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La Guerre en Maison (par HOUPS)
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Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10444
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MessagePosté le: Mar Déc 24, 2019 11:34    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Noël, un petit cadeau de Houps…


Erika réveillonne


« … Attrape-le ! Il va encore f… le camp, et après, Monsieur se perd et c’est la croix et la bannière pour le retrouver ! Non mais, sale bête ! Mais t’as plus vingt ans, mon pauv’ minou ! T’es pas bien, ici, au chaud ? Tu le crois, toi, que cet âne a en tête d’aller courir la gueuse, alors qu’il est coupé ? Le retour d’âge, je veux bien, mais là, c’est un peu fort ! Mais qu’est-ce t’as donc dans ta caboche, sacripant ?… Et avec tout ça, je n’ai même pas dit bonjour à Léa ! Oh oui, tu peux faire la tête ! File dans ton panier ! Regarde-le donc… Mais c’est qu’il m’en voudrait presque !…
Bon, c’est pas tout… Tu vas bien ? Bon… Allez, on s’installe… Ah oui, t’as vu mon philodendron de Noël ? Que veux-tu, je ne vais quand même pas m’installer un sapin !… C’est Juanita qui y tient… Oui, Juanita, je sais, sinon, c’est triste… On le fait toutes les deux, un peu à la fois. Il sera fini bientôt. Faut pas être pressé ! Faut bien que je m’occupe. Après, on s’attaquera à la crèche. Et toi, Noël ? T’as encore tes parents ?… Où ça ?… Ça va, c’est pas trop loin. T’y vas, au moins, non ?… Moi ? Bah… Toi me tiendra compagnie… Non, Françoise pourra pas venir. Trop occupée, qu’elle a dit. Après les fêtes. J’ai l’habitude. Je verrai peut-être la petite, Emma, en coup de vent. Et pour le Réveillon, que fais-tu ? T’as prévu un truc ? Tu sors ? Non ? Tu devrais. A ton âge…
Bon, moi je fais comme les autres années. Ben oui, hein, tant que je peux. J’arrive encore à tenir le passage de l’an, hein. On se retrouve entre vieilles peaux. Et autres peaux pas si vieilles… Ce n’est pas une soirée privée, faut pas croire ! Ah, c’est sûr que c’est plus ce que c’était ! Mais moi qui ne sors quasiment plus, je peux revoir un peu du monde. Tu devrais venir, tiens. Y’aura des que tu connais déjà : le Colonel, Camille… D’autres que je te présenterai. Ça peut servir. Tiens, j’avais invité la Wilma, mais elle est prise ailleurs. Remarque, Camille n’est pas bien vieille. Doit pas avoir cinq ans de plus que toi, tu vois. Y’aura sans doute quelques truands, d’anciens amis de Serge… Non, je plaisante ! Fais pas cette tête ! Mais tu nous vois « en boîte » ? Même si on danse. Faut pas croire ! Qu’est-ce tu veux ? Qu’on reste chacun dans not’coin, devant Drucker, un verre de bulles et une part de bûche ? Je me répète : tu devrais venir… Ah non, pas ici ! Quand même ! Non, non ! Y a des trucs sympas à Lyon, ou autour. Et y’aura pas que des vieux, je te dis ! Juanita laisse son môme à sa sœur, elle y sera avec son mari. Une figure, le Rosé ! Et un sacré bon danseur ! Remarque, si tu veux rester en tête à tête avec une roteuse, ça te regarde, mais tu serais ben bête, ma ch’tiote… Tu sais, les noëls tristes, à ton âge, j’ai connu. Même si je n’étais pas seule. Tu sais qu’on peut être seule au milieu de plein de monde ?
Tiens, tu te rappelles, la photo où on est à poil ? C’était pour un Noël, ou un Jour de l’An… Tu crois que c’était si rigolo ? Bon, ils n’ont pas tous été comme ça, faut pas croire, mais ils n’ont guère été mieux. Assieds-toi comme il faut, l’autre gangster a fini de bouder. D’ici qu’il se venge sur la guirlande ! Alors, où j’en étais… Ah oui ! On a fait un réveillon chez la comtesse, et ça devait être le Premier de l’An 42.
La comtesse… Tu parles d’une comtesse ! Tu connais peut-être… attends voir, j’me goure, l’était pas comtesse, mais baronne. La daronne était baronne. Olla, qu’elle s’appelait. Baronne Olla… Olla… Olla la… Olla Beck de Beaufort ! Ça te dit ? Ça en jette, non ? C’est pas mal, le Beaufort. Et celle-là, le fromage, elle connaissait ! Ça te dit rien ? Non ? L’était en cheville avec Fuchs, de l’ambassade. Couchait pas qu’avec lui. Faut pas croire ! L’a mis toute la Vermarre dans son lit, ou quasi. Y’a pas eu qu’un seul grand Frisé pour lui ôter ses toiles d’araignée, crois-moi ! Et pas de la bidasse de fond de caserne, hein, faut pas croire ! Même le major, c’était pas assez bien pour elle. Remarque, fricotait pas qu’avec l’Armée. L’avait pas d’a priori sur l’uniforme, et même le pas d’uniforme. Bref… On peut pas dire qu’on était en concurrence, mais presque. Sauf qu’elle travaillait en solo, alors que nous, on rendait des comptes à « Madame ». Et comme « Madame » n’avait pas le bras aussi long, elle était bien obligée de faire avec. Bref, des fois, on jouait les extras. Chez elle. Ailleurs aussi, hein… Bon, faut reconnaître qu’y avait de la place pour tout le monde, mais quand même, elle exagérait ! Ah oui, passque, figure-toi que Madame la Baronne était « journaliste » ! Si ! A Paris-Soir ! Moi, j’aurais été journaliste, bon, sûr que j’aurais peut-être pas dit non à un petit à-côté, hein ? Fallait bien vivre. Mais quand même !
Enfin, c’était une drôle d’époque, et c’était un drôle de monde, faut pas croire ! Tu comprends bien que c’est pas en faisant le pied de grue à une terrasse qu’on risquait de trouver du colonel. Ou mieux, hein. Fallait se montrer dans les bons coins. Les premières, c’était pas tous les jours, et les cabarets à la mode, fallait casquer. Des coins où il valait mieux être invitée, quoi. Et un pesage à Longchamp, en 42… Je t’ai raconté, pour les salles de vente ? Oui ? Ah oui, le Stan’… Bon, mais c’était quand même pas le meilleur endroit. Tu comprends, ça n’a pas changé : ces messieurs, le jour, ils travaillent. C’est le soir que le gibier sort du bois. C’est l’heure où les grands fauves… ça te fait rire ? T’étonne pas, on a eu… j’ai eu… un client, qui avait été chasseur en Afrique. Ah non, pas chasseur en caserne ! Chasseur « pan ! pan !», et pas mignons petits lapins, hein… Faut pas croire ! Lions, éléphants, panthères… C’était ce qu’il racontait, hein ! Avant. Autrefois. Avant la guerre. Même pendant, je crois. Valait p’têt’ mieux, au fond. Pour lui. Le fin fond de la savane, c’était sans doute mieux qu’un coin de France où y’avait moins de bestioles qu’avaient envie de te boulotter, mais sûrement plus de mauvaises fréquentations. Et au moins, là-bas, tu pouvais manger, même si c’était des chenilles et des trucs bizarres…
L’avait une grande bicoque, dans le sud, pleine de bestiaux empaillés. Ça faisait tout drôle, tu dînais en face d’une tête de grosse vache avec des cornes comme ça, tu jouais au docteur devant la cheminée, sur un tapis qu’avait des griffes, matée par une caboche avec des dents comac… Enfin, tu jouais au docteur… Pas beaucoup. L’avait souvent le fusil enrayé, le chasseur ! Alors, il parlait. Et il buvait. Et pas que de l’eau ! Sacrée descente ! Jamais compris comment il n’a pas fini par nous rejouer Jeanne d’Arc ! Tu parles que tout le monde les connaissait, ses récits de chasse, à force. Alors restait plus que nous pour l’écouter. C’était ou moi ou une cousine qui nous farcissions les porteurs qu’avaient la trouille, le pisteur écrabouillé, le lion qui sautait des buissons… et pour finir, il embrayait sur les petites négrillonnes. Là, il te prenait par la main, tu te disais « Ça y est, on y a droit… » et paf, oui, t’y avais droit, mais pas vraiment à ce que tu croyais. La première fois, en tout cas. Après, tu savais. Au lieu de te culbuter dans un plumard grand comme une pelouse à Roland-Garros, il te collait devant des cure-dents en ferraille avec des piquants partout, ou un truc en bois et ficelles à te fiche la pétoche les nuits d’huîtres pas fraîches, ou encore un pot à parapluies qu’avait des ongles comme ta main. Et ça repartait. Tu me diras, après tout, s’il casquait… Certes, mais à force, c’était usant. Faut pas croire ! Et Dieu sait qu’on en a vus, des bizarres, mais des comme ça, heureusement qu’y en a eu qu’un !
L’a fini par aller chasser les pissenlits, et dans les bras de Claudia, encore ! Ou quasi. Une grande fille, Claudia, papa café foncé, maman castillane, je crois. Superbe. L’avait presque fini par s’enticher d’elle. Il a manqué de temps. Ça lui rappelait sa jeunesse. Moi, ça me faisait des vacances. Moi, et les autres ! Mais même avec elle, ça n’allait pas bien loin. Pourtant, l’était habile, la Claudia. Mais rien à faire ! Remarque, l’était sur la fin, le pauv’ vieux, finalement. L’est p’têt’ parti content. Va savoir… En tout cas, la Claudia, paniquée ! Au bigophone j’arrivais pas à entraver ce qu’elle disait ! Terrorisée, la pauv’ gosse ! Y’avait de quoi, hein, faut pas croire ! Tu comprends, elle avait fini par s’apercevoir qu’il était froid. Rien que ça, déjà, ça l’avait remuée. Faut pas croire ! Ensuite, elle connaissait pas toute la maison ! Le minimum, tu vois. Alors, le temps qu’elle retrouve son chemin, le téléphone, que le courant revienne – ah, ben oui, y’avait de l’orage ce soir-là, sinon ç’aurait pas été rigolo – elle s’était cognée le gorille, le guépard et je sais plus quoi. De nuit, avec les éclairs, et l’aut’ là-haut, tout raide. Pour une fois… Enfin…
Où j’en étais ?… Dis donc, l’animal, tu crois que je ne te vois pas ? Regarde-moi cet hypocrite ! C’est parce que je parle de lions et de panthères ? Ça te donne des idées ? Va te cacher, et reviens quand ça t’aura passé ! Non mais…
Les Noëls ? La baronne ? Ah oui, la baronne Olla ! Madame la baronne recevait. Y’avait du vert-de-gris, du gris-bleu et du noir partout. Tout à galons et petites bordures brillantes… Et les costards de ceux qui voulaient « faire bien ». Les pires. Tiens, v’là un endroit qu’ils auraient dû bombarder, les autres guignols, avec leurs avions ! Oh, ben, on y était pas tous les jours, hein, faut pas croire ! Alors, un qu’on aurait été ailleurs… Paf ! Là, dis donc, ça aurait fait un sacré ménage ! Au lieu de ça, zont flingué Renault. Enfin, c’est ce qu’ils ont dit. Parce que, l’usine, à Billancourt, les bombes, elle n’en a guère vu. Deux-trois, pas plus. Pas de bol pour ceux qu’étaient dessous, je dis pas. Par contre, autour, qu’est-ce que ça a dégusté ! Si t’avais vu ça ! Des maisons entières. Vlan, par terre ! Et comme c’était de nuit… Les jours d’après, ça n’a pas arrêté de défiler. Ceux qui cherchaient des parents. Ceux qui cherchaient des survivants. Y’en a eu. Qu’on a sortis presqu’une semaine après, deux ou trois, coincés dans les caves. Ceux qui ramassaient les macchabées. Les Allemands, pas fous, y faisaient faire le boulot par des prisonniers, on disait qu’il restait des bombes pas explosées. Ça n’empêchait pas les curieux, t’imagines… Et ensuite, t’allait au ciné, et bing, on t’en remettait une couche ! Comment vous dites, dans les journaux ? « Anxiogène » ?
Le claque ? Quel claque ? … Ah oui, çui-là… C’est p’têt ben à cette occasion qu’il y a eu droit, oui. Tu sais, j’ai pas tout noté. Faut pas croire ! Ça revient par bouts. Un truc en appelle un autre… Mais quand on me dit que c’était des bombardements de précision… La preuve, ils ont fini par faire faire le boulot par la Résistance.
Remarque, à propos de bombardement j’ai bien failli y passer… Ben non, quand même ! Billancourt ! Et quoi encore ? Mais ma p’tite, on n’avait rien à y faire ! Même pas en promenade ! Faut pas croire ! Qu’est-ce tu veux, c’est pas là qu’on risquait de tomber sur un monsieur bien sous tous rapports, sourire de requin, flouze, bagouzes, beurre, jaja et bidoche plein les poches !… Non, en Normandie non plus. Voilà. Laisse-moi.
Alors… je devais partir à la cambrousse, avec un gus de chez… de chez… Ah ! Tu sais, l’usine, là… Qu’a un nom boche… Ah ! Ça va me revenir… Bon, je devais, mais ce jour-là, ça tombait mal, tu vois. C’était pas le bon moment pour moi, tu vois ce que je veux dire ? Alors le gars part, avec des Boches, d’autres comme lui, une histoire de moteurs, je sais plus. La suite, on l’a apprise chez la comtesse… Non, pas la baronne, la comtesse, une autre, mais déjà que j’ai du mal, si en plus tu m’embrouilles… Donc, sont là-bas, à l’écart de la ville, en pleine nature, petits zoziaux, cochonnailles, sûrement bon vin, cigares, hein, tant qu’à faire… Sont loin de l’usine, peinards, un coin facile à sécuriser, on sait jamais, avec ces terroristes… Z ‘entendent à peine les sirènes… Il fait beau. Y’a des avions qu’arrivent. Ça change des corbaques. Et là, boum ! Le feu d’artifice ! Loin, là-bas, sur la ville, et un peu sur l’usine, quand même. Ah ben si, quand même ! Devaient peut-être compter les coups au but, eux, peinards, tu parles, cinq-six kilomètres… J’imagine très bien : « Hache, la kerre, grosse malheur… Un cognac, monsieur l’officier ? » Et là, paf ! La maison en l’air, les bagnoles qui voltigent… Pas de bol pour eux, hein. Pour moi, oui. Mais pour… ‘tends voir… Emilie ? Oui, Emilie ! Ma remplaçante, une nouvelle… Et une dizaine de pauv’ bougres autour… Combien de morts ? Je sais plus. Tu crois qu’on tenait la comptabilité, nous ? Si ça passait à côté, et si tu connaissais personne parmi les victimes, tout allait bien. Faut pas croire ! Et bien fait pour les Fridolins. Sauf que c’était pas toujours les Fridolins qui dégustaient. Et encore ! Si ça avait été des Gris !… Oui, les Gris ! Le SONEF ! Les gars de Laval, Doriot et compagnie ! La môme, Emilie, la nouvelle, elle s’en est tirée. Amputée. Et la gueule en biais. Des fois je me dis…
Bref, les Noëls, à cette époque, c’était pas gai pour tout le monde. Ah oui, Monsieur le Curé pouvait faire sa crèche, l’évêque doré sur tranche chanter et les enfants de chœur faire valdinguer leur truc à encens à se le fiche dans la figure, tout le monde montrait qu’il était content, mais en dedans… Pour le réveillon, à l’époque, la dinde, fallait pas y compter ! Déjà que tu voyais quasiment plus un pigeon depuis un moment… Bon, y’avait des restaus qui te proposaient un menu « de restrictions de fêtes » on va dire. Ou « de fêtes de restrictions ». Bref. Des restaus qu’avaient l’autorisation. Faut pas croire ! C’est que ça rigolait pas, avec les restrictions ! Vu qu’on te pesait tout au milligramme, que t’avais des tickets pour tout, tu risquais pas de venir t’empiffrer ! Pour ça, fallait du pèze, tu t’en doutes. C’était pas la soupe populaire. Et comme dans le lot, y’avait de tout, à commencer par du noir, plus t’avais de fraîche, plus te pouvait t’offrir les spécialités qu’étaient pas sur la carte. Mais avec le risque de voir débarquer des « Bons Français », pas tous en uniforme, même rarement déguisés, plutôt, qui rallongeaient la note. Et bien content si on t’embarquait pas !…
C’est ça, ma petite, du racket. C’est un truc qui marchait, à l’époque, le racket. Tu peux pas savoir ! C’était devenu le sport national. Mieux que le tiercé ! Ticket gagnant à tous les coups, et sans canasson à améliorer, ni jockey à conseiller. Mais c’était pas donné à tout le monde. Serge, Mario, Trois-Pattes, ils s’y risquaient pas. A côté de certains, c’étaient des enfants de chœur. Et puis, Serge, au moins, les Boches, il les fréquentait pas de trop. Mario, bien plus, lui. Y’a qu’à voir comment qu’il a fini. Au rasoir national… Quant à nous – écoute, je te l’ai déjà dit : moins on en savait… Nous, on faisait que passer dans leurs lits, et encore, pas de tous. Y’avait des chasses gardées… Faut pas croire ! Ça n’empêchait pas qu’on en entendait de drôles…
Fichue époque !…
Comment elle a vécu ça ? Qui ? Françoise ? Vécu quoi ? La guerre ? Elle est née après ! Ah ! « Ma vie ! » Comment qu’elle l’a vécue ? C’est à elle qu’il faudrait le demander, tiens ! Bon, toute môme, elle avait les « cousines » qui la chouchoutaient. Après, à l’école… avec un père en taule… Encore, la primaire, c’est allé. Plus tard, on lui a trouvé une pension. On a toujours veillé à ce qu’elle ait le meilleur. Mais sans la pourrir, hein ! Faut pas croire ! Bien sûr, il a fallu lui expliquer des trucs. Serge en cabane, les procès… Ah non ! Il n’a jamais été question qu’elle prenne la suite ! Sauf si elle avait demandé, évidemment… Quand elle a été plus grande, on a bien dû lui expliquer, t’imagines. Et puis, y’avait pas de honte à avoir. Après tout, j’ai jamais mis une seule fille sur le trottoir, et Serge n’a jamais tué personne. Enfin, pas que je sache. Tu sais, son truc, je peux te le dire, avant, c’était plutôt le jeu, les casinos, un peu des trafics – mais jamais la came ! Plutôt les cigarettes. Les casses… Franchement, je sais pas. C’est possible… J’ai des doutes, mais j’y ai jamais demandé. Chacun chez soi. Des trucs louches, oui, si tu veux. Mais, hein, ce que j’en sais, moi… Et puis, avec la petite, il s’est plutôt calmé. Alors, bien sûr, elle nous a fait sa crise, Françoise. Mais dans l’ensemble, ça s’est plutôt bien passé. Elle ne nous en a pas voulu de trop. D’ailleurs, elle est entrée dans la banque. « Conseillère en patrimoine », qu’on dit, maintenant. Alors, tu vois…
Donc, à cause d’elle, Serge, il a essayé de se ranger, hein. Faut pas croire ! A sa façon. Presque tout de suite à la fin de la guerre, il a monté une entreprise de récupération de matériel militaire, quelque chose comme ça. Tu vois, plus de casino, pas de bar, pas de tentation, quoi… Des armes ? Oh non ! Sûrement pas ! Tu vas trop au ciné ! Tu vois, pour ça, les flingues, y’avait trop de concurrence. Pas que ça manquait, t’en trouvais partout. Suffisait juste de chercher au bon endroit. Faut pas croire ! Comme pour les champignons. Regarde, même encore pas plus tard que la semaine dernière, paraît qu’on a mis la main sur une « cache d’armes » dans les Pyrénées. T’as vu passer l’info ? C’est Juanita qui m’en a parlé. Une « cache d’armes » ! Va savoir quand elles ont été cachées, les armes. Et par qui ! Et puis quoi ? « Cache d’armes », ça veut dire quoi ? Une pétoire et deux grenades planquées sous un tas de pierres, ou huit ou dix caisses de flingues bien emballés sous le plancher de la cuisine ? Le jour où un couillon remet la main sur le feu de ce pauvre Serge, paix à son âme, ce sera une « cache d’armes ». Tiens, tu crois qu’ils me le rendraient, comme souvenir ? Non, je plaisante… Non, Serge m’a toujours dit qu’il n’y touchait plus. Pourquoi je l’aurais pas cru ? Donc il s’était lancé dans la récupération de véhicules. Pas trop les bagnoles. Sauf les jeeps. Plutôt camions, trucs à chenilles, ce genre de machins. D’un côté, t’avais de la demande, de l’autre, t’avais le matos. Lui, il était au milieu… Oui, t’as raison, milieu est peut-être pas le terme adéquat…
Faisait un peu dans le particulier, tu vois : transporteurs, maçons… Surtout au tout début. Mais c’était pas le plus gros. Il avait démarré avec, hein, faut bien toujours démarrer… Après, il a eu des clients qui ne cherchaient pas qu’un seul GMC, tu piges ? Vendait en Espagne, au Maghreb, en Extrême-Orient… En Afrique… Pas des milliers, non plus, hein, faut pas exagérer ! Surtout que l’Etat faisait de la concurrence. Quasi déloyale, d’ailleurs ! Cassait les prix ! Enfin… Ah non, il ne touchait pas à la mécanique, Serge ! Lui ? Surtout pas ! Heureusement ! Import-export. Réglo, quoi. Pas pignon sur rue, hein, faut pas croire ! T’as pas besoin d’une belle vitrine, une secrétaire sapée ras la salle de jeux et une plante verte pour ce genre de négoce. Vendait pas des Ferrari ! Remarque, moi j’aurais préféré…
Les tout débuts, il circulait un peu partout, pour trouver ses bahuts. L’était toujours par monts et par vaux. Ça lui prenait du temps. Surtout qu’à l’époque, il fallait, je sais pas moi, plus d’une douzaine d’heures pour aller à Strasbourg, et presque trois jours pour Biarritz. C’est bien, Biarritz. Tu connais ?… Alors, pour revenir avec ses trouvailles… T’imagines… C’est qu’il y avait des priorités, et des prioritaires. Surtout des prioritaires. Et c’est pour ça que souvent, il avait besoin d’un de mes clients.
Et puis, tu sais, c’était du matériel militaire, et l’Armée, elle avait des fois du mal à le lâcher, surtout là, quand on ne savait pas trop à qui c’était. C’est que tout était mélangé : l’américain, le boche, l’italien même… Y’avait des endroits, ils avaient stocké à la va-vite, sans trop faire de paperasse… Des fois, il n’en revenait pas. Il me racontait de ces trucs ! Trois bahuts au bord d’une route, sous les buissons, plus personne s’en rappelait. Va savoir à qui c’était, tiens ! Une moto au fond d’une mare, mais y’avait aussi le gars sur la selle, plus un machin à six roues, sans les roues, mais pas trop esquinté. Un stock de pneus et de bidons d’huile, comme ça, sous un préau d’école. Un gars qu’avait récupéré cinq camions-citernes, mais qui savait plus quoi en faire… Un collectionneur, peut-être ! De ces trucs… J’avais du mal à y croire, même en les ayant en face de moi, ses trouvailles. Et alors, pour tout ça, parfois, fallait un coup de pouce, faut pas croire ! Et puis, l’était pas le seul…

(suite et fin de l'épisode, demain)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 25, 2019 11:37    Sujet du message: Répondre en citant

Comme promis… Et Joyeux Noël à tous !

D’autres fois, il tombait sur un bon coup… Tiens, imagine : le Marcel revient d’Allemagne, et si ça se trouve, après un détour par les hôtels au Joseph – y’en a eu, et donc, il rentre à la ferme. Plus de bestiaux ! Tous clamsés, ou réquisitionnés, va savoir. Et si ça tombe, la ferme… Bref. On est en 46, tout le monde le croyait mort, tout juste si sa bourgeoise s’est pas remariée, car faut bien vivre. Et paf, il débarque ! Surprise des deux côtés, tu peux me croire ! Lui, il est parti en laissant bobonne toute jeune mariée, un peu de terre, trois vaches et un mulet, peut-être un cochon, aussi. Et quand il revient, il ne lui reste plus que trois-quatre bouts de terrain. Et encore ! Et sans un sou, sans les bêtes, va-t’en redémarrer la ferme, tiens… Et si, en plus, y’a un marmot venu on sait pas d’où pour compléter le tableau… Alors, le terrain, avec ce qui est dessus, les trucs et les machins, ça reste. Faut pas croire ! Ça dort. C’est ça que Serge cherchait. Tiens, je te parie qu’en chinant bien, il y a encore des endroits où on pourrait trouver des souvenirs de ce genre… Dès qu’il mettait la main sur le gars, à la ville, le Serge lui proposait quelques biffetons. L’autre, ça lui mettait du beurre dans les épinards et puis y se disait qu’une fois toute cette ferraille bonne pour la casse débarrassée, il pourrait peut-être… De ce que j’ai compris, avec trois camions, les gars arrivaient à en refaire un, voire deux, avec du pot. Comme certains clients étaient pas trop regardants… Et puis, y’avait surtout tout ce que Ricains et Français bradaient, vu qu’ils en avaient plus l’usage… Faut pas croire ! Ça partait par lots entiers… Bon, comme c’était pas des chars…
Oui, oui, mais c’est des craques, cette histoire d’armes ! Tu parles que s’il avait été vraiment mouillé là-dedans, il serait sorti de cabane pour le mariage de la petite ! Et encore !
Bon, c’est vrai, y’a eu le coup des mitrailleuses. T’es trop jeune pour te rappeler, mais ça a fait très mauvais genre. L’avait pas besoin de toute cette publicité pour ses affaires, le Serge ! Outre que ça l’a mis de mauvais poil, vu que l’autre taré lui faisait un enfant dans le dos. S’il l’avait découvert tout seul, ils auraient sans doute réglé ça entre hommes. Là, comme les pisse-copie et les flics s’en sont mêlés… On a étouffé l’affaire ? Etouffé, étouffé… Oui, oui, on a dit qu’il servait d’intermédiaire. Mais c’est ce qu’on a raconté dans les journaux. Et les journaux… T’es bien placée pour le savoir, non ?
Mais je parle, je parle… On s’égare, là, ma p’tite… Tu veux une papillote ? Ou mieux : regarde, j’ai ces trucs, dans la boîte, là : fourrés cognac ou crème de noisette, c’est-y pas beau, ça, madame ? Après, il reste aussi de tes chocolats. Avec un petit porto, ça ira. Ou tu veux repiquer au thé “amélioré” ? On va dire à Juanita de nous rejoindre, tiens, le repassage attendra. Elle te parlera du Réveillon… Mais si, faut que tu viennes ! »
(…)
« … Ah, toi aussi, tu le trouves bizarre ? Il a rien mangé depuis hier… Et je suis certaine qu’il n’a pas farfouillé dans les chocolats… Tu connaîtrais pas un véto, dans le coin ? Je sais qu’il n’est plus tout jeune… Hein, mon gros père… T’as des heures de vol, toi aussi. La date de péremption approche… Comme pour moi… Oh, si, te fais pas d’illusion, chaque jour… Enfin… De toute façon, on n’y peut pas grand’chose, hein… Allez, t’as bien fait de venir, parler me changera les idées… Encore que des fois, c’est pas que des roses et des p’tites fleurs, oui… Mais si mes radotages t’intéressent… Ah, ben si, quand même, je radote ! Comme tous les vieux. Mais si ça peut servir à quelqu’un…
T’as un sujet ? Pas spécialement ? Va falloir se creuser la cervelle, alors… Au fait, t’as réfléchi à ce que je t’ai dit, pour le Premier de l’An ? Va falloir te décider ! C’est qu’y a pas tant de places que ça, quand même ! Faut pas croire !
Dis donc, ça me fait penser à un truc… Non, non, c’est pas un souvenir… Je voulais t’en parler l’autre jour. L’aut’ fois, quand t’étais avec la Fatiha, elle t’a jamais dit pourquoi ils étaient venus ici ?… Ben, sur le coup, ça m’a échappé, mais puisqu’il allait à Londres, lui, il aurait pu tout aussi bien l’emmener là-bas, hein ? Elle aurait fait ses courses à Lonedone. A côté, Lyon… Bon, tant mieux pour Camille, hein, mais quand même, c’est bizarre, je trouve… La rétrospective ? Tu sais, l’avion, ça se prend dans les deux sens… Pour lui, venir à Lyon depuis Londres, c’est comme si toi, tu allais à Grenoble, tout juste. T’as pas eu l’impression qu’y avait comme qui dirait de l’eau dans le gaz ? Elle a rien dit de particulier ? Pour une journaliste, t’as la curiosité sous-vitaminée, dis donc !… Ah, mais moi, je suis une vieille bique, et les vieilles biques, ça fourre son nez partout… N’empêche, on aurait juste dit qu’il voulait pas l’avoir dans les pattes, non ? Non ? Tu ne crois pas ?… Ben, tu vois autre chose ? Une raison pour qu’elle reste ici ?… Allez, on va dire que ça n’a rien d’important. Laisse tomber.
De quoi je te causais, avant-hier ? Des noëls chez la baronne ? T’es sûre que ça serait pas plutôt un seul Noël ? Si je me souviens bien, y’a eu que celui-là. Pour les autres… C’est vrai que vu de maintenant, y’en a pas eu des tas, de noëls… Compte : ça nous fait 40, 41, 42, 43 et 44. Cinq… Oui, je compte 44, mais comme je compte pas 39, ça équilibre. Et ça fait six si tu rajoutes 45. Même si la guerre était finie, y’avait plein de choses qui duraient, à commencer qu’on continuait à la sauter. Peut-être moins, mais c’était pire, parce que, tu comprends, y’avait plus l’excuse du blocus.
Bref, on peut pas dire que c’était vraiment des réjouissances, même si on essayait. On faisait avec. Un de mes meilleurs souvenirs, ce n’est pas un Noël, tu vois. Faut pas croire ! C’est l’anniversaire de Suzy. Je m’y étais prise à l’avance, pour la farine. Pour les œufs et le beurre, la Normandie, ça m’a bien aidée. Alors, je lui ai fait un gâteau. 42 ou 43. Je sais plus bien, mais le gâteau, je m’en rappelle ! Oh, l’était pas très gros, et c’était pas tout à fait la bonne date, il me semble, mais qu’est-ce que ça lui a fait plaisir ! Et puis, qu’est-ce qu’il nous a paru bon ! On aurait été à “l’Institut” que ça n’aurait pas été mieux ! Pour les bougies, on a fait sans, mais le cœur y était, c’est ce qui compte. Et puis, des bougies… Tu te vois, toi, devant vingt-trois ou vingt-quatre bougies ? Passe encore quand t’es môme… C’est une vraie connerie, d’ailleurs, cette histoire de bougies ! T’es môme, t’as dix ans : dix bougies. Mais vu qu’y a toute la famille, plus les copains, si ça se trouve, ta part, elle est riquiqui. C’est mathématique : dix bougies, ça tient sur une assiette à dessert. Imagine, par contre, le gâteau qu’il faudrait, pour moi, pour que tout tienne. Et je suis toute seule ! Même si j’invite Juanita, son Rosé et son môme, et même avec toi en plus… A te dégoûter de la pâtisserie, tiens ! Quand je te dis que le monde est mal foutu.
“L’Institut” ? “L’Institut”… Ah oui, “l’Institut”. Un restau ? Eh bien, comment dire… pas tout à fait. Ça tenait plutôt de la cantine, par certains côtés. Une drôle de cantine, faut pas croire ! J’y ai été invitée qu’une seule fois, ça m’a suffi. Pas qu’on y mangeait mal, oh non ! On y mangeait plutôt de trop, ça oui ! Mais c’est surtout les clients. Là-bas, l’entourage avait de quoi te couper l’appétit, et pourtant, j’en ai vu… Ça ne te dit rien ?… Je ne sais pas si on peut en trouver des photos… C’était Avenue Victor Hugo. Le pauvre, il a dû se retourner dans sa tombe ! En fait, officiellement, c’était un club privé. C’était pas le seul, hein, on n’a jamais mélangé les serviettes et les torchons, pas plus à cette époque qu’avant ou maintenant. Y’en avait d’autres, où les gens “comme il faut” pouvaient se retrouver entre eux, sans que Raymond raye le parquet avec ses gros godillots tout boueux. Mais çui-là, c’était le pompon ! Son vrai nom, c’était « l’Institut de l’Empire ». Pour de vrai. Oui, « de l’Empire » ! A l’époque… Napoléon ? Qu’est-ce qu’il viendrait faire là-dedans, lui ? Non, c’était un journal, qui s’appelait comme ça rapport à l’Algérie, l’Afrique, le Tonkin, tout ça… Comment qu’ils pouvaient rêver des colonies ? Elles leur en filaient plein la tronche, les colonies, à l’époque ! Et pas de la banane ou de la semoule ! Enfin, y’en a que ni la honte ni le ridicule ne tuent. T’en connais sûrement. Eh bien, Lutz, il était de ceux-là. C’était le patron, et le patron du journal, ou un des patrons, vu que c’était dans le même immeuble. Drôle de journal, drôle de zig, et drôle de club, faut pas croire. Tu sais, vu les rations qu’on nous laissait, t’avais souvent la dalle. Je te l’ai déjà dit ? Bon, alors, je te le redis. Pas que je radote, mais parles-en à tous ceux de cette époque : c’est la première chose dont ils se souviennent. A “l’Institut”, tu pouvais t’en mettre plein la lampe ! Oh oui ! Les restrictions, y connaissaient pas ! Foie gras, steaks, gigots, bons vins, Paris-Brest,… ça manquait pas. Des tas de bonnes choses qu’à force, tu te demandais si ça avait existé un jour.
Tu vois, d’un côté, on te faisait les gros yeux rien que parce que tu avais l’idée – l’idée ! – d’une bonne daube, de l’autre, t’en avais que les restrictions ne gênaient guère, vu que c’était eux qui les faisaient. Faut pas croire ! Tu veux que je te retrouve un menu d’un restau de l’époque ? Facile : rutabaga, topinambour, semelle et plâtre… Semelle, pour la viande, et plâtre, pour le frometon. Pas du beaufort, tu vois. Tu veux une idée des prix ? Fallait des tickets, hein, là aussi. Y’avait quatre catégories de restaus, tu vois, les bons, où tu casquais entre trente et cinquante francs, et après, ça descendait. Et t’imagine pas qu’on y trouvait de tout : y’avait pas de poisson, pas de salade, pas de sucre, pas de beurre, un seul verre de vin… Evidemment, ça, c’étaient les menus officiels. Obligatoires. Affichés. Faut pas croire ! Tiens, une idée des prix. Le genre de truc qui te marque : le gruyère, puisqu’on parle fromage : plus de cent francs le kilo. Les œufs, les œufs pour le gâteau : à Paris, ça valait dans les cent francs la douzaine ! Tu sais combien gagnait une nana en usine, à l’époque ? Même pas neuf cents francs ! Alors, y’avait la débrouille. Et la magouille. J’te raconterai…
C’est vrai qu’on n’a pas trop fait les queues, nous autres, Suzy, Lydie, Olga…, mais tu passais dans les rues, et tu pouvais pas les manquer, les files de bonnes femmes collées au mur en attendant leur tour ou que ça ouvre. T’en avais qui apportaient leur tricot. Ça papotait. Des fois, ça se chamaillait, y’en a qui resquillaient. Et t’attendais pas deux-trois plombes pour écouter piauter un godelureau, hein, faut pas croire ! Tu poireautais pour cent grammes de pain, un demi-litre d’huile, un petit sac d’ersatz… Et celles qui pouvaient pas faire la queue, tu sais comment qu’elles faisaient ? Non, même pas une très bonne copine ! C’était des trucs à flinguer une amitié de trente ans. Non, t’envoyais un mioche tenir la place, par exemple. Y’en avaient même qui payaient des gonzes pour les remplacer ! Si ! Ça faisait quatre sous au jeunot du coin, c’était de la débrouille pour tout le monde. Tout le monde ! Que tu sois prolo, commis aux écritures, flic ou prof, t’avais qu’un truc en tête : la débrouille. Pour tout. Et de la débrouille à la magouille, y’a moins épais qu’un cache-baigneur au Crazy.
Au restau, si tu connaissais et que tu pouvais, le patron t’améliorait le menu. Tu pouvais avoir de la purée. Ou deux cents grammes de rognons, au lieu des même pas cent grammes du menu. Tu vois le genre ? Tout s’échangeait sous le manteau, tout ! La pipelette avait des patates, le boucher du charbon, le figaro, de l’huile, l’épicier, de la laine, le serrurier, de l’essence… On peut plus s’imaginer, aujourd’hui…
Mais si toi, tu ramais pour trouver un litre d’huile parce que tes pompes prenaient l’eau, à “l’Institut” , le cuir, ils le traitaient par camions entiers, si pas par wagons. Et l’huile, je te dis pas ! C’est là qu’ils venaient faire leurs petites magouilles et leurs gros bénéfices, tous, les Bell, les Otto, les Dubois, les membres des « comités » de tout poil. Flamber mille ou quinze cents francs de l’époque, c’était rien, pour eux. Une fois, j’y ai été ! Heureusement, c’est pas moi qui payais ! Une seule fois ! Ça m’a défrisée ! Et j’ai pas tout capté ! Quinze cents balles ! Quinze cents balles en 40 ! Ou 42, ou 43… Tu sais, nous, on visait pas le prolo ou le bidasse, “Madame” nous trouvait des qui avaient du répondant. Mais des comme ça, c’était à te dégoûter. Note que ça ne dégoûtait pas tout le monde, hein, faut pas croire ! Et quand t’étais là-bas, à la table d’à côté, t’avais ceux de la rue Lauriston et les autres du même acabit, qui bâfraient et qui payaient dix fois moins cher. Non seulement on s’asseyait sur tous les règlements – à l’époque, ça poussait mieux que le chiendent, les règlements - mais en plus, c’était à la tête du client. Et ta carte d’alimentation, on s’en tapait !
Tiens, je l’ai pas gardée, mais je peux te réciter le numéro de la mienne, de carte : 42 412 T. « T » parce que « travailleur de force ». Une combine à “Madame”. Oui, « travailleur »… travailleuse, plutôt, « de force » ! Rigole pas ! Comme ça, on avait droit à un peu plus. Un petit peu plus. Mais comme à chaque fois, on était rationnées un peu plus aussi. Oh, y’avait d’autres bizarreries, tu sais. J’ai plus d’exemple en tête, mais y’avait de ces trucs ! Comme on voyageait accompagnées, et qu’on partait de temps à autre en “excursion”, nous, si on pouvait, on ramenait des bricoles. Les gendarmes nous embêtaient pas. Si on pouvait, hein ! Ces jours-là, on n’avait pas trop de temps libre ! Faut pas croire !
Et même quand on restait chez “Madame”, entre deux clients, va pas croire qu’on jouait aux cartes ou qu’on faisait des mots croisés ! Si, pour becqueter, “Madame” arrivait à nous trouver de quoi, on devait se débrouiller pour le reste. Fallait savoir repérer les opportunités. T’allait à un rendez-vous, paf, tu tombais sur un môme qui vendait des savonnettes, au coin de la rue. Y’avait vite un attroupement : premier arrivé, premier servi ! Avec du bol, t’avais ta savonnette. Bon, t’arrivais avec du retard. T’aurais pu prendre un vélo-taxi, sûr. En plus, ça usait moins les semelles. Mais alors, t’aurais pas eu de savonnette ! Remarque, le vélo-taxi, si ça se trouve, il pouvait t’avoir des cigarettes. Ou du vieux pneu, pour les semelles. Faut pas croire !
Et puis, on s’habillait pas avec des sacs… Comme Suzy était plus grande que moi, et même si à force, on devenait toutes taillées comme des haricots verts, impossible qu’on se refile nos frusques. Un soutif, à la rigueur. Des fois, j’empruntais son ensemble à Olga, et des fois, c’était Lydie qui m’empruntait mes pompes. Des escarpins… non, pas semelle de bois : semelle de fibre de verre, ma chère ! Qui m’avaient coûté la peau du … Mais je pouvais pas m’offrir l’ensemble et les chaussures, tu vois… J’ai cassé une lanière, une fois… Et pour la faire réparer, ça n’a pas été triste ! Trouver un bouif, déjà. C’est là que certains ont commencé à tiquer. Facile de dire « les Juifs… » Seulement, voilà : tu cherchais un médecin… plus de médecin. Un cordonnier ? « Disparu ». Un tailleur ? Fermé… Tu comprends ? Tous n’étaient pas juifs, loin de là, mais y’en avait quand même un paquet ! Faut pas croire !
A force, ceux qui restaient, ils avaient trop de boulot, et plus assez de matos. Surtout ceux qu’avaient besoin de cuir, de tissu, de métal. De métal ? Le plombier. Le rétameur. Tu peux pas comprendre. Important, le rétameur ! On faisait la chasse aux bassines, aux seaux. C’était tout en ferraille, ces trucs-là ! Avec quoi tu crois qu’on bouchait les trous de la lessiveuse ? En mettant un doigt ? Tu vois ? Les figaros, ils se débrouillaient. En plus, on récupérait les cheveux. Alors…
Au fait, si tu viens, pour le Réveillon, t’aurais de quoi t’habiller ? Ça sera pas en grand tralala, pas question de se déguiser en sapin avec des boules et des guirlandes partout, mais c’est Réveillon, quand même… T’y as pas pensé ? Ben, ma p’tite, t’es vraiment au trente-sixième dessous !… Qui te parle d’acheter ? Tu veux pas louer ? Louer, c’est possible… On en reparlera tout à l’heure. Comment tu crois qu’elle va faire, Juanita ? Mais si louer ça te défrise… Tu vois, c’est là qu’un Julot, ça peut servir… Quoi ? Y’a rien de malhonnête ! Au contraire, ça a le mérite d’être clair. Et puis, un petit truc, qui peut resservir, c’est quand même mieux qu’un repas, même si c’est du bon. Oh là là, fais pas cette tête-là ! Si on dirait pas que je t’ai proposé de tuer quelqu’un ! Remarque, y’a une autre solution, si louer ou te faire offrir un cadeau ça ne te dit rien. Mais pour ça, faudrait que tu te débrouilles comme une grande pour être invitée à un truc bien. Parce que, dans ce cas, Camille, elle pourrait peut-être te prêter quelque chose. Oui, comme pour la rétrospective. Une sorte de mannequinat. Réfléchis-y. Et puis, on en reparle déjà tout à l’heure…
En attendant, où j’en étais ? “L’Institut”… C’est ça : “l’Institut”. Tous, ils y sont passés, à “l’Institut”, tous ! Tous ceux qui dégoisaient sur les Juifs « qui suçaient le sang de la France ». Tous les mercantis qui trafiquaient de tout. Z’avaient pas besoin de faire un tour chez les cousins de la campagne pour ramener un jambon et deux kilos de patates dans leurs valoches, eux ! Faut pas croire ! Tous ceux qui te parlaient « d’effort national » et de « lutte contre l’ennemi commun », et qui tordaient le nez sur le gigot trop cuit. Avant 40, c’est tout juste si tu leur aurais pas donné dix balles, et là, d’un coup, ça roulait sur l’or. Zokolikof, ça te parle ? Oui, un Russe. Avec un nom comme ça, tu voulais qu’il soit quoi ? Sénégalais ? M’étonne que t’en aies pas entendu parler ! T’inquiète, lui, il avait pas troqué ses costumes contre deux pneus ou de l’essence ! Et c’était pas la saloperie de tissu qu’on nous refilait, qui foutait le camp dès que ça voyait l’eau ! L’avait du coton, de la laine, lui, pour ses costards ! Et c’était pas le seul ! Et Joanovici ? Ça te dit rien, non plus ? Non ? « Ferrailleur », qu’il se disait. « Pas ferrailleur, faire ici » qu’on disait dans son dos. Plutôt loin de son dos. Jamais rencontré ni l’un, ni l’autre. Et je ne m’en plains pas ! Mais ils étaient connus, oh oui, même s’ils ne faisaient pas la une des journaux ! Et tu crois qu’il n’y avait que ces deux-là ? C’est curieux, hein, maintenant, on en parle moins, de tous ceux-là. Tous ceux qui travaillaient avec ou dans les « bureaux d’achat », et se servaient au passage. Ceux qu’on retrouvait à la Roseraie ou au Lido, A croire qu’ils sont devenus richards sans le faire exprès !
Tiens ? Qui revoilà ? ça a combien de vies, un matou ? Sept ? Ou neuf ? Alors, à quoi tu joues, gros pépère ? Viens voir mamy, va, gangster ! Tu sais, je me demande si c’est pas ces nouvelles croquettes… Ça le ballonne. Je vais y ouvrir une boîte de pâté pour ce soir, et demander à Juanita qu’elle me retrouve la marque d’avant… Sacré vieux grigou ! Tu sais que tu m’as fait peur ? Regarde-le, Léa : c’est sûr qu’il comprend ! Mais c’est pas la peine d’essayer de m’attendrir : compte pas là-dessus pour avoir un bout de nougat ! Au contraire ! On parlait restrictions, eh bien, pour toi, ça va être régime ! Ça ne te fera pas de mal.
Nous, par contre, faut qu’on s’entraîne… T’as goûté ceux à la cerise, l’autre jour ? Non ? Tu devrais ! Moi, faut que j’essaie un au café. Doit pas y avoir trop de café dedans, non ? Et puis, on va être raisonnables, on va juste boire une infusion. Moi, en tout cas. Si tu veux un thé ?… »

(Fin de l'épisode)
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Déc 27, 2019 06:31    Sujet du message: Répondre en citant

c'est toujours aussi génial a lire, ce langage fleuri, et ce ton de la conversation...
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« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Déc 28, 2019 01:18    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Qu’on reste chacun dans not’coin, devant Drucker, un verre de bulles et une part de bûche ?


Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

Le seul défaut de ce texte fut d'être publié à Noel - avec moins de public qu'autrefois.

Citation:
Y’a pas eu qu’un seul grand Frisé pour lui ôter ses toiles d’araignée, crois-moi !


Pierre Perret ?

Citation:
Tu sais, l’usine, là… Qu’a un nom boche…


Schneider ?

Citation:
Et Joanovici ? Ça te dit rien, non plus ? Non ? « Ferrailleur », qu’il se disait. « Pas ferrailleur, faire ici » qu’on disait dans son dos. Plutôt loin de son dos. Jamais rencontré ni l’un, ni l’autre. Et je ne m’en plains pas ! Mais ils étaient connus, oh oui, même s’ils ne faisaient pas la une des journaux !


Voir une histoire en France ...
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Archibald



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MessagePosté le: Sam Déc 28, 2019 17:25    Sujet du message: Répondre en citant

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici

Les bras m'en sont tombés... et a plusieurs reprises. Mais c'est quoi ce bonhomme ??!!! Shocked Shocked
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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Déc 28, 2019 18:52    Sujet du message: Répondre en citant

Un distingué membre de ma profession -ou presque... celui la est connu, il y en eu certainement d autres. Faut vraiment que je me penche (pas trop fort - je ne tiens pas à y tomber...) sur le BTP durant l occupation.
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houps



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MessagePosté le: Dim Déc 29, 2019 16:07    Sujet du message: Répondre en citant

Bravo Dan ! Effectivement, Pierrot (et c'est une vieille chanson! ) et Schneider. Il faut excuser Erika, l'âge, ou le personnage, prête à ce genre de confusion. (Schneider = patronyme boche)
Pour Schneider, OTL, le premier bombardement eut lieu le 17 octobre 42, vers 19.00, avec 81 Lancaster. (dommages modestes, 62 civils tués, 500 familles sans abri). Rebelote le 20 juin 43 avec 290 Halifax et Sterling : 1/5 des bombes au but ou raisonnablement près, 270 civils tués, 207 blessés, 800 bâtiments détruits, et ce jusqu'à 5 km de l'usine...
OTL, l'usine Schneider du Creusot fabriquait armes et véhicules pour la W. Alors, oui, je sais, en FTL, il y a eu le Grand D. Mais pendant la guerre, les affaires continuent. Vous croyez que Scneider au Creusot, FTL fabrique des bicyclettes ? Ou que l'usine a déménagé ?

Ah oui, Archibald, moi aussi, le ferrailleur m'a... euh... surpris. Comme quoi, l'Occupation, ce n'est pas que "la Traversée de Paris".
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Archibald



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MessagePosté le: Dim Déc 29, 2019 17:35    Sujet du message: Répondre en citant

Pour le ferrailleur la langue anglaise a une expression très particulière "larger than life" (plus large que la vie ??)
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demolitiondan



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MessagePosté le: Dim Déc 29, 2019 22:25    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne suis pas certain que Schneider ait l'opportunité - sinon la volonté - de collaborer avec l'ennemi en FTL. Le Creusot est pas loin de la Loire, sur la ligne de front de juillet ...
Bref ... Un, deux !
Tiens tout de suite après la messe, chuis allé dans un pince-fesses, parce que dans les saints-Lieux maintenant, on peut plus draguer tellement.
J'approche une petite brune, de dos c'était la pleine lune, qui me dit tiens vous le petit frisé, venez m'enlevez mes toiles d'araignée.
Je lui dis, non, non, non. Non, non, non non non non ! On se connait que depuis cinq minutes. Pour danser d'accord ! La bibise d'accord ! Mais pour le reste pas d'accord.'

Le tout de mémoire - j'écoutais Pierre Perret en boucle autrefois. Et après je reprenais ca dans la cour de mon établissement sans trop comprendre ce que je chantais ... à neufs ans. Bref, j'ai surement dû passer pour ce que je suis ...

Elle me traine chez son père, je croise un gorille en colère ...' Wink Wink Wink Wink Wink
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Mar Déc 31, 2019 09:18    Sujet du message: Répondre en citant

Archibald a écrit:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici

Les bras m'en sont tombés... et a plusieurs reprises. Mais c'est quoi ce bonhomme ??!!! Shocked Shocked


Il y a d'ailleurs une superbe BD, une série en fait, qui relate l'histoire de Mr Joseph durant toute la période de la seconde guerre mondiale, ses relations aves les Nazis et la carlingue et les resistants du réseau Honneur de la Police. Je vous la conseille :
https://www.bedetheque.com/BD-Il-etait-une-fois-en-France-Tome-1-L-Empire-de-Monsieur-Joseph-67443.html
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Archibald



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MessagePosté le: Mar Déc 31, 2019 11:58    Sujet du message: Répondre en citant

En effet la "carrière" de ce type m'a l'air d'un bonne matière a BD, romans et autres...
Le plus drôle c'est certainement certains lecteurs, ignorant que le personnage fut bien réel, se disant "cet auteur de BD ne manque pas d'imagination..." "comment ? il existe ? pour de vrai ? c'est une blague ?"
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houps



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MessagePosté le: Dim Jan 05, 2020 10:58    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Je ne suis pas certain que Schneider ait l'opportunité - sinon la volonté - de collaborer avec l'ennemi en FTL. Le Creusot est pas loin de la Loire, sur la ligne de front de juillet ...
Bref ... Un, deux !
Tiens tout de suite après la messe, chuis allé dans un pince-fesses, parce que dans les saints-Lieux maintenant, on peut plus draguer tellement.
J'approche une petite brune, de dos c'était la pleine lune, qui me dit tiens vous le petit frisé, venez m'enlevez mes toiles d'araignée.
Je lui dis, non, non, non. Non, non, non non non non ! On se connait que depuis cinq minutes. Pour danser d'accord ! La bibise d'accord ! Mais pour le reste pas d'accord.'

Le tout de mémoire - j'écoutais Pierre Perret en boucle autrefois. Et après je reprenais ca dans la cour de mon établissement sans trop comprendre ce que je chantais ... à neufs ans. Bref, j'ai surement dû passer pour ce que je suis ...

Elle me traine chez son père, je croise un gorille en colère ...' Wink Wink Wink Wink Wink


Désolé pour cette réponse tardive, Dan.
Bon.
Tu remarqueras que je ne donne pas de date, sinon les dates OTL. Pas sûr que le calendrier soit le même. Par contre, pour ce qui est de la "collaboration" de Schneider, qu'elle soit voulue ou contrainte, je pense qu'on ne peut pas y couper. Si tu entends par sa présence sur la ligne de front de juillet qu'elle a été dévastée par les combats de 40... mouais... à voir quelle a pu être l'ampleur des dégâts.
Après, je ne dis pas que l'usine sort - aux alentours de l'été 42 - un véhicule toutes les heures, faut pas char...rier ! Par contre, la faire bombarder - ou accepter qu'elle soit bombardée - et non sabotée "en interne"- ça peut être un signal politique fort de la part d'Alger, vis à vis de ses "partenaires" comme de ses adversaires : pas de compromis.
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MessagePosté le: Dim Jan 05, 2020 13:32    Sujet du message: Répondre en citant

Relax - Erika ne mentionne même pas Schneider ! Puis elle peut mélanger ses souvenirs aussi - la vieille dame a bien vécu, elle a des heures au compteur même. Pas d'inquiétudes ! Very Happy
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MessagePosté le: Dim Jan 05, 2020 15:27    Sujet du message: Répondre en citant

No problem, Dan ! Relax à donf ! Very Happy
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MessagePosté le: Lun Fév 17, 2020 12:58    Sujet du message: Répondre en citant

Des deux côtés du front russe, tempête sous les crânes !
En attendant les conclusions, une gâterie offerte par HOUPS.


Erika réveillonne (suite)


«… Ah, quand même ! Ça y est ? T’es équipée ? T’as fini par te décider et t’as trouvé ? Eh bien, tu vois, quand on veut, on peut… Tu me fais voir ? Pas tout de suite, hein, on a le temps… Et maintenant, à dix jours de là, vu que tu t’es décidée à venir, viens pas me dire que tu sais pas si tu vas rester, hein. T’es pas Cendrillon ! A ton âge, le Réveillon sans passer minuit, ça ressemble à quoi ? Le Minou Rose sans les poteaux ?…
Pose-toi, je te montre… Ben oui, c’est un plan de table. Plutôt un plan de salle, faut pas croire ! Regarde, je t’ai casée avec des jeunesses, tu f’ras connaissance. Pas de la pintade de batterie, rien que des filles bien. On en trouve encore. Là, c’est moi, Wilma, Juanita et son homme, là, c’est que du beau monde, je vais t’expliquer… Ben oui, y’a des hommes… ça te fait peur ? T’es quand même une drôle de fille ! Tous des salauds, mais en même temps, Margot et fleur bleue, hein ? Nunuche à fond. Tu sais que c’est les filles comme toi qui se font avoir ? Y m’avait pourtant semblé deviner quéqu’chose d’intéressant sous ce plumage de bécasse… Ben oui, bécasse. Bécassine ? Non, je confirme : bécasse. Et laisse-moi te dire que, question ramage et plumage, c’est pas à Mamy Erika qu’on va en remontrer. Va falloir que tu changes, ma p’tite, et vite, parce que t’auras pas toujours vingt ans…. Faut pas croire ! Oui, c’est ce que je viens de dire : bientôt trente.
Et monte pas sur tes grands chevaux ! D’abord c’est un coup à se casser la g… la figure, et après, t’auras l’air de quoi, hein ? Ensuite, si je te dis que je sais de quoi je parle, c’est que j’ai été un peu comme toi, autrefois…
Toi ! Descends de là ! Ça se mange pas !…
Voilà – Tu te rappelles de Kurt ?… Oui, la valise. La valise, la Suisse, tout ça… Le Kurt venait de me larguer. Bon, je savais bien que ça arriverait un jour ou l’autre, et comme une cruche, j’en étais à me dire que si je prenais les devants à notre prochain passage au pays des marmottes, p’têt que mon François trouverait à me caser… Tu vois, j’avais quand même gardé un fond de naïveté… Oui, vu de maintenant, c’est plus un fond, c’est au moins la moitié du flacon. Et pourtant, depuis Tours, il en était passé, de l’eau sous les ponts… Enfin…
Bon. Donc, juste avant Noël, me v’là de retour dans notre petit appart’, à Suzy et à moi, sans Suzy, vu qu’elle avait son gars du NEF, ou du SONEF, je me rappelle plus bien… Remarque, elle pointait pas chez lui, hein, faut pas croire ! Elle passait souvent, et entre deux… comment dire… entre deux clients, on se voyait. Comme ça, on pouvait se dépanner. Preuve qu’on s’entendait bien, quand même. Je te file mon rouge – enfin, ce qu’il en reste – et tu me prêtes tes gants. Des trucs comme ça. Des tuyaux sur les mecs, aussi. Tout aussi utile. Ça forge le caractère, les convictions et ça rend certains trucs presque supportables.
Tu te doutes bien que “Madame” était pas du genre à me voir me tourner les pouces. Faut pas croire ! Alors, j’ai fait des soirées. Des après-midis aussi. Plutôt des Frisés que des Français. Avec le recul, je me dis qu’au fond, ça valait mieux. Faut pas croire ! Ben… comment t’expliquer… les Boches étaient Boches, rien à redire. Et les Français, ils auraient dû être Français. Mais ce que faisaient ceux qu’on côtoyait… Je sais pas ce qu’en pensait Madame. L’époque prêtait pas à ce genre de confidences. Déjà que c’était les confidences qu’on devait rapporter… Oh non ! Pas que Serge ! Et pas la même chose ! Ni de la même façon ! Serge, c’était entre quat’zyeux. Je t’ai déjà expliqué. C’était simple : unités, lieux, blazes… Mais les autres…
Tu vois, après certains clients, chez “Madame”, on recevait de la visite. Pour ces visites-là, “Madame” était toujours là. Pourquoi ? Je sais pas trop. Pour nous ? Hum… Pour elle ? Va savoir… Ces types, c’étaient du genre que t’aurais pas eu envie de croiser dans la rue un soir de couvre-feu, crois-moi. Qui posaient des questions, comme ça, sur Machin et Truc. Et qu’étaient copains comme cochon avec eux, hein ! Ah ben si ! Faut pas croire ! Juré, craché !… Ben, qu’est-ce tu crois ? Tu racontais… Un peu… Ou tout… C’est que des fois, ils s’énervaient ! Apparemment, tu leur disais pas ce qu’ils voulaient entendre. Comment qu’on aurait dû faire ? Inventer ? T’imagines où ça aurait pu nous conduire ? T’inventes, tu te coupes… Pas facile pour tout le monde, crois-moi ! On faisait pas mieux chez Amar, faut pas croire !
D’un côté, “discrétion”, c’était le maître mot de la maison. D’accord ? De l’autre, t’avais ces types qui faisaient la pluie et le beau temps à Paris, et qui venaient se rencarder « en passant » qu’y disaient. Z’étaient pas menaçants, remarque. Enfin, pas trop. Z’avaient juste à être là. Faut pas croire ! Vu ce qu’on savait d’eux… Bon, donc t’avais déjà ça… Mais en plus, les mêmes gonzes – un, te demandaient si on n’avait pas posé des questions sur eux, et qui – deux, te posaient, eux, des questions sur Untel ou sur Untel, – et trois, tiens-toi bien, v’là le pompon, tenaient quand même à ce qu’on reste une maison connue pour sa discrétion… Fastoche, hein ? Et toi, t’étais au milieu. Saluez l’artiste ! Si c’était pas un sacré numéro de cirque, ça… Et “Madame” ? “Madame” faisait même pas Monsieur Loyal. Encore moins l’Auguste. “Madame” faisait… ce qu’elle pouvait. C’était à parier qu’elle se demandait comment elle allait se tirer de ce bazar, et quand. Le problème, il était là : quand. Evidemment, pour nous…
Et je te parle même pas de Suzy ! Elle en pouvait plus ! Son régulier la questionnait en tête-à-tête sur ses autres clients, tout en lui disant ce qu’il fallait qu’elle rapporte à ces mêmes clients ou aux autres zigs, là, sans omettre de lui raconter le genre de questions qu’on lui posait. T’imagines ? Tiens, heureusement qu’on était rationnés question remontants, parce que c’était un coup à choper une cirrhose dans le mois. Comme Suzy était quasiment maquée avec son régulier, “Madame” pouvait pas trop l’en décrocher. C’était pas le genre de la maison. C’était le client qui te larguait, pas toi qui lui disait « Salut, et merci pour ce moment ! » Par contre, elle a été sympa avec moi. Sans doute à cause de la valise, quelque part. Elle m’a aiguillée autant qu’elle a pu chez les Boches. Les militaires. Les “visibles”. On dira pas “les plus fréquentables”, ça dépendait du point de vue… En tout cas, le moins possible ceux de la drôle de faune qui tournait dans certains quartiers. Ça me changeait, mais c’était pas plus reposant pour autant, faut pas croire !
Comme on était en ’43, j’ai fait pas mal d’hôpitaux. Au début, surtout. Le dernier, pour Noël, justement. Mais çui-là, on peut presque dire qu’il a compté pour des prunes. C’était Noël. Oh, va pas t’imaginer des choses ! Je passais pas voir les malades la tronche passée au blanc, ou avec une fausse barbe et un manteau rouge ! Remarque, y’avait quand même un peu de ça. Tu vois, « Ach Parisse », « les betites Vrançaises » et le french cancan, ça permettait de remonter le moral des troupes. Et puis, ceux qu’étaient à Paname, z’étaient pas au pays. La guerre, c’est une chose, mais quand ton voisin rentre avec la guibole en moins… Bon, évidemment qu’au pays, ils se prenaient du “made in USA” sur la tête. Nous aussi, faut pas croire ! Mais sans doute pas dans la cambrousse. Ou moins. Les morts, y sont plus là. L’esquinté, lui, tu le croises tous les jours. Tiens, un exemple : pour moi, avant ça, la guerre, c’était mon père et son bras aux abonnés absents. Du concret, quoi. Donc, tout ça pour dire que j’ai comme ça accompagné un ou deux médecins militaires, et des gradés.
On allait voir des blessés. Les pas trop amochés, hein, faut pas croire ! Et pas tous des troufions, tu vois. Pas du tout, même. Des qu’il fallait retaper pour les renvoyer fissa au casse-pipe, des “spécialistes” qu’on avait besoin d’urgence… Moi, j’étais là pour faire passer la pilule. C’était du genre « Regardez, je suis une chouette nana, le gradé, il s’amuse bien avec moi, et vous, vous allez pas tarder à faire de même. » Une fois ou deux, j’ai même apporté des fleurs ! Pas moi qui les avais choisies, hein. Ni achetées… Oh oui ! on trouvait plus de beurre, mais on pouvait acheter des fleurs… Des bouquets, hein. Des couronnes, ç’aurait été une faute de goût. Si pas du sabotage. Très à la mode, tiens, le mot « sabotage », à l’époque. Y avait plus de gaz ? Sabotage ! Coupure de courant en plein effeuillage des girls du Tabarin ? Sabotage ! Plus de papier dans les toilettes ? Sabotage ! Il pleuvait sur la revue ? Sabotage !… J’exagère ? A peine, ma pauvre, à peine… Remarque, ceux qui pouvaient se payer des roses, ils n’avaient pas trop de difficultés, eux, à trouver du beurre. Faut pas croire ! Toi, bien contente si t’avais les épines.
Bon. T’imagines bien que le repos du guerrier – tu parles d’une expression, « repos du guerrier » ! « Le repos du guerrier, m’a dit un jour un colonel, c’est sous terre, six pieds, si on a le temps, et bien heureux s’il est entier ! » Enfin… Le repos du guerrier, donc, il était pour le gus qui me trimballait dans les couloirs parfumés à l’éther, pas pour ceux qu’étaient en vrac dans les pieux. Et encore, ceux-là, c’était pas les plus amochés. Z’étaient juste « en convalescence ». Dès qu’ils pouvaient faire un tour à Pigalle, hop ! Direction casse-pipe, séance de rattrapage ! Une fois, on a eu droit à tout un bazar, avec photographes et remise de médaille. Ah non, c’est pas moi qui l’ai épinglée ! Moi, j’étais la plante verte dans le fond. Celle qui filait le bouquet. Heureusement pour moi, ce cliché-là n’est jamais paru. Ç’aurait été un truc à faire jaser, plus tard…
Pour en revenir au repos du guerrier, y’en a eu plus d’un… On va dire qu’ils ont touché qu’avec les yeux. Soit ils étaient trop soûls pour arriver seulement à quitter leurs bottes, et je te parle pas du réveil, soit le seul fait de coucher dans un plumard les envoyait chez Morphée. Pas de quoi se plaindre, ça me faisait des vacances. Un peu de cinéma le matin, ou bien tu disais un mot à l’ordonnance, et tout le monde était content. Dans les deux cas, le gars était persuadé d’avoir un trou de mémoire, et comme il allait sûrement être interrogé – plus ou moins discrètement – par ses copains, il allait pas raconter qu’il se l’était mise derrière l’oreille pour la fumer plus tard… Remarque, du coup, certains voulaient remettre le couvert pour se faire des souvenirs. Alors là, évidemment… On allait au plus court, on va dire, parce que leur temps était compté, quand même. Le nôtre aussi, hein… Faut pas croire !
Oh, c’était des types qui venaient d’un peu partout, surtout de l’Est, mais pas que – fin 43, on a vu arriver ceux qui venaient du Midi. Officiers, tu penses bien. Des aviateurs, des marins, et d’autres. Remarque, ça n’a pas trop duré. Ben, d’un côté, vu ma disposition pour le Teuton… et de l’autre, tout s’accélérait. La tournée des hostos, ça n’a duré qu’un temps. Même avant le Grand Retour, comme on a appelé ça plus tard, la parenthèse dorée des convalescences à Paname, ça commençait à se refermer. De plus en plus d’esquintés, de moins en moins de bon temps, de moins en moins de médecins… Çui de Noël, ça a été le bouquet final. Plus personne n’y croyait, mais tout le monde faisait semblant. Par la force des choses, on va dire que je suis revenue à du plus classique. Du classique qui m’a quand même fait regretter ça, faut pas croire ! Même si c’était pas folichon. T’imagines ? Le genre de visite qui t’inspirait guère pour l’épisode suivant. Ou alors, faut fumer de la cafetière. Personnellement, je préférais passer à l’hôtel avant, tu vois. Mais ça ne se passait pas toujours comme je l’aurais voulu. Et encore, je te rappelle qu’on allait voir que des types triés sur le volet. Bichonnés par les maquignons de la Propagandastaffel. Quelle époque !
Pourquoi j’ai regretté ? Ben, ma fille, parce que la qualité baissait. Baissait, oui. Avec deux s et une cédille, même. Oh, il en restait encore quelques-uns qui avaient de la classe, du savoir-vivre, t’emmenaient à une première ou à un diner et te laissaient un p’tit cadeau. Mais il y en a eu, et de plus en plus, qui nous prenaient quasiment pour des putes. Ceux-là, y seraient allés direct au One-Two-Two… Et autant te dire que pour le standing … Quant au petit cadeau… Même si on allait au cabaret, à La Roseraie par exemple, c’était plus des adeptes du Casino ou du Lido que de l’Opéra. Remarque, vu ce qu’était devenu l’Opéra… Au début, j’y étais allée, pour assister à une représentation d’une pièce de Wagner, montée pour l’occasion. Ça devait être fin 40, plutôt 41, même. Laquelle ? Me souviens pus. C’est pas mon préféré, çui-là, et c’est sans rapport avec cette époque… Je suis plus Berlioz, à la rigueur, si on insiste. Bref, c’était plus ça. Et encore, le Lido, pour eux, c’était vraiment la crème de ce que pouvait offrir le pays… Parfois, on se risquait à l’Impérial… Ah non, je me goure, le cinoche, c’était qu’avec des Français. T’imagines, les Boches, au cinoche ? Qu’est-ce qu’ils auraient entravé, passé les Actualités ? Même Mam’zelle Bonaparte, ça leur aurait rien dit. Remarque, z’avaient des séances spéciales, mais c’était plutôt pour les troufions de base. De toute façon, en général, ils n’aimaient pas trop le cinoche. Z’avaient trop la trouille d’un attentat. Faut pas croire ! D’un aut’ côté, pourquoi y’aurait pas eu d’attentat au One-two-two ou au Moulin Rouge, hein ? Va savoir…
Bref, c’était plus vraiment ça.

(à suivre demain)


Dernière édition par Casus Frankie le Lun Fév 17, 2020 13:33; édité 1 fois
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