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L'Espagne
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patzekiller



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Localisation: I'am back

MessagePosté le: Mar Mai 07, 2019 17:13    Sujet du message: Répondre en citant

requesens a écrit:
le poireau a écrit:
Casus Frankie a écrit:
Attention, au moment de la prise de Florence, le matériel a évolué !
Les chars moyens sont des SAV-43, les chasseurs de chars des SAV-AU-42, les chars légers des M7-F (Le Poireau, OK ?).


En effet à ce moment là les SAV-41 et SAV-AU-41 ont laissé la place aux SAV-42 et SAV-AU-42 (le SAV-43 est réservé au front provençal) et les M3-F aux M7-F.


Donc pour la prise de Florence le char standard est le SAV-42 ?



oui, le SAV 42 belier + l'entrée en service du M7 mouflon

le modele suivant, le taureau entre à peine en production et est gardé pour équiper les DB qui vont participer à dragon
_________________
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Casus Frankie
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Messages: 9896
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MessagePosté le: Mer Mai 08, 2019 10:00    Sujet du message: Répondre en citant

Dernier épisode kumanovesque avant de repartir dans les Balkans 44…


13 mai 1941
Première campagne de Grèce
Kumanovo
– Dès 8h00, les sentinelles virent se mettre en place les deux pinces de l’attaque allemande. La 9e Panzer et le XLe Korps mobilisaient toutes leurs réserves dans un nouvel effort pour couper la ville en deux. Au même moment, les premiers obus de 105 mm tombaient sur les positions françaises, où les 75 mm essayaient de répondre comme ils le pouvaient au déluge de feu qui s’abattait.
Quand le bombardement sembla faiblir, les hommes sortirent des abris et prirent leurs postes de combat. Les légionnaires de Muntaner occupaient un immeuble de trois étages avec des fantassins algériens. Chabert et ses Chevrolet attendaient à l’abri que les panzers approchent.
Nerveux, aux aguets, les hommes entendirent alors un ronronnement qui peu à peu remplissait l’air. A chaque seconde plus proche. Tous se regardèrent car tous connaissaient ce bruit ainsi que le danger qu’il représentait. « Là ! » Par une des fenêtres désormais sans carreaux, ils les virent arriver. Des dizaines de Ju 87 se dirigeaient droit vers eux. En les voyant voler en formation, haut dans le ciel, chacun avait l’impression qu’ils venaient pour lui. Une sorte de règlements de compte personnel entre les avions et les hommes. Arrivés plus ou moins à la verticale de leur position, les appareils se mirent à piquer sur eux.
Muntaner entendit un sifflement aigu, comme une gigantesque scie découpant l’espace. Quelques instants avant l’explosion, le bruit était tellement intense qu’il semblait émaner de l’immeuble lui-même.
Il ressentit un énorme impact qui secoua le bâtiment comme si quelque chose de gigantesque tombait du ciel et traversait les étages. Le temps sembla se figer. Une explosion les envoya tous à travers la pièce. Le souffle s’empara de lui comme une main géante, le souleva et le propulsa dans les airs. Il se retrouva à demi assommé entre la porte d’entrée et un placard encore miraculeusement debout. Le mur derrière lequel s’abritait un soldat disparut dans un nuage blanc. Ils virent comme au ralenti une langue de feu l’entourer et l’avaler, avant de continuer sa route en aspirant et incendiant tout ce qui pouvait l’être.
L’air brûlait la peau et les poumons, les vêtements roussis par la chaleur fumaient. Les survivants sentirent le sol bouger. Une seconde plus tard, toute la partie centrale de l’immeuble s’effondra sur elle-même, se transformant plus bas en une montagne de débris et de braises. Seuls étaient restés plus ou moins intacts la façade et un mur latéral sur lequel s’appuyaient l’escalier ainsi que des reliquats d’étages. De loin, les ruines ressemblaient à une sorte de peigne pour géants dont les dents étaient cassées. Tout le reste avait disparu. L’air sentait le soufre et la chair brûlée.
Tous étaient couverts de poussière et de cendres. Chino s’agenouilla devant lui et le prit par l’épaule. Le contact le ramena à la réalité, il ouvrit des yeux rougis par la fumée. « Ça va ? » dit Chino.
– Ma tête…
Il se palpa le crâne, mais il n’y avait pas de sang.
– Ce doit être le choc contre la cloison, ça passera. Nous devons sortir d’ici, tu peux marcher ?
En guise de réponse, il se mit sur ses pieds. Les survivants longèrent le mur en passant sur ce qui n’était plus qu’une simple corniche avant de rejoindre l’escalier. De là, ils purent voir que la bombe avait frappé l’immeuble en son centre, le traversant verticalement avant d’exploser au rez-de-chaussée.
A quelques dizaines de mètres d’eux un autre immeuble fut frappé de plein fouet par une bombe. Plus qu’une explosion, ils eurent l’impression que l’immeuble crevait comme une baudruche, se répandant dans la rue.
Était-ce à cause de ce nouveau choc ? Ils virent avec horreur que ce qui restait de l’édifice qui les abritait était lui aussi sur le point de s’effondrer dans le brasier qui en consumait l’intérieur. Ils descendirent, coururent et sautèrent aussi vite que l’état de l’escalier le leur permettait. Une vive douleur lui vrilla la cuisse gauche, une balle ? Non. En se retournant il vit une tige de métal qui sortait d’une paroi effondrée. Son extrémité rougie brillait dans la lueur des flammes. Une nausée lui tordit l’estomac, sa jambe palpitait et un liquide chaud coulait jusqu'à sa cheville.
Aidé par Chino, il réussit à sortir avant que tout ne disparaisse dans une énorme boule de poussières. La lumière du soleil disparut, ils se retrouvaient maintenant dans une sorte de brume blanchâtre qui empêchait de voir à plus de quelques mètres. La respiration devenait difficile, la toux fréquente, ceux qui le pouvaient couvrirent d’un foulard le bas de leur visage. Le liquide chaud qui coulait le long de sa jambe atteignait maintenant sa chaussure, il devenait urgent de s’arrêter et de soigner cette plaie. Dès qu’ils le purent, tous se mirent à l’abri dans les ruines d’une petite maison. Les yeux rouges, les cheveux, le visage gris cendre, l’uniforme d’une couleur indéfinissable, ils essayaient de reprendre leur souffle. Certains toussaient, d’autres versaient le contenu de leur bidon sur leur visage.
Un des soldats s’agenouilla près du caporal. Juan Sanchez Villa-Lobos Martinez, ancien métallurgiste, n’en était pas moins fier de son patronyme, il veillait toujours à ce que rien ne soit oublié sur ses documents administratifs. Durant les premiers mois de la guerre civile, antifasciste mais non-violent, il avait été infirmier des milices. Quand il découvrit que les Franquistes étaient aussi impitoyables avec le personnel médical qu’avec les combattants, il échangea sa trousse d’urgence pour un fusil. Il avait cependant gardé une nostalgie des hôpitaux de campagne et n´hésitait pas à soigner ses camarades. A l’aide d’un couteau, il entailla la jambe du pantalon, nettoya et examina la plaie – « Jolie coupure, profonde mais nette, tu devras aller à l’infirmerie pour te faire recoudre. » De sa musette, il sortit désinfectant et pansements et en entoura la jambe blessée.
Pendant que l’infirmier improvisé bandait la blessure, Muntaner demanda : « Tout le monde est là ? » – « Non, il en manque deux. » – « Quatre volontaires pour retourner là-bas, si vous les retrouvez, vous les ramenez, même morts. » Les hommes restants regardaient les immeubles effondrés. Il y eu comme un flottement. Jordi Comer fut le premier à parler : « J’y vais. » Originaire de Valence, fils et petit-fils de pêcheur, il croyait en Dieu pour l’après et au communisme pour cette vie. Trois autres hommes le suivirent.
D’autres explosions, plus nombreuses, résonnaient de l’autre côté de la ville. Les Allemands attaquaient en force. Près de lui, ceux qui étaient restés occupaient des positions de défense. Tous avaient le nez en l’air pour guetter à travers le nuage qui les entourait l’arrivée d’autres appareils ennemis. Ils n’eurent pas à attendre longtemps pour qu’un autre avion à croix noires les survole, un bimoteur cette fois. « Hijo de la gran p…, viens te battre comme un homme ! » – de rage, tous tirèrent avec leurs armes sur la silhouette qui s’éloignait. Durant quelques longues minutes, ils purent entendre le bruit d’avions qui tournaient au-dessus de la ville à la recherche de nouvelles proies jusqu’à ce que d’autres moteurs se fassent entendre. La chasse française faisait enfin son apparition.
Entre temps, Comer et ses compagnons les avaient rejoints. Ils portaient sur un brancard de fortune un des disparus. « Juan, regarde si tu peux faire quelque chose. » L’examen clinique fut rapide – « Il faut l’opérer et le plus tôt sera le mieux. » – « Vous savez ou est l’hôpital ? Emmenez-le tout de suite. Et l’autre ? » Comer, avare de paroles, eut un geste d’impuissance.
– Caporal, tu devrais les accompagner pour faire soigner ta jambe.
– Plus tard, Juan, quand la situation sera plus calme. Allez, partez !

Les premières heures de la matinée ne furent qu’une succession de duels d’artillerie et de chassé-croisé des deux aviations.
Vers 11h00, les groupes d’assaut allemands, appuyés par des pionniers, essayèrent de pénétrer le système défensif français, mais la densité du tir défensif empêchait les troupes allemandes de se déployer. Les immeubles devaient être attaqués un à un, étage par étage. C’était lent et coûteux. Bien retranchés, habitués à ce type de combat, les légionnaires bloquaient la progression ennemie et clouaient très souvent les Allemands au sol. Ce n’était pas le cas partout – à l’aide d’explosifs, les pionniers firent sauter des points de résistance, dégageant plusieurs couloirs par où s'infiltra l'infanterie. Mais une contre-attaque rétablit la ligne de défense, interdisant aux Allemands d’exploiter leur succès.
En début d’après-midi, l’artillerie des assaillants redoubla d’activité, atteignant une violence peu commune sur ce théâtre d’opération. Des canons furent approchés afin d’effectuer des tirs tendus sur les positions françaises. Les Allemands cherchaient la mise à mort. Malgré quelques renforts, la position du groupe de Muntaner devenait intenable. Régulièrement prise pour cible par deux pièces de 50 mm, la façade de l’immeuble s’émiettait après chaque tir. Ils risquaient d’être enseveli si l’immeuble s’effondrait. Muntaner, dont la jambe saignait de nouveau, savait qu’il allait devoir quitter ses hommes, mais auparavant il devait s’acquitter d’une dernière tâche.
– Un volontaire pour venir avec moi, les autres décrochent et rejoignent les camarades dès qu’ils le peuvent.
Tous demandèrent à rester avec lui.
– Fosforito, tu es trop précieux avec tes jouets. Chino, s’il m’arrive quelque chose tu me remplaceras, Juan tu es notre infirmier. Qui a une excellente vue et un calme à toute épreuve ? [Il regarda ses hommes.] Jordi, nous ferons équipe. Je vous remercie tous, nous nous verrons plus tard.
Il leva le poing : « ¡ Suerte ! »
En réponse, tous portèrent le poing à leur tempe. Chino le serra dans ses bras : « Soyez prudent, revenez entiers ! »
« Curieux comme ce garçon est émotif, la fréquentation des filles, je suppose »
se dit Muntaner.
Pendant ce temps, la bataille continuait. Partout, les soldats français, terrés dans leurs trous au milieu des ruines, résistaient. Quand une compagnie algérienne fut enfoncée, les “canons à roulettes” de Chabert rétablirent la situation, mais cette fois il y eu des pertes parmi les artilleurs. Comme disait le lieutenant Chabert : « La mort c’est rouge. Et puis c'est bleu… Et puis c’est froid. Et par-dessus tout, ça devient un silence ! La mort, c’est un silence de mort. » Muntaner ne put s’empêcher de frémir. Il se rappelait son rêve, que disait Azraël ? En vérité, la mort c’était l’oubli….
Muntaner et son équipier se rapprochaient lentement des canons disposés de chaque côté de la rue. Ces pièces d’assez petit calibre faisaient des ravages dans les rangs français, il devait les faire taire, au moins momentanément, afin que ses hommes puissent décrocher. En passant à travers les éboulis et les ruines, ils atteignirent un immeuble situé directement sur la ligne de front, qui offrait un angle de tir assez large. Les éclats et les balles vrombissaient. Sans son Lebel, vraiment trop encombrant pour ce genre de combats, Muntaner devait s’approcher au plus près de sa cible.
A plat ventre, postés devant un trou de mitraille au niveau du sol, une couverture sur la tête et les épaules, ils étaient immobiles. L’un regardait avec des jumelles et l’autre à travers sa lunette le canon à l’angle de la rue.
– J’abats les servants et nous partons. Toi, observe les alentours, si tu vois un danger tu me donne sa direction comme avec les heures d’une montre, tu comprends ? [Le caporal mit son poignet sous le nez de son équipier.] Le canon est à… ?
– Onze heures,
répondit Comer
– Parfait, tu as compris. Tu te souviens du chemin de repli ?
Comer, taiseux, acquiesça en remuant la tête.
– Regarde une dernière fois, prends ton temps et si tout te paraît normal… Si quelque chose peut être normal dans ce chaos… Tu me dis “C’est bon”. Pendant que je tire, ne regarde pas la cible, continue à regarder autour et tiens-moi informé.
Muntaner suivait de son arme le chef de pièce et le pointeur, les autres étaient secondaires. Au bout d’une ou deux minutes Comer murmura : « C’est bon, vas-y. » Les détonations des deux tirs se suivirent au point de presque se confondre, il y avait maintenant deux nouveaux corps étendus sur le sol.
– Mare de Deu !
De surprise, le caporal tourna la tête, cela faisait longtemps qu’il n’avait plus entendu invoquer la Vierge en catalan. « Là, là… à 2 heures ! » Du doigt, Comer indiquait un semi-chenillé équipé d’un canon de petit calibre, probablement du 20 mm, qui venait d’apparaître au coin d’une rue. Une boule se forma dans l’estomac de Muntaner quand il vit un soldat près du véhicule indiquer de façon véhémente la direction de l’immeuble dans lequel ils se trouvaient. Il n’attendit pas plus – « ¡ Vamos ! »
Aussi vite que sa jambe le lui permettait il se redressa, aidé par Comer. Ils quittaient la pièce quand les premiers obus frappèrent la façade. L’escalier était encore en bon état, ils le dévalèrent plus qu’ils ne le descendirent. Au bruit du canon s’ajoutait maintenant des rafales de mitrailleuse. Accroupis au dehors, ils reprirent leur souffle en essayant de trouver par où s’enfuir. Le chemin qu’ils avaient suivi quelques instants plus tôt était maintenant sous le feu, et pour tout arranger, sa blessure à la jambe saignait de plus en plus.
– Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je n’ai pas envie de connaître l’hospitalité allemande. La seule possibilité est de plonger plein sud pour rejoindre les lignes françaises en évitant de ne nous faire tirer dessus par les copains.
Comer acquiesça d’un hochement de tête.
Ce fut difficile. Entre les lignes, ils ne pouvaient avancer que par petits bonds, parfois en rampant, un par un en se couvrant mutuellement. Derrière eux les Allemands poussaient, devant eux les Français résistaient. La lutte était intense, Muntaner se rappelait la bataille de l’Èbre, ou durant près de quatre mois il avait lutté contre les fascistes. Au bout d’une demi-heure de reptations, de plongeons et d’attentes, des casques Adrian apparurent fugacement sur leur droite. Visiblement les servants d’un mortier installé dans un trou, protégé par une barricade de débris. « Légion étrangère, Légion étrangère ! » – les deux Catalans s’égosillaient au milieu du vacarme des combats afin d’attirer l’attention des fantassins. Leurs efforts furent couronnés de succès : un visage se tourna vers eux, puis un autre, mais tous deux disparurent de nouveau ! Comer, si taiseux de coutume, se mit à invectiver ces hommes, questionnant la moralité de leurs mères, la peu avouable profession de leurs pères et leur manque d’attributs virils, ainsi que les deux protubérances qui poussaient sur leurs crânes. Un visage réapparu, l’ancien pêcheur menaça ce pauvre diable de lui faire subir les pires atrocités s’ils ne les laissaient pas se réfugier auprès d’eux. Au final, l’artilleur leur fit signe d’approcher, mais en les mettant en joue. Il y avait une vingtaine de mètres à parcourir.
– Vas-y en premier – le caporal poussa son équipier – C’est un ordre.
Comer s’accroupit et se propulsa en avant, le buste penché, après quelques foulées il plongea en avant, manquant de peu heurter le soldat qui les surveillait. Il dut y avoir quelques explications mouvementées, mais rapidement Comer se montra, lui faisant signe de venir. Muntaner s’élança mais sa blessure le gênait. Tout à coup, il ressentit un choc dans le mollet, comme si un adversaire invisible lui avait administré un coup de pied par derrière. Il trébucha, essaya de se relever mais sa jambe céda et la douleur surgit, brutale, incandescente. Il porta sa main vers sa cheville et la ramena rouge de sang. Il avait un genou au sol quand un nouveau coup à hauteur du bras le fit tomber sur le flanc. Comer lui hurlait de se mettre à plat ventre et de ne pas bouger.
Muntaner essayait de ramper en laissant une double trainée de sang sur le sol, il avait l’impression qu’une barre chauffée à blanc lui traversait le mollet. Des petits geysers de terre apparurent tout près de lui. Les Français s’étaient joints à Comer, encourageant le caporal : « Plus que dix mètres ! » « Animo… » « Encore un effort » « Adelante…" « Tu y es presque ! « Ya estas… »
Ses trois blessures saignaient, seul un bras était indemne, il s’épuisait. Une balle frappa près de sa tête soulevant de la poussière qui l’aveugla, il secoua la tête tel un animal blessé. Il restait cinq à six mètres – ça allait être long !
Comer sauta en dehors de l’abri, fit un roulé-boulé, saisit le caporal par le col et l’entraîna avec lui dans le trou en continuant à rouler sur le sol.
– Oh là, il a pas l’air bien ton caporal ! Attends…
Un des servants du mortier lui mit presque de force un goulot entre les temps et lui versa dans la gorge une rasade de feu liquide. « C’est de la Slivovitz mon gars, ça va te réveiller ! » Une boule incandescente traversa le corps du caporal, son estomac se rétracta, une quinte de toux explosive le secoua, des larmes coulèrent le long de ses joues.
– Là, tu vois, ça va tout de suite mieux, pas vrai ?
………
À 17 heures, le général Dentz adressa un message à ses hommes : dans la nuit, les troupes alliées quitteraient la ville en brisant l’encerclement allemand. « Nous luttons maintenant depuis sept jours et sept nuits. Je connais votre souffrance, mais je vous demande de ne pas vous laisser aller à la fatigue. Nous démontrons au monde que nous n’abandonnerons notre combat que quand le dernier pouce du territoire national sera libéré. Le peuple de France, prisonnier de la force brutale de l’ennemi, nous regarde et soutient notre lutte. » (1)
L’heure du départ était fixée à 23 heures pour les premières unités. Les mieux armées et les moins fatiguées, elles devaient percer les lignes allemandes et maintenir le passage ouvert jusqu'à ce que les dernières forces alliées aient pu se replier.
Ce fut plus une ruée qu’un convoi militaire, mais ce fut efficace et couronné de succès. Etonnés et eux-mêmes épuisés, les Allemands virent leur proie se dégager et se replier in extremis. Les pertes furent minimes.
Au matin du 14 mai, Pinti, Fosforito et quelques autres allèrent prendre des nouvelles des blessés. Dans un Ford 4x4 conduit par un Chino furieux d’avoir dû abandonner ”sa” voiture, ceux qui ne pouvaient marcher s’était regroupés autour de de la Motte et Muntaner.
– Messieurs, nous avons vécu un combat proprement homérique. Mais si nous étions tels les Troyens assiégés par les Grecs, nous n’avons pas succombé à la force tudesque comme Priam à la ruse d’Ulysse. Cependant, méfions-nous des Grecs et de leurs cadeaux !
Comme le lieutenant interrompait sa harangue pour reprendre son souffle, les Espagnols se mirent à murmurer entre eux : « Pourquoi parle-t-il de cadeaux des Grecs ? Et pourquoi nous méfier d’eux, nous sommes alliés, non ? »
Pinti interrogea du regard Muntaner, qui haussa les épaules en signe d’ignorance.
– Oui Messieurs, nous nous sommes battus avec Homère – mais à présent, nous voyagerons avec Xénophon. Nous serons les nouveaux Dix Mille ! *, Thalassa… A plus tard, Messieurs. Démarrez légionnaire. Thalassa, Thalassa…
Après un moment de silence, Fosforito demanda à Pinti : « Toi qui étais maître d’école, tu dois savoir qui étaient ces gens, ces Dix Mille… »
– Oui, des Grecs qui ont vécu voici très longtemps.
– Encore des Grecs ? Et ce qu’il a crié à la fin ?
– Thalassa ? Je crois que ça veut dire mer, en grec.
– La mer ? Tu vois la mer ici ? C’est homme est fou !
– Peut-être, mais il est courageux.


Notes [de Casus Frankie]
1- Un fac-similé de l’original de ce message est exposé en permanence sur chaque quai de la station de métro Kumanovo-Grenelle, à Paris. L’Association des Anciens de la Légion étrangère ayant obtenu, en 1955, que des traductions en espagnol et en catalan soient présentées, l’ambassade d’Algérie a souhaité en 1958 qu’une traduction en arabe y soit ajoutée.

*  = désolé, le système ne lit pas le grec…
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Clappique



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MessagePosté le: Mer Mai 08, 2019 11:48    Sujet du message: Répondre en citant

Super récit !
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requesens



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MessagePosté le: Mer Mai 08, 2019 12:05    Sujet du message: Répondre en citant

@ clappique : merci

@ casus :
Un des servants du mortier lui mit presque de force un goulot entre les[/color] temps et lui versa dans la gorge une rasade de feu liquide[/color][/color][/color]

Je pense que "dents" serait plus adapté, moins onirique ... Think
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Mer Mai 08, 2019 12:31    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Citation:
Ils risquaient d’être ensevelis si l’immeuble s’effondrait.


@+
Alain
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requesens



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MessagePosté le: Jeu Mai 09, 2019 09:44    Sujet du message: Répondre en citant

Au fait, la phrase :
« La mort c'est rouge. Et puis c'est bleu... Et puis c'est froid. Et par-dessus tout, ça devient un silence...! La mort, c'est un silence de mort. »
Est d'Honoré de Balzac dans "Le Colonel Chabert" et non pas le lieutenant Chabert comme dans mon récit.

Pour terminer, vous avez peut-être vu Juan Sanchez Villa-Lobos Ramírez sous les traits de Sean Connery dans le premier Highlander Razz
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Mai 09, 2019 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Il faut avoir vu un nombre impressionnant de livres et vu au moins autant de films pour suivre tes récits...
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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requesens



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Messages: 551

MessagePosté le: Jeu Mai 09, 2019 13:38    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
Il faut avoir vu un nombre impressionnant de livres et vu au moins autant de films pour suivre tes récits...


Comment dois-le prendre, critique positive ou critique tout court Nunchaku ?

Dans tous les cas c'est pour moi un jeu ou je sème des petits cailloux, rien de plus. J'essaye de faire en sorte que la reference soit independante du recit, ne pas reconnaitre Balzac n'empêche pas de suivre la poursuite menée par le lieutenant Chabert. Comme ne pas connaître les divergences idéologiques entre communisme et anarchisme ne doit pas nuire à la compréhension de l'échange entre Muntaner et Pinti.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Mai 09, 2019 14:11    Sujet du message: Répondre en citant

requesens a écrit:

Comment dois-le prendre, critique positive ou critique tout court Nunchaku ?


De ma part ? Plutôt comme un compliment...
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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