n’avait pas abusé Tanaka, qui s’attendait à ce que des navires alliés lancent une attaque de nuit contre les transports qu’il protégeait. L’apparition en fin de journée d’un hydravion hollandais n’avait fait que confirmer l’intérêt des Alliés pour le débarquement de Balikpapan.
(D’après Jack Bailey : Un océan de flammes – La Guerre aéronavale dans le Pacifique ; Sydney, 1965 – New York, 1966 – Paris, 1969 ; avec l’aimable autorisation de l’auteur)

………
Bandjermasin (côte sud de Bornéo) – Les croiseurs-mouilleurs de mines rapides Emile-Bertin et Lamotte-Picquet commencent vers midi la pose d’un grand champ de mines défensif devant le port. Leur travail terminé, ils embarquent 285 civils hollandais et repartent à grande vitesse pour Sœrabaya à 16h00.
………
Kupang (Timor) – L’aérodrome est à nouveau attaqué par les bombardiers de la Marine japonaise basés à Manado. Cette fois, ils ne détruisent au sol qu’un DC-3 et deux P-40E, mais ils laissent derrière eux un terrain parsemé de cratères et inutilisable pour un bon moment.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Les Japonais bombardent Lae et Salamaua, sur la côte nord-est. Sept avions civils (dont trois Ju-52) sont détruits à Lae, douze à Salamaua.


22 janvier
Campagne de Birmanie

A l’extrême sud du pays, Mergui tombe. La garnison (2e Burma Rifles) est dispersée après une brève résistance. Sous-estimant encore les Japonais, Wavell envoie ce message à l’état-major général de l’Empire : « L’avance japonaise dans le Tenasserim n’aurait pas dû avoir de pareils résultats. Nos ennuis ont commencé à Tavoy, quand un bataillon de fusiliers birmans s’est apparemment laissé surprendre et a cédé sans livrer le moindre combat. Puis, nos troupes stationnées à Mergui, sans jamais avoir été vraiment attaquées, ont décroché en hâte, craignant sans doute d’être coupées de leurs arrières. »
Wavell ajoute qu’il apparaît que les Japonais auraient dû être, et devraient être dorénavant, aisément contenus, car ils n’ont engagé que peu de forces. Il se trompe : ce même jour, deux régiments de la 55e Division sont en marche vers Moulmein. L’un progresse à l’est, par les collines de Dawna en passant par Kawkareik, l’autre au sud-est, par la passe des Trois Pagodes, appuyé par six mille soldats thaïlandais.
Dans l’après-midi, sur la route de Kawkareik, un camion de munitions anglais surchargé fait chavirer le seul ferry de la rivière Kyiang (un affluent de la Salween) alors que la 17e Brigade, qui bat en retraite vers Moulmein devant les troupes japonaises, commence à la franchir. Le Brigadier Gracey ne perd pas son sang-froid. Avec une partie de ses hommes – et, bien obligé, les véhicules et les armes lourdes – il va tenter de ralentir les Japonais, pendant que le reste de ses troupes traversent la rivière sur des embarcations de fortune et marchent en hâte vers Moulmein.
Averti, Harvey comprend qu’il ne va pas tarder à être acculé contre la Salween et écrasé. Pourtant, obéissant à ses ordres, il fait finalement passer la 19e Brigade à l’est du fleuve et se prépare à défendre Moulmein avec les 18e et 19e Brigades. Il a pris soin de bâtir des bunkers de troncs couvrant l’ensemble de la zone. Mais en même temps, il a rassemblé des bateaux et fait tendre des câbles en travers du fleuve pour donner à ses troupes la possibilité de s’enfuir si sa mince ligne de défense craquait. De plus, il prend la précaution de transférer l’artillerie et les transports des deux brigades et de sa division à l’ouest du fleuve.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – Saigon et Bien-Hoa sont de nouveau bombardés par les avions japonais. Escortés par six P-40 de l’AVG, les trois derniers Martin-167 d’Indochine attaquent les embarcations utilisées par les troupes japonaises et thaïes pour traverser le Mékong. Ils en détruisent en tout quatorze, faisant de nombreuses victimes chez les soldats transportés, pour la perte d’un P-40 et d’un Maryland abattus par la DCA.
Le Haut-Commissaire, Jean Sainteny, rend visite aux forces françaises et locales qui tiennent bon à Xuan-Loc. Un nouveau bataillon de volontaires chinois est mis sur pied et envoyé à Bien-Hoa pour compléter son entraînement et servir de réserve mobile.

Campagne de Malaisie
La bataille en Malaisie du nord – En Kedah, par un temps épouvantable, les forces japonaises, soutenues par des chars, tentent d’avancer de nuit le long de la voie ferrée malgré une pluie continuelle et de nombreux orages, mais elles sont arrêtées avant l’aube par un barrage d’artillerie. Dans la matinée, la 11e D.I. indienne (major-général D.M. Murray-Lyon) lance une contre-attaque limitée autour de l’axe routier pour empêcher l’avant-garde japonaise de gêner le repli de la 8e D.I. australienne. Soutenus par les chars A13 du 1er Squadron des Royal New South Wales Lancers, les hommes de la 6e Brigade d’Infanterie indienne (Brigadier W.O. Lay, 2e East Surrey Regt, 1/8e Punjab, 2 et 3/16e Punjab) repoussent les Japonais de plus de quatre km, détruisant dans leur élan une batterie d’artillerie de campagne.
Par ailleurs, l’aviation japonaise étant clouée au sol par les abominables conditions atmosphériques, l’artillerie britannique peut à loisir démontrer son savoir-faire. Elle exécute un exercice de “manœuvre par le feu” qui inflige de lourdes pertes aux colonnes japonaises qui tentent d’avancer.
Au crépuscule, une tentative d’infiltration à l’est de la ligne de chemin de fer est arrêtée sans difficulté par les 2/1er et 1/2e Gurka.
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La bataille en Malaisie du sud – Soucieux de ne pas répéter les très coûteuses attaques frontale contre les défenses de Kota Tinggi, le commandement japonais reporte sur Kluang l’axe de son effort principal. Une première attaque est repoussée vers midi, mais les pertes sont lourdes des deux côtés. Les obusiers britanniques de 9,2 pouces commencent alors à pilonner les lignes japonaises. Comme le temps en Johore est bien meilleur qu’en Kedah, les avions de la Marine japonaise apparaissent en début d’après-midi au-dessus du champ de bataille, mais, peu entraînés à l’appui au sol, ils se montrent bien moins efficaces que leurs collègues basés à Singora.
En fin de journée, une nouvelle attaque japonaise est brisée, mais le 4/19e Hyderabad est décimé et le 5/2e Punjab subit lui aussi de lourdes pertes. Ils sont alors relevés par des éléments de la 9e D.I. indienne et, peu avant la tombée de la nuit, une contre-attaque emmenée par des chars repousse les Japonais hors des limites du terrain d’aviation.
Tard dans la soirée, lord Gort rend visite aux défenseurs de Kluang, n’hésitant pas à aller jusqu’en première ligne pour féliciter les unités qui ont repoussé les attaques japonaises. Il explique à tous, hommes et officiers, que cette bataille est capitale. En effet, si les Japonais parvenaient à couper en deux la Péninsule au niveau de Kluang, les troupes qui défendent le nord seraient dans une position très difficile.
Par ailleurs, dans le courant de la journée, des avions de la Marine japonaise (27 G3M2 escortés par 18 A6M2) attaquent Johore Bahru, faisant de gros dégâts.

Londres – Bien conscient que, le Japon ayant conquis la maîtrise des mers (et bientôt du ciel) dans la région, la Malaisie et Singapour seront perdues à terme, le gouvernement britannique recherche les moyens de limiter les graves conséquences de cette défaite pour la solidité de l’Empire Britannique (voir Appendice 4).

Campagne d’Indonésie
Palembang (Sumatra) – Les squadrons 21, 30 et 453 de la RAAF sont amalgamés sur le terrain de Palembang II pour former une unité provisoire dotée de 18 Hurricane convoyés de Rangoon par Sabang. De la même façon, les squadrons 60 et 62 de la RAF reçoivent 9 bombardiers Blenheim. Les chasseurs doivent protéger le convoi “Substance” dans le détroit de Malacca.
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Batavia (Java) – Le vieux garde-côte cuirassé Soerabaja, transformé en bâtiment d’entraînement, quitte Batavia pour Fremantle.
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Bataille de la Baie de Balikpapan (Bornéo)
A 01h47, un projecteur apparut à bâbord avant du vaisseau amiral américain. C’était le patrouilleur PC-37, envoyé par Tanaka garder l’entrée de la baie. Le petit bateau interrogea les navires alliés au projecteur à éclats. Pour éviter de se démasquer, Glassford ordonna de ne pas faire feu et de venir au 20 (nord-nord-est) pendant vingt minutes. A ce moment, Tanaka était sur la branche sud-ouest d’un parcours couvrant le PC-37. Alerté, il ordonna à ses navires de remettre le cap au nord, pour reprendre position entre Balikpapan et les navires “suspects”.
A 02h07, Glassford ordonna à sa colonne de reprendre la direction de Balikpapan, vers l’ouest. A 02h10, les navires américains filaient plus de 27 nœuds et leurs lames d’étraves furent détectées au nord-est par les vigies du Jintsu, qui arrivait du sud. Tanaka décida alors d’accélérer à 28, puis à 31 nœuds. A 02h24, il donna l’ordre de lancer une demi-salve de torpilles et d’abattre vers le nord-ouest pour éviter de possible torpilles américaines.
A 02h31, la colonne japonaise, qui filait alors plus de 30 nœuds, fut enfin aperçue par le Concord, sur bâbord, mais Glassford refusa de lancer ses torpilles, car il espérait déborder les navires japonais. Il semble aujourd’hui que Glassford ait été inquiet du risque de dépenser ses torpilles avant d’atteindre les transports japonais, qui étaient l’objectif prioritaire. A 02h35, il ordonna avec réticence à la moitié de ses bateaux de tirer une demi-salve – « Bateaux pairs tirent, bateaux impairs non » – pour tenter de repousser les navires japonais. Mais les torpilles japonaises allèrent au but à 02h36.
Le Concord fut frappé par une “Longue Lance” au niveau de la tourelle arrière. L’explosion secoua le navire comme une simple barque, détruisant le gouvernail et trois des quatre arbres d’hélices, bloquant la tourelle arrière et allumant un incendie violent. Le navire sortit brutalement de la ligne. Le Pope, qui venait en numéro trois, fut touché en plein milieu. Les 24 pouces de la torpille furent trop lourds à digérer pour le vieux “four-piper” qui se brisa rapidement en deux. Les navires américains furent alors jetés dans la plus grande confusion. Les John D. Ford, Paul-Jones et Pillsbury abattirent à bâbord, vers le sud, pour éviter la carcasse en flammes et ingouvernable du Concord. Il semble que le commandant de la DesDiv 59, le Cdr Paul H. Talbot, à bord du John D. Ford, crut qu’un sous-marin japonais avait torpillé son vaisseau amiral et le navire qui le suivait ; il ordonna donc à la DesDiv 59 de revenir au 270. Le capitaine du Bulmer, qui commandait ce qui restait de la DesDiv 58, n’était pas du même avis. La façon dont le Concord avait été touché lui rappelait trop exactement ce qu’il avait vu pendant la bataille de Tourane. Il ordonna d’abattre à tribord, vers le nord, et signala au Barker par projecteur « Suivez-moi ». Ce faisant, il masquait les deux navires de la DesDiv 58 derrière le Concord en flammes.
A 02h40, Tanaka, qui se trouvait maintenant au nord-ouest de la DesDiv 59, ordonna de revenir vers tribord, au 90, pour achever le Concord, stoppé et incendié. La colonne japonaise suivait dès lors le cap inverse de celui de la DesDiv 59. A 02h42, les vigies du Jintsu signalèrent les Américains, cette fois encore bien avant que ceux-ci n’aperçoivent les navires japonais. Les deux colonnes filant plus de 30 nœuds, la distance diminuait vite et Tanaka décida rapidement de lancer une nouvelle demi-salve et de venir au nord pour éviter d’éventuelles torpilles américaines. A 02h45, il ordonna d’ouvrir le feu au canon, car ses navires avaient entamé leur virage. C’est à cet instant que les Américains aperçurent les navires japonais. Le Cdr Talbot ordonna à ses navires d’ouvrir le feu et de lancer leurs torpilles tribord. Cependant, les Japonais filaient alors parallèlement aux torpilles américaines et à 30 nœuds. Cette fois, les torpilles japonaises ne firent elles non plus aucun mal, ayant sans doute été tirées trop tôt. Cependant, les canons japonais, plus nombreux et plus puissants que ceux des Américains, atteignirent la passerelle du Paul-Jones et les machines du Ford. Le premier se mit à zigzaguer tandis que le second ralentissait à 22 nœuds – le temps était compté pour la DesDiv 59.
A 02h53, estimant être à l’abri des torpilles américaines, Tanaka ordonna de revenir vers le sud, pendant que ses équipages rechargeaient leurs tubes lance-torpilles, capacité dont les destroyers américains ne disposaient pas. A 03h00, Tanaka s’était rapproché du Concord, qui fut exécuté par une torpille du Jintsu. Celle-ci frappa le malheureux vaisseau, qui coulait en fait déjà lentement par la poupe, à la salle des machines. Après une violente explosion, une gerbe de flammes jaillit entre les cheminées et envahit tout l’arrière du croiseur en quelques instants.
L’amiral japonais ordonna alors de venir au sud-ouest pour se rapprocher des trois destroyers de la DesDiv 59, trahis par l’incendie qui brûlait sur l’avant du Paul-Jones. La vitesse des trois Américains, qui n’étaient plus en ligne, était tombée à 20 nœuds, à cause des avaries du Ford, et la distance se réduisit en peu de temps. Cette fois, les vigies américaines détectèrent les Japonais avant que ces derniers ne se soient placés en bonne position pour tirer leurs torpilles. Ne pouvant accélérer sans abandonner le Ford à la merci de l’ennemi, le Paul-Jones et le Pillsbury tournèrent vers le nord avec lui, et tous trois ouvrirent le feu de leurs vieux canons de 4 pouces. Leur tir n’était pas très précis, mais le Jintsu fut touché deux fois, sans grands dommages. En réponse, des obus plus gros et plus nombreux commencèrent à pleuvoir sur les navires américains. Le John D. Ford fut à nouveau touché à la salle des machines pendant qu’un obus de 5,5 pouces du Jintsu détruisait son canon avant. Le Pillsbury ne fut touché que par un obus, mais le Paul-Jones reçut de nombreux coups, dont l’un détruisit son canon arrière. Le navire était à ce moment dirigé de la position de commandement arrière par son troisième officier, qui commanda : « En avant toute ! ». Pour le Cdr Talbot (commandant de la DesDiv 59), le Lt-Cdr Cooper (commandant du Ford, blessé mais à son poste), comme pour tous les hommes du Ford, il devint clair que le Paul-Jones avait décidé d’éperonner le vaisseau de tête japonais. Tanaka comprit aussi l’intention du Paul-Jones. Il ordonna à tous ses navires de concentrer leurs tirs sur le destroyer enragé et abattit à tribord, venant au 330. Les hommes du Paul-Jones durent comprendre qu’ils ne pourraient atteindre le croiseur qui les assommait à coups de 5,5 pouces, et le destroyer se dirigea vers le navire japonais le plus proche, le destroyer Kuroshio. Le commandant de ce dernier ordonna « Tribord toute ! » en voyant approcher le brûlot qu’était devenu le Paul-Jones, mais il était évident que ce ne serait pas suffisant pour qu’il puisse échapper à la collision. C’est alors qu’une énorme explosion, sans doute due à un obus ayant atteint la soute à munitions avant, arracha la proue du Paul-Jones. Brutalement stoppé dans son élan, le destroyer commença aussitôt à couler par l’avant. Il était à moins de 250 mètres du Kuroshio. Malgré la violence de cette nuit terrible, les Japonais cessèrent aussitôt le feu. « Quand le Jintsu passa près du Paul-Jones, déjà à moitié submergé, raconta Tanaka dans son rapport, je vis un marin qui hissait à nouveau le drapeau américain, arraché par un obus. J’ai du mal à comprendre comment une volonté de combattre aussi forte peut s’accorder avec la douceur (sic) de ces hommes une fois prisonniers, et le naturel avec lequel ils semblent alors accepter cette situation. »
Le Pillsbury, qui avait été un “bateau impair” lorsque Glassford avait ordonné une demi-salve de torpilles, profita de la confusion régnant dans la colonne japonaise pour lancer les torpilles qui lui restaient. Le pari fut payant, car une torpille frappa le Natsushio à la chambre des machines. Le destroyer, gravement endommagé, s’arrêta net et aurait certainement coulé s’il avait été en pleine mer. Cependant, les trois derniers destroyers japonais s’en prirent alors au Pillsbury. Celui-ci reçut sans doute en deux minutes dix obus de 5 pouces qui le laissèrent en flammes et en panne, ses conduites de vapeur rompues.
Il était 03h12. Pour le John D. Ford, dont la vitesse était tombée à 5 nœuds, c’était l’heure du coup de grâce. Mais le Jintsu et les cinq destroyers intacts mirent alors le cap au nord, vers Balikpapan.
Ce qui venait de sauver temporairement les survivants de la DesDiv 59 était l’action des Bulmer et Barker. Les deux navires de la DesDiv 58 s’étaient éloignés vers le nord, puis avaient fait route au 320. Les incendies des puits de pétrole allumés par les ouvriers hollandais et par les bombes tombées dans l’après-midi donnaient à la nuit un aspect infernal. A 02h56, les deux destroyers aperçurent un bateau par le travers bâbord. C’était le patrouilleur PC-38, qui montait la garde près des transports. Il ne les vit pas, ou les prit pour des navires de Tanaka et les laissa passer sans les interroger. Les huit transports ennemis restants les attendaient, disposés sans défense sur deux rangs. Un rêve de destroyer ? En fait, ce n’était pas si simple. Dans la nuit, il n’était pas facile de distinguer précisément les transports et d’évaluer leur distance. De temps en temps, certains se silhouettaient sur le fond des incendies, avant d’être masqués par la fumée huileuse du pétrole brûlé, puis de ressurgir comme des vaisseaux fantômes…
A 03h04, les destroyers aperçurent un transport à bâbord et le Barker (qui avait été un “bateau impair”) lui lança trois torpilles, mais le manqua. En effet, à courte distance, la réussite des tirs était en grande partie une question de chance, en raison de la vitesse élevée des destroyers… et il n’était pas question de ralentir. Les deux destroyers continuaient à errer dans la baie, quand, à 03h06, un bateau ennemi que l’équipage du Barker prit pour un destroyer fut signalé sur l’arrière. Il s’agissait du petit dragueur de mines AM-15, en patrouille ASM, mais le Barker lui lança trois autres torpilles… et le manqua (l’AM-15 ne s’aperçut d’ailleurs de rien !). A 03h10, une autre cible fut signalée par bâbord avant ; le Bulmer mit le cap au 270, puis effectua un demi-tour afin de pouvoir lancer ses torpilles de tribord. A 03h14, une puissante explosion secoua le silence sépulcral de la baie : le Sumanoura Maru, chargé de munitions, venait de se désintégrer. Le commandant du Bulmer comprit que, l’alerte étant donnée, il n’avait plus beaucoup de temps devant lui. A 03h18, le Barker tira ses torpilles tribord sur un autre transport, qui était en fait sa première cible, mais il eut cette fois plus de réussite, et le Tatsukami Maru, éventré, coula rapidement.
Les six transports restant au mouillage étaient à présent en alerte, et des tirs d’armes légères partaient de tous les navires, contre les bâtiments américains ou contre des ombres. Les deux destroyers remontèrent une nouvelle fois la rangée japonaise, tirant de leurs canons de 4 pouces. Mais leurs obus n’étaient pas assez gros ni assez nombreux (deux canons par navire seulement) pour faire d’importants dégâts. A 03h30, n’ayant plus de torpilles, les deux destroyers se dirigèrent vers la sortie de la baie.
Malheureusement pour eux, c’était leur tour de se silhouetter sur le fond des incendies de Balikpapan. A 03h36, une vigie du Bulmer signala des navires venant à leur rencontre, et se rapprochant rapidement. Le capitaine ordonna de virer vers l’est, pour tenter de s’échapper vers le détroit de Macassar, mais comme les deux navires entamaient leur virage, le Bulmer fut atteint par une, voire deux “Longues Lances”. Le vieux bâtiment se brisa en plusieurs morceaux sous les yeux horrifiés des marins du Barker. Mais ceux-ci n’eurent pas le loisir de pleurer leurs camarades, car une pluie d’obus de 5 et 5,5 pouces commença à les arroser. Le capitaine du Barker ordonna d’émettre un écran de fumée, mais avant que celui-ci ne puisse cacher le navire, plusieurs obus avaient atteint leur objectif et un incendie brûlait entre les cheminées 2 et 3, fournissant aux canonniers japonais une excellente cible. A 03h44, le canon arrière était détruit et à 03h46, au moins deux obus crevaient la chaudière avant et la pression de vapeur commençait à tomber. Voyant son navire condamné, le capitaine ordonna de faire face à l’ennemi pour démasquer le canon avant, qui se mit à aboyer rageusement contre le Jintsu. Il ne fallut pas cinq minutes aux Japonais pour le réduire au silence. Le Barker ne donnait alors plus que 12 nœuds et commençait à couler par la proue. L’ordre d’abandonner le navire fut donné à 03h56, après que les valves de sabordage aient été ouvertes.
Tanaka laissa l’Amatsukaze s’occuper des survivants du Barker et s’enfonça dans la baie avec ses quatre autres destroyers. La confusion était complète. Certains des capitaines des transports croyaient avoir été attaqués par un sous-marin, alors que d’autres avaient bien vu les destroyers américains, mais pensaient que leurs ennemis étaient encore à l’affût dans la baie. Tanaka décida de patrouiller près d’eux jusqu’à 05h30 pour s’assurer que tout allait bien désormais.
Cette décision donna un peu de répit aux survivants de la DesDiv 59. Les machines du Pillsbury étaient trop endommagées pour être rapidement réparées et à 03h55, le Cdr Talbot ordonna de saborder le navire. Le John D. Ford pouvait alors donner 15 nœuds, mais sa radio était irréparable. A 04h20, après avoir recueilli l’équipage du Pillsbury, le navire mit le cap au sud. A 05h15, un bateau fut signalé par bâbord avant, mais le contact fut rapidement perdu. C’était le PC-37, qui continuait de surveiller l’entrée de la baie.
L’aube était proche, et les marins américains savaient qu’elle ne leur apporterait que de nouvelles épreuves.
(D’après Jack Bailey : Un océan de flammes – La Guerre aéronavale dans le Pacifique ; Sydney, 1965 – New York, 1966 – Paris, 1969 ; avec l’aimable autorisation de l’auteur)

………
Détroit de Macassar – Les croiseurs mouilleurs de mines français Emile-Bertin et Lamotte-Picquet, arrivés à 02h00 à Sœrabaya, se voient peu après ordonner par l’amiral Hart de retourner vers le détroit de Macassar pour couvrir la retraite des navires du groupe d’attaque américain. Les deux vaisseaux ravitaillent en hâte et quittent le port à 04h00, filant vers le nord à 30 nœuds. A 14h00, ils sont à la hauteur de Bandjermasin quand ils repèrent un avion de reconnaissance japonais. Craignant une attaque aérienne, le commandant de la petite escadre demande à ABDAFFloat la permission de se retirer, mais Hart, qui n’a reçu que des nouvelles confuses de la bataille de la nuit précédente, croit encore que deux et peut-être trois destroyers américains sont en train de battre en retraite vers le sud ; il ordonne aux bâtiments français de poursuivre.
En réalité, le John D. Ford a rendu l’âme près de deux heures plus tôt.
Peu après l’aube, faisant route vers le sud, son équipage aperçoit d’abord quelques avions, qui se révèlent être alliés : il s’agit d’un DC-3 du ML-KNIL escorté par quelques Buffalo, qui se dirige vers Samarinda-II pour des vols d’évacuation. Cependant, à 09h30, apparaît un avion solitaire, qui ne peut être que japonais. Et à 14h40, cette estimation est confirmée par l’arrivée de 18 bombardiers bimoteurs. Ceux-ci exécutent un bombardement à basse altitude que le destroyer endommagé ne peut guère éviter correctement. Rapidement touché par trois bombes de 270 kg et secoué par plusieurs autres qui le ratent de peu, le John D. Ford chavire à 12h10. Pourtant, les survivants du Ford et du Pillsbury ne finissent pas prisonniers ou dévorés par les requins : en fin de journée, seuls chanceux de toute l’escadre Glassford, ils sont secourus par deux sous-marins, l’Américain Saury et le Hollandais K-XIV.
Pendant ce temps, les deux Français n’ont pas eu d’autre choix que de filer aussi vite que possible vers le nord. Ayant atteint vers 16h00 la latitude du cap Mandar sans avoir rien vu, ils décident de faire demi-tour. Mais les deux navires ne gouvernent pas au 180 depuis plus de 40 minutes que 27 G4M1 du Takao Kokutai et du 1er Kokutai les repèrent. Montant à 33 nœuds et zigzaguant follement, les deux bâtiments échappent à toutes les attaques jusqu’à 17h20. A ce moment, le Lamotte-Picquet est frôlé par deux bombes dont l’explosion met son gouvernail hors service. Le navire poursuit sa route en gouvernant aux moteurs, mais il est touché quelques minutes plus tard par une bombe de 250 kg qui allume un sérieux incendie sur la plage arrière. Par bonheur, le crépuscule arrive avant que les avions japonais puissent lancer un nouveau raid et les deux navires parviennent dans la nuit à se mettre à l’abri.
Concluons avec le fameux historien américain Samuel E. Morison, qui a laissé dans le tome “The Rising Sun” de son histoire de l’US Navy dans la Deuxième Guerre Mondiale une sorte d’épitaphe aux morts de la bataille de Balikpapan : « A un moment où la nation avait faim d’annonces d’actions et de victoires, la disparition de l’escadre du contre-amiral Glassford dans la nuit du 21 au 22 janvier ne fut qu’un désastre de plus dans une longue chaîne de défaites. Nous semblions incapables de faire autre chose que perdre des navires et des hommes. Jusqu’à la fin de la guerre, nul ne sut rien de la courageuse attaque des transports japonais par les Bulmer et Barker. Ce n’est pas avant la libération des survivants du Barker des camps de prisonniers de guerre, où beaucoup d’entre eux étaient morts, que nous apprîmes que l’US Navy avait rendu cette nuit-là une partie des coups reçus. Dans la froide lumière du jour, six ans plus tard, la charge du Paul-Jones tentant d’éperonner le Jintsu semble n’avoir été qu’un acte suicidaire et un gaspillage d’hommes et de matériel. Pourtant, dans cette nuit désespérée, au milieu des navires japonais et sous une pluie d’obus, la décision du troisième officier du Paul-Jones apparaît comme un éblouissant exemple du plus bel esprit de combat.
Les équipages des destroyers de l’Asiatic Fleet savaient qu’ils étaient dans une large mesure le meilleur des forces de l’amiral Hart, mais en même temps qu’eux-mêmes et leurs vieux navires étaient sacrifiables. Il était probablement futile d’envoyer les deux croiseurs français soutenir nos destroyers sans la moindre couverture aérienne, quand nous avions durement appris à quel point l’ennemi pouvait utiliser sa maîtrise du ciel pour contrôler la mer. Néanmoins, l’amiral Hart avait raison de penser que ses hommes méritaient tout le soutien qu’il pouvait leur fournir, même s’il fut critiqué à la fois par l’amiral Decoux et par l’amiral Palliser pour avoir mis en danger les deux plus importants navires de la Mineforce de l’ABDAFFloat. » (S.E. Morison, The Rising Sun in the Pacific, pp. 291/292).


23 janvier
Campagne de Birmanie

Les premiers Hurricane IIB du Sqn 136 arrivent à Mingaladon, équipés de réservoirs supplémentaires non largables. Peu après survient un sweep de 24 Ki-27 du 50e Sentai. Sept Hurricane les défient et en abattent deux ; trois Hurricane sont très endommagés, mais aucun n’est abattu. Pendant ce temps, 12 Ki-48 du 8e Sentai attaquent sans opposition les navires dans l’estuaire, mais ne font guère de dégâts.
Un second raid japonais (24 Ki-27 du 77e Sentai et 12 Mitsubishi Ki-30 “Ann”du 31e) arrive 30 minutes plus tard. Cependant, les Ki-27 ont raté le rendez-vous et les Ki-30, non escortés, sont pris à partie par 12 P-40 de la ROCAF qui, dans une grande confusion, en abattent un, en touchent gravement trois (ils seront irréparables) et endommagent plus légèrement tous les autres. Les Ki-27 arrivent alors pour sauver les bombardiers et abattent trois P-40 sans perte. Le bombardement est évidemment avorté.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – Les forces japonaises et thaïlandaises ont lancé « l’offensive finale » vers Saigon.
En début de matinée, après une préparation d’artillerie d’une heure et demie, des éléments de la 7e D.I. japonaise (Lt-général Nobory), soutenus par les survivants des 3e et 4e Régiments blindés, lancent une attaque massive contre les positions des forces françaises et locales sur la RC-1, vers Tay-Ninh. L’attaque n’est d’abord ralentie que par des champs de mines et des barrages, et les troupes japonaises traversent la frontière entre Cambodge et Cochinchine vers midi. Alors qu’elles approchent de Tay-Ninh par l’ouest, elles sont attaquées dans l’après-midi par les P-40 de l’AVG basés à Tan-Son-Nhut, qui accomplissent deux raids de six avions et ne perdent qu’un des leurs, pendant le second raid, abattu par la DCA ou par les éclats des bombes lâchées par l’avion qui le précédait.
Au crépuscule, les forces japonaises subissent une contre-attaque lancée par l’unique compagnie de chars du GBMS restant à l’ouest de Saigon. Cette unité, réduite à huit Sav-41 et cinq M3F et soutenue par une compagnie d’infanterie mécanisée, s’attaque à la colonne japonaise qui progresse vers Tay-Ninh. Désespérément, les chars japonais acceptent le combat, mais ils démontrent à nouveau l’insuffisance de leur blindage et le faible pouvoir de pénétration de leur canon. Six Type-97 et cinq Type-95 sont détruits, en échange d’un M3F et un Sav-41 seulement. Du coup, la poussée japonaise s’arrête 20 km à l’ouest de Tay-Ninh.
Dans la nuit, “ajoutant l’insulte à la blessure”, quatre Potez-25 TOE biplans harcèlent les lignes japonaises avec des grenades ou des bombes de 10 kg.
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Tonkin – Le front est toujours calme.

Campagne de Malaisie
La bataille en Malaisie du nord – En Kedah, les troupes japonaises se regroupent devant Gurun et le front est relativement calme toute la journée, en dehors d’attaques aériennes sporadiques. Néanmoins, l’aviation de l’Armée maintient sa pression sur les lignes de communication entre Ipoh et Gurun, avec deux raids sur Ipoh effectués par des bombardiers légers Ki-48 et des mitraillages constants de chasseurs Ki-27 et Ki-43 sur toute la région.
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La bataille en Malaisie du sud – Soutenu par l’artillerie et notamment par des obusiers de 9,2 pouces, la 22e Brigade d’Infanterie indienne contre-attaque les forces japonaises, usées par les combats de la veille. Dans l’après-midi, les Japonais ayant été reconduits jusqu’à 20 km du terrain de Kluang, le major-général A.E. Barstow, commandant la 9e D.I. indienne, rappelle l’attaque et les deux camps commencent à se retrancher. C’est la fin de la “Première bataille de Kluang”, tentative japonaise pour parvenir rapidement jusqu’à la côte ouest en prenant Kluang d’assaut.
A Kota Tinggi, les troupes japonaises sont toujours arrêtées par les défenses britanniques et la ligne de front est relativement calme.
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La bataille aérienne de Singapour – A 11h15, 36 G3M2/3 escortés par 27 A6M2 attaquent le port ; un bombardier est abattu par la DCA, tandis que le navire atelier Ping Woo, incendié, est gravement endommagé. A 14h30, 27 Ki-21 sans escorte bombardent la ville de Singapour.
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Mer de Chine Méridionale – Les porte-avions légers de la 2e Flotte de Kondo se rendent à Mako (Pescadores) pour y ravitailler et embarquer de nouveaux chasseurs. Les Hiryu et Soryu restent stationnés au large de la côte malaise pour couvrir les forces engagées contre Kota Tinggi.
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Détroit de la Sonde – A 11h00, le convoi “Substance”, en route pour Port-Weld, passe le détroit de la Sonde, cap au nord. Quelques heures plus tard, les sous-marins français Sfax, Béveziers, Casabianca et Sidi-Ferruch , arrivant de Méditerranée, passent à leur tour le détroit, cap à l’est, vers Sœrabaya. En fin de journée, leurs cousins plus petits Aurore et La Créole et les sous-marins mouilleurs de mines Diamant et Perle prennent le même chemin.

Campagne d’Indonésie
Mer de Florès – Les croiseurs Emile-Bertin et Lamotte-Picquet passent le détroit de Lombok (entre Bali et Lombok), en route vers Tjilatjap (côte sud de Java). Le Lamotte-Picquet doit gouverner aux moteurs et est incapable de donner plus de 10 nœuds.
Pendant ce temps, l’amiral Hart envoie aussi le croiseur lourd Houston à Tjilatajap, Sœrabaya devenant bien trop exposée aux raids aériens japonais.
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Détroit de Macassar – A 01h30, le sous-marin USS Sturgeon, qui a détecté un convoi de huit transports japonais allant de Tarakan à Balikpapan, effectue une approche aux hydrophones et lance une gerbe de torpilles par la proue. Deux ou trois explosent à grand bruit. L’historien S.E. Morison devait écrire, bien plus tard : « Le skipper du Sturgeon, le Lt Cdr W.L. Wright, envoya un message laconique qui offrit aux Américains l’une des rares occasions de sourire lors de cette lugubre campagne d’Indonésie : “Sturgeon dépucelé”. Malheureusement, aucun navire japonais ne fut perdu cette nuit-là : il semble que, comme dans de trop nombreux autres cas, les torpilles aient explosé avant de toucher leur cible. »
L’USS Pickerel est encore beaucoup moins heureux que le Sturgeon. A 05h20, il attaque le porte-hydravions Kamoi devant la baie de Balikpapan, mais aucune de ses quatre torpilles ne touche la cible, en dépit de deux explosions clairement entendues par l’équipage du sous-marin. Le Pickerel est alors contre-attaqué par deux chasseurs de sous-marins et un dragueur de mines. Gravement endommagé par des grenades sous-marines, il doit faire surface à 13h20 et est attaqué par deux destroyers. Après avoir tenté de replonger, le sous-marin doit refaire surface à 14h10 et est sabordé par son équipage.
Pendant ce temps, le destroyer Natsushio, torpillé deux nuits plus tôt par le Pillsbury, est échoué à marée basse près de l’entrée de la baie de Balikpapan, sa chambre des machines arrière continuant à prendre l’eau en permanence. Le navire est assisté par le dragueur AM-15.
………
Mer des Moluques – Le groupe du contre-amiral T. Tagaki (CA Nachi, Haguro et Myoko, CVL Ryujo [25 A5M4 et 18 B5N2], porte-hydravions Chitose [12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N], DD Shiokaze), couvert par les porte-avions Shokaku et Zuikaku (avec les DD Akigumo, Arare, Kagero, Shiranuhi), couvre deux débarquements presque simultanés, à l’ouest et à l’est de la Mer des Moluques.
Tôt le matin, soutenus par les avions du Ryujo et les hydravions du Chitose, le porte-hydravions Mizuho, les poseurs de mines Okinoshima et Tsugaru et trois transports entrent dans le port de Kendari (au sud-est de l’île Célèbes) et y débarquent des forces spéciales de la Marine. Kendari est faiblement défendu et en fin de journée, la ville et son terrain d’aviation sont entre les mains des Japonais.
A 10h30, après une “préparation d’aviation” effectuée par des G4M1 basés à Manado et par les bombardiers des Shokaku et Zuikaku, 33 avions de transport de la Marine (des DC-3 construits sous licence par Showa) lâchent 550 parachutistes sur le terrain d’Amboine (au sud de l’île Céram), pendant que les obus des croiseurs lourds Nachi et Haguro couvrent l’entrée dans le port de dix transports. Les parachutistes subissent de lourdes pertes sur l’aérodrome, mais peuvent empêcher son utilisation par les Alliés pendant que deux régiments d’infanterie de marine japonais débarquent des transports. En dépit des avertissements de l’amiral Hart (ABDAFFloat), soulignant qu’Amboine était un objectif évident une fois les Japonais bien installés à Manado, la ville n’est défendue que par deux bataillons australiens et quelques troupes hollandaises. Trois bataillons hollandais devaient renforcer cette garnison, mais, le 23 janvier, ils attendent encore des transports rapides à Sœrabaya. En fin de journée, l’infanterie de marine réussit à rejoindre les parachutistes survivants, bien que de furieux combats se poursuivent dans la ville.
Ces deux débarquements sont protégés par les sous-marins Ro-61, Ro-63, Ro-64 et Ro-65, ainsi que par les sous-marins mouilleurs de mines I-21, I-22 et I-23.

Bandœng – Dans la soirée, une réunion de tout l’état-major de l’ABDAF fait le point sur les récents événements.
L’amiral Hart, encore sous le choc de la perte de sept de ses navires et du contre-amiral Glassford, relève que les débarquements japonais à Kendari et Amboine ne peuvent signifier qu’une chose : un autre débarquement est en préparation, et cette fois à Timor.
Le maréchal Wavell reconnaît la menace contre Timor, mais désire maintenir la priorité donnée à l’opération de ravitaillement du nord de la Malaisie (Substance). « Notre situation est actuellement stabilisée en Malaisie, et Singapour peut tenir indéfiniment, même si elle ne peut plus jouer le rôle d’une grande base navale » affirme-t-il, et il ajoute : « Tenir fermement la partie ouest de la Barrière Malaise me paraît plus important qu’essayer de la défendre sur toute sa longueur, au risque de tout perdre. »
Cette déclaration soulève de vives objections parmi les officiers américains, australiens, hollandais et français. « La perte de Timor couperait les liaisons entre Java et Darwin, et ouvrirait l’Australie à un possible débarquement japonais » arguent les Australiens, soutenus par les Américains. « La perte de Timor offrirait aux Japonais un point d’appui parfait pour débarquer à Bali, puis à Java » clament les Hollandais, approuvés par les Français.
Tard dans la nuit, les Alliés parviennent, non sans mal, à un compromis. L’ABDAF Strike Force de l’amiral Doorman doit se concentrer dans la baie de Denpasar (sur la côte sud de Bali), qui paraît maintenant moins exposée que Sœrabaya, pour pouvoir attaquer les convois japonais qui traverseraient la Mer de Banda en allant d’Amboine ou Kendari vers Timor. Cependant, du fait des dommages infligés au Houston, et pendant que deux croiseurs australiens et la DesDiv 61 (USS Shubrick, Bailey, Swasey et Meade) sont à Fremantle pour escorter un convoi de ravitaillement, la Strike Force est réduite à quatre croiseurs légers (HrMs De Ruyter (amiral), Java et Tromp, HMAS Perth), un CLAA (HrMs Jacob van Heemskerck) et neuf destroyers (HrMs Banckert, Evertsen, Kortenaer, Piet Hein, Van Ghent, Van Nes et Witte de With ; USS Alden et Edsall).
Par ailleurs, les avions américains en cours d’assemblage à Darwin doivent être envoyés au terrain de Kupang, à Timor, dont les défenses doivent être améliorées. Cette mention provoque un vif échange entre l’amiral Hart et l’amiral Decoux. « Si l’Emile-Bertin et le Lamotte-Picquet n’avaient pas été inutilement envoyés au secours de la malheureuse escadre de l’amiral Glassford, en plein jour et dans des eaux dominées par les avions japonais, les deux navires auraient été disponibles pour transférer rapidement des canons de DCA et leurs servants jusqu’à Kupang. » rappelle Decoux avec aigreur.
Pour finir, il est confirmé que le vieux garde-côte cuirassé Soerabaja, transportant les écoles de tir et d’entraînement à la mer de la Marine Royale Néerlandaise (RNN), doit être envoyé à Fremantle en compagnie des mouilleurs de mines Pro Patria et Krakatau.


24 janvier
Campagne de Birmanie

Six Ki-21 du 14e Sentai, escortés par 20 Ki-27 du 50e Sentai, attaquent la région de Mingaladon. Mais les bimoteurs, plus rapides que les chasseurs à train fixe, arrivent les premiers sur l’objectif malgré les appels du capitaine Ryosuke Motomura (2e Chutai). Le raid est attendu par des Hurricane et des P-40, 20 machines en tout. Ils sautent sur les bombardiers isolés et en abattent cinq sans pertes. Les Ki-27 de l’escorte se jettent alors dans la bataille, mais la chance est avec les Alliés et trois chasseurs japonais sont abattus sans pouvoir détruire un seul chasseur allié.
Cependant, trois Ki-30 du 31e Sentai et 25 Ki-27 du 77e attaquent d’autres cibles dans la région, détruisant deux Blenheim en escale sur la route de Singapour, deux Gipsy Moth du BVAS et un autre dépôt de carburant.
Ces épisodes n’empêchent pas le maréchal Wavell de rendre une nouvelle visite à Rangoon. Il arrive sur un gros hydravion B-20 Brisbane. Wavell est témoin de l’habituel raid nocturne : douze 12 Ki-21 et 8 Ki-48 font de graves dommages aux quais.
A Moulmein, de petits groupes de Japonais commencent à infiltrer le périmètre défensif, observant les efforts britanniques pour construire une ligne continue entre les points fortifiés.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – A l’ouest de Saigon, les forces japonaises reprennent leur avance vers Tay-Ninh sur une route semée de champs de mines et dont tous les ponts ont été détruits. L’avance est donc assez lente, mais continue, jusqu’à 15h00. Alors, comme le raconte le journal de marche de la 1ère Brigade Blindée japonaise…
« Nous avions repris notre marche et avancions depuis le début de la matinée à travers des hameaux paysans désertés, ce qui décevait beaucoup nos soldats. Le rythme de notre progression était lent, car nos pionniers et nos sapeurs étaient très occupés à déminer et à stabiliser la route que l’ennemi avait sérieusement endommagée avant de battre en retraite. L’avant-garde avait signalé par radio, à 15h15, qu’elle approchait de la partie ouest de Thay Ninh et qu’afin de faciliter la circulation sur la route derrière la colonne, elle resserrait les intervalles entre ses véhicules. Un char lourd ennemi saisit cette occasion [note du traducteur : le Sav-41 était considéré comme un char lourd par l’Armée Impériale]. Il apparut soudain, débouchant d’un chemin de plantation latéral devant le gros du régiment, et son premier tir détruisit le camion radio du 4e Régiment, tuant l’adjoint au commandant du régiment et bloquant la route. Il put alors détruire à sa guise neuf autres camions remplis de soldats, en tirant à courte distance des obus remplis de shrapnels [mitraille]. Un char Chi-Ha Type-97 et deux Chi-Ro Type 89 du QG régimentaire se lancèrent à l’attaque, mais leurs canons de 57 mm se révélèrent impuissants contre l’armure du char lourd français, qui reçut au moins dix obus de 57 mm sans en souffrir et détruisit nos trois blindés. Il détruisit aussi cinq tankettes Type-97 et trois voitures Ha-Go Type-95 du peloton de reconnaissance. Les véhicules ne pouvaient s’échapper, car des champs de mines et des barrages disposés de chaque côté de la route empêchaient tout mouvement, alors que le char lourd pouvait manœuvrer à son gré sur le bas-côté. Nos soldats tombaient devant l’ennemi comme des feuilles de cerisier dans une tempête d’automne.
Bientôt, toute la scène fut obscurcie par les fumées montant des véhicules en flammes, dont les équipages ne pouvaient qu’essayer de se mettre à l’abri du tir des mitrailleuses de l’ennemi avant de chercher à contre-attaquer. Deux de nos hommes tentèrent d’approcher le char en portant des charges de démolition, mais ils furent abattus par des soldats ennemis qui s’étaient embusqués derrière un petit talus au-dessus d’un canal de drainage.
Pendant ce temps, les hommes de l’avant-garde, qui ouvraient la marche avec l’officier commandant le 4e Régiment, furent coupés. Leur dernier message radio, reçu à 16h32, signalait qu’ils étaient complètement encerclés par l’infanterie et les chars ennemis, que leur position était intenable, que toute retraite était bloquée et qu’ils s’apprêtaient à mourir honorablement. Il était en effet impossible de leur porter secours car, en plus des chars et des camions en flammes, la route était obstruée par le char lourd lui-même, maintenant soutenu par un peloton d’infanterie et au moins deux mortiers légers, qui interdisaient les abords. »

(Extrait cité dans Tank Warfare in the Far-East – Translation of Main Japanese Documents about Tank Use in WWII. Department of Defence, United States Army Translation Office, Tokyo, June 1947, IX volumes, vol. II, pp. 275-76).
Ce piège élaboré, mis en place par des troupes de la Légion Etrangère et des éléments du GBMS autour du char Gigondas, arrête un bon moment l’avance des Japonais vers Thay-Ninh.
Néanmoins, en fin d’après-midi, l’ennemi commence à pilonner la ville au canon de 100 mm, et ce pilonnage se poursuit toute la nuit. L’Armée de l’Air ne peut répliquer qu’avec quatre antiques Potez-25 TOE, qui harcèlent les batteries ennemies avec des projectiles de 10 kg.
………
– A l’est de Saigon, la défense s’accroche à Xuan Loc, dernier point d’arrêt sur la route de Bien Hoa et Saigon. Les survivants du 1er RIV ont pris position 3 km à l’est de la ville, sur la RC-1. La défense de la ville elle-même a été confiée au 1er Bataillon de Volontaires Chinois et aux deux Bataillons de Volontaires Vietnamiens encadrés par des fusiliers marins. Ces forces sont soutenues par des éléments du 5e Régiment d’Artillerie Légère Coloniale (5e RALC) avec douze 75 mm de campagne et six 47 mm antichars. Une partie de la population a été évacuée vers Bien Hoa et certaines maisons ont été démolies pour créer des barrages autour de la cathédrale et du séminaire. Trois compagnies d’infanterie ont été formées par des volontaires locaux pour assurer la sécurité autour de la ville.
Ce qui reste du GBMS à l’est de Saigon a pris position près de Suoi Dau Giay, 3 km à l’ouest de Xuan Loc, pour prévenir toute tentative des forces japonaises d’encercler la ville et de couper la RC-1 derrière elle. Il s’agit de deux compagnies blindées en sous-effectifs et de deux maigres bataillons d’infanterie mécanisée reconstitués, autour des survivants de l’infanterie mécanisée d’origine, grâce à des volontaires français et vietnamiens. Cette force est soutenue par les restes du groupe d’artillerie mixte du GBMS (quatre obusiers de 105 mm et huit mortiers de 81 mm SP montés sur des half-tracks M3).
………
Saigon – Une note de service de Pierre Brossolette, transmise en code via le ministère des Colonies et le Palais Norodom, ordonne aux équipes d’Havas libre de ne quitter l’Indochine « qu’en même temps que les hautes autorités ». Elles devront se replier, « au moins dans une première étape », sur Singapour.
Brossolette ignore encore que l’essentiel de l’équipe du Tonkin a pu s’échapper par la baie d’Along. Elle se trouve présentement embarquée sur une grosse jonque gréée en guerre avec trois FM et une Hotchkiss. Armée par un équipage de la Marine mais camouflée en barque de pêche, elle navigue plein sud au large de Tourane, à bonne vitesse grâce aux vents favorables de la saison humide, en espérant échapper au blocus, au vrai encore assez lâche, de la Marine Impériale.
Un seul journaliste, intégré pour la circonstance à la section de commandement de la 7e compagnie du 3e bataillon du 5e REI, « marche son pied la route », selon l’expression des tirailleurs sénégalais, au sein de la colonne de l’opération Épervier. C’est une participation aux combats “à toutes fins utiles”, puisqu’il ne peut disposer d’aucun moyen de transmettre ses dépêches, cependant consignées sur un gros cahier (à la main : il n’a pas emporté sa machine à écrire portable) .
À cause des difficultés techniques de toutes sortes, qui mêlent la guerre à la distance et aux conditions climatiques, l’accusé de réception de Saigon ne sera capté à Alger que le 25 à 01h15 du matin.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les troupes japonaises commencent à tâter les défenses de Gurun, mais sans lancer de véritable attaque. Les bombardiers en piqué cherchent à détruire l’artillerie du Commonwealth, mais les canons britanniques sont maintenant bien camouflés.
………
Au sud… – A Kluang comme à Kota Tinggi, le front est assez calme, tandis que les forces japonaises préparent de nouvelles attaques. Les bombardiers de l’Armée basés à Kuching concentrent leurs attaques sur Kota Tinggi, bombardée par une formation de 27 Ki-21, mais le résultat de cette attaque est plus spectaculaire qu’efficace.
………
A Singapour… – Des bombardiers de la Marine attaquent le port, où ils coulent un caboteur et endommagent un transport.
………
Dans le détroit de Malacca – Le convoi “Substance”, qui a passé le détroit de Karimata de nuit, entre dans le détroit de Malacca à 17h00 sans avoir été détecté par les avions de reconnaissance japonais. Il ralentit alors, prévoyant de ne s’élancer sur Port-Weld qu’à la tombée de la nuit du 25, pour limiter les risques d’attaque par l’aviation japonaise. Les Hurricane basés à Palembang-II partent en fin de journée pour Medan, afin de pouvoir couvrir le détroit le lendemain. L’un d’eux est accidentellement détruit en se posant sur le terrain encore constellé de cratères.

Campagne d’Indonésie
Amboine – Les troupes australiennes et hollandaises continuent de résister dans les ruines de la petite ville. Cependant, les forces japonaises contrôlent maintenant complètement le terrain d’aviation.
………
Bandœng (Java) – L’amiral Decoux, le capitaine de vaisseau Bérenger et d’autres officiers français embarquent à bord d’un DC-3 pour Perth, via Kupang et Darwin, afin de rencontrer les autorités australiennes et de discuter la possibilité pour les sous-marins français d’utiliser Fremantle comme base, si Sœrabaya devenait intenable. Parti à l’aube de Kupang, l’avion échappe à un raid effectué par des G4M1 basés à Manado.
En fin de journée, un Spitfire PR parti de Palembang reconnaître la Baie de Kuching rapporte à Bandoeng des photos qui montrent un navire ennemi de taille moyenne, entouré d’au moins dix bateaux plus petits, au voisinage immédiat de l’épave du Prince of Wales.


25 janvier
Campagne de Birmanie

Quatre Blenheim I du 3e Coast Defence Flight arrivent à Bassein. Un autre est tombé en mer à plus de 150 km de Chittagong ; l’équipage sera récupéré par des pêcheurs.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – Le front ouest (Tay Ninh) est calme, mais à l’est, l’artillerie japonaise commence à pilonner Xuan Loc. La cathédrale est touchée deux fois par des obus de 150 mm. Dans l’après-midi, un régiment attaque les positions du 1er RIV à l’est de Xuan Loc. Plus ou moins au même moment, l’infanterie japonaise commence à s’infiltrer vers le sud le long de la route locale n°2 (RL-2) pour envelopper la ville et venir couper la RC-1 en arrière de Xuan-Loc. Alors que le périmètre de défense se rétrécit, les chars du GBMS s’avancent sur la RC-1 et chargent les Japonais, les repoussant vers la RL-2 au prix de trois chars légers M2A4.
………
Tonkin – Les forces japonaises continuent à se réorganiser après la prise d’Hanoi.

Campagne de Malaisie
Dans le détroit de Malacca – Les sept transports du convoi “Substance” sont escortés par le CL HMS Mauritius, sept DD (HMS Ashanti, Eskimo, Encounter, Jervis, MN Lynx, Tempête, Trombe) et la flottille du Cdr C.T. Jellicoe (six DE Hunt-II : HMS Avon Vale, Blankney, Croome, Eridge, Farndale, Grove, soutenus par trois avisos AA : Black Swan, Erne, Ibis). Le temps ayant été très nuageux durant la nuit, le commandant du convoi décide de se diriger droit vers Port-Weld dès l’aube, sans attendre au sud la tombée de la nuit, espérant qu’une arrivée plus précoce donnera plus de temps pour débarquer le contenu des transports. Ce calcul fonctionne dans la matinée, mais à 13h00, un vent du nord-est commence à balayer les nuages et à 13h58, un avion japonais solitaire est signalé, sûr présage de l’arrivée prochaine de bombardiers.
Cependant, la cavalerie arrive parfois à temps, et à 15h02, six Hurricane apparaissent au-dessus du convoi, juste avant la première attaque, menée par douze D3A1 escortés par neuf A6M2. Surprenant cette escorte, qui avait perdu l’habitude de rencontrer une opposition de la chasse alliée, les Hurricane abattent deux Val avant de devoir tenter d’échapper aux Zéro d’escorte et de perdre quatre avions sur six, en échange de trois chasseurs ennemis. Ils ont quand même désorganisé l’attaque et seule la queue du convoi est attaquée, sans grand succès. L’Erne, frôlé par deux bombes, est endommagé et doit battre en retraite.
A 16h45, les Japonais reviennent en force : dix D3A1, douze B5N2 et une escorte de douze A6M2. Cette fois, les cinq Hurricane qui ont pris le relais au-dessus du convoi peuvent détruire deux Kate avant de devoir se défendre contre les Zéro, perdant trois avions contre trois chasseurs japonais. La DCA du convoi est alors sa seule protection ; elle abat deux autres torpilleurs et un Val, mais deux transports et le DE Avon Vale sont touchés par des bombes, tandis que le Mauritius, particulièrement visé en tant que plus gros bâtiment du convoi, n’échappe que de peu à trois torpilles. Les deux transports, incendiés, doivent être sabordés. L’Avon Vale, qui a reçu deux bombes de 250 kg à l’avant et a subi de lourdes pertes sur la passerelle, doit être échoué à l’embouchure de la rivière Perak.
A 17h50, à la tombée de la nuit, la plus grande partie de l’escorte remet cap au sud, laissant le Black Swan et l’Ibis accompagner les cinq transports survivants jusqu’à Port-Weld. Là, leur déchargement commence immédiatement, mais il est ralenti par la pauvreté des installations portuaires et les destructions infligées par les raids japonais des semaines précédentes.
………
Au nord… – Au sol, les combats commencent à gagner en intensité à Gurun. Comme les bombardiers en piqué de la Marine sont très occupés par le convoi “Substance”, l’artillerie du Commonwealth a les mains relativement libres, mais les canons/obusiers de 3,7 pouces ont du mal face aux canons et obusiers de 100 et 150 mm que les Japonais alignent maintenant. Plus puissants, les vieux obusiers de 155 mm (des modèles français fabriqués aux Etats-Unis) infligent des pertes à l’artillerie adverse. L’infanterie japonaise avance vers Yen, mais est arrêtée par la 6e Brigade d’Infanterie indienne du Brigadier (prov.) Morehead. Les bombardiers légers Ki-51 harcèlent les troupes alliées avec acharnement, mais trois sont abattus : deux par les 40 mm du 48e LAA Regt et un par des mitrailleuses.
………
Au sud… – Le front est relativement calme, en dehors d’une attaque de Ki-21 basés à Kuching contre Kota Tinggi.
………
Mer de Chine Méridionale – Les porte-avions Kaga et Akagi quittent Mako avec leur écran de destroyers, cap à l’est.

Campagne d’Indonésie
Amboine – Après une seconde journée de féroces combats, les survivants australiens et hollandais évacuent la ville, qui est maintenant solidement tenue par les troupes japonaises.
………
Java – Les croiseurs Emile-Bertin et Lamotte-Picquet arrivent à Tjilatjap, à peu près en même temps que le Houston. Le Lamotte-Picquet comme le Houston doivent débarquer leurs blessés touchés lors des bombardements, et le croiseur français espère pouvoir faire réparer son gouvernail avant gagner Colombo pour réparations complètes.
De son côté, l’Emile-Bertin embarque une batterie de canons Bofors de DCA, avec ses servants et ses munitions, et part pour Kupang, à Timor, au crépuscule.
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 12:49    Sujet du message: Répondre en citant

26 janvier
Campagne de Birmanie

Nouveau sweep sur Mingaladon : 23 Ki-27 du 50e sont interceptés par huit P-40 et Hurricane. Deux P-40 et un Ki-27 sont perdus.
L’après-midi, cinq Blenheim du Sqn 113 escortés par deux Hurricane et six P-40 attaquent Kawkareik, touchant une colonne japonaise sur la piste qui se dirige vers l’ouest. En effet, les Japonais ont réussi à se débarrasser de la 17e Brigade – dont les hommes ont traversé la rivière qui leur coupait la retraite, mais après avoir dû détruire une bonne partie de leurs véhicules et de leurs armes lourdes. Ils ne pourront participer à la bataille qui va s’engager à Moulmein.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – A l’est de Saigon, les troupes japonaises venant de la côte essayent à nouveau de briser les défenses françaises à Xuan Loc. Dans la matinée, une première attaque frontale est bloquée, mais elle n’a pour but que de fixer les défenseurs. En début d’après-midi, des forces japonaises, bien plus nombreuses que la veille, sont repérées au nord de la ville, se dirigeant vers la RC-1. A 15h30, les derniers éléments du GBMS à l’est de Saigon font face à l’équivalent d’un régiment japonais. Grâce à leurs obusiers de 105 mm et à leurs mortiers, les Franco-Vietnamiens parviennent cependant à arrêter les attaquants devant Suoi Dau Giay, puis à les repousser, faisant échouer cette nouvelle tentative de couper Xuan Loc de Saigon.

Campagne de Malaisie
Détroit de Malacca – Les bombardiers japonais basés dans le sud de la Thaïlande concentrent la plupart de leurs attaques sur le convoi Substance, en train de décharger à Port-Weld. Mais dès le début de la matinée, neuf D3A1 escortés par six A6M2 s’en prennent au HMS Erne, qui retourne à faible vitesse vers Singapour, handicapé par les dommages subis la veille. L’aviso est touché par deux bombes de 270 kg et frôlé par trois autres. Après plusieurs heures de tentatives désespérées pour contrôler à la fois les incendies et les voies d’eau, son équipage finit à 16h20 par abandonner le petit navire, qui chavire peu après.
08h45 – Port-Weld est attaqué une première fois à par douze B5N2 escortés par neuf A6M2. Six Hurricane venus de Sumatra réussissent à abattre un des bombardiers-torpilleurs et deux chasseurs, mais au prix de trois d’entre eux. Neuf des B5N2 réalisent un bombardement horizontal assez précis, incendiant l’un des cargos.
09h05 – Neuf D3A1 sans escorte attaquent sans opposition, car les trois Hurricane survivants ont été attirés à basse altitude. Cette attaque est bien plus précise. Un deuxième cargo est touché et prend feu. Quelques minutes plus tard, l’aviso AA Black Swan est touché par une bombe de 250 kg juste devant sa tourelle arrière et par deux de 60 kg sur sa passerelle. Peu après, le bateau est frôlé par deux autres bombes de 250 kg qui mettent hors service sa turbine bâbord.
09h50 – L’aviation de l’Armée attaque à son tour Port-Weld, mais les 18 Ki-48 escortés par 15 Ki-43 frappent surtout la ville et la gare.
11h35 – Après une courte trêve, neuf D3A1 escortés par autant d’A6M2 se présentent, mais sont interceptés par six nouveaux Hurricane. Une nouvelle fois, la moitié des défenseurs sont abattus, mais ils détruisent deux bombardiers en piqué et trois de leurs escorteurs. Les autres Val s’acharnent sur le Black Swan, qui est à nouveau touché, cette fois par une bombe de 270 kg qui explose dans sa chaudière. L’aviso stoppe et commence à dériver dans le port, brûlant furieusement. Le patrouilleur V1 essaie de le pousser vers une plage, mais, dévoré par les flammes, le Black Swan coule à 12h25 et le V1 ne peut que repêcher les survivants de l’équipage.
12h45 – 18 Ki-21 apparaissent et bombardent le port et la ville, ajoutant aux destructions des raids précédents. La bretelle ferroviaire reliant le port et la voie principale est coupée en deux endroits.
………
Au nord… – A Gurun, la 6e Brigade d’Infanterie indienne est à nouveau durement confrontée aux forces japonaises. Cependant, comme les avions de la Marine sont très occupés à attaquer Port-Weld, ces forces ne sont soutenues que par des Ki-51 d’appui tactique, qui manquent de la précision des D3A1, et l’attaque s’essouffle. Ce que voyant, le général Yamashita réclame à Tokyo l’envoi rapide du 1er Dokuritsu Sentai, même avec ses vieux D1A2 d’entraînement. Dans le même temps, après avoir discuté avec un observateur de la Wehrmacht arrivé la veille à son QG, Yamashita ordonne de faire immédiatement monter au front plusieurs batteries AA équipées du canon anti-aérien de 75 mm Type 88, et d’utiliser ces canons contre les chars. L’officier allemand, qui a participé aux combats en France contre les B1bis et en Grèce contre les Valentine, estime en effet que ce canon pourrait jouer contre les chars alliés le même rôle que le 88 mm, bien qu’il soit plus fragile et plus difficile à déplacer.
………
Au sud et à Singapour… – Le front est relativement calme à Kluang comme à Kota Tinggi, mais Singapour est violemment attaquée par les avions basés à Kuching : des Ki-21 de l’Armée le matin et des G3M2/3 de la marine l’après-midi. Le premier raid provoque de lourdes pertes dans la population civile. Le second, qui vise le port, détruit un transport en train d’embarquer des réfugiés et le patrouilleur Sheldrake.
………
Mako (îles Pescadores) – Les CVL Shoho et Zuiho, escortés par les DD Hibiki et Nowaki, viennent ravitailler et réarmer. Les opérations commencent immédiatement, car les deux porte-avions doivent repartir pour la côte malaise le jour suivant.

Campagne d’Indonésie
Amboine – Les troupes japonaises contrôlent complètement la ville et l’aérodrome, qui est activement préparé à recevoir les bombardiers de la Marine.
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Sœrabaya – Arrivée de la 2e Flotille sous-marine d’Extrême-Orient : quatre 1 500 tonnes (classe Redoutable) de la 8e DSM et deux unités de la classe Aurore, qui ont passé tous les six le Détroit de la Sonde le 23. Les deux sous-marins mouilleurs de mines complétant la flottille arriveront quatre jours plus tard avec le ravitailleur Cap des Palmes.

Campagne des Philippines
Sur la presqu’île de Bataan, les troupes américaines reculent jusqu’à la ligne Bagac-Orion. Cependant, un débarquement japonais à la Pointe Quinauan est repoussé.

Campagne du Pacifique Sud
Nouméa – Le vice-amiral Emile Muselier arrive en avion de Papeete pour installer le Commandement du Pacifique (CoPac). Cet organisme doit être intégré à l’ANZAC, commandé par le vice-amiral Leary et qui s’étend aux eaux de l’Australie Orientale, de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Guinée britannique, des îles Salomon, Loyauté et Fidji et des colonies françaises du Pacifique Sud. Le même jour, le croiseur-école Jeanne-d’Arc arrive à Nouméa, venant de l’île Canton, où des navires américains l’ont relayé.
En fin de matinée, l’EV1 Yvon Lagadec, pilote sans avion, est arrivé sur le “Caillou” : « Je tentais avec obstination de trouver un moyen de transport pour rejoindre mon porte-avions aux Etats-Unis. En l’absence d’une ligne régulière, par ces temps troublés, je voyageais plus ou moins en stop. De Java, traversée en camion jusqu’à Tjilatjap, j’avais gagné Darwin, sur un caboteur minable qui présentait cependant un avantage : il était fort douteux qu’un bateau de si pauvre mine donnât envie à un sous-marin japonais de gaspiller une torpille ou même un obus sur sa vieille coque. A Darwin, j’avais attrapé (grâce à la sollicitude de l’équipage, touché par ma détresse) le DC-3 des Lignes Aériennes Militaires, qui m’avait conduit à Sydney, puis à Nouméa – terminus ! J’en demande pardon aux habitants de la Nouvelle-Calédonie, mais en débarquant chez eux, je me suis cru au bout du monde. Sans l’arrivée de la Jeanne quelques heures plus tard, j’aurais sérieusement pensé que j’étais condamné à moisir là jusqu’à la fin de la guerre, au moins ! »
………
Iles Samoa – Sur l’ordre du CINCPAC (l’amiral Chester Nimitz), les porte-avions Enterprise (vice-amiral W. Halsey) et Yorktown (contre-amiral F. Fletcher) quittent avec leur écran les Samoa, où ils ont accompagné un convoi de troupes, pour lancer une attaque contre les bases japonaises des îles Marshall. Ce raid a été décidé pour prévenir une possible attaque japonaise contre les Samoa.


27 janvier
Campagne de Birmanie

Dans la nuit, six Ki-21 touchent Mingaladon avec précision, détruisant deux Hurricane. Mais l’un d’eux est abattu par le Sqn-Ldr Stone, pilotant un Hurricane. C’est la première perte de l’aviation de l’Armée Impériale en bombardement de nuit.
Cette même nuit, 5 Blenheim, 2 Overstrand et 4 Heyford frappent diverses cibles en Thaïlande, sans perte (un autre Blenheim s’est écrasé au décollage, sans pertes humaines).

Campagne d’Indochine
– A l’ouest de Saigon, Tay Ninh tombe en fin de journée sous une succession d’attaques japonaises. Les forces franco-vietnamiennes se replient sur Hieu Thien. Lors de cette retraite, le Sav-41 Gigondas, qui avait joué le premier rôle dans l’embuscade tendue à la 1ère Brigade Blindée japonaise trois jours plus tôt, est détruit par un coup direct tiré par un obusier de 150 mm.
– A l’est de Saigon, les troupes japonaises reprennent leur attaque contre Xuan Loc. Ayant échoué à déloger les défenseurs par un mouvement tournant, elles essayent à présent de s’infiltrer au nord du périmètre de défense. Pendant que l’artillerie japonaise martèle consciencieusement la ville, des éléments totalisant environ deux compagnies parviennent à s’infiltrer dans le quartier du séminaire et près de la cathédrale. En fin d’après-midi, ils sont rejetés par le 1er Bataillon de Volontaires Chinois et le 2e Bataillon de Volontaires Vietnamiens, soutenus par un peloton de Sav-41, après un furieux combat au corps à corps.
« Le char Margaux de Fernand Naudin et Roger Carmaux, engagé en première ligne, est attaqué sur le parvis de la cathédrale par une “équipe suicide” japonaise. Le dernier de ceux que les Français ont surnommé les “porteurs de valise” (à cause de la charge d’explosifs qu’ils transportent) arrive à quelques mètres du Margaux quand il est plaqué au sol par le soldat Ky, syndicaliste et membre du PC vietnamien clandestin. L’explosion de la charge tue les deux hommes. “Quelle connerie, Fernand, observe Carmaux, qui s’était lié d’amitié avec celui qui venait de sauver leur char. Un bon communiste, athée convaincu, se faire tuer en défendant une cathédrale et un char fabriqué par une usine capitaliste.” Alors Naudin, qui voit l’émotion de son équipier : “C’est la vraie Internationale, Roger. Ce char a été fabriqué par des ouvriers américains, et cette cathédrale est consacrée au charpentier Jésus.” » (Pascal Nguyen-Minh, op.cit.).

Campagne de Malaisie
Détroit de Malacca – L’aviation de la Marine impériale, renforcée par l’arrivée de 19 G3M3, 8 D3A1 et 10 A6M2, pilonne toute la journée Port-Weld, ne s’arrêtant que pour laisser la place aux bombardiers moyens de l’Armée. Les Hurricane II qui s’opposent à ces attaques abattent six avions japonais (un D3A1, un A6M2, deux Ki-21 et deux Ki-43), perdant quatre des leurs. Une DCA très active inscrit deux Ki-48 et un Ki-21 à son actif. Cependant, les bombardiers en piqué détruisent un autre transport (à peu près vidé de son contenu) et le patrouilleur V1. Le port est maintenant très encombré par les navires coulés et les diverses destructions. Profitant de la concentration des attaques japonaises sur Port-Weld, le dernier aviso AA, l’Ibis, réussit à s’enfuir et à quitter le Détroit.
………
Au nord… – A Gurun, les troupes japonaises reprennent leurs tentatives pour déborder les positions du Commonwealth. La 28e Brigade Gurkha (Brigadier (prov.) Selby, ex Lt.-Colonel du 2/9e Gurkha) lance une contre-attaque avec le soutien des chars A12 Matilda du 2/6e et des A13 Cruisers Mk.III du Royal New South Wales Lancers, mais cette contre-attaque s’épuise quand quatre Cruisers et trois Matilda sont détruits par les canons antichars japonais et surtout par les 75 mm AA, tirant à relativement longue portée.
………
Au sud et à Singapour… – Le front est encore calme à l’est de Kluang comme à Kota Tinggi, mais l’aviation japonaise est très active. Les Ki-21 de l’Armée basés à Kuching effectuent deux raids, un le matin contre Kota Tinggi, l’autre le soir contre Singapour. Deux bombardiers sont abattus lors de ce dernier raid, par la DCA et par un Defiant en “patrouille du crépuscule”. Les avions des porte-avions de la 2e Flotte attaquent Seletar et Sembawang, détruisant deux Hudson sur le premier terrain et un DC-3 sur le second.

Campagne d’Indonésie
Bandœng (Java) – La ville et l’aérodrome sont attaqués par 36 bombardiers de la Marine japonaise venant de Kuching, escortés par 18 A6M2. Des dommages significatifs sont infligés aux deux cibles et la population civile locale commence à fuir vers la campagne avoisinante.
………
Bali – La Strike Force de l’amiral K. Doorman (cinq croiseurs et neuf destroyers) arrive dans la baie de Denpasar.
………
Baie de Kupang (Timor) – L’Emile-Bertin arrive à Kupang peu après l’aube et débarque en hâte la batterie de Bofors qu’il transporte. Alors qu’il quitte Kupang pour retourner à Tjilatjap, la ville et l’aérodrome sont à nouveau attaqués, cette fois par 27 G4M1.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Tous les hommes blancs de Nouvelle-Guinée âgés de 18 à 45 ans sont mobilisés, ce qui provoque une crise entre le Brigadier Morris (bientôt major-général) et l’administrateur civil de Papouasie, M. Murray.

Campagne du Pacifique Sud
Rentrant à Pearl Harbor, le croiseur sous-marin Surcouf effectue des observations sur les Marshall du Nord (Wotje et Kwajalein), pour préparer le raid aéronaval américain.


28 janvier
Campagne de Birmanie

Sachant que les Alliés opèrent toujours de Mingaladon, la 5e Division Aérienne organise une nouvelle journée de sweeps. Le 77e Sentai lance ainsi 27 Ki-27 et le 50e en envoie dix, mais la coordination est médiocre et les deux raids restent séparés.
Un P-40 de la ROCAF est abattu, mais le 77e perd quatre Ki-27. Touché, le lieutenant Kaneki Yamamoto fracasse délibérément son avion sur un P-40 chinois s’apprêtant à décoller et dont le pilote voit avec étonnement disparaître soudain l’arrière de son fuselage. Yamamoto sera enterré par la RAF avec les honneurs militaires ; une boîte à message contenant le récit de sa mort complété de photographies des funérailles sera lâchée sur le terrain de Racheng.

Campagne d’Indochine
Tonkin – Les unités japonaises, descendant rapidement vers le sud par la route côtière, approchent de Hué. Presque toute la côte du Vietnam est sous contrôle japonais.
………
Cochinchine – A l’est de Saigon, les forces japonaises attaquent à nouveau les forces franco-vietnamiennes à Xuan Loc. En fin de journée, la loi du nombre commence à s’exercer et l’infanterie japonaise pénètre au cœur de la ville, constamment bombardée et dont la cathédrale est en ruines, touchée par de nombreux obus. Sur la côte, les Japonais approchent de Dat Do, non loin du cap Saint-Jacques (Vung Tau). Le commandant en chef des forces terrestres françaises, le général Martin, décide d’envoyer un nouveau bataillon de volontaires vietnamiens, levé en hâte, à Phuoc Le, sur la RC-15, pour empêcher la coupure de la route entre Bien Hoa et Cap Saint-Jacques.
Sur le front ouest, les Japonais testent les défenses françaises à Hieu-Thien.
Saigon est très durement bombardée à deux reprises par les avions de la Marine et de l’Armée japonaises. De grands incendies éclatent autour de la cathédrale de la ville et du siège du Haut-Commissariat.
Au crépuscule, dans l’immeuble du QG des forces françaises d’Indochine, noirci par l’incendie de l’une des principales centrales électriques de Saigon lors de l’un des raids de la semaine précédente, se tient une conférence qui sera plus tard qualifiée d’historique. Y participent, autour du Haut-Commissaire Jean Sainteny, le général Martin, le général de brigade Bourdeau (ex-commandant de la Division d’Annam, maintenant chargé de la défense de Saigon), le colonel Schlesser (commandant du GBMS), Sa Majesté Bao Daï, empereur d’Annam, Sa Majesté Norodom Sihanouk, prince héritier du Cambodge, ainsi que des dignitaires du mouvement Cao-Daïste, des dirigeants des syndicats vietnamiens (c’est-à-dire, officieusement, du Parti communiste vietnamien) et des représentants de la communauté chinoise de Saigon-Cholon.
– Il faut nous rendre à l’évidence, Messieurs, expose le général Bourdeau, la défense de Saigon est sur le point de s’effondrer, malgré la bravoure de tous, Français, Vietnamiens et Chinois. A l’ouest, Hieu Thien ne pourra pas tenir longtemps, et nous devrons probablement reculer jusqu’à Cu Chi d’ici quarante-huit heures. A l’est, la chute de Xuan Loc n’est qu’une question d’heures, et la route de Bien Hoa sera alors ouverte à l’ennemi. Or, le contrôle de Bien Hoa est maintenant essentiel, car cette localité commande notre seule voie d’évasion, vers Ban-Me-Thuot et les Hautes Terres, que nous tenons encore solidement. De là, il est possible, par Pleiku et Kontum, d’atteindre Saravane, dans les Bolovens, puis, profitant du fait que les Thaïlandais ne sont guère actifs dans le centre et le nord du Laos, de remonter jusqu’à Luang-Prabang et jusqu’à la base Epervier.
– C’est pourquoi, conclut le général Martin, je vous propose de commencer tout de suite l’évacuation militaire de Saigon et de déclarer la cité ville ouverte dans trois ou quatre jours.
– Ce n’est pas possible, s’exclame M. Kow, représentant des Chinois de Cholon. Ce petit homme replet parle un français hésitant, avec un fort accent, mais sa voix est vibrante d’inquiétude. « Les Japonais, jamais ils respectent les lois internationales sur les villes ouvertes. Rappelez-vous Nankin, il y a cinq ans, et ils font la même chose à Phnom-Penh et à Haiphong, juste il y a quelques jours. Si ils entrent à Saigon, ils tuent tous les hommes chinois, et les femmes ils tuent aussi, sauf les jeunes, ils les violent et ils les mettent dans des bordels pour leurs soldats ! »
Religieux et syndicalistes vietnamiens soutiennent fermement ce discours, affirmant que les Vietnamiens seront certainement aussi menacés que les Chinois, surtout maintenant que beaucoup d’hommes combattent aux côtés des Français contre les Japonais.
S.M. Bao Daï ne dit mot (il gardera le plus grand calme pendant toute la conférence), mais à ce moment, le jeune prince Norodom Sihanouk se lève et interpelle Sainteny et Martin. Il s’exprime, lui, dans un français parfait, voire précieux, mais non moins énergique : « Monsieur le Haut-Commissaire, Général Martin ! Ne pensez-vous pas qu’il est temps de décréter la levée en masse du peuple contre l’envahisseur ? Est-ce donc à un prince héréditaire khmer de vous rappeler l’histoire de la Révolution française ? De vous rappeler que cette décision s’impose comme le recours légitime et naturel des Républicains face à une sanguinaire invasion étrangère ? De vous remettre en mémoire les trois choses que demandait Danton pour sauver la Nation : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! ». Moi-même, j’ai appelé mon peuple à gagner la jungle et à continuer le combat jusqu’à ce qu’il ne reste plus un Japonais vivant sur le sol du Cambodge. Je vous en conjure, donnez au peuple du Vietnam les moyens de sa lutte. Pour l’honneur de la France et de la République, vous ne pouvez faire moins ! »
Dans une interview accordée peu avant la fin de sa vie, celui qui était devenu le vieux roi Norodom avouera qu’il avait été inspiré par un entretien qu’il avait eu avec le général de Gaulle lors du voyage effectué par celui-ci en Asie avant l’offensive japonaise (on sait que Norodom Sihanouk et Charles de Gaulle eurent toujours par la suite les plus cordiales relations). Quoi qu’il en soit, son discours fait une forte impression. Sainteny précisera même, dans ses Mémoires (Serviteur de la République – tome 2, La Force Jaune) : « Je n’ai jamais été aussi ému par un discours politique, peut-être parce que cette supplique s’adressait à moi personnellement et que j’avais les moyens, pour le meilleur ou pour le pire, d’y répondre. »
– Combien d’armes reste-t-il dans les dépôts de la région de Saigon et Bien Hoa ? demande le Haut-Commissaire.
– Sur le papier, suffisamment pour équiper environ 15 000 hommes, répond le général Martin. Mais je répète : sur le papier. Ils n’auraient pratiquement pas d’armes lourdes. Par ailleurs, il nous faut songer au problème que poseraient les familles de ces combattants. La plupart des femmes et des enfants français ont été évacués par bateau avant l’attaque japonaise, et depuis quelques jours, un certain nombre de personnes âgées et d’infirmes ont été envoyés vers les Hautes Terres, ainsi que tout le personnel colonial qui n’était pas strictement nécessaire à la défense. Mais la création des Bataillons de Volontaires Chinois et Vietnamiens a considérablement accru l’ampleur du problème, et une levée en masse l’accroîtrait encore.
– Ce n’est pas mon avis, remarque le colonel Schlesser. J’ai constaté à Xuan Luoc que la présence des familles des troupes locales n’est pas forcément un problème. Au contraire, c’est bon pour leur moral et il est fréquent que les femmes et les adolescents aident les combattants en leur apportant des munitions et en évacuant les blessés.
– Mais que feront-ils quand les Japonais occuperont toute la région ? questionne Martin.
C’est M. Tran, l’un des “syndicalistes” vietnamiens, qui répond : « Le peuple de Saigon est prêt à se battre sur chaque pouce de sa terre, Général, et si nécessaire, il est même prêt à se battre dessous. »
Jean Sainteny donne alors son accord pour défendre jusqu’au bout Saigon et Bien Hoa, non sans avertir les participants qu’il donnera tout de même l’ordre à un certain nombre de personnels clés de quitter la région et de rejoindre les troupes dans le nord de l’Indochine. La défense de Saigon doit en effet être comprise comme un combat de retardement décidé en dernier recours. Une partie de la population civile, principalement les communautés les plus exposées à de possibles exactions japonaises, doit aussi quitter la ville pour Ban-Me-Thuot.
« A partir de 23h00, le décret officiel établissant le Camp Retranché de Saigon, écrit en français, en vietnamien et en chinois, est placardé sur tous les murs de Saigon, Cholon et Bien Hoa. Il appelle tous les hommes de 18 à 45 ans en état de servir à se présenter aux casernes de l’Armée française et des sapeurs-pompiers. Les hommes qui ne pourraient être armés devront suivre les troupes pour être à leur tour équipés d’armes récupérées sur des morts ou des blessés, ou seront enrôlés dans des “bataillons de fortifications” pour creuser des tranchées et construire des barrages.
Le caporal Désiré Leroux, dont le half-track armé Camembert a été détruit lors des combats de Tay Ninh, assiste à l’affichage du décret (un peu par dérision, les équipages des half-tracks du GBMS avaient donné à leurs véhicules mal protégés des noms de fromages en constatant que les équipages des chars donnaient à leurs blindés des noms de grands vins). “Je devais être le seul Français, et le seul soldat, dans une foule d’hommes, pour la plupart des ouvriers, qui lisaient et relisaient le décret en le commentant à voix basse. Au premier rang, j’aperçois un de leurs chefs (j’avais assez d’expérience pour reconnaître un chef entouré de son état-major au milieu d’une foule, même sans galons). Au bout d’un moment, il se tourne vers les autres, le poing droit levé, et commence à chanter en vietnamien ! Au bout de trois mesures, l’un des ses compagnons l’arrête avec un geste dans ma direction. Il se dirige alors vers moi et me demande en bon français, avec ce curieux sourire des Jaunes, ce que je fais loin du front. Je réponds que je fais partie du GBMS, mais que mon half-track a été détruit à Tay Ninh et qu’on m’a envoyé ici pour y encadrer les volontaires.
– Votre half-track ? Mais vous n’y étiez pas seul, n’est-ce pas ?
– Non. Mais mes équipiers sont morts. J’ai eu beaucoup de chance.
Il me regarde en face, et son expression commence à ressembler un peu plus à un vrai sourire.
– Vous savez, les armes que vous nous donnez, personne ne nous les reprendra, ni les Japonais, ni vous.
– Je m’en doute. Mais si mes copains sont venus se faire tuer ici, très loin de leur Normandie, c’était pas vraiment pour que l’Indochine reste une colonie française. On a assez de mal à éviter que la France devienne une colonie allemande !
J’ai dû dire ce qu’il fallait, parce que maintenant, il sourit vraiment. Et il commence à chanter, mais cette fois, c’est la Marseillaise. Et la foule reprend !
Quand le silence revient, comme je ne sais pas quoi dire, j’y vais moi aussi de ma chanson. J’avais reconnu l’air qu’il avait commencé à chanter au début. C’était facile, je l’avais tellement chantée, en 36, en défilant avec mon paternel et tous les ouvriers de l’usine. En 39, lors du Pacte entre les Boches et les Russes, j’avais juré de ne plus jamais la chanter, mais là, dans la nuit de Saigon, ça m’a paru la chose à faire. N’empêche, j’étais un soldat français, et ça m’a fait drôle d’être porté en triomphe jusqu’à la caserne par tous ces Jaunes vêtus de noir et qui venaient s’enrôler sous le drapeau tricolore, en chantant l’Internationale…” »
(Pascal N’Guyen-Minh, op. cit.).

Campagne de Malaisie
Au nord… – Dans la journée, pendant que les avions de l’Armée attaquent Sungei Patani et Kuala Lumpur, les D3A1 de la Marine reprennent leurs opérations d’appui tactique au profit des troupes au sol, visant les unités d’artillerie australiennes. Leur action empêche ces unités de contre-battre une douzaine de canons de 75 mm Type-88, qui couvrent maintenant les axes de pénétration japonais face aux contre-attaques blindées. La situation à Gurun menaçant de se détériorer rapidement, les troupes du Commonwealth se retirent de leur position Kroh-frontière jusqu’à la position Baling. Un point d’arrêt sur le Sungei Muda doit être préparé pour permettre de renforcer l’île de Penang.
En fin de journée, l’aviation japonaise dans le sud de la Thaïlande est encore renforcée par l’arrivée, via Mako et Bin Dinh, de 12 G3M3 et 9 D3A1 (pour la Marine), et de 24 Ki-27 Nate et 17 Ki-43 Hayabusa Oscar (pour l’Armée).
………
Au sud… – En Johore, Kota Tinggi est à nouveau bombardée par les Ki-21 basés à Kuching.
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Sumatra – A l’aube, 15 G3M3 et 12 B5N2 escortés par 15 A6M2 attaquent le terrain de Sabang, surprenant les avions de la RAF qui sont là en transit vers Palembang. Cinq Hurricane et deux Buffalo (du ML-KNIL) tentent d’intercepter le raid mais, privés d’alerte radar, ils se font coiffer par les Zéro pendant qu’ils grimpent. Trois Hurricane et les deux Buffalo sont abattus, contre seulement deux A6M2. Au sol, les bombes détruisent sept autres Hurricane, cinq Blenheim et un Wellington.

Campagne d’Indonésie
Manado (nord de Célèbes) – Arrivée de la 1ère Force d’Attaque Surprise du contre-amiral K. Hara (DD Minatsuki, Nagatsuki, Satsuki, Harukaze, Hatakaze), qui se joint au groupe du couverture du contre-amiral T. Tagaki : CA Haguro, Myoko et Nachi (amiral), CVL Ryujo (25 A5M4 et 18 B5N2), porte-hydravions Chitose (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N), DD Shiokaze.
………
Détroit de Macassar – La force d’Ozawa (CA Kumano, Mikuma, Mogami, Suzuya, DD Ajanami, Shikinami, Uranami, Amagiri, Jugiri, Sagiri) prend position au large de Balikpapan, relevant le groupe spécial du contre-amiral Tanaka, qui appareille pour les îles Palau.
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Sœrabaya (Java) – Les huit sous-marins de la Xe Flotille de la Royal Navy arrivent à la base hollandaise. Commandée par le Captain G.W.G. Simpson, cette flottille comprend les HMS Ultimatum, Unbeaten, Unique, Upholder, Upright, Uproar, Urge, Utmost.

Campagne du Pacifique Sud
Iles Palau – Arrivée des porte-avions Shokaku et Zuikaku, accompagnés du porte-hydravions Mizuho et des mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru et escortés par les DD Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi.
………
Nouméa – Arrivée d’un grand convoi de troupes américain, transportant des unités des Marines et de l’US Army, et escorté par les porte-avions USS Lexington (vice-amiral Wilson Brown) et Wasp (contre-amiral Leigh Noyes). Les deux porte-avions sont entourés par les CA Indianapolis, Portland et San Francisco et les DD du DesRon 1 (Dale, Farragut, McDonough, Phelps, Worden) et du DesRon 12 (Aaron Ward, Farenholt, Lang, Selfridge, Stack, Sterett).
L’amiral Muselier souhaite la bienvenue à l’amiral Brown. Les deux hommes s’accordent pour attirer l’attention du commandement de l’ANZAC sur la grande vulnérabilité des forces australiennes à Rabaul. Si des forces japonaises venant des îles Palau l’attaquaient, Rabaul tomberait rapidement, créant dans la région une situation très préoccupante.
Pour Yvon Lagadec, l’arrivée des porte-avions américains, c’est un peu Noël ! « J’avais embarqué sur la Jeanne, qui était censée me déposer à Papeete. Mais l’arrivée de l’escadre américaine m’a littéralement ravi. D’abord parce que je commençais à me demander si tous leurs bateaux étaient au fond de la rade de Pearl Harbor. Ensuite parce que je n’avais jamais vu un porte-avions aussi imposant que le Lexington. Dès cet instant, je n’ai plus eu qu’une idée en tête – vous devinez laquelle. J’ai mis ce que j’ai pu trouver de mieux comme uniforme, sans oublier ma DFC et mes carnets de vol, et j’ai été supplier le pacha de la Jeanne jusqu’à ce qu’il accepte de me laisser emprunter l’une des embarcations du croiseur. Et me voilà à la coupée du Lexington, où je demande à rencontrer le commandant du groupe aérien, en tant que représentant de la Chasse de l’Aéronavale française à Nouméa (je ne mentais pas, bien que je fus le seul membre de l’espèce et que je n’eus même pas de monture). Quelques heures plus tôt avait eu lieu une rencontre d’amiraux, ma visite a dû sembler dans l’ordre des choses. Un moment plus tard, après force discours et moult descriptions des combats aériens en Méditerranée et en Mer de Chine, le commandant du groupe aérien décidait qu’il était de la plus haute importance que je puisse transmettre mon expérience aux pilotes du Lexington et que, pour cela, je les accompagnerais jusqu’à la prochaine escale du porte-avions à Pearl, d’où je devais trouver facilement un passage pour les Etats-Unis. Restait une formalité : obtenir la signature de l’amiral Muselier, tâche dont je m’acquittai aussitôt, grâce à l’aide du commandant de la Jeanne, très content de se débarrasser de moi ! C’est ainsi que je devins le seul Français jamais inscrit sur le rôle du splendide “Lady Lex”. Seule ombre au tableau : j’ai dû m’accoutumer à parler de Wildcat et non plus de Martlet, et surtout à supporter les vulgarités et l’accent américains, à la place de l’anglais châtié de la Royal Navy… »

Echanges nippo-allemands
Varsovie (Pologne occupée) – Un train de 27 voitures, baptisé “convoi Anton”, quitte la gare de Varsovie en début de matinée pour Harbin et Dairen, au Mandchoukouo, où il doit arriver le 14 février après avoir traversé toute l’URSS.


29 janvier
Campagne de Birmanie

Six Hurricane et six P-40 de la ROCAF interceptent 20 Ki-27 du 77e Sentai sur Rangoon. Quatre Ki-27 et deux P-40 sont abattus, plus un Hurricane qui se pose sur le ventre et sera irréparable. Le sergent Yoshida, qui pilote un Ki-27, touché de plusieurs balles, tente de s’écraser sur un Blenheim du Sqn 113, mais sa machine s’écrase sur la butte de protection.
De nouveaux Lysander arrivent au Sqn 28, portant son effectif à 18 machines.

Campagne d’Indochine
Saigon – Alors que les troupes japonaises attaquent Hieu Thien en force et contrôlent maintenant la plus grande partie de ce qui reste de Xuan Luoc, le décret de levée en masse entre en application. En fin de journée, ce sont au moins 40 000 travailleurs qui creusent des tranchées à l’est de Bien Hoa et à l’ouest de Saigon. Certains immeubles sont démolis pour construire des barrages dans plusieurs points clés de l’agglomération.
Un message du gouvernement français, signé de Paul Reynaud, Georges Mandel et Charles de Gaulle, valide la décision de Jean Sainteny, nomme Norodom Sihanouk et Bao Daï Hauts-Commissaires délégués et confie à Sainteny tous les pouvoirs civils et militaires.
………
Kunming (Chine) – Les Hawk-81 français de la 40e EC, reconstituée dans la région de Mandalay, en Birmanie, arrivent à Kunming pour relever les squadrons de l’AVG. Pilotes et avions de l’AVG, que la presse alliée n’appelle que les “Tigres Volants”, se rendent à Chungking, où leur unité sera à son tour reconstituée.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Des bombardiers en piqué D3A1 de la Marine japonaise maintiennent une pression constante sur les forces du Commonwealth à Gurun. Celles-ci commencent à se replier sur de nouvelles positions, autour de Sungei Munda.
D’autres bombardiers de la Marine lancent une attaque massive contre Penang. L’île est d’abord la cible de 27 G3M3, qui infligent de graves dégâts à Georgetown, puis celle de douze D3A1, qui frappent le port, détruisant la canonnière Grasshopper et le pétrolier Kurumba. Pendant ce temps, l’aviation de l’Armée attaque Port-Weld : 18 Ki-21, escortés par 21 Ki-43, ajoutent de nouveaux dommages à ceux des jours précédents. En l’absence de chasseurs alliés, 12 Ki-43 attaquent des convois routiers sur le chemin du retour, désorganisant sérieusement la circulation mais perdant l’un des leurs, abattus par des tirs de DCA légère.
Par ailleurs, des Ki-48 attaquent la gare de Nibong Tebal, endommagent sérieusement la voie ferrée.
………
Au sud… – En Johore, les troupes japonaises tentent de déborder les positions britanniques à Kota Tinggi, mais sont facilement repoussées malgré deux attaques aériennes.

Campagne d’Indonésie
Ile Palau – Les porte-avions Kaga et Akagi, venant de Mako (Pescadores) avec les CA Chikuma et Tone, le CL Abukuma et les DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze et Kasumi, arrivent tard dans la nuit à Palau. Commandée par le vice-amiral Nagumo, cette escadre se joint aux autres bâtiments japonais déjà concentrés là.
………
Tjilatjap (Java) – Le croiseur mouilleur de mines Emile-Bertin arrive en fin de journée et commence aussitôt à embarquer des troupes destinées à Timor.
………
Bali – Arrivée en baie de Denpasar du croiseur USS Houston, qui, malgré les dommages subis, doit renforcer la Strike Force de l’amiral Karel Doorman.


30 janvier
Campagne de Birmanie – Bataille de Moulmein

La bataille s’ouvre par une violente attaque japonaise venant du sud et du sud-est. A 08h00, le général Harvey transfère son QG sur la crête dominant la ville, mais à partir de 09h30, cette zone devient la cible des tirs de l’artillerie japonaise. Un peu plus tard, devant l’avance ennemie, le BVAS évacue le terrain d’aviation, incendiant deux Audax endommagés qui ne peuvent se replier vers Pegu.
Vers midi, l’attaque est repoussée, mais les bataillons à l’est de la ville ont dû raccourcir leur périmètre, laissant un détachement de gardes sikhs isolé sur l’aérodrome. Ces hommes vont lutter magnifiquement tout le reste de la journée et toute la nuit suivante.
Décollant de Pegu, le BVAS lance une attaque en masse contre les forces menaçant Moulmein. Les Japonais ont le privilège d’assister au remarquable spectacle de six Heyford, deux Overstrand et huit Audax volant (plus ou moins) en formation, escortés par quatre Fury et trois Hurricane (ces derniers un peu déplacés parmi tous ces biplans historiques). Ce raid est intercepté par sept Ki-27, qui abattent un Heyford et un Audax mais perdent deux des leurs.
Le même jour, huit Blenheim du Sqn 113 attaquent la zone sans pertes.
L’aviation japonaise n’est pas en reste : le 31e Sentai lance pas moins de quatre attaques contre Moulmein, sans juger utile de faire escorter ses bombardiers. Deux Ki-30 sont abattus par des Fury du BVAS. C’est ainsi que le FO Mohan Singh obtient sa cinquième victoire, ce qui fait de lui le premier as de l’Indian Air Force dans cette campagne.

Campagne d’Indochine
Tonkin – Vingt Hawk-81 du GC I/40 se posent sur la piste de Dien-Bien-Phu, relevant le squadron Adam & Eve de l’AVG, qui doit aller rejoindre le Panda Bear à Kunming. Le GC I/40 commence le jour même à attaquer les troupes japonaises opérant dans la région aval de la Rivière Noire.
………
Cochinchine – Les forces franco-vietnamiennes évacuent Hieu Thien à l’ouest et Xuan Loc à l’est de Saigon. Sur le front ouest, une nouvelle ligne de défense est préparée à Cu Chi avec l’aide de la population locale. Sur le front est, les derniers chars du GBMS arrêtent à Suoi Dau Giay les unités japonaises qui tentent de déboucher de Xuan Loc.
A Saigon et Bien Hoa, rageusement bombardées toute la journée par l’aviation japonaise, ce sont maintenant plus de 70 000 ouvriers qui creusent des tranchées et dressent des barrages. En fin de journée, le général de brigade Bourdeau informe le général Martin et le Haut-Commissaire Sainteny que deux nouveaux régiments de volontaires, un vietnamien et un chinois, forts chacun de 4 500 hommes, devraient être prêts le 2 février. Cependant, il n’y a pas une seule pièce d’artillerie et très peu de mitrailleuses pour les unités de soutien chargées d’appuyer les deux régiments. Par ailleurs, les survivants des premiers bataillons de volontaires vietnamiens et chinois qui ont combattu à Xuan-Loc doivent être amalgamés pour constituer un troisième régiment de volontaires, dit “mixte”.
Au crépuscule, une longue colonne de civils quitte Bien Hoa vers les Hautes Terres. C’est le début de l’évacuation de ce que l’administration française, jamais avare d’euphémismes, dénomme les « populations particulièrement menacées ».

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les troupes du Commonwealth au Kedah commencent à se regrouper sur la ligne de Sungei Muda, pendant que l’aviation japonaise concentre ses coups contre Penang (bombardée deux fois), Port-Weld et Taiping. Le dragueur de mines auxiliaire Bathurst et les ferries Kara Kara et Kurami sont coulés lors des raids contre Penang.
………
Au sud… – En Johore, le front est à nouveau calme, mais Kota Tinggi est attaquée à deux reprises par les bombardiers japonais (une fois par l’Armée, une fois par la Marine).
………
Mer de Chine Méridionale – Les porte-avions légers de la 2e Flotte de Kondo, les Shoho et Zuiho, escortés par les DD Hibiki et Nowaki, reviennent se positionner au large de la côte est de la Malaisie après avoir ravitaillé à Mako. Ils ont également réorganisé leurs groupes aériens : chacun d’eux porte à présent 15 chasseurs A6M2 et 12 bombardiers-torpilleurs B5N2. Les CV Soryu et Hiryu sont immédiatement renvoyés à Mako pour ravitaillement.

Campagne d’Indonésie
Célèbes – Les 36 G4M1 du 1er Kokutai se redéploient de Manado à Amboine et les 44 G4M1 du Takao Kokutai de Manado à Kendari. En fin de journée, les 36 A6M2 et les 4 C5M2 du Tainan Kokutai, venant de Mako via Davao et Manado, se posent eux aussi à Kendari.
………
Fremantle (Australie) – Les croiseurs légers australiens Sydney et Hobart, avec les destroyers américains Bailey, Meade, Shubrick et Swasey, prennent en charge un convoi de six transports. Ces derniers sont chargés de troupes qui devaient à l’origine partir pour Java et sont maintenant destinés à Timor.

Renforts
Colombo (Ceylan) – Le Groupe d’Escorte de l’Océan Indien (BB Royal Sovereign, CL Danae, DD Active, Amazon, Ambuscade, Electra, tous britanniques, avisos coloniaux français Bougainville, D’Entrecasteaux, Dumont d’Urville, aviso hollandais Van Kinsbergen) quitte Colombo pour Aden, où il doit accueillir le convoi Stone-Age à sa sortie de la Mer Rouge.

Campagne du Pacifique Sud
Canberra – Le vice-amiral Emile Muselier vient rencontrer les autorités australiennes. En tant que commandant des Forces françaises du Pacifique, il souligne l’urgence de renforcer rapidement les forces australiennes à Rabaul et offre de consacrer à cette opération la 1ère Brigade de Marines américains, officiellement chargée de la défense de la Nouvelle-Calédonie.


31 janvier
Campagne de Birmanie – Bataille de Moulmein

Peu avant l’aube, les Sikhs encerclés sur l’aérodrome se fraient un chemin en chargeant à la baïonnette pour rejoindre le gros des troupes alliées. Ils signalent un présage menaçant : ils ont entendu des bruits de chenilles dans la nuit. Les Japonais auraient donc des chars dans le secteur.
A 10h00, le Brigadier Ford signale que la plus grande partie du 4e Burma Rifles (de la 1ère Division Birmane), qui tenait le flanc gauche de sa position, a disparu – en fait, ce sont des Birmans des vallées qui ont fait défection et sont passés à l’ennemi. Les Japonais ne manquent pas de s’enfoncer dans la brèche. Deux bataillons de la 55e division japonaise et un de la 2e DI thaïe attaquent la 19e Brigade, emmenés par quatre tankettes Type 95 du 5e Rgt Blindé et deux Vickers Six-toners thaïs. Les soldats birmans encore dans le secteur, qui n’ont jamais vu quoi que ce soit qui ressemble à un char, s’évaporent dans la forêt, à la notable exception des hommes des hautes terres, qui se rallient aux troupes indiennes voisines. En l’absence du moindre antichar, l’attaque nippo-thaïe ne peut être que ralentie, malgré des combats acharnés.
Vers 14h00, le QG du brigadier Ford est attaqué. La plupart des membres de l’état-major, dont Ford lui-même, sont tués en tentant de tenir la position.
Pendant ce temps, Harvey a ses propres ennuis. Il a déplacé son QG dans le pavillon des Travaux Publics du parc Salween et a réussi à rallier la 18e Brigade (Lochner), dont les hommes se sont mis à couvert dans les premiers bâtiments de la ville et ont pu contenir les Japonais, avec l’aide de l’artillerie déployée à l’abri, sur la rive ouest de la Salween. Mais à 20h00, le QG d’Harvey est attaqué par des Japonais déguisés en Birmans. La lutte au corps à corps est féroce – retrouvant son savoir-faire de l’Autre Guerre, Harvey tue personnellement deux Japonais à la baïonnette, mais il est lui-même assez sérieusement blessé. Cependant, l’attaque surprise est repoussée par l’état-major et les troupes voisines, accourues à la rescousse.
Ayant la preuve que ses deux brigades sont attaquées par le gros de la 55e Division japonaise et par une bonne partie de la 2e DI thaïlandaise, avec l’appui de blindés, Harvey donne l’ordre à ses troupes de commencer pendant la nuit à se replier sur la rive ouest du fleuve. Elles y retrouvent les premiers éléments de la 17e Brigade (Ford), qui commencent à atteindre Moulmein.
Toute la journée, les avions des deux camps sont très actifs au-dessus de Moulmein. La RAF perd deux Hurricane, un Audax du BVAS et un Blenheim I, en échange de deux Ki-27, un Ki-30 et un Ki-48.

Campagne d’Indochine
Tonkin – Les éléments de l’AVG opérant encore de pistes improvisées rejoignent Kunming où leur Groupe doit être reconstitué, pendant que le GC I/40, basé à Dien Bien Phu, multiplie les attaques de harcèlement contre les colonnes japonaises qui tentent de progresser vers le nord.
………
Cochinchine – Sur le front ouest de Saigon, une attaque frontale japonaise contre Cu Chi est bloquée, au prix de la destruction du Bourgueil, le dernier Sav-41 encore opérationnel sur ce front.
Sur le front est, les troupes françaises reculent lentement vers Bien Hoa, où le 1er Régiment de Volontaires Mixte prend position dans des fortifications de campagne construites par des “bataillons de fortifications”. Pendant ce temps, les avions de coopération et d’appui au sol de l’Armée japonaise (Ki-36 et Ki-51) s’acharnent sur les colonnes de réfugiés qui marchent sur la route de Bien Hoa à Ban Me Tuot.
« A Saigon, un message d’Alger apprend au colonel Schlesser, d’une part qu’il a été promu général de brigade, d’autre part qu’il doit immédiatement quitter l’Indochine en se rendant au cap Saint-Jacques, où le sous-marin Pascal doit le récupérer, ainsi que les sept dernières infirmières de l’Hôpital Militaire de Saigon et la douzaine de pilotes survivants du squadron Hell’s Angels et de l’ancienne 40e E.C. (qui finiront par rejoindre leurs unités après un long détour par la Birmanie). Deux Américains et deux Français exigent de rester, leurs appareils (deux P-40 et deux Hawk-75) étant encore opérationnels. Le nouveau général, lui, n’accepte d’obéir qu’après une longue discussion avec Sainteny et Martin. Le cœur serré, il laisse son commandement au Lt-colonel Lecoq.
Mais Schlesser n’est pas au bout de ses émotions pour la journée. En effet, alors qu’il prépare son départ, il voit arriver une jeune femme furibonde : c’est Edmonde Charles-Roux, choisie par les autres infirmières pour les représenter malgré son jeune âge (20 ans), car la future présidente de l’Académie Goncourt a été décorée de la Croix de Guerre (et blessée) lors de la Campagne de France. Aucune des sept n’accepte de partir ! Après une chaude discussion, le général Schlesser use de l’autorité de son grade pour obliger à le suivre les trois infirmières militaires (dont Mlle Charles-Roux). Mais les quatre autres refusent d’obéir, arguant qu’elles ne se sont pas engagées dans l’Armée, mais qu’elles sont des Françaises résidant au Vietnam qui se sont enrôlées sur place pour soigner les blessés, et qu’elles ne les abandonneront pas ! On se souvient peut-être qu’en 1959, cet épisode et le voyage du Pascal furent portés à l’écran, dans une version considérablement… arrangée, comme le montrent le titre, “Le Sous-Marin des Mers Chaudes”, et la distribution : le général français était interprété par Jean Marais et l’infirmière rebelle par Martine Carol, tandis qu’Eddie Constantine incarnait un pilote américain disputant au général le cœur de la capiteuse Martine… »
(Pascal N’Guyen-Minh, op. cit.).

Campagne de Malaisie
Au nord… L’aviation japonaise maintient sa pression sur Port-Weld et Penang pendant toute la journée, tandis que des bombardiers légers Ki-48 et des chasseurs Ki-27 et Ki-43 empêchent la plupart des mouvements sur les routes du Perak.
Dans la soirée, lord Gort arrive à Kuala Lumpur en compagnie du maréchal Wavell et du Lt-général Percival pour rencontrer les commandants du IIe Corps australien (Lt-général J. Northcott), de la 8e D.I. australienne (major-général H. Gordon-Bennett), de la 1ère D.B. australienne (major-général H.C.H. Robertson), de la 11e D.I. indienne (major-général D.M. Murray-Lyon) et de la 18e D.I. britannique (major-général Merton Beckville-Smith). Ils s’accordent pour reconnaître que la situation se détériore dans le nord de la Malaisie. Les forces japonaises s’adaptent aux procédures de défense des forces du Commonwealth et, disposant d’un contrôle presque complet de l’espace aérien, parviennent à contrebalancer jusqu’à un certain point la supériorité de l’artillerie britannique. Wavell recommande de positionner la 11e D.I. indienne sur la “Ligne Verte” (de Kuala Kangsar à Sungei Perak) et la 18e D.I. britannique à Penang. Cependant, les récents raids aériens japonais ont en partie mis hors d’usage les installations de Port-Weld et il est impossible de se reposer sur le système ferroviaire, constamment attaqué. La 8e D.I. australienne, qui a repoussé l’essentiel des premières attaques japonaises et dont les forces sont en grande partie épuisées, doit être évacuée. Cependant, une évacuation par Port-Weld n’apparaît pas réaliste dans la situation présente. Georgetown (Penang) est maintenant le seul port doté d’installations importantes, mais est aussi quotidiennement attaquée.
Le sujet de la couverture de chasse est soulevé, mais Wavell rappelle que le terrain de Sabang a été récemment touché et est mal protégé, et que les chasseurs américains assemblés à Darwin doivent maintenant être envoyés d’urgence défendre Java et Timor.

Campagne d’Indonésie
Iles Palau – Arrivée du groupe du contre-amiral R. Tanaka (CL Jintsu, DD Hayashio, Kuroshio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze).
………
Manado – La Force de Débarquement à Timor, commandée par le vice-amiral I. Takahashi, se met en route à l’aube. Elle est composée de dix transports escortés par le Groupe de Couverture du contre-amiral T. Tagaki (CA Haguro, Myoko et Nachi [amiral], CVL Ryujo [25 A5M4 et 18 B5N2], porte-hydravions Chitose [12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N] et DD Shiokaze), du 1er Groupe d’Attaque Surprise du contre-amiral K. Hara (DD Minatsuki, Nagatsuki, Satsuki, Harukaze, Hatakaze), plus cinq dragueurs de mines et trois chasseurs de sous-marins.
………
Baie de Kupang (Timor) – Au coucher du soleil, l’Emile-Bertin entre dans le port et commence à débarquer hommes et matériel de la 1ère Compagnie d’Infanterie Indépendante de l’Armée des Indes (300 hommes commandés par le Major S.P. Fearon) et de la “Force Rose” de l’Australian Imperial Force (50 Australiens et 6 Guides de la FMSVF, commandés par le major Lloyd, accompagné du major Rose, du 2e Argyll & Sunderland Highlanders, créateur de cette force spéciale détachée par l’état-major de Malaisie). Le croiseur français quitte la baie de Kupang dès le débarquement expédié et file vers Sœrabaya, où il doit embarquer des mines pour une opération offensive.
………
Fremantle (Australie) – Les six transports de troupes américaines et australiennes quittent Fremantle avec leur escorte pour la baie de Kupang.

Campagne du Pacifique Sud
A 18h30 (locales), les porte-avions Enterprise et Yorktown se séparent et filent vers les positions choisies pour lancer leurs avions. L’Enterprise, sous le commandement de Halsey, doit attaquer Wotje, Maloelap et Kwajalein. Le Yorktown, sous le commandement de Fletcher, doit attaquer Jaluit, Mili et Makin.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 12:58    Sujet du message: Répondre en citant

Appendices JANVIER 42 Pacifique

Appendice 1
Le rapport Decoux du 1er janvier 1942


Singapour
Le 1er janvier 1942

Statut : Extrêmement urgent

De : Amiral J. Decoux, Commandant en Chef des Forces Françaises d’Indochine.
À : M. P. Reynaud, Président du Conseil et Chef du Comité de Défense Nationale.
Général C. de Gaulle, Ministre de la Guerre.
Amiral E. Ollive, Chef d’Etat-Major de la Marine Nationale.

Sujet : Etat des Forces Françaises sur le Théâtre d’Opérations d’Extrême-Orient (TOEE) après la bataille de Mer de Chine Méridionale.

(1) La force navale combinée alliée “Z”, tentant de détruire une partie importante de la flotte japonaise, s’est trouvé confrontée les 30 et 31 décembre 1941 à des forces ennemies dans des conditions très défavorables. Elle a infligé à l’ennemi des pertes importantes, mais à un prix très élevé. On déplore en particulier la perte du commandant de l’escadre, l’amiral Sir Tom Spencer Vaughan Phillips, et du commandant du navire amiral, le Captain John C. Leach.

L’ennemi a perdu :
2 cuirassés des classes Ise et Fuso.
2 croiseurs de bataille de classe Kongo (le statut exact de l’un d’entre eux est encore incertain au moment où ce rapport est rédigé).
2 destroyers de classe Fubuki.

2 autres cuirassés ont été endommagés et leur statut actuel est incertain.

Plus de 40 avions embarqués et 15 bombardiers basés à terre ont été détruits au cours de ces deux jours.

Les pertes de la force “Z” sont les suivantes :
(a) Coulés :
Le cuirassé HMS Prince of Wales (classe King George V).
Le cuirassé HMS Malaya (classe Queen Elizabeth).
Le croiseur de bataille HMS Repulse (classe Renown).
Le porte-avions HMS Formidable (classe Illustrious).
Les croiseurs HMS Devonshire, Dorsetshire et HMAS Canberra (tous de classe County).
Les destroyers HMS Express, Jupiter, Javelin, Nubian et MN Mistral (classe Bourrasque).

(b) Endommagés :
Le cuirassé HMS Rodney (classe Nelson).
Les croiseurs lourds HMS Exeter (classe Exeter) et MN Tourville (classe Duquesne).
Les croiseurs légers HMS Enterprise et Emerald (classe “E”), MN Duguay-Trouin et Lamotte Picquet (classe Duguay-Trouin).

Tous les avions embarqués sur le HMS Formidable ont été perdus, mais la plupart de leurs équipages ont été sauvés. La RAF a subi quelques pertes au sein de ses escadrilles anti-navires. L’escadrille B du GB IV/62 a perdu un Martin Maryland, dont l’équipage a été sauvé.

(2) Ce qu’on appelle bataille de Mer de Chine Méridionale est en fait une série d’engagements entre la Force “Z” et l’aviation anti-navires ennemie (embarquée ou basée à terre), un important engagement de surface nocturne en baie de Kuching et quelques actions de sous-marins le 30 et le 31. A la suite de notre présence au QG britannique pendant ces deux jours et de nos discussions avec les deux officiers de liaison français (de l’Armée de l’Air et de la force sous-marine) et avec divers officiers de la Royal Navy et de la RAF, nous pouvons indiquer qu’il s’agit sans doute d’un schéma normal d’engagement lorsqu’on fait face à des forces ennemies combinées.
Si chacun des engagements mérite une étude spécifique pour en tirer des leçons tactiques pertinentes, il faut ajouter que l’opération doit être considérée comme un engagement global d’un seul tenant, impliquant l’utilisation de forces différentes et combinées. La coopération entre les unités aériennes, les forces de surface et les forces sous-marines pour acquérir une supériorité tactique globale et la victoire est perçue actuellement par les officiers chargés du commandement comme une ligne directrice pour les actions à venir.

(3) Le succès ennemi au niveau stratégique est indiscutable. Malgré des pertes très lourdes, la Marine japonaise a conservé le contrôle de la zone d’opérations à la fin de la bataille et elle a réussi à détruire la majeure partie de la puissance de frappe combinée des Alliés en Extrême-Orient.
Le succès ennemi est attribué par les officiers ayant participé à la bataille et par les officiers d’état-major à Singapour aux facteurs suivants :
(a) Une supériorité numérique globale, en particulier au niveau des cuirassés et des porte-avions. Le contre-amiral Palliser m’a dit la nuit dernière que les services de renseignements de la Royal Navy suspectent que quatre (4) grand porte-avions et deux (2) porte-avions légers ont été engagés par l’ennemi contre un (1) pour la Force “Z”. L’ennemi a également déployé quatre (4) cuirassés et quatre (4) croiseurs de bataille contre respectivement trois (3) et un (1) pour la force “Z”. La force alliée semblait être à égalité voire supérieure à l’ennemi pour ce qui est des croiseurs.
(b) Une bonne coopération entre les forces de surface et les unités aériennes basées à terre, qui possèdent des capacités d’attaque et de reconnaissance complémentaires et dont le rayon d’action est suffisant pour couvrir la totalité du théâtre des opérations. Les sous-marins ont été également déployés de façon agressive pour attaquer nos forces alors qu’elles se repliaient.
(c) Un entraînement très poussé des équipages des avions comme des navires, en particulier pour les destroyers et les croiseurs. Le capitaine du Tourville, que j’ai pu rencontrer à l’hôpital central de Singapour, décrit un pourcentage de coups au but par les bombardiers en piqué ennemis atteignant 50%, voire davantage. Ce taux est largement plus élevé que celui relevé en général par l’état-major de la Marine Nationale pendant les exercices.
(d) Un entraînement spécifique des forces navales ennemies aux actions de nuit. Ces forces réagissent rapidement et de façon très agressive aux changements dans la situation tactique. Elles utilisent abondamment les torpilles et semblent capables de recharger certains si ce n’est tous les tubes lance-torpilles de leurs croiseurs et destroyers en un temps très bref.
Si le moral, le dévouement et le sens du devoir de l’ennemi semblent élevés, ils ne sont pas plus grands que ceux dont ont constamment fait preuve nos forces pendant ces deux jours de combat. Même pendant l’étape finale du combat, et même à bord des navires endommagés, le moral est resté extrêmement élevé. Les marins et les officiers ont fait route pour attaquer l’ennemi en sachant que celui-ci était numériquement supérieur et opérait à partir de bases bien contrôlées, et ils l’ont fait de façon agressive, lui infligeant des dommages sérieux. Des pertes étaient prévues dès le début, mais elles n’eurent jamais un impact sur le moral des équipages et leur volonté de se battre.

(4) Les pertes ont été élevées pour les navires de la Marine Nationale engagés dans cette bataille. Mis à part trois (3) destroyers, je dois insister sur le fait que, même si nous n’avons perdu qu’un navire (le destroyer Mistral), la Marine Nationale n’a quasiment plus de capacité d’action en surface dans le TOEE. Un premier décompte des dégâts a été établi à partir des entretiens menés avec les divers officiers dès leur retour à Singapour.
(a) Croiseur lourd Tourville : dégâts subis pendant l’attaque aérienne du 30 décembre.
Une bombe de 250 kg perforante a touché à 17h59 la tourelle I, perçant le toit et explosant dans le compartiment de chargement des obus. La détonation semble avoir été de faible puissance, mais la plupart des hommes de l’équipe de la tourelle ont été tués instantanément ou sont décédés par la suite. Le magasin à munitions avant a dû être noyé et quelques dégâts ont été infligés à la tourelle II, qui ne pouvait plus être pointée vers bâbord.
Une bombe de 250 kg perforante a touché à 17h59 et 30 secondes la salle des machines avant, tuant des mécaniciens, mettant hors service la turbine bâbord n°1 et déclenchant un incendie, qui ne fut maîtrisé qu’à 18h09. Les condensateurs ont été endommagés et le système d’alimentation en carburant a été contaminé, imposant l’arrêt de la turbine tribord n°1.
Deux bombardiers en piqué ont mitraillé le pont vers 18h00, tuant l’officier de liaison de la Royal Navy et blessant le commandant, qui est toutefois resté sur la passerelle jusqu’à qu’il soit certain que les dégâts étaient sous contrôle.
Vers 18h04, le bâtiment naviguait sur la chambre des machines arrière. L’ingénieur de bord confirma à 18h10 qu’une vitesse maximale de 29 nœuds pouvait être atteinte malgré cette puissance réduite de moitié (la coque du Tourville avait été nettoyée à Singapour au début du mois d’octobre). Etant donné que les deux tourelles principales avant n’étaient plus opérationnelles, le commandant de la Force “Z” a ordonné au Tourville de se retirer avec les autres navires endommagés vers 19h20.
Pertes parmi l’équipage : 27 tués, 41 blessés.
(b) Croiseur léger Duguay-Trouin : dégâts subis au cours de l’engagement nocturne au large de la baie de Kuching dans la nuit du 31 décembre, et plus tard dans la journée du fait des attaques aériennes.
Le Duguay-Trouin a engagé avec le Lamotte-Picquet (voir ci-dessous), à 01h14, un groupe de bâtiments ennemis, qui se révéla composé de trois cuirassés de classe Fuso/Hyuga et deux destroyers. La distance n’a jamais dépassé 6 000 mètres jusqu’à ce que le croiseur se retire.
Un obus de 6 pouces a touché la plate-forme du compas à 01h15, entraînant des pertes importantes, mais aucun dégât structurel, puis trente secondes plus tard, deux obus sans doute de 6 ou 5,5 pouces ont touché la tourelle II, détruisant cette dernière. Deux autres obus de 6 ou 5,5 pouces ont été encaissés sur la superstructure avant, avec des pertes, un début d’incendie et des dégâts sur le poste de contrôle de tir avant. Aucun coup ne fut reçu jusqu’à 01h18, lorsque deux obus de 5 pouces ont touché le navire au niveau de la cheminée arrière, détruisant les canons anti-aériens bâbord de 75 mm. Un obus de 6 ou 5,5 pouces a explosé au niveau de la grue trente secondes plus tard ; il aurait mis le feu à l’hydravion, si ce dernier n’avait pas été débarqué à Saigon en novembre. Un obus de 6 ou 5,5 pouces a frappé la tourelle I vers 01h19, détruisant l’affût et faisant exploser quelques obus de 155 mm. La tourelle a été entièrement détruite, avec de lourdes pertes en vues humaines. Le magasin avant a dû être noyé. Juste après, un obus de 6 ou 5,5 pouces a touché la tourelle IV de face, l’obus n’a pas explosé, mais le choc a mis hors d’usage l’élévateur. Deux obus de 5 pouces ont touché la poupe vers 01h20, détruisant quelques compartiments de stockage et endommageant le servomoteur du gouvernail principal. Le navire dut utiliser la barre à bras jusqu’à 04h30, lorsque les dégâts ont été réparés.
Vers 13h04, alors qu’il essayait de protéger le cuirassé endommagé Prince of Wales, le croiseur a été percuté par un gros bombardier bimoteur ennemi, que les canons de 75 mm et les Bofors de 40 mm avaient semble-t-il désemparé. L’avion s’est écrasé sur tribord, entre les cheminées. L’essence d’aviation hautement inflammable a entraîné un important incendie au milieu du navire, qui brûla jusqu’à 13h48 et força l’ingénieur de bord à éteindre trois chaudières jusqu’à 14h02. Les canons anti-aériens tribord de 3 pouces ont été détruits et les pertes parmi les servants anti-aériens sont importantes.
Pertes parmi l’équipage : 93 tués, 172 blessés.
(c) Croiseur léger Lamotte-Picquet : dégâts subis au cours de l’engagement nocturne au large de la baie de Kuching, dans la nuit du 31 décembre, et plus tard dans la journée du fait des attaques aériennes.
Le Lamotte-Picquet a engagé avec le Duguay-Trouin (voir ci-dessus), à 01h14, un groupe de bâtiments ennemis, qui se révéla composé de trois cuirassés de classe Fuso/Hyuga et deux destroyers. La portée n’a jamais dépassé 6 000 mètres jusqu’à ce que le croiseur se retire.
Un obus de 5 pouces a touché le navire entre les deux cheminées à 01h15 et 30 secondes, détruisant les deux affûts anti-aériens de 75 mm et faisant exploser des munitions prêtes à servir. Un obus de 6 ou 5,5 pouces a touché la passerelle à 01h16, mais il n’a pas explosé. Un obus de 6 ou 5,5 pouces a touché le château avant à 01h17, détruisant le cabestan principal. Trois obus de 6 ou 5,5 pouces ont touché à intervalles rapprochés la superstructure arrière. Le mât principal et le poste de contrôle de tir arrière ont été détruits et la tourelle IV légèrement endommagée. La tourelle III a souffert d’un coup direct par un obus de 5 pouces à 01h18, ce dernier tuant l’équipe de la tourelle et incendiant quelques charges de poudre.
Entre 08h26 et 08h30, alors qu’il essayait de protéger le navire-amiral endommagé HMS Prince of Wales, le Lamotte-Picquet a été mitraillé par deux bombardiers en piqué et trois chasseurs ennemis. Le second lieutenant a été légèrement blessé et les servants anti-aériens sur tribord ont subi de nombreuses pertes.
Pertes parmi l’équipage : 41 tués, 89 blessés.
(d) Destroyer Mistral : rapport sur la perte du navire, le 31 décembre.
Le Mistral était en train de couvrir la retraite des bâtiments endommagés la veille, lorsque l’escadre fut prise en embuscade par un, voire deux sous-marins japonais, au sud des îles Ananba. Les officiers du Mistral venaient à peine de voir le cuirassé anglais HMS Malaya recevoir une torpille vers 05h11, que le destroyer fut lui-même touché 30 secondes plus tard. Un officier survivant décrit « un choc terrible » et pense qu’une et peut-être deux torpille(s) ont touché au niveau de la seconde cheminée. Une chaudière semble avoir explosé et des conduites de carburant se sont rompues. Un incendie majeur s’est rapidement déclaré et vers 05h15, des fissures sont apparues sur le revêtement du pont. Il semble que la coque du navire ait cédé. Vers 05h18, le navire s’est cassé en deux, la partie avant coulant presque immédiatement et l’arrière vers 05h22. Les pertes parmi l’équipage sont sans doute importantes. Toutefois, les survivants ayant été récupérés par différents navires du fait de la recherche anti-sous-marin engagée par les autres destroyers, aucun décompte n’a pu être établi jusqu’à présent. Les survivants du Mistral sont actuellement en cours de regroupement à l’hôpital principal de Singapour. Nous espérons disposer d’un décompte complet demain.

(5) Efficacité des armements
Le Duguay-Trouin et le Lamotte-Picquet ont tiré ensemble 6 torpilles, dont au moins 2 et peut-être 3 ont été vues frappant un cuirassé ennemi de classe Fuso. Considérant la confusion à ce stade de la bataille, c’est un très bon résultat.
Les deux croiseurs sont armés de canons d’un modèle ancien, le 155 mm/50 mod.1920. Ce canon est bien conçu, mais sa cadence de tir est beaucoup trop faible pour des actions nocturnes. Une cadence de tir de 10 obus par minute est le minimum absolu dans ce type d’engagement, mais une cadence de 15 obus par minute est souhaitable. Une portée importante n’est pas une exigence majeure. Le nouveau système de contrôle de tir RPC utilisé sur le Lamotte-Picquet est efficace et améliore la précision. Du fait de l’urgence en Extrême-Orient, c’est le seul bâtiment de cette classe à avoir été équipé ainsi.
Les navires alliés manquent d’un armement anti-aérien efficace. C’est vrai pour nos navires comme pour ceux des Britanniques. La Royal Navy n’utilise pas moins de 5 tailles différentes de canons pour la défense anti-aérienne de la flotte, 3-pouces sur certains destroyers, 4-pouces comme armement secondaire des croiseurs et de certains vieux cuirassés modernisés, 4,5-pouces sur les porte-avions, un calibre spécial de 4,7 pouces sur certains cuirassés et un canon polyvalent de 5,2 pouces sur les cuirassés modernes de classe KGV. Nos navires utilisent le canon anti-aérien de 75 mm/50 mod.22, qui n’est pas assez puissant.
L’armement anti-aérien à courte portée a été considérablement amélioré par le montage d’affûts simples Bofors de 40 mm (du type utilisé par l’Armée), d’affûts doubles Hotchkiss de 25 mm et d’affûts simples Œrlikon de 20 mm. Toutefois, ces canons sont tout simplement en nombre insuffisant. Le Bofors de 40 mm simple, même s’il est utile car ne nécessitant pas de courant électrique, ne fournit pas une puissance de feu suffisante pour stopper une attaque aérienne déterminée. Les Hollandais utilisent sur leurs nouveaux navires un affût double stabilisé de 40 mm, qui se révèle déjà comme un grand pas dans la bonne direction.

Le radar est un atout capital. Malheureusement, aucun de nos navires présents n’en était équipé. Le radar est un système d’alerte important, surtout face à une attaque aérienne majeure. Les radars de contrôle de tir utilisés par les navires britanniques semblent efficaces. Toutefois, les opérateurs radar semblent pris en défaut lorsqu’ils font face à une attaque de saturation ou lorsque plusieurs navires sont impliqués, comme durant la bataille nocturne au large de la baie de Kuching. L’efficacité des radars pourrait être considérablement améliorée par un dispositif permettant de distinguer rapidement les amis des ennemis.

(6) La bataille de Mer de Chine Méridionale a sérieusement affaibli les forces navales alliées en Extrême-Orient. La seule force de surface opérationnelle restante est celle sous le commandement de l’amiral hollandais Karel Doorman, basée à Sourabaya. Cette force avait la charge du contrôle du détroit de Macassar et de la protection de la partie est de la barrière malaise. Elle doit à présent défendre toute la zone et sera fortement mise à contribution. La Royal Navy met toujours en œuvre une escadre d’escorte de convois (un cuirassé de classe Royal Sovereign et quatre destroyers) et des forces navales légères dans le détroit de Malacca. Ces forces ne peuvent être engagées dans une action navale importante contre l’ennemi.

Les renforts planifiés ne vont pas changer la situation de façon significative. Ils comprennent :
(a) Un convoi rapide (nom de code Long Sword), qui doit arriver à Colombo le 3 janvier et à Singapour le 12 (par le détroit de la Sonde).
(b) Un convoi de quatre cargos côtiers lents, chargés principalement de matériaux de construction pour renforcer les défenses de l’AIF (armée australienne) au Kedah et escorté par deux chasseurs de mines auxiliaires, des transports armés et un patrouilleur anti-aérien, qui doit atteindre Penang le 3 janvier. La marine australienne a envoyé des renforts à Port-Blair (îles Andaman), où les porte-hydravions Commandant-Teste et HMS Albatross doivent établir une base d’hydravions avec 18 hydravions-torpilleurs (Northrop N3M), 10 hydravions de chasse (Supermarine type 355) et quatre hydravions légers de patrouille et de lutte anti-sous-marine (1 Loire 130 et 3 Walrus).
(c) Des sous-marins anglais et français, avec la Xe flottille de la Royal Navy, qui a quitté Port Saïd le 30 décembre et n’est pas attendue à Singapour avant le 28 janvier, et la 2e Flottille de Sous-Marins d’Extrême-Orient, qui doit quitter Port-Saïd aujourd’hui et ne sera pas à Singapour avant le 25 janvier.
(d) Le grand convoi américain destiné aux Philippines et dérouté vers Darwin est actuellement en cours de déchargement. L’état-major de la RAF à Singapour n’attend pas le transfert du premier squadron de chasse avant le 10 janvier. Le gouvernement américain a promis davantage de matériel, mais aucun nouveau convoi n’atteindra Darwin avant fin janvier ou début février au mieux.

L’ennemi dispose à présent de la supériorité aérienne et navale sur ce théâtre d’opérations. Les avions d’attaque japonais interdisent efficacement le détroit de Malacca dans la journée et ils empêchent l’utilisation de l’aérodrome de Medan (au nord de Sumatra) comme relais pour les chasseurs monoplaces en transit vers Singapour. Cela retarde de façon significative les renforts pour la Malaisie et Singapour.

Les forces alliées vont devoir se reposer sur une stratégie d’interdiction maritime, en utilisant des champs de mines et des sous-marins comme outils les plus efficaces. Dans un tel contexte, notre pays possède quelques éléments spécialisés, qui peuvent être à la fois pertinents d’un point de vue stratégique et significatifs politiquement :
(i) Le croiseur mouilleur de mines rapide Emile-Bertin, qui a été utilisé pour transporter des équipements à Saigon. Le contre-amiral Palliser a fait allusion, lors d’une discussion privée, au fait que le HMS Abdiel doit être rappelé en Méditerranée. Si tel est le cas, l’Emile-Bertin va devenir le seul navire de surface capable de mener des opérations offensives de mouillage de mines dans des eaux contestées.
(ii) La force sous-marine française d’Extrême-Orient, avec les survivants de la 1ère Flottille (6 bâtiments de patrouille, tous du type 1 500 t, dont 5 sont actuellement opérationnels – le Centaure, endommagé le 23 décembre, aura terminé ses réparations au chantier naval de Singapour pour le 6 janvier) et la 2e Flottille en cours de transfert (6 bâtiments de patrouille, dont 4 du type 1 500 t et 2 du type 900 t, plus 2 mouilleurs de mines capables chacun d’emporter 32 mines Normand-Fenaux). À la fin du mois de janvier, si aucun bâtiment n’est perdu d’ici là, la force sous-marine d’Extrême-Orient alignera 12 submersibles de patrouille (dont 10 de 1 500 t) et 2 mouilleurs de mines. La Royal Navy ne sera à ce moment-là capable de déployer que 12 sous-marins, dont 4 grands et 8 petits. La Marine Royale Néerlandaise déploiera 12 sous-marins, dont 7 sont assez vieux (les K-VII à K-XIII ont été lancés entre 1921 et 1924) et d’une valeur au combat douteuse. Un grand nombre de sous-marins américains opèrent dans les eaux des Philippines. Toutefois, jusqu’à présent, ils ne semblent pas avoir été très chanceux ou très efficaces.
(iii) Les quatre derniers Martin-167 du groupe B du GB IV/62, qui sont les seuls avions capables de servir de reconnaissance rapide à long rayon d’action. L’officier de liaison de l’Armée de l’Air m’a confirmé que les unités de maintenance de la RAF basées à Singapour ont été capables de les équiper avec des réservoirs internes spéciaux. En acceptant la surcharge modérée (300 kg) au décollage, cette modification leur donne un rayon d’action opérationnel de 1 320 km (712 nautiques), comprenant 30 minutes à pleine puissance et une marge de sécurité. C’est un chiffre réaliste et non pas issu de la documentation du constructeur ; il implique que l’avion aura un rayon d’action plus important que les Spitfire PR de la RAF actuellement déployés en Malaisie. À partir de l’aérodrome de la RAF à Sembawang (Singapour), ces avions modifiés seront capables de couvrir une zone allant de la baie de Brunei à Nha Trang, sur la côte d’Annam. Je dois m’entretenir demain avec quelques officiers de la Marine Nationale, qui se sont portés volontaires pour servir dans cette unité comme navigateurs. Mélanger des équipages de l’Armée de l’Air et de la Marine Nationale ne peut qu’améliorer la capacité à reconnaître les navires, si ces avions doivent servir d’yeux à l’unité de la RAF spécialisée dans l’attaque anti-navires basée à Sembawang.

(7) Considérant les éléments mentionnés ci-dessus, je recommande fortement les actions suivantes.
(a) Les croiseurs Tourville et Duguay-Trouin doivent être renvoyés en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, selon la disponibilité des chantiers navals, pour des réparations voire pour une reconstruction. Considérant le fait que 75% de l’armement principal du Duguay-Trouin a été détruit et que les canons de 155 mm/50 ne sont pas standards et ne sont utilisés à présent que sur les deux croiseurs survivants de la classe Duguay-Trouin et sur le croiseur-école Jeanne d’Arc, le réarmement du navire avec des canons mieux adaptés aux actions de flotte et utilisant des munitions standards doit être privilégié. Il est également impératif d’améliorer l’armement anti-aérien des deux navires.
(b) Le croiseur Lamotte-Picquet doit être réparé sur place, même au prix d’une de ses tourelles, et équipé de rails pour le mouillage des mines. L’architecte naval français en poste à Singapour a déjà étudié cette possibilité et il estime le temps des réparations et modifications à 5 à 8 jours, selon la charge de travail du chantier naval local. Le navire pourrait emporter de 80 à 100 mines britanniques (selon que les tubes lance-torpilles seront conservés ou retirés). Comme les machines du Lamotte-Picquet sont en parfait état, il fera équipe avec l’Emile-Bertin pour former une petite escadre de mouilleurs de mines rapides.
(c) L’Emile-Bertin ne doit pas être renvoyé en Méditerranée.
(d) Les trois destroyers survivants de classe Bourrasque doivent être associés au contre-torpilleur Lynx, à présent réparé, pour former un groupe d’escorte rapide.
(e) Priorité doit être donnée à des opérations sous-marines accrues, avec Singapour comme base principale et Sourabaya ou Darwin en secours. Le ravitailleur de sous-marins (ancien navire-école) Condorcet doit être envoyé à Sourabaya ou Darwin le plus tôt possible.
(f) L’escadrille B du GB IV/62 doit être transformée en une unité auto-suffisante sur le modèle des groupes de reconnaissance photo (PRU) de la RAF.
(g) Les avisos Savorgnan-de-Brazza et Amiral-Charner, opérant actuellement de Dakar, doivent être redéployés avec le Dumont-d’Urville, le Bougainville et le D’Entrecasteaux à La Réunion, pour le contrôle de l’Océan Indien. L’aviso D’Iberville est toujours en réparations en Australie et il ne sera pas disponible avant le printemps prochain. Une force de cinq navires pourrait faciliter de façon significative les mouvements des convois dans l’Océan Indien.

Je tiens à souligner qu’en mettant à la disposition du commandant du théâtre d’opérations, le général Sir Archibald P. Wavell, une force efficace de mouilleurs de mines, une force sous-marine bien équilibrée et une unité de reconnaissance aérienne efficace, la France pourrait contribuer de façon significative à la défense de Singapour et de la Barrière Malaise, pour un investissement limité en navires et en hommes, toujours trop rares. Cela nous permettrait de continuer à être considérés comme une puissance importante dans les choix stratégiques et politiques qui devront être faits sur ce théâtre d’opérations.

Votre dévoué
Amiral Jean Decoux



Appendice 2

Très Secret
Exclusivement pour le Cabinet
Diffusion interdite avant le 5 janvier 2042
Mémorandum personnel du Premier Lord de la Mer – 5 janvier 1942


A : Premier Ministre
De : Premier Lord de la Mer

Référence: Mémo 24/1 “Action this Day”, janvier 1942

Monsieur le Premier Ministre

Par le mémo cité en référence, vous avez requis une interprétation de ce qui avait pu pousser le vice-amiral Tom Phillips à perdre de vue ses instructions stratégiques au point de causer la perte de l’Eastern Fleet et, du même coup, celle de la position alliée en Asie du Sud-Est.
En deux mots, nous n’avons aucune idée précise de la raison qui a conduit Tom à agir comme il le fit. Nous ne pouvons que conjecturer sur la base de renseignements très incomplets. Nous pouvons sans doute suivre un fil conducteur logique, mais seulement jusqu’à un certain point. Au-delà, ses actions sont inexplicables, et ont été en contradiction directe avec ses instructions stratégiques. J’ai examiné avec soin les minutes des briefings auxquels il a pris part, et ses instructions étaient claires, tout comme était clair son accord.
En résumé, Tom pouvait évaluer avec exactitude la situation générale. Il était conscient des sévères contraintes s’exerçant sur la Royal Navy et du fait que la Marine Nationale, par manque de ressources propres, ne pouvait consentir un effort supérieur à celui déjà entrepris. Il savait parfaitement que l’Eastern Fleet était tout ce qui avait pu être rassemblé par nous-mêmes, le Commonwealth et nos alliés français, et qu’elle ne pouvait être remplacée avec nos moyens. Il était bien averti que sa tâche stratégique était de préserver cette flotte pour qu’elle pèse à tout moment sur les activités des Japonais.
Il faut admettre que le plan originel envisageait que l’Eastern Fleet agirait de concert avec la Pacific Fleet américaine, afin de prendre les Japonais entre deux feux. Mais après la destruction de la Pacific Fleet le 8 décembre 1941 (heure de Singapour), les échanges entre l’Amirauté et Singapour sont arrivés à la conclusion que l’impératif de préserver l’Eastern Fleet était renforcé. Il était évident que les Japonais pouvaient rassembler des forces navales contre lesquelles l’Eastern Fleet ne pouvait espérer lutter avec quelque chance de succès.
Tom savait que la situation rendait Singapour et la Malaisie impossibles à conserver à long terme, mais qu’elle rendait d’autant plus essentiel de s’y accrocher aussi longtemps que possible comme à des ouvrages défensifs, afin d’acheter du temps pour renforcer la Birmanie, conserver ce pays et préserver la Route de Birmanie.
Tom avait reçu l’ordre direct, de ma bouche, de ne risquer en aucun cas l’affrontement avec le gros des forces japonaises. Il avait l’ordre de maintenir sa flotte derrière la barrière physique de la Malaisie et de l’Indonésie, qu’il ne devait franchir pour attaquer l’ennemi que là où sa flotte principale ne se trouvait pas. Face à celle-ci, il devait se replier vers Ceylan. L’Amirauté (par l’intermédiaire de son Département des Opérations) avait en réalité prévu que la zone d’intervention de l’Eastern Fleet serait étendue, lui permettant d’agir aussi loin qu’à l’extrémité est des Indes Orientales Néerlandaises et dans les Mandats japonais. Mais il lui fallait absolument éviter de mettre l’Inde en péril en ouvrant l’Océan Indien aux attaques ennemies. A tout moment, nous avons sur les eaux de cet océan 700 navires et 500 millions de livres.
Non seulement Tom le savait, mais il acceptait ces consignes et reconnaissait leur bien-fondé. Il savait qu’il était supposé éviter le gros de la flotte ennemie et n’attaquer que des éléments isolés, ou des possessions japonaises en l’absence de la principale force ennemie, dans le but de ralentir l’avance japonaise et de nous donner le temps dont nous avions besoin pour renforcer la Birmanie – première priorité – et la Malaisie – seconde priorité.
En mourant sans accomplir ces ordres, Tom a livré nos défenses à une rapide conquête. Nos plans pour renforcer nos défenses en Malaisie et en Indonésie sont maintenant en ruine, et Singapour même apparaît condamné. La défense du Kedah est déjà sous la menace d’un débarquement sur ses arrières et le ravitaillement de la Malaisie sera sous peu impossible. Nous devrons lutter désespérément pour sauver quoi que ce soit du naufrage.
Il est en vérité heureux pour lui et sa réputation que Tom ait été tué, sans quoi il aurait été traité à l’égal du trop fameux amiral John Byng, fusillé en 1757 après l’échec de l’expédition de Minorque. Notre traitement de ce désastre continuera comme nous l’avons déjà décidé. La propagande élèvera Tom et ses hommes au pinacle, pour leur exploit tactique en face d’un ennemi dont la supériorité numérique était écrasante. Ce discours a l’avantage, bien évidemment, d’être assez véridique, et nous cacherons le fait que Tom a joué et perdu une flotte entière dans un pari qu’il n’avait jamais eu l’autorisation d’engager.
Nous pensons maintenant savoir ce qui s’est passé, au moins dans les grandes lignes. Nous ne saurons jamais ce que pensait Tom, parce que très peu de membres de son état-major ont survécu. Il apparaît que Tom est tombé dans un piège assez complexe et très bien conçu. Il était convaincu de n’avoir en face de lui que la 2e Flotte du vice-amiral Kondo, soit environ deux croiseurs de bataille, deux vieux cuirassés et deux petits porte-avions. Il pensait que la 1ère Flotte Combinée du vice-amiral Nagumo ne pouvait être plus près que la région de Formose, et que le gros des cuirassés japonais se trouvaient dans les Bonin. La plus grande partie des informations disponibles concordaient avec ce tableau, mais c’était une ruse. Nagumo était certainement déjà en Mer de Chine Méridionale, mais Tom peut être excusé, dans une certaine mesure, d’avoir cru les informations transmises par son service de renseignements. Hélas, elles correspondaient parfaitement à son tempérament et à ses préjugés. Son erreur a eu de profondes implications.
L’ennemi avait une puissante force de bombardiers torpilleurs à très long rayon d’action basés dans les Paracel. Tom n’a pas considéré ces bombardiers comme une menace très redoutable, et il avait avec lui le Formidable et ses chasseurs. Pourtant, les racines de la vérité sur ce qui s’est passé sont là. Le désastre qui a frappé Crace dans le détroit de Malacca nous avait révélé l’extraordinaire adresse des pilotes japonais. La destruction du croiseur américain Boise nous avait, de son côté, montré que les bombardiers torpilleurs bimoteurs des Japonais ne devaient pas être pris à la légère.
Ainsi, nous pouvons suivre la pensée de Tom. Il avait une escadre japonaise à Kuching ou non loin, escadre puissante, mais qu’il croyait pouvoir affronter. Il y avait aussi en Mer de Chine Méridionale ce qu’il croyait être un important convoi, se préparant soit à renforcer le Siam, soit à envahir la Malaisie. Peut-être Tom avait-il aussi compris quelle position clé était Kuching même pour une force de bombardiers à très long rayon d’action.
Sa sortie était alors logique, et dans le cadre de sa mission. Les pertes qu’il a subies dans la journée du 30 ne peuvent lui être imputées, ignorant qu’il était au départ du nombre de porte-avions qu’il devrait affronter.
Ce qui n’était pas logique est qu’il n’a par la suite jamais envisagé – son état-major (tout comme Palliser) l’a confirmé – de transférer la flotte à Ceylan ou à Darwin, même au soir du 30 décembre. Pourtant, en fin de journée, la défense aérienne de l’Eastern Fleet avait été débordée par un nombre énorme d’avions basés sur porte-avions, et Tom savait, grâce aux rapports des avions de reconnaissance et des sous-marins, qu’il faisait en réalité face à une force ennemie bien plus puissante qu’il ne l’avait supposé. Les Japonais avaient déclenché leur piège. Nous pouvons pardonner Tom pour ne pas avoir décelé ce piège avant ce moment, bien qu’il ait disposé de certaines informations qui auraient dû le faire sérieusement douter et le rendre plus précautionneux. Mais après la perte du Formidable et de ses avions, et ayant vu la moitié de sa ligne de bataille endommagée et obligée de faire demi-tour, Tom savait que l’ennemi qui le menaçait était beaucoup plus puissant qu’il ne l’avait envisagé : nous savons par les survivants de son état-major qu’il en était conscient. Il savait à quoi il avait affaire, au moins dans les grandes lignes.
Pourtant, Tom n’a pas profité de la nuit pour décrocher vers le sud et les détroits de la Sonde et de Gaspar, préservant ainsi l’essentiel de sa flotte. L’Amirauté est arrivée à l’hypothèse suivante pour expliquer pourquoi il ne s’est pas replié vers le sud aussi vite que possible durant la nuit.
Tom peut avoir parié que le résultat d’une action de nuit avec la force qui lui restait lui permettrait de compenser sa défaite de la journée précédente – et il peut avoir honnêtement cru que les forces de surface de l’ennemi étaient bel et bien inférieures aux siennes, en nombre comme en entraînement pour les actions nocturnes.
Nous savons maintenant qu’il attaqua une force de six à huit vaisseaux de ligne, alors qu’il n’en avait plus que deux sous ses ordres. Il n’y a que deux raisons pour qu’un officier de marine professionnel se soit comporté de la sorte : ou il ne savait pas que ces vaisseaux étaient là, ou il était devenu fou. Tom n’était pas fou, mais il ignorait que les forces ennemies étaient si puissantes.
Son action a provoqué le plus grand désastre de l’histoire de notre Empire colonial depuis l’effondrement de notre Premier Empire en 1776. Ce désastre est si profond que l’Empire d’Asie peut ne jamais s’en relever. En effet, l’Empire a été littéralement ébranlé jusqu’en ses fondations – la confiance que lui vouent ses peuples pour les défendre. La gravité de ce désastre et de ses ramifications est telle qu’il est capital d’en tirer les leçons pour l’avenir. Dorénavant, avant de prendre un commandement au sein de la Flotte, l’amiral promu sera obligé d’étudier cet épisode et d’en discuter avec le Premier Lord de la Mer et le Premier ministre, en conseil privé. Il y trouvera en effet la plus importante des leçons : la nécessité de soumettre les décisions tactiques à une bonne appréciation de la situation stratégique générale.
Nous nous efforçons de tirer des plans pour limiter l’étendue du désastre, mais nous ne pouvons rien pour l’empêcher. Les semaines à venir seront sombres.

[signé]

Sir Dudley Pound
Amiral de la Flotte
Premier Lord de la Mer

5 janvier 1942
Diffusion interdite avant le 5 janvier 2042
Exclusivement pour le Cabinet
Très Secret



Appendice 3
La boucherie d’Endau-Mersing



A : Directeur des Services Médicaux,
Haut-Commandement de Malaisie
Débarquements d’Endau et Mersing
Rapport des Services Médicaux
Un compte-rendu détaillé ne peut encore être livré à ce stade, mais les faits suivants sont apparus.
Pendant plusieurs heures avant le débarquement japonais, toutes nos forces ont enduré des bombardements par des bombardiers en piqué et en vol horizontal, ainsi que des mitraillages. Globalement, nos hommes ont traversé cette épreuve avec le même calme et la même amère détermination que leurs pères soumis à l’épreuve des bombardements d’artillerie de la guerre précédente.
Les positions occupées ont subi peu de coups directs, peu de morts et blessés ont donc été dénombrés dans la zone de bataille. Cependant, des pertes notables ont été subies par ceux que leurs obligations entraînaient à découvert – hommes des transmissions réparant les lignes téléphoniques coupées, pionniers réparant des défenses, porteurs de messages, etc. Au milieu de l’après-midi, l’hôpital de 200 lits caché dans les collines derrière la plage sud de Mersing était plein. Plus de 100 blessés avaient été envoyés à l’hôpital de la zone de Jermundad, d’où ils pouvaient être transportés vers Johore Bharu ou Singapour.
Quand les combats proprement dits commencèrent, le système de traitement et d’évacuation des blessés fut débordé. La perte de nos ambulances nous obligea à recourir à un expédient qui, bien que loin d’être tout à fait satisfaisant, se montra étonnamment efficace. En effet, les poneys importés du Timor, utilisés comme montures ou pour tirer des carrioles, seuls ou en tandem, servirent courageusement.
Les décès après l’arrivée des hommes atteints sur les lieux des soins médicaux furent plus nombreux que normalement, en raison du grand nombre de blessés, de l’extrême difficulté de l’évacuation et de la gravité des blessures, dues notamment aux tirs d’artillerie lourde et très lourde (artillerie des navires de guerre).
Si nous faisons le point, après notre repli au-delà de Gibraltar Hill, nous dénombrons 300 morts, 1 000 blessés et 125 disparus, présumés capturés. Parmi les morts, près de 100 sont décédés après avoir reçu des soins médicaux. D’un autre côté, la grande majorité des blessés pourront en réalité revenir dans leurs unités. Ce fait inhabituel (taux de mortalité élevé et grand nombre de blessures légères) est lié aux types de blessures. Les obus de gros calibre, les bombes et les obus de 20 mm des avions provoquent des blessures épouvantables, déchiquetant les tissus, alors que les mitrailleuses et fusils japonais, tirant des balles de petit calibre et à très haute vélocité, sont responsables de petites blessures perforantes bien nettes, donc peu délabrantes et qui guérissent facilement si aucun organe vital n’a été touché.
A certains moments, le ramassage des blessés a dû être effectué dans l’obscurité. Du fait que de nombreux Japonais portaient des uniformes kaki, tout comme nos troupes, et que les blessés avaient été dépouillés de leur équipement par un camp ou par l’autre, ce n’est pas avant que les corps sanglants aient été transportés dans une pièce éclairée de l’hôpital que certains furent identifiés comme Japonais. La plupart des blessés japonais que nous avons traités avaient d’atroces brûlures ou des blessures de shrapnel, à moins qu’ils n’aient eu une main ou un pied arraché par un piège ou une mine. Les équipes médicales ont dû placer des sentinelles auprès des blessés japonais pour les protéger d’eux-mêmes ou des autres blessés. Bien que nous ayons eu du mal à évacuer nos propres blessés, les services de renseignements ne semblent avoir eu aucune difficulté à envoyer les blessés japonais à Singapour.
Note générale – Nous avons constaté qu’en dépit des plaintes auprès de la Croix Rouge Internationale, les Japonais, volontairement ou par indifférence, continuent de bombarder les ambulances et les hôpitaux comme s’il s’agissait de cibles militaires normales.
La nature du terrain et des lignes de communication au Johore devrait entraîner des problèmes similaires à ceux observés à Mersing. Il serait opportun d’organiser des services de transport et de soins supplémentaires ou alternatifs. En effet, se reposer sur des équipes médicales surchargées et sur la bravoure stoïque des soldats blessés ne serait ni juste ni convenable et pourrait à long terme affecter le moral des hommes.
[Signé]
L’officier commandant les Services Médicaux dans la zone de bataille de Mersing



Appendice 4
Comment sauver l’Empire Britannique ?


Secret maximum
Transmission spéciale

Confidentiel Cabinet ministériel
Document Spécial n° 4
Exemplaire 2 de deux (2) exemplaires, aucune copie

S.M. le Roi (exemplaire 1 de 2)
Premier ministre (exemplaire 2 de 2)
Premiers conseillers du Cabinet de Guerre restreint
Premier Lord de l’Amirauté
Chef de l’Etat-major Général
Chef de l’Etat-major de l’Air

22 janvier 1942
Ne pas diffuser avant le 22 janvier 2042
Ne pas diffuser sans l’Assentiment Royal
Ne pas diffuser sans l’Assentiment du Cabinet

Rapport sur la Situation de l’Empire
Annotations de Winston Churchill

Ce rapport a été préparé pour les principaux membres du Gouvernement et des Forces armées par le Comité Consultatif Spécial commun du Colonial Office, du Foreign Office et du War Ministry. Il examine le risque de destruction de l’Empire en Asie et dans le reste du monde.

Qu’est-ce que l’Empire ?
L’Empire est deux choses. La première et la plus évidente est un espace économique commun et partagé. La seconde est un ensemble de lois et de valeurs communes et obligatoires. L’Empire n’est pas maintenu par la force (quoique celle-ci joue son rôle dans certaines régions primitives) mais par les liens d’une confiance mutuelle. Ce sont ces liens qui risquent aujourd’hui de se rompre.
Vous oubliez le principal : l’Empire est BRITANNIQUE !!!
L’Empire d’Asie Orientale est condamné. Si toutes les implications du désastre se réalisent, tout l’Empire peut s’effondrer. Le danger est immédiat : en l’absence de mesures efficaces et drastiques, dont la réussite n’est nullement assurée, l’Empire ne verra pas la fin de 1942, même si son fantôme pourrait faire illusion quelques mois ou quelques années.
Et si Mr Hitler venait raser Londres, combien de temps durerait l’Empire ???
Le Désastre
« Dans quelques mois, a estimé Sir Dudley Pound, le cataclysme provoqué par l’écrasement de la flotte de l’amiral Phillips nous aura coûté non seulement cette flotte, mais une Armée de 250 000 hommes, une Force aérienne, l’Empire d’Asie Orientale et peut-être tout l’Empire Britannique. »
L’attaque japonaise était attendue. Nous avions tiré des plans pour y faire face et mobilisé des forces pour mettre ces plans en œuvre. Certes, avec la guerre en Europe, ces forces étaient limitées, mais notre situation était très loin de la catastrophe qui avait frappé la France, et bien meilleure, même, que celle qui eût été la nôtre si la France n’avait pas continué la guerre. Notre Empire avait encore les moyens de se protéger !
La clef de voûte de nos forces était l’Eastern Fleet. Tant qu’elle existait, Singapour pouvait jouer son rôle d’épée et de bouclier de l’Empire en Extrême-Orient. Sans doute, des risques existaient-ils et des accidents étaient-ils possibles, comme dans tout conflit. Mais la destruction de l’Eastern Fleet n’était pas prévue et n’aurait pas dû être possible. La Flotte a subi une défaite catastrophique, lors d’une bataille qui n’aurait pas dû être livrée. La puissance du plus vaste et du plus riche Empire que le Monde ait jamais vu a été détruite par une puissance asiatique, en Asie.
Très regrettable, oui. Mais la Navy n’est pas morte ! Et nous verrons bien si les Japonais soignent leurs blessures plus vite que nous !
L’Empire est presque mortellement blessé. Pourtant, sa disparition aujourd’hui possible ne serait pas le fait de nos ennemis extérieurs : le Royaume Uni et les grands Dominions poursuivront la guerre actuelle comme la France, l’échine brisée, la poursuit, et notre alliance avec les Etats-Unis d’Amérique nous apportera à la fin la Victoire. Mais les liens de confiance mutuelle qui sont le ciment de l’Empire sont presque rompus. L’Empire s’est montré incapable de se protéger seul sur l’une de ses frontières, or l’Empire est indivisible. Si l’une de ses parties ne peut compter sur les autres pour assurer sa protection, l’Empire est dévalué et ses composantes doivent se tourner vers elles-mêmes ou vers d’autres protecteurs pour survivre.
Ces implications de la destruction de l’Eastern Fleet n’ont pas encore sauté aux yeux des citoyens des Dominions et de l’Inde. La situation est en réalité pire que ce qu’ils pensent encore.
L’Inde, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont sans défense devant l’ennemi. Néanmoins, elles ne s’en sont pas encore tout à fait rendu compte. Cela viendra pleinement si l’ennemi passe la Salween et prend Rangoon, et qu’il occupe le reste des Indes Hollandaises et la Nouvelle-Guinée.
A ce moment, l’Australie et la Nouvelle-Zélande devront supplier les Etats-Unis d’assurer leur protection – elles ont déjà fait de premières ouvertures en direction de Washington – et l’Inde rejettera notre autorité – le Parti du Congrès a déjà ouvertement mis en doute la valeur de l’Empire et aspire à l’indépendance et à la neutralité.
Quant au Canada, il y a longtemps qu’il a suivi un chemin divergent du nôtre, mais s’il est depuis plus de dix ans devenu en pratique un Dominion de l’Empire Américain, les liens de la confiance mutuelle et de la tradition ont fait qu’il est demeuré en même temps à l’intérieur de l’Empire Britannique. Cette appartenance pourrait bientôt lui paraître superflue.
Les autres composantes de l’Empire suivront inévitablement.
Si nous ne faisons pas face immédiatement à cette situation, dans quelques semaines, il pourrait bien être trop tard pour sauver l’Empire. Le dernier jour de la guerre en cours, même si c’est un jour de victoire, pourrait être celui où le fantôme de l’Empire descendra officiellement au tombeau.
Il faudrait d’abord s’occuper de protéger la Grande-Bretagne !

Mesures politiques nécessaires
1. La gravité de la crise actuelle ne doit être en aucun cas connue de nos Alliés ; plus encore, elle ne doit pas apparaître dans l’Empire lui-même.
2. Les liens de confiance mutuelle doivent être immédiatement, ouvertement et publiquement renforcés.
3. L’Empire des Indes. Il nous faut au plus tôt commencer à développer les forces des trois services armés en Inde jusqu’à la limite de nos capacités. Des troupes britanniques (et coloniales) doivent y être envoyées. Les recommandations de l’Indian Policy Group ont été transmises séparément. La principale est de faire de l’Inde un Dominion ou une fédération de Dominions et de royaumes alliés dès que possible – y compris avant même la fin de la guerre, et en faisant largement connaître cette décision avant que la vulnérabilité de l’Empire des Indes devienne trop criante.
QUOI ! Mais c’est cela, la fin de l’Empire !
4. Birmanie. Le désir des Birmans des Vallées de quitter l’Empire est connu. Les tribus des Montagnes ne sont pas de cet avis. L’autonomie de ces deux populations à l’intérieur d’un état birman lié à l’Empire est une solution possible.
5. Ceylan. L’exemple de Terre-Neuve, Dominion rattaché à un autre Dominion ou à une Fédération, peut servir dans ce cas.
6. Australie et Nouvelle-Zélande. Ces Dominions peuvent être maintenus dans l’Empire en renforçant au plus vite les liens mutuels de confiance et de considération. Les rédacteurs de ce document recommandent de suivre l’exemple de 1914-1918, quand les Premiers ministres de ces Dominions (en personne ou par l’intermédiaire de plénipotentiaires) siégeaient au Cabinet de Guerre Impérial et votaient lors de ses délibérations.
La même politique doit être suivie pour les autres Dominions, et même pour l’Inde, quoique ses représentants ne doivent pas avoir le droit de vote avant que l’Inde ne devienne un Dominion.
Ces Messieurs des Dominions veulent un fauteuil au Cabinet de Guerre ! (Illisible mais visiblement furieux) Bah, si un hochet peut nous les attacher…

Implications stratégiques générales
1. La guerre, si ardue qu’elle soit, peut être considérée comme gagnée grâce à la Grande Coalition enfin constituée. Mais jusqu’alors, l’Empire s’était concentré sur la situation européenne – politique de « l’Europe d’abord ». Cette politique ne peut être ouvertement modifiée, et nous devrons cacher les changements nécessaires à la survie de l’Empire.
Mais ces changements sont nécessaires, car la victoire en Europe ne sauvera pas l’Empire. Sa survie n’est possible que par une victoire en Asie et encore, à condition que l’Empire joue un rôle majeur dans cette victoire. Dans l’immédiat, chacun doit comprendre que l’Empire bande toutes ses énergies pour restaurer son indivisibilité. Ce n’est qu’ainsi que les liens de confiance mutuelle pourront être préservés de la rupture définitive.
2. L’une des conditions de la survie de l’Empire est la défense de la Birmanie. Dans ce but, il est en vérité heureux que la Route de Birmanie, c’est à dire ce qui est devenu la seule voie de ravitaillement de la Chine, commence à Rangoon. La nécessité de garder la Chine dans la guerre, d’autant plus évidente depuis que la valeur possible de cet allié a été démontrée à la Troisième Bataille de Changsha, nous donne pour défendre la Birmanie à tout prix une excellente raison, que nos Alliés ne peuvent qu’accepter.
3. Une autre condition de la survie de l’Empire est la reconquête aussi rapide que possible de la Malaisie et de Singapour après leur chute, qui est hélas devenue inévitable, qu’elle survienne dans quelques semaines ou dans quelques mois. Cette reconquête doit devenir la plus haute priorité de l’Empire. Dès ce moment, l’Europe doit devenir pour nous un théâtre d’opérations secondaire. Néanmoins, nos Alliés – Américains, Français et autres Européens – ne doivent pas s’en rendre compte, alors que nos Dominions et l’Empire des Indes doivent le sentir dans la moelle de leurs os.
Bon, bon, on va les dorloter, les caresser gentiment…

Implications stratégiques spécifiques
1. Singapour n’est plus aujourd’hui qu’un ouvrage défensif extérieur de l’Empire des Indes. Elle doit être tenue à tout prix jusqu’à l’arrivée de la mousson en Birmanie. Chaque jour gagné sur ce front ajoute à la perception du maintien de la solidarité impériale et incite au rassemblement de toutes les forces de l’Empire. Pour renforcer Singapour, même des opérations coûteuses et risquées vaudront que l’on s’y engage, car elles renforceront aussi la croyance en la protection assurée par l’Empire.
2. L’envoi immédiat de renforts, d’avions, d’artillerie et de blindés à l’Armée des Indes est essentiel. L’Armée des Indes devra aligner d’ici la fin de la mousson deux Corps complets en Birmanie. La 8e Division Indienne, déjà sur place, doit être renforcée d’urgence.
Normal.
3. Nous devons proposer le retour du gros de l’Australian Imperial Force en Australie avant que le Premier ministre Curtin ne le réclame. Cependant, les moyens de transport naval n’étant pas pour l’instant disponibles pour renvoyer rapidement toutes ces troupes, le gouvernement australien comprendra que certaines doivent rester en Europe, surtout si des troupes impériales peuvent être envoyées d’Afrique Orientale en Australie (telle que la 12e Division Est-Africaine), et non en Indonésie (comme le voudrait Batavia). Il nous faut aussi, autant que possible, satisfaire les besoins en blindés et en avions par des matériels impériaux, et non américains.
La même politique doit s’appliquer à la Nouvelle-Zélande – retour dès que possible de la division néo-zélandaise sur le théâtre Pacifique, et offre de soutiens impériaux.
QUOI ! Absurde ! Il faut maintenir au moins un corps ANZAC en Europe !

Conclusion
Il faut observer que, de façon ironique, ce changement radical de politique reflète le point de vue australien présenté à la Conférence Impériale de 1923 et selon lequel le Pacifique, et non l’Europe, était le centre de gravité de l’Empire Britannique. C’est avec amertume que l’on constate que ce provincialisme étroit se révèle finalement correct.
Bah…

Il doit être évident que la Grande-Bretagne n’hésite pas à sacrifier ses propres intérêts pour préserver ceux de l’Empire, pour reconquérir ce qui a été perdu ou qui va l’être et pour restaurer l’indivisibilité impériale.
Les intérêts de la Grande-Bretagne passent avant tout, (illisible) !!!
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 13:22    Sujet du message: Répondre en citant

On parle du 'maréchal' Wavell et du 'maréchal' Gort. OTL, Sir Archibald Wavell a été nommé Field Marshall en Janvier 1943 et Lord Gort en juin 1943. Est-ce différent en FTL?
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MessagePosté le: Mar Juil 17, 2012 14:12    Sujet du message: Répondre en citant

Très pertinent, JPBWEB. Merci beaucoup.
La "démaréchalisation" avait commencé en 41, il faut la poursuivre sur 42.
Néanmoins, Lord Gort sera maréchal en FTL avant la date OTL...
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MessagePosté le: Mer Juil 18, 2012 11:50    Sujet du message: Répondre en citant

Février 1942
1 – La guerre du Pacifique
Saigon tombe en combattant

1er février
Campagne de Birmanie – Bataille de Moulmein

Les Japonais, aidés par les Thaïlandais, renouvellent leurs attaques dès l’aube, rétrécissant peu à peu le périmètre de défense allié. Comprenant qu’il n’a d’autre choix que de poursuivre son repli à travers le fleuve, Harvey ordonne la retraite générale.
Alors que la victoire se précise pour les Japonais, l’état-major nippon doit pourtant ralentir l’offensive. En effet, la tâche des forces engagées sur les fronts de Malaisie et du Cambodge apparaît de plus en plus difficile. La 33e Division doit être retirée à la 7e Armée pour soutenir la 20e Armée en Malaisie, malgré les problèmes logistiques que cela implique. En Birmanie, le fardeau de l’attaque va dès lors reposer entièrement sur la 55e DI japonaise et la 2e DI thaïlandaise.
Ces événements vont permettre à la 8e Division Indienne de souffler et de se regrouper sur la rive ouest de la Salween. Elle a perdu un tiers de ses effectifs (et notamment la plus grande partie de la 19e Brigade), mais Harvey considère à juste raison que son sort aurait pu être pire.

Campagne d’Indochine
Cochinchine – A l’ouest de Saigon, Cu Chi tombe à la suite d’une succession d’attaques japonaises. A l’est, les Japonais atteignent les abords de Bien Hoa, mais sont arrêtés par un dense réseau de tranchées et de barrages, défendu avec ardeur par le 1er Régiment de Volontaires Mixte et par les derniers éléments du GBMS, regroupés sous l’appellation de “Régiment de Marche Lecoq”.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les avions de la Marine japonaise attaquent Penang et Butterworth, endommageant sérieusement les installations, et appuient (avec les Ki-51 de l’Armée) les premières attaques qui testent la résistance de la ligne de Sungei Muda. Pendant ce temps, les troupes britanniques se retirent de Grik.
………
Au sud… – La situation est assez calme, en dehors de continuelles attaques aériennes contre Kota Tinggi.
………
Sumatra – Le terrain de Sabang est à nouveau attaqué en début de matinée, cette fois par 18 bombardiers Ki-21 de l’Armée. La piste est très endommagée et les réservoirs de carburant sont incendiés, mais trois des bombardiers sont abattus par une paire de Hurricane en patrouille.

Campagne d’Indonésie
Mer de Banda – La force japonaise en route vers Timor est aperçue à l’aube par un hydravion Do 24K du ML-KNIL, qui parvient à la signaler à Batavia avant d’être abattu par les chasseurs A5M4 du Ryujo. En fin de journée, le sous-marin américain S-40 et le Hollandais K-XII attaquent la formation japonaise. A 17h32, un dragueur de mines (un vieux destroyer converti) est coulé, sans doute par le S-40. Vingt minutes plus tard, un transport est touché par deux torpilles du K-XII et coule rapidement. Le sous-marin hollandais endure un grenadage énergique et inhabituellement obstiné, mais s’en tire bien.
………
Mer de Florès – L’amiral Hart, commandant d’ABDAFFloat, ordonne au contre-amiral Karel Doorman de quitter immédiatement le mouillage de Bali pour intercepter la nuit suivante les navires japonais qui se dirigent vers Timor. Une violente controverse politico-militaire s’ensuit, car Doorman fait des objections, soulignant que la supériorité aérienne japonaise en Mer de Banda, bien démontrée par les constants raids aériens contre Timor et par la présence d’au moins un porte-avions, rend un tel mouvement sans espoir. Après un échange de messages radio de plus en plus énervés, Hart s’adresse à l’amiral Helfrich, ministre hollandais de la Marine, exigeant qu’il demande à Doorman de choisir entre obéir et être relevé de son commandement. Helfrich s’accorde avec Hart pour dire que Timor doit être défendu à tout prix jusqu’à ce que le convoi venant de Fremantle puisse y débarquer ses troupes ; à 12h30, il envoie à Doorman un message comminatoire.
A 13h00, la Strike Force quitte donc sans enthousiasme la baie de Denpasar (CA USS Houston ; CL HrMs De Ruyter [amiral], Java et Tromp, HMAS Perth ; CLAA HrMs Jacob van Heemskerck ; DD HrMs Banckert, Evertsen, Kortenaer, Piet Hein, Van Ghent, Van Nes et Witte de With, USS Alden et Edsall). Cependant, comme beaucoup de temps a été perdu, Doorman décide de longer la côte sud des Petites Iles de la Sonde, cherchant à atteindre une position un peu au large de la baie de Kupang dans l’après-midi du 2 février. Ce faisant, il espère ne pas être remarqué par les avions japonais jusqu’à ce qu’il soit sous la couverture des P-40 de l’USAAF basés à Timor.

Campagne du Pacifique Sud
Iles Palau – La force d’attaque de Rabaul appareille dès 02h00. Elle est couverte par le Kido Butai du vice-amiral C. Nagumo (porte-avions Kaga, Akagi, Shokaku et Zuikaku, CA Chikuma et Tone, CL Abukuma, DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze, Akigumo, Arare, Kagero, Shiranuhi et Kasumi), la Force de Soutien Direct du contre-amiral Goto (CA Aoba, Furutaka, Kako et Kinugasa avec 4 DD) et le Groupe Spécial du contre-amiral R. Tanaka (CL Jintsu, DD Hayashio, Kuroshio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze). La Force de Débarquement proprement dite, commandée par le contre-amiral Kajioka, comprend seize transports escortés par les CL Yubari et Tatsuta, les DD Mochizuki, Mutsuki, Oite et Yayoi et les patrouilleurs PC-32 et PC-33 ; elle est accompagnée par la Force de Soutien Spéciale composée du porte-hydravions Mizuho (12 F1M2, 4 E13A1, 4 E8N), du ravitailleur d’hydravions Sanyo Maru (4 E13A1, 4 E8N) et des mouilleurs de mines Itsukushima, Okinoshima, Tatsuhara Maru et Tsugaru.
………
Nouméa – Le croiseur lourd HMAS Australia et les croiseurs légers HMNZS Leander et HMS Trinidad viennent se joindre aux forces du vice-amiral Wilson Brown pour la mission de ravitaillement de Rabaul.

Campagne du Pacifique Central
Iles Marshall (heures locales) – 04h30 – Sous une superbe pleine lune, l’Enterprise lance ses avions à l’attaque des atolls de Roi, Kwajalein et Maloelap. L’attaque de Roi n’est pas un succès, car l’atoll est obscurci par la brume jusqu’à 07h05, et les défenseurs sont alors dûment alertés par les bruits de moteurs au-dessus de leurs têtes. Quatre SBD sont détruits par la DCA et des chasseurs. En revanche, l’attaque de Kwajalein est très réussie : SBD et Devastator coulent le transport Bordeaux Maru et endommagent deux autres cargos, coulent un chasseur de sous-marins et infligent de graves dégâts au croiseur léger Katori, au poseur de filets Kashima Maru et à la canonnière Hoyo Maru. Les appareils qui attaquent l’aéroport détruisent 18 avions, tuant 90 hommes, dont le contre-amiral Yashiro, commandant de la région. Le terrain de Taroa, sur Maloelap, est attaqué par cinq Wildcat, qui abattent deux avions japonais sans perte.
09h05 – Roi est de nouveau attaqué. Au même moment, les croiseurs Northampton et Salt Lake City font feu sur des bateaux dans le lagon de Wotje, mais sans grand résultat. Le croiseur Chester bombarde Taroa, mais il est attaqué par huit bombardiers bimoteurs et touché par une bombe qui perce son pont principal, tuant 8 hommes et en blessant 11.
13h00 – Halsey décide de se retirer, estimant qu’il a suffisamment tenté le sort. De fait, il a risqué plus qu’il ne l’imagine.
« Pendant que l’Enterprise manœuvrait au large de Maloelap, le porte-avions et son écran furent aperçus par les sous-marins japonais Ro-67 (un sous-marin ancien de seconde classe) et I-6 (un grand sous-marin de classe J2, converti en submersible de ravitaillement et de soutien pour d’autres sous-marins, tout comme les U-boots type X allemands). Les deux bateaux revenaient d’une sortie d’entraînement, ayant éprouvé les possibilités de ravitaillement en pleine mer. Le Ro-67 essaya à deux reprises de se placer en position de tir, mais l’Enterprise manœuvrait trop vite pour que le sous-marin en plongée puisse se rapprocher. Le commandant du I-6 avait l’interdiction d’attaquer un navire ennemi, car son sous-marin converti était devenu trop précieux pour courir ce genre de risques. Au moment où Halsey décida de s’en aller, le Ro-67 essayait pour la troisième fois de se placer en position de tir. Il lança une salve de proue complète, mais le porte-avions abattit à cet instant sur tribord et se retrouva rapidement hors de portée.
Aux alentours de Wotje, les croiseurs Northampton et Salt Lake City s’approchèrent tout près des sous-marins Ro-64 et Ro-66. Là encore, les sous-marins japonais eurent beaucoup de mal à se mettre en position de tir contre des cibles rapides et manœuvrantes. Le Ro-66 lança une demi-salve contre le Northampton, mais le rata. Ses torpilles ne furent même pas aperçues par l’écran américain, beaucoup plus préoccupé à ce moment par de potentielles attaques aériennes japonaises. »
(extrait de Sixth Fleet Operation Plans – Research for Australian Official Histories, 1949 – Research Notes, par Mr Norman).
………
Pendant ce temps, le Yorktown a attaqué les Marshall du sud, ses objectifs étant Jaluit et Makin. Cependant, un très mauvais temps et une forte défense gâchent le raid sur Jaluit, où deux navires sont endommagés au prix de six avions. A Makin, les neuf SBD envoyés ne trouvent qu’un mouilleur de mines, qui est seulement endommagé. Dans l’après-midi, le groupe du Yorktown se retire lui aussi.
« Il ne serait pas honnête de juger ce raid d’après ses maigres résultats matériels. Les deux groupes aériens des porte-avions avaient acquis un entraînement au combat sans prix. L’énumération excessivement optimiste des dommages infligés à l’ennemi aida certainement à relever le moral du peuple américain, encore déprimé par le massacre de l’escadre de l’amiral Glassford à Balikpapan. L’audace de Halsey, frappant au cœur des Mandats japonais, donna au pays son premier héros naval de la guerre. » (S.E. Morison, The Rising Sun in the Pacific – History of US Naval Operations in WW II, vol. III, p. 265).


2 février
Campagne d’Indochine

A l’ouest de Saigon, la 23e D.I. japonaise, qui a pris Cu Chi la veille, commence à tester les défenses de Hoc Mon, où le 1er Régiment de Volontaires Vietnamiens vient de prendre position.
Sur le front est, trois attaques frontales contre Bien Hoa sont repoussées, tandis que les réfugiés continuent à fuir sous les bombes japonaises sur la route de Ban Me Thuot.
« Depuis plusieurs jours, les deux derniers P-40 opérationnels du squadron Hell’s Angels de l’AVG et les deux ultimes Hawk 75 de l’ancienne 40e E.C. continuent de harceler les forces japonaises à la mitrailleuse et à la bombe légère. L’aérodrome de Tan Son Nhut étant totalement détruit, ils décollent d’une grande avenue de Saigon, où les bombardiers japonais ne pensent pas à les chercher. Il y a longtemps que plus personne ne se souvient que les deux pilotes américains sont censés être des “mercenaires”, pas même eux, sans doute.
Le 2 février, les deux P-40 vont par trois fois mitrailler et bombarder les Japonais qui avancent sur la RC-1 vers Bien Hoa, jouant à cache-cache avec les chasseurs japonais. La troisième fois, alors qu’ils viennent de lâcher sur les troupes ennemies des bombes de 100 kg et des conteneurs de grenades MAC, ils sont attaqués par cinq A6M2. Ils tentent d’atteindre la base des nuages, mais les Zéro sont plus rapides et ont l’avantage de l’altitude. Moins nombreux et ne pouvant piquer pour s’échapper puisqu’ils sont à ras du sol, les P-40 sont condamnés. L’un s’écrase rapidement près de la rivière Nha Be, mais le second, en feu, réussit par miracle à survivre assez longtemps pour gagner la zone du port, où la DCA légère touche deux des poursuivants, qui n’insistent pas. Le P-40 s’écrase peu après en tentant de se poser dans un des nombreux canaux de Saigon.
En fin de journée, le colonel Devèze doit ordonner la destruction des deux derniers Hawk-75, trop endommagés après deux mois de combats quasi quotidiens pour tenter de se sauver par la voie des airs. C’est la fin de la chasse alliée à Saigon.
La ville se souvient pourtant aujourd’hui des pilotes qui l’ont défendue : l’avenue d’où ils décollaient pour leurs ultimes missions porte le nom des deux derniers pilotes de P-40, ces deux Américains dont les corps n’ont jamais été retrouvés : John Petach et Arnold Shamblin. »
(Pierre Clostermann, Les Anges de Saigon, in Feux du Ciel).
Juste après la tombée de la nuit, trois Potez-25 TOE et un Potez-29 EVASAN (EVAcuation SANitaire), venant de Saravane, atterrissent sur cette même avenue. Un Potez-25 et le Potez-29 décollent peu après, emmenant des blessés et les deux pilotes survivants de la 40e E.C., qui sont évacués vers le nord (les pilotes réussiront, non sans mal, à rejoindre la “nouvelle” 40e EC sur la base Epervier). Dans la nuit, les deux autres vieux biplans effectuent chacun deux courtes missions de harcèlement des troupes japonaises avec des bombes de 10 kg.

Campagne de Malaisie
La 8e D.I. australienne, encore désorganisée par les pertes subies en décembre et janvier, mais relativement reposée, remonte en ligne pour soutenir la 11e D.I. indienne, qui commence à se retrancher le long de la rivière Perak. La 18e D.I. britannique reçoit confirmation de l’ordre de gagner l’île-forteresse de Penang, en dépit des constantes attaques aériennes japonaises.
………
En Johore, les troupes japonaises, soutenues par un nouveau bombardement massif de Kota Tinggi, commencent à sonder les défenses du Commonwealth, essayant de déborder la position par l’ouest.

Campagne d’Indonésie
Sœrabaya – La base navale est brutalement bombardée par des avions de la Marine japonaise basés à Kuching (18 G4M1 et 36 G3M2/3, escortés par 36 A6M2). Des chasseurs de la RAF et de la RAAF interceptent le raid après le bombardement et peuvent abattre 5 bombardiers et 4 escorteurs, au prix de 4 Hurricane. Cependant, le bombardement a été très efficace. Les dragueurs de mines hollandais Merbaboe et Rindjani ont été coulés et, plus grave, la base sous-marine a été touchée. Les sous-marins ont pour la plupart plongé pour se poser sur le fond, relativement à l’abri, mais leur grand nombre les a rendus vulnérables aux grappes de bombes lâchées plus ou moins au hasard. Ainsi, les sous-marins hollandais K-VIII et K-IX sont définitivement hors de combat, tandis que le Français Argo et l’Anglais Severn, sérieusement endommagés, sont envoyés le jour même se faire réparer en Australie.
En fin de journée, constatant la vulnérabilité de Sœrabaya aux raids aériens, mais aussi l’encombrement de la base sous-marine, ABADAFFloat (l’amiral Hart) décide de redéployer les sous-marins américains (sauf les quatre bateaux de classe S) à Fremantle, en Australie.
………
Timor et Mer de Banda – Bataille de la Mer de Savu
07h45 – Timor est attaquée par les avions de la Marine basés à Kendari et à Amboine, qui commencent à “ramollir” l’objectif. Les avions venus d’Amboine attaquent Kupang. Ceux de Kendari (36 G4M1 escortés) attaquent l’aérodrome, où se trouvent 12 P-40 de l’USAAF, mais ceux-ci ne sont prévenus qu’au dernier moment de l’arrivée des Japonais. Seuls neuf chasseurs ont le temps de décoller, et ils se font massacrer par les Zéro d’escorte, perdant sept des leurs contre deux A6M2. Sept autres avions sont détruits au sol, ou trop endommagés pour être réparés : les trois derniers P-40, deux bombardiers Martin WH-3 du ML-KNIL et deux DC-3 assurant la liaison entre Java et l’Australie.
07h50 – L’escadre de Karel Doorman est repérée entre Flores et Sumba par un hydravion Kawanishi “Emily”. Apprenant sa présence, le vice-amiral I. Takahashi ordonne à ses transports de faire route vers Dili (partie portugaise de Timor) sous la protection des bâtiments légers et du porte-hydravions Chitose pendant que les forces Takagi et Hara sont envoyées vers le sud pour détruire l’ennem.
08h40 – Le Ryujo lance un raid constitué de 15 B5N2 escortés par 12 chasseurs A5M4.
10h25 – Les avions du Ryujo aperçoivent l’escadre de Doorman et commencent immédiatement leur attaque, malgré une DCA intense. Les navires zigzaguent follement et réussissent à éviter toutes les torpilles, parfois de moins de 50 mètres.
10h28 – Le contre-amiral Doorman signale à ABDAFFloat qu’il est attaqué par des avions et demande une couverture aérienne, mais il n’est pas possible de lui en fournir une – les avions de Timor, qui auraient dû remplir cette mission, sont déjà réduits à l’état d’épaves.
11h00 – Le vice-amiral Takahashi ordonne à Takagi et Hara : « Entrez en Mer de Savu et finissez-en avec la force ennemie. »
12h45 – Laissant le Ryujo sous la seule protection du DD Shiokaze et d’un chasseur de sous-marins, les CA Haguro, Myoko et Nachi (amiral), escortés par les DD Harukaze, Hatakaze, Minatsuki, Nagatsuki et Satsuki, sont parvenus au sud des îles Alor, cap ouest-sud-ouest. Takagi ordonne alors de lancer un hydravion du Nachi.
14h10 – L’appareil détecte les navires alliés, qui font route à vitesse modérée (15 nœuds) vers le sud-est, à 75 nautiques de l’escadre japonaise. Le petit E5N8 guide alors les G4M1 basés à Kendari, qui ont ravitaillé après avoir bombardé Timor et ont redécollé aussitôt. La moitié d’entre eux sont équipés de torpilles, les autres de bombes.
14h33 – Les 36 bombardiers sont tardivement signalés, car le radar du Perth est débranché pour entretien – si l’autre radar de veille aérienne que compte la petite flotte, celui du Jacob van Heemskerck (un type 279), est actif, les informations reçues n’ont pas été transmises à temps au vaisseau amiral. Les 18 premiers bombardiers peuvent donc effectuer un bombardement en vol horizontal assez précis, lâchant leurs bombes en grappes serrées. Le De Ruyter est arrosé d’éclats, tout comme le Houston, dont la DCA, très active, se venge en abattant au moins un des attaquants. Moins chanceux, le Java est touché par une bombe qui explose entre les cheminées, provoquant un violent incendie, puis une minute plus tard par une autre, qui le frappe juste en arrière du mât principal, endommageant gravement son système de gouvernes. Le Java dévie sur bâbord, désorganisant la ligne alliée. Profitant de la confusion, les 18 autres G4M1 lancent alors leur attaque à la torpille. Sans le feu du Jacob van Heemskerck, si intense que l’équipage du Perth croit que le petit croiseur a été incendié par une bombe, cette attaque aurait pu être dévastatrice. Mais le croiseur anti-aérien réussit à abattre deux des assaillants et les équipages des autres Betty ont du mal à ajuster leur tir. Seuls deux navires sont touchés. Le Java, bien sûr, incapable de manœuvrer, est frappé au niveau de la chaudière avant. Et le DD Kortenaer est stoppé net, ses machines gravement endommagées. Il devra être sabordé.
14h54 – Les bimoteurs ont à peine quitté la scène que les avions du Ryujo reviennent. Les B5N2 s’acharnent sur le Java, qui reçoit une seconde torpille, cette fois au niveau de la passerelle, puis s’en prennent au Houston.
15h04 – Le croiseur lourd est touché à bâbord au niveau de la tourelle B. Le capitaine Rooks doit ralentir à 8 nœuds avant de retrouver assez de puissance pour remonter à 12 nœuds. A cet instant, le Java, stoppé, est en train de couler. Alors que les avions du Ryujo s’en vont, un autre petit hydravion est repéré. Il est alors évident pour Karel Doorman qu’une escadre japonaise ne peut être très loin.
L’amiral hollandais est pris entre ses ordres, qui lui ont été clairement énoncés tant par Hart que par Helfrich, et le fait qu’il est évident que ses navires ne peuvent espérer survivre très longtemps sous les attaques aériennes répétées des Japonais.
15h10 – Doorman signale désespérément : « Houston endommagé, Java très endommagé (en fait, le vieux croiseur léger ne survivra que jusqu’à 15h45). Essaye de me retirer vers l’ouest jusqu’au crépuscule. » On ignore s’il a en réalité l’intention de se replier jusqu’au détroit entre les îles Flores et Sumba jusqu’à la nuit, puis de remettre le cap sur la baie de Kupang sous le couvert de l’obscurité, ou de se retirer jusqu’à Bali. Quoi qu’il en soit, c’est de la seconde façon qu’Helfrich interprète le message de Doorman.
15h25 – Négligeant la chaîne de commandement d’ABDAFFloat, Helfrich transmet à Doorman : « Transports ennemis signalés près de la côte nord de Timor. Vous devez poursuivre vers l’est sans tenir compte des attaques aériennes pour rechercher et attaquer l’ennemi, quelle que soit votre situation présente. » Le “vieux pirate” (son surnom chez ses hommes) ne peut comprendre la prudence de Doorman. Mais sur la passerelle du De Ruyter, ce dernier a bien d’autres soucis que le message de son ministre.
15h21 – Un nouveau groupe de 24 bombardiers bimoteurs est cette fois détecté, par le radar du Perth. Ce sont les bombardiers basés à Amboine. Ils effectuent une attaque coordonnée, proche de celle des avions de Kendari moins de deux heures plus tôt. Quinze d’entre eux bombardent, puis les neuf autres mènent une attaque à la torpille. L’escadre alliée vient de se reformer, mais reste ralentie par le Houston. Le bombardement est très précis. Le De Ruyter prend une bombe sur le pont principal, qui met les deux tourelles arrière hors service. Une bombe frappe le Perth près de la cheminée arrière, mais ce croiseur est plus gravement touché par deux projectiles qui le frôlent et explosent près de la coque, endommageant sévèrement les turbines bâbord par effet de mine. Le Houston, en dépit des dommages subis, abat au moins un nouveau bombardier et sans doute deux autres, ainsi que le Jacob Van Heemskerck. Cependant, pour éviter les bombes, les navires alliés ont considérablement distendu leur formation. Avant qu’ils aient le temps de se reformer, les neuf bombardiers-torpilleurs effectuent une attaque efficace, plaçant deux torpilles dans le navire amiral de Doorman.
15h31 – Le De Ruyter chavire, entraînant avec lui de nombreux hommes d’équipage, dont le contre-amiral Karel Doorman.
Pour les survivants, la situation est critique. Des hydravions suivent les bâtiments alliés à la trace, prêts à guider de nouvelles attaques aériennes, et annonçant l’arrivée prochaine d’une escadre japonaise. Après avoir secouru les survivants des navires coulés, le commandant du Houston, dont le grade est le plus élevé parmi les officiers présents, ordonne aux bâtiments intacts : « Retirez-vous vers l’ouest à la vitesse la plus élevée possible. » Les deux destroyers américains Alden et Edsall refusent tout net et restent en formation avec le Houston et le Perth, qui ne peuvent donner que 12 nœuds. Conduits par le CL Tromp, le CLAA Jacob Van Heemskerck et les six DD hollandais survivants filent rapidement vers Florès.
Comme aucun nouveau bombardier japonais ne se montre, les marins alliés survivants commencent à espérer avoir surmonté leur dernière épreuve de la journée et peu à peu, les derniers incendies sur le Houston et le Perth sont éteints.
17h44 – Des silhouettes apparaissent sur l’horizon et des gerbes d’eau s’élèvent non loin des quatre navires. Takagi et Hara les ont rejoints, après trois heures de chasse à vitesse maximum.
17h46 – Le Houston commence à répondre, après un léger virage sur tribord pour ouvrir l’arc de tir de ses tourelles avant (les navires japonais sont hors de portée des 6 pouces du Perth). Avec ses six canons de 8 pouces (sa tourelle arrière est toujours hors service), le croiseur américain est très inférieur aux trois japonais, qui portent chacun dix canons de 8 pouces. Il réussit quand même à encadrer par deux fois le Nachi. Au début, malgré la présence de deux hydravions, le feu japonais n’est pas très précis et les trois croiseurs tirent à une cadence délibérément lente.
17h51 – L’Alden et l’Edsall commencent à tendre un écran de fumée devant leurs croiseurs, mais un fort vent du nord le déchire à plusieurs reprises.
17h54 – La distance s’est suffisamment réduite pour que le Perth commence lui aussi à tirer, chaque fois que l’écran de fumée se dissipe. Les bâtiments alliés continuent à faire route vers l’ouest à environ 11 nœuds ; leur seul espoir est de tenir jusqu’à la nuit, en espérant pouvoir décrocher dans l’obscurité, mais leurs adversaires les rattrapent trop vite pour leur laisser la moindre chance.
18h01 – Après qu’il ait été encadré deux fois de suite, le Perth est touché par une salve japonaise. Deux obus de 8 pouces explosent dans la chaudière arrière, coupant les conduits de vapeur et ébouillantant à mort la plus grande partie des malheureux marins de la salle des machines. Un troisième obus frappe la catapulte et un quatrième détruit la tourelle Y. Le croiseur australien ralentit à 8, puis à 6 nœuds.
L’Alden et l’Edsall sortent alors de l’écran de fumée et tentent une attaque à la torpille contre les croiseurs japonais, forçant Takagi à prendre ses distances. Mais les deux petits navires sont pris sous le feu des cinq grands destroyers de Hara (Harukaze, Hatakaze, Minatsuki, Nagatsuki et Satsuki). Touché par de multiples obus de 127, l’Edsall est vite stoppé, en flammes, mais continue à tirer jusqu’à ce qu’il soit exécuté par une torpille probablement tirée par le Minatsuki. L’Alden est lui aussi touché, mais parvient à se replier vers les croiseurs.
18h10 – Le commandant Rooks ordonne de venir légèrement au nord pour faciliter le tir du Houston. De fait, il réussit à toucher le vaisseau amiral japonais, endommageant son installation électrique, qui est cependant rapidement réparée.
18h22 – Le Nachi a repris le tir et touche de plusieurs obus le croiseur américain, détruisant la catapulte tribord et les deux 5,25 pouces proches de la cheminée arrière et provoquant un violent incendie.
18h28 – Le Houston s’est éloigné du Perth, qui se traîne à moins de 4 nœuds. Les destroyers japonais effectuent alors une attaque à la torpille contre l’agonisant. Trois, peut-être quatre torpilles le frappent et le croiseur australien sombre quelques instants plus tard.
18h29 à 18h33 – La nuit tombe, mais l’incendie du Houston attire les obus japonais. Cinq nouveaux obus de 8 pouces le frappent, dont trois au moins explosent dans la salle des machines arrière, provoquant d’importants dommages et tuant de nombreux hommes. L’Alden, dont la vitesse est réduite à 24 nœuds, tente une attaque désespérée contre les croiseurs japonais, qui dévient leur course vers le nord pour éviter de possibles torpilles, tout en tirant les leurs. L’Alden est touché par les obus des destroyers japonais, mais aussi par ceux de l’artillerie secondaire des croiseurs.
18h39 – L’Alden stoppe puis sombre par la proue. Les croiseurs japonais remettent alors le cap au 310, se rapprochant inexorablement du Houston, touché à l’avant par une torpille qui met hors service sa direction de tir, obligeant les tourelles à tirer sous contrôle local.
18h41 – Un obus frappe la tourelle B, enflammant des sacs de poudre et forçant le commandant Rooks à noyer les magasins avant. L’artillerie principale n’a alors plus que les obus qui restent dans les puits des tourelles. De nouveaux obus de 8 et 5 pouces touchent l’avant du navire, balayant la passerelle en y faisant de nombreuses victimes, dont le commandant Rooks. La distance est tombée à moins de 4 000 mètres et les navires japonais martèlent le Houston avec tout ce qu’ils ont. Ce dernier continue pourtant à se diriger vers le nord, comme si les officiers survivants espéraient l’échouer sur l’île de Florès.
18h45 – Les destroyers japonais prononcent une nouvelle attaque à la torpille, touchant le croiseur à deux ou trois reprises.
18h56 – Le Houston, qui avance encore, chavire et coule.
Peu après, le vice-amiral I. Takahashi ordonne à trois des transports se trouvant à Dili de se rendre en baie de Kupang.
………
Côte Ouest de l’Australie, 15h30 – Le convoi de six navires qui se dirigeait vers Timor, est dérouté vers Darwin avec son escorte (croiseurs HMAS Sydney et Hobart et DD USS Bailey, Meade, Shubrick et Swasey) par ABDAFFloat.

Campagne du Pacifique Sud
Nouméa, 11h00 – La force du vice-amiral Wilson Brown lève l’ancre avec un convoi de six transports pour Rabaul. Autour des porte-avions Lexington et Wasp (contre-amiral Leigh Noyes), quatre CA (USS Indianapolis, Portland et San Francisco, HMAS Australia), deux CL (HMNZS Leander et HMS Trinidad), onze destroyers de l’US Navy (DesRon 1 : Dale, Farragut, McDonough, Phelps, Worden ; DesRon 12 : Aaron Ward, Farenholt, Lang, Selfridge, Stack, Sterett). Le convoi, qui transporte la 1ère Brigade de Marines, est sous la houlette du MN Jeanne d’Arc, dont les caractéristiques originales de croiseur-école font un excellent navire de commandement de convoi.


3 février
Campagne d’Indochine

Saigon – Les fronts sont stables. La cité et Bien Hoa sont copieusement bombardées par l’aviation japonaise et l’artillerie lourde de campagne s’y met aussi dans l’après-midi. A l’ouest, des escarmouches du niveau de la compagnie éclatent dans le secteur tenu par le 1er Régiment de Volontaires Chinois.
Au crépuscule, deux Potez-25 et deux Potez-29 biplans, ainsi qu’un petit bimoteur de transport Potez-56 (6 sièges), se posent sur ce que les Français ont surnommé par dérision “l’Aéroport International de Saigon”. Les Potez-29 et 56 évacuent des blessés vers Saravane (pour le Potez-56) ou Ban Me Thuot (pour les Potez-29), pendant que les Potez-25 reprennent leur harcèlement des positions japonaises.
………
Tonkin – Les chasseurs français opérant de Dien-Bien-Phu reçoivent l’aide des bombardiers légers Martin-167, du G.B. III/62 reconstitué, qui opèrent de la région de Kunming. Ils attaquent plusieurs fois dans la journée les colonnes japonaises qui tentent de se frayer un chemin de Hanoi vers l’ouest.

Campagne de Malaisie
Au nord… – La 53e Brigade d’infanterie (18e D.I. britannique) commence à être transférée de Port-Weld à Penang par de petits caboteurs. Cependant, l’intense activité des bombardiers japonais dans le secteur oblige à effectuer la plupart des mouvements de nuit.
………
Au sud… – Les bombardiers de l’Armée japonaise basés à Kuching frappent à nouveau Kota Tinggi. Cependant, une nouvelle tentative pour déborder les positions défensives britanniques est mise en échec.
………
Mer de Chine Méridionale – Les sous-marins français Casabianca et Sidi-Ferruch, arrivés à Sœrabaya le 25, ont été les premiers prêts à l’action. Dans la nuit du 2 au 3, ils croisent dans le secteur des îles Ananba, où les Alliés savent que la 2e Flotte de Kondo opère pour soutenir les forces japonaises qui ont débarqué à Endau et Mersing et tentent de progresser vers Singapour et vers la côte ouest de la Malaisie.
02h35 – Le L.V. Bellet (second du Casabianca) et les deux matelots de vigie aperçoivent plusieurs navires de guerre qu’ils identifient comme une partie de l’écran des forces de Kondo. Le “pacha” du sous-marin, le commandant L’Herminier, alerté, ordonne de monter à 15 nœuds et de naviguer en “semi-submersion” (le pont au ras de l’eau) pour réduire la silhouette du sous-marin. « Nous naviguions en quelque sorte sur la pointe des pieds, racontera L’Herminier dans son livre de souvenirs “Casabianca”. Je donnais mes ordres à voix basse et chacun s’efforçait de faire le moins de bruit possible. » Le Casabianca évite ainsi deux destroyers, qui ne l’ont sans doute pas vu.
02h51 – Les marins français, scrutant l’obscurité, détectent « trois cibles de grande taille », par tribord avant, suivant le cap inverse de celui du sous-marin. Alors que L’Herminier fait braquer les deux affûts orientables (qui portent tous deux trois torpilles de 550 mm) sur l’une de ces cibles, le kiosque est soudainement balayé par un rayon de lumière. C’est un projecteur de l’un des escorteurs japonais, l’Hibiki. L’Herminier : « Il n’est plus temps d’être discret ! D’un même souffle, je crie de lancer les six torpilles des affûts orientables, puis de plonger. Pendant que nous nous enfonçons – toujours trop lentement, en pareil cas – je serre les dents, craignant de recevoir une pluie d’obus avant d’être submergés. Mais tout se passe bien, pour l’instant. Cependant, alors que nous plongeons de plus en plus profond, un bruit d’hélices en furie nous prévient de l’arrivée prochaine de grenades sous-marines. A 02h58, le Casabianca est durement secoué par leurs explosions, qui provoquent quelques dommages. Mais à 03h00 juste, deux énormes explosions sont nettement perçues à quelque distance : ce sont nos torpilles ! J’ignore ce que nous avons touché, mais nous lui avons sûrement fait très mal ! »
La victime est le Shoho, touché à tribord au niveau du premier ascenseur et de la salle des machines. Le porte-avions léger est bientôt stoppé, avec une gîte qui atteint 17°, avant d’être réduite à 12° lorsque le commandant fait noyer quelques compartiments à bâbord.
Cependant, l’équipage du Casabianca ne peut se réjouir très longtemps, car leur sous-marin est alors pourchassé par deux, voire trois destroyers japonais très agressifs, qui le soumettent à un grenadage acharné. « La situation s’aggrave progressivement. Au fil des minutes, des explosions et des chocs subis par notre pauvre Casabianca, le système de commande principal de plan de gouverne de profondeur, l’éclairage électrique principal et le gyroscope maître sont plus ou moins gravement endommagés. Après plus d’une heure et demie de ce régime, à 04h43, des fuites d’acide sont détectées dans la chambre des batteries avant. Je commence à craindre d’être obligé de faire surface si de nouvelles cellules de batterie sont endommagées. Bellet est de mon avis, mais lui et moi tâchons de ne rien laisser paraître de notre inquiétude. Inutile effort : les hommes savent que nous sommes en mauvaise posture, et un silence presque total règne, dans l’attente anxieuse de nouvelles grenades. C’est alors qu’à 04h48, deux explosions bien différentes nous font dresser l’oreille. Peu après, nous entendons les destroyers qui nous torturaient s’éloigner vers le nord, et un soupir de soulagement s’échappe de toutes les lèvres. »
Le Sidi-Ferruch, qui patrouillait environ 20 nautiques à l’est de la zone du Casabianca, a entendu l’explosion des torpilles, puis les détonations des grenades ASM. Naviguant en surface, puis en immersion périscopique, il aperçoit « une cible de grande taille en panne » et peut se placer en bonne position de tir. A 04h42, il lance une salve de proue. L’une des quatre torpilles frappe le Shoho à bâbord, en arrière de la salle des machines. Une autre touche le Nowaki, stoppé sur le flanc bâbord du porte-avions endommagé, et explose au niveau de la soute à munitions arrière du destroyer. L’arrière de celui-ci est littéralement désintégré par une formidable explosion, qui éventre aussi en partie la coque du Shoho.
Dans la confusion qui s’ensuit, les autres escorteurs japonais se lancent sur les traces de ce qu’ils croient être le premier sous-marin ennemi, qui leur aurait échappé pour revenir donner le coup de grâce. C’est la chance qu’attendait le Casabianca. L’Herminier : « A 04h59, nous faisons surface pour quelques rapides réparations, puis nous filons vers le sud à 17 nœuds sur le diesel sans demander notre reste. Dans l’obscurité, derrière nous, il y a bien quelques bruits de grenadage, mais plus rien ne nous menace jusqu’à l’aube. Nous replongeons alors tranquillement pour éviter les patrouilles aériennes. »
De son côté, le Sidi-Ferruch peut facilement s’échapper, car les bruits du naufrage du Nowaki puis du Shoho rendent très difficile toute détection acoustique. Le destroyer disparaît sous les eaux à 04h51, suivi à 04h57 par le porte-avions léger, et les autres destroyers sont occupés à secourir les survivants jusqu’à 06h10.
Les deux sous-marins français (3 000 tonnes à eux deux) viennent de venger quelque peu le massacre de la force de Karel Doorman.

Campagne d’Indonésie
Macassar (sud de Célèbes) – L’escadre du vice-amiral J. Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya, DD Ajanami, Shikinami, Uranami, Amagiri, Jugiri, Sagiri), escortant la 4e Force d’Attaque Surprise du contre-amiral K. Kubo, se présente à l’aube devant la ville de Macassar. Les Japonais se heurtent surtout au champ de mines très dense posé par les croiseurs français pendant l’attaque de Balikpapan. Le débarquement, exécuté par une partie des forces qui ont pris Balikpapan quelques jours plus tôt, s’effectue donc avec plusieurs heures de retard, mais il ne rencontre guère de résistance. En fin de journée, les forces japonaises contrôlent la ville.
Cependant, vers 16h00, le sous-marin américain S-40 s’infiltre au milieu de la flotte japonaise au mouillage et coule l’un des transports retardé par les opérations de déminage et attendant de décharger, ainsi que le petit escorteur AM-17. Le submersible est pris en chasse par les DD Amagiri et Sagiri et subit un intense grenadage, mais peut s’échapper à la tombée de la nuit.
………
Timor – Le débarquement japonais en baie de Kupang rencontre une vigoureuse opposition de la part des hommes de la “Rose Force”. Au matin, le terrain est attaqué par des A6M2 basés à Kendari, mais ceux-ci sont douloureusement surpris par la présence de la batterie des canons AA Bofors débarqués le 27 janvier par l’Emile-Bertin, qui en abattent deux.
De l’autre côté de l’île, les forces japonaises ont débarqué à Dili sans la moindre résistance de la part des autorités portugaises. Elles commencent à faire mouvement vers Kupang.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – Quatre transports sont torpillés dans la journée par des sous-marins aux approches de l’Australie. Le premier, dès 10h30, est le cargo grec Nikolaos Michalos (4 342 GRT, Michalinos Maritime & Commercial), chargé de cotonnades, venant de Bombay et approchant de Brisbane. A 11h00, c’est le tour du Panaméen Platano, au large de l’île de Gabo (5 949 GRT, Balboa Shipping) – chargé de véhicules de l’US Army, il allait de San Diego à Melbourne. Le Français Bangkok (8 056 GRT, Chargeurs Réunis et Compagnie Française de Navigation à Vapeur), chargé de charbon pour Nouméa, est coulé à 13h30, peu après avoir quitté Newcastle. Enfin, l’US Firmore (7 117 GRT, Ore Steamship Corp), allant de Bell Bay à Seattle, va par le fond à 19h00. L’opération Oni (ou Oni-1) vient d’entrer dans sa phase active !
A 21h00, les autorités australiennes, consternées, ordonnent l’interdiction des mouvements navals individuels sur la côte est et mettent en œuvre un système de convois. Néanmoins, beaucoup de bateaux déjà en mer continuent de faire route isolément.


4 février
Campagne d’Indochine

Saigon – Les forces japonaises venant du Cambodge commencent à déborder les défenseurs à Hoc Mon. Dans la soirée, les Franco-Vietnamiens doivent se replier vers Ba Diem.
Peu après le coucher du soleil, un Lockheed 18 des Lignes Aériennes Militaires se pose à la lueur des phares d’automobiles sur l’avenue de Saigon servant d’aérodrome, décharge en hâte quelques médicaments et du matériel chirurgical et embarque des blessés à destination de Louang-Prabang. L’avion redécolle peu avant minuit, juste au moment où un violent bombardement d’artillerie japonais commence à marteler la cité. Malgré cette pluie d’obus, ce sont trois Potez-25 TOE qui harcèlent cette nuit-là les positions japonaises, autour de Ba Diem comme sur le front de Bien Hoa. « Leurs cibles n’étant qu’à une trentaine de kilomètres de leur “terrain”, les vieux biplans peuvent faire trois sorties chacun dans la nuit, avant d’être soigneusement camouflés pour la journée. Ces piqûres d’insecte sont très mal supportées par le commandement japonais, qui les prend comme des affronts personnels et une insulte à l’esprit guerrier du Bushi-Do. Les antiquités volantes françaises refusant obstinément d’affronter en plein jour les chasseurs japonais, il est décidé d’intensifier les bombardements d’artillerie, en attendant des représailles plus directes. En pratique, cet accroissement des bombardements nocturnes facilite la tâche des Potez-25, qui repèrent plus facilement les batteries, les approchent en plané et ne relancent leur moteur que pour fuir, après avoir laissé tomber leurs petites bombes et leurs grenades sur des artilleurs scandalisés. » (Pascal N’Guyen-Minh, op. cit.)

Campagne de Malaisie
Le transfert de la 18e D.I. à Penang se poursuit à un rythme assez lent, car le port est durement bombardé par l’aviation de la Marine japonaise. Les troupes du Commonwealth commencent à reculer jusqu’à la “Ligne Verte” (Kuala Kangsar et Sungei Perak), maintenant défendue par la 11e D.I. indienne.
Les bombardiers Ki-21 de l’Armée japonaise basés en Thaïlande attaquent Kuala Lumpur. Des Ki-48 bombardent la gare de Taiping.
………
Tachikawa (Japon) – Le 2e Dokuritsu Sentai (groupe indépendant) d’appui rapproché est créé avec des matériels similaires à ceux du précédent (c’est-à-dire relativement a¬nciens). Le 1er Dokuritsu Sentai d’appui rapproché reçoit l’ordre d’accélérer son entraînement afin d’être prêt mi-février à être déployé sur le front de Malaisie.
………
Mer de Chine Méridionale – Peu après minuit, le sous-marin anglais Clyde intercepte à la sortie du golfe de Siam un convoi de treize cargos japonais se dirigeant vers Singora et escorté par l’aviso thaïlandais Maeklong. A 00h58, une salve de proue de six torpilles frappe à la fois un cargo, qui explose, et l’aviso, qui est touché au niveau de la salle des machines et chavire peu après.

Campagne d’Indonésie
Manado (nord de Célèbes) – Les avions du 4e Hikoshidan, basés aux Philippines, commencent à se redéployer à Manado en prévision d’opérations contre Java.
………
Macassar (sud de Célèbes) – Neuf Blenheim IV des Sqn 60 et 62 de la RAF, basés à Singosari (dans l’est de Java), attaquent les forces japonaises qui ont débarqué à Macassar la veille. Ils coulent un transport et endommagent le mouilleur de mines Tatsuhara Maru.
………
Java – Le port de Sœrabaya est attaqué deux fois dans la journée, d’abord par 36 G3M2/3 escortés par 24 A6M2 et venant de Kuching, puis, juste après midi, par 36 G4M1 escortés par 18 A6M2 et venant de Kendari. Les deux raids visent la base navale.
Lors du premier, la canonnière américaine Asheville est gravement endommagée, ainsi que le mouilleur de mines hollandais Jan van Brakel et les petits dragueurs Ardjoeno, Gedeh et Kawi. Les cinq bateaux sont dépouillés de toutes leurs armes encore utilisables, qui seront utilisées sur le rivage.
Le second raid se traduit par la destruction du navire atelier hollandais Pelikaan, et surtout par les graves dommages infligés aux sous-marins anglais Uproar et Ultimatum, qui étaient pourtant posés sur le fond du port. Les deux submersibles sont irréparables et doivent être désarmés ; ils serviront de stocks de pièces détachées pour les autres sous-marins de la Xe flottille.
Les deux raids ont été interceptés par des chasseurs alliés, mais ceux-ci ont perdu en tout sept Hurricane et deux P-40 en échange de trois G3M2, un G4M1 et trois A6M2.
Dans l’après-midi, Bandoeng est attaquée par 18 G4M1 escortés par 12 A6M2 et venant de Kuching. Ce raid, qui survient juste après le deuxième contre Sœrabaya, ne rencontre aucune opposition, et les secteurs administratifs de la ville sont durement touchés. Les Zéro d’escorte mitraillent le terrain voisin, détruisant au sol deux Hurricane et un Curtiss CW-21 isolé. Ce raid interrompt une réunion de l’ABDAF, où l’on discutait les conséquences de la destruction de la Strike Force, non sans débattre avec énergie du message de l’amiral Helfrich, qui avait brûlé la politesse à la chaîne de commandement de l’ABDAFFloat.
En fin de journée, les huit survivants de l’escadre de Doorman atteignent Tjilatjap.
………
Timor – Après d’intenses combats toute la nuit, les survivants de la “Force Rose” et de la petite garnison hollandaise se dispersent et commencent à se diriger vers la côte sud, dans l’espoir de trouver des bateaux pour quitter l’île.
………
Darwin – Arrivée à l’aube du convoi destiné à Timor, dérouté la veille.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – Le pétrolier Vancolite (Imperial Oil Shipping, 11 404 GRT, allant de Balikpapan à Sydney avec des produits pétroliers raffinés) est stoppé par une torpille dans la salle des machines, à 5 nautiques au large de Broken Bay. Le sous-marin japonais fait alors surface et incendie le pétrolier en lui tirant dessus au canon de 76 mm, puis lui lance une nouvelle torpille. Le navire en feu dérive au sud de Sydney avant de se briser et de couler le lendemain.


5 février
Campagne d’Indochine

Saigon – A l’ouest, les Japonais ont réussi à chasser les défenseurs de Ba Diem et approchent des faubourgs de la ville. A l’est, les forces japonaises sont toujours bloquées devant Bien Hoa, où s’accrochent les derniers éléments de l’ex-GBMS, en dépit d’attaques répétées des avions de l’Armée basés à Bin-Dinh.
De toutes parts, l’artillerie japonaise pilonne la cité et l’aérodrome improvisé est touché à de nombreuses reprises dans l’après-midi. Un nouveau vol d’évacuation que devait effectuer le Lockheed-18 des LAM est annulé, mais les Potez 25 et 29 restent très actifs toute la nuit : le Po-29 transporte des blessés à Ban-Me-Thuot et les trois Po-25 continuent de harceler les batteries japonaises.

Campagne de Malaisie
Les fronts nord et sud sont relativement calmes, ce qui permet aux troupes du Commonwealth d’évacuer la position défensive de Grik sans difficulté. En revanche, les avions japonais sont très actifs contre les aérodromes. Ils frappent Sabang (au nord de Sumatra), mais aussi Subang (Kuala Lumpur) et les terrains de Singapour.

Campagne d’Indonésie
Timor – L’île est maintenant à peu près contrôlée par les forces japonaises. A la nuit, deux sous-marins américains embarquent des survivants de la “Force Rose”. Mais certains restent à Timor pour harceler les troupes d’occupation.
Darwin – Le convoi destiné originellement à Timor quitte Darwin pour Tjilatjap, mais il va faire un large détour pour éviter au mieux une possible intervention de navires japonais opérant aux alentours de Timor.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
En route entre Truk et Oita Bay (où ils doivent débarquer leurs 76 prisonniers), les AMC Hokoku Maru et Aikoku Maru interceptent et inspectent en pleine nuit un vaisseau suspect qui s’avère être le cargo soviétique Kym (5 114 GRT).
………
Brève rencontre près de Rabaul
04h00 – Les quatre porte-avions japonais et leur écran parviennent au sud de Rabaul, par 152°30’ Est et 5°30’ Sud, ayant longé durant la nuit l’est de la Nouvelle-Irlande avant de mettre le cap à l’ouest. Un temps assez médiocre a empêché leur détection précoce. Le vice-amiral Nagumo ordonne aux croiseurs Tone et Chikuma de lancer chacun deux hydravions en reconnaissance vers le sud, pour se prémunir contre toute interférence alliée.
04h50 – Le Tone lance un troisième hydravion vers Vunakanau pour reconnaître l’objectif.
05h20 – Le premier raid de suppression est principalement confié aux Shokaku et Zuikaku, car le commandant Fuchida veut conserver sous la main les groupes aériens des Kaga et Akagi, plus expérimentés, pour réagir en cas de détection d’une escadre alliée. Néanmoins, ce raid comprend 126 avions : 36 D3A1 (18 du Shokaku et autant du Zuikaku), 48 B5N2 armés de bombes (24 de chacun des mêmes porte-avions), 42 chasseurs A6M2 (12 du Shokaku, 12 du Zuikaku, 9 du Kaga et 9 de l’Akagi).
A la même heure, les forces commandées par Wilson Brown continuent de faire route vers Rabaul, où elles pensent arriver la nuit suivante.
06h10 – L’escadre alliée navigue par 154° Est et 8° Sud, quand le radar du Lexington détecte à 55 nautiques un écho qui se rapproche. A ce moment de la guerre, les porte-avions américains opèrent en solitaires et non en formation, comme la Royal Navy et la Marine Impériale japonaise le font déjà. Ce matin-là, la Task Force du Lexington est à 30 nautiques environ à l’est de celle du Wasp, tandis que le convoi, escorté par les croiseurs HMNZS Leander, HMS Trinidad et MN Jeanne d’Arc et par les DD USS Selfridge, Stack et Sterett, navigue à égale distance des deux porte-avions et 25 nautiques en arrière. Au moment où la détection de l’écho radar déclenche l’alarme, une partie de ces forces traverse un grain violent et un orage pointe à l’ouest. “Lady Lex” lance huit chasseurs de la VF-3.
06h31 – L’appareil repéré, le premier hydravion du Chikuma, est détruit avant d’avoir le temps de signaler qu’il est attaqué.
06h40 – Les trois autres hydravions entament leur parcours de recherche, volant d’ouest en est, et commencent à se signaler. Constatant que le premier hydravion du Chikuma ne répond plus, le commandant Fuchida s’inquiète et ordonne de lancer un B5N2 du Kaga et un de l’Akagi pour compléter les reconnaissances des hydravions. Précisons qu’à ce moment, Fuchida ne soupçonne en aucune façon la présence de Brown, mais veut seulement s’assurer que la couverture aérienne du sud de la flotte est complète. Il semble que l’un des opérateurs radio du Chikuma ait à ce moment détecté le trafic radio entre les chasseurs de la VF-3 et le Lexington, mais que cette observation n’ai pas été portée à la connaissance de Nagumo en temps utile.
06h45 – Le raid japonais arrive au-dessus de Vunakanau. Les 126 attaquants n’ont été détectés que quelques minutes plus tôt, et ne sont interceptés que par les trois Buffalo de la “patrouille de l’aube” du Sqn 30 (RAAF). Sept autres Buffalo et six Wirraway du Sqn 24 (RAAF) peuvent cependant décoller avant l’arrivée des Japonais. En énorme infériorité numérique et technique, les seize défenseurs de Rabaul sont rapidement balayés, mais parviennent pourtant à abattre trois A6M2 et deux B5N2. Pendant ce temps, cinq Fairey Battle du Sqn 32 (RAAF) et deux Lockheed Hudson du Sqn 24 (RAAF) ont réussi à décoller et partent à la recherche de la flotte ennemie. Pourtant, leur tentative est symbolique, voire dérisoire, et tous les équipages le savent…
06h47 – Brown apprend l’attaque de Rabaul. Cette information complète le tableau. L’hydravion de reconnaissance abattu un moment plus tôt a révélé la présence de vaisseaux japonais en Mer des Salomon : il est maintenant clair que ces navires font partie d’une force incluant des porte-avions. Les rapports des services de renseignement venant d’Australie et de Pearl Harbor sont schématiques, mais le fait que les sous-marins français qui viennent de couler le Shoho n’aient pas trouvé de grand porte-avions avec la flotte de Kondo peut laisser penser que la Flotte Combinée n’opère plus en Mer de Chine Méridionale ou en Mer de Banda. Enfin, les attaques d’avions de porte-avions contre la Strike Force de l’ABDAF ont été réduites, les coups les plus puissants provenant de bombardiers basés à terre. Dès lors, il y a de bonnes raisons de penser qu’au moins quatre et peut-être les six grands porte-avions japonais opèrent au large de Rabaul.
Après en avoir discuté avec le capitaine Sherman, qui commande le Lexington, et avec le commodore W.B. Ault, chef du groupe aérien du porte-avions, Brown juge qu’un raid aérien n’aurait aucune chance de trouver et de frapper la force japonaise avant 09h30, voire 10h00 ou pire. A ce moment, les porte-avions japonais auraient récupéré les avions envoyés contre Rabaul. Dans ces conditions, et avec un convoi à protéger, le vice-amiral Wilson Brown prend la décision de se retirer vers le sud-est.
06h55 – Le convoi transportant la 1ère Brigade de Marines fait un 180°, bientôt imité par les deux groupes des porte-avions.
La décision de Brown a été très discutée, dès cette époque et depuis lors. Certains officiers et la plupart des pilotes du Lexington ont été profondément choqués par la décision de Brown. Venant après le raid hardi de “Bill” Halsey dans les Marshall, cette retraite paraissait à première vue consternante. Cependant, dans un livre écrit après la guerre, Jules Roy, pilote devenu écrivain (il pilotait à cette époque un Consolidated-32 de l’opération Couronnement) écrirait : « Il fallut à l’amiral Brown un remarquable courage pour agir comme il le fit. Néanmoins, son action n’est pas sans rappeler certains précédents historiques. Le 17 juin 1647, le maréchal de Condé – le Grand Condé lui-même – assiégeait Lerida. Considérant la maladie qu¬i ravageait ses troupes, la qualité des défenses de Lerida et le fait qu’une forte armée de secours espagnole était à trois jours de marche, il décida de se retirer. Le jour même, il écrivit au cardinal Mazarin : “Vous ne serez pas peu surpris, après toutes les espérances que vous aviez formées selon ce que je vous avais narré, d’apprendre que j’ai quitté Lerida. Vous me connaissez assez bien, Monseigneur, pour croire que ce ne fut pas sans douleur ni tristesse que, sacrifiant mon honneur à mon devoir envers le Roi, j’ai fait ce qui n’a pas été un mince eff¬ort contre moi-même.” A Paris, les gens ignorants et mal informés eurent vite fait de moquer Condé et de le traiter de couard. Mais la vérité fut bientôt évidente. Il avait risqué sa réputation personnelle pour préserver l’une des plus importantes armées de son Roi, refusant de la risquer dans un combat d’un intérêt fort douteux à seule fin de s’épargner moqueries et railleries de la Cour. Au bout du compte, cette attitude accrut considérablement son prestige. En ce 5 février 1942, l’amiral Wilson Brown n’agit pas autrement en Mer des Salomon, et il faut l’en féliciter. » (Jules Roy, Le Métier des Armes, Julliard, Paris, 1948).
08h25 – Les porte-avions de Nagumo commencent à faire apponter les avions du premier raid contre Rabaul. L’amiral, ayant discuté avec le commandant Fuchida, a accepté de n’envoyer un autre raid, si besoin, qu’avec des B5N2, afin de conserver les D3A1 pour une possible frappe anti-navire.
08h52 – Les bombardiers basés à Vunakanau aperçoivent la flotte japonaise, mais sont immédiatement coiffés par une patrouille d’A6M2. Les cinq Battle sont expédiés en un rien de temps par les chasseurs japonais, ainsi qu’un des deux Hudson. Ils ont pourtant bombardé, certaines bombes tombant à 200 mètres de l’Akagi. Le combat a été si rapide et si inégal qu’aucun des avions de la RAAF abattus n’a pu envoyer de message. Il n’y aura aucun survivant parmi leurs équipages. Le commandant du Sqn 32 recevra la Victoria Cross à titre posthume. Décoration méritée, non seulement pour le courage malheureux des équipages, mais parce que cette action ne sera pas sans influence sur la suite.
09h03 – Le Hudson survivant, qui a pu s’échapper dans un nuage, signale « Au moins quatre porte-avions ennemis et de nombreux autres navires de guerre ». Ce message est capté à bord du Lexington, confirmant les craintes du vice-amiral Brown, qui confirme son ordre de retrait et fait même forcer l’allure.
09h08 – Le radar CXAM du Lexington détecte l’approche d’un nouvel avion. Mais les multiples grains qui hachent le ciel empêchent les chasseurs de la VF-3 d’intercepter et détruire le B5N2 de l’Akagi avant qu’il repère le Lexington et signale avoir observé un porte-avions ennemi.
09h14 – Le message du Kate est transmis à Nagumo. Avec Fuchida, il décide de n’envoyer qu’un raid aérien limité contre le porte-avions américain, pensant qu’il peut s’agir d’un appât pour un autre groupe. Après tout, les deux porte-avions américains qui ont attaqué les Mandats ont fort bien pu, après l’attaque, faire route au sud-ouest et non vers Pearl Harbor. De plus, si nous savons que cette stratégie de l’appât n’est pas dans les habitudes américaines, elle fait bien partie des procédures japonaises.
09h55 – La Flotte Combinée lance 24 D3A1 (12 du Kaga, 6 de l’Akagi et 6 du Shokaku), escortés par 36 A6M2 (9 par porte-avions).
10h25 – Les Shokaku et Zuikaku envoient 12 D3A1 et 15 B5N2 sans escorte à la recherche d’autres navires américains à l’est de la position du porte-avions repéré.
12h18 – Le radar du Lexington détecte le premier raid. Les 8 F4F3 alors en CAP, commandés par le Lt-Cdr Edward H. O’Hare, sont aussitôt dirigés vers les avions japonais – aux commandes de l’un d’eux, Yvon Lagadec. « Dès que nous les voyons, je comprends que l’Officier Directeur de la Chasse (Fighter Direction Officer, FDO) a sous-estimé l’altitude du raid. Il nous a positionnés à 18 000 pieds, mais les Japonais sont au même niveau, à peine un peu plus bas. Toute une troupe de Zéro nous arrive dessus, ils sont au moins trois fois plus nombreux que nous. Comme les autres, je fonce dans le tas, et en un instant, je ne vois plus autour de moi que des insignes rouges. Alors, je me mets à hurler comme un possédé : “Don’t dogfight ! Don’t dogfight !” dans mon laryngo. Mais peine perdue. Cinq de mes nouveaux copains se font descendre, contre deux Zéro, abattus tous les deux par Edward O’Hare. Pendant ce temps, tentant de suivre mon propre conseil, j’aperçois une trouée dans la masse de nos adversaires et, par cette trouée, des Val qui commencent leur piqué. Je plonge aussitôt à leur suite, m’attendant à me faire courser par un Zéro, mais rien. En revanche, je rattrape très vite les Val, qui piquent presque à la verticale, mais sont ralentis par leur train fixe et leurs freins de piqué. Ils sont peu nombreux, une dizaine ; j’en ajuste un, qui éclate dans un gros nuage de fumée noire et écarlate – j’ai dû toucher sa bombe. J’aimerais bien en flinguer d’autres, mais je commence à aller trop vite pour bien viser. Je pique à travers leur groupe bien ordonné, j’en frôle deux ou trois au passage, mourir en percutant un bombardier japonais, ce serait trop bête, mais il semble qu’eux non plus n’ont pas envie de me percuter, ils s’écartent et je me retrouve seul, et plus très haut, au-dessus du Lady Lex. Là, il va falloir redresser, car mourir en percutant le Lexington, ce serait vraiment trop bête ! Je tire sur le manche, mon zinc relève le nez, je suis incrusté dans mon siège et un peu voilé par les g positifs… mais j’arrive à redresser sans que ma machine parte en morceaux. Le Wildcat était un engin vraiment solide, capable d’encaisser plus de g que ses ingénieurs eux-mêmes ne l’auraient cru ! »
La CAP n’a en fait intercepté que les six Val du Shokaku, couverts par les 36 Zéro de l’escorte, car les 18 autres Val ont perdu le groupe en traversant d’épais nuages. L’un des Val ratés par Lagadec est abattu par une DCA très dense et seul l’un des quatre autres parvient à toucher le Lexington, plaçant sa bombe juste devant l’ascenseur avant, au niveau de la première tourelle. Cette bombe allume un incendie qui va brûler une heure, dégageant un large panache de fumée noire. Lagadec : « Quand je reprends mes esprits, ruisselant de sueur, je cherche aussitôt le porte-avions. Horreur : il a été touché, et il brûle. Mais d’autres que moi le cherchent : j’entends le FDO guider des chasseurs vers une vingtaine de nouveaux Val. Furieux, je les suis. »
Douze autres Wildcat et six bombardiers en piqué SBD3 (ces derniers devant se placer à trois miles de l’écran, à 2 000 pieds, pour disperser d’éventuels avions torpilleurs) ont décollé du Lexington. Ils disposent rapidement d’une belle cible : les 18 Val du Kaga et de l’Akagi, qui ont perdu leur escorte et viennent de repérer le porte-avions grâce au panache de fumée de l’incendie. Les Wildcat abattent sept bombardiers en piqué. Lagadec s’est adjugé l’un d’entre eux : « Je reviens au Lexington enchanté, avec l’impression d’être un peu ivre et transpirant toujours à grosses gouttes. Merveille des équipes américaines de contrôle des dommages : l’incendie est contrôlé et nous pouvons nous poser. Quand je m’extrais de mon cockpit, je vois une petite foule accourir vers mon avion, bien reconnaissable au drapeau tricolore que j’ai fait peindre sur le gouvernail. Des cris, des mains qui se tendent vers moi… et je perds connaissance. Je me réveille à l’infirmerie, avec un superbe turban et un mal au crâne de première classe. Pendant mon piqué, ou juste avant, un morceau de ferraille nippon a transpercé ma verrière et arraché un morceau du cuir de mon casque et de mon propre cuir chevelu, sans que je m’en aperçoive. Ce n’était pas de la sueur que j’essuyais d’un revers de mes gants de vol, c’était du sang ! Mais une fois recousu, je me suis senti comme neuf, ou presque. Surtout que pas mal des marins du Lady Lex venaient congratuler leur Frenchie : m’ayant reconnu au milieu des Val, ils étaient sûrs que j’avais désorganisé leur visée – c’était bien possible… – et même que je l’avais fait exprès ! Mais là, c’était excessif…
Le plus curieux, c’est qu’ils en oubliaient ce qu’avait fait Edward O’Hare, qui commandait la CAP. Après avoir réussi à rester vivant à un contre trois et à descendre deux Zéro pour sa première rencontre avec eux, il avait participé à la bagarre contre le deuxième groupe de Val et en avait abattu deux. Evidemment, lui, il ne s’était pas fait à moitié scalper ! Il ne m’en a pas voulu de lui avoir volé la vedette. Remarquez qu’en fait de vedette, il s’est rattrapé depuis : l’Aéroport International de Chicago porte son nom, et j’attends encore qu’on donne le mien au terrain de l’aéroclub de Saint-Malo ! Evidemment, moi, je n’y suis pas resté… »
(Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le contre-amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire).
Les onze Val survivants, incapables d’atteindre le porte-avions, attaquent son écran. Le croiseur lourd Indianapolis est touché deux fois, à la catapulte bâbord et au poste de direction de tir arrière, et secoué par deux bombes qui le frôlent. Les machines du destroyer Farragut sont endommagées par deux bombes qui le ratent de peu et le Phelps voit le D3A1 que sa vigoureuse DCA vient d’abattre s’écraser juste en arrière de sa passerelle. Les incendies sont violents sur l’Indianapolis et sur le Phelps, mais, comme le Farragut, ils peuvent continuer à naviguer avec la Task-Force du Lexington.
Alertés, des chasseurs du Wasp interceptent les Japonais en retraite et détruisent un autre D3A1 et un A6M2 sans pertes.
Comme souvent lors de ces batailles, Nagumo reçoit des rapports contradictoires. A 12h45, il est informé que “Le porte-avions ennemi a été touché et brûle.” A 13h01, un nouveau message affirme: “Un cuirassé en feu” (en fait, il s’agit du croiseur lourd Indianapolis). Nagumo demande alors à Fuchida de préparer une nouvelle frappe pour achever l’ennemi. Cependant, à 13h16, un autre message signale que “Le porte-avions ennemi endommagé fait toujours route au sud-est.” Pour Nagumo et son état-major, cela ne peut avoir que deux significations. Soit la force américaine se replie rapidement sans essayer de contre-attaquer, soit, ce que les Japonais croient plus probable, c’est la preuve que cette force n’est qu’un appât destiné à les attirer dans une chasse vers le sud, où guettent d’autres porte-avions et peut-être des avions basés à terre.
13h25 – Nagumo annule le nouveau raid et décide d’attendre le résultat de la mission du groupe lancé à 10h25. Mais ces avions reviennent sans avoir rien vu, quoique certains d’entre eux soient passés à moins de 35 nautiques du groupe du Wasp, opportunément masqué par un orage.
15h10 – N’ayant pas de nouvelles informations, Nagumo décide de lancer un nouveau raid contre Rabaul, en n’utilisant que 32 B5N2 escortés par 21 A6M2. Cette attaque accroît les dégâts causés par la première, pendant que les soldats japonais se préparent à débarquer.
A ce moment, le vice-amiral Wilson Brown commence à respirer plus facilement. Les dommages subis par le Lexington sont assez légers et sous contrôle. Le porte-avions a récupéré ses avions, tandis que l’Indianapolis et les deux destroyers touchés tiennent le coup eux aussi, bien que le croiseur lourd fume encore. L’escadre s’est éloignée des navires japonais et n’a pas subi de dommage catastrophique.
En fin de journée, Nagumo contrôle son objectif. Sa mission est remplie. Les troupes qu’il escorte vont bientôt prendre Rabaul d’assaut. Ses pilotes ont décrit le porte-avions touché comme “gravement endommagé” et sont persuadés d’avoir très sévèrement atteint un cuirassé. Pourtant, il n’a pas su infliger un coup décisif à l’US Navy alors qu’avec davantage de chance, d’informations et de hardiesse, il aurait pu détruire la moitié des porte-avions alliés du Pacifique. Mais il l’ignore !
Cette “Brève Rencontre” peut à peine être appelée bataille. C’est pourtant la première fois que deux flottes se sont heurtées “au delà de l’horizon”, sans l’aide d’avions basés à terre (en dehors des malheureux Australiens de Vunakanau), et elle fait donc date dans l’Histoire.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juil 18, 2012 11:56    Sujet du message: Répondre en citant

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – Les sous-marins japonais continuent de faire du dégât dans le trafic naval allié. Il s’agit en fait d’un groupe de trois petits sous-marins, les Ro-61, Ro-62 et Ro-63, soutenus par le sous-marin de ravitaillement I-5. Le 5 février, ils se contentent de la destruction au canon du charbonnier Our Jack II (Coal & Allied, 900 GRT), par le Ro-61.

Renforts
Aden – Le convoi Stone-Age rencontre le Groupe d’Escorte de l’Océan Indien. La Force H et les escorteurs français venus de Méditerranée retournent vers Alexandrie.


6 février
Campagne d’Indochine

Cochinchine – Les troupes japonaises venant de l’ouest sont maintenant aux portes de Saigon. En revanche, le front est, à Bien Hoa, paraît stabilisé, car les unités japonaises manquent d’équipement lourd. De plus, les attaques de harcèlement effectuées le long de la route côtière par de petites unités indépendantes, composées d’hommes des tribus locales et de quelques Français, obligent le commandement japonais à organiser des unités de sécurité, réduisant le nombre d’hommes disponibles pour l’attaque de Bien Hoa.
………
Tonkin – Le temps s’améliorant un peu, les avions français basés à Muong-Thien / Dien Bien Phu accentuent leurs attaques contre les forces japonaises.

Campagne de Malaisie
Les deux fronts restent plutôt calmes, mais Penang, Ipoh et Kuala-Lumpur sont copieusement bombardées par l’aviation japonaise.

Campagne d’Indonésie
Manado (nord de Célèbes) – De nouvelles unités de l’Armée japonaise arrivent à Manado, venant des Philippines, pendant que des troupes venant de Chine se dirigent vers Luçon via Taïwan. Au crépuscule, le sous-marin américain Swordfish coule un cargo de 4 000 tonnes au large du port.
Bandœng (Java) – Une importante réunion du commandement de l’ABDAF met en lumière l’opposition entre les différents participants à cette structure. Les autorités hollandaises, arguant du fait que la contribution navale de l’US Navy à la défense de l’Indonésie est maintenant réduite à quelques sous-marins, demandent que l’amiral T. Hart soit remplacé par l’amiral Helfrich. Ce dernier réclame à Wavell et à Palliser de consacrer davantage de forces à la défense de l’est de Java, car on peut s’attendre à ce que l’ennemi pousse son avantage à partir de Timor. De leur côté, les deux officiers britanniques persistent à donner la priorité à Sumatra et à la Malaisie.
Les deux officiers supérieurs français présents sont dans une position difficile. L’amiral Decoux, représentant officiel du gouvernement français, est déchiré entre ses instructions politiques de « soutenir à fond la volonté hollandaise de défendre l’Indonésie » mais aussi de « prêter toute l’assistance possible aux forces britanniques et américaines, en tenant compte de la nécessité stratégique d’une étroite coopération avec ces deux pays. » La situation de Decoux n’est pas facilitée par le fait qu’il considère que la Mine Force (principalement composée de navires français et placée sous son commandement) a été mal utilisée par l’amiral Hart et que ce désaccord a dégénéré en un conflit ouvert avec l’amiral américain.
Sœrabaya (Java) – Arrivée du sous-marin français Casabianca, qui va pouvoir réparer les dommages subis en attaquant la 2e Flotte japonaise.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Rabaul, Nouvelle-Irlande – Les troupes japonaises débarquent en force. L’escadre américaine attaquée la veille s’étant visiblement retirée hors de portée, les porte-avions de Nagumo s’en prennent à Kavieng. Sous le commandement du Lt Takehiko Chihaya (de l’Akagi), 34 D3A1 escortés par 18 A6M2 bombardent Kavieng sans perte.
Nouvelle-Guinée – Les avions du Shokaku et du Zuikaku attaquent Lae, Salamaue, Madang et Bulolo.

Pearl Harbor – Le croiseur sous-marin Surcouf rentre du raid qui l’a conduit de Papeete aux Bonin, raid ponctué par son action à Wake et par une reconnaissance dans les Mandats avant le raid aéronaval américain.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte est de l’Australie – Dans la nuit, le sous-marin Ro-61 coule au canon le charbonnier côtier Moonandah (Coal and Allied, 650 GRT). Puis il s’approche de Catherine Hill Bay et, stationnant à 900 mètres du rivage, bombarde la mine de charbon. Ce bombardement provoque un incendie qui brûlera durant plusieurs jours.


7 février
Campagne d’Indochine

Saigon – Les combats de rue font rage dans l’ouest de la ville, déclenchant une terrible panique dans la population non combattante, qui fuit les bombardements de l’artillerie et de l’aviation vers les Hautes Terres ou vers le Delta. Le général Martin et le Haut-Commissaire Sainteny ordonnent l’évacuation finale de Saigon par « toutes les troupes organisées », qui doivent se replier vers Bien Hoa pour pouvoir ensuite battre en retraite jusqu’à Ban Me Thuot.
Dans la nuit, les dernières personnalités vietnamiennes et chinoises sont évacuées par un petit Potez-56 à 8 places et par trois Potez-25, qui réussissent à se poser et à redécoller de “l’Aéroport International de Saigon”. Martin et Sainteny tombent d’accord pour refuser d’être eux aussi évacués par avion et pour se rendre à pied de Bien Hoa à Ban Me Thuot avec les troupes survivantes. Leur attitude sera largement célébrée par la presse et les radios des Alliés. « L’équipage du Margaux (sans doute le dernier Sav-41 encore opérationnel), qui tient Bien Hoa, voit passer le groupe formé par Martin, Sainteny et leurs collaborateurs, où Sainteny est toujours en costume civil – à peine a-t-il daigné desserrer sa cravate et mettre des chaussures militaires, mieux adaptées à une longue marche. “C’est un bourgeois, ton Sainteny, y’a pas de doute, lance Roger Carmaux à Fernand Naudin, mais au moins, on peut pas dire que c’est un petit-bourgeois !” » (P. N’Guyen-Minh, op. cit.).

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les Japonais commencent à évaluer la force de la “Green line” tenue par les troupes du Commonwealth.
………
Au sud… – Les Japonais reprennent leur avance vers Kluang.

Mer de Chine Méridionale – Dans la nuit, le sous-marin anglais Clyde, toujours en patrouille à l’entrée du Golfe de Siam, coule le sous-marin thaïlandais Vilun.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Les avions du Kaga et de l’Akagi attaquent à nouveau les terrains de Rabaul (Vunakanau et Lakunai) et appuient les troupes débarquées la veille.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – En plein midi, le sous-marin I-5 torpille et coule le cargo anglais Inventor (Harrison Lines, 6 210 GRT, allant de Wellington à Melbourne pour compléter sa cargaison).


8 février
Campagne d’Indochine

Saigon – Les troupes japonaises contrôlent maintenant un tiers de Saigon, mais avec beaucoup de difficultés. De violents combats de rue continuent de secouer la ville – ou ses ruines – et un convoi de ravitaillement est attaqué sur la route entre Cu Chi et Saigon.
A l’est de la cité, les dernières unités organisées françaises et vietnamiennes commencent à évacuer Bien Hoa.

Campagne de Malaisie
Au nord… – La 11e D.I. indienne est maintenant engagée à fond pour défendre la “Green Line” (Kuala Kangsar et Sungei Perak), malgré la reprise des opérations d’appui au sol des appareils de la Marine japonaise basés à terre.
………
Au sud… – La nouvelle avance japonaise vers Kluang est arrêtée après de durs combats. Au crépuscule, un Spitfire de reconnaissance photographie une piste d’aviation dont une unité du Génie japonaise a commencé la construction près de Mersing, malgré le terrain marécageux.

Mer de Chine Méridionale – Opérant pour la première fois en meute, “à l’allemande”, les sous-marins de la 2e Flottille d’Extrême-Orient patrouillent dans les eaux de Mako et entre Taïwan et les Philippines.
Le Sfax coule le pétrolier Azusa (11 177 GRT), 20 nautiques au nord de Mako. Ce précieux navire est accompagné d’un chasseur de sous-marin, qui tente de riposter et lâche une douzaine de grenades, sans grande efficacité.
Mais c’est sur la route Taïwan-Philippines que les nouvelles tactiques vont montrer leur efficacité.
En début de matinée, le Béveziers détecte un convoi japonais se dirigeant vers Lingayen (car la baie de Manille est toujours considérée comme interdite à la navigation par les Japonais, en raison de la présence des troupes américaines à Bataan et surtout à Corregidor et dans les forts de la baie). Après avoir signalé le convoi, son cap et sa vitesse, le Béveziers le suit toute la journée et fait surface au crépuscule. A 21h15, il est rejoint par La Créole et L’Aurore, qui ont rallié vers la position prévue en début de journée. Appliquant les nouvelles instructions, les trois sous-marins attaquent en surface sous le couvert de la nuit.
La Créole place deux torpilles dans les flancs du grand paquebot Teiko Maru, qui stoppe, et une (lancée de ses tubes orientables arrières) dans le cargo Okuni Maru, qui coule rapidement ensuite. L’Aurore touche de deux torpilles un cargo non identifié, qui coule peu après, mais est contre-attaquée par l’un des escorteurs, le vieux destroyer Sanae (classe Wakatake). Après une heure de chasse et de contre-chasse, L’Aurore finit par exécuter son poursuivant d’une torpille de 550 mm.
Pendant ce temps, le Béveziers tire une salve d’un de ses affûts orientables contre un transport de troupes et le manque, mais il repère alors le Teiko Maru en panne. Le sous-marin l’achève d’une salve de proue de quatre torpilles, dont trois frappent le gros bâtiment. Le Béveziers est alors la cible du vieux DD Fuyo et doit plonger. Deux heures plus tard, son poursuivant ayant renoncé, il remonte à immersion périscopique et aperçoit un cargo solitaire sans escorte (en réalité, un navire du convoi, qui s’était dispersé après sa première attaque) et le coule d’une salve de son second affût orientable.
Au total, quatre transports et un escorteur coulés pour cette seule attaque !

Campagne des Philippines
Péninsule de Bataan – L’avance des troupes japonaises, qui se poursuivait presque sans interruption depuis leur débarquement, est arrêtée au milieu de la presqu’île, sur la ligne Bagac-Orion, par les forces américano-philippines. Les unités japonaises infiltrées sont coupées et anéanties lors des Batailles des Pointes et des Poches. Les défenseurs sont en théorie commandés par le général MacArthur, mais c’est en réalité son second, le général Wainwright, qu’il faut créditer de cette victoire défensive – à ce moment, MacArthur ne sort pas de son QG sur l’île de Corregidor.

Campagne d’Indonésie
Manado (nord de Célèbes), 03h00 – Escorté par la force du contre-amiral Kubo, un convoi appareille pour Macassar.
………
Au large de Sandakan (Bornéo) – L’unique navire de guerre japonais sérieusement touché lors de la bataille de Balikpapan le 22 janvier, le DD Natsushio, a quitté Balikpapan la veille pour Haïnan après des réparations provisoires. Pris en remorque, c’est une cible relativement facile pour le sous-marin américain S-37, qui l’envoie par le fond, sans savoir qu’il venge un peu les morts de l’escadre Glassford.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Considérant que Rabaul est à présent sous le contrôle des forces japonaises, le vice-amiral Nagumo se retire vers Truk avec le Kaga et l’Akagi. Les Shokaku et Zuikaku, restés en arrière, lancent de nouvelles attaques contre Lae et Salamaue.
………
Nouméa – Arrivée du convoi transportant la 1ère Brigade de Marines, escorté par le Wasp et son écran. Pendant ce temps, le Lexington, l’Indianapolis et les deux destroyers endommagés se dirigent vers Pearl Harbor, dont les équipes de réparations sont déjà en alerte.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie – Embusqué près de Sydney, le Ro-63 aperçoit à 04h00 le convoi GP-2 (quatre transports et deux escorteurs) en train de quitter le port. A 05h20, ayant réussi à se placer en bonne position, il lance une salve complète. Une torpille frappe l’un des escorteurs, le dragueur auxiliaire Bunbury (opérationnel depuis moins d’un mois !), qui se casse en deux et coule immédiatement. Une autre torpille touche à l’avant le transport américain Portmar (Calmar Steamship Corp, 5 505 GRT), qui parvient cependant à se traîner jusqu’à Sydney. Une troisième torpille atteint à l’arrière le Hollandais Tjitjalenka (Java-Chine-Japon LIJN, 10 972 GRT), qui peut lui aussi rentrer à Sydney. L’escorteur survivant attaque vigoureusement le Ro-63, lançant 37 grenades en quatre attaques. Puis il poursuit le sous-marin toute la journée, dans une chasse “jusqu’à épuisement”, mais à la tombée de la nuit, lorsque le Ro-63 réussit à se dégager, il n’est que légèrement endommagé et toujours en état de combattre.


9 février
Campagne d’Indochine

Saigon – La bataille fait toujours rage dans la ville, où l’avance japonaise est ralentie par des combats de rue et la destruction d’immeubles entiers par des équipes de démolition pour créer des obstacles.
A l’est, en arrière-garde, le Régiment de Marche Lecoq tient toujours Bien Hoa, pendant que l’immense colonne de réfugiés s’écoule lentement vers Ban Me Thuot, sous les attaques des Ki-36 et des Ki-51, rappelant à certains Français ce qu’ils ont vu au printemps 1940.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les combats se font plus violents. La “Green Line” est maintenant directement menacée, et les bombardiers en piqué de la Marine impériale sont constamment lancés à l’assaut de l’artillerie britannique.
………
Au sud… – Les bombardiers basés à Kuching attaquent les positions du Commonwealth près de Kluang pour soutenir la poussée japonaise dans cette direction. Cependant, ces bombardements, effectués par des bombardiers à moyenne altitude (des Ki-21), ne sont pas très efficaces.

Campagne d’Indonésie
Tjilatjap (côte sud de Java) – Escorté par les croiseurs australiens Sydney et Hobart, le convoi naguère destiné à Timor entre à Tjilatjap en fin de journée. En effet, dans la matinée, l’amiral Hart, dans son dernier ordre important à ABDAFFloat, a concentré tous les navires de surface alliés importants à Tjilatjap, ne laissant que des sous-marins et de petits bateaux à Sœrabaya et à Batavia, qui sont maintenant attaquées presque quotidiennement par les avions japonais.


10 février
Campagne d’Indochine

Cochinchine – Alors que les troupes japonaises livrent encore des combats de rue acharnés dans Saigon, les dernières forces franco-sino-vietnamiennes évacuent Bien Hoa, formant l’arrière-garde de la colonne de réfugiés. « Manquant de carburant et de munitions, le char Margaux doit être abandonné, après avoir été dûment piégé. Son explosion coûtera la vie à deux soldats japonais trop curieux, et les officiers japonais qui examineront l’épave s’interrogeront longtemps sur la signification de l’inscription hâtivement peinte sur son flanc : “Ci-gît Margaux, meilleur char de la 1ère PanzerDivision de l’Armée du Front Populaire franco-vietnamien”. » (P. N’Guyen-Minh, op. cit.)
………
Tonkin – En dépit du très mauvais temps, les Hawk-81 et les Martin-167 français accomplissent de nombreuses missions contre les colonnes japonaises qui tentent de progresser vers l’ouest en suivant le cours de la Rivière Noire. Beaucoup d’embarcations sont détruites sur la Rivière par bombardement ou mitraillage.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les forces japonaises commencent à percer la “Green Line”, mais avec de très lourdes pertes.
………
Au sud… – L’offensive japonaise vers Kluang est bloquée à 10 km de l’aérodrome, ou plutôt de ses ruines.
………
Tokyo – L’Etat-Major Général de l’Armée (Koku Hombu) accepte d’envoyer le 1er Régiment Aérien Indépendant d’Appui Tactique sur le “Front Sud”. Les avions doivent voler du Japon en Malaisie par Formose, Haïnan, Tourane et la Thaïlande. Une fois son entraînement achevé, le 2e Régiment doit être transporté par des cargos de la Marine jusqu’à la nouvelle piste en construction près de Mersing.

Campagne d’Indonésie
Washington – A la suite d’un intense travail de lobbying de l’ambassadeur des Pays-Bas, le président F.D. Roosevelt, après en avoir longuement discuté avec le secrétaire d’Etat Knox et l’amiral King, décide de rappeler l’amiral Hart et de laisser un amiral hollandais commander ce qui reste d’ABDAFFloat. En réalité, le général Wavell a déjà reçu une directive de l’Etat-Major Combiné pour laisser Hart garder le titre nominal d’ABDAFFloat, mais en déléguant ses prérogatives opérationnelles à l’amiral Helfrich. En fin de journée, Hart quitte Java, officiellement pour cause de “mauvaise santé”. « Cette histoire de santé fut considérée comme un mauvaise plaisanterie par les derniers équipages de l’Asiatic Fleet, car quelques jours plus tôt, inspectant les survivants de la Strike Force à Tjilattjap, “Tommy” Hart avait parcouru tous les navires comme un jeune enseigne. Chacun détestait l’idée de perdre ce bon barreur par gros temps. » écrira plus tard S.E. Morison (The Rising Sun in the Pacific, p. 312). Il semble que S.E. Morison n’ait pas demandé l’avis des hommes du Lamotte-Picquet et de l’Emile-Bertin, ni celui des marins hollandais…
………
Java – Bandoeng et Batavia sont sévèrement bombardées dans la matinée par des avions de la Marine basés à Kuching. Ceux basés à Kendari et à Amboine ciblent les terrains du ML-KNIL à l’est de Java dans l’après-midi.
En début de soirée, une nouvelle réunion de l’ABDAF se tient à Bandoeng. Le général Wavell demande au général Ter Poorten de préparer la défense de l’est de Java. Ter Poorten souligne alors que la protection aérienne de Java est pratiquement inexistante. Les quelques Hurricane assemblés à Bandoeng ou même à Tjilatjap sont pour la plupart envoyés à Palembang-II pour défendre le Détroit de Malacca. Depuis la chute de Timor, les P-40 de l’USAAF ne peuvent plus venir de Darwin. Transférer des chasseurs par bateau à partir de Fremantle est devenu nécessaire pour organiser la défense aérienne de Java.
………
Bornéo – Le sous-marin mouilleur de mines Perle effectue sa première mission offensive en Extrême-Orient, posant deux champs de mines à l’entrée de la baie de Kuching.


11 février
Campagne d’Indochine

Cochinchine – L’état-major japonais proclame officiellement la chute de Saigon. Ses troupes tiennent environ 85% de la cité, en dépit de constantes embuscades et escarmouches dans les ruines. Les réfugiés sont pendant ce temps arrivés à Ban Me Thuot, qui est bombardée à deux reprises par l’aviation japonaise. Grâce à un émetteur radio bricolé, le général Martin et le Haut-Commissaire Sainteny parviennent cependant à envoyer à Alger un message confirmant leur évasion.
………
Alger – Pierre Brossolette annonce, à l’ouverture de la conférence de rédaction du matin, que le Siège est sans nouvelles depuis la veille des personnels des bureaux d’Indochine. Il exprime l’espoir que journalistes, techniciens et employés ont pu suivre les autorités.
………
Tonkin – Le commandement japonais suspend toute opération offensive vers le nord-ouest, alléguant “le manque de moyens de transport et la mauvaise situation sanitaire”.

Campagne de Malaisie
La 11e D.I. indienne tient encore une partie de la “Green Line”, mais commence à se replier sur des positions à Ipoh et vers le sud, le long de la rivière Perak.

Campagne d’Indonésie
Tjilatjap (Java) – Le Groupe d’Escorte Est (CL HMAS Hobart et Sydney, avec la DesDiv 71 – USS Abbot, Doran, Thomas – et la DesDiv 72 – USS Bailey, Meade, Shubrick, Swasey) quitte Tjilatjap pour Fremantle afin de prendre en charge le transport d’avions USS Langley (qui avait été le premier porte-avions de l’US Navy) et le cargo Sea Witch, qui doivent arriver dans ce port australien le 19 février, chargés respectivement de 32 et 27 chasseurs P-40.
………
Bali – Couverte par la force du vice-amiral J. Ozawa (CA Kumano, Mikuma, Mogami, Suzuya, DD Ajanami, Shikinami, Uranami, Amagiri, Jugiri, Sagiri), la 4e Force d’Attaque Surprise du contre-amiral K. Kubo, avec 15 transports, le porte-hydravions Kamoi (6 F1M2, 4 E13A1, 2 E8N), six chasseurs de sous-marins et six dragueurs de mines (de vieux destroyers convertis) débarque des unités de l’Armée à Bali.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie – Vers 17h00, près de Brisbane, le Ro-61 aperçoit le convoi PG-2 au large de Coffs Harbour, se dirigeant vers le sud. A 18h30, ayant réussi à se positionner devant le convoi, du côté de la côte, le Ro-61 lance trois torpilles sur un gros pétrolier. Deux vont au but, et le pétrolier explose en une colonne de flammes (c’est le Norvégien Braconda, 10 203 GRT, Braathen Ludvig Co., allant de Palembang à Sydney avec de l’essence d’aviation). Le convoi s’éloigne aussitôt vers le large.
Le commandant du Ro-61, le capitaine Yoritomo Sato, ordonne de poursuivre le convoi en surface et rétablit le contact à 20h30. Mais le sous-marin est aperçu à 21h00 par un navire de l’escorte, le destroyer HMAS Moresby (capitaine Henry E. McIntyre), qui le force à plonger et le pourchasse avec obstination (trois passes de grenadage, 18 grenades en tout). A 22h30, le Ro-61 revient en immersion périscopique et contre-attaque, mais sa torpille rate de peu le Moresby, passant à deux mètres de sa poupe. L’escorteur réplique aussitôt, effectuant deux nouvelles passes de grenadage, qui forcent le sous-marin à plonger très profondément…


12 février
Campagne d’Indochine

Saigon – Les troupes japonaises s’efforcent de nettoyer les nombreuses poches de résistance qui subsistent dans la ville. De plus, de nombreux soldats sont bien plus occupés à piller les ruines qu’à avancer vers Ban Me Thuot, ce qui facilite le repli franco-vietnamien. L’aviation japonaise est cependant très active, bombardant aussi bien Ban Me Thuot que Pleiku, dans les Hautes Terres.

Campagne de Malaisie
De durs combats se déroulent entre la “Green Line” et Ipoh. Les troupes japonaises qui tentent de déborder la 11e D.I. indienne sont châtiées par une contre-attaque de blindés, mais la “Green Line” doit être abandonnée. Durant la nuit, les troupes du Commonwealth se réorganisent au sud d’Ipoh.

Campagne d’Indonésie
Bornéo – En entrant dans la baie de Kuching, un transport japonais de 3 655 GRT saute sur une mine posée par le sous-marin français Perle. Ces mines détruiront encore l’un des chasseurs de sous-marins de l’escadre du contre-amiral Hara (le 13) et deux caboteurs (le 14).

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Le Kaga et l’Akagi arrivent en début de matinée à Truk.
………
A bord du Lexington, en route vers Pearl Harbor
« Ce matin-là, je vois arriver le commandant du groupe aérien du Lex, avec un drôle de sourire. “Yvon (il prononce Aïevonne, ce qui me fait un peu drôle), j’ai deux nouvelles. La bonne, pour nous du moins, c’est que notre nouveau chef, l’amiral Nimitz, à qui nous avons expliqué que tu avais sauvé le Lex et que nous aurions bien besoin de toi pour notre prochaine rencontre avec les Japs, a accepté de demander à l’amiral Muselier de te détacher officiellement à la VF-3. Et figure-toi que ton Amiral a accepté !”
Je suis sidéré, car il ne m’avait parlé de rien, sous prétexte de ne pas perturber la cicatrisation de mon cuir chevelu. Mais je suis ravi, car me retrouver sur un porte-avions d’escorte, même français, après le Lexington, euh… Comme je me confonds en remerciements, il continue : “OK, la mauvaise nouvelle, alors, c’est qu’ils t’ont, eh bien, un peu dégradé.”
Un moment de stupéfaction, puis tout s’éclaire : pour renforcer mon rôle de représentant de la Marine Nationale auprès de l’US Navy (et en reconnaissance de mes 13 victoires), Muselier m’a au contraire fait nommer Lieutenant de Vaisseau. Mais je m’étais déjà présenté au départ comme lieutenant (l’équivalent d’EV1), et mes amis américains me croyaient brimé pour américanophilie excessive !
Après mille congratulations, j’apprends que je suis autorisé à intégrer l’emblème de la VF-3 dans l’insigne personnel que je suis vivement invité à concevoir immédiatement et à arborer sur tous mes avions dorénavant. Depuis, j’ai toujours tenu à profiter de cet honneur, même si de mauvaises langues ont parfois prétendu que Félix-le-Chat-à-la-bombe jurait avec les hermines bretonnes… »
(Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le contre-amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire). »

Renforts
Colombo (Ceylan) – Arrivée du convoi Stone-Age.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie, 00h30 – Le bûcher funéraire du Braconda était encore visible, jetant dans la nuit noire un lugubre rougeoiement. Le Ro-61 émergea des flots au grand soulagement de son équipage. « Les batteries ne sont même plus à 30%, Commandant, il était temps que cet Anglais lâche prise. » Le capitaine Yoritomo était moins optimiste. « Je ne suis pas sûr qu’il nous ait oublié, Noguchi. »
– Oh, il a dû avoir la peur de sa vie, avec la torpille qu’on lui a lancée ! On a bien failli l’avoir !
– On verra. Rechargeons le plus vite possible, on pourrait peut-être encore rattraper ce convoi !
01h30 – Le DE HMAS Moresby était australien, non anglais, auraient répondu avec irritation tous ses membres d’équipage s’ils avaient entendu Noguchi. Mais l’obstination proverbiale de son capitaine révélait son ascendance écossaise.
– Vous pensez vraiment que le Jap est encore dans le secteur, Commandant ? S’il n’est pas en train de rassasier les poissons, il ne reviendra pas se frotter à nous de sitôt !
– Ce gars est fort, Scotty, répondit McIntyre. Il s’est placé idéalement pour démolir le plus gros bateau du convoi, puis, au lieu de fêter sa victoire, il nous a poursuivis en surface. Il est fort et têtu. Il aurait pu faire d’autres dégâts si on ne l’avait pas un peu calmé. Mais je suis sûr qu’on ne l’a pas eu, et qu’il est toujours là, quelque part, prêt à profiter de l’ombre d’une chance. Donc, on joue les chiens de berger et on guette. Il va devoir remonter pour recharger ses batteries…
02h15 – La voix de la vigie tremblait d’excitation : « Commandant ! Un kiosque ! Par tribord arrière ! » McIntyre réagit au contraire avec froideur, presque comme si le Japonais lui avait fixé rendez-vous. « Vu ! La barre au 85. Machines, donnez-nous le maximum. Thompson ! On va avoir besoin de votre 4 pouces ! »
02h19 – Le cri affolé du veilleur n’alerta l’équipage du Ro-61 que quelques secondes avant que les obus du Moresby ne fassent jaillir leurs premières gerbes. « Trop court ! pensa Yoritomo. Si tout va bien, la prochaine sera trop longue. La suivante sera bien placée, mais nous aurons plongé… »
02h45 – Le Ro-61 frémit sous l’onde de choc des grenades qui explosaient au-dessus de lui.
– Où en sont les batteries, Noguchi ?
– Euh… Presque 65%, Commandant. Mais, Commandant, nous sommes à plus de 110 mètres. Commandant…
– Oui, Noguchi ?
– La limite de sécurité est à 70 ou 80 mètres, Commandant, fit Noguchi d’un ton suppliant.
– La limite théorique, Noguchi. Les ingénieurs disent que la coque ne risque pas l’écrasement au-dessus de 120 mètres, au moins.
05h00 – Scott Clement savait qu’il ne fallait pas ennuyer le capitaine McIntyre. Deux nouvelles heures de chasse, deux nouvelles passes de grenadage, un total de 48 grenades ASM lancées, et aucun signe ne montrait que le sous-marin japonais (de classe “Ro”, d’après ce qu’on avait pu apercevoir dans la nuit) avait été endommagé. Maintenant, il fallait rejoindre le convoi – au moins, le Jap ne l’embêterait plus.
06h10 – Le soleil levant – « Bon présage ! » se dit Noguchi – éclairait l’océan désert où le Ro-61 venait d’émerger. Mais le capitaine Yoritomo n’avait pas l’air satisfait. Le convoi était le plus important qu’ils aient vu depuis le début de l’opération Oni, et il n’avait coulé qu’un seul de ses navires. « Signalez au I-5 que nous allons avoir besoin de ravitailler, dit-il d’une voix agacée. Fixez un rendez-vous. » Il se tourna vers Noguchi. « Cette guerre risque de durer. Nous pourrions bien revoir cet Anglais, vous savez. Et nous le reconnaîtrons. Les gars des hydrophones ont eu toute la nuit pour apprendre par cœur le bruit de ses hélices… »


13 février
Campagne d’Indochine

Cochinchine – Les troupes japonaises s’activent pour nettoyer Saigon et Cholon, où la population qui n’a pas fui vers les Hautes Terres ou le Delta souffre beaucoup. Pillages, viols, meurtres, incendies sont monnaie courante. Ban-Me-Thuot est bombardé à plusieurs reprises par des avions de l’Armée, provoquant de lourdes pertes civiles et un début de panique.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Peu après minuit, le sous-marin USS Seawolf (Cdr Warder) reçoit l’ordre du Cpt Wilkes, commandant les sous-marins de l’US Navy à Sœrabaya, d’attaquer les navires japonais débarquant des troupes à Bali. Filant à 18 nœuds en surface, le submersible met le cap vers Sanur, point de débarquement le plus probable. A l’aube, il plonge et tente de s’infiltrer parmi les transports au mouillage. Malheureusement, il est repéré par l’écran de destroyers, qui le mettent un moment sur la défensive. Mais le Cdr Warder manœuvre son Seawolf avec beaucoup d’adresse dans ces eaux peu profondes. Raclant le fond de la baie à deux reprises, il parvient à échapper aux escorteurs. En début d’après-midi, il arrive à portée de tir des transports au mouillage, et tire une salve de proue complète. Malheureusement, aucune de ces torpilles n’atteint son but… ou du moins, aucune n’explose, et le Seawolf a le plus grand mal à échapper aux patrouilles japonaises alertées par les sillages.
Pourtant, l’épisode donne sa chance à l’Anglais Upright (Lt-Cdr F.J. Brookes). Le petit sous-marin de la Xe Flottille profite de la confusion créée par l’attaque du Seawolf pour se glisser dans le mouillage, où il torpille à 16h10 un transport et un des vieux destroyers convertis en dragueur de mines, qui coulent tous deux en quelques minutes. Malheureusement, à ce moment, les transports ont achevé le débarquement des hommes et du matériel. Mais en cette journée, la Royal Navy a déjà causé d’autres ennuis à la Marine Impériale.
Peu avant midi, l’Upholder a détecté l’escadre d’Ozawa au large de Bali et son commandant, le Lt-Cdr Wanklyn, a tiré une salve de proue complète à longue portée. Une torpille a touché le croiseur lourd Suzuya juste en avant de la passerelle et une autre a atteint le destroyer Sagiri au niveau de la tourelle avant. Les dommages subis par le Suzuya sont relativement limités, mais Ozawa n’a pas d’autre choix que de renvoyer le croiseur à Mako, escorté par le DD Amagiri. Le Sagiri est plus durement touché ; la proue arrachée, il parvient pourtant à se diriger à faible vitesse vers Balikpapan, escorté par un chasseur de sous-marins.
………
Java – Bandœng et Sœrabaya sont à nouveau durement bombardées, tandis que les chasseurs japonais mitraillent les terrains de la partie orientale de Java. Singosari, Perak et Maospati sont particulièrement touchés. Pourtant, cinq B-17 peuvent décoller d’Andir et de Maospati et attaquent les navires japonais débarquant des troupes à Bali. Contre des bâtiments à l’ancre, ce bombardement en altitude est relativement efficace : le transport Sagami Maru est endommagé.
Le croiseur Emile-Bertin quitte Tjilatjap à midi et file vers Fremantle.
Peu après, ce qui reste de la Strike Force (HrMs CL Tromp, CLAA Jacob van Heemskerck, DD Banckert, Evertsen, Piet Hein, Van Ghent, Van Nes, Witte de With) reçoit l’ordre de partir pour le détroit de Badung et Bali. Helfrich voudrait en effet doubler les attaques des sous-marins par une frappe navale. Cependant, juste après la tombée de la nuit, l’Upright transmet que les navires japonais sont visiblement en train de se préparer à quitter Sanur, car les opérations de débarquement sont terminées. Avec un nombre inconnu de navires japonais naviguant en Mer de Java, l’opération de surface implique un grand risque pour un résultat potentiel très limité et elle est annulée à 22h15. L’escadre rentre à Tjilatjap le lendemain matin.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk – Arrivée des CV Shokaku et Zuikaku, puis des CV Hiryu et Soryu, venant de Mako (îles Pescadores), qui rejoignent les CV Kaga et Akagi.

Renforts
Colombo – Le convoi Stone-Age appareille pour Rangoon. Un des ses navires doit cependant aller débarquer à Port-Blair des troupes et du matériel pour améliorer les installations locales ; deux autres se rendront à Sabang, à la pointe de Sumatra, dans le même but.

Dairen (Corée) – La 8e Division d’Infanterie japonaise (Lt-général Shizuo Yokoyama) et la 9e Brigade de Chars Indépendante (colonel Kita Takeki), de l’Armée du Kwantung, commencent à embarquer respectivement pour les Philippines et la Malaisie, via Haïnan. Il semble que le gouvernement japonais ait souhaité continuer à affaiblir l’Armée du Kwantung – dont les chefs ont fait un état (militaire) dans l’état (militaire). Le gouvernement peut d’autant plus se le permettre que les Allemands lui ont laissé entendre que l’URSS aura bientôt tout autre chose à faire qu’à s’en prendre au Japon.
En raison du manque de transports et de ravitaillement, ces troupes n’arriveront à destination que vers la mi-mars.


14 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Les forces japonaises attaquent les positions du Commonwealth autour d’Ipoh. A nouveau, les avions de l’Armée et surtout de la Marine sont extrêmement actifs contre l’artillerie britannique, mais la DCA abat deux D3A1 et deux Ki-51. En fin de journée, pour éviter d’être débordées, les troupes du Commonwealth commencent à se retirer vers Kampar, où quelques positions de défense ont été préparées. La 8e D.I. australienne se dirige vers le sud, pour être évacuée à partir de Port Swettenham vers Sumatra.
………
Au sud… – L’armée japonaise reprend son attaque contre Kluang, mais elle est à nouveau arrêtée par l’artillerie lourde britannique.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Peu avant l’aube, le sous-marin britannique Upholder aperçoit le transport Sagami Maru, endommagé la veille par les B-17 à Bali, qui fait route à 6 nœuds vers Macassar. Il l’achève de deux torpilles.
………
Java – Les avions japonais concentrent leurs attaques sur la partie orientale de Java, ciblant les terrains d’aviation et les positions des forces hollandaises.
Considérant qu’un débarquement japonais à Java est devenu très probable, et averti par Alger que le vieux cuirassé Condorcet, converti en ravitailleur de sous-marins, doit arriver le lendemain (avec quelque retard) à Durban (Afrique du Sud) et qu’il pourrait être à Fremantle à la fin du mois, l’amiral Decoux décide de replier les sous-marins français à Fremantle. Dans la soirée, il rencontre l’amiral Helfrich pour lui expliquer sa décision. Leur discussion se prolonge tard dans la nuit, car l’amiral hollandais presse son collègue français de laisser ses bateaux à Sœrabaya. Decoux, qui est en meilleurs termes avec Helfrich que la plupart des autres officiers supérieurs alliés (sans doute parce que lui aussi a eu, en Indochine, des responsabilités politiques, civiles et administratives, et pas seulement militaires), lui promet que ses sous-marins continueront à opérer en Mer de Java jusqu’à la fin de leur patrouille, mais souligne les graves dommages que les raids japonais ont infligé à la base sous-marine de Sœrabaya. De plus, il rappelle qu’avec la Xe Flottille de la Royal Navy, cette base est déjà encombrée. Si les petits sous-marins anglais ont besoin de Sœrabaya pour être pleinement efficaces, les bâtiments français, plus grands, peuvent opérer d’une base plus éloignée. Finalement, Decoux accepte un compromis : les deux sous-marins mouilleurs de mines continueront à opérer de Sœrabaya.
………
Océan Indien (au sud de Java) – En route pour Fremantle, le croiseur Emile-Bertin détecte vers 07h10 un petit hydravion japonais. Celui-ci piste le croiseur, qui file alors 30 nœuds, pendant près d’une heure et demie. Alors qu’il s’éloigne enfin, les vigies du croiseur aperçoivent des fumées au nord-est. Ce sont les croiseurs lourds Haguro et Myoko, du groupe de couverture du contre-amiral T. Tagaki, qui sillonnent les routes entre Darwin et Java, espérant mettre la main sur des transports peu ou pas escortés – mais ils n’ont rien contre couler un croiseur léger. Se souvenant qu’il a tenu 39 nœuds de moyenne pendant huit heures lors de ses essais, l’Emile-Bertin met le cap au sud et accélère jusqu’à 36 nœuds, décrochant ses poursuivants en moins de deux heures. Cependant, les navires japonais réussiront à détruire deux transports isolés dans la journée, et un autre le lendemain.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Le Cabinet de Guerre australien décide la suppression du gouvernement civil de Papouasie – Nouvelle-Guinée.
A ce moment, la garnison de l’île est principalement composée du 30e “Brigade Group”, avec le 49e Bataillon du Queensland (formé en divisant un autre bataillon et en comblant les vides avec de nouvelles recrues, ce bataillon est donc mal entraîné), le 39e Bataillon de l’Etat de Victoria (novice, mais bien commandé), le 53e Bataillon de Nouvelles-Galles du Sud (constitué à la hâte avec des conscrits, médiocrement commandés et mal entraînés), le 13e Régiment d’Artillerie de Campagne et la 23e Batterie de DCA lourde (4 x 3,7 pouces et 4 x 3 pouces mobiles). Il faut y ajouter le Bataillon d’Infanterie de Papouasie (un groupe d’éclaireurs) et les New Guinea Volunteer Rifles (NGVR).

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Kure – Les AMC Hokoku Maru et Aikoku Maru arrivent d’Oita Bay. Tous deux commencent une série de transformations. Les quatre 152 mm installés six mois plus tôt vont être remplacés par huit canons de 140 mm/50. Par ailleurs, les deux navires vont être modifiés pour servir de ravitailleurs de sous-marins et embarquer torpilles, 1 300 tonnes de carburant diesel, pièces détachées, nourriture…

Pearl Harbor – Le Lexington et son écran (dont les navires endommagés : CA Indianapolis, DD Farragut et Phelps) entrent au port. Les réparations commencent immédiatement. Yvon Lagadec est impressionné: « Nous n’étions pas amarrés que des ouvriers, amenés à pied d’œuvre par des remorqueurs, étaient déjà à l’ouvrage. Les travaux avançaient littéralement à vue d’œil. Je me rappelle avoir pensé que si les Nippons nous croyaient hors-jeu pour un bon moment, ils se trompaient lourdement… et que le jour inévitable où les pilotes américains auraient la même efficacité que les ouvriers que je voyais s’activer, il ne ferait pas bon être Japonais. »


15 février
Campagne d’Indochine

Cochinchine – Alors que les réfugiés de Saigon se sont remis en route de Ban-Me-Thuot vers Pleiku, les troupes japonaises tentent de déboucher de Bien Hoa vers les Hautes Terres, mais sont bientôt arrêtées par les forces franco-vietnamiennes.
Dans la nuit, trois Potez-25 TOE décollant de Pleiku attaquent le grand aérodrome japonais de Bin-Dinh. Ces vieux avions font partie de ce que leurs pilotes ont baptisé “Groupe de Bombardement Louvre” (à cause du musée…). Cette nuit-là, les bombes de 10 kg du GB Louvre détruisent un G3M2, un A6M2, deux Ki-36, un Ki-51… et un Ki-57-I de transport, qui convoyait des officiers de l’Armée de haut rang partant pour une tournée d’inspection sur le front de Malaisie. Les informations sur les sanctions prises le lendemain restent difficiles à retrouver, mais au moins un officier de la base de Bin-Dinh fera seppuku pour échapper au déshonneur.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les forces du Commonwealth s’accrochent toute la journée à la position de Kampar, contre des attaques japonaises obstinées. Les bombardiers moyens de l’Armée japonaise basés en Thaïlande reprennent leurs attaques contre Kuala Lumpur, pendant que les appareils de coopération et ceux de la Marine soutiennent l’attaque des troupes au sol.
………
Au sud… – Les combats s’intensifient autour de Kluang.

Mer de Chine Méridionale – Le sous-marin mouilleur de mines Diamant pose un champ de mines près d’Endau.

Campagne d’Indonésie
Un des derniers Spitfire de reco photo survole Balikpapan et Tarakan, et constate que de nombreux transports japonais se rassemblent dans ces deux ports.

Océan Indien – Alors que les croiseurs Hobart et Sydney et les sept DD américains qui les accompagnent approchent de Fremantle, l’escadre est surprise par le sous-marin japonais I-72. Le Sydney évite de peu les torpilles qui lui sont destinées, mais le Hobart est touché à la chambre des machines arrière. Le croiseur reste cependant capable de donner 15 nœuds et atteint Fremantle en fin d’après-midi.
Par ailleurs, devant la menace des croiseurs japonais opérant à partir de Timor, le commandement de l’ANZAC décide d’affecter à l’ABDAF le croiseur lourd HMAS Australia et le croiseur léger HMNZS Leander, revenus à Brisbane après avoir participé à l’expédition avortée de Rabaul. Les deux navires quittent immédiatement Brisbane pour Fremantle.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – Le Ro-62 aperçoit un gros transport solitaire à 23h30. Il entame la poursuite.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juil 18, 2012 13:00    Sujet du message: Répondre en citant

16 février
Campagne d’Indochine

Annam – Les troupes japonaises sont entraînées dans de nombreuses escarmouches avec des “forces irrégulières françaises” qui tendent des embuscades aux convois sur la route Tourane-Bien Hoa.
Le 1er Régiment Aérien Indépendant d’appui au sol (1er Dokuritsu Sentai) fait escale à Tourane sur le chemin de la Malaisie. Devant l’urgence de la situation, le Régiment est parti encore incomplètement équipé, avec un seul Chutai d’assaut équipé d’Aichi Ki-89 (variante destinée à l’Armée du D3A1 de la Marine, c’est tout simplement un Val “dé-crossé”). Le second Chutai d’assaut vole encore sur de vieux D1A2 biplans et le Chutai d’observation utilise des Ki-36 de coopération.
………
Cochinchine – Les forces japonaises se réorganisent après la prise de Saigon. Les pertes subies leur interdisent de se lancer dans une marche rapide vers Ban-Me-Thuot, d’autant plus qu’il faut envoyer des troupes nettoyer la région du Delta et contrôler les zones de production rizicole.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les troupes du Commonwealth se replient de Kampar sur la nouvelle ligne de défense Tapak-Telok.
………
Au sud… – Autour de Kluang, une attaque nocturne permet aux Japonais d’enfoncer un coin entre les positions des défenseurs. Après de durs combats, les forces britanniques battent en retraite vers l’aérodrome.

Mer de Chine Méridionale – Un transport japonais de 850 GRT saute sur une des mines posées la veille près d’Endau par le Diamant. Un autre transport, de 1 235 GRT celui-là, sombrera le lendemain dans les mêmes conditions.

Campagne d’Indonésie
Fremantle – Le croiseur Emile-Bertin embarque des matériels demandés d’urgence à Java, dont un radar d’alerte aérienne, et repart en fin de soirée.

Renforts
Oran – Arrivée de Grande-Bretagne des 27 bombardiers moyens Avro Manchester du Sqn 106 (soit la quasi totalité des Manchester opérationnels), en route pour l’Extrême-Orient. Lors d’une rencontre improvisée avec des équipages français, très intéressés par des avions que l’on décrit officiellement comme les bombardiers les plus modernes et les plus puissants de la RAF, l’un des pilotes décrit sa monture en ces termes : « Des zincs lamentables. Oh, on ne peut rien dire contre l’avion lui-même. Il vole très bien, et il pourrait facilement faire des ronds autour d’un Wimpy (un Wellington). Mais ses moteurs sont un cauchemar. Des engins puissants, mais qu’on a voulu trop perfectionner. Ah, ils sont impressionnants quand ils marchent – mais c’est plutôt rare. Ne pariez pas sur eux, vous y perdriez votre chemise. »
Malheureusement, les Manchester sont les seuls bombardiers à long rayon d’action que le GQG de la RAF accepte d’envoyer en Extrême-Orient.
………
Océan Indien – Escorté par les avisos MN Dumont d’Urville et HrMs Van Kinsbergen et par le navire anti-aérien auxiliaire HMS Tynwald, deux transports du convoi Stone-Age arrivent à l’île de Sabang (à la pointe nord de Sumatra), où ils déchargent des armes et du matériel pour renforcer le terrain d’aviation local. Plus tard dans la journée, l’un des transports quitte le convoi vers Port Blair (îles Andamans).

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – A l’aube, 6 nautiques au large de Yamba (Nouvelles-Galles du Sud), le Ro-62 lance quatre torpilles sur le transport Talma (British India Steam Navigation Line, 10 000 GRT). Le Talma allait de Singapour à Sydney avec de l’étain, du caoutchouc… et trois mille réfugiés de Malaisie et de Singapour. Trois torpilles touchent leur cible. Le navire coule en quelques minutes. Seuls 250 survivants seront recueillis. Ce naufrage prend ainsi une “place d’horreur” dans la liste des plus grandes catastrophes maritimes.
Bien des années plus tard, après le succès de Titanic, un studio hollywoodien envisagera de porter l’histoire à l’écran… Mais le projet avortera en raison de l’opposition énergique de l’actionnaire principal du studio – la firme japonaise Sony.


17 février
Campagne d’Indochine

De Pleiku, où il s’est temporairement installé avec son état-major, le Haut-Commissaire Sainteny envoie un message au gouvernement français à Alger, affirmant son intention de combattre les forces japonaises à partir des Hautes-Terres. Il requiert l’autorisation d’utiliser l’or de la Banque d’Indochine pour acheter quelques officiels thaïlandais à l’échelon local, afin de réduire la menace pesant sur le Laos et protéger la route entre la base Epervier et Pleiku, à travers le Laos et Saravane dans les Bolovens.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Une tentative des Japonais pour traverser le fleuve Perak provoque de violents combats.
………
Au sud… – Les forces britanniques tentent de contre-attaquer autour du terrain de Kluang, mais sont arrêtées après de furieux combats où certaines unités japonaises recourent à nouveau à la tactique des escouades suicide pour s’opposer aux chars d’infanterie anglais.
………
Singapour est durement bombardée. Les pertes civiles sont lourdes, et l’une des centrales électriques de l’île est endommagée.
………
Thaïlande – Arrivée du 1er Dokuritsu Sentai sur les terrains de la péninsule de Kra.

Campagne d’Indonésie
Java – Un peu avant l’aube, le sous-marin hollandais K-XIV, naviguant en surface, est coulé au large de Sœrabaya par un sous-marin japonais embusqué.
Au lever du jour, les avions japonais reprennent leurs attaques contre les terrains alliés de l’est de Java et de la région de Sœrabaya. Les grands dragueurs de mines Jan van Amstel et Abraham Crijnssen, gravement endommagés, sont irréparables.
Dans la soirée, le sous-marin français Casabianca, bien qu’à peine rafistolé, est trop heureux de quitter le port. « Sourabaya devenait décidément peu hospitalier. C’est avec soulagement que nous pûmes expédier les réparations les plus urgentes et quitter Java pour l’Australie. En effet, il fallait à notre Casabianca des accumulateurs de rechange, que nous savions pouvoir trouver à Fremantle sur le Condorcet, qui arrivait du Maroc en se hâtant avec la lenteur qui sied à un digne vieillard. » (Commandant L’Herminier, Casabianca).

Renforts
Oran – Les Manchester du Sqn 106 décollent de La Sénia pour Alexandrie. Hélas, le moteur gauche du vingt-septième et dernier avion s’arrête net quelques secondes après le décollage et l’avion s’écrase dans des fossés à 4 000 m de la piste, tuant tout son équipage. La commission d’enquête française conclura que l’accident est dû à l’ingestion de sable par les moteurs durant l’attente prolongée en zone de taxi.
………
Birmanie – Arrivée à Rangoon du convoi Stone-Age.


18 février
Campagne du Pacifique Sud-Ouest

Ile de Truk – Après avoir confié leurs meilleurs équipages et leurs avions les plus fiables aux autres porte-avions de la Flotte Combinée, les Shokaku et Zuikaku font route vers le nord, retournant au Japon. Pendant ce temps, le vice-amiral Nagumo se dirige vers la Mer de Banda (entre l’Indonésie et l’Australie) avec les CV Hiryu, Soryu, Kaga et Akagi, entourés par les CA Tone et Chikuma, le CL Abukuma et les DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze, Akigumo, Arare, Kagero, Kasumi et Shiranuhi.


19 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Les forces britanniques commencent à se replier vers le défilé de la rivière Slim et à occuper la position de Tanjong Malim. Les avions du 1er Dokuritsu Sentai sont arrivés en Malaisie, mais pilotes et équipages doivent se familiariser avec le théâtre des combats avant d’être envoyés en opérations.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – Des bombardiers de l’Armée lancent une importante attaque contre l’aérodrome de Sabang, avec 27 Ki-21 escortés par une vingtaine de Ki-43. Cette fois cependant, ils sont chaudement accueillis par 14 Hurricane de la RAF et une puissante DCA. Sept bombardiers et quatre chasseurs sont détruits, pour la destruction de quatre Hurricane.
………
Java – Le croiseur Emile-Bertin arrive au coucher du soleil à Tjilatjap, avec un radar d’alerte aérienne impatiemment attendu.


20 février
Renforts
Madagascar – Les premières troupes de la Force Publique du Congo Belge débarquent à Tamatave, venant de Matadi et Mombasa. Bientôt, plus de 5 000 Belgo-Congolais stationneront sur l’île.
Ces troupes sont accompagnées par un régiment de la CAFP (Composante Aérienne de la Force Publique), essentiellement équipé de Fairey Battle. Ces machines ne sont absolument pas adaptées à la lutte ASM, mais la RAAF a transmis aux pilotes belges quelques conseils pour les utiliser comme escorte diurne des convois en vue de la terre et la CAFP ne va pas tarder à développer ses propres procédures. Elle verra aussi arriver d’autres types d’appareils.
« Initialement opposée à la création d’une force aérienne coloniale indépendante, l’Aéronautique Militaire avait dû finalement accepter un compromis permettant un engagement significatif de l’aviation belge en Afrique. Elle y avait été conduite par la disponibilité d’assez nombreux appareils de deuxième ligne dans les colonies africaines françaises et britanniques, par l’engagement précoce des troupes coloniales du Congo belge contre les Italiens en AOI, par l’existence d’un assez grand nombre de pilotes belges échoués en Afrique après le Grand Déménagement et par la lutte d’influence feutrée entre les Français et les Britanniques dans la région.
La CAFP avait au départ un équipement à dominante française. Fin 1941, les Français avaient progressivement remplacé leurs anciens appareils de patrouille maritime par de modernes PBY américains et repassé leurs vieux matériels à la CAFP. C’était un mélange qui ferait aujourd’hui un remarquable musée de l’aviation maritime des années 30 : huit gros hydravions à coque biplans Bréguet Br-521 Bizerte, cinq hydravions à coque Latécoère – trois Laté-302, un Laté-523 et un Laté-611, huit hydravions à coque Lioré et Olivier – trois LeO H-246.1 et cinq LeO H-470, 18 biplans bimoteurs à flotteurs LeO H-258, un hydravion à coque Loire-70 et 20 petits monomoteurs Loire-130M à coque. Ces derniers avaient été remplacés sur les catapultes des croiseurs ou des cuirassés de la Marine Nationale par des Kingfisher américains et allaient se montrer fort utiles aux colonies dans un rôle ASM.
Le manque de pièces détachées fut très vite un problème et la disponibilité de cette collection de vieilleries resta toujours bien inférieure à celle des types plus modernes. Les machines à court rayon d’action restèrent pour la plupart basées à Madagascar, où leur faible autonomie n’était pas un gros désavantage, le canal du Mozambique ne faisant que 300 nautiques de large en moyenne. Les machines à long rayon d’action les plus fiables (les cinq Latécoère et les cinq Leo-470) furent basées à La Réunion. De là, elles pouvaient rendre de modestes mais réels services jusqu’à 70° Est environ. L’objectif principal de leurs patrouilles était la détection des navires corsaires et la protection du trafic entre Fremantle et le Cap de Bonne-Espérance, qui passait à 700 nautiques environ au sud de La Réunion. Elles couvraient donc le tiers occidental de ce trajet. » (L’Aéronautique Militaire dans la Seconde Guerre Mondiale, revue Icare, numéro spécial d’octobre 1981)

Inde – Les 24 bombardiers Manchester ayant survécu au voyage arrivent à Dum-Dum. Après l’accident d’Oran, un avion s’est écrasé au décollage au Caire-Ouest et un à l’atterrissage à Habbaniyah (les deux fois, heureusement, sans faire de victimes).

Campagne d’Indochine
Les opérations au sol marquant le pas, ce sont cinq (!) Potez-25 TOE, basés sur une piste en terre battue près de Pleiku, qui attaquent dans la nuit l’aérodrome de Tourane. La DCA japonaise est assez peu efficace, car les biplans attaquent en vol plané, après avoir coupé leur moteur hors de portée d’ouïe des Japonais. Deux Ki-89 (des D3A1 modèle Armée, envoyés au 2e Chutai d’assaut du Dokuritsu Sentai) et trois Ki-43 (des renforts pour le front de Malaisie) sont détruits par les petites bombes des vieux engins.

Campagne de Malaisie
Au sud… – De très violents combats se déroulent toute la journée autour du terrain de Kluang, alors que chacun tente de conserver l’initiative et échoue. En fin de journée, les positions des deux camps sont étroitement imbriquées.
Le Lt-général Percival ordonne d’accélérer l’évacuation de la Malaisie centrale, car une percée japonaise à Kluang ne peut être plus écartée.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Le sous-marin I-68, coupable de la destruction du HrMs K-XIV l’avant-veille, est à son tour surpris en surface et coulé par le sous-marin anglais HMS Utmost (Lt-Cdr R.D. Cayley) dans le détroit de Karimata.


21 février
Campagne d’Indonésie

Fremantle – Accompagné du Groupe d’Escorte Est (CL HMAS Sydney, DD USS Abbot, Bailey, Doran, Meade, Shubrick, Swasey, Thomas), renforcé par le CA HMAS Australia et les CL HMS Leander et USS Phoenix (les deux premiers tout juste arrivés de Brisbane), le transport d’avions USS Langley et le cargo Sea Witch appareillent pour Java. Les 32 P-40 (avec 33 pilotes) qu’emporte le Langley sont déjà assemblés et pourraient opérer à partir de Tjilatjap si besoin était. Ceux transportés par le Sea Witch (27 caisses dans les cales) devront être assemblés. Depuis la chute de Timor, il s’agit des premiers renforts importants pour les chasseurs qui défendent Java (ceux-ci sont réduits à 11 Hurricane de la RAAF/RAF, deux B-339 et trois CW-21 du ML-KNIL). Avec le radar que vient d’apporter l’Emile-Bertin, ces appareils sont considérés comme la clef d’une défense réussie de Java. De fait, les avions du Langley pourraient faire la différence entre défaite et victoire. Partant le 21 en fin d’après-midi, le convoi espère atteindre Tjilatjap aux premières heures du 27.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie – Le Ro-62 attaque au large de Port Stephens le Yougoslave Alexandar I (Jugoslavenski Lloyd Ackionarsko Drustvo, 5 948 GRT, reliant San Francisco à Newcastle avec du fer-blanc, du fil de fer barbelé et des machines de fabrication de boîtes de conserve). Le navire est stoppé par une première torpille. Une seconde le coule.


22 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Les forces du Commonwealth occupant la position de Tanjong Malim se préparent à s’y accrocher pour gagner du temps et permettre d’évacuer la Malaisie centrale.
Les avions de l’Armée japonaise bombardent Kuala Lumpur, qui n’est plus que l’ombre de la ville d’avant-guerre, pendant que les bombardiers en piqué de la Marine consacrent leur attention à Port-Swettenham, d’où les hommes de la 8e D.I. australienne sont en train d’évacuer vers Sumatra. Le petit escorteur de classe Hunt HMS Garth est légèrement endommagé, mais le vieux destroyer Tenedos ne survit pas à un coup direct d’une bombe de 250 kg.
………
Au sud… – Les troupes du Commonwealth commencent à se retirer de Kluang. Elles se dirigent vers le sud, par Batu Pahat et Ayer Hitam.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – A l’aube, 17 des Manchester du Sqn 106 se posent sur l’aérodrome de Palembang II, venant de Calcutta via Rangoon. Les avions sont immédiatement dispersés à couvert.
………
Tjilatjap (Java) – Sur l’ordre d’ABDAF, le croiseur Emile-Bertin quitte Tjilatjap pour Fremantle à grande vitesse, emmenant des personnalités locales. « Nous aurons tout fait, dans cette guerre, commente (discrètement) le commandant. Transport de troupes pour débarquer ou pour évacuer, coursier en Méditerranée, expédition de secours pour flottes coulées, pose de mines (tout de même !) et maintenant nous voici yacht de luxe pour gros bonnets ! »

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Darwin (côte nord-ouest de l’Australie) – Le port, où se sont accumulés la plupart des navires civils fuyant les croiseurs japonais après la chute de Timor et de Bali, subit une terrible attaque.
D’abord arrivent les bombardiers du 1er Kokutai et du Takao Kokutai, escortés par les chasseurs du Tainan Kokutai, qui ont quitté les terrains d’Amboine et Kendari pour celui de Kupang, à Timor. Cette première vague compte 54 G4M1 et 27 A6M2. Peu après viennent 60 D3A1, 66 B5N2 et 48 A6M2 d’escorte lancés par les quatre porte-avions du vice-amiral Nagumo. Celui-ci, dont les navires se trouvaient vers 01h00 à la limite entre la Mer de Banda et la Mer de Timor, a décidé une approche nocturne rapide à travers la Mer de Banda et est venu dans le vent à l’aube pour lancer.
Contre cette démonstration de puissance aérienne – 255 avions en tout – les défenseurs de Darwin ne disposent que de 26 P-40 de l’USAAF sans le moindre radar d’alerte avancée. Lorsqu’à 08h30, les premiers avions sont aperçus à l’horizon, les Américains réussissent à faire décoller 17 P-40 commandés par le major F.S. Pell. Seuls les 11 premiers parviennent à temps à l’altitude des bombardiers et abattent trois G4M1 avant d’être engloutis par des vagues successives de Zéro, qui en abattent neuf. Les six autres P-40 ont le bon sens de ne pas essayer d’engager les masses d’avions japonais, mais deux seront abattus à l’atterrissage en essayant de se poser sur un terrain constamment mitraillé par les A6M2. L’aérodrome est copieusement bombardé et trois autres P-40, deux B-17 et quatre Hudson du Sqn 13 (RAAF) sont détruits au sol.
D’autres bombardiers dévastent le port et la ville. Sept navires marchands de toutes tailles sont coulés ou incendiés et neuf endommagés. Les installations et magasins portuaires sont gravement endommagés et les bombes tombées sur la ville provoquent un mouvement de panique. Darwin sera pendant plusieurs jours désertée par sa population civile, dans la crainte qu’une attaque aussi massive ne prélude à un débarquement japonais imminent.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie, 02h00 – Le I-5 aperçoit successivement trois vapeurs au large du Cap Otway ; il poursuit le plus gros. A 04h30, il parvient à se placer en position de tir et lance deux torpilles sur un beau cargo moderne, le Danois Amerika (10 218 GRT, East Asiatic Company, allant de Capetown à Melbourne avec des cotonnades et 150 ouvriers). L’une des torpilles touche la poupe, stoppant le cargo. Le I-5 fait surface pour achever sa proie au canon, mais le Danois se rebiffe : c’est le sous-marin qui est pris sous le feu précis de petits canons. Un homme est tué par des éclats d’obus, et le I-5 replonge pour se rapprocher. A 05h15, il tire deux nouvelles torpilles à 800 mètres. Cette fois, toutes les deux touchent et l’Amerika coule en un quart d’heure.
Le I-5 n’attend pas pour prendre en chasse un autre navire, aperçu à près de quatre nautiques de distance. A 06h30, il s’est rapproché à 1 500 mètres d’un pétrolier américain, l’Edwin R. Cox (4 928 GRT, Atlantic Refining Co, allant d’Abadan à Melbourne). Cette fois, il s’agit d’un vieux bâtiment non armé qui se traîne d’habitude à 8 nœuds, et accélère à… 9 nœuds pour tenter de s’échapper. Le I-5 ouvre le feu au canon, et touche quatre fois le Cox entre 06h40 et 06h50. A ce moment, un Avro Anson de la RAAF surgit du soleil et lâche quatre bombes ASM de 100 livres. Le petit bimoteur réussit à encadrer à la perfection le sous-marin, que l’une des bombes touche même de plein fouet. Par bonheur pour le I-5, cette bombe n’explose pas et reste coincée dans les grilles du pont arrière ! Les autres bombes sont trop petites pour que leur explosion, même toute proche, fasse le moindre mal à l’épaisse coque du sous-marin, qui plonge cependant immédiatement. Malgré les dommages subis, le vieil Edwin R. Cox, escorté par deux autres Anson, réussit quelques heures plus tard à rejoindre la baie de Port Phillip. Quant à la bombe non explosée, elle ne sera pas découverte avant que le I-5 ne rentre à Kwajalein. Elle fournira à la Marine Impériale un fort bon exemple de ce qu’il ne fallait pas utiliser pour attaquer les sous-marins (les Australiens l’avaient compris eux aussi, et la bombe de 50 kg fut rapidement réservée à l’entraînement !).
Pendant ce temps, le Ro-63 obtient enfin la récompense de deux nuits de patrouille près de Caloundra, en eaux peu profondes, et de deux journées posé sur le fond. S’efforçant de repérer quels canaux étaient utilisés, le sous-marin a vu passer un convoi qui sortait du port et un autre qui y entrait, mais sans pouvoir se placer en position de tir. Le 22, à 21h00, un gros vapeur s’apprêtant à entrer dans Moreton Bay est aperçu, et le Ro-63 se lance à sa poursuite à fleur d’eau. A 21h40, il lance quatre torpilles sur le cargo américain City of Dalhart (American Pioneer Line, 5 878 GRT, allant de San Diego à Brisbane avec du matériel militaire : vingt chars légers dans les cales, des avions en caisses et des camions sur le pont). Deux torpilles touchent et le cargo prend feu. L’incendie illumine brillamment le sous-marin, qui se passerait bien de cet honneur et quitte la scène aussi vite que possible ! Une heure plus tard, le City of Dalhart se couche sur bâbord et coule dans 25 mètres d’eau.


23 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – La position de Tanjong Malim est attaquée dès l’aube par les forces japonaises. Pour la première fois, les avions du 1er Dokuritsu Sentai sont engagés dans des missions d’appui au sol et de bombardement en piqué. A la surprise des Britanniques, les Japonais utilisent, à côté des Val “terrestres”, des bombardiers en piqué biplans, qui sont pris pour des Henschel 123 allemands. Ces premières missions ne sont pas un grand succès et la précision des bombardements est considérée comme faible par les Anglais, par comparaison avec les précédents (dues aux avions de la Marine). Cependant, leur menace suffit à empêcher l’utilisation correcte de l’artillerie britannique.
………
Au sud… – Les Japonais contrôlent en fin de journée le terrain de Kluang, mais ils découvrent que les sapeurs britanniques l’ont très soigneusement rendu inutilisable avant leur départ.
………
Singapour est à nouveau la cible de durs bombardements, qui se concentrent maintenant sur les centrales électriques.

Mer de Chine Méridionale – Dans la nuit, un sous-marin japonais attaque un convoi d’évacuation quittant Singapour. Un transport est coulé (un bateau hollandais nolisé) et un autre endommagé. Les vieux destroyers Sabre et Stronghold contre-attaquent, mais ne peuvent endommager le coupable.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – Arrivée à Palembang-II des sept autres Manchester du Sqn 106, reconstituant l’arme de bombardement à long rayon d’action de la RAF dans la région.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie, 08h00 – Le I-5 aperçoit une colonne de fumée à l’horizon et s’embusque sur la route que devrait suivre le bâtiment qui approche. Il plonge au moment où il aperçoit la mâture de sa proie… et doit patienter quatre longues heures. Le bateau en question est en effet l’antique vapeur grec Elini T, lancé en 1897 (3 039 GRT, Theodore L. Teryazos Ltd, allant de Chittagong à Melbourne avec des sacs de jute, des sacs de riz et des bouteilles de rhum). Cette pièce de musée file à sa meilleure vitesse : 6 nœuds. Le I-5 tire deux torpilles à 14h00. Toutes deux touchent et cassent en deux le vieux bâtiment, qui coule immédiatement.


24 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Les unités du Commonwealth sont obligées d’évacuer la position de Tanjong Malim sous la pression des troupes japonaises.
………
Au sud… – L’avance japonaise de Kluang vers Ayer Hitam est près de couper en deux la Péninsule. Le Lt-général Percival ordonne alors d’évacuer entièrement la Malaisie centrale. Cependant, cette évacuation se heurte à l’activité intense de l’aviation japonaise. Les appareils de la Marine attaquent Port Dickson (où le cargo armé Kybra et le patrouilleur V3, gravement endommagés, sont irréparables) et ceux de l’Armée les troupes en retraite. Si le 1er Dokuritsu Sentai perd deux D1A2 et un Ki-36 sous les tirs de la DCA, les bombardiers en piqué provoquent de nombreuses pertes militaires et civiles sur la route de plus en plus embouteillée entre Kuala-Lumpur et Seremban. En fin de journée, les bombardiers moyens de l’Armée se joignent à l’attaque de Port Dickson.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Dans la nuit, les sous-marins HMS Urge et MN Aurore attaquent un grand convoi japonais allant de Balikpapan vers Macassar. L’Urge peut couler un transport. L’Aurore en endommage un autre, mais est écarté du convoi par une contre-attaque bien coordonnée et obstinée menée par trois chasseurs de sous-marins.
………
Broome (côte ouest de l’Australie), 08h45 – Le petit port est attaqué par 36 D3A1 escortés par autant de chasseurs A6M2. Ils trouvent le port vide, à l’exception de deux caboteurs. Les avions japonais expédient les deux bateaux par le fond et bombardent la ville sans opposition.
………
Java – Tjilatjap est bombardé pour la première fois, mais de façon très imprécise, par 18 G4M1 dont les bombes tombent sur la ville et non sur les navires dans le port.
Sœrabaya est également attaquée, mais le bombardement est bien plus précis et endommage sérieusement la base navale, coulant les dragueurs côtiers hollandais Aroe et Bantam.
En fin de soirée, se tient à Bandœng une nouvelle réunion du commandement de l’ABDAF pour discuter des mesures à prendre. Les observations des sous-marins et les photos prises par les deux derniers Spitfire de reconnaissance photo montrent clairement qu’une grande force de débarquement japonaise se dirige vers Java, avec des éléments venant du détroit de Macassar et d’autres de Kendari, sous la protection du même groupe d’avions de la Marine qui a déjà soutenu le débarquement à Timor. La nouvelle de l’attaque japonaise sur Broome confirme la présence d’une forte escadre de porte-avions en opérations au sud de la Barrière Malaise, menaçant les communications entre l’Inde et l’Australie.
« Dans une situation aussi grave, commente sobrement le général Wavell, il faut admettre que la défense de Java n’est plus possible. Je vais recommander à mon gouvernement d’évacuer les forces du Commonwealth stationnées à Java vers Sumatra ou vers l’Australie dès que nous ne disposerons plus de chasseurs pour couvrir les opérations alliées. Je crains que ce ne soit le cas dans un ou deux jours. »
L’amiral Helfrich bondit : « C’est bien trop tôt pour songer à évacuer Java ! Vous devez comprendre que cette île est le cœur de nos Indes Néerlandaises. Si, dans trois jours, le Langley débarque ses chasseurs à Tjilatjap, sa défense deviendrait possible ! »
Le général ter Poorten soutient de son mieux son compatriote, mais le contre-amiral Palliser (Royal Navy) explique qu’il vaudrait mieux que le Langley, le Sea Witch et leur escorte retournent à Fremantle, en raison du risque évident d’attaque par les avions des porte-avions japonais : « Nous ne pouvons nous permettre de sacrifier le peu de navires dont nous disposons pour protéger la côte ouest de l’Australie et les communications avec l’Inde en les jetant sans espoir contre des forces ennemies très supérieures ! »
Mais Helfrich ne s’avoue pas battu : « Dans ce cas, ce sont les navires de l’ancienne Strike Force qui prendront la relève de l’Eastern Escort Group pour escorter le Langley. Remarquez qu’ils sont tous hollandais, je ne demande donc à personne de sacrifier d’autres navires de guerre ! » s’exclame-t-il avec émotion.
Les généraux américains Brereton (USAAF) et Brett ne se rendent pas à cet argument et sont d’accord avec Wavell. Mais le contre-amiral Purnell, ancien chef d’état-major de l’amiral Hart et plus haut gradé des officiers de l’US Navy restant à Java, donne raison à Helfrich.
Après réflexion, l’amiral Decoux se range du côté de l’amiral hollandais : « Même si la tentative était désespérée, il fallait essayer, racontera Decoux en 1962, interviewé pour le vingtième anniversaire de ces dramatiques événements par la télévision hollandaise. Evacuer Java sans avoir même tenté de combattre aurait créé un précédent désastreux pour les Hollandais, et même pour les autres Alliés, après la belle conduite des Anglais en Malaisie et de nos troupes en Indochine. Je savais bien, et l’amiral Helfrich aussi sans doute, que d’un point de vue strictement militaire, c’était une bêtise, mais il ne s’agissait pas d’une décision purement militaire. Je suis convaincu que ce sont de tels choix qui ont permis que la décolonisation de l’Indonésie se déroule dans d’assez bonnes conditions, et je crois que le soutien de la France à la Hollande en ces heures terribles a créé entre nos deux pays les liens d’amitié que l’on voit aujourd’hui fleurir dans la Communauté Européenne. »
Il est donc décidé que le CL Tromp, le CLAA Jacob van Heemskerck et leurs six destroyers quitteront Tjilatjap dans la nuit pour retrouver le Langley et le Sea Witch près de l’île Christmas. Pendant ce temps, les travaux qui doivent permettre aux chasseurs du Langley de décoller directement du port de Tjilatjap doivent commencer immédiatement, bien que la plupart des ouvriers locaux se soient enfuis de crainte des bombardements, et que les marins alliés doivent effectuer presque tout le travail.
Par ailleurs, le croiseur-mouilleur de mines HMS Adventure est envoyé de Tjilatjap à Port-Blair (Andaman), car il est trop lent pour aller à Fremantle sans craindre de croiser des raiders japonais au large de l’Australie.

Pacifique Central
Wake – Les avions de l’Enterprise bombardent l’île. Peu après, les croiseurs Northampton et Salt Lake City, avec deux destroyers, ajoutent le poids des obus de leurs canons à celui des bombes des Dauntless. Le bombardement cause de gros dégâts aux installations japonaises. Des batteries côtières, des embarcations légères sont détruites. Quelques avions de reconnaissance sont abattus ou détruits au sol. Les Américains perdent deux avions, abattus par la DCA. Croiseurs et destroyers vont ensuite rejoindre le porte-avions et les autres destroyers de la Task Force.


25 février
Campagne de Malaisie

Le Lt-général Percival ayant ordonné l’évacuation de la Malaisie centrale, les quelques navires de l’Escadre du Détroit de Malacca ont la lourde tâche de protéger les bateaux partant de Port Swettenham et de Port Dickson. De l’aube au crépuscule, les avions japonais tentent d’empêcher l’évacuation. Les bombardiers à moyenne altitude de l’Armée (Ki-48 et Ki-21) attaquent par deux fois les installations portuaires, les avions de la Marine se concentrent sur les bateaux.
Les quelques Hurricane de la RAF et de la RAAF opérant de Medan, de l’autre côté du détroit, font de leur mieux pour protéger les deux ports. Lors des raids du matin, ils remportent quelques succès contre les avions de l’Armée, abattant trois Ki-48 et deux Ki-21. Mais avant midi, les quatre avions maintenus au-dessus de chaque port sont débordés par les raids de D3A1 et de B5N2 escortés par des A6M2.
11h15 – Port Swettenham est attaqué par douze D3A1 escortés par neuf A6M2. Les trois Hurricane en patrouille à 16 000 pieds (un autre a dû rentrer à Medan sur ennuis de radio) réussissent à abattre un D3A1 et un A6M2, mais deux d’entre eux sont détruits et le troisième ne doit son salut qu’à un plongeon dans un épais nuage. Les D3A1 s’en prennent au DE HMS Atherstone (classe Hunt), qui assure la défense anti-aérienne d’un convoi de six caboteurs en train de quitter le port. L’Atherstone reçoit une bombe de 250 kg juste devant son jumelage de 4 pouces avant, puis, quelques secondes plus tard, deux bombes de 60 kg explosent à la hauteur de la cheminée. L’avant du navire n’est bientôt plus qu’une torche, mais le petit bâtiment continue à manœuvrer et à faire feu de toutes les armes qui lui restent. Au moins un D3A1 est détruit par ses tirs furieux, un autre est endommagé par les armes légères de deux vedettes rapides (MGB) Fairmile, qui soutiennent l’Atherstone.
11h19 – Les trois derniers bombardiers attaquent en succession rapide et une nouvelle bombe de 250 kg frappe le destroyer, faisant exploser la soute à munitions arrière, tandis qu’une autre explose dans l’eau à moins d’un mètre de la coque, au niveau des machines. Ces impacts condamnent le navire, qui chavire quelques minutes plus tard. Pendant ce temps, un caboteur a été incendié, mais en se concentrant sur l’Atherstone, les Japonais ont permis aux cinq autres transports de s’en tirer sans casse.
11h45 – Une formation de cinq D3A1 et neuf B5N2 escortés par six A6M2 attaque Port Dickson. Les quatre Hurricane de la RAF plongent sur les B5N2 volant à 6 000 pieds et détruisent rapidement trois avions. Les Zéro, qui volaient plus haut, avec les Val, interviennent ensuite ; ils abattent deux des chasseurs anglais, les deux autres parvenant à s’échapper. Les cinq D3A1 attaquent alors comme à l’entraînement, plaçant une bombe de 250 kg sur le vieux DD Stronghold, une autre sur la canonnière Tarantula et deux bombes de 60 kg sur un petit cargo (650 GRT). Les trois bateaux sont coulés.
14h50 – Après une accalmie, 18 G4M1 venant de Kuching bombardent Port Dickson, endommageant sérieusement les installations du port.
16h15 – Les bombardiers en piqué de la Marine reviennent sur Port Swettenham : neuf D3A1 escortés par autant d’A6M2 attaquent au milieu de nuages de moyenne altitude. Ces nuages gênent quelque peu le bombardement, mais masquent la formation japonaise à la patrouille composée de deux Hurricane et deux Beaufighter (des survivants du Coastal Command). Un petit caboteur est incendié et un cargo de la KNIL est endommagé par deux bombes de 60 kg, mais réussit à quitter le port. La tentative d’interception dégénère en une mêlée confuse dans les nuages, où les deux Beaufighter, l’un des Hurricane et deux des Zéro sont abattus.
16h40 – Sept B5N2 effectuent un bombardement à 6 000 pieds. Passant inaperçus jusqu’au dernier moment, ils peuvent détruire le dragueur de mines auxiliaire Mary Cam, du groupe de Penang, et la vedette Fairmile MGB 317. Mais là encore, les transports profitent du sacrifice de leurs escorteurs…

Mer de Chine Méridionale – Le sous-marin américain Seadragon coule un transport japonais de 6 500 t à la sortie du golfe de Lingayen.

Mer de Java – Le sous-marin hollandais K-XV coule un dragueur de mines japonais (un ancien destroyer converti) au large de Bandjarmassin.

Fremantle (côte ouest de l’Australie) – Le croiseur Emile-Bertin ne fait que passer, le temps d’embarquer quelques troupes et six canons AA Bofors avant de repartir pour les îles Cocos.


26 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Le temps se détériore au-dessus du centre et du nord de la Malaisie, épargnant de nouveaux raids à Port Swettenham et à Port Dickson pour toute la journée.
………
Au sud… – Les forces japonaises continuent à faire plier sous le nombre les troupes du Commonwealth. D’une part, l’infanterie japonaise prend le contrôle d’Ayer Hitam et progresse vers la côte ouest. D’autre part, elle avance vers le sud et Rengam, poussant vers Johore Bahru dans l’espoir de déborder les défenses de Kota Tinggi.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Accompagné par la force du contre-amiral Ozawa (CA Kumano, Mikuma, Mogami, DD Ajanami, Shikinami, Uranami, Jugiri), le groupe d’attaque du contre-amiral S. Hirose (DD Yamagumo, TB Chidori, Hatsukari, Manazuru, Tomozuru, deux dragueurs de mines et six chasseurs de sous-marins, escortant deux transports de troupes de taille moyenne) débarque en début de matinée un bataillon d’infanterie de marine sur l’île de Bawean. Après le coucher du soleil, le sous-marin La Créole, revenant de patrouille vers Sœrabaya, aperçoit cette flotte et tente de l’attaquer, mais il est repoussé par les torpilleurs Tomozuru et Manazuru.
………
Java – Sœrabaya et Bandoeng sont à nouveau durement bombardées par des avions japonais venant de Kuching et de Kendari. Au crépuscule, les sous-marins HMS Upholder et MN Perle et Diamant entrent dans la base sous-marine de Sœrabaya, où des incendies font encore rage, et se ravitaillent précipitamment en carburant et en torpilles pour le premier, en carburant et en mines pour les deux autres. Tous trois repartent en hâte avant l’aube suivante.
………
Océan Indien – L’escadre hollandaise rencontre au sud de l’île Christmas le convoi venant de Fremantle et prend en charge le Langley et le Sea Witch. L’Eastern Escort Group repart pour Fremantle.


27 février
Campagne de Malaisie

Au nord… – Les forces japonaises se réorganisent et les combats terrestres connaissent une trêve. Cependant, les avions japonais restent très actifs, bombardant Port Swettenham et Port Dickson, où les bombardiers en piqué coulent dans l’après-midi deux caboteurs.
………
Au sud… – Les troupes japonaises atteignent la côte ouest. Cependant, la colonne en marche vers Johore Bahru est arrêtée par une forte contre-attaque britannique.
………
Singapour est attaquée deux fois dans la journée, d’abord par des avions de la Marine basés à Kuching, puis par des Ki-21 de l’Armée.

Campagne d’Indonésie
Java – Sœrabaya et les terrains de l’est de Java sont durement bombardés. Les équipes au sol de la RAF/RAAF sont évacuées dans la journée et la nuit suivante vers le terrain de Bandœng (Andir).
………
Océan Indien (au sud de Java) – Au lever du soleil, le Langley, le Sea Witch et leur escorte hollandaise sont encore à 100 nautiques au sud de Tjilatjap. Le vieux bâtiment qui avait été le premier porte-avions américain, réduit à l’état de transport d’avions, est dans un si triste état qu’il ne peut donner plus de 10 nœuds.
06h30 – Deux hydravions du ML-KNIL viennent assurer une veille ASM, au grand soulagement des marins à qui l’on a signalé la présence de sous-marins nippons dans ces eaux. La journée est belle, avec une brise soutenue et des nuages dispersés en altitude.
09h00 – Un avion solitaire est aperçu. Le commandant de l’escorte réclame une couverture aérienne à Java, mais il n’y a pas un seul chasseur disponible. On attend ceux que transporte le convoi !
11h25 – Le radar type-279 du CLAA Jacob van Heemskerck détecte l’approche de neuf avions : des G4M1 venus de Kendari. C’est le début d’un combat désespéré, symbole de ceux qui se succèdent dans la région depuis des semaines.
Le croiseur anti-aérien se rapproche du Langley et ouvre le feu de ses 4 pouces, donnant, selon ce que devaient raconter les “blue jackets” de l’US Navy, « un bien beau spectacle pour un si petit navire. » Les premiers bombardiers attaquent en demi-piqué. « A tribord toute ! » ordonne le Commander McConnell. Les bombes tombent à une trentaine de mètres à bâbord et l’un des agresseurs se met à traîner un épais panache de fumée, puis quitte la formation pour s’éloigner vers le nord. Les huit autres entament un nouveau passage, et à nouveau une manœuvre brutale permet au Langley d’échapper aux bombes. Quatre Japonais reviennent à la charge, et plus bas cette fois. Le tir du Jacob van Heemskerck, toujours aussi impressionnant, se montre précis : un bombardier explose, mais les trois autres insistent jusqu’au bout. Le petit croiseur reçoit deux bombes sur le gaillard d’arrière et une autre frappe le Langley à l’avant. Des flammes enveloppent les deux navires en même temps. Mais le Langley est encore capable de donner 8 nœuds, et son capitaine signale qu’il est convaincu de pouvoir contrôler les dommages et atteindre Tjilatjap, même s’il doit y échouer son navire. Quant au Jacob van Heemskerck, bien que son équipage soit très occupé à maîtriser l’incendie, le brave petit navire reste fidèlement au côté du Langley.
14h30 – D’autres avions sont aperçus, attirés par les colonnes de fumée montant des navires blessés comme les mouches par le miel. Ce sont au moins 24 D3A1 de Nagumo qui arrivent, escortés par des A6M2. Les navires hollandais font feu de toutes leurs pièces, et leur tir frénétique détruit deux Val et un Zéro. Mais le Langley est vite touché quatre fois, le Jacob van Heemskerck deux fois, ainsi que le CL Tromp et le DD Piet Hein.
Le Langley est gravement atteint, et les avions stockés sur le pont supérieur commencent à prendre feu. Le Commander McConnell tente de manœuvrer pour réduire l’effet du vent, mais cela ne suffit pas pour contrôler l’incendie. En même temps, le navire prend 10 degrés de gîte sur bâbord, car une voie d’eau a été provoquée par une bombe tombée tout près, et McConnell doit ordonner de noyer une cale à tribord. Il se dirige droit sur la côte de Java, espérant au moins pouvoir s’échouer.
16h10 – La voie d’eau noie les deux moteurs principaux, qui stoppent immédiatement (le Langley, ancien charbonnier Jupiter, avait été le prototype sur lequel l’US Navy avait essayé la propulsion électrique si à la mode des années plus tôt). Le navire, inerte, court sur son erre. Le Jacob van Heemskerck est lui aussi à l’agonie : le feu embrase la moitié du bâtiment, et les armoires à munitions explosent les unes après les autres. Le Piet Hein est en panne. Seul le Tromp semble avoir bien digéré les bombes reçues.
16h25 – C’est le coup de grâce, donné par une vague composée de neuf D3A1, quinze B5N2 et douze A6M2. Les Val s’en prennent aux destroyers, mais ne touchent que le Banckert, d’une bombe de 250 kg qui le stoppe. Les avions torpilleurs attaquent les navires touchés. Le Langley reçoit trois torpilles et le Jacob van Heemskerck deux, comme le Piet Hein. Le malheureux destroyer se casse en deux et coule presque immédiatement.
16h38 – Le Langley chavire.
17h20 – Le Jacob van Heemskerck sombre.
Le Banckert est alors sabordé, dans la crainte d’une nouvelle attaque japonaise. En fait, la petite escadre semble avoir assez souffert. Après avoir recueilli les survivants, les quatre derniers destroyers, menés par le Tromp endommagé, arrivent sans autre drame à Tjilatjap avec le Sea Witch, peu avant minuit. Les marins alliés commencent immédiatement à débarquer les caisses contenant les avions, mais il faut encore assembler ces derniers…

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie, 13h40 – Le Ro-61 aperçoit au large de Tweed Heads le pétrolier britannique Vimiera (5 723 GRT, Gow, Harrison and Co, allant de Banjarmasin à Sydney avec du gazole), escorté par le patrouilleur auxiliaire HMAS Uki. A 14h50, le sous-marin, qui n’a plus que quatre torpilles, en tire deux, dont une touche le Vimiera. Mais l’Uki a vu le périscope du Ro-61, attaque, et l’arrivée d’un avion empêche toute nouvelle tentative, au grand mécontentement du capitaine Yoritomo Sato. L’avant gravement endommagé, le Vimiera réussit pourtant à gagner Brisbane.


28 février
Campagne d’Indochine

Alors que les forces japonaises se regroupent pour préparer l’attaque des Hautes Terres, le Haut-Commissaire Sainteny décide de s’installer à Saravane, dans les Bolovens. Le général Martin ne lui a en effet laissé aucun espoir quant à la possibilité de défendre très longtemps Ban-Me-Thuot et Pleiku et a insisté sur le fait que des forces irrégulières seraient un meilleur outil pour ralentir les Japonais.

Campagne de Malaisie
Au nord… – Les unités du Commonwealth de la partie nord de la Péninsule, encerclées, sont en cours d’évacuation par mer. Il s’agit surtout de la 8e DI australienne (évacuée vers Sumatra et Sabang) et de la 18e DI britannique (évacuée en grande partie vers la forteresse de Penang).
Les forces japonaises se rallient et se réorganisent. Les nouveaux avions d’attaque au sol de l’Armée sont très actifs contre l’ennemi en retraite, tandis que les bombardiers en piqué de la Marine basés à terre attaquent à deux reprises Port Swettenham, coulant une péniche et un caboteur.
………
Au sud… – Les troupes japonaises qui ont coupé en deux la Péninsule reprennent leur marche le long de la voie ferrée vers Singapour. En fin de journée, elles atteignent Kulai, où elles se heurtent à de solides positions défensives du Commonwealth. La bataille se prolonge jusque tard dans la nuit. Incapables de percer, les Japonais cessent leur attaque vers minuit.
………
Singapour est à nouveau attaquée par des Ki-21, mais sans grand résultat en dehors de l’incendie de quelques entrepôts du port.

Campagne d’Indonésie
Mer de Java – Les sous-marins Perle et Diamant mouillent un champ de mines devant Bandjarmasin, avant de mettre le cap sur l’Australie. Les jours suivants, les Japonais perdront sur ces mines deux petits transports (725 GRT et 225 GRT).
………
Java – Les bombardements aériens s’intensifient. Il est maintenant bien évident que des débarquements japonais ne sont plus qu’une question d’heures. Dans ces conditions, l’ABDAF est déchirée entre la volonté des Hollandais de combattre pour Java et la décision des forces britanniques de battre en retraite vers Sumatra. Helfricht accepte cependant d’envoyer à Colombo les navires hollandais survivants. La petite escadre quitte Tjilatjap peu avant un nouveau raid japonais sur la ville.
Le contre-amiral Purnell envoie à Fremantle ce qui reste de bateaux américains sous son commandement.
A midi, le général Catroux ordonne à toutes les forces françaises se trouvant à Java d’évacuer l’île : les unités navales doivent aller à Fremantle et les autres personnels à Sumatra avec les forces britanniques. L’amiral Decoux se rend en voiture de Bandoeng à Tjilatjap, où il embarque avec son état-major sur le sous-marin Pascal à 22h30.
Le sous-marin HMS Clyde ravitaille à Batavia, où il embarque une vingtaine d’hommes, avant de repartir vers Columbo par le Détroit de la Sonde.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Est de l’Australie, 22h40 – Le Ro-62 attaque un grand bâtiment qu’il a aperçu trois quarts d’heure plus tôt, 20 nautiques au large de Newcastle. Il tire à longue distance quatre torpilles et l’une d’elles touche le Cornwall (10 604 GRT, Federal Steam Navigation Co, allant de Valparaiso à Newcastle avec du bois d’œuvre, des sacs de sciure et du ciment). Le gros cargo appelle immédiatement à l’aide et se met à tirer des fusées éclairantes.
A 23h30, le Ro-62 se rapproche à moins de 1 000 mètres et tire ses deux dernières torpilles. Toutes deux vont au but, et le Cornwall prend feu à l’arrière. Le navire commence à s’enfoncer, tout en continuant à tirer des fusées éclairantes. A court de munitions, le Ro-62 s’éloigne alors pour rejoindre le reste de la flottille Oni.
Pourtant, non seulement le Cornwall reste à flot grâce à sa cargaison de bois, mais il réussit à remettre sa machine en route à 01h00, le 1er mars. Malheureusement, malgré les efforts héroïques de son équipage, aidé par des remorqueurs venus de Newcastle, le bateau s’enfonce peu à peu et les voies d’eau s’aggravent. Sur le point de sombrer, le vaisseau ne peut entrer dans le port et commence à se briser en deux. Il est finalement abandonné à son sort et coule dans Stockton Bight, où ses mâts et sa cheminée, pitoyables, restent émergés.
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sting01



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MessagePosté le: Jeu Juil 19, 2012 03:32    Sujet du message: Répondre en citant

C'est tres bon!

Une petite demande, pour augmenter la lisibilite des 'retardes' de mon genre :

Serait il possible d'avoir une majuscule pour les 4 points cardinaux; c'est a dire front Est au lieu de front est.

Il y a une phrase lors de l'attaque de Saigon qui est difficile a comprendre , car la confusion entre le verbe etre et le point cardinale est possible.

Je crois me rappeler qu'il y a une regle de francais pour cela, mais je l'ai oublie, et il est aussi possible qu'elle fut modifiee recement.
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MessagePosté le: Jeu Juil 19, 2012 06:55    Sujet du message: Répondre en citant

sting01 a écrit:
Il y a une phrase lors de l'attaque de Saigon qui est difficile a comprendre , car la confusion entre le verbe etre et le point cardinale est possible.


Peux-tu préciser à quelle date ? Merci.
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MessagePosté le: Jeu Juil 19, 2012 07:09    Sujet du message: Répondre en citant

Plutot que de parler de 8e DI australienne, de 18e DI britannique, de 11e DI Indienne, ne serait-il pas plus 'couleur locale' de parler de 8th Division (AIF), 11th Indian Division etc. ? On parle bien de Panzerdivision, pas de Division Blindee Allemande.

A noter que dans la nomenclature britannique, on ne mentionne que rarement qu'il s'agint de divisions d'infanterie, et on reserve cette precision aux blindes (7th Armoured Div...)

Bien sur, on objectera qu'il faudrait alors utiliser aussi les nomenvalures japonaises, mais c'est precisement ce qui est fait pour les formations aeriennes, ou on parle de Kokutai et autres Dokuritsu Sentai (Banzai et Rebanzai, comme aurait dit Taka-Takata, le heros de ma jeunesse bedephilique).
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