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Février 44 - Balkans et Hongrie
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Imberator



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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 11:26    Sujet du message: Répondre en citant

L'un dans l'autre on peut se demander si cette histoire de partition n'aurait pas été finalement plus profitable pour les alliés.

Alors certes les Soviétiques auraient disposé d'un débouché sur la Mer Adriatique via la Croatie-Bosnie, mais le contrôle par les occidentaux de l'Italie, de la Grèce et du Monténégro aurait complètement éclipsé cet avantage.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 11:34    Sujet du message: Répondre en citant

Je sais que l'existence du " royaume communiste de Yougoslavie" sorte de monstre de Frankenstein politique (1) est déjà acté. Toutefois, j'ai de gros doutes sur sa survie à moyen terme..; et de la Yougoslavie sur le long terme (et pour les mêmes raisons qu'OTL).

(1) Le "royaume communiste de Yougoslavie" est à la politique ce que le " sous-marin hélicoptère" est à l’ingénieure... un truc que l'on regarde avec un moment plus ou moins long de stupéfaction, un regard atterré envers le créateur, puis une moue angoissé lorsque le dit créateur vous invite à voyager à bord... " Je suis vraiment contraint de monter à bord ?"
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 11:44    Sujet du message: Répondre en citant

Elle est effectivement actée (avant même mon arrivée !) et pleinement logique pour des raisons que je ne dirait pas tout de suite parce que NO SPOIL.

Personnage n'a jamais dit à ma connaissance que cela durerait la vie des rats. Et encore moins que la Yougoslavie survivrait !
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 11:50    Sujet du message: Répondre en citant

Je comprends, d'ailleurs en FTL, le Laos devient aussi une monarchie... communiste puisque Souphanouvong, dit le 'prince rouge" devient premier ministre du Laos. Mais il est membre de la famille royale et le Laos n'est pas la Yougoslavie.
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lbouveron44



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MessagePosté le: Mer Juin 26, 2019 03:37    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour

Les Balkans sont provisoirement à l'arrêt ? Trêve générale devant tant de désordres ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juin 26, 2019 08:05    Sujet du message: Répondre en citant

L'auteur, épuisé, a pris quelques vacances… mais la chronique reprendra dès ce week-end.
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mer Juin 26, 2019 09:05    Sujet du message: Répondre en citant

Et bien le bonjour de la bonne ville de Bayeux, où on supporte même une veste ! Mr. Green
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lbouveron44



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MessagePosté le: Mer Juin 26, 2019 13:43    Sujet du message: Répondre en citant

A Lisieux tout baigne même dans la boue... Et +19 à Dieppe

Comme quoi dans la Normandie y a quand même Nord 😆

Et rendez nous le Mont Saint Mich ! Very Happy
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Etienne



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MessagePosté le: Mer Juin 26, 2019 15:39    Sujet du message: Répondre en citant

Euh, dans le Nord, 25° aujourd'hui, 34 et 32 hier et avant hier sans une goutte de pluie…

Pas compliqué, je ne sors que le soir. Le reste du temps, sous la clim' depuis dimanche.
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Dieu est une femme. La preuve : On dit toujours qu’il vaut mieux voir le Bon Dieu que ses seins.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Jeu Juin 27, 2019 18:33    Sujet du message: Répondre en citant

En ces périodes d apocalypse climatique et de vives chaleurs, un peu d humour n est pas de refus ...

https://www.lemonde.fr/blog/uneanneeaulycee/2019/06/26/lhistoire-se-repete/
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juin 30, 2019 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

Chose promise


16 février 1944
La campagne des Balkans
Les Croates en première ligne
Yougoslavie occupée
– Le 4e CA oustachi, commandé par le général Mihajlo Lukić, est la première formation propre au NDH à arriver au contact de la ligne de front de la Heer, sous la neige et plus précisément entre Bijelo Polje et Prijepolje. Les Croates doivent relever les unités allemandes de cette zone, à savoir les 173. et 277. ID, le KG Lungerhausen et le 907. StuG Abt. Une telle ambition ne peut que faire sourire les officiers allemands, au premier rang desquels on trouve bien sûr Helmuth Huffmann et Heinrich von Behr, les deux chefs des divisions d’infanterie ! Même le pauvre Karl-Heinz Lungerhausen, dont l’unité n’est pourtant plus que l’ombre de ce qu’elle fut, semble trouver ces Slaves décidément bien arrogants.
Il faut bien l’avouer : le 4e Corps n’est peut-être pas le meilleur de l’armée oustachie. En fait, il ne comprend que la 4e Division d’Infanterie (colonel Bogdan Majedic), de formation récente et d’équipement incomplet, accompagnée d’un agglomérat de formations disparates et irrégulières dénommé “Brigades territoriales du Domobran” – il s’agit en fait d’unités territoriales de la Garde nationale oustachie, commandées par le colonel Vilko Lukić. Pour chapeauter le tout, Slavko Štancer a toutefois choisi un général de valeur et de caractère (peut-être un peu trop d’ailleurs). En effet, si Mihajlo Lukić est un homme d’expérience (ancien officier de l’armée austro-hongroise puis de l’armée yougoslave, officier de liaison auprès de l’armée italienne d’occupation…), c’est aussi un adversaire farouche de l’absorption des troupes croates par les forces allemandes ! Une position pour le moins tranchée qui, si elle présente évidemment une certaine logique dans l’optique de la construction d’une nation, ne lui en a pas moins fait de très nombreux ennemis dans la Heer comme chez les SS…
Lukić est très content d’être là – toutefois, il n’en est pas moins inquiet quand il compare la faiblesse de ses effectifs avec l’étendue de la zone à couvrir (50 kilomètres de vallées !). Et bien sûr, ce ne sont pas les Allemands qui vont l’y aider – ces derniers ne se bousculent pas pour lui donner des conseils, et se pressent bien davantage de faire leurs paquets… Choisissant, en toute logique, de mettre sa moins mauvaise unité à l’endroit le plus exposé, l’Oustachi décide donc que la 4e DI ira camper à Prijepolje, localité constituant tout à la fois un carrefour stratégique et une porte d’entrée de l’est vers les monts de Bosnie. Les brigades territoriales devront de leur côté tâcher de tenir les reliefs jusqu’à Bijelo Polje… même s’il parait bien improbable que les Alliés s’engagent dans cette région si peu favorable aux grandes unités. Et le 3e CA croate devrait bientôt arriver à Berane, pour couvrir le flanc sud – il pourra toujours apporter son soutien aux territoriaux en cas de coup dur.

Manœuvres obscures
Palais du gouvernement (place Ban Jelačić, Zagreb)
– Ante Pavelic a un invité non prévu à son agenda : le Krilnik Slako “Vitez (1)” Kvaternik, qui vient promener son ombre inquiétante dans la capitale croate. Chacun dans l’appareil d’état oustachi le sait bien : Kvaternik n’a plus vraiment bonne presse auprès du Poglavnik. Pourtant, l’homme a tout pour plaire à Pavelic : tous deux ont tant de choses en commun ! Déjà, le Krilnik est membre du mouvement oustachi depuis sa création. Et auparavant, il fut l’un des premiers cadres du Parti croate des Droits, glorieux devancier des Oustachis fondé en 1919 et déjà dirigé par Pavelic. Kvaternik, alors colonel, rentrait à peine de sa campagne destinée à expulser de Međimurje l’armée hongroise, celle de ses frères d’armes jusqu’en 1918 (2) ! Ensuite, l’homme est riche, car c’est le gendre du célèbre marchand et homme politique Josip Franko (un Juif…). De plus, il a déjà payé de sa personne pour la cause, ayant été emprisonné deux ans au Monténégro après l’assassinat d’Alexandre 1er. Et enfin, il a vraisemblablement joué un rôle essentiel dans la défection des unités croates lors de l’invasion de 1941, puis dans la création du NDH avec le soutien du Reich. Ce fut même la voix du Vitez qui annonça la naissance de la nouvelle Nation Croate à la radio ce fameux 7 mai 1941, avant qu’il soit reçu par Hitler en personne !
Alors, qu’est-ce qui cloche au juste entre les deux hommes, et qui a justifié la disgrâce du Krilnik puis son exil en Slovaquie ? Plusieurs choses : d’abord, Slavko Kvaternik est un homme violent, et pas forcément efficace – durant la brève période où il a dirigé les forces armées croates, le NDH a paru s’être transformé en un véritable abattoir à ciel ouvert, ce qui favorisé l’émergence du mouvement des partisans de Tito et même fait douter les Allemands de la pertinence de leurs choix. Si le général Glaise-Horstenau est aujourd’hui encore si critique envers Pavelic, c’est évidemment de la faute de Kvaternik – et de lui seul bien sûr ! Ensuite, il a quand même épousé une Juive – et même si la pauvre Olga Franko n’est plus là désormais, cela reste un grave défaut dans la Nouvelle Europe. Pour finir, il est ambitieux : par les temps qui courent, qui sait si les Allemands n’auront pas un jour envie de remplacer le Poglavnik par ce Vitez si valeureux et qui reste encore, en titre, le chef de la Garde nationale oustachi, à égalité avec Vokić ?
Bref, c’est un Pavelic plutôt agacé qui reçoit brièvement son vieux complice, qu’il appréciait d’autant plus qu’il était loin de Zagreb. Que lui vaut le plaisir évident de cette visite ?
La réponse de Kvaternik est fort simple : dans les circonstances présentes, et « alors que la survie du glorieux NDH est menacée de l’intérieur comme de l’extérieur », le militaire vient demander à servir son pays.
Un bref instant, Pavelic caresse l’idée d’envoyer son camarade se faire tuer aux confins des monts de Bosnie, par une balle non identifiée… Mais il revient sur les termes employés par Slavko Kvaternik : « de l’intérieur comme de l’extérieur » ? Qu’est-ce à dire ?
Prenant des mines de conspirateur, le Krilnik penche la tête et baisse la voix : on murmure des choses entre Zagreb et Belgrade. Il y aurait des traîtres au gouvernement, disposés à vendre la Croatie pourvu qu’elle continue d’exister sur le papier. Ce ne sont que des rumeurs, bien sûr… Mais elles ont sans doute un fond de vérité. Une bonne petite purge ne pourrait-elle être un traitement salutaire ? Purge que Kvaternik se ferait naturellement un devoir sacré d’administrer !
Une fois n’est pas coutume, Ante Pavelic parait scandalisé par cette perspective, qui – de son point de vue – met en cause son autorité. Il n’en est pas question ! Les affaires vont bien et les Croates sont tous rassemblés derrière le régime – hormis bien sûr ces maudits communistes qui infestent de toute façon la Yougoslavie entière. Bref, la suggestion est malvenue, voire insultante. Le Poglavnik a donc tôt fait de balayer d’un revers de la main les inquiétudes et les propositions de son cher ami, qui repart en congé forcé. On n’a pas besoin de lui, merci bien !

Des Ecossais rebelles
Sindos (région de Salonique), 06h00
– Le soleil ne se lèvera que dans deux heures – mais cela n’empêche pas les camions envoyés par le Supply Service d’être bien là, ponctuels, les moteurs fumants dans le froid de l’hiver. Dans les phares des engins, sous le regard insensible des MP, un groupe de soldats quitte le camp avec leurs paquetages. Alors qu’ils passent le barrage, un lieutenant de la Military Police les compte, avec un flegme implacable : « 18, 19, 20… Et encore deux… C’est tout. Cela fait 22, mon capitaine. »
Le capitaine en question a compté en même temps que son subordonné. Il répond : « Cela fait surtout 106 qui sont toujours à l’intérieur. Attendons encore cinq minutes – ils sont peut-être simplement longs à faire leurs bagages. »
Une pauvre plaisanterie qui ne fait rire personne. Un vent froid continue de souffler sur le camp de Sindos…
………
06h15 – Les cinq minutes se sont écoulées depuis bien longtemps sans que plus personne ne quitte le camp. Un groupe semble s’être formé au milieu des tentes. Hostile ? Impossible à dire dans la pénombre. Impossible de dire, aussi, si les mutins ont leurs armes à la main… Le lieutenant se tourne vers son supérieur – il faut prendre une décision : « Que fait-on à présent, mon capitaine ? »
– Hé bien, lieutenant Simpson, ce que nous sommes censés faire. Procéder aux sommations et puis… procéder tout simplement.

Le lieutenant hoche la tête et empoigne son porte-voix. Il s’avance, suivi par une compagnie complète de policiers militaires, équipés de matraques et de pistolets – qu’ils laissent toutefois pour l’instant à la ceinture.
………
QG de la VIIIth Army, Salonique, 08h00 – Le téléphone sonne dans le bureau de Richard O’Connor. Son aide de camp décroche, puis tend le combiné – le général s’en saisit avec une grimace de mauvaise humeur.
– Oui… Je vous en prie… Vraiment ? Oh, merveilleux !… C’est sans doute vrai… Oui, inévitable… Dommage… Parfait, félicitations à vous et à vos hommes pour votre efficacité, capitaine ! Ce sera tout !
Le combiné retombe lourdement sur son socle. Après quelques hésitations, l’aide de camp se décide à poser la question fatidique : « Puis-je vous demander comment cette histoire s’est achevée, Sir ? »
– Certainement. Les MP sont entrés dans le camp sans rencontrer de résistance, hormis celle d’un noyau dur de 31 hommes menés par trois sous-officiers, non armés mais qu’il a fallu contraindre par la force. On ne signale toutefois que des blessés légers – tous les mutins sont désormais aux arrêts et en cours de transfert vers la prison de Salonique. Celle qui a déjà servi à nos amis les Huns !
– Pity !
– Comme vous dites. Nous allons donc organiser la cour martiale la plus fournie de toute l’histoire de l’armée britannique ! Je ne sais pas si Montgomery souhaitera s’en mêler ou s’il me laissera le soin de distribuer les peines. Ce qui sera de toute façon délicat – être faible, c’est inciter à la rébellion. Frapper trop fort, c’est créer des martyrs !

Richard O’Connor se recule pour mieux se caler dans son fauteuil avant de conclure : « Toute cette affaire risque fort de laisser un souvenir très désagréable. J’espère que la suite de cette guerre me permettra de laisser une autre marque dans l’Histoire que celle du général assez malchanceux pour avoir présidé la cour martiale en question ! »
………
« La mutinerie de Sindos eu des conséquences limitées pour la majorité de ses acteurs. Sur les 106 irréductibles, et bien que la totalité d’entre eux eussent été reconnus coupables d’insubordination et de rébellion, seuls trois sous-officiers furent condamnés à mort – les autres peines étant exclusivement des rétrogradations et/ou des mutations disciplinaires ayant notamment pour but de disperser le groupe. Les meneurs ne furent toutefois pas exécutés : la sentence fut rapidement commuée en douze années de travaux forcés, qui furent elles-mêmes interrompues par une grâce quelques mois après la fin de la guerre en Europe. Les mutins connurent toutefois une fin de carrière militaire particulièrement difficile, étant constamment sous la pression d’une hiérarchie tatillonne, voire carrément accablante.
Londres fit tout son possible pour que l’affaire demeurât secrète – mais hélas, ce ne fut pas vraiment le cas. A Moscou comme à Washington, les personnalités les mieux informées ne se privèrent pas de sourire avec compassion à ces pauvres Britanniques, si ambitieux malgré la faiblesse de leurs moyens… Marseille ne suivit pas ce mouvement passablement hypocrite – la lutte menée épaule contre épaule depuis 1939, le soutien indéfectible de Londres lors du Sursaut… mais aussi le souvenir des mutineries de 1917 étaient évidemment dans tous les esprits.
Finalement, Sindos laissait une impression pénible : celle d’une armée à bout de souffle, dont les soldats s’imaginaient sacrifiés comme des pions sur l’échiquier d’un grand jeu qui les dépassait. Il y avait peut-être une forme de vérité dans ce jugement – mais celui-ci n’en demeurait pas moins excessivement sévère. A la même époque, la discipline subie par le Landser moyen ou les chances de survie des Frontoviki n’avaient rien à voir avec les conditions de vie d’un soldat de la VIIIth Army, quels que soit ses griefs ou son ressenti. »
(Robert Stan Pratsky, La Libération de la Grèce et des Balkans, Flammarion, 2005)

Un travail de forçat…
Serbie
– Après déjà un mois et demi de travaux ininterrompus, les Royal Engineers peuvent s’enorgueillir d’un premier succès d’importance hors des murs de Belgrade : la ligne de chemin de fer Radujevac-Zaječar est enfin opérationnelle et apte à recevoir les convois de ravitaillement alliés en provenance de Roumanie. Les hommes du génie allié ont évidemment été aidés par la présence des anciennes installations desservant la mine de Vrška Čuka… mais dans les conditions hivernales qu’ils ont affrontées, cela n’en constitue pas moins une sacrée performance.
Pendant ce temps, les travaux avancent partout le long de la Ligne Rouge, de la frontière bulgaro-grecque jusqu’à la capitale yougoslave. La ligne Sidirókastro-Blagoevgrad (soit Grèce-Bulgarie) vient, elle aussi, d’être achevée.

Les Balkans compliqués
Mouvements d’humeur français… et yougoslave
GQG du 18e GAA (Athènes)
– Le général Weiss, commandant la 1ère Division de l’Armée de l’Air, préside une réunion de conciliation relative aux besoins de l’aviation royale yougoslave, exprimés au préalable et à de nombreuses reprises par Belgrade. Autour de la table, on trouve donc, outre Weiss, l’ambassadeur de France Roger Maugras et, pour le côté yougoslave, le général Borivoje Mirković (chef de la Force Aérienne Royale Yougoslave) ainsi que le nouveau ministre des Affaires étrangères, Milan Grol – lequel en est encore à prendre ses marques dans son nouveau poste. Comme gage de la bravoure de leurs aviateurs, et afin de profiter de son expertise, les négociateurs yougoslaves se sont fait accompagner du commandant Miha Ostric. Les cheveux noirs en bataille, le port altier de l’homme de terrain face à tous ces bureaucrates, l’as des as de l’aviation yougoslave semble se demander ce qu’il fait là. Et de fait, personne ne lui a vraiment expliqué de quoi il allait être question, sinon qu’il s’agissait de négocier l’acquisition de nouveaux matériels.
Passé les civilités d’usage, qui sont d’ailleurs moins longues qu’autrefois, la délégation yougoslave attaque. Milan Grol, avec l’emphase de toute une carrière dans le monde du spectacle et de la politique (dont d’aucuns diraient d’ailleurs qu’ils sont plus que liés…) s’exclame un peu théâtralement, sous le regard mi-approbateur, mi-dubitatif de Mirković : « Sa Majesté, et toute la Nation yougoslave, sont surprises et peinées par l’absence de compréhension de la République Française. Elle fournit les meilleurs avions à sa disposition aux Polonais ou aux Tchécoslovaques, sans même parler des nombreux équipages… exotiques qui renforcent les rangs de l’Armée de l’Air. Pourquoi refuser à ses frères d’armes yougoslaves ses meilleurs matériels et les forcer ainsi à se contenter d’engins vieillissants alors que leurs missions sont toujours aussi dangereuses ? »
Face à une telle mauvaise foi (c’est tout juste s’il n’accuse pas Marseille d’envoyer ses alliés à l’abattoir !), Maugras fait, comme à l’accoutumée, preuve de patience. Après tout, Grol n’est pas un technicien… et ce n’est pas non plus Ninčić – c’est-à-dire qu’il y a peut-être en lui une once de sincérité. D’ailleurs, le général Mirković parait bien peu assuré de la pertinence de cette demande. Le diplomate argumente donc : « La République Française, dont je suis heureux que chacun reconnaisse la loyauté et la générosité, ne refuse rien à ses alliés. Elle répartit ses moyens afin d’obtenir la meilleure efficacité selon ses possibilités. Et comme le général Weiss ici présent vous le confirmera, nous ne disposons à l’heure actuelle que d’une unique escadre de bombardement lourd – nous ne pouvons donc tout simplement pas vous céder selon nous ne disposons pas. Général ? »
Le général en question ne se prive pas de confirmer, et poursuit : « Enfin, Messieurs, il faudrait aussi savoir à quelles missions vous destinez ce type d’appareil ! Expliquez-nous vos projets ! Je suis persuadé qu’il sera possible de trouver des solutions techniques à vos préoccupations, sous l’égide des Nations-Unies. »
L’aviateur français pense évidemment pouvoir intégrer les projets yougoslaves dans la campagne de bombardements du printemps 1944, qu’il est justement en train de planifier. Mais rien à faire : Milan Grol reprend ses plaintes tout en évitant soigneusement de répondre à la question de Weiss, alors que Borivoje Mirković fait la moue en marmonnant quelques mots désolés. La conversation commence à tourner en rond, entre Yougoslaves qui restent sur le terrain de la confiance et de la solidarité, face à des Français qui parlent avant tout technique et faisabilité.
Au bout d’un quart d’heure de dialogue de sourds, le commandant Miha Ostric choisit finalement de se réveiller – peut-être d’un cauchemar bizarre dû à un alcool frelaté (3). Avec sa gouaille mordante et son accent inimitable, l’officier secoue l’assemblée, même s’il s’adresse surtout à ses compatriotes : « Parrrdonnez-moi mes chers amis. Mais de quoi parlez-vous au juste ? Quel nouveau bombardier voulez-vous faire voler sous les cocardes yougoslaves ? »
L’intervention du bouillant aviateur n’était pas vraiment prévue – sa présence multi-décorée devait suffire. Avec un léger soupir (il avait prévenu Grol que faire venir un officier sorti du rang n’était pas forcément une bonne idée… avant de proposer lui-même Ostric !), le général Mirković répond (en français) : « Il s’agit de l’acquisition, souhaitée par le cabinet militaire du Roi, de bombardiers lourds type B-24. Ce sont les gros quadrimoteurs qui… »
– Daaaaaaa. Je savoir parfaitement ce qu’est un Liberrrator ! Alors, ma question c’est : qui va les piloter ? Les femmes de ménage du palais peut-êtrre ?

Le ministre Grol, qui sent venir le danger, tente d’y parer : « Ce point ne relève pas de vous, commandant. Ces engins vont permettre à la Yougoslavie… »
– Avec tout respect que je devoir, servir à quoi, Monsieur le ministre ? A aplatir les montagnes pour que le général Brasic passer plus vite jusque Zagreb ?
– Ne dites pas n’importe quoi, voyons, commandant. L’enjeu est trop important pour plaisanter et le sujet trop sérieux.
– Ne dites pas n’importe quoi aussi ! Je connaître avions mieux que vous. Je tuer beaucoup Italiens et beaucoup Allemands, plus que vous ! Je dire demande B-24 complètement idiote !

La discussion a tôt fait de virer à la foire d’empoigne, mais en serbo-croate (4). Grol semble s’échauffer face à Ostric (lequel est déjà bouillant), et tente d’obtenir que Mirković fasse taire son remuant subordonné – sans que le général y parvienne. De l’autre côté de la table, les émissaires français ont beaucoup de mal à réprimer des sourires… Weiss glisse à Maugras : « Que diriez-vous que nous allions boire un café, Excellence ? Nous reviendrons quand ils auront fini, ou quand notre ami Ostric aura ajouté un ministre et un général à son tableau de chasse. »
L’ambassadeur n’est pas de cet avis : en trente-deux ans de carrière dans bien des contrées, il a eu l’occasion de comprendre que, dans son métier, le plus important n’est pas tant dans ce qu’on dit que dans ce qu’on observe. Or ce spectacle est des plus intrigants… il justifierait presque à lui tout seul la réunion. Ça et la force expressive toujours intacte du commandant Ostric, bien sûr – laquelle se passe de traduction.
Finalement, après un long échange plus ou moins sonore, la délégation yougoslave paraît retrouver sa cohésion. Le ministre Grol affiche une mine blême qui contraste avec le visage rouge de colère du commandant. De son côté, Mirković parait bien blasé. C’est lui qui prend la parole : « Je crois que la demande de mon gouvernement vient d’évoluer, grâce aux justes remarques de notre très cher commandant. Ce dernier propose d’améliorer l’équipement de notre 81e Escadre de Bombardement en lui fournissant des B-25 Mitchell… et de vous prier de bien vouloir laisser à notre disposition une partie des Baltimore dont la 81e est actuellement équipée afin de créer un groupe supplémentaire, en attendant de pouvoir éventuellement constituer toute une escadre. C’est bien cela, commandant ?
– Daaaaaaaa mon Général. Ça avoir au moins une chance de servir un jour !

La demande parait plus raisonnable – elle sera donc plus difficile à refuser. Les Français prennent note et promettent de revenir très vite vers Belgrade à ce sujet.
– Je vous remercie par avance de la célérité dont vous voudrez bien faire preuve. Sa Majesté suit l’affaire de très près, Elle attend votre réponse avec anxiété, conclut Milan Grol, maussade.
La séance est enfin levée, mais il n’y aura pas d’embrassades. Les militaires s’esquivent les premiers – c’est le moment que choisit Maugras pour aborder le ministre des Affaires étrangères yougoslave sur un sujet sans aucun rapport, en nature comme en importance, avec cette affaire de bombardiers.
– Monsieur le ministre… Puisque nous sommes réunis, est-il possible d’évoquer avec vous les négociations actuellement menées par Monsieur Šubašić ? Au nom de mon ministre, Monsieur Blum, je dois vous exprimer ici sa plus vive inquiétude quant à l’absence de progrès sur ce terrain. Pourtant, il apparait désormais clairement à tout un chacun que ces discussions sont le seul moyen qui permettra au royaume de Yougoslavie de s’unir à nouveau derrière son gouvernement.
Le Yougoslave n’a pas préparé ce sujet – ou il cherche à l’éviter, mais c’est tout comme : « Comprenez, Votre Excellence, que je ne suis en poste que depuis deux jours. Je vais tâcher de me renseigner et je ne manquerai pas de revenir vers vous aussitôt que… »
– Je vous prie de m’excuser, Monsieur le ministre, mais pour reprendre votre formule, la présidence du Conseil elle-même suit ces négociations de très près. Et il lui parait évident que, sans un soutien accru de la part de vos services, elles n’ont aucune chance d’aboutir. La République Française va sans doute bientôt consentir à un nouveau geste de générosité envers Belgrade. Elle apprécierait vivement que ses conseils et propositions soient suivis d’effet – ou au moins étudiés favorablement. C’est le moins que l’on puisse attendre, entre Nations partenaires. Je vous remercie pour votre temps, Monsieur le ministre. J’espère avoir de vos nouvelles bientôt…

Maugras salue et prend congé sans plus de discours – mais pour Milan Grol, le message est parfaitement clair : la France s’agace à son tour ! L’information remontera très vite au domaine de Dedinje.

Bonnes paroles
Monts de Bosnie
– La radio du Comité National de Libération de la Yougoslavie émet un long communiqué destiné à la communauté internationale, qui affirme notamment : « Le mouvement de Libération Nationale est dans son essence populaire, patriotique et démocratique. C’est pourquoi nous soulignons une nouvelle fois que la direction du mouvement de Libération Nationale de Yougoslavie a devant elle un seul but primordial : la lutte contre l’occupant et ses larbins et la création d’une Yougoslavie démocratique fédérative, et non l’instauration du communisme, comme veulent le faire croire nos ennemis. »
Bien que signé par la globalité du NKOJ, chacun se doutera que, derrière ce « nous », c’est son président, Tito, qui parle. Et ce dernier n’a pour l’instant qu’un seul « but primordial » : tranquilliser Churchill, en prévision du futur affrontement contre Pierre II.

Churchill en mission
Au pays des Soviets
Aéroport de Vnoukovo (Moscou)
– Il fait nuit noire au-dessus de la capitale soviétique quand Ascalon se présente enfin à l’atterrissage. Le vol a été éprouvant : huit heures de navigation et de pilotage ininterrompues pour William J. Vanderkloot Jr, qui a dû en plus souffrir les visites régulières de son auguste passager, qui a tenté à de nombreuses reprises de tromper l’ennui en allant visiter le poste de pilotage, un verre de scotch dans une main et un cigare dans l’autre – produisant ainsi une perturbation sonore et odorante qu’un pilote occupé à son ouvrage ne goûte guère. Heureusement pour lui, Vanderkloot a depuis longtemps trouvé la solution : chaque fois que Churchill entre dans son espace de travail, lui et son copilote ouvrent leurs fenestrons ! Le vent glacé a vite fait d’éteindre le havane et de faire fuir l’épicurien…
Bref : il est plus de minuit et tous ceux qui descendent de l’appareil sont bien fatigués. Le Premier ministre Molotov a toutefois tenu à accueillir personnellement son visiteur, en présence d’une forte garde d’honneur fournie par le NKVD. Sir Winston disparaît immédiatement dans une berline GAZ-M1, à destination d’une datcha dans la banlieue ouest de Moscou. Il lui reste une trentaine de kilomètres à faire, mais ce sera sur des routes rigoureusement désertes et fermées à la circulation.
De son côté, l’équipage d’Ascalon a déjà ses baraquements réservés non loin du terrain d’aviation – dans une zone militaire étroitement surveillée. Rien de très charmant – mais rien d’étonnant non plus !

Notes
1- Chevalier – le surnom de Kvaternik.
2- Officier dans l’armée austro-hongroise jusqu’en 1918, Slavko Kvaternik avait notamment commandé la 155e Division hongroise, sur le front de la Soča et en 1918, avant d’être transféré à l’état-major de l’Armée impériale. Il pouvait (déjà…) s’enorgueillir d’avoir reçu la croix de Fer de 1ère classe au nom du Kaiser.
3- On aura compris que le commandant pense à une boisson dont le degré d’alcool serait scandaleusement bas à son goût.
4- Précisons au lecteur que, pour une raison encore non élucidée par les linguistes, le français et l’anglais de Miha Ostric étaient excellents et presque sans accent sitôt que l’aviateur se trouvait aux commandes de son appareil.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Juin 30, 2019 19:39    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
nous ne pouvons donc tout simplement pas vous céder ce dont nous ne disposons pas. Général ? »
[/b]
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Lun Juil 01, 2019 07:38    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, cette réunion au GQG d'Athènes, c'est à mourir de rire! Ca a beau être une fiction, bizarrement quand on connait un peu les Balkans ca sonne furieusement authentique!
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juil 01, 2019 09:43    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Anaxagore. La suite !

17 février
La campagne des Balkans
Petites mises au point entre camarades
Près de Djakovica (Kosovo)
– Dans leur QG perdu aux confins du Kosovo, Enver Hoxha et sa cour reçoivent une visite : Svetozar Vukmanović, le vieil ami de Tito – et encore jusqu’à récemment un très proche complice du PC albanais. “Tempo” vient-il cette fois encore poursuivre la préparation de cette fameuse fédération entre la Yougoslavie, l’Albanie et la Bulgarie ? Un état qui sera bien sûr communiste, puissant… et dans lequel Hoxha comme Tempo auront à coup sûr de beaux rôles à jouer – à égalité avec Tito.
Pourtant, malgré ce glorieux projet, Vukmanović ne parait pas aussi enthousiaste qu’autrefois. Ymer Dishnica le trouve même curieusement réservé. Son impression ne s’améliore pas quand le chef du PC macédonien demande à parler au chef du Mouvement de Libération Nationale en privé… « pour le bien de la Révolution » évidemment.
………
Près de Tirana (Albanie) – Le QG de la 2e Armée française est calme – entre l’inactivité temporaire sur le front, les nombreux départs en permission et cette neige qui ralentit tout, les responsables locaux ne sont pas débordés, c’est le moins que l’on puisse dire. Seul dans son bureau, Sylvestre Audet a délaissé son ingrate paperasserie et contemple par la fenêtre la capitale albanaise au loin : dire que cette affectation l’a soulagé, tout en étant une promotion ! Fataliste, le général se désespère à présent de revoir son pays avant le printemps… Pas question, bien sûr, de prendre des congés tant que la pression sur ses troupes ne se relâche pas ! Et cela n’a évidemment aucune chance d’arriver.
Alors qu’il rumine ainsi, l’un de ses aides de camp entre dans le bureau, après avoir règlementairement frappé : « Mon général, excusez-moi… J’ai ici un représentant du PC albanais qui souhaiterait s’entretenir avec vous sur un point “de la plus haute importance”. Enfin, c’est ce qu’il m’a dit, mon général ! »
De la plus haute importance – mon œil ! Ce Partisan vient encore essayer de lui taper des armes ou des munitions, oui ! Le tout en échange de la simple neutralité des sbires du Parti dans les affaires en cours ! Comme si la prochaine campagne de Yougoslavie ne concernait pas ces Messieurs. A croire qu’ils regrettent les Allemands ! En tout cas, aujourd’hui, pour ce qui le concerne, Audet laisserait bien ces maquisards aux Boches. C’est donc sans enthousiasme aucun qu’il répond : « Faites-le entrer – je n’ai pas d’affaire urgente à traiter pour l’instant, de toute façon. »
………
Une demi-heure plus tard, la porte du bureau se rouvre et le général Audet raccompagne son hôte avec amabilité avant de revenir s’écrouler dans son fauteuil avec l’air de se demander s’il est bien réveillé. Son aide de camp s’inquiète : le Vieux aurait-il un coup de fatigue ?
– Tout va bien mon général ?
– Euh… oui, oui. C’est juste que, même après cinq ans de guerre et plus de deux ans dans cette région, il m’arrive encore d’être surpris.
– Je… Je crains de ne pas saisir, mon général !

Audet ébroue sa moustache avant d’écarter les bras en signe d’étonnement et de préciser…
– C’est très simple, capitaine. Le monsieur que je viens de recevoir n’est autre que le “commandant” Myslim Peza, du MLA. Il est venu me signifier au nom de son chef, le trop fameux Hoxha, « la volonté du Parti de collaborer avec la 2e Armée française pour alléger les contraintes de maintien de l’ordre et le fardeau de la gestion des terres albanaises contrôlées par les forces alliées », je le cite textuellement ! Je pense que cet Albanais m’a répété par cœur des mots préalablement rédigés par M. Hoxha. Vous savez que celui-ci parle fort bien français.
Le capitaine n’était pas à la conférence de Tirana – il n’a donc pas pu reconnaître Peza. Mais il est en poste ici depuis assez longtemps pour connaitre les us et coutumes de la région.
– Sauf votre respect, mon général, n’est-ce pas ce qu’ils promettent toujours ?
– C’est vrai… Mais là, il vient quand même de me proposer d’indiquer formellement à nos services les unités chargées de cette collaboration, de créer un groupe de coordination à Tirana et même d’organiser conjointement des missions de désarmement des milices les plus incontrôlables ! C’est… nouveau !
– C’est le moins qu’on puisse dire ! Alors, qu’allons-nous faire, mon général ?
– D’abord, en référer à Athènes. Puis, à coup sûr, tenter le coup – au moins au début. Les instructions du GQG sont claires : favoriser toutes les possibilités d’extraire nos forces d’Albanie et du Kosovo sans mettre en péril nos lignes de communication. Après, nous verrons à l’usage !
– Cela améliorerait considérablement nos possibilités d’actions pour le printemps. Avec votre permission, je vais immédiatement organiser une conférence extraordinaire avec les responsables concernés !
– Faites, faites !

Le capitaine file vers la porte. La main sur le chambranle, il s’arrête et se retourne vers son supérieur. Il doit poser cette question.
– Mon général, puis-je vous demander si vous avez une idée de ce qui a causé pareil revirement ? En y repensant, votre visiteur n’avait pas l’air très heureux d’être là – notre officier de liaison britannique, le Captain Wooster, qui l’a vu entrer, a même dit qu’il avait l’air d’un canard qui aurait reçu une brique sur la tête !
Audet est retourné à son travail – il lève les yeux de ses dossiers pour répondre : « Vous avez raison, capitaine. Ce cher commandant Peza affichait un air maussade et contraint qui ne lui est pas habituel. Mais je n’ai pas la moindre idée de la cause de ce changement d’humeur !"

Churchill en mission
Un simple bout de papier
Ancienne résidence d’été des princes Orlov (Kuntsevo, banlieue ouest de Moscou)
– Sir Winston a passé la majeure partie de la journée à se reposer dans cette curieuse maison en bois, si typiquement soviétique mais à laquelle on vient pourtant, de toute évidence, d’ajouter un niveau.
Etonnante villa pour recevoir un dignitaire étranger ! Tout est prévu pour le confort des occupants, le personnel est pléthorique, il y a même des terrains de sport (sur lesquels Churchill ne mettra évidemment pas le moindre pied)… mais en même temps, les lieux ne sont pratiquement pas décorés et une foule de militaires en uniforme bleu (1) quadrillent le domaine – lequel est ceinturé d’une double clôture barbelée et de batteries de DCA dignes d’une base militaire ! Et puis il y a ce fichu deuxième étage… impossible d’y accéder, malgré la présence visible d’un ascenseur ! Toutes les tentatives de Churchill en ce sens se sont heurtées à un refus très poli, mais aussi très ferme. Bref, entre un intérieur cadenassé et un extérieur sous la loi martiale, le Premier Britannique se sentirait presque à l’étroit en ces lieux, enfermé dans le froid de l’hiver moscovite. Lors de sa première visite, en 1942, le Kremlin s’était révélé un endroit infiniment plus agréable ! Enfin, après tout, c’est logique – son voyage est censé être secret…
Par bonheur, Staline n’a pas prévu de faire trop attendre son invité : le tsar rouge est sur place dès 19 heures, traversant le parc à l’arrière d’une Packard 12 – un cadeau du Président Roosevelt datant déjà de neuf ans. Un très bel engin, certes, minutieusement entretenu, mais qui commence à faire son âge. Alors qu’il en descend par la portière que lui a ouverte son chauffeur, Staline considère la berline noire avec affection. Un jour ou l’autre, il faudra bien la remplacer… Mais par quoi ? (2)
Cependant, le maître du Kremlin ne peut qu’être préoccupé par l’entretien qui l’attend. Il a eu tout le temps pour réfléchir et consulter une dernière fois sa cour avant d’aller se mesurer à Churchill, et le dialogue s’annonce à la fois décisif et difficile. Décisif, évidemment, car c’est l’avenir des Balkans que l’on va sans doute jouer ici. Et difficile car, même si le Britannique est demandeur d’un compromis – a priori la position la plus précaire – le fait est que, malgré les apparences, la position de l’URSS est encore fragile dans les Balkans. C’est vrai : l’Armée rouge a réussi à arracher glorieusement la Roumanie et la Bulgarie aux griffes de l’Axe comme aux menées de Wall Street et de la City. Mais les forces du 18e GAA lui font aujourd’hui concurrence pour le contrôle de l’Europe Centrale. Et si les capitalistes décidaient finalement de ne pas jouer le jeu et de proposer une paix séparée aux fascistes, ce serait une catastrophe ! L’inverse – une sorte de réédition du pacte Molotov-Ribbentrop – pourrait sembler envisageable… mais est-il vraiment plausible ? L’avantage indéniable dont bénéficie l’URSS sur le terrain, du fait des circonstances ou de la faiblesse alliée, demande donc encore à être confirmé, avec quelque délicatesse.
C’est donc un véritable poker menteur qui risque de se jouer entre les deux dirigeants : chacun doit démontrer sa force pour exiger le maximum… sans toutefois appuyer ses prétentions par autre chose que des mots. Comme l’union, l’alliance est un combat !
Cependant, il n’y aura aucune tension lors de leurs retrouvailles entre ces deux hommes qui partagent, malgré d’importants différends, un même goût pour les agapes – ce qui facilite bien le contact. Deux ans plus tôt, Churchill et Staline avaient devisé jusqu’à trois heures du matin entre un cochon de lait et une caisse de bouteilles (3) ! Ils ne sont pas revus depuis, mais les deux hommes savent être plus qu’affables quand c’est nécessaire.
– Cher camarade Winston ! Quel honneur de vous rencontrer à nouveau. Je crois vous avoir convaincu des indéniables mérites de notre système – puisque vous revenez nous voir !
– Cher maréchal ! Quel privilège vous m’offrez en me recevant ainsi. En fait, je n’ai pas pu finir mon éloge de notre pensée lors de notre rencontre en 1942. Je reviens donc achever mon discours.

La poignée de main est souriante, les traducteurs volubiles. On croirait presque voir de vieux amis. Et on passe bien sûr immédiatement à table.
………
Trois heures plus tard, la soirée est déjà bien avancée. Les deux hommes sont désormais en train de fumer – qui son cigare, qui sa pipe – dans le salon, en la seule compagnie de leurs traducteurs. Le Britannique, confortablement calé dans son fauteuil, juge le moment bien choisi pour son approche : « Maréchal, je crois qu’il est temps de parler de nos affaires. »
Staline se penche vers son invité. Sa pipe au bec lui donne un air bonhomme. Il hausse les sourcils en marque d’intérêt, invitant Churchill à continuer.
– Je vous propose de fixer une fois pour toutes les limites de notre influence respective dans les Balkans. Il n’est pas dans notre intérêt de continuer à nous marcher sur les pieds au gré des missions de nos agents et des humeurs de nos alliés. Ne perdons pas de vue le but commun et le sens de nos intérêts à cause de petits détails. En ce qui concerne le Royaume-Uni et la Russie, que diriez-vous d’avoir 90 % d’influence en Roumanie, alors que nous en aurions 90 % en Grèce et de nous répartir les autres pays de la région à, voyons… 75-25 % ?
Sir Winston attrape négligemment un bloc de papier. On lui tend un stylo – il entreprend d’écrire alors que Staline l’observe silencieusement en écoutant son traducteur. Le Premier ministre de Sa Majesté présente finalement au Premier Secrétaire du PC-US le texte suivant, rédigé d’une écriture brouillonne :
Romania : Russia : 90%, The Others : 10%
Greece : Great Britain (In accord with USA) : 90%, Russia : 10%
Yugoslavia : UK: 75%, Russia: 25%
Hungary : Russia : 75%, 25% (the Others)
Bulgaria : Russia : 75%, the Others : 25%

Cette proposition qui prétend engager l’avenir de dizaines de millions de personnes tient sur une demi-page. Chacun appréciera la façon dont Churchill se prévaut du soutien de Washington, ainsi que le distinguo très net qu’il fait entre les intérêts purement britanniques et ceux des “autres” – lesquels n’ont évidemment pas droit à une bien grosse part du gâteau.
Staline se saisit du bloc-notes et entreprend d’en parcourir le contenu, le front haut et l’expression aussi solennelle que pour les Actualités soviétiques. Apparemment satisfait, il se saisit d’un de ses délicats stylos de travail et barre le haut de la feuille d’un modeste trait bleu – sa signature de travail. Puis, il arrache le papier, pour le tendre à son… partenaire ? Son complice ?
Ce dernier considère le document et sourit. Il y a accord – et sans que Staline cherche trop à négocier. A la réflexion, peut-être aurait-il dû demander plus… enfin, c’est trop tard à présent. Et puis, il n’allait quand même pas risquer les Nations-Unies pour un bout de Hongrie ! Toutefois, nul doute qu’il se trouverait vraisemblablement de bonnes âmes pour lui reprocher pareil commerce, si la chose devait se savoir… les yeux toujours fixés sur l’accord, Sir Winston risque : « Nous devrions brûler ce bout de papier… »
Mais, avec un de ces grands sourires amicaux dont seul le tsar rouge est capable, Staline répond, grand seigneur : « Niet, niet ! Gardez-le… »

Notes
1- Jusqu’à 300 soldats du NKVD assureront la surveillance de la datcha !
2- Ce sera par une ZIS 115 – une version spéciale de la berline ZIS 110 – à partir de 1947.
3- Ce dont témoigna Alexander Catogan, un haut fonctionnaire britannique qui avait été convié (ou plutôt convoqué…) à participer à la soirée. Il en était sorti avec de violents maux de tête provoqués par les boissons de toutes sortes servies par Staline.


Dernière édition par Casus Frankie le Lun Juil 01, 2019 11:16; édité 1 fois
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Lun Juil 01, 2019 11:13    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Notes ?

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Alain
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