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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Nov 28, 2019 11:28    Sujet du message: Répondre en citant

Vous reprendrez bien encore un peu de tourisme en Italie (par Etienne)…


19 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Gênes
– Avant de prendre la route pour San Remo, l’Oberst Thom décide d’explorer les alentours même de la ville. Il lui faut absolument implanter les sites de stockage et de montage, et la topographie particulière du relief italien ne lui laisse que quelques options. Si Villafranca pourra approvisionner les rampes de La Spezia et des environs, il faut d’autres vallées de communication avec la côte. Les cartes ne lui indiquent guère que celle du Polcevera qui aboutit à Gênes d’une part, et à Alessandria de l’autre par le val du Scriva, et plus à l’ouest, les vallées accueillant les voies ferrées aboutissant à Savone via Ceva, et Vintimille.
Avec son équipe habituelle, il remonte donc la vallée du Polcevera pour trouver un endroit intéressant à Bolzaneto, vers Ponte Decimo. Stockage ou montage, peu importe : il y a là un certain nombre d’usines de tailles différentes, propices à l’affaire sans avoir à construire. Il faudra juste bétonner de l’intérieur la plus grande pour améliorer la tenue face aux bombes, mais ce sera plus discret que de monter une bâtisse importante.
Pour des rampes, l’officier repère trois lieux. Au nord de la vieille ville, le val du Bisagno offre plusieurs possibilités. Celui du Polcevera peut également recevoir des rampes à Rivarolo, avec pour seul inconvénient une assez forte densité d’habitations. A l’ouest, la vallée menant à Carpenara est aussi intéressante, de par son orientation et la présence d’une voie ferrée.
Le militaire peut ainsi envoyer la première partie de son rapport à sa hiérarchie avant d’entamer son deuxième périple vers la Riviera francese…

20 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Arenzano
– La première étape de l’équipe de l’Oberst Thom à la recherche de lieux susceptibles d’accueillir les rampes de lancement des armes V reste proche de Gênes. Un premier site est repéré à Voltri, à 20 km à peine de la résidence génoise de l’officier. Mais les discussions avec les responsables politiques locaux de la RSI y sont difficiles : pour eux, il est hors de question d’exproprier des habitants pour construire des abris bétonnés destinés aux Allemands, alors que l’Organisation Todt a déjà réquisitionné des terrains pour construire des fortifications ! Ce n’est qu’après avoir téléphoné à leur hiérarchie que les Italiens s’inclinent, et de fort mauvaise grâce.
L’histoire se répète une dizaine de kilomètres plus loin sur la côte ligure, dans le village d’Arenzano. Afin d’éviter de trop longues conversations, Thom va directement s’enquérir auprès des édiles locaux. Ceux-ci, dûment chapitrés par leurs supérieurs qui ont fait passer entretemps un message à toutes les communes du secteur, adjoignent à l’officier un des leurs, connaissant bien la région et ses habitants, et parlant la langue de Goethe grâce à ses racines : il est originaire de Mareta, un petit village de montagne proche du Brenner et de la frontière autrichienne. Après s’être enquis des desiderata de l’Allemand, mais sans pouvoir comprendre de quoi il retourne véritablement, Vittorio Pruno se met en devoir de montrer à Georg Thom des sites correspondants, si possible sans devoir exproprier des gens. Surpris de l’insistance que l’Allemand accorde à l’orientation, l’Italien note ce détail dans un coin de sa tête… ça peut servir.
Après avoir ainsi trouvé trois emplacements possibles, Pruno conduit ses Allemands dans une auberge pour y passer la nuit avant la pluie qui menace, imposant leur clientèle à l’hôtelier d’un regard noir et perçant. Enchanté, Thom accepte rapidement la proposition de l’Italien de lui servir de guide pour la suite du voyage : il connaît bien toute la côte jusque Vintimille, l’ayant explorée dans tous ses recoins de par son métier de voyageur de commerce… La berline carrossée par Touring peut bien accueillir un passager supplémentaire, surtout que Pruno est plutôt petit et mince.

21 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Celle Ligure
– La pluie s’invite pour la journée, transformant le voyage relativement touristique jusqu’ici en une corvée contraignante sur une chaussée rendue glissante par l’eau des nues. Heureusement, le chauffeur maîtrise parfaitement la voiture, et Pruno s’avère un compagnon de route absolument charmant, décrivant le paysage au fur et à mesure qu’il se déroule à travers le pare-brise balayé par les essuie-glaces.
A Varazze, on s’arrête, suivant les directives de Georg Thom, qui a étudié ses cartes à l’avance et repéré un ou deux vallons ayant une bonne orientation, c’est-à-dire vers la Corse. Les pourparlers avec les élus locaux sont rapides, grâce à la directive reçue et à la présence de Vittorio, qui joue les interprètes. Deux sites sont enregistrés, de part et d’autre d’une colline étroite et abrupte qu’il sera aisé de percer [Le souterrain sera d’ailleurs utilisé après la guerre pour aménager une autoroute !].
L’arrivée à Celle Ligure s’effectue sous une pluie de plus en plus drue. Après avoir étudié plusieurs possibilités, Georg Thom décide d’arrêter là les frais pour la journée : on passera la nuit dans cette petite cité aux belles plages, hélas peu utilisables par ce temps.

22 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Albisola Superiore
– Les conditions météorologiques, mauvaises la veille, sont exécrables en ce jour. De véritables trombes d’eau se déversent du ciel, empêchant l’équipage de l’Oberst Thom d’aller plus loin que cette bourgade balnéaire voisine de Celle Ligure, mais qui dispose d’une gare qui sera certainement d’usage pour les sites de Celle, et que l’officier visite avant de renoncer à aller plus loin. On repère néanmoins un emplacement sur la rive gauche du torrente Sansobbia, mais sous le déluge, il est malaisé de prendre des mesures. Thom se résigne donc à attendre une accalmie dans un hôtel plus habitué à recevoir des touristes que des soldats. Heureusement, Pruno fait à nouveau tampon avec les propriétaires, peu aimables au premier contact avec les Allemands.

23 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Savone
– Le retour du beau temps permet à l’équipe de Georg Thom de finir le relèvement du site prévu à Albisola avant d’aller jusqu’à Savone, entre les rives du Lettimbro et du Lavanestro. L’ancienne Savo des Romains a un passé historique consistant, notamment de lutte contre Gênes, rivalité à laquelle elle doit ses nombreuses fortifications. Guidé par Pruno, l’Oberst doit remonter le Lettimbro pour trouver de la place : les habitations sont nombreuses et denses. Deux sites sont néanmoins enregistrés, un sur la rive du fleuve, l’autre dans une vallée un peu au nord de la grande gare de Legino, sans compter une possibilité de lieu d’assemblage.
Le soir, à l’hôtel, à l’abri des regards, Vittorio Pruno note, comme chaque jour, les relevés des sites choisis par l’officier allemand. Il range ensuite avec soin les feuillets de papier bible dans… un missel qu’il porte toujours sur lui.

24 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Spotorno
– Le voyage se poursuit le long de la côte ligure, où il fait grand beau à présent. Les cinq hommes s’arrêtent un peu avant la bourgade, au pied de la tour d’un vieux château. Des grottes apparaissent au pied du relief, et l’Oberst Thom se dit qu’elles pourraient bien être aménagées, avec la tour du château en hauteur comme poste d’observation. Qui plus est, il y a une gare dans la ville, un bon point. Ici aussi, la voie ferrée passe par de nombreux tunnels, bien pratiques contre les attaques aériennes.
Trois autres emplacements pour des rampes de lancement sont repérés sur la route, à Finale Pia, Borgio Verezzi (un système de grottes de 800 m de long particulièrement bien placé, avec une gare le long de la plage) et Pietra Ligure, où l’équipage va passer la nuit. Ce soir-là, après un solide repas pris en commun, deux hommes rédigent consciencieusement leurs notes, chacun dans sa chambre…

25 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Loano
– L’étape suivante est dans cette ville balnéaire de la côte ligure, ou plus précisément à Verzi, un petit village proche, en amont sur la rive gauche du torrente Nimbalto. Un peu plus éloigné de la côte, la roche y est facile à creuser et il peut abriter les stocks. Thom se dit qu’il faudrait plus d’endroits de ce type : du large, ce serait quasi indétectable vu l’orientation.
Du ciel, par contre… Avec inquiétude, Thom observe par trois fois dans la journée l’approche d’avions alliés – des monomoteurs, qui font systématiquement obliquer l’Alfa Romeo à couvert des arbres ou des maisons. Que cherchent-ils ? En les voyant piquer à de nombreuses reprises le long de la côte, nul doute que le trafic routier doit faire partie de leurs cibles, autant être prudent.
Plus proche du rivage mais avec une bifurcation de celui-ci à angle droit empêchant l’approche d’un navire, donc un repérage, c’est le site trouvé à Peagna, un hameau proche d’Albenga, dans une cuvette propice au creusement dans la roche. La gare d’Albenga fournit un point d’arrivée pour l’approvisionnement. Seul souci : une hostilité manifeste des autochtones, que même Pruno ne parvient pas à maîtriser, bien qu’il s’y emploie avec ardeur, ce qui n’empêche pas l’Oberst de ressentir une certaine gêne de vis-à-vis de son guide. Pourquoi ? Il ne saurait le dire. Mais l’empressement de l’aubergiste ce soir-là lui paraît… excessif, ce qui amplifie son inquiétude. Inquiétude peut-être exagérée par la sensation d’impuissance face aux pénétrations des chasseurs américains (ou français ? il n’a pas pu les reconnaître).

26 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alassio
– Proche d’Albenga, cette ancienne cité très active sur le plan maritime et commercial depuis le moyen-âge est également devenue un centre touristique très prisé, notamment des Anglais, avant la guerre. Pour le moment, ce sont les pêcheurs qui la font vivre, en rapportant non plus du corail rouge pour les vacanciers, mais du poisson pour nourrir les habitants. Une autre activité s’est développée récemment dans cette cité fortifiée depuis des siècles : l’organisation Todt modernise le travail des Anciens. Elle pourrait bientôt avoir un surcroît de travail, car l’orientation des vallées qui aboutissent à la ville attire l’attention de l’Oberst Thom, qui emmène son équipe en reconnaître deux. Si le vallon le plus étroit et encaissé est peu habité, ce n’est pas le cas de l’autre, large et abondamment bâti. Il y a cependant suffisamment d’endroits déserts pour creuser une installation dans les collines.
En continuant vers le sud, on aboutit à Marina di Andora, après avoir contourné le cap Mele. La vallée creusée par la Merula est bien orientée, et suffisamment large pour pouvoir affiner l’angle de tir des rampes, aussi Thom fait-il remonter le cours d’eau pour trouver un emplacement bien abrité et moins visible du large. A peine sorti du village, le Monte Castello domine la plaine, raison d’être du château d’Andora bâti au sommet. Au pied du mont, la sortie du tunnel du chemin de fer, qui ne pouvait contourner le cap. Le château est un excellent point d’observation, mais beaucoup trop visible et peu facile d’accès. On pourra néanmoins y implanter une batterie de flak, en plus du poste de guet qui s’y trouve déjà. En poursuivant vers l’amont, trois hameaux intéressent Thom : Pian Grande, Ferraia et Pian Rosso-Costa. Au retour sur le rivage, il va comme à son habitude visiter les chantiers de Todt, afin de signaler aux responsables qu’ils pourraient bientôt avoir une charge de travail supplémentaire.
La journée s’achève à San Bartolomeo di Mare, où l’orientation d’un vallon attire là aussi le regard de l’officier. Seul inconvénient, l’absence de gare, mais Vittorio Pruno le rassure : à 3 km, il y a celle de Diano Marina, où on fera halte le lendemain, la vallée ressemblant à son avis à celles déjà visitées. Cette réflexion amène deux pensées dans l’esprit de l’Allemand : l’Italien est intelligent et a compris ce qu’il voulait, mais en a-t-il percé les raisons ?

27 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Diano Marina
– En effet, la vallée qui monte de la ville portuaire (en fait le port du vieux bourg médiéval de Diano Castello) possède une orientation correcte, et le train y débouche directement d’un tunnel face à Diano Castello, où l’on peut aisément installer observatoire et batterie anti-aérienne. Avec l’aide de Pruno pour négocier avec les autorités locales, toujours ombrageuses malgré l’ordre supérieur d’accéder à ses demandes, Georg Thom note un bel emplacement, avant de reprendre la route pour Imperia, étape suivante sur son itinéraire.
Sur les rives de l’Impero auquel elle doit son nom, la ville d’Imperia est la réunion depuis 1923 des cités médiévales d’Oneglia et Porto Maurizio, séparées par un port militaire d’importance : Oneglia était la demeure – et la propriété – de l’amiral Andrea Doria et de sa famille. Si on y ajoute une gare de belle taille, cela en fait une cible privilégiée pour les bombardiers alliés. Mais cet inconvénient est balayé par l’orientation favorable de la vallée de l’Impero, qui doit permettre la construction de plusieurs sites de lancement d’armes V (V1, surtout). Les bâtiments anciens de la ville peuvent, eux, abriter des centres de montage.
Plus à l’ouest, à 3 km à vol d’oiseau au-dessus de Port-Maurice (ou Porto Maurizio), Pruno fait découvrir à Thom la petite cité de Caramagna Ligure et ses environs, où le relief moins accentué peut permettre l’installation de rampes en nombre. Avec l’infrastructure proche d’Imperia, c’est pour Thom un endroit susceptible également d’accueillir les fusées A4 (V2).
La nuit se passe à San Lorenzo al Mare, où Pruno pense pouvoir aussi trouver un terrain convenable. Décidément, l’Italien est fort utile. Surtout qu’après s’être inquiété de ses antécédents auprès du responsable local de l’Abwehr, Thom a été rassuré par un rapport élogieux, décrivant « un fasciste fidèle au Duce depuis le début ».

28 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
San Lorenzo al Mare
– La pluie fait son retour sur la côte ligure, ce qui gêne quelque peu les déplacements de l’Alfa Romeo de Georg Thom, malgré son chauffeur, toujours aussi adroit. Ce sont surtout les relevés de terrain qui sont difficiles, comment noter sous les gouttes ? Si le manteau de cuir de l’officier l’empêche d’être trempé, ce n’est pas le cas de l’Italien qui est dégoulinant quand il remonte en voiture.
Le colonel parvient cependant à trouver un endroit intéressant, à la sortie d’un tunnel ferroviaire. Même sans gare, il doit être possible d’arrêter un train pour le décharger petit à petit, en gardant le plus gros à l’abri de la roche. Puis on repart, toujours sous de nombreuses ondées, afin d’aller jusqu’à Arma di Taggia, où la première action est de trouver un hôtel ou une auberge, pour se sécher un peu. Les reconnaissances se feront demain !

29 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Arma di Taggia
– Au lever du jour, c’est un ciel toujours chargé de nuages que l’Oberst Thom découvre en ouvrant ses volets, et des gouttes frappent les vitres. Tant pis, on attendra un peu avant de sortir. Il semblerait que l’aubergiste soit une connaissance de Pruno, on devrait pouvoir lui demander quelques renseignements sur le pays, ce qu’il fait pendant le petit déjeuner avec amabilité, fait plutôt rare.
La reconnaissance des lieux ne commence que dans l’après-midi, avec des éclaircies fort appréciées. La rive gauche du Fora di Taggia est plutôt abrupte, et si cela se dégage et s’aplanit un peu au niveau de Castellaro, une rampe située là trouverait du relief devant elle, ce qui est plutôt incompatible avec les V1. Un site V2, peut-être, car ce relief le masquerait du large.
Par contre, en face sur la rive droite, à Taggia même ou un peu en aval, il y a de nombreuses possibilités, malgré une densité d’habitations assez importante. Qu’importe, il y a quand même de la place, et peut-être que les Alliés hésiteront à bombarder des civils ?
L’arrêt des ondées en fin d’après-midi amène Thom à partir de suite pour San Remo, afin d’être à pied d’œuvre au plus tôt le lendemain matin.

30 avril 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
San Remo
– Beau temps sur la cité des fleurs. De sa chambre de l’hôtel Bellevue, Georg Thom peut contempler les somptueux jardins fleuris dans toute leur splendeur printanière. Mais l’homme n’est pas là pour se repaître du parfum enivrant des corolles colorées, pas plus qu’il n’a le temps d’aller jouer au casino, un des quatre d’Italie ! Il lui faut partir reconnaître les environs, la topographie des lieux – une cuvette centrée sur la ville – offrant de nombreux emplacements propices à l’installation des rampes de lancement des armes V.
Lors du petit déjeuner, le maître d’hôtel, approché par Vittorio Pruno, consent à donner quelques conseils sur des lieux facilement accessibles et bien situés, allant jusqu’à conseiller le mont Bignone, accessible par un téléphérique inauguré en octobre 36 ! L’Allemand sourit à cette évocation, pensant à juste titre qu’une cabine de téléphérique pourra difficilement accueillir du matériel lourd comme un Fi 103, même si le Sanrémasque lui parle d’une capacité de 25 personnes. Le militaire retient surtout que les pentes du relief, bien boisées, peuvent facilement abriter des installations avec des rampes orientées vers la Corse, vu l’axe général du cirque montagneux, et sans avoir d’obstacles par devant.
De fait, la journée sera longue et fructueuse, l’équipage routier poussant même jusqu’à Termini, où l’on découvre en bord de mer une grotte accessible et bien orientée. Il fallait aller jusque là, car on prévoit des orages pour le lendemain, et Thom juge préférable de rentrer au somptueux hôtel Bellevue, plus agréable pour y passer des journées pluvieuses si cela devait être nécessaire.

4 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
San Remo
– Ce n’est que ce matin que l’Oberst Georg Thom, son guide, ses deux gardes et son chauffeur peuvent enfin reprendre la route vers Vintimille. Les orages ont été diluviens pendant quatre jours, refroidissant toute ardeur d’aller prospecter par des routes glissantes vers des terrains pentus, souvent ravinés par les eaux et ce qu’elles peuvent charrier. Le cadre luxueux et l’hospitalité du Bellevue y ont probablement été aussi pour quelque chose, un peu de repos après la course effrénée des derniers jours ne pouvant faire que du bien. L’officier a également pu mettre ses notes au propre et commencer la deuxième partie de son rapport : il ne lui reste plus grand-chose à voir, et Pruno lui a décrit les caractéristiques des derniers lieux à visiter.
Un peu avant Vintimille, la vallée de la Nervia et la gare de Vallecrosia attirent l’attention de l’officier, qui fait obliquer Moritz vers l’amont de la Nervia jusqu’au village de Camporosso, à 3 ou 4 km du rivage. L’orientation est bonne, et les nombreux bois d’oliviers peuvent fournir un couvert contre les yeux – et surtout les appareils photographiques – de l’aviation alliée. Peu de bâtiments dans le coin, donc la route est déserte et peu entretenue, mais la gare n’est pas loin.
Après s’être attardé à plusieurs endroits, Thom fait repartir l’Alfa Romeo vers l’aval, la côte et Vintimille, une fois traversée la Nervia. Dès les premiers faubourgs de Vintimille apparaît l’importante gare de triage, un peu avant la gare principale. Deux belles cibles en perspective, qui ont d’ailleurs déjà reçu quelques visites des bombardiers alliés. Il va falloir ruser pour camoufler des installations. L’orientation de la vallée de la Roya peut permettre des tirs vers Bastia, mais guère vers Ajaccio, et le relief est trop important et sinueux pour espérer des tirs de V1/Fi 103 depuis la haute vallée. Mais la ligne ferroviaire venant de Turin par cette vallée et le col de Tende permet l’acheminement de matériel lourd, comme des fusées V2/A4. Georg Thom cherche donc plutôt des sites de stockage, de montage, voire un ou deux pas de tir pour les V2, et il en trouve en remontant la Roya jusque Varase, notamment à Bevera. Les discussions sont à nouveau nombreuses et ardues avec les responsables locaux italiens, mais Vittorio Pruno fait toujours merveille.
Satisfait, l’Allemand peut rentrer tranquille à Gênes. Pour le moment, on va profiter d’un bon hôtel à Vintimille.

5 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Vintimille
– La pluie est à nouveau au rendez-vous ce matin, mais l’Oberst Thom n’en a cure : il n’a plus vraiment à sortir de la voiture pour aller inspecter des terrains rendus boueux par les précipitations, et comme il a toute confiance dans les capacités de conducteur de Moritz, qu’il a déjà vu à l’œuvre sur le mouillé, c’est sans arrière-pensée qu’il fait prendre le chemin du retour à l’équipage de la belle berline dès 8h00. La route est longue – près de 260 km – et sinueuse, l’Allemand a pu s’en apercevoir à l’aller. Avec la pluie, il n’est pas impossible qu’il faille faire étape avant la nuit, même si en cette saison, les journées sont longues. Un court arrêt à Arenzano pour déposer leur guide, et l’équipée s’achève vers 21h00 devant la villa génoise.

8 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Gênes
– Une amélioration dans la situation climatique permet à l’Oberst Thom de prendre place dans un Bf 108 Taifun, direction Berlin.

10 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Berlin
– L’Oberst Thom présente son rapport à sa hiérarchie – c’est à dire aux représentants de Göring, Speer, Pohl et Kammler, réunis en hâte. Il a renseigné 48 sites de lancement pour V1 (dont 5 en dessous de la ligne Gothique), 7 autres pour V2, 5 sites de stockage et 6 sites de montage, sans oublier, pour ces derniers, qu’il doit y avoir d’autres possibilités d’en implanter de l’autre côté des Apennins : Coni, Alexandrie, Plaisance, Parme, voire Turin ou Milan. Les participants à la réunion louent la qualité de son travail – la suite de la carrière de l’officier se présente bien !

12 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Gênes
– Après avoir remis son rapport, l’Oberst Thom est revenu à Gênes par la voie des airs, directement cette fois, et toujours dans un Taifun. Il est à présent chargé de mettre en place les travaux avec le concours de l’organisation Todt et de son ingénieur (et général) Fischer, le tout sous le contrôle du Feld-Maréchal Albert Kesselring, chef du Heeresgruppe F. A ce titre, il se réinstalle dans la villa qu’il occupait auparavant, retrouvant également avec satisfaction son Alfa, son chauffeur et ses gardes. Au moins, il a l’impression d’être en terrain familier !
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MessagePosté le: Jeu Nov 28, 2019 21:12    Sujet du message: Répondre en citant

Mais dis voir Etienne, on dirait que tu as fait toi-même le parcours de cet Allemand ! Ça donne envie de visiter le coin, je n'ai pas dépassé San Remo, où j'ai quand même dégusté une excellent escalope milanaise et un tiramisu fabuleux (et copieux !).
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En principe (moi) ...
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Etienne



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MessagePosté le: Jeu Nov 28, 2019 21:22    Sujet du message: Répondre en citant

Eh non, je n'ai jamais dépassé Bordighera! Où se trouve un collecteur/traiteur/revendeur de racines de bruyère pour fabriquer des pipes (les vraies, j'en vois déjà qui rigolent, je maudis Frédéric Dard sur ce point! Je le lis quand même, et si vous ne connaissez pas son histoire de France, je vous la conseille)
Bref, je me suis juste contenté de la cartographie Google (et ancienne pour confirmer), en traitant chaque village par Wikipédia, ou plus si je trouve...
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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 09:37    Sujet du message: Répondre en citant

Maieuh c'est la route de la Toscane tout ca ... Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Etienne



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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 10:34    Sujet du message: Répondre en citant

Bin oui, et alors?
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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 10:45    Sujet du message: Répondre en citant

Ben alors tu me donne envie de me barrer ! Voila ! Wink Wink Wink Wink Wink
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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 10:57    Sujet du message: Répondre en citant

C'est déjà ça de pris! Laughing
J'avais moi aussi besoin de m'évader un peu, après les horreurs balkaniques ou de l'Est...
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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 11:00    Sujet du message: Répondre en citant

Attttttennnnnnd je bosse sur la Roumanie là !!!!! Laughing
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Etienne



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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 12:49    Sujet du message: Répondre en citant

Justement!
Un peu de vacances avant la boucherie... Laughing Laughing
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Nov 29, 2019 20:23    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
O Corsa Bella


tchitchix ?

_________________
« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
"Nous vaincrons car nous sommes les plus forts" (Reynaud) "Heureusement, sinon, qu'est ce qu'on aurait pris !" (Goscinny)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Jan 19, 2020 09:16    Sujet du message: Répondre en citant

La suite… avec une guest star des plus sympathiques.

12 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Monaco
– L’homme qui descend du train sait où il va. Il marche d’un pas rapide, mais sans paraître se presser. Ses yeux balayent les alentours sans pour autant donner l’impression d’une suspicion, moins encore d’une inquiétude suspecte. Il étudie le terrain, voilà tout. Un coup d’œil à l’horloge surplombant la porte de sortie, puis il sort de la gare et s’engage sans hésiter dans une ruelle inappropriée aux véhicules qui descend vers le port, passant devant l’église Sainte-Dévote. Ensuite, il longe un temps les quais avant de s’arrêter à la devanture d’un bistrot à l’enseigne O Grimaldo.
Le troquet ne paye pas de mine, niché dans les renfoncements sous la chaussée du boulevard Albert Ier qui monte vers l’hôtel de Paris, avec deux petites tables en terrasse, associées à des chaises ayant vécu. L’homme allume une cigarette tout en regardant discrètement autour de lui. Non, il n’a pas été suivi, d’ailleurs il y a peu de monde à cette heure encore matinale. Il franchit alors le rideau de perles de bois qui marque le seuil de la cambuse. A l’intérieur, le peu de lumière le fait s’arrêter un moment, clignant des yeux.
A son entrée, le patron pose le verre qu’il est en train d’essuyer, sort de derrière son comptoir, salue silencieusement le nouveau venu d’une poignée de main ferme et l’entraîne vers l’arrière-boutique, d’où sort une femme entre deux âges, tout de noir vêtue, des pieds au fichu qui lui enserre les cheveux. Sans un mot, elle prend la place du bistrotier au bar.
Une heure après, les deux hommes ressortent. Après une nouvelle poignée de mains, le voyageur repart en sens inverse, vers la gare.


20 mai 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– La DGSS reçoit un message expédié par un réseau de Résistance du côté de Monaco, certainement grâce à un observateur italien, car il donne une liste détaillée d’endroits entre Vintimille et Gênes où les Allemands prévoient des constructions bétonnées « orientées vers le large ». Des batteries côtières ? L’information est rangée pour plus tard… Avec cependant copie de la liste à l’Armée de l’Air, afin qu’un avion de reconnaissance aille de temps à autre y jeter un œil – même s’il est probable que l’informateur anonyme donnera des nouvelles de l’évolution des travaux, si travaux il y a ! Jusqu’ici, on fait surtout état de fortifications en cours de Massa (sur la côte toscane) jusqu’à Marseille. Un peu plus, un peu moins – il faudra surtout beaucoup de béton aux Teutons, il risque d’y avoir pénurie !


29 juin 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
La Spezia
– Dans un bel hôtel de la ville donnant vue sur le port, l’ingénieur général Fischer, de l’organisation Todt, et l’Oberst Thom, de la Heer, ont prévu de discuter tranquillement des chantiers de construction des rampes V1 et V2 du secteur. Les liasses de plans ont été disposées sur une belle table d’acajou de la suite occupée par l’ingénieur. Mais l’emploi du temps programmé est quelque peu bouleversé dès cinq heures du matin, lorsque retentissent les sirènes d’alerte, puis les coups de canon des batteries anti-aériennes, ce qui a pour effet de tirer du lit les deux Allemands d’une manière précipitée. Mais si Fischer descend directement vers les imposantes caves de l’hôtel datant du moyen-âge, Georg Thom, curieux, se dirige vers la porte d’entrée afin de voir ce dont il retourne. Spectacle insolite sur le perron face au port que cet homme en pyjama, bottes aux pieds, casquette sur la tête et Lüger à la main, affichant une mine étonnée.
Devant ses yeux encore embrumés de sommeil débouchent, parallèlement aux quais, six ou huit chasseurs portant les cocardes tricolores françaises, tirant sur tout ce qui bouge ! Le poste de DCA installé devant l’hôtel est ainsi touché par une rafale qui fauche les servants italiens. Stupéfait, l’officier réagit en pointant instinctivement son arme, dans un futile geste de défense. Aussitôt après, l’attention de Thom est attirée par d’autres avions, qui arrivent en sens inverse des premiers et bien plus haut – des bombardiers bimoteurs cette fois. Ça devient vraiment dangereux – avant que les bombes commencent à pleuvoir, l’officier rentre dans l’hôtel rejoindre Fischer à la cave. Ce dernier l’interpelle :
– Was ?
– Des Français. Comme il y a une semaine à Gênes, à croire qu’ils me poursuivent. Mais cette fois avec de vrais bombardiers, pas seulement des monomoteurs.
– Ach ! Que fait la Luftwaffe ?
– Je l’ignore, et je n’ai pas attendu pour voir si elle intervenait !

A ce moment, les bombes commencent à éclater. L’immeuble ne reçoit pas de coup direct, mais il est secoué et le plâtre dégringole du plafond de la cave, couvrant d’une fine poussière blanche les réfugiés qui pestent de plus belle. Leur remontée à la surface va être fort comique pour les témoins de la scène…


30 juin 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
La Spezia
– Dans la fraîcheur relative du petit matin estival, un Mosquito PR du GR III/33 venant de Corse effectue une passe photographique au-dessus du port de la côte ligure. Il s’agit d’estimer les dégâts occasionnés par le raid de la veille. Une mission de routine, qui déclenche le feu des batteries de DCA mussoliniennes devenues nerveuses, mais qui restent imprécises, vu la vitesse et l’altitude du bimoteur.
C’est au développement des épreuves photographiques que la routine disparaît : en dehors des résultats du bombardement, les spécialistes découvrent des chantiers de diverses tailles aux alentours de la ville, à Ceparana et San Terenzo. L’information est aussitôt transmise à Alger. Ne pouvant préciser la nature des travaux, l’état-major demande de mener de nouvelles reconnaissances, spécifiques sur ces lieux.


16 juillet 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Bastia-Borgo
– Le 2nd lieutenant William “Bill” Hornsby Jr, du 111th TRS, 68th Recon Group, a rapporté de beaux clichés des dégâts occasionnés par le raid de la veille sur le port de Gênes. L’attention de l’officier du renseignement qui les inspecte est attirée par des travaux d’importance qui ne figuraient pas sur les précédentes reconnaissances. Visiblement, les Allemands bétonnent, et pas qu’un peu, dans des endroits peu habituels. Un rapport est donc transmis à sa hiérarchie, avec copie aux services français, qui coopèrent sur ces zones géographiques.


18 juillet 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Bastia-Borgo
– Les ponts de Vintimille ayant fait l’objet d’une visite des A-20 Havoc du 25th BG, il est d’usage d’en vérifier l’état par une mission de reconnaissance photographique, opérée cette fois par un Lockheed F5 du 122nd ORS, 68th Recon Group. L’officier chargé de l’examen des clichés observe plusieurs chantiers en cours de bétonnage, et transmet l’information à ses supérieurs ainsi qu’à ses collègues français qui partagent le même laboratoire.


26 juillet 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– Dans le réduit qui lui sert de bureau, le professeur Adélard se morfond en songeant au parcours qui l’a amené ici, mathématicien et cryptographe – ainsi que mycologue amateur mais réputé, dans une ville où la seule humidité se trouve dans les verres des bistrots, et où les seuls champignons sont situés dans les couches cutanées de la faune humanoïde… Bien sûr, la guerre a tout déclenché, et surtout la demande d’un estimé collègue mathématicien anglais de le rejoindre au plus vite, au plus fort de la débâcle de mai 40. Il lui a fallu beaucoup de chance pour atteindre l’Angleterre, avec l’aide du chalutier d’un pêcheur complaisant (et cousin de son intendante dévouée), le jour même où son château de famille était réquisitionné !
A Londres, il avait difficilement retrouvé son correspondant, pour aussitôt se faire embaucher par le service de cryptographie du SIS, les Anglais étant affolés par la disparition en France des Polonais ayant entamé le décryptage des messages d’Enigma, la déjà fameuse machine à coder allemande.
Avec la réapparition des Polonais à Alger et la relance de la coopération interalliée sur le sujet, les Anglais n’avaient plus vraiment besoin de ses services, du moins en continu, et comme on ne pouvait guère le renvoyer dans ses foyers, on l’avait fourré dans un groupe d’études international baptisé Argos, qui s’occupait de suivre le développement des fusées construites par les Allemands. En mai 42, il avait été décidé de l’envoyer à Alger afin d’être sur place le maillon scientifique expliquant aux Français les tenants et aboutissants d’Argos.
Sauf que depuis l’opération Hydra, en mars 43, le savant n’avait plus grand-chose à faire : on pensait bien s’être débarrassé de la menace par le bombardement des installations de Peenemünde. Et maintenant, le professeur tourne en rond. Il essaye bien de cultiver quelques souches rapportées d’Angleterre, mais ce n’est pas simple dans ce pays !
Un doigt tapotant sa porte interrompt le soupir qu’il pousse.
– Entrez !
– Professeur Adélard ? Un courrier pour vous, ça vient d’Angleterre.

L’enveloppe grise intrigue le savant, tandis que la porte se referme sur l’estafette. Un message d’Argos ? Il ouvre : c’est bien une missive du commandant Allier, qui l’informe (avec copie au ministère de la Guerre) de chantiers d’importance entrepris par les Allemands dans le nord de la France, combinés semble-t-il avec une reprise des activités à Peenemünde, du moins d’après les réseaux polonais. On lui demande donc de vérifier auprès des services de renseignements d’Alger si de semblables chantiers ne sont pas en train d’éclore sur les côtes méditerranéennes, de Marseille jusqu’en Italie.
Nouveau soupir. Allons bon, voilà autre chose… Il prend une feuille et entame la rédaction d’une réponse, demandant quelques éclaircissements sur les chantiers détectés, notamment leur taille et disposition, et si possible des photos pour lui permettre de comparer avec celles prises dans les secteurs du théâtre Méditerranée. « Ces militaires, ils croient vraiment que nous sommes omniscients ! Mais quel que soit le problème, il nous faut des données précises, sabre de bois ! » Puis il code le message et le met sous enveloppe. Il ne reste plus qu’à porter ce pli au ministère, car bien sûr, on n’a pas prévu le courrier dans l’autre sens, sauf là-bas…
Le professeur prend son chapeau et sort du réduit. Au moins, il peut se faire une balade, ce n’est pas plus mal, quoique, avec la chaleur… Le ministère n’est pas loin et, en habitué des lieux, le scientifique y pénètre rapidement après avoir fait un signe aux plantons, sans demander son chemin. Il tourne aussitôt dans un couloir – toujours songeur, il ne voit pas un individu venant en sens inverse. Choc, exclamations, sous le regard amusé des personnes présentes dans le hall.
– Mais faites donc attention !
– Oh, je vous prie de m’excuser, je réfléchissais… Où sont mes lunettes ?
– Quelle idée de rêver à la lune en marchant… Les voici, vos lunettes… Et les miennes… Mais sapristi, c’est Adélard ! Pacôme, ça alors si je m’attendais… Quoique ça n’a rien de surprenant, toujours aussi distrait à ce que je vois !
– Mais qui… Sabre de bois ! Barré ! Toi ici ?
– Eh, pourquoi pas, tu y es bien toi-même !
– Ah, ça explique tout, vieux sacripant ! Tu peux dire que je suis distrait, mais comme tu ne fais pas mieux, on ne pouvait que se télescoper, tous les calculs de probabilité te le diront.
– Bon, bon… Dis donc, ça fait plaisir de te voir, depuis le temps ! Allons prendre quelque chose au frais, y a une gargote pas loin, et c’est l’heure.
– Attends, je vais déposer un courrier, et j’arrive.

Quelques minutes plus tard et quelques dizaines de mètres plus loin, dans l’ombre apaisante d’un restaurant algérois qui mériterait plus l’appellation de boui-boui, les deux hommes devisent devant une anisette.
– Alors que deviens-tu ?
– Top secret, mon vieux… Et toi ?
– Pareil !

Éclats de rire potache des deux hommes qui se sentent revenus au temps de leurs études, quand ils prenaient du bon temps après un examen.
– Ça va être difficile de causer, si on ne peut rien dire…
– Sûr. Bon, pas ici, mais j’ai un bureau pas loin, on commande la bouffe et on va manger là-bas, comme à la belle époque, dans les chambrées !

Aussitôt dit, aussitôt fait, sous l’air ahuri du patron. Manger au bureau, ça se fait ? Les scientifiques sont souvent en avance, mais rarement dans ce domaine. Toujours est-il qu’ils stupéfient les gratte-papiers voisins du professeur Adélard en s’installant pour déjeuner sur le bureau dudit professeur, qui a balayé les papiers entassés là d’un revers de manche, puis fermé la porte de la pièce, accompagnant le geste d’une injonction péremptoire à les laisser tranquilles !
– Alors, Jean-Jacques ?
– Toujours dans les carburants spéciaux… Mais en plein désert, loin du monde, avec une petite équipe de gars enthousiastes, mais on a peu de moyens…
– Comme d’habitude, quoi. Rien ne change.
– Hum, si, un peu, car on voit parfois arriver des gens étonnants. Hurel, tu connais ?
– Non…
– Un ingénieur aéro, évadé de France avec un hydravion l’an passé.
– Ah oui, les journaux en ont parlé, mais je venais juste d’arriver à Alger, je n’ai pas tout suivi. Et alors ?
– Un type doué, il a mis au point avec un de ses collègues une bombe planante téléguidée. Ils en ont fait des démonstrations chez nous.
– Où ça ?
– Dans le désert, pardine, suis un peu !
– Ah oui, bien sûr.
– Eh bien, on est en train de mettre au point la suite, le même engin mais avec un moteur-fusée de ma composition. Ça devrait détoner !
– Voire exploser !
– Au but, d’ailleurs c’est l’idée. Et toi ? Toujours les champignons ?
– Par ici, tu parles ! Non, figure-toi qu’on m’a mis aussi sur les fusées… Mais celles des Boches !
– Comment ça ?
– Un groupe de surveillance en Angleterre, je suis leur correspondant algérois.
– Argos ?
– Comment le sais-tu ? C’est secret, normalement…
– Eh bien, j’y ai participé, au début. Puis, comme je suis reparti sur mes propres travaux, ils ont nommé quelqu’un d’autre pour faire les explications aux ministres… C’est toi ?
– C’est moi.
– Pas mal. Où en sont-ils ? J’ai cru comprendre qu’un bombardement avait démoli le centre allemand en Baltique.
– Oui, en mars. Mais là, il semblerait que les Boches aient entamé un peu partout des chantiers de béton d’envergure, et qu’ils auraient repris des essais. C’est un courrier que je viens de recevoir et auquel j’ai répondu pour avoir un peu plus de précisions… Maintenant, faut que j’aille voir les SR pour exploiter leurs photographies.
– Diable ! Attends, j’ai eu un correspondant chez eux à un moment pour ce genre de choses… Il avait un nom d’oiseau… Colvert, Pivert ?
– Ah ? Je verrais si je peux le contacter. Tu reprends un gorgeon ?



31 juillet 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Bastia
– Travaux en double et en commun pour les services de renseignement français et américains, suite aux bombardements de la veille sur Vintimille (23e EB) et La Spezia (25th BG). Les missions du GRII/33 et du 111th TRS ont été étendues aux mystérieux chantiers qui ont éclos non loin des cibles, afin d’en suivre l’évolution. Pour le moment, les officiers se grattent l’occiput, ne voyant guère l’usage de ces constructions. A tout hasard, on décide de transférer le dossier à Alger.


5 août 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– Quand on lui apporte un dossier photographique venant du SR de Bastia-Borgo et après en avoir lu les notes accompagnatrices, le capitaine Pivert ne peut s’empêcher de penser à l’entrevue qu’il a eue la veille avec ce savant un peu fou, ce doux rêveur matheux qui ne vit apparemment que pour la cryptographie et les champignons… Il lui avait plusieurs fois fallu interrompre les récits du bonhomme pour le ramener à la réalité, c’est-à-dire à la raison qui l’avait amenée dans les quartiers de la DGSS, cette mission Argos qui suivait les progrès de la fabrication de fusées par les Allemands.
Le scientifique lui avait alors demandé s’il y avait trace de chantiers de construction importants sur le littoral nord de la Méditerranée, en dehors des fortifications classiques. C’était assez difficile à déterminer de prime abord… Mais voilà que les membres du service photo de Bastia se posaient la question (et la lui posaient) de la raison d’être de nouveaux travaux, de Vintimille à La Spezia…
En soupirant, l’officier se dit qu’il devait aller trouver le savant avec ses photos, afin de savoir si c’est à ce genre de travaux qu’il pensait. Mais il craint que l’état des travaux ne permette pas vraiment d’être sûr de quoi que ce soit…


17 août 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– A la DGSS, de nouvelles photos parviennent au capitaine Pivert, toujours en provenance des services de reconnaissance de Bastia. Toujours des chantiers en cours, où les Allemands bétonnent ardemment sous le soleil. Le 7 août, Gênes et Vintimille, le 9, La Spezia, le 14, Vintimille, puis à nouveau Gênes le 16.
Vintimille, Gênes… Les noms chantent dans sa tête. Leur évocation fait soudain jaillir un souvenir, comme un éclair dans sa mémoire : un ou deux mois auparavant, on avait parlé de ces deux villes lors d’une réunion de coopération, un moment où l’on échange entre collègues des résumés sur les dossiers de chacun, afin éventuellement de trouver un lien ou une concordance. Quelqu’un avait évoqué une liste d’endroits sur la Riviera italienne entre ces deux villes, où les Allemands avaient ouvert des chantiers.
Brusquement, Pivert se lève. Il se souvient du collègue. Il va le voir pour retrouver la fameuse liste. Certes, La Spezia n’en fait pas partie, mais peut-être est-elle incomplète, on n’a pas grand-chose sur son origine.


30 août 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– Le capitaine Pivert a fait venir le professeur Adélard : de nouveaux raids sur La Spezia ont permis de montrer l’avancée des travaux sur les chantiers ouverts autour de la ville ligure, et certains – pas tous – commencent à ressembler aux clichés en provenance d’Angleterre. Qui plus est, une mission des Américains sur Imperia a permis d’en découvrir trois autres, or Imperia est citée à trois reprises sur la liste de la Résistance italienne. Il va falloir organiser sans trop tarder des missions reco sur les autres endroits cités dans ce document.


14 septembre 1943
Sur la piste des V
O Corsa Bella
Alger
– Le professeur Adélard reçoit d’Angleterre des photographies montrant un nouveau type de site, supposé être une rampe de lancement de V1, nom de code de la bombe volante Fi 103, sur laquelle on commence à avoir des renseignements, via la Résistance en Pologne et en France.
Un site de lancement se compose d’une rampe de 45 m environ, de plusieurs hangars d’une taille analogue mais avec une forme caractéristique de ski vus d’en haut, et d’autres bâtiments. Si pour le moment, rien ne permet de penser que ce qui a été construit en Italie est identique, il est urgent de faire passer ces clichés aux différents SR photographiques et de lancer des missions de reconnaissance.
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Archibald



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MessagePosté le: Dim Jan 19, 2020 09:37    Sujet du message: Répondre en citant

Pivert, Tournesol et Héloise... pardon, Adélard. Quelle équipe !

Imaginez le dialogue, entre Pivert énervé façon De Funés (Pivert, comme un pic vert, tatatatata) Tournesol "un peu dur d'une oreille" et qui répnds a côté de la plaque, et Adélard en pleine tragédie, éploré par la perte de son Héloise bien aimée...
_________________
« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
"Nous vaincrons car nous sommes les plus forts" (Reynaud) "Heureusement, sinon, qu'est ce qu'on aurait pris !" (Goscinny)
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Dim Jan 19, 2020 10:10    Sujet du message: Répondre en citant

Notre matheux génial n'aurait-il pas sa demeure ancestrale en Thiérache, quelque part entre France et Belgique? Dans un village affligé d'un maire atteint de diarrhée verbale et notoirement mégalo?
_________________
"Au jeu des trônes, il n'y a que des vainqueurs et des morts, il n'y a pas de demi-terme". La Reine Cersei.
"Les gens se disent en genéral affamé de vérité, mais ils la trouvent rarement à leur goût lorsqu'on la leur sert". Tyrion Lannister.
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egdltp



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MessagePosté le: Dim Jan 19, 2020 10:20    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis comme la capitaine pour Pacome. Par contre c'est Heloise et ABelard, l'histoire. Le prenom de Tournesol, c'est Triphon...
Bravo pour ce coloriage...
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Messages: 22

MessagePosté le: Dim Jan 19, 2020 10:27    Sujet du message: Crossbow en Méditerranée Répondre en citant

egdltp a écrit:
Je suis comme la capitaine pour Pacome. Par contre c'est Heloise et ABelard, l'histoire. Le prenom de Tournesol, c'est Triphon...
Bravo pour ce coloriage...


Je vais peut-être enfoncer une porte ouverte :

"Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac est un personnage de fiction créé par André Franquin et Henri Gillain dans la série de bande dessinée Spirou et Fantasio en 1950."

C'est du wikimerdia, mais il faut avouer que c'est parfois bien utile! Very Happy
_________________
"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
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