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Campagne de France revue et corrigée

 
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loic
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MessagePosté le: Mer Déc 09, 2009 15:19    Sujet du message: Campagne de France revue et corrigée Répondre en citant

Bonjour à tous,

Je démarre ce nouveau fil pour donner les épisodes définitifs (*) de la campagne de France, revue et corrigée par plusieurs contributeurs : ladc51, Pontus, Casus Frankie, folc, moi-même et sans doute aussi quelques contributions d'autres parmi vous.
(*) définitif par rapport au tome 1 à venir. Dans le futur, si de nouvelles informations étaient susceptibles de conduire à une réédition, on ne sait jamais ...

Je signale au passage que la chrono des annexes suisses 40-6-9 et 40-6-10 a été recalée en conséquence. Les deux annexes sont à jour sur le site.

Je ne reposte pas la totalité de juin, juillet et août, mais uniquement les opérations terrestres en métropole. Les changements sont conséquents, je n'ai donc pas la possibilité de tous les souligner ici. Signalons simplement que la chrono a été revue et complétée :
- depuis le franchissement de la Saône (24 juin) jusqu'à l'Isère
- de la percée sur l'Isère (13 juillet) jusqu'à la côte
- de la rupture sur la Charente (15 juillet) jusqu'au Pays Basque et au Roussillon

Je poste ceci au fur et à mesure. Sauf erreur grossière, la chrono est figée, mais transmettez-moi par MP les erreurs et coquilles que vous pourriez trouver.
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loic
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MessagePosté le: Mer Déc 09, 2009 16:17    Sujet du message: Répondre en citant

6 juin

Après les combats de mai qui ont vu l’encerclement et l’élimination d’une grande partie des armées françaises et du Corps Expéditionnaire britannique, l’offensive allemande a repris la veille. Le Groupe d’Armées B de von Bock attaque la “Ligne Weygand” sur la Somme et l’Ailette – alors qu’en Alsace et le long de la Ligne Maginot, qui était censée faire face au plus fort de l’attaque allemande, tout est calme.
Le XV.PzK de Hoth (5. et 7.PzD, 2.ID mot) poursuit sa progression au sud-est d’Abbeville, malgré une contre-attaque du 7e Régiment Cuirassé. La 7.PzD de Rommel atteint à la nuit le sommet du plateau d’Hornoy. Autour d’Abbeville, les unités françaises du 9e CA (Xe Armée), tournées par les panzers sur leur droite, assaillies par l’infanterie allemande, doivent se replier sur la rivière Bresle.
Les XIV. et XVI.PzK, regroupés dans un PanzerGruppe sous l’autorité de Kleist, poursuivent l’offensive.
Au sud d’Amiens, le XIV.PzK de von Wietersheim (9. et 10.PzD, SS-Totenkopf) attaque les lignes du 10e CA (Xe Armée). Il oblige les débris de la 16e DI à se replier aux côtés de la 24e DI, mais il ne perce pas.
Au sud de Péronne, la concentration des chars du XVI.PzK de Hoeppner (3. et 4.PzD, 13.ID mot, SS-Verfügungs [1]) a été repérée par les reconnaissances françaises et les bombardiers de l’Armée de l’Air font trois tentatives pour troubler leur préparation, sans succès. Au contraire, une contre-attaque de la 1ère DCR échoue, écrasée sous les bombardiers en piqué. Les assauts du XVI.PzK se renouvellent et permettent aux Allemands de contrôler une vaste poche allant de Harbonnières à Ham en passant par Roye. Le général Frère doit ordonner le repli de la VIIe Armée sur une ligne allant de Davenescourt à Ribecourt.
Sur le front de l’Ailette, les attaques allemandes se poursuivent, et les pertes françaises sont très lourdes : à la nuit, le général Touchon replie les unités de sa VIe Armée sur l’Aisne.
Tous ces ordres de repli ont donné lieu à de violentes explications entre Weygand, qui avait ordonné une défense « sans esprit de recul », et ses subordonnés (Georges, Besson, Frère…) qui ont dû lui prouver, cartes à l’appui, les conséquences de ces ordres et la nécessité d’en changer. Certes, les forces françaises ont magnifiquement résisté pendant deux jours et ont infligé de très lourdes pertes à leurs adversaires. Mais la plupart des unités qui ont subi le choc principal de l’offensive ennemie sont quasiment anéanties (5e DIC, 3e DLC, 19e DI). Les autres sont désormais contraintes de reculer vers des positions non préparées sur un terrain moins propice à la défense. De plus, une brèche est ouverte au cœur de la Xe Armée, entre le 9e CA qui se replie sur la Bresle et le 10e CA qui résiste au sud d’Amiens. La catastrophe, trop prévisible depuis la défaite de mai, est imminente.
Pendant ce temps, un second PanzerGruppe s’organise sous le commandement de Guderian. Il regroupe le XXXIX.PzK (1. et 2.PzD, 29.ID mot) et le XLI.PzK (6. et 8.PzD, 20.ID mot).

[1] Future Das-Reich.

7 juin

C’est la percée. Le front de la Xe Armée est définitivement enfoncé : les unités françaises et anglaises du 9e CA qui ont survécu aux deux premières journées, regroupées en môles défensifs dans chaque village, luttent farouchement sur la Bresle, assaillies par les cinq divisions d’infanterie du II.AK allemand. Elles sont cependant déjà contournées et les blindés du XV.PzK de Hoth, exploitant la brèche de 25 km (entre Hornoy et Conty) qui sépare les 9e et 10e CA, foncent vers la Seine et Rouen. Après avoir dispersé au passage la 17e DLI surprise en train de débarquer de ses trains, les unités de tête de la 7.PzD atteignent dans la nuit Formerie et Forges-les-Eaux. En soirée, le 9e CA reçoit l’ordre de se replier derrière la Seine ; ce mouvement devrait demander quatre étapes aux fantassins, couverts par les 2e et 5e DLC.
Les unités du 10e CA (16e et 24e DI) continuent à repousser les assauts du XIV.PzK, mais, devant les risques liés à la percée allemande sur leur gauche, elles reçoivent dans la nuit du 7 au 8 l’ordre de se replier par étapes sur la position de défense de Paris, sur l’Oise. Ce recul est facilité par le retrait du XIV.PzK. En effet, après l’échec de ses tentatives de percée et ses lourdes pertes, celui-ci est redéployé en soutien du XVI.PzK.
Tout au long de la journée, l’ennemi renforce ses troupes sur la rive nord de l’Aisne en face de la VIe Armée.

8 juin

Normandie
La Xe Armée française est coupée en deux par l’offensive allemande. Le 9e CA est menacé d’encerclement. Tout juste rapatrié d’Angleterre, le général de La Laurencie reçoit pour mission de défendre les passages de la Basse-Seine en liaison avec le Groupement Duffour (3e Région). Mais il ne dispose pour cela que de moyens très réduits : le 3e CA en cours de reconstitution et deux divisions légères en cours de transport.
Ile-de-France
Le 25e CA, composé d’unités fraîches qui n’ont pas eu le temps de se déployer sur la Somme, assure la couverture nord-est de Paris en se positionnant autour de Beauvais. La 17e DLI et la 3e DLC se replient en combattant, essayant de retarder Rommel dans sa marche sur Rouen.
Plusieurs divisions fraîches sont mises à la disposition du gouverneur de Paris, le général Héring. La 57e DI se déploie entre le canal de l’Ourcq et la Nonnette afin de recueillir les divisions en retraite de la VIIe Armée. La 84e DIA, à peine arrivée d’Afrique du Nord, s’installe sur la Seine, mais ses lignes s’étirent sur 90 km, de Vernon à Chantilly, et elle ne peut guère que garder les voies de passage. À 13h00, la voiture de son commandant, le général Ardant du Picq, est mitraillée par un avion alors qu’il revenait d’une inspection.
À l’état-major du général Héring, on se prépare à résister à outrance avec de faibles moyens. On planifie les destructions, les ponts de Paris, les tunnels du métro, les collecteurs d’égouts…
Depuis le 10 mai, la “Ligne Chauvineau”, modeste ligne de fortifications légères censée protéger Paris, a été un peu renforcée. De vieux canons de marine ont été installés, on a creusé de nombreux fossés antichars, aménagé des champs de mines, procédé à des inondations. Des milliers de travailleurs (Français, Coloniaux et Espagnols) travaillent sans relâche dans les forêts d’Ile-de-France à constituer des abattis pour bloquer les panzers. Les forts de la ceinture de Paris ont été garnis de défenseurs et d’artillerie.
Enfin, la chasse aux embusqués est ouverte. Un homme, un fusil ! Deux mille cinq cents gratte-papier de l’administration ont été radiés de leur affectation spéciale et mutés à la garde des positions de sûreté. Cinq mille gardes territoriaux, pour la plupart anciens combattants, ont remis l’uniforme pour participer à la défense de la capitale. On a doté la police et la garde républicaine de vénérables fusils Gras pour contrer une improbable attaque de parachutistes.
Aisne
Les Allemands lancent l’attaque redoutée contre la VIe Armée. Malgré une défense désespérée, l’avantage du nombre et la disproportion des moyens leur permet de franchir l’Aisne et d’établir une large tête de pont autour de Soissons. Plusieurs contre-attaques françaises ne parviennent pas à rejeter l’ennemi au nord de la rivière.

9 juin

Normandie
La 7.PzD atteint Elbeuf dans la nuit. Peu après, c’est la 5.PzD qui parvient dans les faubourgs de Rouen. Mais tous les ponts de la Seine ont sauté devant les premiers chars allemands, les bacs sont coulés et le génie doit se mettre à l’ouvrage. Les Britanniques sabordent plusieurs navires dans le port, dont le vapeur belge Liège.
La poussée allemande a été si rapide que des unités françaises occupent encore leur position sur la Bresle : le 9e CA et la 51e Division britannique Highland sont isolés et forment une poche autour de Saint-Valéry-en-Caux. Leur seule échappatoire est un embarquement au Havre, à Fécamp ou à Dieppe.
Au sud de la Seine, les généraux Duffour et La Laurencie tentent de mettre en place un mince rideau de troupes. Parmi les quelques unités qui sont parvenues à échapper à l’encerclement, les divisions Beauman et Evans traversent le fleuve et se portent dans le secteur de Louviers où elles rejoignent la 237e DLI, en cours de déploiement. Pendant ce temps, la 3e DLC, admirablement commandée par le général Petiet, se regroupe à quelque distance de la Seine pour contre-attaquer un franchissement allemand.
On regroupe les fantassins rescapés de Dunkerque au sein du 5e CA. Le général René Altmayer et le lieutenant-colonel Clogenson redoublent d’activité afin de réarmer ces unités et les déployer ces unités sur la Seine avant que les Allemands ne franchissent le fleuve.
Paris (ligne Chauvineau)
Les restes du 25e CA refluent peu à peu sur l’Oise en suivant la vallée du Thérain. La VII e Armée réussit à désengager ses unités envoyées à l’ouest de l’Oise et à les replier le long de la rivière, entre le confluent de la Nonette et Compiègne.
Aisne (Champagne)
C’est désormais toute la partie orientale du front sur l’Aisne, de l’Ailette à la Meuse, qui s’embrase : le Groupe d’Armées A de von Rundstedt passe à l’attaque.
À l’ouest, la percée des Allemands à Soissons oblige l’aile gauche de la VIe Armée à reculer sur l’Ourcq. Cette rivière est atteinte en fin de journée par l’ennemi entre La Ferté-Milon et Fère-en-Tardenois.
Plus à l’est, la IVe Armée résiste à la plupart des assauts autour de Rethel, défendu par la 2e DI, qui vient de relever la gauche de la 14e DI du général de Lattre de Tassigny (laquelle a brillamment repoussé l’ennemi durant plusieurs jours). Les Allemands n’arrivent à créer que quelques poches, mais la position de la IVe Armée est rendue difficile par la retraite des unités de la VIe Armée.
Sur le front de la IIe Armée, l’attaque allemande vient heurter des unités très affaiblies (il manque à certaines divisions le tiers de leur effectif théorique) par les incessants combats et bombardements qui ont touché depuis plus de trois semaines ce front prétendument “stabilisé”. Pourtant, les combats sont très durs et si l’ennemi remporte des succès locaux (en particulier contre les 36e DI et 1ère DIC), il ne perce nulle part. De vigoureuses contre-attaques permettent même d’espérer un prompt rétablissement de la situation.

10 juin

Normandie
La 7.PzD de Rommel atteint la Manche aux Petites-Dalles. Cependant, des unités alliées encerclées combattent toujours sur la côte. Les équipes de démolition britanniques sabordent trois vieux bateaux, dont les Belges Améthyste et Turquoise, afin de bloquer les passes du port de Dieppe. Seuls les petits ports de Saint-Valéry-en-Caux et Veules-les-Roses demeurent accessibles pour une évacuation organisée tant bien que mal.
La Basse-Seine est franchie en plusieurs points et malgré les contre-attaques de la 3e DLC, la 9.ID, progressant à partir des Andelys, occupe dans la soirée une large bande de terrain sur la rive gauche de la Seine. Vernon est attaquée par la 46.ID, sans que l’on puisse y envoyer de secours. La garnison, décimée par de violents bombardements aériens, n’oppose qu’une faible résistance.
Regroupés autour de Rambouillet et Montlhéry après leur évacuation de Dunkerque et leur renvoi en France (avant l’infanterie), les 12 000 hommes du Corps de Cavalerie, réarmés et réorganisés en trois DLM réduites, sont placés sous le commandement du général Langlois. Celui-ci va tenter d’étayer le front de la Seine.
Paris (ligne Chauvineau)
Les divisions du 25e CA se regroupent derrière l’Oise, après destruction de la majorité des ponts, et s’emploient à des travaux de défense, la 85e DIA à Pontoise, la 13e DI à l’Isle-Adam et la 19e à Boran, les restes de la 4e DIC et de la 24e DI occupant les intervalles entre ces deux dernières. La 11e DI, dernière division en position sur l’Aisne, décroche vers 18h00 pour gagner la trouée d’Ormoy. Ce qui reste de la VIIe Armée rejoint ses positions sur la Nonnette ou sur l’Ourcq à marches forcées.
Les éléments avancés de la 94.ID talonnent les troupes en retraite. En fin de soirée le contact est pris à Mareuil-sur-Ourcq. Une vive attaque lancée sur Crépy-en-Valois oblige la 3e DLI à retraiter prématurément, découvrant des éléments de couverture de la 57e DI qui sont encerclés et capturés.
Champagne-Lorraine
Ne pouvant plus s’appuyer sur la VIe Armée, la IVe Armée craque. Les blindés allemands percent le front français à Rethel, s’engouffrent dans la brèche et poussent sur la Rethourne. Au sud de l’Aisne est créé le Groupement Cuirassé Buisson, avec la 7e DLM, la 3e DIM et la 3e DCR (qui compte encore 30 chars B1bis, 50 chars H-39 et 40 chars H-35 ; quelques jours auparavant, le 41e BCC a récupéré les chars du 49e BCC et le 10e BCC a été rattaché à la division). Le Groupement parvient à retarder quelque peu l’avancée du XXXIX.PzK, mais il reçoit de tous côtés des appels au secours. La 3e DCR attaque en direction de Perthes et de la voie ferrée Rethel-Reims. Sans soutien d’infanterie, plusieurs chars sont détruits par des canons de 47 mm capturés par l’ennemi. Pourtant, la 7e DLM attaque sur la Rethourne et fait faire demi-tour aux blindés allemands, permettant à la 14e DI de reprendre une partie du terrain perdu.
Mais la majeure partie de l’infanterie française, couverte par les cavaliers des GRDI et GRCA, se replie vers la Marne, combattant le jour et reculant la nuit, poursuivie par les 6e et 9e armées allemandes. Au sud de la rivière, on trouve d’ouest en est la 238e DLI (arrivée la veille), les premiers éléments de la 20e DI (qui arrive de l’est) et les restes de la 28e DIAlp. En second rideau, la 7e DI et la 27e DIAlp se regroupent, durement éprouvées par les combats des jours précédents. Au nord de la Marne, s’appuyant sur la Montagne de Reims, se trouvent la 45e DI, la 44e DI (qui va se voir confier les éléments de la 28e DIAlp) et la 42e DI qui se replie sur la Vesle, à l’est de Reims, alors que les chars de Guderian sont déjà dans les faubourgs de la ville. La 82e DIA tient la Montagne de Reims, au sud de la ville. Les 10e et 2e DI (accompagnées du 23e BCC, sur R-35) sont débordées par les blindés allemands. Les restes de la première se réunissent à la 235e DLI, tandis que ceux de la seconde se replient vers le sud. Finalement, il n’y a que la 14e DI qui tient globalement sa position. Mais il faut dire que son chef, le général de Lattre, a su “réquisitionner” des éléments d’appoint précieux, au grand dam de ses collègues : une partie du 3e BCC (sur R-35), ainsi que le 60e GRDI (de l’ex-71e DI) et le 10e GRCA (du 8e CA), ainsi que divers groupes d’artillerie (venant en particulier d’autres divisions étrillées par les combats). Dans la nuit du 10 au 11, la 14e DI reçoit finalement l’ordre de repli. La 36e DI fait de même en direction de Vouziers, mais dans cette région l’attaque allemande est faible. Il faut dire que les divisions d’infanterie allemandes dans le secteur de Rethel (et en particulier à Voncq) ont été fortement éprouvées par les combats et les contre-attaques françaises des jours précédents, avec plusieurs centaines de morts et de prisonniers. L’aviation allemande a toutefois laminé le 7e BCC, dont les derniers chars FCM-36 sont évacués. Les 6e DI et 1ère DIC ont également très bien résisté sur la rive ouest de la Meuse.
Suite au recul de la VIe Armée entraînant celui de la IVe Armée, l’ordre de retraite générale est donné au GA 4, y compris sa IIe Armée, qui est à la jonction avec le GA 2 et pour laquelle l’ordre est à exécuter avec une première étape de 20 km dans la nuit du 10 au 11.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 08:40    Sujet du message: Répondre en citant

11 juin

Normandie
Dans le port du Havre, les raffineries incendiées volontairement l’avant-veille brûlent toujours ; les flammes et la fumée créent une atmosphère d’apocalypse, que l’on retrouvera à de nombreuses reprises aux quatre coins du monde les années suivantes… Cinq navires de commerce qui participent à l’évacuation (dont deux Belges, le paquebot Albertville et le vapeur Piriapolis) sont coulés par les Stukas et un sixième doit s’échouer ; deux autres sont victimes des mines. Le vieux cuirassé Paris, qui couvre la zone en compagnie de son jumeau le Courbet, est également endommagé. Il doit se rendre à Brest pour y être réparé.
Eperonnée par Rommel, la 7.PzD remonte la côte vers Saint-Valéry-en-Caux, réduisant en route les centres de résistance comme Fécamp.
Face à la Xe Armée, sur la rive sud de la Seine, les Allemands consolident leurs positions. Des ponts du génie sont opérationnels aux Andelys, Courcelles et à Vernon – l’aviation alliée réussit pourtant à détruire ce dernier dans la journée et les autres sont endommagés par des mines mouillées dans la Seine par la Marine Nationale. Mais les Français épuisent leurs faibles réserves en tentant de réduire les têtes de ponts.
A Louviers, la 3e DLC et la 236e DLI se défendent pied à pied et plusieurs contre-attaques parviennent à refouler les Allemands. En représailles, la Luftwaffe détruit la majeure partie de la ville, heureusement désertée par ses habitants.
Une autre contre-attaque est menée sur Vernon par la 2e DLM soutenue par l’infanterie de la 8e DLIC. Elle se heurte à la 46.ID débouchant de la forêt de Bizy. La progression des Allemands est arrêtée, ils sont refoulés dans la forêt où ils se maintiennent jusqu’à la nuit.
La 1ère DLM, appuyée par les chars B1 de la 352e CACC, s’emploie à nettoyer la forêt de Pacy, capturant une quarantaine de soldats allemands.
Malgré ces efforts courageux, le front est enfoncé au centre. Vers 18h00, les éléments de reconnaissance de la 27.ID franchissent l’Eure entre Heudebourg et Autheuil, dans la soirée des side-cars allemands parviennent à proximité d’Evreux.
La liaison entre la Xe Armée et l’Armée de Paris est rompue. Le 3e CA (3e DLM, 3e DLC et 236e DLI) est contraint de se replier sur la ligne Elbeuf-Evreux.
Ile-de-France (ligne Chauvineau)
Sur l’Oise, les Allemands se limitent à sonder la défense française. Seule la 28.ID tente de franchir le fleuve, à la hauteur de Boran. Elle est repoussée par la 19e DI mais conserve une petite tête de pont dans le bois d’Epulle, près de Précy.
L’artillerie française effectue des tirs de harcèlement sur des concentrations repérées au nord de l’Isle-Adam. La réplique va crescendo au fur et à mesure du déploiement de l’artillerie allemande et les duels se poursuivent une grande partie de la nuit.
La 29e DIAlp et la 47e DI, qui ont marché toute la nuit, occupent au matin le cours de la Nonette. A partir de 11h00 elles subissent la pression des 87. et 44.ID qui avancent respectivement sur Chantilly et Senlis. Grâce au renfort d’un détachement de la 1ère DCR, la 47e DI parvient à se maintenir au sud de Senlis et de Pontarmé, au prix de lourdes pertes.
La 11e DI (général Arlabosse) occupe la trouée d’Ormoy entre Nonette et Grivette, sans aucun obstacle naturel où s’accrocher. C’est là que les Allemands vont porter leur effort principal dans leur marche sur Paris. Une attaque de la 94.ID sur Ormoy est repoussée, presque simultanément la 4.ID investit Rosière, à la jonction entre la 11e DI et la 7e DINA. La situation exige une contre-attaque. A la tombée de la nuit, le II/26e RI, appuyé par quatre groupes d’artillerie, culbute les hommes de la 4.ID et vers 22h00 la ligne de défense est rétablie. L’ennemi réagit en pilonnant les positions françaises le reste de la nuit.
Dans la capitale, le général Héring, commandant l’Armée de Paris, ordonne l’incendie de toutes les réserves de carburant de la région qui ne peuvent être évacuées.
Champagne
Devant la VIe Armée, les blindés allemands (Kleist) ont forcé l’Ourcq et atteint la Marne à Château-Thierry. La 6e Armée allemande commence à forcer le passage du fleuve, pour permettre l’avancée du XVI.PzK. Le XIV.PzK, quant à lui, achève de panser les plaies de la bataille de la Somme (après laquelle il n’avait plus que 45 % de chars opérationnels).
Devant eux, la 27e DIAlp et la 238e DLI se replient sur Montmirail, entraînant la 7e DI qui se tenait en second échelon. Plus à l’est, le front doit reculer sur la Marne (IVe et IIe Armées), pour s’aligner sur la VIe Armée. Le gros de la 20e DI, débarquée entre Dormans et Epernay, est engagé en pagaille avant d’être rassemblé. La 45e DI s’organise à Verneuil. La 44e DI (avec les restes de la 28e) finit de se repositionner derrière la Marne, la 42e DI et la 82e DIA continuent leur repli, tandis que le groupe 235e DLI/2e DI/10e DI poursuit son recul vers Châlons-sur-Marne. La 14e DI, qui récupère une partie des éléments de la 2e DI, se replie en bon ordre. Au soir, le 3e BCC, qui compte encore une dizaine de chars R-35, se regroupe pour être mis à la disposition du 8e CA, bien qu’en pratique il reste aux côtés de la 14e DI, qui non seulement assure l’arrière-garde, mais maintient pour l’essentiel sa cohésion. Le 23e BCC s’est replié entre Reims et Epernay.
De son côté, le Groupement Buisson a éclaté. La 3e DCR reste seule. La 3e DIM couvre le repli des 36e et 14e DI entre Suippes et le nord de l’Argonne, face à Guderian. La 7e DLM, qui ne compte plus qu’une trentaine de chars, mène des combats d’arrière-garde (Détachement Grévy) dans le secteur de la 14e DI, sur le trajet des blindés de Guderian qui franchissent la Suippe. Elle reçoit l’ordre de se déployer légèrement au sud d’Epernay, position qu’elle atteindra le lendemain, pour étayer le flanc gauche du 23e CA qui doit évacuer Reims. La ville ne va en effet pas tarder à tomber, des chars du PanzerGruppe de Guderian sont dans les faubourgs depuis la veille.
La 53e DLI, division de réserve générale venant de Mailly, s’installe entre Châlons-sur-Marne et Outrepont (sur le Canal de la Marne au Rhin, à l’est de Vitry-le-François). Mais elle doit tenir un front de cinquante kilomètres… Elle se concentre donc au voisinage des ponts.
Les ordres d’Huntziger arrivent au QG du GA 4, où le général Réquin a pris sa succession. Maintenant que le front de la Marne est percé, il faut surtout contenir l’avancée des blindés de Kleist pour les empêcher de franchir la Seine et l’Aube trop rapidement. Les seules grandes unités en position de le faire sont les 59e et 240e DLI. Ces deux divisions viennent à peine d’être formées, mais l’état-major n’a guère le choix. Il est impératif de renforcer les unités locales chargées de la défense des ponts pour permettre le repli d’autres unités, tout en se préparant à faire sauter les ponts pour retarder l’ennemi.
La 240e DLI (général Boucher) ne dispose que de la moitié de ses effectifs (l’équivalent de six bataillons d’instruction, mais les unités dont ils sont issus étaient au combat avec la 14e DI au début du mois), de très peu d’artillerie (quelques canons anti-char de 25 mm seulement), son état-major est incomplet, sa compagnie du génie est encore en chemin, son GRDI n’a pas été formé et le régiment d’artillerie prévu est introuvable. Elle reçoit pourtant l’ordre de se quitter son cantonnement de Bar-sur-Seine et de gagner la région de Nogent, plus au nord sur la Seine. La distance à couvrir n’est pas négligeable et cette division ne possède que peu de véhicules, mais l’aviation allemande se concentre pour le moment contre la défense française sur la Marne et ne devrait par conséquent pas entraver ses déplacements. De plus, une partie de ses éléments pourra emprunter la voie ferrée qui longe la Seine et une CAT de la IVème Armée lui sera temporairement allouée.
Egalement rattachée à cette division, la 10e Brigade Blindée Polonaise du général Maczek [1] a été formée en catastrophe à partir de la fin mai dans la région parisienne. Cette unité, composée de rescapés de la campagne de Pologne (où elle avait été surnommée la “Brigade Noire” à cause des vestes en cuir noir portées par ses soldats), comporte un seul bataillon de chars (le second se repliera vers la Loire) et un bataillon porté. La brigade a été envoyée précipitamment sur la Marne à l’ouest d’Epernay. Il va donc falloir l’extraire en urgence du front !
La 59e DLI (général Lascroux) a quitté sa zone de regroupement au nord de Laheycourt (au nord-ouest de Bar-le-Duc) pour être redéployée entre Montmirail et Sézanne. Alors que ses trains se trouvent dans les environs de Troyes, ordre lui est donné de débarquer à Romilly, pour défendre la Seine et son confluent avec l’Aube, entre Romilly et Arcis-sur-Aube.
Néanmoins, il est évident que cette barrière ne tiendra pas très longtemps. Les blindés allemands, une fois la Seine franchie, pourront s’emparer des ponts sur l’Aube et enfoncer un coin entre les Groupes d’Armées 3 et 4.
Par ailleurs, l’état-major ordonne la destruction de l’important nœud ferroviaire de Laroche-Migennes (un peu au nord d’Auxerre). Mais, faute de moyens, la destruction ne sera que partiellement effectuée.
Lorraine et Alsace
La première étape de la retraite de la IIe Armée se passe bien : les combats des deux derniers jours ayant été très durs pour les Allemands, leurs avant-gardes ne reprennent le contact qu’en milieu d’après-midi. Les unités de la IIe Armée, protégées de l’aviation par le brouillard, ne sont que peu attaquées.
Peu avant midi, les ordres d’Huntziger arrivent au GA 2, au grand soulagement de son chef, le général Prételat, qui réclamait depuis deux semaines l’autorisation d’étudier le repli de son groupe d’armées et l’abandon de la ligne Maginot. Les meilleures unités doivent faire immédiatement mouvement vers la Saône pour verrouiller autant que faire se peut le Seuil de Bourgogne, tout en conservant ouverte une voie de retraite pour le GA 2. Hélas, aucune préparation n’ayant été faite, il faudra des délais pour faire venir les trains, rapprocher les unités des gares et faire venir les CAT (compagnies automobile de transport). Les deux divisions polonaises et la 30e DIAlp seront les premières à partir en direction de la Saône, suivies par la 54e DI et pour finir par les 62e et 70e DI. La 67e DI doit quant à elle gagner le secteur de Dijon. La défense de Belfort sera organisée par la 63e DI et le 45e CAF.
Verdun ne doit pas être évacué ; les forts et la ville doivent être défendus, en espérant bloquer l’avance ennemie quelques heures ou quelques jours. Par contre, les escadrons motorisés du 16e GRCA vont être redéployés dans le secteur de Chaumont, précédant le redéploiement du 18e CA, dont certains éléments organiques resteront toutefois à la disposition du général Dubuisson, commandant la place de Verdun.
De même, les garnisons des ouvrages de la Ligne Maginot restent sur place, ainsi que quelques faibles troupes de couverture pour garnir les intervalles (une section par régiment de forteresse).
Le départ immédiat vers le couloir rhodanien des unités motorisées et des services des VIe, VIIe et XXe régions militaires doit être organisé. Ce qui ne peut pas être emporté (dépôts, carburant etc.) doit être brûlé ou saboté. On demande à l’Armée de l’Air un effort de couverture de l’est de la France pour protéger le réseau ferroviaire.
Tous ces mouvements ne vont évidemment pas s’effectuer sans difficulté (les premiers mouvements par rail, concernant la 1ère DIP, n’auront lieu que dans la nuit du 11 au 12 et les départs à pied dans la nuit du 12 au 13), mais au moins les ordres donnés vont-ils dans le bon sens.
Provence et Alpes
Dans la nuit qui suit la déclaration de guerre de l’Italie, les Français font sauter tous les ouvrages, ponts, routes, tunnels, que les Italiens sont susceptibles d’utiliser pour passer plus aisément les Alpes.
À la frontière, on ne note pour le moment que des reconnaissances aériennes de part et d’autre. Malgré les mauvaises conditions météorologiques, un Fiat BR-20 du 43ème Stormo (basé à Cameri) effectue une mission de reconnaissance sur Toulon et parvient à prendre de nombreuses photographies du port.

[1] Nommé commandant du camp militaire polonais de Coëtquidan, Maczek a rédigé un rapport détaillé sur les tactiques de la Blitzkrieg, suite à son expérience personnelle en Pologne. Mais l’état-major français n’en a pas tenu compte ...

12 juin

Un peu partout en France, Huntziger fait passer des ordres qui signifient – pour qui veut lire entre les lignes – qu’il s’agit de se battre pour retarder les Allemands et non plus dans l’espoir vain de les rejeter. La plupart des commandants d’unités comprennent fort bien et bon nombre d’entre eux retrouvent une justification claire à leurs combats.
Sur les trente divisions tenant la ligne Weygand, onze ne possèdent plus que 50 % de leurs effectifs, treize sont réduites à 25 % et les six autres ne sont que des débris. Devant la dislocation inéluctable de la dernière ligne de défense, la décentralisation des commandements est organisée pour que Groupes d’Armées et même Armées puissent combattre séparément, sur des axes généraux fixés.
Normandie
Dans la matinée, les forces alliées encerclées (9e CA français et plusieurs unités britanniques) capitulent à Saint-Valéry-en-Caux. Quarante mille Français et six mille Anglais sont capturés, dont douze généraux. Le brouillard et l’étroitesse des ports ont empêché un nouveau miracle de Dunkerque. Cependant, une flottille d’une trentaine de navires, dont cinq belges, sous le commandement du capitaine de corvette Aubert, est parvenue à évacuer 1 104 Français et 2 137 Britanniques, sous le feu des canons allemands de 105 et 88 mis en batterie sur les falaises. Deux destroyers anglais ont été avariés et les Français ont perdu un patrouilleur et deux dragueurs.
Sur l’Eure, la 27.ID consolide ses têtes de pont et se renforce tout au long de la journée. L’état des forces du 3e CA français ne lui permet plus de contre-attaquer. Bien au contraire, la pression est désormais inversée et tout en se maintenant sur l’Iton et autour d’Evreux, le général La Laurencie donne l’ordre d’abandonner les derniers points d’appui surplombant la Seine.
Plus au sud, la 1ère DLM lance quelques attaques désespérées pour reprendre le pont de Cocherel : le 1er escadron du 4e RDP, engagé dans l’affaire, perd 55 hommes sur 78. Ce qui reste de la 1ère DLM pivote dans la soirée autour de Pacy pour couvrir l’axe Evreux-Dreux-Chartres, objectif principal des panzers qui cherchent à déborder Paris par l’ouest.
Ile-de-France (ligne Chauvineau)
Aux premières heures du jour, la 8.ID lance une attaque de grande envergure sur l’Isle- Adam. Après une intense préparation d’artillerie, les Allemands tentent de franchir le fleuve en canots pneumatiques. A trois reprises dans la journée, l’ennemi est repoussé par le feu français. Le général Koch-Erpach, qui commande la 8.ID décide d’insister. Dans la soirée, des combats acharnés se poursuivent et malgré leur courage, les derniers assaillants sont finalement rejetés à l’eau par des Français exténués.
A Boran, la 19e DI, aidée par des chars de la 1ère DCR, parvient à réduire la tête de pont de la 28.ID.
La pression ne se relâche pas dans le secteur des 29e DIAlp et 47e DI, mais l’ennemi ne parvient pas à percer, à peine peut-il tenter quelques incursions en forêt de Pontarmé et dans le secteur de Borest.
A 17h00, il apparaît que les divisions françaises, épuisées et battues les jours précédents sur l’Aisne et la Somme, ont réussi à se rétablir, arc-boutées devant la capitale. Sur l’ensemble de la ligne Chauvineau, les Allemands ont été tenu en échec. Malheureusement, le GQG est obligé de reconnaître que la situation sur les ailes du GA 3 et particulièrement en Normandie rend inutile toute résistance prolongée devant et dans Paris. A 22h00, l’ordre de repli général, qui signifie l’abandon de Paris sans combat, est reçu avec amertume dans toutes les unités. Les hommes refusent d’abord de croire à cet ordre de retraite alors qu’ils estiment – avec quelque raison – avoir infligé un échec sérieux aux forces allemandes. Des officiers incrédules se font répéter et confirmer le message avant d’accepter, la rage au cœur, d’abandonner un terrain si courageusement défendu.
Le commandement militaire de Paris, devenue ville ouverte, passe au général Lanoix (qui assure déjà le commandement de la Région Militaire de Paris), à qui incombe la lourde tâche d’effectuer les dernières destructions et de recevoir les Allemands : il faut assurer la continuité de la vie de la capitale. Le général Héring conserve le commandement de l’Armée de Paris. Celle-ci est composée de deux corps d’armée : le 10e CA motorisé (général Gransart) [1] et le 25e CA (général Libaud) [2]. Les divers éléments de la Garde de Paris, soit plus de dix mille hommes : artilleurs de DCA, marins, territoriaux, gardes mobiles, gardes républicains, tirailleurs nord-africains et sénégalais, personnel des dépôts, bataillon de FT d’instruction… sont dispersés entre les deux corps d’armée.
Dans la nuit, les premières unités commencent à décrocher, couverte par des éléments légers.
La VIIe Armée du général Frère recule vers la Marne. Le 25e CA de l’Armée de Paris se regroupe au nord de la capitale. La 84e DIA se maintient sur la Seine alors que la 8e DLIC, à gauche du 10e CA, se positionne en défense des passages de l’Avre et de l’Eure entre Nonancourt et la forêt de Rosny.
Les unités du Groupement Cuirassé Delestraint (restes des 2e et 4e DCR et 2e DLM) comprennent encore 50 chars lourds et 150 automitrailleuses ou chars légers. Elles assurent la couverture des axes de communication.
Champagne
La 6e Armée allemande commence à franchir en masse la Marne dans la région située entre Meaux et Château-Thierry. Les blindés de Kleist se dirigent vers la Seine et l’Aube, derrière lesquelles les 240e et 59e DLI commencent à s’installer, avec l’aide d’éléments des régiments de pionniers de la VIe Armée. Faute de temps, elles se concentrent sur les ponts, considérant que les véhicules ennemis devront passer par là ou bien attendre leurs moyens de franchissement. La 10e Brigade Blindée polonaise n’a pas pu être désengagée à temps et se retrouve sur la route du 16e PzK dans la région de Champaubert-Montmirail-Montgivroux, où elle mène un combat de retardement qui permet à l’aile gauche de la 20e DI de se dégager, via les marais de Saint-Gond.
La 27e DIAlp est à Montmirail, derrière le Petit Morin. La 7e DI et la 238e DLI se replient sur la gauche, puis reculent un peu en direction de l’ouest.
Les divisions d’infanterie françaises à la gauche du front de la Marne (20e, 45e, 44e et 42e DI) tiennent encore la rive sud, mais elles subissent le feu de l’artillerie ennemie, très active, et l’infanterie de la 9e Armée allemande commence à s’infiltrer, notamment entre Château-Thierry et Epernay. En fin de journée, alors que les chars allemands sont déjà en train de déborder le front par l’ouest, la ligne française commence à décrocher, en commençant par la gauche. Les GRDI et GRCA, comme un peu partout en France, se dévouent encore pour couvrir le repli de l’infanterie, mais aussi parfois pour arrêter les fantassins qui se replient sans combattre. La 82e DIA, qui tenait encore la Montagne de Reims, doit se replier derrière la Marne, couverte par la 7e DLM. Celle-ci entame son repli vers Romilly, mais son régiment d’artillerie (77e RATTT) tire tout l’après-midi et dans la nuit sur la rive nord de la Marne, pour gêner les regroupements allemands. Ses canons antichars automoteurs Laffly W15TCC (10/77e RATTT, ex 55e BACA), répartis entre les différentes batteries pour leur défense rapprochée, n’ont jusqu’à présent pas eu à affronter les blindés ennemis. Ordre est donné de les rassembler et de les affecter à la 59e DLI pour défendre les ponts sur la Seine dans le secteur de Romilly. Le 23e BCC se replie en direction du confluent de la Seine et de l’Aube pour se joindre également à la 59e DLI.
Plus à l’est, au nord de la Marne, la 12e Armée allemande prend Reims. Le Groupement Klopfenstein, mis sur pied avec les restes des 2e et 10e DI et de la 235e DLI, se replie vers le sud-est, en direction de Saint-Dizier et Bar-le-Duc, comme le fait la 14e DI. Les routes sont embouteillées et un violent orage s’abat sur la région. La 3e DIM et la 3e DCR couvrent la retraite de cette partie du front. Une partie du 41e BCC est anéantie en retardant l’ennemi du côté de Mourmelon. Le Groupement Courtois, formé par regroupement du 25e GRDI (14e DI), du 60e GRDI (ex-71e DI) et du 10e GRCA (8e CA), ainsi que le Détachement Grévy (composé d’AMD, de chars et de dragons portés de la 7e DLM) protègent en particulier le repli de la 14e DI.
En effet, les avant-gardes de Guderian, forçant le passage entre les 8e et 23e CA, sont déjà à Châlons-sur-Marne (2.PzD) et sur la route Reims-Châlons-Vitry-le-François. Elles tentent de prendre les ponts sur la Marne, que les hommes de la 53e DLI (qui recueille certains éléments en retraite) font sauter en milieu de journée. Toutefois, les ponts de Pogny et Ablancourt (entre Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François) menacent de tomber aux mains de l’ennemi. Le passage est forcé à 16 heures par treize B1bis du 41e BCC, envoyés en arrière pour réparations. Les Allemands rompent aussitôt le combat, ce qui permet à des milliers d’hommes et à des colonnes d’artillerie (principalement de la 14e DI et de la 3e DIM) de s’écouler et de poursuivre leur repli au sud de la Marne. La 14e DI traverse également à Soulanges et Vitry-le-François. Les chars rescapés du 41e BCC sont maintenus en couverture des ponts, le temps que les derniers soient détruits, ce qui sera le cas en fin de soirée. Les divisions d’infanterie continuent vers Bar-le-Duc et Saint-Dizier.
Lorraine et Alsace
La IIe Armée recule en combattant et un décalage se produit entre le 21e CA et le Corps Colonial qui s’est replié plus au sud. Les Allemands, qui ne sont aperçus qu’assez tard la veille du décrochage des lignes françaises, ont rattrapé les éléments retardateurs et tentent de déborder de flanc le Corps Colonial.
Le 67e BCC, qui a débarqué le 8 juin à Marseille en provenance de Tunisie, reçoit l’ordre de contenir l’avancée de la 8.PzD (XLI.PzK) qui prend de flanc la 6e DIC, installée au milieu du camp de Suippes. Les chars D1 font de leur mieux face à plus d’une centaine de blindés ennemis de tous types, permettant le repli des coloniaux.
La 3e DINA commence à s’installer derrière le Canal de la Marne au Rhin, où se trouve déjà le IV/344e RI. La 6e DINA se replie sur la Meuse et la Division de Marche Burtaire, issue des troupes des fortifications de Montmédy, doit en faire autant la nuit suivante.
Le général Freydenberg, commandant la IIe Armée, recule son QG jusqu’à Châteauvillain, à plus de 150 km de Verdun, ce qui rend la liaison avec ses troupes impossible.
Transportée par camions de Véry à Valmy, la compagnie de marche du 4e BCC embarque en chemin de fer pour rejoindre le secteur du 7e CA entre Marne et Seine.
La 36e DI, qui se replie en direction de Bar-le-Duc, est mise en réserve. Elle doit être transférée au 18e CA qui doit être redéployé au nord-ouest de Chaumont. Son mouvement s’effectuera en partie grâce aux autocars de la CAT 372/21.
Plus à l’est, la VIIIe Armée commence à reculer. Le colonel Duluc (commandant les chars de la VIIIe Armée) est nommé à la tête du Groupement de défense de la Saône, qu’il va devoir créer de toutes pièces ! Dans la nuit, les derniers trains emportant la 1ère DIP vers la Saône se mettent en route. La 2e DIP, stationnée autour de Belfort, se dirige, comme prévu la veille, vers Vesoul et la Saône, avec l’aide des CAT 522, 523 et 524. Le général Laure organise la défense de Belfort autour de la 63e DI : si les Allemands percent, que ce soit par l’ouest ou par l’est, il pense pouvoir créer un point de fixation autour de Belfort et du ballon d’Alsace, renforcé le moment venu par l’infanterie de forteresse, 105e DIF et SF d’Altkirch.
Les camions et autocars des groupes automobiles de la Ve Armée (CAT 362/49 et 343/20 et véhicules réquisitionnés à Strasbourg) enlèvent la 30e DIAlp, en deux rotations (nuits du 11 au 12, puis du 12 au 13), pour la conduire jusqu'à Sarrebourg, d’où elle embarque sur des trains en direction de la Saône (le trajet retenu, par la plaine d'Alsace et Belfort, lui permettra d’éviter les engorgements autour de Nancy et Epinal). La 56e DI, qui se trouve dans le secteur de Thionville est mise en réserve ; comme la 36e DI, elle doit être transférée au 18e CA, mais cette fois-ci par voie ferrée.
Condé imite la décision que Bourret a prise la veille et ordonne la réquisition immédiate de tous les véhicules civils à Metz pour améliorer la mobilité de sa IIIe Armée.
Enfin, le général Prételat déplace le QG du GA 2 à Besançon. Sur l’insistance de ses généraux d’armée, il appelle Huntziger, argumente sur l'importance de ces chars pour la couverture de l’infanterie et demande à les conserver. Ce dernier accepte de reconsulter De Gaulle.
Provence et Alpes
Un Fiat BR-20 du 7e Stormo (basé à Milan-Linate) effectue une reconnaissance sur les aérodromes du Cannet-des-Maures, de Cuers-Pierrefeu et d’Hyères et sur le port de Toulon. L’appareil est endommagé par la chasse française, mais il parvient à se poser en urgence près de Bergame. Les informations recueillies permettent de mettre au point une attaque contre Toulon et les aérodromes voisins, prévue pour le lendemain.
Dans la soirée, quatre LeO-451 du GB I/25 (qui vient à peine d’entamer sa conversion sur cet avion) décollent pour bombarder le terrain de Novi Ligure, mais seuls deux appareils trouvent leur cible.
Dans les Alpes ont lieu les premiers échanges de coups de feu entre éclaireurs skieurs français et italiens.

[1] Avec deux divisions fraîches, la 8e DLIC, récemment retirée à l’armée des Alpes, et la 84e DIA, récemment débarquée d’Afrique du Nord.
[2] Avec, en plus de la 85e DIA et de la 241e DLI, un Groupement tactique comprenant les restes de la 4e DIC et des 13e, 16e et 24e DI, sous le commandement du général de Bazelaire.

13 juin

Une seule consigne désormais à tous les étages du commandement français : gagner du temps. C’est un mot d’ordre désespéré, mais clair.
Sur ordre du général Doumenc, le général Colson accélère la mobilisation de l’Armée de l’Intérieur en vue de préparer de nouvelles lignes de défense. Ses efforts portent à la fois sur la Bretagne, la Saône, la Charente, la Dordogne, le Rhône et même l’Isère, mais sa principale urgence concerne la mise en état de défense de la Loire. Colson ordonne aux généraux Pierre Michelin (commandant la 5e Région Militaire), Henry-Louis Vary (pour la 9e Région Militaire) et Charles Griveaud (pour la 11e Région Militaire) de s’assurer que tous les ponts sont minés et gardés, les intervalles surveillés, et que des positions défensives sont préparées pour l’armée en retraite. Pour cette tâche, les réservistes sont mobilisés, ainsi que les nombreuses compagnies de travailleurs étrangers (une soixantaine d’entre elles œuvrent dans ces régions) ou encore les évacués de Dunkerque, en cours de réorganisation dans les dépôts.
Bretagne
Le général Béthouart arrive dans la soirée à Rennes au QG du général Guitry, commandant de la 10e Région militaire, où l’attendent ses instructions. Il est nommé adjoint tactique, ce qui lui donne autorité directe sur les unités combattantes que la Région a commencé à mettre sur pied. Sa mission première n’est pas, bien sûr, d’arrêter les Allemands, mais de mettre les ports bretons à l’abri d’un coup de main.
Pour cela, le général doit tenir une ligne nord-sud, vite surnommée ligne Béthouart. Elle s’appuie sur le cours du Couesnon jusqu’à Mézières, puis sur la lisière de la forêt de Haute-Sève, ensuite sur l’Islet, l’Ille et le canal, avant de traverser Rennes et de poursuivre le long de la Vilaine jusqu’à la mer.
Mais si son front est relativement court, Béthouart n’a pas grand-monde pour le tenir. Il ne dispose que de la 1ère Brigade canadienne, en cours de débarquement, d’éléments instruits de la 3e DI polonaise, qui forment un régiment de marche à trois bataillon incluant deux compagnies antichars, du 42e Régiment régional d’infanterie, de deux bataillons de douaniers, d’un bataillon de garde-côtes et de quelques compagnies des dépôts d’infanterie de Rennes et de Guingamp. A aucun moment, il n’est prévu que ces maigres forces, assez pompeusement baptisées Groupement de défense de la Bretagne, soutiennent l’essentiel de la pression allemande. Elles doivent préparer le recueil de la Xe Armée. En fait, seuls quelques détachements égarés de la 3e DLC et de la 1ère DLINA viendront renforcer ses positions lors de l’éclatement de cette armée le 18 juin.
Normandie
03h30 – L’évacuation du Havre s’achève avec l’embarquement de l’amiral Gaudin de Villaine et de son état-major ; l’amiral Charles Platon, adjoint de l’amiral Abrial (Amiral-Nord) rejoint son chef à Cherbourg à bord d’un chasseur de sous-marins. Depuis le 11, 26 600 soldats français et 11 059 britanniques ont pu quitter la ville par mer.
Lorsqu’ils entrent dans la ville peu après le lever du jour, les Allemands trouvent les raffineries en flammes et le port encombré d’épaves. Dans la nuit, le sous-marin La Créole, en voie d’achèvement, a été évacué ; il pourra gagner Swansea, en Angleterre. Dans les chantiers navals de la région du Havre et de Rouen, plusieurs navires et sous-marins en construction ont été sabordé ou abandonnés (voir annexe 40-7-2).
Dans la matinée, la 154e brigade de la 51e division Highland, évacuée la veille du Havre, débarque à Cherbourg afin de participer à la défense du Cotentin.
Le Groupement Duffour, qui contrôle les méandres de la basse Seine, se redéploie sur les hauteurs dominant Elbeuf pour mieux résister aux attaques du II.AK.
Au sud de la Seine, le XXXVIII.AK continue de se renforcer. La 27.ID se rend maîtresse de la rive gauche de l’Eure.
Le 3e CA, qui se regroupe sur le plateau de Neubourg et sur le haut cours de l’Iton, tente d’interrompre l’avance allemande. La 1ère DLM, très éprouvée, se regroupe entre Brézolles et Châteauneuf en Thimerais puis se déploie dans la soirée sur l’Avre, dont elle contrôle les passages de Verneuil à Nonancourt.
Le patrouilleur auxiliaire Granville, ignorant la chute de Saint-Valéry-en-Caux la veille, est détruit par le tir de canons allemands, alors qu’il recherche encore des soldats alliés à évacuer.
Dans la nuit du 13 au 14, plusieurs navires de la Marine Nationale étendent le champ de mines dont la pose a commencé le 6 juin au large du Pas de Calais.
Paris
Dans une capitale lugubre et calme, le général Lanoix fait procéder aux dernières destructions : émetteurs de radio, armement intransportable... Les ponts à l’intérieur du périmètre de la place sont conservés intacts, mais le génie s’active en banlieue pour détruire les passages de la Marne et de la Seine. Tout autour de la Ville-Lumière, de gros nuages noirs obscurcissent le ciel : les vingt et un grands dépôts de carburant de la région parisienne flambent.
19h00 – C’est sous un voile funèbre que les Allemands atteignent Pantin, Aubervilliers et Bondy. Le poste récepteur de la Préfecture de Police de Paris capte un message invitant le gouverneur de Paris à envoyer des plénipotentiaires. Le général Lanoix s’abstient d’y répondre. En effet, il n’a pas à parlementer avec l’ennemi : Paris a été déclaré ville ouverte, il n’y a donc pas à traiter d’une reddition. En tant que chef militaire laissé par un Etat en guerre dans une ville ouverte, il doit uniquement maintenir l’ordre jusqu’à l’arrivée de l’ennemi.
Ile-de-France
Les quatre divisions du XL.AK occupent le canal de l’Ourcq.
Voyant le flanc droit de sa VIIe Armée menacé de débordement, le général Frère décide, en accord avec le GQG, de se replier d’un seul bond vers la Seine. La 19e DI est dirigée vers Corbeil et la 7e DINA vers Melun pour y constituer des têtes de pont.
Les unités de l’Armée de Paris ont pour la plupart décroché en prenant soin de ne pas traverser la capitale. Le front s’est reporté au sud de la capitale. Le général Chauvineau, commandant le génie de l’Armée de Paris, a entrepris d’organiser une nouvelle ligne s’appuyant sur la forêt de Rambouillet et la vallée de Chevreuse. Dix mille travailleurs étrangers ou coloniaux, côte à côte avec des pionniers, des réservistes ou des volontaires civils, se sont employés les jours précédents à barricader les villages et les voies de pénétration, et à créer des abattis profonds en forêt.
Quelques unités sont demeurées volontairement en arrière de façon à protéger la retraite générale. Ainsi, le Groupement Bazelaire a constitué des points d’appui fermes de part et d’autre de la Seine pour protéger l’importante gare de triage de Juvisy. La 8e DLIC s’est accrochée à Courgent une bonne partie de la journée, empêchant la 1.KD de déboucher de Mantes, puis elle s’est dégagée et a rejoint dans la soirée de nouvelles positions en forêt de Rambouillet.
Le Groupement Delestraint s’est déployé pour sécuriser les voies de communication en arrière du front. Le 7e RDP et le 1er escadron du 3e Cuirassiers constituent un barrage antichar contrôlant la nationale 10 en direction de Paris et la route d’Orléans. La 8e demi-brigade blindée barre la départementale 54 menant à Artenay, l’artillerie divisionnaire forme un barrage antichar sur la Nationale 20. Ce qui reste de la 2e DCR s’est mis à l’abri en forêt de Chamarande, alors que la 2e DLM couvre l’aile gauche de l’Armée de Paris.
Grâce au matériel évacué de la Région Militaire Parisienne, une base arrière d’entretien et réparations des chars de combat a été improvisée au sud d’Orléans.
Cependant, le repli de la VIIe Armée ne s’est pas fait sans mal, non à cause des Allemands, mais parce que l’annonce officielle que “Paris est ville ouverte” a lancé sur les routes dans la matinée une nouvelle vague de réfugiés provenant de Paris et des grandes villes d’Ile-de-France. Les affectés spéciaux appartenants aux services publics ou aux forces de l’ordre sont demeurés à leur poste, tout comme ceux de la SNCF, afin de ne pas perturber le trafic dans la capitale, mais les transports routiers entre Paris et Orléans ont été paralysés. L’enchevêtrement des convois militaire et civils était tel que dans certains secteurs, on n’a pu progresser de plus 8 kilomètres dans la journée.
Dans la soirée, le général Pichot-Duclos prend en charge la prévôté de l’armée de Paris : ce dynamique général, jusque là adjoint-tactique du général Héring, cumulera brillamment ce poste avec celui de directeur des étapes. Ses effectifs de gendarmerie étant insuffisants, il obtient le renfort d’un détachement mobile de la Garde Républicaine constitué dans l’urgence et placé sous les ordres du commandant Vérines, ainsi que le retour d’une dizaine de pelotons de GRM intégrés aux divisions, puis quelques unités de gendarmerie d’Eure-et-Loir mises à sa disposition par le préfet Jean Moulin.
Champagne
Tandis que la 6e Armée allemande bifurque vers le sud-ouest en direction de Melun et Fontainebleau, avec Orléans comme objectif, la 9e Armée consolide ses têtes de pont sur la Marne. Kleist (XVI.PzK) progresse en direction de Montmirail et Sézanne, repoussant la 7e DI et la 238e DLI. Le général Réquin ordonne par conséquent d’abandonner la Marne pour l’Aube. Les divisions d’infanterie françaises à gauche du dispositif ont perdu du tiers aux trois quarts de leurs effectifs et reculent toujours vers la Seine. Les ailes de la IVe Armée sont largement débordées par l’ennemi. Les QG des 27e et 28e DIAlp sont déjà sur la Seine et poursuivent vers la Loire.
La 2e Armée allemande se bat contre les arrière-gardes françaises entre Epernay et Reims. La 7e DLM est au nord de l’Aube, elle continue de couvrir le flanc gauche du 23e CA et de la 82e DIA, avec des moyens maintenant très limités (depuis le 10 juin, elle a perdu plus de la moitié de ses engins de combat). Elle se reporte en fin de journée en direction de Sézanne, pour arrêter les infiltrations ennemies entre les marais de Saint-Gond et la forêt de la Traconne, où de nombreux fantassins français se sont réfugiés, bombardés et menacés d’encerclement. Les mouvements de la 7e DLM s’effectuent difficilement dans une région où il y a de nombreux embouteillages dus aux convois de réfugiés et où les troupes allemandes circulent déjà. Son artillerie et celle de la 82e DIA (à laquelle le 77e RATTT laisse son 2e groupe de canons de 105) exécutent toute la matinée de nombreux tirs sur les ponts de la Marne vers Epernay, ainsi que sur les lisières sud de la montagne de Reims, ce qui permet de retarder l’ennemi.
En fin de journée, les avant-gardes des divisions blindées de Kleist tentent de franchir la Seine à Nogent (3.PzD) et Romilly (4.PzD). La 240e DLI est rejointe en fin d’après-midi par la compagnie de marche du 4e BCC : débarqués en gare de Sézanne tôt dans la matinée, en provenance du secteur de la IIe Armée, ses chars FCM 36 ont un engagement dans la journée avec des chars ennemis au nord de la ville, puis se replient sur Nogent. À Pont-sur-Seine, le 20e GRDI (27e DIAlp) résiste opiniâtrement, puis continue son repli en direction de la Loire, relevé par des éléments de la 240e DLI. La 59e DLI bloque elle aussi l’ennemi à Romilly, avec son GRDI, ses deux groupes de 75 et les canons automoteurs Laffly W15TCC de la 55e BACA. À l’arrivée des avant-gardes allemandes, les ponts sur la Seine sont détruits tant bien que mal, mais l’un d’entre eux reste intact dans le secteur de Nogent et un autre n’est que très partiellement détruit dans le secteur de Romilly. Les combats sont acharnés aux abords de ces ponts, qui constituent le seul passage des blindés allemands dans l’immédiat.
Ce dispositif va résister toute la nuit et une bonne partie du lendemain. Légèrement blindés, mais rapides, les chasseurs de chars Laffly (qui se sont déjà illustrés quelques jours plus tôt face aux panzers au sein de la 57e BACA/3e DCR) s’avèrent bien adaptés aux tactiques d’embuscade au milieu des bâtiments – la leçon ne sera pas oubliée…
Les avant-gardes ennemies tentent de trouver d’autres points de passage, sans succès car, plus à l’ouest, la 10e Brigade Blindée Polonaise, qui s’est repliée toute la journée sous les bombardements de l’aviation allemande, a atteint la Seine, fermement décidée à tenir plusieurs ponts à l’ouest de Nogent. La seule possibilité de Kleist est d’insister, car il doit avant tout progresser le plus possible dans le dos de la IVe Armée française. Un mouvement prononcé vers l’est conduirait les panzers au milieu des divisions françaises qui se replient vers l’Aube et dont la seule issue se situe entre Romilly et Arcis-sur-Aube. Le XIV.PzK suit le XVI. avec une journée de retard.
En prévision d’une percée allemande sur la Seine, le général Réquin ordonne la constitution de bouchons antichars sur les principaux carrefours entre l’Yonne et l’Aube, notamment à Troyes, Tonnerre et Auxerre. Pour ce faire, les éléments les plus aptes des divisions en retraite devront former des groupes ad hoc articulés autour de quelques blindés et canons. La compagnie de marche du 3e BCC reçoit également l’ordre de se replier en direction de Tonnerre. Le but est non seulement de ralentir les blindés ennemis (en leur faisant consommer essence et munitions), mais aussi retarder les convois de ravitaillements allemands, qui ne sont pas tout-terrain. Par ailleurs, la supériorité aérienne allemande n’est pas suffisante pour risquer des Ju-52 pour transporter du carburant. Par contre, les éléments les plus mobiles devront poursuivre rapidement vers la Loire et le Canal du Centre pour y tenir les ponts.
Plus à l’est, le Détachement Grévy, la 14e DI et la 3e DIM, réduites à environ 1 500 hommes, ont fini de franchir la Marne et se regroupent, toujours couvertes par le Groupement Courtois et la 53e DLI qui tient la Marne, renforcée de deux groupes de 75. Le Groupement Klopfenstein, qui a également passé le fleuve, est en défense entre Normée et Sommesous. À la 3e DCR (à l’ouest de Vitry-le-François), un bataillon de marche est constitué avec les éléments disponibles des 10e, 42e et 45e BCC (le 41e étant plus à l’ouest).
Lorraine et Alsace
Ayant appris dans la nuit le repli la veille du QG de la IIe Armée aussi loin du front, ce qu’il assimile à une désertion, De Gaulle, furieux, limoge Freydenberg et le remplace par Flavigny. La 6e DIC, qui tente de reculer vers l’Argonne, subit avec courage le choc des 6. et 8.PzD du XLI.PzK, toujours couverte par le 67e BCC, donc les effectifs fondent rapidement. Un peu plus au sud, la 3e DINA a reçu l’ordre de tenir. Installée derrière le canal entre Vitry-le-François et Pargny-sur-Saulx, puis au nord jusqu’à Charmont, la division nord-africaine a été renforcée par un groupe de 155 GPF et deux régiments d’artillerie de réserve générale, les 311e et 313e RA, et a positionnée la moitié de son artillerie en DCB ; le général Mast assure ses liaisons avec la 53e DLI au sud de la Marne et la 6e DIC au nord dans l’Argonne.
La 1.PzD, en tête du XXXIX.PzK de Guderian, se heurte brutalement aux Nord-Africains. Son avant-garde est arrêtée net. La division tente ensuite de percer sur un front allant de Ponthion à Contrisson, mais elle est à nouveau repoussée. La 2.PzD ne fait pas mieux à Vitry-le-François. Les ponts sur la Marne étant détruits, est impossible de contourner l’obstacle par l’ouest. Guderian constate qu’il va lui falloir des moyens de franchissement et un appui aérien important pour avancer.
À l’ouest de Verdun, la 1ère DIC est embarquée par camions dans un désordre indescriptible pour être redéployée aux côtés de la 3e DINA, où les premiers éléments motorisés arrivent en soirée.
Les équipages qui garnissent encore les casemates de la Tête de Pont de Montmédy contiennent les Allemands, qui ne peuvent se lancer à la poursuite des troupes du SF Montmédy formées en division de marche.
Depuis la nuit précédente, le gros des forces du GA 2 a entamé son repli vers le sud malgré les bombardements aériens allemands qui commencent à sérieusement désorganiser les mouvements ferroviaires dans la région. Le général Condé recule le QG de la IIIe Armée de Metz au sud de Nancy. Inquiet de la poussée allemande vers Saint-Dizier et craignant de se voir tourné, il regroupe ses Groupes de Reconnaissance (GRDI et GRCA) et ses autres unités mobiles, et les déploie sur sa bordure ouest (Haute Meuse), d’où ils pourront intervenir rapidement. Toutes les unités des IIIe et Ve Armées sont désormais sur les routes, en direction du sud. Les régiments de forteresse ont été formés en divisions de marche et retraitent péniblement à pied à côté des divisions de ligne (d’ouest en est : 58e DI, 51e DI, Div. Marche Poisot, Div. Marche Besse, 26e DI, Div. Marche De Girval, 52e DI, Div. Marche Dagnan, Div. Marche Chastanet, Div. Marche Senselme, Div. Marche Regard, 70e DI). L’état-major a prévu une première partie de trajet avec trois ou quatre étapes nocturnes de 25 à 35 km chacune, amenant les unités sur le canal de la Marne au Rhin ; la suite dépendra des conditions de la poursuite ennemie et de l’état de fatigue des troupes...
La 56e DI embarque dans des trains dans la région de Metz/Thionville en direction de Bar-sur-Aube. Son GRDI (63e) reçoit son ordre de mouvement pour la région de Joinville : les éléments motorisés emprunteront la route, les éléments hippomobiles embarqueront à Metz (ces derniers seront détournés au cours du trajet et arriveront sur Dijon le 16).
A la frontière suisse, l’évacuation du Chablais est décidée ; en effet, après l’attaque en Alsace, le risque d’une offensive allemande par la Suisse a disparu et cette zone n’a plus besoin de couverture. L’état-major peut ainsi récupérer quelques troupes (1ère Brigade de Spahis, 20e GRCA, des éléments du 141e RR…) qui vont renforcer la défense de Lyon.
La 1ère DIP est en place sur la Saône, autour de Gray.
Du côté des Britanniques
Les Britanniques ne restent pas inactifs : la RAF reçoit la consigne de continuer à soutenir les armées françaises tant qu’elles se battent (tout en se préparant néanmoins à replier ses unités basées en France vers Nantes ou Bordeaux). Des raids de Battle et de Blenheim sont lancés contre les colonnes allemandes, non sans pertes. Les attaques se poursuivent de nuit et plus de 150 bombardiers lourds du Bomber Command frappent les alentours de Paris. Cependant, la chasse basée en Angleterre se contente de protéger les côtes britanniques.
Alpes
Dans les Alpes, on ne note que des bombardements sans grands résultats. Les troupes italiennes postées sur la frontière française, commandées par le prince Umberto de Piémont, chef du Corps Alpin italien, sont pourtant nombreuses : 22 divisions, dont quatre alpines, avec 312 000 hommes et 3 000 pièces d’artillerie. En face, les Français disposent d’environ 175 000 hommes. Du nord au sud, on trouve le Secteur Fortifié de Savoie et la 66e DI (Maurienne-Tarentaise), le 14e CA (Secteur Fortifié du Dauphiné dans le Queyras-Briançonnais et 64e DIAlp à Ubaye) et le 15e CA (65e DIAlp dans le Mercantour et Secteur Fortifié des Alpes Maritimes de l’Authion à la mer). Toutefois, les plans italiens, tout comme les plans français, étaient initialement purement défensifs. D’où un délai inévitable avant de pouvoir appliquer les ordres de Mussolini.
Provence et Côte d’Azur
Huit Bloch 210 des GB II/11 et I/23 attaquent les réservoirs d'essence de Vado, mais seul un avions trouve la cible, tandis qu’un autre s’écrase à l’atterrissage.
Les Italiens lancent enfin leur offensive aérienne, dont l’objectif est Toulon. Ce sont les unités de la 1ère Escadre Aérienne (Prima Squadra Aera), dont le QG est à Milan, qui sont engagées. Au petit matin, huit BR-20 (non escortés) du 13e Stormo (Plaisance) sont envoyés contre Toulon. Deux avions italiens sont endommagés par la DCA.
Après des vols de reconnaissance sur Toulon et les aérodromes voisins, un autre raid est lancé sur Toulon. Auparavant, une force de chasseurs doit attaquer les aérodromes français pour neutraliser la chasse française. 23 Fiat CR.42 du 23e Gruppo (Cervere) s’en prennent à l’aérodrome de Fayence, tandis qu’une attaque de même importance est lancée contre l’aérodrome d’Hyères par le 151e Gruppo (Casabianca). Les chasseurs français décollent trop tard pour intercepter les CR.42, qui sont déjà repartis (mais seul un Chance-Vought 156F de l’AB3 a été détruit). C’est ici que le plan italien se révèle trop complexe, car lorsque 19 BR.20 du 13e Stormo arrivent au-dessus des deux aérodromes, ils sont interceptés par 3 D-520 du GC le III/6 (le groupe est en pleine conversion sur cet avion) et les Bloch 151 de l’AC3. L’adjudant Le Gloan (GC III/6) abat un BR.20 près de Hyères, tandis que trois autres sont endommagés. L’un d’eux sera détruit après un amerrissage de fortune devant Imperia.
Cependant, 28 BR-20 des 7e et 43e Stormo s’en prennent à nouveau à la base navale. Mais aucun dégât n’est été infligé aux navires ancrés dans la rade. Deux BR.20 sont abattus, tandis que d’autres sont endommagés par les chasseurs français ou la DCA de Toulon.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 08:42    Sujet du message: Répondre en citant

14 juin

Du côté des Britanniques
Des unités britanniques (Division Evans, deux brigades de la Division Beauman, les débris de la 1ère Division Blindée et la 157e Brigade de la 52e Division) combattent avec la Xème Armée française.
L’aviation anglaise continue son effort, malgré le mauvais temps. Dix squadrons de chasse mènent des patrouilles ou des escortes, principalement au sud de la Seine, où se trouvent des troupes britanniques. C’est le plus gros effort mené depuis Dunkerque, mais peu d’avions allemands sont rencontrés. Vingt-quatre Blenheim bombardent le terrain d’aviation de Merville, tandis que les bombardiers lourds attaquent de nuit des gares de triage en Allemagne et des zones de la Forêt Noire sur les arrières de l’armée allemande ; d’autres bombardiers larguent des mines dérivantes dans le Rhin.
Churchill et l’état-major anglais ont toutefois déjà pris la décision de préparer le repli de leurs troupes et de leurs avions. C’est le début de l’opération Aerial, qui doit évacuer les soldats britanniques sur toute la façade atlantique. Il s’agit aussi d’évacuer les stocks et l’équipement, car les pertes durant la première partie de la Bataille de France ont été très importantes, et de saboter les installations. L’amiral James, responsable de l’opération, ne dispose pas des escorteurs nécessaires pour organiser des convois, aussi c’est un flot continu de navires de toutes sortes qui convergera vers les ports français, tandis que les quelques navires de guerre disponibles patrouilleront le long des routes de navigation. La Luftwaffe ne peut pas intervenir en force, ce qui est heureux, car certains navires utilisés sont très vulnérables. Elle doit se contenter de larguer des mines devant les ports.
Bretagne
Le général Béthouart se heurte à de nombreux problèmes. Il ne dispose pas de troupes du génie pour miner les routes et les ponts et, de toute façon, il est démuni d’explosifs. Les dépôts d’infanterie ne possèdent qu’un faible nombre de fusils Lebel ; seul le centre d’instruction de Coetquidan a des fusils-mitrailleurs et des mitrailleuses du dernier modèle. Les dépôts d’artillerie n’alignent que de canons d’instruction fatigués et, au dépôt de chars de Vannes, ne se trouvent que de vieux Renault FT de 1918.
Béthouart fait d’abord appel aux Britanniques. Ils fourniront sur leurs propres stocks l’armement individuel de quelques bataillons et assureront le minage des ponts.
Puis il met à contribution les arsenaux. Brest fournira une centaine de canons de 90, 95 et 100 mm sur plateforme, que l’on utilisera en antichar sur la ligne de défense et en profondeur sur les axes de pénétration ; munitions et personnel seront prélevés sur l’artillerie de côte. Les dépôts stratégiques relevant directement du ministère de la Guerre sont consciencieusement pillés, celui de Brest livre près de 5 000 fusils. Les 32 chars FT du dépôt de Vannes seront employés comme casemates mobiles pour leurs mitrailleuses et leurs canons de 37 ; camouflés sous des talus, ils formeront d’excellents points d’appui. Les batteries d’instruction fourniront un appoint non négligeable dans la lutte antichar, le dépôt de Vannes mettant même sur pied une batterie automoteur de 47 mm armée par des rescapés de Dunkerque.
Normandie
La Xe Armée bat en retraite. Le Groupement Duffour a abandonné les dernières boucles de la Seine et atteint la Risle dans la soirée, le 3e CA combat autour d’Evreux une partie de la journée puis décroche vers le sud-ouest à la nuit. Alors que les Allemands occupent Evreux, la 3e DLM reçoit l’ordre de tenir Damville face aux détachements ennemis qui progressent vers l’ouest. Le 11e RDP, aidé par deux escadrons de Somua S-35, nettoie la ville et fait bon nombre de prisonniers. Les combats se poursuivent plus au nord, autour du pont du Petit-Sacq où deux pelotons de dragons, combattant toute la nuit, finissent par refouler les Allemands qui tentaient de franchir l’Iton. Le XXXVIII.AK avance pourtant vers le sud et atteint l’Avre, d’où il repousse la 1ère DLM qui s’était déployée dans le Bois des Brouillets.
Paris
Vers minuit, une voiture allemande transportant des négociateurs a été prise à parti par des Français visiblement peu désireux rendre la capitale sans combattre. Un des parlementaires a été tué. Le commandement allemand réplique par un ultimatum : des parlementaires français doivent se présenter à Sarcelles avant 05h00, faute de quoi la capitale sera bombardée.
Désireux d’éviter toute destruction, Lanoix se résout à envoyer deux plénipotentiaires. La Wehrmacht entre à Paris à onze heures, une entrée préparée dans ses moindres détails, un triomphe militaire, un grand spectacle, mais auquel les spectateurs font défaut, la population étant consignée chez elle pour 48 heures.
Dans la journée, les divisions de la 18e Armée allemande convergent vers la capitale, dont les ponts intacts permettent le passage de la Seine. Elles font mouvement (malgré les embouteillages qui s’ensuivent) vers la banlieue sud.
Ile-de-France
A l’aile gauche de l’Armée de Paris, le 10e CA achève ses mouvements vers 16h00. Sur sa gauche, la 2e DLM est encore reliée aux restes de la Xe Armée. La 8e DLIC est en ligne le long de l’Eure, elle a subi quelques accrochages mineurs, notamment à Anet.
A droite du 10e CA, le 25e CA tient les rives de l’Yvette. A la jonction avec l’Armée de Paris, le Groupement Bazelaire, éprouvé par l’artillerie allemande, abandonne ses positions en forêt de Sénart dans la soirée et franchit la Seine à Evry.
Le premier échelon des divisions de la VIIe Armée (11e DI, 29e DIAlp, 3e DLI et 239e DLI) se replie vers la Seine. Les Allemands, bloqués derrière la Marne dont les tous ponts ont sautés, ne poursuivent pas. Le deuxième échelon (du nord au sud, 19e DI, 7e DINA, 87e DIA et 23e DI) est en place sur la Seine de Corbeil à Marolles, sécurisant les points de passages du fleuve. La 2e DLIC, arrivant des Alpes où elle était en réserve, se déploie le long du canal de la Loire, protégeant le flanc droit de la VIIe Armée.
La 7e DIC et les 47e et 57e DI, qui se sont regroupées en arrière du front, commencent à embarquer en train pour rejoindre la Loire.
Au cours des journées du 13 et du 14 juin, 50 trains quittent la région parisienne, évacuant non seulement le personnel mais aussi le matériel et les munitions de la Région Militaire de Paris. Les cheminots accomplissent leur devoir malgré des bombardements incessants. L’embarquement des grandes unités commence dans l’après-midi du 14, d’Auneau vers Tours pour le 10e CA, de Brétigny vers Orléans pour le 25e CA, de Corbeil et Malesherbes vers Orléans pour la VIIe Armée. En fin de journée, le trafic sur les deux premières lignes est interrompu par les bombardements aériens. La Luftwaffe lance en effet à ce moment une série de raids de grande ampleur pour perturber les mouvements français par voie ferrée. Plusieurs ouvrages d’art sont détruits et le trafic est partout interrompu, sauf sur la ligne Juvisy-Malesherbes-Orléans, préservée par miracle !
Le sacrifice du 25e CA, couvrant la tête de ligne de Corbeil jusqu’au 15 juin, et l’abnégation des cheminots demeurant à leur poste jusqu’au dernier moment permettront pourtant l’embarquement des 90 000 hommes de la VIIe Armée et leur déploiement sur la Loire : l’épisode est désormais entré dans les annales de la SNCF sous le nom de “bataille d’Ile-de-France”, la seule de l’Histoire à avoir été livrée par des cheminots seuls contre des avions !
Champagne
L’OKH ordonne que la 9e Armée (qui est réaffectée au Heeresgruppe A) et la 2e Armée se tournent vers le sud-ouest pour se diriger vers la Loire.
La 9e Armée poursuit les troupes françaises par le Grand Morin vers le sud. Ses unités de tête atteignent Romilly dans la soirée. Le gros de l’armée continue à progresser vers Sens. Des troupes françaises sont encerclées à Epernay. La 2e Armée affronte toujours des éléments français dans la forêt de Reims, tout en continuant son franchissement de la Marne vers le sud.
Les 8e et 23e CA commencent à se désagréger, des éléments sont capturés au cours de leur retraite. Les 20e, 44e et 45e DI, couvertes par la 42e DI et la 82e DIA, franchissent l’Aube au niveau du confluent avec la Seine. La situation de la 82e DIA est la plus critique, elle est acculée aux marais de Saint-Gond par les blindés du XVI.PzK, son état-major est capturé, les unités se dispersent en direction de l’Aube. Un peu plus tôt dans la journée, l’arrière-garde du Groupement Klopfenstein a passé l’Aube entre Plancy et Arcis-sur-Aube, suivi à vue par des motos allemandes, sous les bombardements et sous la menace des pointes blindées ennemies venant du nord-ouest. Le 15e GRDI (10e DI) se sacrifie pour retarder les poursuivants. La 7e DLM s’est regroupée, elle a franchi de justesse l’Aube à l’ouest d’Arcis, couverte par le 10e GRCA qui tient les ponts dans ce secteur, puis se dirige vers Troyes pour franchir la Seine au sud de la ville. L’aviation ennemie bombarde la colonne à plusieurs reprises. Légèrement plus à l’est, la 14e DI se replie également ; la division se voit allouée une bonne partie du Groupe de Transport 130/8, qui va considérablement favoriser ses déplacements. La 3e DIM (qui va se voir affecter les restes du Groupement Klopfenstein), retraite derrière l’Aube de part et d’autre d’Arcis et se positionne en défense. Des éléments des régiments de pionniers de la IVe Armée aident à tenir et miner les ponts sur l’Aube. Plus à l’est, la 53e DLI se replie (par VT) dans la trouée entre Aube et Marne. Dans la soirée, les restes de la 3e DCR se replient eux aussi sur l’Aube, plus au sud. Le bataillon de marche de cette division reçoit quant à lui l’ordre d’assurer la défense des passages de la Marne au sud de Vitry-le-François. Au cours de la journée, il refoule plusieurs incursions allemandes, puis se replie dans la soirée sur Brienne-le-Château.
Sur la Seine, en fin de journée, la défense française à Nogent et Romilly commence à céder face aux blindés du XVI.PzK. Dans la nuit, les pontonniers allemands achèvent d’édifier des ponts temporaires en d’autres points de la Seine. Le PanzerGruppe de Kleist, à présent rattaché à la 12e Armée, reçoit l’ordre de foncer vers Dijon et Nevers, via Auxerre, tout en empêchant le franchissement de la Seine vers l’ouest par les forces françaises en retraite. Mais le XIV.PzK est encore en train de traverser la Marne. Le XVI.PzK ayant été retardé dans le franchissement de la Seine, des embouteillages commencent à se former entre la Seine et la Marne, d’autant plus que certaines unités manquent d’essence. Mais l’aviation française est pratiquement absente, mis à part quelques avions de reconnaissance...
Les premiers bouchons antichars se mettent en place à Troyes et Marcilly-le-Hayer, constitués des restes de la 240e DLI (enfin rejoint par sa compagnie du génie), d’éléments de la 7e DLM (une quinzaine de chars du 8e Dragons, soutenus par des éléments des 14e et 31e RDP) et du 83e Bataillon Autonome Régional. Les restes de la brigade polonaise se replient, pour éviter d’être contournés par la 9e Armée allemande, qui arrive du nord-ouest. La compagnie de marche du 4e BCC a perdu tous ses chars dans la défense de Romilly, les rescapés se replient également vers le sud.
Lorraine
La IIe Armée continue de reculer vers le sud-est, pressée sur son flanc ouest par la 12e Armée allemande et poursuivie au nord par la 16e Armée.
La 6e DIC, retranchée dans la forêt d’Argonne, subit l’assaut conjoint des 6. et 8.PzD ainsi que de deux DI de la 12e Armée ; elle résiste pied à pied, subissant de lourdes pertes mais en inflige aussi à l’ennemi. Le 67e BCC a été disloqué en deux jours de combats, ses derniers chars sont sabordés ou se replient.
Plus au sud, face à la 3e DINA, des stosstruppen s’infiltrent pendant la nuit du 13 au 14 à travers le Canal de la Marne au Rhin et s’emparent d’un pont mal détruit à Etrepy. Averti quelques heures plus tard, le général Carles, commandant du CAC, tente de monter une contre-attaque avec les faibles moyens à sa disposition et en confie l’exécution au colonel Gallini, commandant le 14e GRCA (transféré du XXIe CA). Gallini passe la journée à localiser et rameuter les éléments qui lui sont théoriquement alloués pour l’occasion. La pince nord de sa contre-attaque, positionnée au nord de Bar-le-Duc, doit être composée de son 14e GRCA et des éléments à cheval du 71e GRDI (1ère DIC). La 1ère Brigade de Cavalerie (général Gaillard) et ce qui reste de la 3e Brigade de Spahis (colonel Peillon), positionnées en arrière de la 1ère DIC, formeront la pince sud, avec le 22e GRCA (CAC), qui se trouve à Ligny. L’artillerie hippomobile de la 1ère DIC (201e RAL) fournira un soutien bienvenu.
Pendant ce temps, tandis que la 2.PzD et la 29.ID mot maintiennent la pression sur le front de la 3e DINA, toute la 1.PzD traverse le canal par le pont d’Etrepy et arrive aux portes de Saint-Dizier. La 3e DINA est coupée en trois morceaux : le 14e RTA s’accroche au canal entre Etrepy et Vitry-le-François, le 12e régiment de zouaves est rejeté au sud par la percée de la 1.PzD et le 15e RTA est repoussé au nord du canal, en liaison avec la 6e DIC. Cette percée est dramatique. En effet, la liaison est rompue entre les armées de l’est (le GA 2 et la IIe Armée, qui se retrouve isolée) et celles du centre (une partie du GA 3 et du GA 4). De plus, le nouveau plan de von Rundstedt vient d’être validé par Hitler : au lieu de faire remonter Guderian au nord-est vers Verdun pour encercler la IIe Armée, ce nouveau plan, plus ambitieux, lui ordonne de viser Chaumont, Langres puis la Saône pour encercler la totalité du GA 2 et ses 500 000 hommes ! La mise en œuvre de ce plan provoque le désengagement à la mi-journée du XLI.PzK, dont l’objectif est à présent Neufchâteau. Les 6. et 8.PzD réorientent leur axe d’attaque pour frapper la partie droite du front de la 3e DINA sur le canal.
La 1ère DIC poursuit son redéploiement laborieux entre Saint-Dizier et Bar-le-Duc (l’état-major du CAC n'a pu lui donner ni cartes de la région, ni renseignements sur les éléments qui se trouvent dans le secteur). Les éléments hippomobiles ne doivent rallier que le lendemain. L'escadron moto du 71e GRDI, parti en reconnaissance aux abords de Saint-Dizier, doit se replier en urgence vers le sud pour échapper aux avant-gardes allemandes. La division fait dans un premier temps front face à l’ouest, pour bloquer toute remontée des forces allemandes de Saint-Dizier en direction de Verdun (avec pour but supposé l’encerclement de la IIe Armée). En fin de journée, les nouvelles qui parviennent des divisions voisines chamboulent quelque peu l’installation de la 1ère DIC : la percée ennemie dans le secteur de la 3e DINA et l'arrêt soudain des attaques des panzers contre la 6e DIC indiquent que les Allemands vont tenter de faire passer en force une grande masse blindée par la brèche ouverte sur le Canal de la Marne au Rhin. La 1ère DIC réoriente par conséquent son front face au nord-ouest, sur les principaux axes entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.
À Montmédy, les Allemands ont réussi à percer et, ne laissant qu’une partie de leurs forces pour s’emparer des fortifications, ont lancé leurs colonnes motorisées à la poursuite de la Div. Marche Burtaire. Cette dernière, déjà affaiblie (les hommes des régiments de forteresse n’ont pas été entraînés à de si longues marches…), poursuit sa retraite sous le couvert de la 6e DINA qui, plus fraîche, assure l’arrière-garde. Dans la journée, le 136e RIF est enlevé par autobus pour aller renforcer les défenses de Verdun.
À l’ouest de Verdun, la 3e DIC continue de se replier tout en combattant sur les champs de bataille de l’autre guerre.
Apprenant la percée des Allemands sur le Canal de la Marne au Rhin, le général Condé (IIIe Armée) ordonne la mise en place de “bouchons” dans la vallée de la Haute-Marne.
L'état-major du 18e CA s’installe à Bar-sur-Aube. Tôt le matin, la 56e DI débarque dans le même secteur, elle doit en particulier tenir les ponts sur l’Aube. Le 63e GRDI, arrivé le matin à Joinville, reçoit dans l’après-midi la mission d’aller occuper défensivement l’important carrefour de Montier-en-Der, en y absorbant certains militaires de l’encadrement des permissionnaires de Vitry-le-François (quelques officiers et une cinquantaine de soldats, partiellement armés), déjà sur place.
À Chaumont, le 149e RIF s’installe dans l’après-midi avec l’appui d’une batterie du 26e RA (56e DI) découverte abandonnée sur un train stoppé par la Luftwaffe, une partie du 57e bataillon de mitrailleurs et… une batterie de deux canons de 194 mm sur voie ferrée (du V/374e RALVF) ! Une partie du 74e Régiment Régional vient prêter main forte.
Un autre “bouchon” est mis en place dans la soirée à Langres avec les éléments motorisés du 51e GRDI et du 24e GRCA et le reste du 74e Régiment Régional.
La 30e DIAlp commence à s’installer sur la Saône, autour de Quitteur, tandis que la 67e DI quitte Belfort pour Dijon.
Sarre
La ligne Maginot est percée au sud de Sarrebrück par le Groupe d’Armées du général von Leeb lors de l’opération “Tiger”. Toutefois, la 1ère Armée du général von Witzleben, en dépit de gros moyens terrestres et aériens (six divisions d’infanterie sont engagées), subit de lourdes pertes entre Saint-Avold et Sarralbe face au 20e CA qui tient l’aile gauche de la IIIe Armée. Les Allemands ont plus de 1 000 morts (contre 550 au 20e CA) et 3 000 blessés ; la 60.ID est la plus touchée. Cependant, de nombreux défenseurs ayant battu en retraite la veille, ils parviennent à percer et commencent immédiatement leur exploitation vers Nancy et Lunéville. Mais les combats autour des ouvrages encerclés se poursuivront parfois jusqu’en juillet.
Alsace
Prételat ordonne le départ du 16e BCC vers Chalon-sur-Saône. Il n’y a toutefois aucun train disponible pour le convoyer, il devra donc faire mouvement par la route, au rythme de 80 à 90 km par jour. Prételat appelle ensuite Huntziger pour lui indiquer que les autres BCC sur R-35 ne pourront pas être repliés, car ils doivent couvrir la retraite du GA 2, suite au début de l’offensive allemande en Sarre.
Les divisions du Rhin, 54e et 62e DI, entament à leur tour leur repli vers l’ouest, d’abord à pied. La 54e doit aller défendre la Saône au sud-est de Dijon, tandis que la 62e doit se diriger vers la vallée du Rhône. Dans la journée, suite à la percée de Guderian sur le Canal de la Marne au Rhin, le GQG donne l’ordre de positionner aussi la 62e DI sur la Saône. Toutefois, en l’absence de moyens de transport, cette division est encore très loin d’arriver à destination.
Les divisions de forteresse (103e, 104e et 105e DIF) qui gardaient le Rhin reçoivent elles aussi l’ordre de reculer, en laissant seulement les équipes d’ouvrages et de casemates, pour aller défendre les vallées des Vosges.
Provence et Alpes
Au-dessus du sud de la France, les conditions météorologiques très défavorables empêchent toute activité aérienne.

15 juin

Bretagne
Dans la Manche, les premières évacuations de soldats britanniques et canadiens commencent à Cherbourg et à Saint-Malo (plus de 50 000 hommes seront évacués par ces ports). Seule la 157e Brigade se bat encore aux côtés des Français. La Luftwaffe est cependant tenue en respect par les avions anglais : aucune perte n’est à déplorer. Mais elle large cependant des mines magnétiques dans la rade de Brest.
Les ports de Brest, Saint-Malo et Lorient sont consignés.
La 1ère Brigade canadienne, dont le débarquement s’est achevé la veille (le convoi transportant le reste de la 1ère Division canadienne a rebroussé chemin vers l’Angleterre), commence son déploiement au nord de Rennes conformément aux accords franco-britanniques.
Normandie
La Xe Armée poursuit son recul.
Retraitant durant la nuit et une partie de la journée, le Groupement Duffour et le 3e CA ont réussi une délicate manœuvre : pivotant d’est en ouest autour du Corps de Cavalerie, ils ont reporté leurs positions sur les hautes vallées forestières de la Risle, de l’Iton et de l’Avre, démasquant ainsi le 5e CA qui tient la Dive. Les Allemands, qui ont marché prioritairement sur l’axe Evreux-Chartres afin de piéger l’Armée de Paris, n’ont pas poursuivi.
Le 5e CA est un ressuscité, issu de la reconstitution des divisions d’infanterie évacuées de Dunkerque, qui se poursuit en Normandie, comme partout où les évacués ont été débarqués. A Rouen, le lieutenant-colonel Clogenson, rescapé lui aussi des combats de Belgique, a été chargé dès le 5 juin de réorganiser ce qui restait du GA 1. Il a constitué quatre Divisions Légères d’Infanterie (1ère, 32e et 43e DLI et 1ère DLI Nord-Africaine), composées d’un état-major réduit, d’un groupe de reconnaissance motorisé, de deux régiments d’infanterie à trois bataillons, d’un régiment mixte d’artillerie, d’un bataillon du génie et d’une Cie mixte de transmissions. Il y a peu d’officiers et jusqu’au 10 juin, parmi ceux présents, beaucoup considéraient la reconstitution des unités du GA 1 comme une aimable plaisanterie. On a dû épurer les cadres : ainsi, deux généraux de division (De Camas et Lucas), refusant d’imposer à leurs hommes les efforts exigés par la situation ont été cassés. Les premières consignes du général Huntziger, jugées enfin cohérentes par tous, ont commencé à modifier cet état d’esprit, puis les décisions politiques claires et énergiques du “Sursaut” ont fait taire les dernières réticences.
Finalement, le 5e CA renaît juste à temps. Au 15 juin, sa reformation, sous le commandement du général René Altmayer, est quasiment achevée (1ère DLI général Barthélémy, 1ère DLINA général Tarrit, 32e DLI colonel Sevez, 43e DI général Vernillat). Cinq escadrons motorisés, 16 bataillons d’infanterie, quatre groupes d’artillerie et quatre compagnies divisionnaires antichars sont aptes au combat, avec un taux de motorisation d’environ 50%.
L’armement individuel a été complété par prélèvement sur les stocks d’instruction des dépôts normands (11 500 armes individuelles, 760 FM, 290 mitrailleuses, 100 mortiers et 260 000 grenades ont été distribués). Le capitaine Le Hingrat a mis la main sur les canons de 25 antichars du cours pratique de tir de Granville, qui ont doté les compagnies d’engins divisionnaires et régimentaires. L’artillerie provient pour l’essentiel du parc de Vincennes. Une cinquantaine de vieux canons de 75 train-rouleurs ont été répartis entre les quatre groupes reformés par les personnels du 54e RANA et du 327e RAD. Les moyens de transport fournis par l’état major se révélant très insuffisants, on a procédé d’abord à des réquisitions, puis on a récupéré les véhicules militaires isolés sans ordre de mission et saisi les autocars civils. Enfin, quelques hommes se sont emparé – de force ! – des parcs automobiles de Rennes et Caen avant l’arrivée des Allemands.
« Au matin du 13, nous nous sommes présentés au parc de matériel de Rennes. La sentinelle, un vieux territorial en uniforme bleu horizon, ne fit pas trop de difficultés pour nous laisser entrer et nous faire conduire auprès du commandant.
Cet officier était l’image même du gratte-papier embusqué, sec et procédurier.
Il s’enquit de nos besoins. Il parut extrêmement surpris lorsque nous lui annonçâmes que nous venions retirer l’ensemble du matériel roulant en état, et demanda un ordre écrit. Nous possédions un ordre de réquisition signé de notre général de division que nous produisîmes. Ce qui n’eut pas l’air de le satisfaire, il attendait un ordre du général de Région, que nous n’avions pas. Il répondit qu’il ne pouvait rien nous donner, sans ordre émanant de l’autorité idoine.
Le ton commença à monter. Le commandant du parc ne désarmait pas, affirmant qu’il fallait dans tous les cas suivre la procédure afin qu’il soit, lui, déchargé de toute responsabilité vis-à-vis du matériel déstocké.
Le capitaine Le Bars, qui commençait à perdre patience, lui dit qu’il possédait un ordre « de calibre 9 mm » dans son étui et qu’il était prêt à en faire usage.
En désespoir de cause, les deux gendarmes, qui nous accompagnaient, ceinturèrent l’homme qui n’opposa plus de résistance et nous laissa faire ce que nous voulions.
Le contenu du parc nous sidéra. Bien sûr, il y avait de vieux tacots, mais aussi du matériel fraîchement sorti d’usine, des Hotchkiss réquisitionnées pour le confort des officiers de l’état-major local et surtout, un grand nombre de voitures et de camions américains flambant neufs. Il faut avoir, comme moi, retraité à pied de Namur à Dunkerque pour comprendre le luxe que ces véhicules représentaient en juin 1940.
Le même jour, une scène identique se produisait au parc de Caen.
Lorsque les Allemands, entrèrent dans Caen et Rennes les semaines suivantes, il ne restait pas même une remorque en parc...
Extrait de 1940, de Dunkerque à Casablanca (chapitre II, Les combats de la Loire), par Henri Destrehan (Nathan, 1950).
Ile-de-France
A l’aile gauche de l’Armée de Paris, le 10e CA est en position sur la ligne Senonches-Ablis à midi, mais il lui est impossible de prendre liaison sur sa droite avec le 25e CA. En effet, celui-ci a reculé comme il a pu, pressé par le XL.AK. En fin de journée, les éléments épars de la 85e DIA se regroupent sur l’Orge, de Dourdan à Saint-Chéron ; la 241e DLI prolonge le front jusqu'à Chamarande. Mais ces deux unités sont talonnées par des éléments légers des 9. et 28.ID qui ont profité de la nuit précédente pour s’infiltrer dans le dispositif français. Pire, sur leur droite, son propre flanc droit découvert par le repli rapide de la VIIe Armée (1er CA), le Groupement Bazelaire rétrograde vers le sud-ouest, pour se mettre à l’abri derrière l’Essonne.
Devant le risque de rupture du front entre le 10e et le 25e CA, le général Héring décide une manœuvre de dérobement. Les compagnies de transport automobile sont mises à la disposition de son aile droite menacée de dislocation. Dix pelotons mobiles de GRM sont chargés de dégager les itinéraires.
A droite de l’Armée de Paris, le repli de la VIIe Armée se poursuit. Les derniers ponts intacts de la Seine dans le secteur du 1er CA sont détruits vers 08h00. Le lieutenant-colonel Lestoquoi, qui menait un mois plus tôt les avant-gardes de la VIIe Armée jusqu’en Hollande, prend une nouvelle fois la tête des unités de cavalerie du 1er CA afin de protéger la retraite de ses convois routiers. Mais l’encombrement des routes est tel que les camions qui devaient transporter l’arrière-garde de la 7e DINA et de la 19e DI ne sont pas au rendez-vous. La 19e DI transmet la garde du pont de Corbeil au 74e GRDI (4e DIC) puis tente de rejoindre la gare de Baillancourt, où l’on parvient à improviser un train pour Gien. La 7e DINA fait route à pied à travers la forêt de Fontainebleau, se regroupe, puis rejoint les gares de la Chapelle-la-Reine et Malesherbes, où l’on forme des rames hétéroclites, en regroupant tous les wagons disponibles.
A l’aile droite, le 24e CA achève de franchir la Seine dans l’après-midi. Les quatre divisions (87e DIA, 57e DI, 2e DLIC, 239e DLI) qui restent en couverture sur la Seine jusqu’à exécution du mouvement seront décrochées par transport auto. Il est temps : à partir de 17h00, des éléments de la 33.ID commencent à progresser au nord de Fontainebleau, sur la gauche de la 87e DIA.
Sur l’ordre du général Pichot-Duclos, des barrages filtrants sont mis en place à Chartres et à Pithiviers. Les soldats débandés sont regroupés par ces barrages et évacués vers Tours ou Orléans, où ils sont mis à la disposition des commandants de région. Les véhicules militaires isolés (camions ou voitures de liaison) sont immédiatement arrêtés, s’ils ne justifient pas leur présence par un ordre de mission écrit – cette mesure sera très vite étendue aux véhicules des services publics et donnera d’excellents résultats tant pour ce qui concerne l’ordre que pour le bon fonctionnement des services publics.
Parallèlement, des unités de régulation routière sont improvisées autour des brigades de gendarmerie départementales et des régiments régionaux d’Eure-et-Loir et du Loiret. Ces unités sont chargées de rechercher des itinéraires de détournement afin de désencombrer les routes. Dans la soirée, toutes les colonnes militaires commencent à être précédées de pelotons mobiles chargés de rejeter sur le bord de la route les véhicules civils ralentissant la progression.
On considère aujourd’hui qu’en ces sombres journées, l’action énergique du général Pichot-Duclos a sauvé l’Armée de Paris de la débâcle.
Champagne et Bourgogne
La 9e Armée allemande atteint l’Yonne. Le général Ritter von Speck, commandant du XVIII.AK, est tué alors qu’il supervise la construction d’un pont de franchissement à Pont-sur-Yonne. Ce sera le seul général allemand tué pendant la campagne de France.
Plus à l’est, la 2e Armée allemande atteint une ligne Sézanne - Vitry-le-François et poursuit vers Troyes. Elle se heurte près du confluent Seine-Aube aux défenses de la 59e DLI, auxquelles se sont joints les restes de la 82e DIA et les chars survivants des 23e et 41e BCC. Les ponts ont sauté dans ce secteur et les défenseurs résistent une partie de la journée. Néanmoins, l’infanterie allemande dispose d’un solide soutien aérien et d’artillerie et des têtes de pont sont établies plus à l’est. Vers midi, des Allemands sont signalés aux abords de la gare d’Arcis-sur-Aube. Un B1bis du 41e BCC envoyé sur place élimine le détachement ennemi.
La 3e DCR et la 53e DLI se replient, après avoir tenu les ponts de l’Aube à l’est de la forêt d’Orient, jusqu’à ce que le génie en ait opéré la destruction. La 3e DIM défend également l’Aube toute la journée à l’est d’Arcis, puis se replie vers la forêt d’Orient, avant de franchir la rivière à Bar-sur-Seine dans la nuit.
Le gros de l’infanterie française progresse vers le sud-est aux environs de Troyes et de la forêt d’Orient.
Les colonnes motorisées composées d’éléments de la 14e DI et de la 7e DLM, ainsi que des éléments sur roues du 3e BCC, ont franchi la Seine au sud de Troyes et se dirigent vers le sud-ouest par Tonnerre et Auxerre. La découverte providentielle de deux péniches d’essence sur le canal de Bourgogne permet de ravitailler les véhicules.
Les restes du 7e BCC (quatre chars FCM 36) poursuivent leur retraite vers le sud, en passant par Autun.
De leur côté, les éléments de reconnaissance allemands du XVI.PzK se heurtent aux bouchons de Troyes et Marcilly-le-Hayer. Plutôt que de perdre du temps, Kleist laisse quelques éléments fixer les défenseurs avant que le XIV.PzK, qui est encore au nord de la Seine, ne vienne briser la résistance française. La progression se fait plus ardue, sur des routes encombrées de réfugiés et alors que la pénurie d’essence s’aggrave. Tandis que la 3.PzD avance vers Auxerre, la 13.ID mot, précédant la 4.PzD, contourne Troyes et progresse le long de la Seine, ayant toujours pour mission de prendre et tenir les ponts.
D’autres bouchons sont mis en place plus au sud, à Auxerre et Tonnerre, avec les restes de la brigade polonaise , les derniers chars de la 7e DLM et du 3e BCC, le 123e RAL (23e CA) et le 83e Régiment Régional d'Infanterie.
Lorraine
Au nord de la Lorraine, la 16e Armée allemande a fini par contourner les obstacles et destructions de Montmédy pour rattraper l’arrière-garde de la IIe Armée : elle presse désormais la 6e DINA qui bat lentement en retraite. Dubuisson, qui commande la place de Verdun, se prépare à une attaque imminente. Ses défenses sont faibles (136e RIF, 1ère DBILA, 21/I RTM), les forts qui avaient permis de remporter la célèbre victoire de 1916 sont à l’abandon depuis la fin du conflit précédent et les travaux des dernières semaines ne peuvent occulter les trous béants dans leurs enceintes…
La IIe Armée est aussi pressée en son centre. La 6e DIC, qui a décroché dans la nuit du 14 au 15, a pris un peu d’avance sur l’infanterie de la 12e Armée allemande. Le XLI.PzK s’empare pendant la nuit de deux ponts sur le Canal de la Marne au Rhin, à Sermaize et Contrisson, et, après les avoir remis en état, progresse vers le sud-est en bousculant l’aile droite de la 3e DINA. Les avant-gardes des 6. et 8.PzD tombent sur la 1ère DIC dans le secteur de Saudrupt. Bien en place, celle-ci montre qu’elle peut malgré tout leur opposer une solide résistance, car les premiers éléments allemands sont sèchement repoussés. Mais les attaques s’intensifient en fin de journée, au fur et à mesure que les chars ennemis sont engagés en première ligne. L’artillerie de la 1ère DIC (1er RAC) est utilisée en grande partie en antichars et la bataille est très rude.
Le colonel Gallini a passé toute la matinée à préparer la contre-attaque du CAC, qui a bien du mal à s’organiser du fait du chaos ambiant (aggravé par le harcèlement de la Luftwaffe), mais ce retard lui permet de bénéficier de l’arrivée inespérée du 43e BCC, arrivé de l’Argonne avec une vingtaine de chars R-35 et trois chars D1 rescapés du 67e BCC. En début d’après-midi, sur demande pressante du général Carles qui craint que la situation ne lui échappe, la contre-attaque française est enfin lancée, après une préparation d’artillerie du 201e RALC visant les axes de progression des deux divisions allemandes. Au nord, le 43e BCC, accompagné des éléments motorisés du 14e GRCA, prend de flanc les éléments de tête de la 6.PzD au niveau de Combles ; on assiste alors dans ce secteur à une véritable bataille de blindés, pendant que les groupes à cheval du 14e GRCA et du 71e GRDI tentent de causer le plus de dégâts possibles sur les arrières ennemis. Au sud, l’attaque n’est finalement menée que par la 1ère Brigade de Cavalerie et le 22e GRCA, car la 3e Brigade de Spahis a été entre temps envoyée en urgence tenir les ponts sur la Marne pour éviter que le dispositif français ne soit pris de flanc par une éventuelle avancée de la 1.PzD, qui va se confirmer dans la journée. Les cavaliers à cheval tombent sur la 8.PzD à l’ouest de Saudrupt. Ils ne sont pas de taille à contenir des chars très longtemps et ne chargent certainement pas sabre au clair les blindés ennemis (pas plus que ne l’avaient fait les Uhlans polonais en septembre 1939, contrairement à ce qu’avait affirmé la propagande de la Wehrmacht). Mais leur action de harcèlement à coups de canons de 25 et de mortiers de 60 soulage grandement la 1ère DIC. Les combats vont se poursuivre une grande partie de la nuit, sans progression notable de part et d’autre.
Plus à l’ouest, le XXXIX.PzK de Guderian transperce complètement la 3e DINA en son centre à la suite de la 1.PzD, qui s’empare de Saint-Dizier et poursuit son exploitation par la vallée de la Haute Marne, sans se préoccuper de ses flancs et sans chercher à franchir la Marne vers l’est. La 36e DI est surprise entre Saint-Dizier et Chaumont alors qu’elle fait mouvement vers l’ouest. Son artillerie est capturée, ainsi qu'une partie de son infanterie. Le 18e RI tente de résister à Joinville, mais la progression des blindés allemands continue inexorablement. Une partie de l’infanterie du 14e RI et des éléments du 39e GRDI se joignent toutefois aux défenseurs de Chaumont.
Le soir, les éléments de tête de la 1.PzD arrivent au bouchon de Chaumont. Là, ils sont arrêtés par les barrages mis en place par le 149e RIF et par les tirs de la batterie sur rails de 194 mm. Pourtant, Guderian sous-estime le nombre et la volonté de se battre des défenseurs. Mais il craint de laisser le temps aux Français d’organiser leur défense au-delà de Chaumont. Il compte sur la 20.ID mot (XLI.PzK) qui doit suivre la 1.PzD au sud de Saint-Dizier, pour éliminer le bouchon le lendemain. Sans avertir ses supérieurs, il laisse la ville aux bons soins de quelques unités de couverture et lance les avant-gardes de la 1.PzD vers Langres.
Suivant une route parallèle, mais plus à l’ouest, la 29.ID mot est quelque peu gênée dans sa progression par un bouchon installé à Wassy par les rescapés du 12e Régiment de Zouaves (environ 500 hommes, séparés la veille de la 3e DINA) et les éléments moto du 71e GRDI (qui sont dans l’incapacité de rejoindre la 1ère DIC).
La 2.PzD se dirige quant à elle vers l’Aube. Tard dans la soirée, les premiers chars venant de Vitry-le-François se heurtent aux barricades du 63e GRDI à Montier-en-Der, qu’ils ne réussissent pas à forcer. Un essai de débordement ennemi par les lisières nord-ouest n’est pas poursuivi.
Le général Condé (IIIe Armée), inquiet de voir la retraite de la IIe Armée venir cisailler les axes de retraite de son aile gauche, obtient du GQG que les unités de la IIe Armée qui entreraient dans la zone de son armée passent sous son commandement. Par ailleurs, ayant constaté que les régiments de forteresse sont en train de se désagréger dans la retraite, il décide qu’il est temps d’arrêter leur repli. Il leur ordonne de se retrancher sur le Canal de la Marne au Rhin pour y combattre « sans esprit de recul » : à l’annonce de la fin de la retraite et de la prochaine bataille, le moral des troupes remonte en flèche ! La ligne de défense prévue passe par la Moselle au sud de Nancy, cette dernière étant déclarée ville ouverte.
La 2e DIP est à son tour en place sur la Saône, à Port-sur-Saône. Les compagnies automobiles de transport 522, 523 et 524 se portent alors au devant de la 67e DI pour la conduire vers Dijon, évitant aux hommes de marcher sur la dernière partie du trajet. Cette division devra tenir les Monts de Bourgogne, qui commandent l’accès à la plaine du même nom. De la même façon, les compagnies automobiles de la Ve Armée enlèvent la 54e DI pour la conduire sur la Saône entre Gray et Auxonne. La ville de Dijon doit être mise en défense par le 81e Régiment Régional. Les éléments motorisés du 23e GRCA (13e CA) et du 56e GRDI (63e DI) devront jalonner et ralentir l’avance de l’ennemi s’il vient à déboucher dans la plaine entre Langres et Dijon. La 2e Brigade de spahis (colonel Marchal), actuellement éparpillée dans le Doubs, devra se porter sur les ponts du Canal de Bourgogne.
Les convois des services de la Ve Armée prennent le départ les uns derrière les autres et atteindront pour la plupart le sud de la France. Le réseau ferroviaire de l’est de la France est toutefois de plus en plus affecté par les destructions opérées par les bombardements aériens ennemis et par la saturation du réseau par les trains de réfugiés et de troupes… La paralysie totale et définitive est néanmoins évitée grâce aux efforts incessants des cheminots, mobilisés sur place par les préfets après les directives de Mandel : de gigantesques embouteillages surviennent, les blocages ponctuels se multiplient, les retards sont généralisés et se comptent en jours, mais la plupart du temps, par des voies secondaires ou après des réparations de fortune des voies principales, les trains finissent par passer. En attendant, en ce 15 juin, au nord et au sud d’Epinal comme de Vesoul, des dizaines de trains sont bloqués en pleine campagne l’un derrière l’autre sur une dizaine de kilomètres ! Les unités qui étaient transportées quittent les trains (où elles laissent souvent leur matériel lourd, impossible à débarquer en pleine campagne) pour aller à pied s’insérer dans les dispositifs de défense locaux.
Alsace
Les attaques contre la ligne Maginot se poursuivent, en Alsace cette fois, avec l’opération “Kleiner Bär”, menée par huit divisions de la 7e Armée sur le Rhin, entre Rhinau et Neuf-Brisach. Il s’agit d’une véritable opération amphibie avec franchissement d’un fleuve en crue sous le feu de l’ennemi… Quarante ans après, un auteur parlera du « Jour le plus long de juin 1940 », dans une analogie avec les débarquements de 1943 – mais c’est un jour J du pauvre ! Parfois, comme à Rhinau, les Allemands ne disposent d’aucun canot à moteur et traversent le fleuve à la rame ; heureusement pour eux, en face, les défenseurs français sont privés de soutien d’artillerie et n’ont ni aviation ni troupes de contre-attaque… Les résultats sont mitigés : si la première ligne française est enfoncée (les casemates et ouvrages de berge sont détruits par les tirs directs de l’artillerie !), le franchissement du fleuve occasionne de lourdes pertes, la progression dans la forêt et les marais qui bordent le Rhin est lente et difficile, et les objectifs du jour ne sont pas atteints… Le 15 au soir, trois divisions allemandes disposent de têtes de pont sur la rive gauche du Rhin, fragiles poches à la merci d’une contre-attaque : mais cette contre-attaque ne viendra jamais, les unités françaises d’intervalle comme l’artillerie ayant engagé leur repli depuis la veille. Certaines de ces unités ont interrompu leur repli pour revenir se battre dans la plaine, mais le temps perdu à cet aller-retour ne leur permet pas de résister avant la ligne des villages.
Tandis que le 45e CAF et la 63e DI préparent la défense de Belfort, le 44e CAF se positionne sur le Ballon d’Alsace. Plus au nord, le 13e CA, sur les arrières des 104e et 105e DIF, tient les vallées des Vosges.
Provence et Alpes
En représailles au raid de la veille sur Gênes et Vado, l’aviation italienne lance une attaque importante sur les aérodromes français. À 11h40, le centre de contrôle de la chasse de Toulon signale d’importantes formations de chasseurs et de bombardiers ayant passé la frontière et se dirigeant vers le sud-ouest – en réalité, pour éviter les problèmes de coordination rencontrés précédemment, les Italiens n’engagent que des chasseurs.
27 CR.42 du 150ème Gruppo attaquent Cuers-Pierrefeu, où les chasseurs français de l’AC3 sont surpris au décollage : deux Bloch MB-151 sont abattus et quatre autres endommagés sérieusement (deux seront réformés). Un CR.42 est détruit, tandis qu’un autre est obligé d’atterrir sur le terrain de Cuers suite à des ennuis mécaniques. Capturé intact, il sera remis à l’Aéronautique Militaire belge, qui en possède cinq autres, après que la propagande française en ait fait ses choux gras.
Les Italiens mitraillent également Hyères, où six Chance-Vought 156F de l’AB3 sont détruits au sol.
25 CR.42 du 23ème Gruppo s’en prennent à l’aérodrome du Cannet-des-Maures, détruisant un D-520 au sol et en endommageant deux autres (à cette occasion, les Italiens s’apercevront qu’ils ont utilisé un lot de munitions incendiaires défectueuses).
15 autres CR.42 du 18ème Gruppo effectuent quant à eux des missions de chasse libre aux alentours des aérodromes attaqués. L’Armée de l’Air réagit : une patrouille française de Dewoitine 520 du GC III/6, emmenée par l’adjudant Le Gloan au-dessus de Saint-Tropez, tombe sur les CR.42 en couverture. Trois chasseurs italiens (et probablement un quatrième), ainsi qu’un BR.20 isolé, sont abattus.
Plusieurs autres CR.42 ont été endommagés par la chasse ou la DCA françaises, ils parviendront toutefois à rejoindre l’Italie.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 09:33    Sujet du message: Répondre en citant

Chapeau, messieurs! C'est du beau boulot!
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 10:56    Sujet du message: Répondre en citant

16 juin

Normandie
Les colonnes allemandes progressent toute la matinée sur l’axe Verneuil-Longny sans rencontrer de résistance.
Vers midi, le contact est pris de Marchainville à Jort. A 13h00, les Allemands lancent une violente attaque de chars appuyée par de l’artillerie entre Aube-sur-Risle et Auguaise. La 237e DLI résiste avec succès, infligeant des pertes importantes aux Allemands, mais sur sa droite la 157e Brigade britannique fléchit, menacée de débordement par la 27.ID qui vient de bousculer les faibles éléments du 11e RDP (3e DLM) qui protégeaient son flanc. Vers 18h00, une nouvelle offensive allemande neutralise l’artillerie de la 3e DLM. Seule l’intervention de la 1ère DLM et de ce qui reste de la 3e DLM permet de rétablir provisoirement la situation en dégageant in extremis la 157e Brigade.
La retraite de la Xe Armée reprend à la nuit. Le Corps de Cavalerie décroche le premier en direction de l’Huisne qui forme un obstacle antichar appréciable. A l’aile gauche, le 5e CA du général René Almayer abandonne la Dives pour reporter sa défense sur l’Orne, de la mer jusqu’à Argentan. Le Groupement Duffour se redéploie vers la trouée de Sées, mais l’encombrement des routes dans sa zone de marche est tel que le mouvement de son infanterie prend un dangereux retard. A l’aile droite, le 3e CA, transporté en camions, occupe la lisière nord des forêts de Bellême et d’Ecouves.
La 157e Brigade britannique, dont le ravitaillement à partir de Cherbourg devient problématique, passe en réserve d’armée. Le général Robert Altmayer obtient néanmoins du général Brooke le maintien de la brigade sur le continent jusqu’au 19 ; elle doit être ensuite évacuée par un port de l’Atlantique.
………
Ile-de-France
A l’aile gauche de l’Armée de Paris, le 10e CA, motorisé, a reculé tout en conservant la liaison avec le Corps de Cavalerie de la Xe Armée sur sa gauche. De ce côté, il a mené de durs combats à l’est et au sud de Chartres. Le RICM de la 8e DLIC, retranché à Châteauneuf-en-Thimerais, a repoussé les attaques de la 46.ID pendant que, sur sa gauche, les contre-attaques de la 2e DLM refoulaient en désordre un régiment de la 27.ID qui tentait de déborder les coloniaux. A droite, la 84e DIA, qui se trouvait très isolée autour d’Ablis, a pu se dégager de nuit sous la protection des chars de la 4e DCR. Son retrait rapide a un peu désorienté les Allemands, qui se sont montrés moins incisifs sur cette partie du front, permettant à la 84e DIA, très éprouvée par les combats des jours précédents, de se réorganiser un peu.
Sa mission de couverture terminée, la droite de l’Armée de Paris (25e CA, général Libaud) a décroché à marche forcée dans la nuit du 15 au 16. L’action des pelotons de la GRM a été déterminante pour faciliter les mouvements de la 85e DIA et de la 241e DLI. A la faveur de l’obscurité, les bataillons ont décroché un à un pour former un nouveau front fermement encadré par la 4e et la 2e DCR, entre Fresnay l’Evêque et Outarville, une trentaine de km plus au sud.
La 4e DIC et la 24e DI, réduites à un bataillon chacune, ont profité de la nuit pour s’échapper vers le sud et passent elles aussi la Loire dans la soirée, à Jargeau.
Légèrement plus fraîches, les 13e et 16e DI sont rassemblées sous le nom de Groupement Baudoin. Elles ont parcouru durant la nuit une rude étape de 35 km, mêlées aux réfugiés, et se déploient malgré tout au lever du jour en position de défense autour de Pithiviers. Les trains de combat, donc les armes lourdes, n’ont pas suivi, mais le général Baudoin met la main sur ceux de la 19e DI, bloqués au même endroit dans les embouteillages.
Poursuivant les 13e et 16e DI, l’infanterie du IV.AK a traversé la Seine entre Fontainebleau et Melun et marché vers le sud-ouest.
La 4.ID s’est engagée en forêt de Fontainebleau, dont les lisières était barricadées par des abatis mais dont les layons et voies de principales paraissaient libres. Elle y a erré une partie de la matinée, pour finalement rebrousser chemin devant la densité croissante des barrages qui s’élevaient face à ses avant-gardes, au fur et à mesure de leur progression. L’escadron de reconnaissance de la division a ensuite contourné la forêt et est entré dans la Chapelle-la-Reine vers 11h00, sans rencontrer de résistance.
La progression des éléments de tête de la 33.ID a été plus rapide. Vers 10h00, l’Aufklarung Abteilung 33 arrive à proximité de Malesherbes, alors que le dernier train évacuant le personnel de la SNCF vient juste de quitter la gare. Mais les légionnaires du 97e GRDI sont toujours en position et font sauter les deux ponts sur l’Essonne dès qu’ils aperçoivent la première automitrailleuse allemande. Deux assauts sont lancés sans succès malgré une intervention de la Luftwaffe contre les positions des légionnaires. Excédés par ce contretemps, les Allemands se décident à contourner l’obstacle par le sud pour filer vers Pithiviers. C’est sans compter avec les coloniaux du 87e GRDI, en position au Puiseaux, qui ne sont pas plus disposés à les laisser passer. Leur position est cependant moins forte et après un assaut court mais sanglant, les Français décrochent sur Pithiviers par la D-112.
Les GRDI ont pourtant gagné assez de temps pour permettre au Groupement Baudoin d’affermir ses positions autour de la ville, avec l’aide d’une batterie de 47 mm automoteurs détachée de la 2e DCR. Les points d’appuis qui ceinturent Pithiviers sont solides et le moral des soldats reste ferme malgré la fatigue et les raids de bombardement de l’aviation allemande. Les éléments de tête de la 33.ID, épuisés, ne font que tâter la défense sans insister ni tenter de contourner.
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Le front de la Loire
Les premières colonnes motorisées françaises du GA 4 en retraite parviennent sur la Haute-Loire en différents points, sur un large front qui va de Cosne jusqu’au sud de Bourbon-Lancy. Dans la boucle de la Loire, de Gien à Beaugency, les premières unités de la VIIe Armée et de l’Armée de Paris, repliées en train ou par groupes automobiles, commencent à atteindre le fleuve. Elles renforcent les lignes de défense constituées depuis deux jours par les troupes de l’intérieur.
La zone de Decize jusqu’à la Saône (le long de la Loire, puis du canal du Centre) est placée sous le commandement du général Oppermann, directeur des étapes de la IVe Armée.
Secteur de Nevers – Depuis plusieurs jours, de faibles éléments des 5e et 13e Régions (une compagnie du 54e RR et un groupe de gardes mobiles, bataillons des dépôts 131 et 132) assuraient la garde des ponts de ce secteur. Le 16, le général Desmazes, chef du 8e CA (IVe Armée, GA4) prend la zone sous son commandement. Les premières unités ne tardent pas à s’installer : il s’agit des éléments organiques et des réserves du corps d’armée (10e GRCA, 108e RAL, 608e Régiment de Pionniers et 51e bataillon de mitrailleurs) qui se répartissent sur l’ensemble du front, d’Imphy à Gannay.
Le Groupement De Lattre passe la Loire au pont de Gannay, détache le capitaine Laurent et quelques éléments à Nevers puis se replie plus au sud vers Moulins pour se réorganiser. Ce groupement est constitué autour de la 14e DI (ou de ce qui en reste). Tout au long de la retraite depuis l’Aisne, son chef a pris d’autorité sous son commandement des éléments provenant d’autres grandes unités (II/34e RA de la 2e DI, VI/242e RALD de la 3e DIM, 3e BCC, éléments du 41e GRDI…). Au moment où il passe la Loire, ce Groupement est entièrement motorisé.
Le 323e RA (800 hommes et 14 canons de 75) franchit la Loire à Decize et va se positionner derrière l’Allier.
Secteur de La Charité – Depuis la veille, le pont de la Charité est gardé par les réservistes du 53e RR, qui l’ont barricadé de façon à ne laisser passer que les piétons.
Le 16, le général Germain (23e CA) prend en charge la défense du secteur. Il ne dispose que des faibles effectifs en place et d’un peloton moto du 19e GRCA. Les restes du 33e GRDI atteignent le pont dans la journée et se mettent à sa disposition.
L’Etat-major de la 5e Région annonce dans la soirée le renfort d’un bataillon colonial du dépôt 52, mais celui-ci se fait attendre et n’arrivera que le surlendemain 18.
Secteur de Cosne et Cours-sur-Loire – Le 20e GRDI (27e DIAlp) est à Cosne, le 11e GRDI (2e DI) au pont ferroviaire de Bannay, le 40e GRDI (7e DI) à Sancerre, le 22e GRDI (28e DIAlp) à Pouilly, renforçant ainsi la défense de ces ponts jusque là gardés par des fractions du 53e RR et quelques gardes mobiles.
Les QG des 27e et 28e DIAlp se sont également repliés dans la région de Cosne. Ils doivent, dans leur secteur, assurer le recueil des unités françaises qui refluent, pressées par les avant-gardes allemandes et mêlées le plus souvent à la foule civile de l’exode, organiser la résistance sur le fleuve et veiller à la destruction des ponts.
Secteur de Briare – Les premiers éléments des 7e et 238e DI ont commencé à se regrouper la veille à Dampierre et Savigny. La 41e DI est à l’arrière-garde, son 36e GRDI retarde l’ennemi avec l’aide d’éléments de la 4e DLM. Une partie de la 238e DI arrive de justesse à passer la Loire avec l’aide de camions civils et d’autobus réquisitionnés et s’installe derrière le fleuve entre Gien et Briare, assurant la liaison avec la VIIe Armée. Cependant, les derniers éléments de la division sont capturés, ainsi qu’une partie de la 41e DI, qui s’est émiettée en plusieurs groupes.
Secteur de Gien – Alors que les restes du Groupement Cuirassé du général Welvert passent la Loire en ordre dispersé, le 24e CA (7e Armée) du général Fougères organise des bouchons sur les ponts de Gien et Sully.
A Gien, l’ERGM (établissement de réserve générale de matériel) a remis les jours précédents tout le matériel plus ou moins “bons de guerre” dont il disposait aux unités de passage ; les derniers matériels incomplets et le personnel sont évacués sur Angoulême, après avoir saboté les réserves de pièces et matériels impossibles à transporter. La défense de la ville est assurée par la 23e DI (général Jeannel) : un bataillon du 126e RI défend le pont-rail (coupé depuis le 15), un bataillon du 32e RI défend le pont-route (encore intact), un bataillon du 1er RI tchèque s’est déployé plus à l’est ; l’autre bataillon de chacun des trois régiments (car tous sont réduits à deux bataillons) et le 2/107e RI sont en réserve, avec les 155 mm du 241e RAL et des 75 du 355e RALP (le reste de l’artillerie et les services sont encore au nord de la Loire).
Secteur de Sully-sur-Loire – La 3e DLI arrive à Sully en train. Elle compte deux régiments, les 140e et 141e RIAlp, ne possède pas d’artillerie et un seul groupe de canons antichars de 47 mm. Ses hommes sont épuisés. Le 141e RI (colonel Granier) a déjà perdu 700 hommes sur 2 900. Son 1er bataillon tient le pont-route suspendu, le 3e tient le pont de chemin de fer et le 2e (où sert le lieutenant Georges Pompidou) est en réserve. Les ponts sont battus par des 25, des 37 et quelques 75… « trouvés sur place » (!). A 16h00, des Stuka endommagent le pont suspendu.
Pendant ce temps, la 87e DIA (17e et 18e RTA et 9e RZ) arrive de Fontainebleau, mais ses convois avancent à une allure désespérément lente en raison des embouteillages. Le pont suspendu étant endommagé, elle va tenter de traverser la Loire à Gien, bien que son objectif soit Cerdon, à 15 km au sud de Sully, où elle doit se placer en réserve.
En face, la 98.ID du Ve Corps allemand (général Ruoff) doit s’emparer des ponts de Sully pour permettre à tout le corps de passer. A l’avant-garde, les hommes du Lt-colonel Spaeth passent la nuit à Vieilles-Maison avant de foncer vers Sully.
Secteur de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans – Les débris des divisions du 1er CA (général Sciard) occupent dans la journée leurs nouveaux emplacements sur la “position Loire” (11e DI de Sully à Guilly, 7e DIC à Châteauneuf, 47e DI à Jargeau, 19e DI à Chaumont-sur-Sauldre, 7e DINA à Brinon-sur-Sauldre, 29e DI de Sandillon à Orléans, assurant la liaison avec le 25e CA). Ce déploiement est retardé en raison des embouteillages sur les routes et de l’activité aérienne ennemie. Ces divisions ont perdu en moyenne la moitié de leur infanterie. Une part importante de leur artillerie, leurs armes lourdes d’infanterie et les trains de combat font mouvement par la route et n’ont pas encore rejoint.
En face, le IVe CA allemand (général von Schwelder) atteint en fin de matinée la lisière sud de la forêt de Fontainebleau (4.ID à l’est, près de La Chapelle-la-Reine et 33.ID à l’ouest, près de Malesherbes).
Secteur d’Orléans à Beaugency – Les trois ponts d’Orléans (pont-rail dit “pont de Vierzon”, pont Joffre dit “Nouveau pont” et pont Georges V dit “pont Royal”) sont bombardés par la Luftwaffe, sans succès. Deux sections de gardes mobiles et un peloton du 11e régiment de dragons sont affectés à leur défense rapprochée et chacun d’eux est gardé par un vieux 95 qui le prend en enfilade. De plus, une batterie de 47 AC est déployée au nord du Nouveau-pont et des éléments du 1er bataillon de travailleurs indochinois et du I/51e RR sont postés de loin en loin sur la rive sud.
Dans la journée, les premiers éléments du 25e CA (général Libaud) de l’Armée de Paris atteignent la Loire. Le 625e Pionniers commence, dans la foulée, à préparer les positions défensives du secteur d’Orléans.
Le 1er bataillon de chars polonais, dont la formation tardive ne lui a pas permis de rejoindre la 10e brigade blindée, traverse la Loire dans la soirée. Il est orienté sur Vierzon, centre de regroupement des chars de l’Armée de Paris.
Secteur de Blois – Une compagnie du 52e régiment régional, épaulée par un unique canon de 75 positionné dans l’axe du pont, représente les seules forces disponibles dans ce secteur, qui n’est pas encore menacé.
Secteur d’Amboise à Ingrandes – Le général Pierre Héring rejoint vers 19h00 son nouveau PC de Balesme, près de La Haye Descartes. Le commandant Frogé, officier de liaison du général Pichon, l’informe des dispositions prises pour la garde des ponts de la Loire.
La zone de la 9e Région militaire a été découpée en cinq sous-secteurs : Amboise, Tours, Azay-le-Rideau, Saumur et Angers.
La défense d’Amboise est assurée par un bataillon de chasseurs et une forte compagnie de 200 tirailleurs tunisiens, mis sur pied par le dépôt 92. Des éléments précurseurs de la 8e DLIC (escadron hippomobile du 78e GRDI, 57e escadron de spahis algériens et une compagnie cycliste) ont été détachés par le général Gillier afin de préparer l’arrivée du gros de la division.
À Tours, chacun des trois ponts (pont Napoléon, pont Wilson, Pont-de-Fil) est défendu par une compagnie de fusiliers-voltigeurs venus de Saumur, renforcés de mitrailleuses et de canons de 25 ; de vieux chars FT-17 incapables de se mouvoir et trois canons de 75/97 ont été remorqués à l’entrée des ponts ; une section de cinq chars R-35 du dépôt du 501e RCC complète la défense.
A partir de Tours et jusqu’aux limites de la 9e Région, les ponts sont pour l’instant sous la garde de sections de réservistes ou de gendarmes. Trois groupements de cavalerie sont en cours de constitution avec les moyens des centres d’organisation d’Angers et de Fontevrault, où sont concentrés depuis plusieurs jours les éléments de cavalerie rapatriés d’Angleterre. Ces unités, qui sont en cours de réarmement, devront être complétées par du personnel des dépôts.
A Azay, le lieutenant-colonel du Vigier travaille à la reconstitution de la 5e Brigade légère mécanisée. Il a mis la main sur le matériel d’un bataillon de chasseurs portés stocké au camp du Ruchard. Les 1er et 2e Cuirassiers, qui n’avaient pu, faute de matériel, intégrer les DLM lors de leur reformation, seront bientôt en ligne.
A Saumur, le colonel de Brauer effectue une tâche analogue, mais la formation de deux bataillons de marche à partir du 18e Dragons et du 4e Cuirassiers avance lentement. Ces hommes, qui n’ont pas encore reçu leur armement, devraient pouvoir monter en ligne le 18, pourvus d’une dotation minimale. En attendant, la défense peut compter sur le 1er groupe franc de cavalerie du capitaine de Neuchèze, dont les blindés (six AGC1, cinq H35 et quelques P178) ont été révisés, un détachement du 19e Dragon, un escadron du 1er GRDI et le groupe d’instruction du Capitaine Cadignan. L’armement de ces unités est ancien et disparate, mais les hommes font preuve d’un excellent moral.
Le colonel Belloin a regroupé l’ensemble des tirailleurs à l’instruction dans les dépôts 92 et 93 et formé une brigade composée de deux groupements à deux bataillons chacun. Le groupement 92bis enverra un bataillon à Tours et mettra le second en réserve à l’Ile-Bouchard. Le groupement 93bis doit répartir un bataillon entre les ponts du secteur de Saumur (pont de Montsoreau et pont de Port-Boulet) ; il gardera lui aussi le second en réserve à l’Ile-Bouchard. Malheureusement, l’instruction de ces hommes a été des plus succinctes et il faudra les encadrer pour éviter toute défection.
Les ressources des dépôts d’Angers ont également été mises à contribution. Le Lt-colonel de Saint-Laumer, commandant le CODP, organise un groupement qui rassemble, autour du 5e GRDI, trois escadrons portés, un détachement de chenillettes du 60e RI et trois canons de 75. Il devrait prendre en charge la défense de la zone d’Ingrandes. Un autre groupement de cavalerie, dont les éléments cantonnent actuellement à la Membrolle, devrait être mis à la disposition de la 11e Région dans les jours prochains.
« Depuis la mobilisation, achève le commandant Frogé, dix mille sapeurs encombraient nos dépôts du génie en attente d’une affectation. Nos ressources en armement, toutes faibles qu’elles soient, nous ont permis d’équiper trois bataillons de marche, le reliquat étant en cours d’évacuation vers Rochefort. Ce groupement du génie assurera la protection des rives de la Loire au sud d’Angers, du Pont-de-Cé à Béhuard.
Le 232e RI et le 129e GRDI ont été formés par la 9e Région afin de s’intégrer à une nouvelle division. Il paraît désormais douteux que celle-ci voit jamais le jour. Le général Pichon les a donc placés sous les ordres du chef de bataillon Coucy. Ces éléments seront déployés du Pont-de-Cé au Thoureil, au voisinage du sous-secteur de Saumur.
Vous avez bien sûr, hélas, remarqué l’extrême faiblesse de nos moyens en artillerie. Nous manquons de servant qualifiés et la plupart des canons de 75 dont nous disposons sont dépourvus d’appareils de pointage. Il conviendra, au minimum, de renforcer au plus vite chaque secteur par un groupe de 75 de réserve générale.
Malgré ces difficultés, le général Pichon m’a chargé, mon général, de vous assurer de son dévouement et de sa pleine confiance pour les prochains combats. »
Secteur d’Ancenis à Nantes – La “tête de pont” de Nantes est intégrée au dispositif du Réduit Breton, envisagé début juin par De Gaulle et Reynaud. La défense de ce secteur a donc été portée sur le canal de Nantes à Brest, ce qui permet de protéger tant les approches de Nantes que celle de Saint-Nazaire, tout en maintenant l’ennemi à bonne distance de ces deux ports où les embarquements se poursuivent.
Le colonel Lacassie, commandant le groupe de subdivision de Nantes (11e RM – général Griveaud), a remarquablement monté la défense de son secteur. Il ne dispose cependant que de faibles moyens : le 111e Régiment régional, une batterie et demie de 75, cinq sections de vieux chars Renault, quelques unités de dépôt et un bataillon de Tchécoslovaques. Mais ce splendide chef a su faire passer dans l’âme de ses subordonnés le noble esprit de sacrifice dont il est animé.
En face, trois divisions du 38e CA de von Manstein approchent du fleuve (ce sont les 6., 27. et 46.ID).
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Bourgogne
Le XVI.PzK progresse toujours vers Auxerre et Dijon. Ses mouvements sont retardés par la pénurie d’essence et le manque de cartes routières, qui doivent être réquisitionnées dans les librairies et les mairies des villages traversés. Le XIV.PzK traverse la Seine vers Nogent dans la matinée et progresse difficilement derrière le XVI.PzK, sur de petites routes toujours embouteillées. En fin de journée, le bouchon de Marcilly-le-Hayer est détruit, tandis qu’à Troyes la défense française s’est délitée, après un violent bombardement de la ville. En fin de journée, la 3.PzD établit une importante tête de pont sur le Canal de Bourgogne et sur l’Armançon à Saint-Florentin, où un gros dépôt de carburant a été en grande partie incendié.
La 9e Armée allemande poursuit vers le sud et le sud-est à travers l’Yonne entre Pont-sur-Seine et Sens. La 2e Armée continue de franchir l’Aube du côté d’Arcis vers le sud-ouest.
Les débris des DI françaises poursuivent leur repli de part et d’autre de la Seine, aux environs de Bar-sur-Seine. Les encerclements et captures se multiplient. La presque totalité des unités de la 59e DLI et de la 82e DIA, toujours en arrière-garde, sont ainsi capturées entre Aube et Seine. Le 37e GRDI (42e DI), qui continue obstinément à couvrir le repli de sa division, est encerclé après de violents combats qui isolent les unités et les débris du Groupement ne peuvent plus se soustraire à l’étreinte des colonnes blindées allemandes. Les 23e et 41e BCC perdent leurs derniers chars. Les restes des 3e DIM et 235e DLI se trouvent à l’est de Montbard.
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Lorraine
Le repli des 3e DIC et 6e DINA a placé Verdun en première ligne : ses forts (ou ce qu’il en reste) sont attaqués par les troupes de la 16e Armée allemande.
Toute la IIe Armée (Corps colonial et 21e Corps) décroche vers le sud-est et progresse à marches forcées vers la Meuse dans l’espoir de pouvoir se défendre derrière la coupure d’eau. La 12e Armée allemande la talonne dans la forêt de l’Argonne et commence à franchir également le Canal de la Marne au Rhin à Sermaize et Revigny, derrière le XLI.PzK. Toutefois, dans ce secteur, l’infanterie allemande ne peut guère progresser, car la priorité va au soutien logistique des deux divisions blindées.
Dans la nuit du 15 au 16, les combats au sud-ouest de Bar-le-Duc ont baissé d’intensité. Devant le début de flottement constaté, l’état-major du XLI.PzK a réclamé l’appui de la Luftwaffe. Les avions allemands font leur apparition en milieu de matinée, matraquant les positions de la 1ère DIC et visant les chars du 43e BCC. Sous la pression des 6. et 8.PzD, les coloniaux commencent à reculer vers le sud-est, mais les chars ennemis sont confrontés à une multitude de chicanes, d’arbres abattus et d’îlots de résistance qui les obligent à se battre village par village, et l’on ne compte plus les maisons détruites.
En milieu de journée, la dislocation de la 3e DINA, le recul de la 6e DIC au nord de Bar-le-Duc et surtout la progression du XXXIX.PzK vers la Saône conduisent le général Carles à demander le repli du 43e BCC, qui a perdu de nombreux chars. Les groupes de cavalerie ont également beaucoup souffert. C’est le constat définitif qu’il ne sera pas possible de rejeter l’ennemi derrière le Canal de la Marne au Rhin. La bataille a un peu retardé et usé les divisions de panzers et permis un repli à peu près en bon ordre de la IIe Armée. Le verrou de Saudrupt tombe dans l’après-midi, la 1ère DIC ayant reçu l’ordre de se replier.
A Chaumont, le gros de la 1.PzD, arrivé dans la matinée, lance le premier assaut peu après midi. Il est repoussé avec de lourdes pertes pour les assaillants. La défense a reçu le soutien inattendu (pour tout le monde) du 51e Bataillon de Chars Lourds. Celui-ci ne compte que six FCM-2C, mais ce sont des monstres de 12 mètres de long dotés d’un canon de 75 mm long en tourelle et de quatre mitrailleuses, le tout protégé par 40 mm de blindage (c’est beaucoup pour les canons des Panzer III !). Dans le rôle de fortins mobiles (à peine mobiles : leur vitesse de pointe est de 12 km/h), ils font merveille. Pendant ce temps, la 20.ID mot progresse péniblement au milieu des convois logistiques de la 1.PzD ; elle ne pourra donc pas se joindre à l’attaque de Chaumont avant la nuit. Quelques éléments tentent également de franchir la Marne vers l’est, mais ils sont repoussés par les spahis qui tiennent les ponts.
Plus au sud, en début de matinée, les éléments de reconnaissance de la 1.PzD atteignent Langres et se heurtent à un nouveau bouchon : cette fois, la prudence s’impose et l’avance est suspendue, car il est impossible de lancer l’attaque alors que le bouchon de Chaumont réduit considérablement le flot du ravitaillement, les convois logistiques allemands n’étant pas tout-terrain.
La 29.ID mot a atteint les positions les plus à l’est de la 56e DI, vers Colombey-les-Deux-Eglises ; elle progresse assez facilement, car il n’y a pas de rivière majeure dans ce secteur (l’Aube bifurquant vers le sud au niveau de Bar).
La 2.PzD, rejointe par des éléments de la 29.ID mot, est toujours bloquée à Montdier-en-Der par le 63e GRDI. Dans la nuit, pressés d’avancer, les Allemands utilisent des grenades incendiaires, puis mettent en batterie des canons qui vont détruire plus de 150 bâtiments dans la localité. Le GRDI se replie au sud de la ville, à l’abri d’un remblai de voie ferrée. Devant la poussée ennemie, un nouveau repli s’effectue vers Soulaines, non sans que des pionniers aient réalisé les destructions de gros arbres qu’ils ont préparées. La résistance à Montier-en-Der de quelques pelotons sans armes antichars a retardé de six heures la marche d’une colonne motorisée qu’un officier français, blessé quelques instants plus tard, va voir défiler pendant plus de cinq heures sur la route.
Le repli se poursuit ainsi vers l’Aube, en retardant l’ennemi à chaque village. Les éléments motorisés du 16e GRCA (18e CA) sont venus prêter main forte. Sur la rivière, la plus grande partie des ponts dans la région de Bar-sur-Aube sautent et les GR, qui sont en arrière-garde, reçoivent le renfort de deux chars H.35 et de quelques batteries de 75 et de 105 appartenant au 18e CA.
L’escadron hippomobile du 63e GRDI arrive en gare de Dijon tôt dans la matinée. Intégré au Groupement Marchal (2e Brigade de Spahis, 23e GRCA, 56e GRDI), il reçoit du colonel Duluc l’ordre de se porter sur le Canal de Bourgogne, où il sera rejoint par des éléments du 8e Dépôt de Cavalerie de Beaune. Toutes les unités en position sur le Canal de Bourgogne et la Saône reçoivent mission d’assurer la défense des ponts et d’en préparer la destruction. Duluc intercepte également le convoi du 16e BCC, en route pour Chalon-sur-Saône, pour donner une réserve mobile à son Groupement de la Saône.
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Alsace
L’attaque de la 7e Armée allemande reprend. Après de durs combats, elle perce les lignes françaises (grande digue et ligne des villages sur le canal du Rhône au Rhin, en particulier dans le secteur de Marckolsheim). En fin de journée, les 103e, 104e et 105e DIF se replient vers les Vosges, abandonnant la plaine d’Alsace, définitivement cette fois !
De plus, les Allemands franchissent le Rhin à Colmar et attaquent au nord en poussant vers Sarrebourg.
La menace d’une attaque allemande par la Suisse étant désormais hors de propos, le général Laure (VIIIe Armée) ordonne au général Salvan d’abandonner le secteur fortifié d’Altkirch et de former ses huit bataillons en division de marche pour gagner immédiatement les Vosges afin de participer à la défense de la partie sud des Vosges (autour du Ballon d’Alsace). À Belfort et Montbéliard, des unités évacuées de Lorraine continuent d’arriver.
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Le front italien
Dans les Alpes, on ne note que quelques sorties de chasse au-dessus de la frontière.

17 juin

Normandie-Maine
La Xe Armée plie – Le retard du Groupement Duffour n’a fait que s’accentuer au cours de la nuit. Progressant sur des axes très encombrés, la plupart des unités ne se sont pas redéployés à temps.
Profitant de l’extrême confusion, Rommel lance ses panzers à l’assaut. Il progresse à travers champ à partir de L’Aigle, rejoint la route à Nonant-le-Pin et s’engouffre dans la trouée de Sées, contournant les centres de résistance potentiels ; puis il divise sa 7.PzD en deux colonnes et file aussi rapidement que possible vers Flers, laissant son infanterie et son artillerie réduire les unités dépassées. Des dizaines et des dizaines de blindés s’écoulent par la brèche ouverte entre le 5e CA et le Groupement Duffour.
Plusieurs unités sont encerclées, ou menacées de l’être. Le général Robert Altmayer, qui redoutait depuis plusieurs jours une telle dislocation de sa Xe Armée, décide de reculer à nouveau, cette fois de l’Orne à la Mayenne, pour rétablir un front jalonné par Avranches, la Sélune, l’Ernée, la Mayenne ; la gauche appuyée à la baie du Mont-Saint-Michel, la droite à la Loire. Pour protéger le repli de son aile droite, il va engager son ultime réserve : la 3e DLC (général Petiet). Il s’agit d’une mission désespérée, mais qui va bien à la tradition de la cavalerie, « première et dernière au feu », de se sacrifier pour les autres. A 15h00, la division se positionne entre Carouges et La Ferté-Macé. En face, les colonnes d’infanterie motorisée allemandes avancent comme à la parade en repoussant des groupes de soldats égarés et des réfugiés fous de terreur.
Rommel fonce
Pendant ce temps, Rommel, dont les avant-gardes ont essuyé le tir d’une section de canons de 25 mm sur la route de Boucé, est bloqué devant Flers où les Nord-Africains de la 1ère DLINA (général Tarrit), qui forment la gauche du Groupement Duffour, lui opposent une résistance inattendue. Il ne peut guère contourner la ville : ses reconnaissances l’ont informé que les ponts du Noireau (au nord) ou de l’Egrenne (au sud) sont détruits. Il choisit de donner l’assaut. Après un violent bombardement par les minenwerfers, l’infanterie allemande se rue à l’attaque, appuyée par les Pz IV. Les Nord-Africains résistent pourtant et ne se résignent à céder que par manque de munitions ; ils parviennent alors à décrocher vers le sud. L’infanterie de Rommel a subi de lourdes pertes ; furieux, les Allemands obligent les quelques prisonniers qu’ils viennent de faire à creuser leur tombe avant de les abattre sauvagement.
Alors que le gros de la 7.PzD fait halte à Flers pour ravitailler en carburant, Rommel se lance à la tête de son avant-garde sur la route de Cherbourg. A la sortie ouest de Flers, il traverse une vaste place pleine de civils quand un homme armé se jette sur sa voiture, un pistolet à la main. Il vide son arme sur les occupants de l’automobile. Le chauffeur est touché mortellement et la voiture va défoncer la devanture d’une boutique. Deux autres officiers allemands sont tués par les balles ou le choc de l’accident, mais Rommel est indemne ou presque. Pestant contre ce contretemps, il réclame une autre voiture pendant que le tireur est maîtrisé et passé sommairement par les armes – il s’agit pourtant d’un gendarme, donc d’un militaire qui ne faisait que son devoir de soldat… Plus rien n’empêchera les Allemands de prendre Vire d’un seul élan et de filer vers l’ouest par Villedieu, coupant la retraite du 5e CA. Dans la soirée, leurs avant-gardes sont à Coutances.
Le 5e CA recule dans le Cotentin
A son QG de Caumont-l’Eventé, le général René Altmayer, commandant le 5e CA, a été informé de la percée des blindés de la 7.PzD à Flers, peu avant que le contact avec la 1ère DLINA ne soit perdu. Les rapports reçus par la suite lui ont montré que les chances de s’échapper vers le sud s’amenuisaient de minute en minute. Jugeant les derniers ordres de son supérieur hiérarchique (et frère aîné) impossibles à exécuter, il ordonne à ses commandants de division de faire retraite vers le Cotentin. Les ordres sont clairs et concis : la 1ère DLI (général Barthélemy) retraitera de nuit jusqu’à Bayeux avec le 31e RR, les restes de la 32e DLI (colonel Sevez) et de la 43e DLI (général Vernillat) se reporteront de coupure en coupure jusqu’à la Seule et à la trouée de Caumont. Les réserves de corps d’armée, formées du 603e Pionniers et d’un groupe de 75 ( 2/27e RICMS), occuperont dès que possible les berges du canal de Vire-Haute, l’Elle et la lisière sud de la forêt de Cerisy, le 38e GRDI se postant à Saint-Lô. Le QG du corps se portera à Carentan, d’où René Altmayer tentera de joindre le commandant de la défense de Cherbourg. Il espère en effet pouvoir remonter vers le nord pour évacuer ses troupes par le port militaire, où plus de 30 000 hommes de la 52e DI britannique et de la “Norman Force” sont en cours d’embarquement. Au large, le vieux cuirassé Courbet lui procure un appui d’artillerie qui aidera à maintenir les Allemands à distance. Le Courbet est escorté par l’aviso Amiens, doté d’une bonne DCA (dont un très efficace bitube expérimental de 37 mm) et par les torpilleurs La Flore, Melpomène, Branlebas et L'Incomprise. Sa couverture aérienne est assurée par les patrouilles de deux unités de chasse de la RAF basées aux îles Anglo-Normandes. Les communications entre les troupes du 5e CA et le groupe d’appui au large s’effectuent par voitures radio placées auprès des commandants des secteurs de défense.
Le 3e CA et le Groupement Duffour sont repoussés vers le sud-ouest
Devant l’aile droite de la Xe Armée, la 3e DLC a supporté toute l’après-midi le choc de l’avance allemande. Pendant cinq heures, dragons et hussards ont lutté à un contre dix sur des positions improvisées, leurs quelques chars et automitrailleuses se sont multipliés pour harceler sans relâche les colonnes ennemies, semant la mort et la destruction dans ses convois... Mission accomplie, les survivants reçoivent à 20h00 l’ordre de retraite vers le sud-ouest. Leur action a permis au 3e CA de décrocher.
Ainsi, conformément aux ordres du général Robert Altmayer, le 3e CA est parvenu à se rétablir entre Château-Gontier et Laval.
A sa gauche, le groupement Duffour, bousculé par la violence de l’offensive allemande, se regroupe péniblement au nord de Laval, sur la faible coupure formée par l’Ernée.
Plus à l’est, tout contact perdu avec le reste de la Xe Armée, le Corps de Cavalerie a combattu isolément sur l’Huisne puis sur la Même, recherchant sans succès le 3e CA. Sans ordre, le général Langlois décide dans la soirée de se replier sur Le Mans.
Ile-de-France et Orléanais
Le 10e CA tient son poste sur le Loir et la Conie toute la matinée. Vers midi, le général Gransart apprend qu’à sa droite, le 25e CA se replie. Comme il lui est désormais impossible d’opposer à l’ennemi un front continu, il décide, d’accord avec le général Héring, de retirer son corps d’armée derrière la Loire. La 2e DLM assure la couverture du flanc gauche, la 4e DCR celle du flanc droit. L’infanterie de la 8e DLIC est transportée en camion jusqu’à Cloyes, où elle embarque en train pour Amboise. La 84e DIA retraite à pied. Sévèrement accrochée par les avant-gardes allemandes, elle ne doit son salut qu’à l’intervention des chars B de la 4e DCR. Son infanterie est cependant réduite à quatre bataillons, qui achèveront le trajet jusqu’à Blois en autobus, où ils rejoindront le 12e GRCA, déjà en position. Le décrochage progressif des demi-brigades de la 4e DCR commence vers 21h00, mais la division conserve des éléments avancés au nord du fleuve toute la nuit. Des détachements du 7e RDP et du 4e BCP sont dirigés sur Blois, Mer et Beaugency pour renforcer la garde des ponts.
A droite du 10e CA, la retraite du 25e CA s’est accélérée la nuit précédente. Ses troupes sont parvenues à passer la Loire, mais ces mouvements ne se sont pas déroulés sans perte ; on peut estimer que le 25e CA a perdu un tiers de son effectif ces deux derniers jours.
Le front de la Loire
« La bataille de la Loire, qui s’engage vraiment à présent, se caractérise par plusieurs traits principaux dont beaucoup la différencient des combats qui se sont succédés depuis le 10 mai. Les défenseurs français ont un bon moral, ils sont galvanisés par les discours des 13 et 14 juin ; ils sont renforcés par des chefs énergiques (Héring, De Lattre…) qui ont raclé les fonds de tiroir pour consolider les défenses (régiments régionaux, compagnies de travailleurs étrangers, dépôts etc) ; il y a peu de chars allemands dans la région : sauf à Nevers, avec la 9e PanzerDivision, les rares chars sont français et c’est en général un combat d’infanterie contre infanterie. Enfin, dès le 17 juin, tous les ponts sont minés et défendus.
Hélas, les défenseurs ne sont pas assez nombreux pour organiser une défense continue ; comme les DI allemandes disposent de canots pneumatiques, elles finiront tôt ou tard par réussir une traversée surprise et les contre-attaques rencontreront des succès inégaux… »
(Extrait de Du sang contre du temps. La bataille de la Loire, 16 au 24 juin 1940, par le colonel Antoine-Henri de Mollans. Paris, 1964)
Secteur de Nevers
Tandis que des détachements mobiles mènent des combats d’arrière-garde au nord du fleuve, des groupes plus ou moins épars continuent de franchir la Loire durant toute la journée. Sitôt identifiés par les forces de prévôté, ils sont orientés vers leurs positions de défense : 41e GRDI (44e DI) à Fourchambault, 9e GRCA (7e CA) et restes de la 7e DLM à Nevers, 25e GRDI (14e DI) à Bourbon-Lancy et 66e GRDI (53e DLI) à Digoin.
Secteur de La Charité
La 2e Armée Allemande vise la Haute Loire de La Charité (IX.AK) à Pouilly (VI.AK). Mais après les combats sur la Marne, elle a dû céder la priorité aux blindés de von Kleist, eux-mêmes bloqués quelques jours sur la Seine et l’Aube. Elle n’est pas encore sur la Loire.
Secteur de Cosne et Cours-sur-Loire
L’infanterie des 27e et 28e DIAlp prend position le long de la Loire.
Secteur de Briare
Ce qui reste de la 41e DI atteint Briare et prend position pour défendre le pont-canal.
Secteur de Gien
En début d’après-midi, le dispositif en place est le suivant : 3e DLI à Sully, 23e DI à Gien et 57e et 239e DLI entre les deux. Une position de recueil est préparée, plus au sud, sur la Grande-Sauldre : à Blancafort pour la 2e DLIC et à Cerdon pour la 87e DIA. Récupérés au parc de Gien, plusieurs dizaines de chars FT-mitrailleuse, hors d’état d’accomplir un long trajet mais utilisables, ont été intégrés aux positions. Le général Fougères peut aussi compter, en réserve de CA, sur une compagnie du 53e BCC, qui a reçu treize R35 : les derniers chars modernes disponibles à l’ERG de Gien.
Pendant ce temps, les restes du Groupement Welvert qui ont passé la Loire se regroupent à Vierzon : 1er, 17e et 35e BCC : 21 R-35 ; 28e BCC : 10 B1bis ; 25e BCC : 8 H-39.
En face, le XLIV.AK approche de Gien. La 1.ID de montagne, la 72.ID et la 83.ID lancent vers la ville des avant-gardes motorisées.
A 15h00, l’avant-garde de la 1.ID de montagne (lieutenant-colonel Lang) est à Nogent-en-Vernisson et ses avions d’observation repèrent des colonnes de militaires et de civils ralenties par des bouchons. A 16h00 elle engage le combat à La Gacherie (10 km au nord de Gien) avec les arrière-gardes de la 87e DIA au milieu des civils, qui subissent de nombreuses pertes. A 19h00, elle arrive en vue de la Loire, en même temps que l’avant-garde motorisée de la 83.ID (qui a quitté son secteur) : à ce moment, le pont-route de Gien est encore debout. A 20h15, les Français font sauter le pont-route, sacrifiant délibérément les unités encore au nord de la Loire : seule une partie de la 87e DIA a passé la Loire (18e RTA et 9e RZ), le 17e RTA est encore entre Sully et Gien. A 21h00, les premiers Allemands arrivent sur la rive nord ; ils trouvent le tablier du pont coupé, mais le parapet aval est intact et des fantassins traversent sur ce parapet. A 00h10, de nouvelles charges sautent et la destruction du pont est complète. Mais pendant la nuit, l’infanterie allemande est renforcée par des troupes qui traversent en canots pneumatiques.
Secteur de Sully-sur-Loire
A l’aube, les premiers éléments de l’avant-garde du Lt-colonel Spaeth arrivent au carrefour de Bordes, au nord de Sully… où ils sont capturés par un fort détachement de la 3e DLI (Lt-colonel Roux) qui tient le village. Le reste de l’avant-garde allemande arrive dans la journée et manœuvre pour tenter de couper la retraite des défenseurs vers Sully. Le Lt-colonel Roux résiste le plus longtemps possible puis se replie derrière la Loire à la nuit tombée. Les ponts sautent immédiatement après son passage.
Secteur de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans
Dans la matinée, les avant-gardes de la 4.ID arrivent sur la Loire à St-Denis-de-l’Hôtel (devant Jargeau) et à Châteauneuf. A 13h00, sous leur pression, la 7e DIC se replie sur la rive sud à Châteauneuf et fait sauter le pont. La nuit suivante, la 4.ID tente de franchir la Loire près de Châteauneuf, mais est repoussée par des tirs d’artillerie.
Secteur d’Orléans à Beaugency
Les unités du 25e CA sont arrivées dans la nuit du 16 au 17. Profitant de l’épuisement des Allemands qui lui font face, le Groupement Baudoin (13e et 16e DI) a décroché en camion. A 03h00, la 16e DI est en place entre Sandillon et Orléans, en liaison avec la 29e DIAlp (VII e Armée) sur sa droite. Les positions ont été aménagées la veille par le 615e Pionniers, ce qui permet aux hommes harassés de prendre quelques heures de repos. Le déploiement de la 13e DI est plus lent. A l’aube, le 17e GRDI et une batterie du 9e RAC tiennent encore Loury, carrefour contrôlant les routes de Jargeau et d’Orléans. Ils vont gagner quelques précieuses heures qui permettront aux derniers détachements de la 13e DI encore au nord de la Loire de franchir le fleuve, puis de détruire les deux derniers ponts intacts d’Orléans.
Conscient de l’importance de la position d’Orléans, le général Héring met toutes les réserves d’artillerie disponibles à la disposition de Baudoin : deux groupes de 75 du 9e RACT et deux groupes de 105 du 309e RATTT (2e DCR). De plus, le 17e BCP est détaché de la 2e DCR et rattaché au groupement Baudoin afin de servir de réserve mobile.
La 85e DIA et la 241e DLI ont infléchi l’axe de leur retraite vers le sud-ouest. Seuls quelques éléments retardateurs de ces deux divisions et de la 2e DCR tiennent encore à l’aube un semblant de front, entre Patay et Artenay, alors que le gros des troupes a déjà franchi la Loire et s’installe à l’ouest d’Orléans. Mais ces mouvements rapides ne se sont pas déroulés sans pertes. A l’exception du 11e RTA, toute l’infanterie de la 85e DIA a été capturée et la 241e DLI a laissé son 264e RI et ses canons antichars et anti-aériens aux mains des Allemands.
Les avant-gardes allemandes sont en effet toutes proches. La 33.ID, épuisée par les mouvements et les combats des derniers jours, est entrée à l’aube dans Pithiviers désertée dans la nuit par ses défenseurs. Le général Sinzenicht, averti par la Luftwaffe que les ponts d’Orléans sont intacts, décide de s’en emparer par un coup d’audace : il fait suspendre les attaques aériennes et lance une avant-garde motorisée sur Orléans par la D-97. A 09h00, il atteint Neuville-aux-Bois et poursuit par la D-97, contournant ainsi le dernier bouchon installé à Loury. A 10h30, une automitrailleuse allemande atteint le pont Royal, à la grande surprise des défenseurs français ; elle le traverse en trombe mais elle est détruite en arrivant sur la rive sud par le canon de 95 qui garde le pont. Le lieutenant de réserve du génie Albert Marchal fait preuve d’un grand sang-froid et actionne immédiatement la mise à feu, mais un seul des deux dispositifs fonctionne et le pont n’est coupé que sur 15 mètres (la Loire fait 300 mètres à cet endroit). Sans s’attarder à se demander ce qui s’est passé, Marchal se précipite vers le Nouveau Pont et actionne la mise à feu – cette fois, le pont est entièrement détruit.
D’autres éléments de l’avant-garde allemande tentent alors de traverser la Loire en radeaux pneumatiques, mais ils sont repoussés par les réservistes du 211e RR.
Secteur de Blois
La 84e DIA a retraité à pied. Sévèrement accrochée par les avant-gardes allemandes, elle n’a dû son salut qu’à l’intervention des chars B de la 4e DCR, qui couvre la retraite du 10e CA. Son infanterie, réduite à quatre bataillons, achève son trajet jusqu’à Blois en autobus ; elle rejoint le GEM du 12e GRCA, déjà en position.
Le décrochage progressif des demi-brigades de la 4e DCR commence vers 21h00, mais la division conserve des éléments avancés au nord du fleuve toute la nuit.
Secteur d’Amboise à Ingrandes
L’infanterie de la 8e DLIC est transportée en camion jusqu’à Cloyes, où elle embarque en train pour Amboise. La division, remarquablement commandée par le général Gillier, a perdu plus de 2 000 fantassins dans les combats retardateurs, mais son artillerie, forte de 22 pièces de 75 et 9 de 155, demeure redoutable.
Secteur d’Ingrandes à Nantes
Les Allemands sont encore relativement loin…
Bourgogne
Au matin, les unités de reconnaissance allemandes du XVI.PzK se heurtent aux bouchons d’Auxerre et de Tonnerre. Leur ravitaillement est loin au nord, les obligeant cette fois à attendre le gros des PzRegiments qui suit. En fin de journée, l’attaque des bouchons est lancée, les combats durent une partie de la nuit. Les blindés français sont à court de munitions et le manque d’entretien depuis plusieurs jours se fait rapidement sentir. Néanmoins, bon nombre de chars allemands sont détruits ou endommagés et ces combats pèsent sur le ravitaillement des PanzerDivisions en essence et en munitions. Par chance pour les Français, un important dépôt de carburant à Saint-Florentin a pu être incendié.
La 2e Armée allemande avance vers Auxerre, des deux côtés de l’Yonne. Pour ne pas gêner les mouvements du XVI.PzK, elle doit sensiblement réorienter sa progression vers le sud. En l’absence de route assez large, elle se trouve quelque peu ralentie.
Les unités motorisées françaises arrivent maintenant sur le canal du Centre, entre son confluent avec la Loire et Chalon-sur-Saône. Leur mission est de garder les ponts en attendant qu’une division extraite du GA 2 puisse prendre le relais. Le canal ne représente pas une coupure très importante, mais il est le plus souvent longé par d’autres cours d’eau. D’ouest en est, on trouve le 66e GRDI (53e DLI) à Digoin, le 31e GRDI (20e DI) à Paray-le-Monial, le 82e GRDI (82e DIA) à Montceau-les-Mines. Le 82e Régiment Régional, qui compte environ 4 000 hommes, vient compléter ce dispositif. Son équipement est médiocre, mais cela suffit pour organiser une position de recueil. La présence des cavaliers des GRDI et GRCA devrait aider les régionaux à ne pas se débander à l’arrivée du premier side-car allemand…
Le minage des ponts commence, effectué par le génie régional, mais les groupes de reconnaissances ont également des mines dans leur dotation.
Saône
À Dijon, la 3e DIM achève son repli ; grâce au ralliement d'unités isolées, ses effectifs sont encore respectables. Elle est suivie par un millier d’hommes et une dizaine de canons de la 235e DLI. Dans le même secteur, la 67e DI achève de prendre position. Il a été décidé de couvrir les collines boisées du nord-ouest de la ville jusqu’au niveau de Beaune, de façon à bloquer les colonnes motorisées ennemies. Le dispositif est complété par les trois bataillons du 81e Régiment Régional de Protection, quelques compagnies de marche formées par le 81e Dépôt d’Infanterie, la moitié environ des 5 000 jeunes soldats du Centre d’Organisation d’Artillerie de Réserve cantonné dans la région d’Arc-sur-Tille et Saint-Julien, avec leurs pièces de 47 mm, deux ou trois cents hommes du 8e Dépôt du Train et de la DCA dispersée autour des anciens forts de Dijon.
Sur la Saône, la 54e DI commence à s’installer entre Gray et Auxonne.
Lorraine
Pour les Allemands, la principale nouvelle du jour est la prise de Verdun, éclatant symbole du fait que ce conflit n’a rien à voir avec le précédent. La résistance héroïque des forts, plus proche cependant d’un baroud d’honneur que d’un véritable combat d’arrêt, n’aura freiné les divisions allemandes qu’une dizaine d’heures.
La IIe Armée en retraite continue à être pressée au nord et à l’ouest. A plusieurs reprises, les cavaliers et chars encore disponibles doivent contre-attaquer pour redonner un peu d’air aux régiments en retraite (les effets – pertes et fatigue – de la contre-attaque du 15 juin rendent ces efforts encore plus difficiles). Sous la pression ennemie, les lignes de retraite des unités françaises s’entremêlent : au carrefour de Gironville (nord-est de Commercy), de gigantesques embouteillages attaqués par l’aviation et l’artillerie allemande transforment en débâcle la retraite de la 6e DI, de la Division Burtaire et d’une partie de la 35e DI…
L’avancée du XLI.PzK a repris : la 1ère DIC et la 3e DINA se sont repliées à l’abri du Canal de la Marne au Rhin, mais les 6. et 8.PzD foncent vers le sud-est, en direction de Neufchâteau, dans un couloir délimité par la Marne (à l’ouest) et Meuse (à l’est), à peine retardées par des obstacles épars installés par les GR et la 1ère BC.
Les troupes d’arrière-garde des IIIe et Ve Armées, au nord du canal de la Marne au Rhin, sont attaquées par les avant-gardes de la 1ère Armée allemande et obligées d’abandonner la rive nord. Toute la journée et toute la nuit, les unités allemandes se concentrent au nord du canal : une bataille majeure se prépare pour le lendemain…
Les premiers blindés de Guderian sont toujours arrêtés devant Langres. Cependant, derrière eux, le nœud routier de Chaumont tient encore ! Heureusement pour Guderian, le XLI.PzK atteint Chaumont en début de journée et attaque aussitôt, mais il lui faudra plus de temps que ne l’espérait le bouillant général pour en finir. Au bout de vingt heures de terribles combats de rues, les 1.PzD et 20.ID (mot) réduisent enfin la résistance à quelques noyaux. Les convois logistiques repartent vers les avant-gardes de la 1.PzD, qu’ils atteignent en fin de journée. Guderian peut préparer – cette fois de façon plus organisée qu’à Chaumont – l’attaque de Langres.
La 29.ID (mot) arrive dans la matinée au sud-est de Châteauvillain.
Au matin, la 2.PzD force enfin le passage dans la région de Bar-sur-Aube, après avoir fait venir des moyens de franchissement. Une partie de la division bifurque alors vers Auxerre. Les restes de la 56e DI se replient vers le sud, toujours couverts par les cavaliers. La menace d’encerclement de la IVe Armée se précise, avec l’arrivée du XVI.PzK dans la région d’Auxerre.
Dans la journée, quelques groupes de combat motorisés rescapés du 37e GRDI (42e DI) se joignent au 63e GRDI, qui se porte dans la soirée sur Aignay-le-Duc pour couvrir la retraite de certains éléments du 18e CA vers Dijon.
A Epinal, le général Fournier prend le commandement de la place forte, pour en faire si nécessaire un autre point de fixation (avec cinq forts et 18 pièces de 75, 9 de 155 et 26 jumelages de mitrailleuses, la position est solide… si on emmagasine des vivres – sic – et qu’on prépare les plans de tirs – re-sic !). Ses troupes sont constituées du 1/207e Régiment Régional de Protection et du 55e BM.
Ce 17 juin à 0h00, le général Bourret (Ve Armée) passe en réserve de commandement et le général Condé (IIIe Armée) prend le commandement des troupes des deux Armées en Lorraine. Bourret, avec tout son état-major, reçoit l’ordre d’aller prendre le commandement du Groupement de défense de la Saône, créé par le colonel Duluc.
Au matin, les commandants Basteau et Bastoux apportent respectivement à Condé et à Bourret (ce dernier, pour information) l’ordre particulier n°22 du général Prételat, prescrivant que, « puisque la progression rapide et profonde de l’ennemi ne paraît pas, jusqu’à présent, avoir été suivie par des formations motorisées importantes, (…) il importe de profiter de l’occasion favorable créée par la situation aventurée des avant-gardes ennemies pour tenter contre elles une action de flanc. » Bref, passer de la retraite vers le sud à une véritable offensive vers le sud ! Condé sait que cet ordre ne peut avoir été donné que par des chefs n’ayant pas conscience de la situation de son armée mais, en soldat obéissant, il décide de tenter de le mettre à exécution et charge son chef d’état-major, le colonel Tessier, de préparer le plan d’opérations. En début d’après-midi, il convoque le général Loizeau, chef du 6e CA, à qui il veut confier la responsabilité de l’attaque. Tous trois ne peuvent alors que convenir que l’ordre est inexécutable : aucune grande unité n’est disponible, toutes sont engagées par l’ennemi, soit sur la Meuse, soit sur le Canal de la Marne au Rhin, et ne peuvent être dégagées sans risque de voir se disloquer la ligne de défense et l’armée entière. Seule la 70e DI peut être libérée. Condé utilise ses derniers moyens de transports automobiles civils réquisitionnés pour la déplacer vers le sud.
Alsace
L’offensive allemande progresse : celle-ci n’est désormais plus gênée que par les problèmes logistiques (seuls deux ponts de bateau – un troisième sera ouvert le 19 juin – sont disponibles sur le Rhin ; à l’ouest du Rhin, des ponts de pionniers doivent être posés sur chaque coupure – canal du Rhône au Rhin, Rhin de Biesheim, Ill). Les Allemands s’emparent de Colmar et Neufbrisach.
Le front italien
Un BR-20 du 7e Stormo effectue une mission de reconnaissance sur la vallée du Rhône, tandis qu’un Ro.37 protégé par deux CR.42 du 3e Stormo (Albenga), effectue une mission d’observation sur le Pont Saint-Louis (entre Menton et Vintimille).
Dans les Alpes, des reconnaissances offensives terrestres ont lieu sur les points les plus importants de la frontière. Un autre CR.42 du 151e Gruppo (Casabianca) est perdu en montagne au cours d’une mission d’escorte.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 11:07    Sujet du message: Répondre en citant

18 juin

Cotentin
Pendant la nuit, bloqués par l’Orne, les Allemands n’ont pu que consolider leurs faibles têtes de pont sans pouvoir poursuivre, faute de moyen de transport sur la rive gauche du fleuve. Du coup, le 5e CA, coupé du reste de la Xe Armée, n’a pas été trop pressé par l’ennemi. Son chef, le général René Altmayer, a pu installer – très provisoirement – son QG à Carentan tandis que, réquisitionnant tous les moyens de transport disponibles et abandonnant le matériel inutile, le 5e CA se précipitait vers Cherbourg.
Les services du corps d’armée parviennent les premiers sur la Douve. Un petit détachement demeure en défense pour assurer le soutien des unités combattantes, le reste continue vers Cherbourg, où se poursuivent les embarquements. Mais les colonnes de la majorité des fantassins s’étirent jusqu’à Bayeux, sans couverture aérienne et à la merci de la Luftwaffe.
A Cherbourg, le général Goudouneix, commandant la défense terrestre du port, a organisé avec de faibles forces une ligne de défense s’appuyant sur les zones marécageuses qui constellent l’extrémité du Cotentin. Deux mille hommes, garde-côtes ou marins, et une quinzaine de canons de tous calibres sont répartis en une vingtaine de postes ou points d’appui échelonnés en profondeur.
Aux premières lueurs du jour, Rommel a remis sa division en marche. Toujours pressé, il a établi les objectifs de la journée : contourner les zones marécageuses en longeant le littoral ouest du Cotentin, parvenir à Cherbourg avant le soir et interrompre l’évacuation des forces alliées.
Un Kampfgruppe se lance donc à fond de train vers Portbail, le long de la côte ouest.
11h00 – Ce Kampfgruppe arrive à Denneville, où il rencontre une résistance inattendue : le point d’appui de l’enseigne de vaisseau (EV) Allary. La position française est aménagée avec soin : ceinturée par un champ de “mines” (des grenades anti-sous-marines modifiées par les soins de l’artillerie navale), protégée par deux pièces de 47 mm et un vieux 76 autrichien, elle est occupée par une section de fusiliers et quelques mitrailleurs. Le barrage n’est enfoncé qu’après deux heures d’un bombardement concentré, effectué par l’artillerie et la DCA de la 7.PzD. Soucieux d’éviter le champ de mines, Rommel donne alors l’ordre de contourner le bouchon par l’est et de gagner St-Sauveur-de-Pierrepont.
14h00 – A St-Sauveur aussi, la route est barrée, défendue par deux canons de 75 et une poignée d’hommes commandés par l’ingénieur du génie maritime Ramas. Le combat est violent. A 15h00, les deux 75 sont démolis, l’IGM Ramas tué à son poste avec deux de ses hommes et sept autres marins sont blessés : la porte du Cotentin est entrouverte.
De Denneville à Saint-Sauveur, il ne reste que des obstacles que le génie allemand déblaie en moins de quatre heures, permettant le passage d’une compagnie d’infanterie motorisée qui poursuit le long de la route côtière. Mais, harcelée dans sa progression par les tirs du contre-torpilleur Léopard et de l’aviso Savorgnan de Brazza, croisant à 4 nautiques de Portbail, cette colonne doit stopper à Carteret et attendre la nuit.
Cependant, Rommel a lancé vers l’intérieur des terres un second Kampfgruppe, qui a d’abord plus de réussite. Le lieutenant Hans Gruber fait partie de ce Kampfgruppe.
………………………
Journal de Hans Gruber
18 juin 1940, 10 heures du soir.
Quelle journée amère.
Ce matin, le général nous a donné l’ordre de foncer vers Saint-Lô. La ville était faiblement défendue, il y avait un peu d’infanterie et des cavaliers [les réservistes du 101e régional et les cavaliers du 38e GRDI], nous leur sommes tombé dessus comme la foudre, nous les avons balayés, ils se sont dispersés aux quatre vents ! Nous sommes arrivés si vite aux passages sur la Vire qu’ils n’ont pas eu le temps de faire sauter les ponts [les défenseurs ont commis une incroyable bévue : les postes de mise à feu sont sur la mauvaise rive]. Nous n’avions plus qu’à poursuivre jusqu’à Carentan, sur la côte est du Cotentin, pour couper la retraite vers Cherbourg des forces française [le gros de l’infanterie du 5e CA].
Mais la ville était plus solidement défendue que Saint-Lô [un bataillon de Sénégalais commandé par le Lt-colonel Feuardent était arrivé la veille]. Nos hommes qui étaient en pointe ont été accueillis par des tirs nourris et ils ont dû se replier avec quelques pertes. Mais sur notre droite, les défenseurs étaient sans doute moins aguerris et aux premières détonations, ils ont commencé à s’enfuir [un détachement du 603e Pionniers défendant le canal de Vire-Haute, se croyant débordé sur sa droite, s’est débandé], ce qui nous a ouvert la route [la panique s’est en effet étendue aux colonnes en retraite sur la D13].
Notre compagnie s’est infiltrée au milieu des Français en fuite, qui abandonnaient armes et bagages, et nous avons saisi un pont intact sur le canal. Un peloton motocycliste a foncé vers le pont suivant [le pont d’Ouve], suivi par une batterie de 105, dont les artilleurs, déchaînés, avaient l’air de vouloir gagner la guerre tout seuls. Mais en face, quelqu’un avait gardé un peu de sang-froid [le LV Bureau commandait la défense du pont d’Ouve] et les charges de destruction ont sauté, sacrifiant bon nombre de fantassins français attardés, mais coupant net notre élan. Alors, les artilleurs ont mis leurs canons en batterie à un carrefour [le carrefour de la Fourchette] et ont commencé à pilonner les défenseurs de la ville et du pont. Apparemment, il n’y avait pas d’artillerie en face, mais au bout d’un moment, nos gars ont subi des tirs de contre-batterie venant d’une direction inattendue, car les Français avaient une surprise pour nous : des navires de guerre [depuis l’aube, un groupe d’appui naval composé du cuirassé Courbet, des torpilleurs La Flore et Melpomène, de l’aviso Amiens et des chasseurs de sous-marins CH-13 et CH-43 croisait en rade de la Capelle pour soutenir les troupes au sol]. Deux petits bâtiments, des torpilleurs je crois, se sont rapprochés de la côte et ont arrosé les rives du canal avec ce qui devait être du 100 ou du 105. Le duel avec notre batterie était inégal – nos gars ont perdu deux pièces et les autres se sont repliées. Mais le pire était à venir.
Le commandant a décidé de passer par une route au sud-est de la ville, pour tourner les défenseurs : « Allez-y, Gruber, il faut qu’on soit à Cherbourg demain, on n’a pas une minute à perdre ! » Je ne demandais pas mieux et j’ai foncé en tête de colonne. Je crois que c’est ce qui m’a sauvé, et mon équipage avec moi. J’ouvrais la marche, le buste hors de la tourelle comme d’habitude, quand deux puissantes explosions dans mon dos m’ont secoué et assourdi. Je me suis retourné – derrière moi, là où, l’instant d’avant, il y avait le char de Werner, il y avait un énorme cratère et un nuage de poussière. J’ai compris que ce n’était plus des torpilleurs qui nous tiraient dessus et j’ai eu l’impression d’être très, très vulnérable [le Courbet a contacté par radio le LV Bureau et proposé de tirer sur les cibles qu’on voudrait bien lui indiquer. Quelques minutes plus tard, le cuirassé a commencé à tirer à 17 500 mètres de distance sur les colonnes progressant sur la route au sud-est de Carentan]. Sur un rythme lent qui rendait le bombardement d’autant plus effrayant, nous avons reçu plusieurs dizaines d’obus de très gros calibre, sans pouvoir rien y faire [le Courbet a tiré environ quarante obus de 305 mm, à cadence lente, par salves de deux coups]. Nichés dans un coin isolé, ignorant où étaient les autres et s’ils étaient encore en vie, nous avons attendu. Quand ça s’est arrêté, notre colonne, incapable d’échapper aux coups, était pratiquement anéantie.
En quelques minutes, ma compagnie avait perdu plus de monde que depuis le 10 mai !
Ce soir, nous nous sommes regroupés et nous savons que demain, nous passerons quand même. Mais je ne suis plus le seul, je crois, à penser que cette guerre n’est pas près de finir.
………………………
L’avance ennemie paraissant enrayée, les marins peuvent porter secours aux nombreux égarés du 5e CA qui se pressent sur la rive. Toute les embarcations disponibles sont mises à l’eau et vont faire la navette pendant plusieurs heures pour transporter ces hommes sur les navires de la petite escadre. Ayant reçu vers minuit l’ordre de se replier, le groupe du Courbet ralliera l’Angleterre avec 1 500 rescapés.
Au coucher du soleil, les Allemands sont donc arrêtés à Carteret sur la côte ouest et à Carentan sur la côte est.
Dans la nuit, les Français évacuent les points d’appui intacts, reportant la défense sur un arc de 6 km de rayon centré sur Cherbourg. Seul demeure en place à Carentan le bataillon sénégalais, chargé de masquer le départ des autres unités et de couvrir leur retraite.
Les éléments du 5e CA qui ont pu échapper à l’encerclement doivent se regrouper à Cherbourg, où l’embarquement se poursuit frénétiquement.
Bretagne
Le long du Couesnon, de l’Ille et de la Vilaine, la “ligne Béthouart” commence à voir arriver les premiers détachements allemands. Les ponts ont été mis hors d’usage, des points d’appui ont été constitués de loin en loin autour d’un canon ou de quelques mitrailleuses et de petits groupes mobiles sont parés à intervenir en cas d’infiltration ennemie.
Au nord de la ligne, Canadiens et Polonais ont eu le temps d’aménager leurs positions. Compte tenu du front à tenir, environ 60 km, les Canadiens se répartissent en deux positions successives, sur le Couesnon et le canal de la Rance, afin de couvrir Saint-Malo. Le régiment de marche de la 3e DI polonaise tient la trouée de Saint-Aubin-du-Cormier, entre Couesnon et Islet. L’aménagement (si l’on peut dire) de cette zone où la défense ne s’appuie sur aucune coupure naturelle a fait l’objet d’un soin particulier : fossé antichar, abatis de lisière, mines artisanales, canons antichars camouflés…
Plus au sud et à l’est, seuls quelques contingents régionaux gardent les passages du canal d’Ille et Rance, tandis que les garnisons de Fougères et de Vitré tiennent quelques bouchons et que le détachement Lorent, de la 7e DI belge, garde Redon.
Rennes
Au QG de la X e Armée, on sait bien que la situation est grave : on est sans nouvelle, et pour cause, du 5e CA qui devait renforcer la défense du Couesnon et se lier sur l’Ernée avec le Groupement Duffour.
Le général Tarrit (1ère DLINA), qui est parvenu à se faufiler entre les colonnes allemandes avec son état-major et une partie de son artillerie divisionnaire, a atteint Juvigné à l’aube. Il reçoit mission de couvrir coûte que coûte la route de Fougères à Rennes avec les forces en retraite qu’il pourra réunir. Mettant la main sur un bataillon du 2e RDP et sur le 3e Régiment d’Auto-Mitrailleuses de la 3e DLC (commandé par le Lt-colonel Le Coulteux), il organise une ligne de points d’appuis.
11h15 – Les premiers Allemands se présentent aux portes de Fougères. Il ne s’agit guère que d’une automitrailleuse légère accompagnée d’une poignée de motocyclistes. Ils sont sèchement repoussés par les troupes de la garnison, dont l’antique canon naval de 95 mm détruit le blindé. Plus à l’est, une seconde colonne est immobilisée par le tir des 75 mm du 54e RANA, positionnés en barrage antichar arrière. Les Allemands, étonnés de cette soudaine résistance, sont obligés d’attendre les éléments lourds de leur division, mais ceux-ci ne tardent pas à apparaître. Les 75 sont battus par des 105 et réduits au silence. La progression se poursuit, plus organisée donc plus lente, les quelques canons et obstacles antichars embusqués ça et là ralentissant son rythme.
13h00 – L’ordre d’évacuation de Rennes est donné : il est maintenant clair que le 5e CA est perdu, il ne peut plus être question de tenir sur la ligne de résistance prévue. Il faut se mettre à l’abri derrière la Vilaine et le canal Ille-Rance, où l’on peut espérer durer un peu avec les faibles effectifs disponibles. Le QG de la X e Armée se porte sur Saint-Brieuc, tandis que les troupes de la garnison de Rennes (trois bataillons de réservistes et quelques batteries d’instruction) se replient sans combattre sur la rive ouest de la Vilaine avec les forces rassemblées par le général Tarrit.
16h00 – La ville est déserte, le dernier pont a été détruit après passage des éléments retardateurs du 27e GRDI. Arrivant par l’est, les Allemands du XV.PzK du général Hoth (et notamment de la 5.PzD) trouvent Rennes dévastée, le quartier de la gare soufflé par l’explosion, la veille, du train de munitions détruit par la Luftwaffe. À l’arsenal, pas une arme, pas une machine-outil n’est trouvée intacte – les ouvriers espagnols ont consciencieusement saboté ce qui aurait pu être récupéré par l’envahisseur.
À ce moment, Hermann Hoth a le choix entre trois possibilités.
– Tenter un passage en force sur place. Mais quand bien même ses hommes se rendraient maîtres des vestiges d’un pont, il faudrait deux à trois jour de travail au génie pour le rendre utilisable.
– Prendre un pont intact plus au sud ou plus au nord. Mais les reconnaissances aériennes ont montré que les plus proches sont détruits, rien n’indiquant que les autres seront encore intacts à l’arrivée des panzers.
– Lancer une attaque en force sur la trouée de Saint-Aubin avec la 5.PzD : si quelques détachements envoyés vers Sens de Bretagne ont essuyé une résistance inattendue, il paraît douteux que les Français puissent tenir ce secteur face à une attaque massive de panzers.
Hoth prend rapidement la décision de concentrer ses efforts sur ce point faible le lendemain. Les troupes nécessaires pour forcer le passage seront rassemblées dans la nuit. Pendant ce temps, de nouvelles reconnaissances en force seront poussées vers Janzé et Bain-de-Bretagne, puis vers Nantes.
Maine
A l’aube, le dispositif de ce qui reste de la Xe Armée après l’isolement du 5e CA dans le Cotentin est le suivant :
– les deux divisions du Groupement Duffour (17e et 236e DLI) se sont installées avec beaucoup de retard et dans une certaine confusion en couverture des approches est de Rennes, d’Ernée à Laval ;
– le 3e CA est disposé face à l’est, le long de la Mayenne, de Laval à Château-Gonthier ;
– le Corps de Cavalerie enfin, dont le chef, le général Langlois, est parvenu à joindre le QG d’armée durant la nuit, fait sa jonction avec le 3e CA dans la matinée. Il tient les rives de la Mayenne au sud de Château-Gonthier, puis celles du Maine, jusqu’à Angers et la Loire.
10h00 – Les Allemands reprennent leur mouvement et progressent vers l’ouest, balayant les faibles défenses d’Ernée. Une colonne progresse alors sur les arrières du dispositif français en direction de Janzé, tournant par l’ouest les positions de la Xe Armée. La gauche de celle-ci doit décrocher vers le sud pour éviter l’enveloppement à brève échéance.
15h00 – Le général de La Laurencie, commandant le 3e CA, reçoit l’ordre de regrouper tous les éléments se trouvant dans sa zone d’action (ce qui inclut une partie du Groupement Duffour et le Corps de cavalerie) et de passer au sud de la Loire. Son état-major élabore une manœuvre de retraite en deux bonds : reculer jusqu’à la région de Segré, puis glisser sur l’axe Laval-Chalonnes. Le transport de l’infanterie s’échelonnera sur toute la journée du 18 et une partie du lendemain, les camions militaires étant renforcés par des autocars civils réquisitionnés à Angers et Nantes. Le Lt-colonel de Soubeyran, à la tête d’un Groupement d’unités motorisées, couvrira la retraite en arrière-garde.
La principale difficulté de la manœuvre tient à la couverture des flancs, à l’ouest contre des colonnes débouchant de Janzé, à l’est face aux divisions allemandes progressant le long de la Loire. Cette couverture sera confiée au Corps de Cavalerie, dont la solidité n’est plus à mettre en doute. La 1ère DLM et le 6e GRCA reconstitué se positionneront face à l’ouest, tenant les importants carrefours de Craon et de Candé. A l’est, la 3e DLM demeurera sur ses positions, surveillant les passages de la Mayenne et du Maine.
17h00 – La retraite commence.
22h00 – Les premiers comptes rendus indiquent que le décrochage de l’aile droite s’est déroulé sans trop de mal, à l’exception de deux accrochages, l’un impliquant l’arrière-garde de la 237e DLI à Château-Gonthier, l’autre la 3e DLM au Lion d’Angers.
Sur l’aile gauche, il n’en a pas été de même. Le Groupement Duffour a eu du mal à suivre et on est sans nouvelle de son chef, que l’on suppose mort ou prisonnier. Ce Groupement, dispersé et refoulé vers le sud, n’est pas loin d’avoir perdu toute cohésion. Ainsi, la 236e DLI a éclaté ; les éléments ayant échappés à la capture ont été recueilli par la 237e (du 3e CA). La 17e DLI du général Darde a mieux tenu le choc, mais elle a effectué tout ses mouvements à pied et il paraît douteux qu’elle puisse renouveler un tel effort le lendemain.
L’autre point noir de la journée est la quasi destruction de la 3e DLC, dernière au feu la veille et qui a payé le prix de sa vaillance. Ses unités ont dû retraiter indépendamment dans des directions différentes. Son chef, le général Petiet, parvient dans la nuit à Ancenis après avoir zigzagué sur plus de 200 km pour esquiver les convois allemands progressant vers l’ouest. A ce moment, il n’a plus sous ses ordres que ses services divisionnaires, une poignée de motocyclistes et quelques batteries du 72e RA. Les autres survivants de la 3e DLC ont poursuivi vers l’ouest : les 800 derniers cavaliers de la 5e brigade de cavalerie ont traversé la Vilaine au pont de Blossac juste avant sa destruction, les restes du 2e RDP et le 3e Régiment d’automitrailleuses, nous l’avons vu, ont combattu devant Rennes sous les ordres du général Tarrit avant de se réfugier derrière le canal Ille-Rance.
Le front de la Loire
Secteur de Nevers
La 7e DLM est renforcée par un groupe de 75 du 317e RA et plusieurs véhicules bricolés ces derniers jours, récupérés au dépôt de cavalerie de Moulins.
Secteur de La Charité
Un bataillon colonial du dépôt de Bourges rejoint La Charité et prend position derrière le pont, dont le tablier demeure intact malgré les efforts du génie. Les unités régionales se reportent derrière le canal latéral.
Dans la soirée, les avant-gardes motorisées de la 151.ID arrivent à La Charité. Elles tentent de traverser le fleuve mais sont repoussées par les cavaliers du 33e GRDI et les tirailleurs.
Secteur de Cosne et Cours-sur-Loire
Les avant-gardes motorisées de la 291.ID (XLII.AK) atteignent le secteur, où les arrière-gardes du 20e GRDI leur tuent du monde dans une embuscade avant de se replier à l’ouest du fleuve et de faire sauter les ponts, interdisant aux Allemands de franchir le fleuve.
Chez les défenseurs, la 27e DIAlp est renforcée par un bataillon du 53e Régiment régional et un groupe de 155 du 291e RALD (44e DI).
Secteur de Briare
Les avant-gardes motorisées de la 292.ID arrivent devant Briare mais ne peuvent franchir le fleuve.
Secteur de Gien
L’infanterie de la 1.ID de montagne tente à plusieurs reprises dans la matinée de déboucher de sa tête de pont, mais elle est repoussée par le 32e RI et l’artillerie.
Une attaque en force est prévue à 16h00 contre Saint-Gondon (7 km à l’ouest de Gien), défendu par le 59e RI de la 239e DLI. À 15h00, la préparation d’artillerie allemande commence, mais peu avant 16h00, sur la rive nord, les Algériens du 17e RTA surgissent des bois et attaquent la base de départ de la 1.ID de montagne; l’offensive allemande doit être reportée.
Secteur de Sully-sur-Loire
Dès l’aube, les Allemands sondent les défenses françaises sur chaque pont. Dans la journée, tandis que leurs avant-gardes sont renforcées, ils déclenchent un intense bombardement d’artillerie qui dure tout l’après-midi. Vers 17h30, un régiment allemand tente de forcer le passage par le pont viaduc (incomplètement coupé, du fait de l’insuffisance de la charge) mais il est repoussé.
Secteur de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans
A 16h00, la 4.ID déclenche son attaque sur le pont de Jargeau, que les Français font sauter ; l’attaque se reporte à 2,5 km plus en amont, avec des canots. A 17h00, une petite tête de pont s’est formée. En fin de journée, une nouvelle attaque permet aux Allemands d’atteindre Sigloy, 3 km au sud du pont. Pendant ce temps, la 4.ID tente une nouvelle fois de traverser près de Châteauneuf, mais cette attaque est repoussée par le 4e RIC.
Secteur d’Orléans à Beaugency
Les restes de la 85e DIA (11e RTA, 85e GRDI et quelques canons de 75) et ceux de la 241e DLI (219e RI, 122e GRDI et quelques batteries) se réorganisent au sud de la Loire. Le dernier groupe disponible du 9e RACT est rattaché à l’artillerie de la 85e DIA, tandis que l’infanterie de la 241e DLI est complétée par l’ajout du 625e Pionniers. Des bouchons sont organisés aux ponts de Muides et Beaugency. Cependant, la faiblesse des effectifs ne permet pas de défendre le pont de Meung, qui doit être pris en charge par l’infanterie et une partie de l’artillerie de la 4e DCR.
En arrière du front, on regroupe des éléments éprouvés, principalement issus de la 4e DIC, de la 24e DI et du groupement d’intervention de la Garde Républicaine. Avec l’aide des blindés de la garde (quelques antiques AM White-Laffly et deux vieux chars FT), ces hommes organisent des barrages aux carrefours routiers entre Beaugency et Jouy-le-Potier et créent une position de recueil sur la Loire d’Orléans.
Le regroupement dans le secteur de Vierzon de tous les blindés disponibles se poursuit, des unités y sont réorganisées avec le matériel replié des dépôts.
En fin de matinée, le gros de la 33.ID atteint Orléans. Vers 17h00, l’artillerie allemande bombarde les positions françaises, mais la tentative attendue de traversée en force ne vient pas (on apprendra après la guerre que les Allemands espéraient à ce moment-là que le débouché des têtes de pont de Jargeau et Châteauneuf provoquerait le repli des défenseurs d’Orléans sans combat).
La 44.ID (autrichienne), arrivée au nord d’Orléans dans la nuit du 17 au 18, poursuit vers Beaugency dans la journée du 18. Les avant-gardes découvrent que le pont de Beaugency est intact, le dispositif de mise à feu n’ayant pas fonctionné. Elles tentent de s’en emparer de vive force dans la soirée, mais sont repoussées par les fantassins de la 85e DIA, qui parviennent à déclencher les charges de destruction par des tirs directs de leurs 75.
Secteur de Blois
Durant la nuit, sur le pont, le défilé continu de réfugiés, de troupes de toutes armes, de zouaves et de tirailleurs exténués, s’intensifie. En dehors de cet axe de mouvement, c’est le calme impressionnant, un silence mystérieux qui n’est troublé que par le craquement des poutres et des murs des maisons voisines qui s’effondrent sous l’effet d’incendies qu’on ne peut pas combattre.
Peu après minuit, le groupe d’escadrons à cheval du 12e GRCA rejoint les éléments motorisés de son unité. L’ensemble du dispositif de défense passe alors sous les ordres du général Goubaux (84e DIA), qui reçoit le renfort d’un détachement de la 4e DCR (7e RDP et quelques batterie du 322e RATTT) et du 125e GRDI, qui stationnait non loin en attendant de prendre contact avec sa division (la 9e DLIC).
Vers 09h00, des motocyclistes et quelques voitures blindées ennemies sont signalés sur la route. Un détachement du génie fait alors sauter le pont du chemin de fer en amont sur le fleuve.
A 10h30, trois voitures allemandes se précipitent sur le pont de Blois. Un groupe de mitrailleuse du 12e GRCA les prend sous son feu, le canon de 75 tire, le pont saute et les voitures ennemies stoppent : la surprise est ratée. La journée se poursuit par un duel d’artillerie. Les Allemands cherchent, sans grand succès, à neutraliser les rares pièces dont disposent les défenseurs.
Secteur d’Amboise à Ingrandes
Le VIII.AK (général Heitz) de la 18e Armée allemande se dirige, avec ses 8. et 28.ID, vers le secteur Tours-Amboise. A sa droite, la 1.KD (seule division de cavalerie de la Heer à l’époque), qui dépend directement de la 4e Armée, se dirige vers Saumur. Dans la journée, elle occupe Chartres, où elle fait prisonnier quelques tirailleurs sénégalais et commet sur la population civile des exactions qui ne resteront pas sans conséquences.
Un peu plus à l’ouest, les 1. et 11.ID du I.AK de la 4e Armée atteignent dans la soirée Luigny et Nogent. Elles constituent chacune une avant-garde motorisée pour s’emparer le lendemain des ponts de Gennes et de Cé (au sud d’Angers).
A Saumur, les éléments du groupement De Brauer commencent à rejoindre leurs positions.
Aucun renfort d’artillerie ne s’étant présenté jusque là, le lieutenant-colonel de Brauer décide de prendre l’affaire en main. Joint par téléphone, le général commandant l’artillerie de la 9e RM propose de mettre à disposition sept pièces de 75 tractées abandonnées par les EOR de l’école d’application d’artillerie, qui viennent d’être évacués vers l’AFN. Il faudra cependant trouver les servants qualifiés, qui font totalement défaut au dépôt de Poitiers. Un second coup de téléphone, cette fois-ci au commandant de l’ERGMun. De Thouars, permet de résoudre ce problème : les pelotons de pièces et l’encadrement seront prélevés sur le personnel de l’ERG.
Secteur d’Ancenis à Nantes
Les éléments de la Xe Armée, repoussés vers le sud par les blindés de Hoth, commencent à refluer vers ce secteur : le 75e GRDI et un bataillon du 53e RICMS, ultimes vestiges de la 5e DIC du général Séchet, franchissent la Loire à Ancenis. Le commandant de subdivision leur adjoint deux bataillons du 27e RICMS dont on vient de stopper le train en en gare d’Angers alors qu’ils étaient censés transiter vers Cherbourg. Le général Séchet et son groupement colonial se voient attribuer la défense du secteur d’Oudon.
La zone d’Ancenis est confiée au Lt-colonel Putinier, qui stationne depuis plusieurs jours à La Membrolle en compagnie des restes du 3e et du 18e GRCA, fraîchement rapatriés
d’Angleterre. Durant la journée, ces hommes sont réarmés et rééquipés au minimum, puis rejoignent leurs positions, où se sont déjà installés deux forts escadrons de dragons du dépôt d’Angers et un petit détachement d’artilleurs armant trois vieux canons de 75.
En face, le XXXVIII.AK de Von Manstein accentue ses efforts, d’autant plus que les reconnaissances aériennes ont signalé que le cuirassé Jean-Bart est en finition à Saint-Nazaire : ce serait une belle prise. De fait, le grand bâtiment n’est pas censé pouvoir prendre la mer avant le mois de juillet.
Bourgogne
Le PanzerGruppe de Kleist manque à présent cruellement d’essence. Le XVI.PzK bifurque vers le sud-est pour atteindre Dijon, par Avallon, enlevé en début de journée, et Montbard. Ce faisant, il tente de refermer la nasse sur les débris des divisions d’infanterie française de la IVe Armée, l’autre pince de l’encerclement étant formée par la 2.PzD et la 29.ID mot de Guderian.
Toutefois, les combats héroïques des jours précédents ont permis aux troupes en repli de continuer à progresser vers le sud. Le XVI.PzK progresse au milieu des colonnes françaises en retraite, faisant de nombreux prisonniers qu’il arrive difficilement à garder. Des chars français isolés tentent quelques embuscades, vite muselées, mais tout ceci réduit encore le ravitaillement des panzers. L’encerclement est loin d’être parfait, car l’infanterie allemande suit à distance, ce qui permet à de nombreux soldats français de poursuivre leur repli vers le sud par les collines boisées du Morvan (comme par exemple une partie des véhicules à roues de la 3e DCR). Les colonnes motorisées allemandes préfèrent logiquement contourner le massif en direction d’Autun et Château-Chinon. Dans la matinée, les débris du 18e CA (état-major, restes de la 56e DI, éléments organiques, quelques batteries d’artillerie) achèvent leur épuisant repli à Dijon. De petits groupes de soldats français commencent également à arriver à Chalon-sur-Saône.
En fin d’après-midi, les avant-gardes de Kleist sont bloquées par les positions françaises dans les collines, fermement tenues par la 67e DI au nord-ouest de Beaune (3.PzD) et de Dijon (4.PzD, avec à sa gauche la 29.ID mot de Guderian).
Le général Pagézy ordonne l’évacuation des services de la 8e Région Militaire non indispensables à la défense de Dijon. Deux colonnes motorisées sont formées, l’une constituée d’une cinquantaine de véhicules de réquisition pour l’état-major et les services de la 8e RM, l’autre regroupant des camions pour les unités combattantes qui se replieront par la suite.
Dans la soirée, la Luftwaffe bombarde Dijon, touchant la caserne Krien et l’usine à gaz ; on compte 40 morts. L’effet moral est très néfaste sur les populations civiles.
Plus à l’ouest, le XIV.PzK a pour objectif Nevers, en espérant capturer un pont sur la Loire. Ses unités de tête sont à Clamecy en fin de journée. La 2e Armée allemande suit le PanzerGruppe de Kleist et déferle dans la région d’Auxerre.
Saône
Le général Bourret prend le commandement du Groupement de la Saône. Il relaie le colonel Duluc, qui part pour Belfort, non sans avoir eu le temps de s’assurer que tous les ponts sont minés. Bourret dispose désormais d’une défense solide avec, du sud-ouest au nord-est : le Groupement Marchal (de Chalon-sur-Saône à Auxonne), la 54e DI (étirée d’Auxonne à Pontailler), la 1ère DIP (de Pontailler inclus à Quitteur, en passant par Gray), la 30e DIAlp (de Quitteur inclus à Traves) et la 2e DIP (de Traves à Favernay, en passant par Port-sur-Saône), renforcées par les batteries du 403e RADCA (dispersées entre Quitteur et Port-sur-Saône), les derniers chars FT du 29e BCC et une partie de la division Regard : les trois groupes du 69e RAMF (à Gray) et de nombreuses compagnies de mitrailleuses (souvent sans leurs armes lourdes !) de régiments d’infanterie de forteresse descendus de leurs trains bloqués dans le secteur (III/79e RIF, II/23e RIF, I/68e RIF). L’essentiel des forces est positionné en défense dans les bourgs, derrière les ponts détruits, avec des patrouilles d’unités mobiles le long du fleuve, entre les points d’appui. Chaque division a gardé en retrait des forces importantes (souvent un régiment entier) pour d’éventuelles contre-attaques. Le 16e BCC est maintenu en réserve. La 62e DI doit encore se joindre au dispositif.
La 3e DIM, après un bref repos, descend sur Chalon-sur-Saône par Beaune et commence à s’installer en défense derrière le Canal du Centre, au nord-ouest de la ville. La 235e DLI, formée en bataillon de marche, va s’installer sur ce même canal, un peu plus au sud.
Lorraine
Les Allemands entrent à Nancy, déclarée ville ouverte.
Une gigantesque bataille oppose ce qui reste des IIe, IIIe et Ve Armées françaises aux 1ère et 16e Armées allemandes. Le front couvre au nord le canal de la Marne au Rhin, de la Meuse à Saverne (IIIe et Ve Armées), et à l’ouest la Meuse de Bourmont à Pagny-sur-Meuse (IIe armée). L’affrontement voit des pertes dignes des plus sanglants combats de l’autre guerre. Malgré une magnifique résistance des troupes françaises épuisées par quatre ou cinq jours de retraite (huit jours pour la IIe Armée !), les assauts allemands percent en de nombreux endroits le long du canal : Xouaxange, Lorquin, Réchicourt-Avricourt, Vaucourt, Hénaménil… La division Dagnan est disloquée dans l’attaque, la 52e DI est encadrée par les percées allemandes. Sur la Meuse, les débris de la IIe Armée sont désorganisés : les Allemands percent à Montbras, Sauvigny, Domrémy… La rage au cœur, ivres de fatigue, les Français doivent encore décrocher (sauf quelques unités isolées et injoignables) et reprendre la route, mais la plupart des unités ont désormais perdu toute valeur combative.
Les voies ferrées sont désormais saturées et de plus en plus souvent coupées dans un secteur allant d’Epinal à Vesoul.
La défense d’Epinal est renforcée par deux bataillons du 164e RIF, dont le train est bloqué dans la gare de la ville et qui sont réquisitionnés par le général Fournier. Les éléments hippomobiles du 23e GRCA ont pris position en avant d’Epinal, à Xertigny.
Les compagnies de transport de la Ve Armée, poursuivant leurs navettes, commencent à embarquer la 62e DI vers la Saône.
À Chaumont, les derniers défenseurs français, encerclés, se rendent en début de journée après une lutte qui ne s’est même pas interrompue durant la nuit. Le 149e RIF et les rescapés de la 36e DI ont été décimés et les survivants n’ont plus de munitions. Les six FCM-2C ont été détruits l’un après l’autre par l’aviation ou l’artillerie, non sans avoir fait des ravages. Les trois quarts de la ville ont subi de gros dégâts, d’autant que l’aviation allemande est intervenue à fond dans les combats sans se soucier du risque de victimes civiles. C’est à ce moment seulement qu’arrivent les premières divisions d’infanterie de la 12e Armée allemande.
Plus au sud, enfin ravitaillée, la 1.PzD attaque Langres et s’en empare en fin de matinée. Le 24e GRCA et le 51e GRDI, dont les hommes se sont fait tuer dans la meilleure tradition de la cavalerie, sont pratiquement anéantis. Malgré l’inquiétude qui grandit parmi ses supérieurs et sa situation logistique incertaine, Guderian lance des reconnaissances motorisées vers la Saône dans l’après-midi. Elles atteindront le fleuve dans la nuit vers Gray, mais les ponts ont sauté. Les hérissons mis en place par les cavaliers français dans la plaine au nord-est de Dijon bloquent pour le moment toute progression des avant-gardes de Guderian vers la ville.
La 20.ID (mot), ayant bifurqué vers l’est au niveau de Langres, atteint dans la soirée les hauteurs dominant Port-sur-Saône, avec en ligne de mire Vesoul sur la rive opposée. La 6.PzD est à Jussey, la 8.PzD à Bourbonne-les-Bains.
Alsace
Strasbourg et Mulhouse sont occupées.
Les bataillons rescapés des divisions de forteresse arrivent depuis la veille sur la ligne de crête des Vosges, où ils s’installent pour défendre chaque col. Les hommes sont épuisés, plus par les marches et contremarches des derniers jours que par les combats, et le départ des 54e et 62e DI se fait cruellement sentir, alors qu’elles étaient censées couvrir leur retraite et leur offrir un rideau derrière lequel se reposer. Le décrochage s’est fait néanmoins sans trop de dégâts, les divisions allemandes, empêtrées dans leurs problèmes logistiques, ne pouvant pas poursuivre immédiatement. Partout, sauf au sud… En effet, la 239.ID allemande a formé un Groupement motorisé (Groupement Mack) qui fonce plein ouest, vers Belfort : dans la nuit, il traverse sans même le savoir la 105e DIF et va désorganiser sa retraite.
Vallée du Rhône et front italien
Ordre est donné au général Olry, commandant l’Armée des Alpes, de préparer la défense de Lyon. Les ponts sur le Rhône seront détruits, mais on s’efforcera de limiter les combats dans l’agglomération au strict minimum. Les généraux Mer et Cartier galvanisent les troupes. Ils vont improviser une défense sur un nouveau front de 150 km avec les ressources les plus disparates. De l’autre côté, la tâche d’arrêter les troupes italiennes sur la frontière est laissée aux fortifications et à l’artillerie lourde.
Dans les Alpes, les Italiens se contentent de poursuivre leurs reconnaissances. Un BR-20 du 7e Stormo effectue une mission de reconnaissance du Col de la Madeleine et de Grenoble, mais il doit rebrousser chemin à cause des mauvaises conditions météorologiques.
Au crépuscule, l’Aéronavale commence une série d’opérations contre la côte italienne, entre Gênes et la frontière. Dix Laté 298 des escadrilles T3, T4 et 1S1, basés à Berre, bombardent la voie ferrée côtière.

19 juin

Cotentin
Un peu avant l’aube, le général René Altmayer embarque avec une partie des survivants de son 5e CA sur l’un des derniers convois quittant Cherbourg.
Deux sous-marins en révision, les Minerve et Junon sont à leur tour remorqués vers Plymouth.
Dans la matinée, Rommel force la ligne défense extérieure de défense du port. Il approche de la ville, mais n’ose tenter l’assaut avec ses chars au milieu des maisons. Un intense duel d’artillerie s’engage entre les canons allemands et ceux de la place, en particulier les très grosses pièces côtières, que l’on a rendues aptes aux tirs contre la terre et qui tiennent la 7.PzD en respect. Dans la soirée, le tumulte se calme, les munitions commençant à s’épuiser.
Une première tentative de négociation de la part des Allemands est repoussée par l’amiral Jean-Marie Abrial, Amiral-Nord. Celui-ci a décidé qu’on se battra jusqu’à la dernière extrémité.
Bretagne
À l’extrémité nord du front, la 1ère Brigade Canadienne se replie sur Saint-Malo, que la faible garnison française a mis en état de défense.
Plus au sud, la position de Saint-Aubin, tenue par le 1er Régiment de marche polonais et par un Groupement de canonniers-marins, est attaquée par des blindés. Les pertes sont sévères de part et d’autre. Les Polonais, quoique très inférieurs en nombre, ne cèdent qu’en fin de journée, après un pilonnage intense de toute l’artillerie de la 5.PzD. Ils réussissent à se replier vers le sud, empêchant les Allemands d’exploiter leur succès en lançant leur colonne vers Vannes.
A Rennes, des attaques limitées sont lancées pour fixer les défenseurs en laissant planer la menace d’un passage en force.
A Redon, une forte colonne de reconnaissance allemande est bloquée toute la journée par le détachement Lorent de la 7e DI belge et quelques canonniers-marins français, armant une batterie de vieux mais efficaces 90 mm. Les quatre T-13 font merveille dans leur rôle de chasseurs de chars, détruisant en cette seule journée douze blindés allemands. A la nuit, soldats belges et marins français, menacés d’être submergés, décrochent. Ils doivent abandonner leurs canons, après avoir saboté ceux que l’ennemi n’a pas détruit, et trois des petits chars belges (deux incendiés et un endommagé mais irréparable).
À Brest, toutes les unités mouillées dans la rade reçoivent l’ordre de quitter le port.
Le front de la Loire
Secteur de Nevers
Les avant-gardes du XIV.PzK de Von Kleist tentent un coup de force. En fin d’après-midi, des éléments de reconnaissance de la 9.PzD arrivent à Nevers, continuant à chercher un passage sur la Loire. La 7e DLM a abandonné la ville, située sur la rive est du fleuve, pour se concentrer sur les ponts. L’aspirant Pastor raconte : « Un premier canon de 75 (maréchal des logis de Tissot) est situé à découvert, à 50 m de l’entrée du pont, suivi d’un second canon, un peu plus abrité en arrière. Le pont est barré par un barrage de camions, dont un chargé de munitions. Vers 20h00, le contact est établi avec l’ennemi. La pièce de Tissot fait l’objet de nombreux tirs d’armes automatiques. Devant cette menace, il détruit le camion de munitions. De son côté, le second canon ouvre le feu sur l’ennemi. Au huitième obus, le silence se fait sur la rive opposée. Peu après, une nouvelle fusillade se déclenche et un blindé s’avance sur le pont. Il est rapidement détruit par un coup direct du maréchal des logis de Tissot. Munitions épuisées, j’ordonne le repli. Afin de protéger l’accrochage des pièces, les servants font le coup de feu. La section quitte ensuite le village à bord de ses tracteurs. Pendant ce temps des sapeurs ont réussi à détruire le pont. Les Allemands ne prendront pied sur la rive opposée que le lendemain vers 02h00 ». Le coup de main du 14e PzK sur les ponts de Nevers a échoué.
Secteur de La Charité
En fin de matinée, la 151.ID lance une traversée en force à La Charité. Les défenseurs ne peuvent éviter que des fantassins passent le fleuve sur les restes du tablier du pont. Les Allemands prennent pied à l’ouest puis progressent. Au soir, le général Germain rejoint en personne les barricades dressées sur le canal latéral, avec les hommes de son PC : il sait que le lendemain sera la dernière journée de combat sur la Loire et tient à être avec ses soldats pour ce dernier effort.
Secteur de Cosne et Cours-sur-Loire
La 28e DIAlp est renforcée par le 28e RICMS. Dans la matinée, une nouvelle attaque frontale sur Cosne échoue, mais elle fixe les défenseurs qui ne peuvent s’opposer à un autre franchissement, plus au sud, à hauteur de Saint-Thibault.
Secteur de Briare
Nouvelle tentative allemande. Le matin, une tête de pont est créée au sud de Briare ; l’après-midi, une contre-attaque française permet de la réduire, mais ne parvient pas à l’éliminer. Dans le même temps, la 96.ID traverse la Loire à Bonny-sur-Loire, elle n’est arrêtée qu’à la nuit sur le canal latéral.
Secteur de Gien
L’attaque allemande reprend dans la matinée. La 1.ID de montagne progresse lentement, ralentie par les points d’appui français organisés autour des chars FT. Plusieurs contre-attaques lancées par l’infanterie et les R35 du 53e BCC (cinq chars seront détruits par l’artillerie allemande) bloquent l’extension de la tête de pont et empêchent l’ennemi d’en déboucher. Le commandement allemand, persuadé d’avoir à faire à une forte concentration de chars français, se tiendra désormais sur la défensive dans ce secteur, se contentant d’utiliser son artillerie.
Secteur de Sully-sur-Loire
A l’aube, la 98.ID lance une nouvelle attaque sur les ruines du pont viaduc. L’infanterie allemande tente à plusieurs reprises de passer, soutenue par l’artillerie qui s’abat sur tout centre de résistance repéré. En fin de matinée, les premiers fantassins allemands posent le pied sur la rive sud et d’intenses combats au corps à corps se déroulent dans les ruines de Sully. Le second bataillon du 141e RI doit être engagé pour bloquer la progression ennemie.
Secteur de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans
La tête de pont de Sigloy s’avérant très menaçante, les derniers blindés de la 4e DCR y sont dirigés dès la soirée du 18 et se trouvent en place, au matin du 19, pour appuyer une contre-attaque menée par la 7e DIC. Evénement rarissime dans cette campagne : quelques avions interviennent – plus étonnant encore, ils sont français ! Cet appui se révèle décisif et permet aux contre-attaquants de regagner le terrain perdu jusqu’aux portes de Châteauneuf-sur-Loire ; les Allemands conservent cependant une tête de pont sur la rive sud.
Secteur d’Orléans à Beaugency
Près d’Orléans, la nuit du 18 au 19 est marquée par une opération audacieuse du corps franc Darnand, de la 29e DIAlp, au nord de la Loire. Plusieurs véhicules allemands sont détruits, ce qui tempère un peu l’élan des envahisseurs.
A Orléans même, l’attentisme des Allemands ne dure pas. Dès l’aube du 19, la 33.ID attaque. Pendant deux jours, un déluge d’artillerie va s’abattre la ville, d’autant plus qu’aux bombardements de la rive sud par les Allemands répondent les tirs de contre-batterie des Français contre la rive nord… Cependant, débordés par une série d’attaques en des points différents, les défenseurs, trop peu nombreux, ne peuvent empêcher les assaillants de prendre pied sur la rive sud.
Secteur de Blois
A l’aube, les Allemands lancent une foule de barques sur le fleuve à deux kilomètres en aval de Blois, hors de portée des mitrailleuses françaises. Ces barques se laissent aller au courant et la dérive mène l’adversaire assez loin au sud des positions françaises, qui sont ainsi tournées. Cependant, l’artillerie française repère assez rapidement le chantier d’embarquement des Allemands sur la rive nord et il est canonné, ainsi que diverses concentrations suspectes. Mais les troupes qui ont débarqué sur la rive gauche réussissent à s’infiltrer dans les bois, puis à occuper les premières maisons au sud-ouest du faubourg. Trois contre-attaques successives sont montées ; la dernière, appuyée par une section de chars, parvient à rejeter les Allemands au fleuve.
Secteur d’Amboise à Ingrandes
A l’aube, le repli du 10e CA et du Corps de Cavalerie derrière la Loire renforce la défense et modifie les responsabilités.
Les sous-secteurs d’Amboise et de Tours passent sous le commandement du général Gransard (10e CA) : débris de la 8e DLIC à Amboise et 2e DLM à Tours (défense de la Loire entre le viaduc de St-Côme et celui de Montlouis : brigade de combat entre les ponts de Tours, brigade incluant les chars H-39 sur le Cher, artillerie sur les hauteurs de St-Avertin, Chambray et Joué-lès-Tours)
Le sous-secteur d’Azay-le-Rideau (Langeais) est tenu par la 5e Brigade Légère Mécanique (escadrons Labarthes et La Forest du 1er Cuirassiers, les trois escadrons [Quinslot, Constantin et Vie] du 2e Cuirassiers), plus, à l’île de Langeais, le détachement Huot du 3e Groupe franc motorisé (un gros escadron) et deux compagnies environ de tirailleurs peu instruits provenant des dépôts.
Le sous-secteur de Saumur est renforcé par diverses petites unités, groupes et escadrons motorisés (Groupe Hacquart du 19e Dragons, Groupe Montclos, Escadron Gobble du 1er GRDI, Escadron Corbe, Groupe Franc de Cavalerie De Neuchèze avec 7 AMC Renault 35 ACG 1 et quelques AMD Panhard, éléments du 11e Dragons et du 12e Cuirassiers) et par une batterie de 4x 75 mm de l’ERGM de Thouars.
Le sous-secteur d’Angers passe sous le commandement du général Langlois (corps de cavalerie) : 1ère DLM et 3e DLM. Le 232e RI, formé à partir du dépôt d’Angers avec un renfort de l’intérieur, est renforcé par le 129e GRDI et placé sous les ordres du chef de bataillon De Coucy. Une batterie de 75 venue de Thouars renforce la défense de l’île de Gennes et une autre celle de Port-Boulet.
À Tours, l’ordre de faire sauter les ponts est donné en début d’après-midi ; il est différé en ce qui concerne le pont Wilson, pour permettre le repli du plus grand nombre possible d’unités. Parmi les derniers détachements à franchir le pont : l’artillerie de la 8e DLIC, complètement fourbue après une étape de 105 km ; un détachement des 44e et 109e RI de la 47e DI, égaré, mais bien encadré et à l’allure martiale. A 23h00, le pont Wilson saute à son tour.
Dans la soirée, les avant-gardes de la 1.KD sont à Noyant et Bourgueil et préparent des tentatives d’assaut contre les ponts de Saumur, Montsoreau et Port-Boulet.
Secteur d’Ancenis à Nantes
Dans la nuit, tous les ponts de la Loire, d’Ancenis à Thouaré, ont été détruits. L’état-major du général Héring a demandé de sursoir à la destruction des ponts de la ville de Nantes et du canal de Nantes à Brest, afin de permettre la retraite du plus grand nombre d’hommes possible.
A l’aube, une colonne de la 5.PzD se présente à Nort-sur-Erdre, où elle ne rencontre aucune résistance. Elle poursuit vers le sud et rencontre un premier bouchon du 111e régiment régional, qu’elle balaie facilement. Elle parvient enfin au canal de Nantes à Brest, mais les charges de destruction des ponts viennent de sauter. D’autre petits détachements ennemis sont aperçus à Blain ou au Clanet, mais se tiennent à distance.
Les ponts de Nantes même sont conservés intacts jusqu’à nouvel ordre, ce qui permet à de nombreux éléments en retraite de traverser le fleuve et la ville dans la journée. D’abord et après un long détour, le général Duffour et son état-major, puis les 121e, 123e et 126e GRDI, enfin, tard dans la soirée, un fort détachement du 90e RI (17e DLI), dont les hommes épuisés conservent une allure digne. Joignant le général Héring par téléphone, Duffour reçoit pour instruction de prendre le commandement des unités combattantes de la 11e Région (Groupement Aymé : Nantes, Groupement Séchet : Oudon, Groupement Putinier : Ancenis).
Bourgogne
Le gros des troupes de Kleist arrive devant Dijon et Beaune, où les avant-gardes sont toujours bloquées par la 67e DI. Souffrant de problèmes de ravitaillement, Kleist ne peut pas relancer l’attaque. Toutefois, des éléments allemands de la 29.ID (mot) commencent à s’infiltrer dans les faubourgs nord de Dijon en milieu de journée, déclenchant un début de panique dans la population.
Le repli de la 67e DI vers Chalon-sur-Saône est décidé. Des points de blocage devront toutefois être maintenus sur les principaux axes. Les rescapés du 18e CA partent immédiatement, grâce aux trois compagnies du Groupe de Transport de Personnel 145/11. Les éléments motorisés du 63e GRDI et du 16e GRCA doivent rester en arrière-garde, pour éviter que le 81e Régiment Régional de Protection ne s’affole trop rapidement. Mais les territoriaux en capote bleu horizon, devenus momentanément combattants de première ligne, font preuve d’une grande fermeté.
Quelques éléments de reconnaissance allemands ont également avancé vers Autun, pour refermer la poche autour du massif du Morvan, mais, là encore, en l’absence d’infanterie allemande, de nombreux soldats français continuent à s’échapper vers le sud, pour franchir comme ils peuvent le canal du Centre (qui relie la Loire à la Saône), dont les ponts ont été coupés. D’autres avant-gardes allemandes sont aussi signalées aux environs de Château-Chinon.
Saône
Le gros de la 1.PzD atteint la Saône à Pontailler, Gray, Quitteur et Port-sur-Saône, mais partout les ponts ont sauté, tandis que les dépôts d’essence de Saint-Jean-de-Losne et de Gergy ont été incendiés. La défense française est bien en place. La pause est désormais inévitable.
L’OKH ordonne à Guderian d’arrêter son avance : le XXXIXe PzK ne doit pas dépasser la Saône et attendre l’infanterie tout en réparant son matériel et en réorganisant sa logistique. Guderian, à nouveau furieux de la frilosité de ses supérieurs, ne peut désobéir ouvertement à un ordre explicite, mais profite d’une lacune pour tenter de pousser encore son avantage. En effet, l’ordre d’arrêt ne mentionne explicitement que le XXXIXe PzK. Guderian demande donc au XLIe PzK d’avancer sur Epinal et la Moselle, espérant éviter de voir sa proie lui échapper. De plus, il obtient aussi que la Luftwaffe organise des sorties massives les jours suivants, pour couper définitivement les voies ferrées vers le couloir rhodanien.
Lorraine
A Toul, la 58e DI du 42e CAF, isolée en arrière-garde, prolonge la résistance, couverte par le Groupement Gallini (14e GRCA, 61e et 70e GRDI). Au sud de Toul, les restes de la IIe Armée sont progressivement repoussés vers l’est.
Les débris des IIIe et Ve Armées continuent de reculer en combattant au sud du canal de la Marne au Rhin. L’aile gauche de la Division Girval est enfoncée et la IIIe Armée est coupée en deux (le 6e CA et le 42e CAF à l’ouest, le 20e CA à l’est). La supériorité allemande est très nette et le comportement des troupes françaises, épuisées, est très variable : l’héroïsme le plus incroyable côtoie parfois la reddition pure et simple de régiments entiers…
Après la rupture du front sur le canal de la Marne au Rhin, il est désormais clair que la Lorraine est perdue, ce n’est plus qu’une question de temps. Les autorités civiles ordonnent alors à la SNCF de faire partir tout son matériel roulant vers le sud et de saboter ses installations fixes.
Alsace
Les divisions de la 7e Armée allemande progressent dans les vallées vosgiennes et commencent à attaquer les positions défensives françaises (du nord au sud : col de la Charbonnière, col de Steige, col d’Urbeis, col de Sainte-Marie, col du Bonhomme, col de la Schlucht). Si certaines défaillances locales sont à signaler (col du Bonhomme), les troupes françaises se battent en général très bien et infligent des pertes sensibles à leurs assaillants. Mais, comme trop souvent, épuisées et s’enlisant dans une défense statique face à un adversaire mordant et manœuvrier, les Français finissent par être débordés. Dans le meilleur des cas, ils se replient à la nuit tombée, dans le pire, ils se rendent après avoir épuisé leurs munitions… Seuls le 302e RI et le 10e Chasseurs Pyrénéens, au col de la Schlucht, remportent une véritable victoire défensive.
Au sud des Vosges, le Groupement Mack bloque le pont d’Aspach qui commande la retraite d’une partie de la 105e DIF, puis enfonce l’arrière-garde de la division Salvan à Lachapelle-sous-Rougemont : les bataillons de ces unités qui ne sont pas obligés de se rendre sont rejetés sur le Ballon d’Alsace, la route de Belfort est ouverte.
Vallée du Rhône et front italien
L’Armée des Alpes continue à préparer une deuxième ligne de défense dans la vallée du Rhône. Le général Olry est placé sous les ordres directs du GQG, afin de permettre une étroite coordination de ses opérations avec les autres armées.
A la suite de sa rencontre la veille avec Hitler, Mussolini, agacé, donne l’ordre de lancer l’offensive générale dans les Alpes. Cependant, aucune activité offensive n’est menée dans la journée, ni dans les airs ni sur terre.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 13:40    Sujet du message: Répondre en citant

20 juin

Cotentin
Le pilonnage de Cherbourg reprend, mais l’artillerie française, manquant de munitions, ne peut plus guère s’y opposer.
Une première tentative allemande pour pénétrer dans la ville est repoussée en début de matinée.
Peu après midi, une seconde attaque a plus de succès. Les Allemands pénètrent en ville, mais les Français tiennent encore et l’on se bat autour des forts et de la préfecture maritime. L’artillerie lourde française s’est tue, les défenseurs ripostent encore à l’aide de canons et de mitrailleuses de DCA.
Dès le crépuscule, de petits navires se risquent jusqu’à la digue pour embarquer des groupes de retardataires du 5e CA inutiles à la défense.
Bretagne
Saint-Brieuc – Les Allemands progressent lentement. A chaque coupure, à chaque carrefour, de petits groupes de combats très motivés, armés de FM et de grenades, attaquent les convois légers, causant des soucis sans nombre à l’intendance allemande.
Brest – Le général Charbonneau prépare la défense du port sur deux lignes successives, à 30 et à 15 km de la ville. L’évacuation du personnel et des services de l’arsenal se poursuit.
Landivisiau – Le général Béthouart, sur ordre personnel de De Gaulle, s’est envolé peu avant l’aube avec le dernier avion de liaison, couvert par les derniers chasseurs du GC II/8, qui s’en vont eux aussi. « Le GC II/8 totalise 11 victoires depuis le début de la campagne, mais la défense de Brest lui a coûté cher. Ses chasseurs Bloch 152 ont montré leur solidité et la puissance de leur armement, mais ils sont trop lents et pas assez maniables. C’est un Groupe épuisé qui se replie aujourd’hui sur Bordeaux-Mérignac. » (Extrait de “Le Groupe de Chasse II/8 dans la défense de l’Ouest – D’après le journal de marche de l’unité”, Editions Ouest-France, 1990)
Vannes – Le général Lebleu s’apprête lui aussi à défendre la ville, tout en ordonnant l’évacuation des dépôts.
Redon – Les restes du détachement belge qui a défendu la ville ont pu s’échapper durant la nuit. Grièvement blessé la veille, le major Lorent n’a pas survécu. C’est donc le capitaine-commandant Lemercier qui décide de se diriger avec les survivants vers Lorient, d’où il pense que (si tout s’est bien passé) le gros de la 7e DI belge a été évacué.
Le front de la Loire
Secteur de Nevers
L’ensemble de la 9.PzD est parvenue sur la Loire et monte un assaut en règle. Les Allemands réussissent finalement à passer en force et dans la soirée, les avant-gardes des ID du XXVI.AK atteignent Nevers. Les Allemands traversent aussi la Loire à Imphy et remontent l’Allier vers Moulins. Dans la nuit, les Français décrochent vers le sud.
Secteur de La Charité
Le canal latéral est franchi, les défenseurs, débordés par le nombre, sont bousculés. Les Allemands poursuivent, contournent le nid de résistance de Sancergues, que leur aviation bombarde violemment. Au bout de la route menant vers Bourges, qui forme la plus longue ligne droite de France , une batterie fait illusion quelque temps face aux véhicules allemands qui foncent vers l’ouest. Elle doit néanmoins bientôt se replier, car des motocyclistes avançant sur Avord menacent de la tourner.
Dans la nuit, les défenseurs français décrochent vers le sud et le Massif Central, sous la protection de bouchons de sacrifice tenus par les derniers tirailleurs.
C’est avec la petite garnison d’un de ces bouchons que l’agrégé de grammaire et tirailleur de 2e classe Léopold Senghor est fait prisonnier. « J’avais la rage au cœur, racontera-t-il, d’autant plus que je savais que la France allait continuer à se battre coûte que coûte. » Mais, alors que les Sénégalais s’attendent à être envoyés en captivité, ils constatent que les vainqueurs sont furieux, à la fois parce qu’ils se sont heurtés à une résistance bien plus énergique qu’ils ne l’espéraient et parce qu’ils ont été tenus en respect par « des sauvages noirs. » Horrifiés, ils comprennent qu’ils vont être fusillés. « Passé le premier moment d’effroi, raconte Senghor, nous nous sommes concertés et nous avons décidé de tomber bravement, de refuser un bandeau (qui ne nous fut d’ailleurs pas proposé) et de mourir en criant Vive la France ! Et pas un de nous n’y a manqué. »
Léopold Senghor tombe comme les autres, mais les Allemands, ne voulant pas « se salir les mains en enterrant des Noirs » confient la tâche d’inhumer les malheureux à des civils réquisitionnés. C’est l’un de ces fossoyeurs improvisés qui constate que l’un des Sénégalais vit encore. L’homme prend le risque de transporter le tirailleur à l’hôpital, où il se remettra. Senghor a raconté la suite, sa guérison, son évasion et ses années de clandestinité, dans son émouvant ouvrage Le Pays des Ombres, récit émaillé de poèmes rédigés en pleine guerre.
Secteur de Cosne et Cours-sur-Loire
Les chasseurs alpins contre-attaquent la tête de pont de Saint-Thibault sans parvenir à la réduire. Une nouvelle tentative à Cosne permet aux Allemands de prendre pied là aussi à l’ouest de la Loire et de progresser jusqu’au canal latéral. Au soir, tombe l’ordre de repli sur le Cher.
Secteur de Briare
Les Allemands s’infiltrent au milieu d’une défense trop légère et traversent le canal latéral de la Loire, forçant les défenseurs à se replier sur la Sauldre. A la tombée de la nuit, arrive l’ordre de retraite vers le Cher…
Secteur de Gien
Informé de ce qui se passe en amont, le général Fougères décide d’écraser la tête de pont de Saint-Gondon pour faciliter sa prochaine retraite : il lance à l’aube une contre-attaque avec ses dernières réserves (II/107e RI, second bataillon du 126e RI), soutenues par les derniers chars R35 et bien coordonnée avec un puissant et précis tir d’artillerie. Les défenseurs sont écrasés et ceux qui ne retraversent pas la Loire sont capturés. Fougères reprend ainsi l’initiative et les Allemands ne font aucune tentative sérieuse dans la journée. A la tombée de la nuit, le repli sur le Cher est entamé sans opposition.
Secteur de Sully-sur-Loire
Dans la nuit du 19 au 20, la 3e DLI exténuée se replie, relevée par la 87e DIA, plus fraîche après deux jours de repos, et renforcée entre-temps par le 19e BATS (bataillon autonome de tirailleurs sénégalais). Les tirailleurs contre-attaquent à l’aube et la rumeur de l’arrivée de “sauvages sénégalais” déclenche un début de panique dans les rangs des Allemands, qui abandonnent une partie du terrain conquis la veille. Malgré de violents bombardements d’artillerie, qui incendient ce qui restait encore de Sully, les Allemands ne conservent en fin de journée que quelques pâtés de maison sur la rive sud et sont acculés à la défensive.
Ainsi, dans la nuit du 20 au 21, la 87e DIA peut prendre à son tour sans interférence de l’ennemi le chemin de la retraite vers le Cher.
Secteur de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans
Dès l’aube, les Allemands lancent une attaque générale. Ils élargissent leur tête de pont de Jargeau, repoussent la 47e DI vers le sud, débouchent de Châteauneuf et grignotent du terrain mètre après mètre jusqu’à Tigy. Toute la journée, les Français luttent pied à pied et reculent en bon ordre. A la nuit tombée, c’est la retraite générale vers le Cher.
Secteur d’Orléans à Beaugency
Les combats ravagent Orléans, atteignant un degré de violence jusqu’alors inouï dans cette guerre. Pour occuper une maison ou même un étage, on se bat au corps à corps, à l'arme blanche. Les défenseurs, qui ont retrouvé une raison de se battre en écoutant les récents discours radiophoniques du gouvernement, sont admirablement conduits par un Baudoin survolté qui n’hésite pas à monter en première ligne. Cavaliers, gardes républicains, coloniaux, fantassins et réservistes font preuve d’un héroïsme démesuré et presque suicidaire. Munitions épuisées, des groupes d’Indochinois luttent jusqu’au dernier avec des bouteilles incendiaires et même des cailloux ! Quant aux réservistes du 1er bataillon du 51e Régiment régional, ils sont commandés par un colonel assez âgé qui galvanise ses hommes avant de tomber lui-même avec quelque panache. On n’apprendra qu’un peu plus tard qu’il s’agit en réalité du général Maxime Weygand. Il avait renvoyé au Président Lebrun sa Légion d’Honneur, avec un mot expliquant qu’il ne se sentait plus le droit de la porter depuis l’arrestation de Pétain. Il ajoutait qu’impuissant à empêcher ce qu’il considérait toujours comme « une folie dangereuse », il se préparait « à mourir en soldat et dans l’honneur. » Informé de cette fin, De Gaulle laissera tomber, pour toute oraison funèbre : « Il aura tout de même commandé au feu une fois dans sa vie ! »
A la tombée de la nuit, les Français contrôlent encore les débouchés sud d’Orléans quand tombe l’ordre d’exécuter le premier temps du repli vers le Cher… Celui-ci s’effectuera sans difficulté, la 33.ID allemande, épuisée et durement touchée, n’essayant même pas de poursuivre. Quelques éléments, encerclés, vont cependant être dans l’incapacité de battre en retraite. C’est ainsi que Joseph Darnand est fait prisonnier, à la tête de son Corps Franc, « démoralisé, prétendra-t-il, par l’annonce de l’éviction du maréchal Pétain. » Engagé volontaire (il a 43 ans), ce héros de la Première Guerre n’a pourtant pas, hélas, l’intention d’en rester là.
Secteur de Blois
La 9.ID allemande traverse la Loire sur des radeaux pneumatiques en plusieurs points, surprenant la vigilance de la 84e DIA. Trois têtes de pont s’élargissent rapidement face à des défenseurs débordés tandis que le génie allemand s’active pour rétablir le passage sur les restes des ponts. Dans la soirée, la 84e DIA décroche et se replie sur le Cher.
Secteur d’Amboise à Angers
La 28.ID allemande arrive à Amboise dans la nuit du 19 au 20, pensant y trouver un pont intact repéré par la Luftwaffe : en fait, le dit pont mène à une île au milieu du fleuve et le pont allant de l’île à la rive sud a été détruit. Croyant les Français repliés pendant la nuit (comme les huit jours précédents), les Allemands tentent de traverser le 20 à l’aube, mais ils sont repoussés par l’arrière-garde de la 8e DLIC. Une seconde tentative, dans l’après-midi, échoue à nouveau.
Les avant-gardes allemandes arrivent à Tours à 02h00. Dans la journée, la 8.ID occupe la partie de la ville au nord de la Loire. Des duels d’artillerie font rage, détruisant une partie de la ville et provoquant de nombreux incendies, mais les canons français ont le dessus. Les fantassins allemands ne tenteront pas de traverser à Tours (la 8.ID ne traversera la Loire que les 22 et 23, à Port-Boulet, dans la foulée de la 1.KD).
De même, dans le sous-secteur d’Azay-le-Rideau, les avant-gardes allemandes qui arrivent à Langeais trouvent les ponts détruits et défendus. Les Allemands se contentent de simulacres de traversée pour fixer la 5e BLM (celle-ci ne se repliera sur la Vienne que le 22).
Les premiers détachements de la 1.KD arrivent à Saumur dans la nuit du 19 au 20. L’alerte a été donnée, le pont Napoléon a déjà sauté et le pont de chemin de fer est détruit sous le nez des avant-gardes allemandes. À Montsoreau, le pont saute la même nuit à 01h15 ; les Allemands se replient à Varennes. A Port-Boulet, le pont n’a pas sauté, mais l’attaque allemande est repoussée par les défenseurs qui s’emparent d’un PAK 37. Cependant, les charges de destruction ne fonctionnent pas et le pont reste intact. Devant l’échec de ses coups de main, le commandement de la 1.KD utilise la journée du 20 pour reposer ses hommes (et ses chevaux), épuisés après une étape harassante.
L’avant-garde de la 1.ID arrive à 18h00 devant Saint-Mathurin et Les Rosiers, face à l’île de Gennes, pour constater que les ponts ont déjà sauté. Une première attaque sur l’île est lancée peu après et se solde par un échec sanglant. Une seconde tentative permet aux Allemands de prendre pied dans l’île, mais sans venir à bout de la résistance française.
L’avant-garde de la 11.ID, commandée par le capitaine Stein, arrive à La Flèche dans l’après-midi. Là, Stein fait appeler par téléphone le maire d’Angers et le préfet et les somme de se rendre sous peine de bombardement de la ville. Sachant que ce qui compte est d’empêcher les Allemands de passer la Loire, les responsables civils français acceptent et accompagnent les premières unités allemandes, qui entrent à Angers vers 18h00… mais sont toujours sur la rive nord du fleuve. Les 1ère et 3e DLM, qui stationnaient à Angers, sont passées au sud de la Loire depuis midi et s’alignent avec le groupement du génie 9/11entre Béhuard et Ponts-de-Cé. Furieux, Stein voit sauter tous les ponts ; seule consolation, l’un d’eux n’est qu’incomplètement détruit.
Par ailleurs, plusieurs unités sont venues compléter le dispositif de défense de la Loire dans ce secteur :
– entre Champtocé-sur-Loire et Ingrandes, la 3e DLC reconstituée par l’agrégation des cavaliers du dépôt d’Angers (Groupement de Saint-Laumer) à ses éléments organiques ;
– de Montjean-sur-Loire à Chalonnes-sur-Loire, les restes des 236e et 237e DLI.
Secteur d’Ancenis à Nantes
Depuis le départ du Jean-Bart, ce secteur est devenu secondaire pour les Allemands. Il est donc assez calme.
Les ponts de Nantes sont détruits dans la journée, mais à Saint-Nazaire, le bac continue à fonctionner et à transporter des détachements de toutes origines arrivant sur la rive nord. Dans l’après-midi, six cents Polonais rescapés des combats de Saint-Aubin parviennent à Saint-Brévin. Ils sont épuisés, mais ont sauvé leurs armes individuelles et même quelques mitrailleuses. Beaucoup sont volontaires pour affronter sur place les Allemands.
Bourgogne
Les dernières colonnes disloquées des divisions françaises du GA 4, exténuées par dix jours de combats en retraite, sans alimentation, sans munitions, sans ordres, sont faites prisonnières entre Montbard, Avallon, Autun et Dijon. Le XXVI.AK atteint Avallon et poursuit vers Château-Chinon au travers du Morvan, ratissant le secteur. Devant lui, la 10.PzD et le régiment GrossDeutschland poussent en direction de Montceau-les-Mines et du Creusot. L’OKH a en effet donné l’ordre d’occuper en priorité l’importante manufacture d’armes Schneider, au Creusot.
À Dijon, la 67e DI a commencé son repli dans la nuit, profitant au maximum du relief pour glisser vers le sud-ouest en direction de Beaune, puis de Chalon-sur-Saône. Les éléments laissés en arrière-garde ne peuvent empêcher les troupes allemandes d’entrer dans la ville en début de matinée et poursuivre immédiatement vers le sud. Les combats et les bombardements allemands ont d’ailleurs déclenché plusieurs incendies et causé de nombreuses pertes dans la population civile. Une partie des éléments du Groupement Marchal se sont repliés derrière la Saône, sur la gauche de la 54e DI, non sans avoir fait sauter les ponts sur le Canal de Bourgogne. Les autres sont en arrière-garde dans la plaine entre Dijon et Chalon-sur-Saône. Les avant-gardes allemandes s’emparent de Beaune dans l’après-midi et arrivent dans les faubourgs de Chalon tard dans la soirée. Là, elles sont bloquées par les défenses mises en place par la 3e DIM (renforcée par les rescapés de la 56e DI) sur le canal du Centre. La 67e DI, amputée de l’équivalent d’un régiment, se réorganise pour participer à la défense.
Lorraine
Après deux jours de terribles combats qui ont détruit le centre-ville, les Allemands s’emparent de Toul et font de nombreux prisonniers. La 58e DI a perdu là six de ses neuf bataillons.
Le 6e CA a reculé jusqu’aux environs de Charmes, sur la Moselle : il est toujours pressé au nord par les divisions d’infanterie de la 1ère Armée allemande et constate désormais que les unités françaises voisines gardent la Moselle face au sud-ouest ! Il est encerclé. Son chef, le général Loizeau, sent que la fin est proche.
Ce qui reste de la IIe Armée tente de reculer vers l’est, mais l’armée est désormais coupée du 6e CA et de la IIIe Armée. Toujours reculant, les unités des IIIe et Ve Armées atteignent les environs de Baccarat, où les divisions Dagnan, Chastenet et Girval subissent de nouvelles et lourdes pertes. Plus à l’est, les survivants du 43e CAF décident de se retrancher sur le plateau du Donon : ils doivent pour cela abandonner tout leur matériel lourd, qui ne peut passer par ces routes de montagne, et perdent la liaison avec les unités voisines.
Le général Prételat ordonne aux commandants des IIe, IIIe, Ve et VIIIe Armées de continuer à reculer et à se battre tant qu’ils le peuvent ; même encerclés, ils doivent poursuivre la lutte pour bloquer le maximum d’ennemis. Une fois les munitions épuisées et tout mouvement impossible, ils sont autorisés à se rendre…
La 6.PzD et la 20.ID mot lancent des groupes rapides contre Epinal par plusieurs itinéraires en comptant sur la vitesse et la surprise pour s’emparer de la ville. Ils se heurtent aux défenses avancées installées par les Français à l’ouest de la Moselle : à Xertigny, les cavaliers du 23e GRCA opposent aux blindés une résistance héroïque et prolongent jusqu’au soir les combats de rue (leur chef, le chef d’escadrons de Saint-Sernin, est tué). Les canons des forts d’Epinal prennent à partie une autre colonne qui progressait par le sud-ouest ; celle-ci n’insiste pas.
La 70e DI commence à être déployée au sud d’Epinal, de Remiremont à Luxeuil.
Les coupures du réseau ferroviaire se multiplient dans la région de Besançon et Belfort, du fait des bombardements de l’aviation allemande ou du fait de sa saturation par les trains de troupes, de transport de matériels et de réfugiés, mais jusqu’à présent les routes sont restées praticables : en effet, suite aux ordres stricts de Mandel, la gendarmerie et la prévôté surveillent sévèrement les itinéraires, et la Luftwaffe ne s’est pas attaqué aux infrastructures routières, qui doivent rester intactes pour permettre la progression des panzers ! La tactique des groupes automobiles consistant à se déplacer uniquement de nuit et à s’abriter de jour leur a permis jusque là d’éviter les pertes. Mais ce 20 juin, à l’aube, le convoi de la 342e compagnie de transport, qui transporte une partie de la 62e DI, est repéré puis attaqué par la Luftwaffe au sud de Besançon : une grande partie des camions et autocars sont détruits par des raids successifs. La 62e DI est dispersée : le 57e GRDI est arrivé sur la Saône, le 250e RI est bloqué au sud de Besançon, les 307e et 326e RI sont encore en arrière-garde autour de Saint-Dié, et le 52e RAMD est sur les routes, autour de Lure. Il va falloir que les hommes se remettent à marcher…
Vosges
Après de très violents combats, le col de la Schlucht finit par tomber. La route des crêtes conquise, les Allemands poursuivent leur progression pour s’emparer des routes descendant des cols : Gérardmer est menacé. Le Groupement Mack atteint Belfort, mais son coup de main est bloqué par la résistance des troupes françaises qui défendent la ville ; Mack doit attendre le gros des divisions d’infanterie de la 7e Armée pour lancer une attaque en force.
Front italien
Jusqu’à présent, la guerre avec l’Italie s’est limitée à quelques accrochages de patrouilles, mais Mussolini réclame davantage. Le maréchal Badoglio, se faisant le porte-parole du Regio Esercito, obtient cependant de repousser le déclenchement de l’offensive générale. Le Duce accepte, car la résolution française est maintenant apparente, même pour lui. S’il ne doute pas de l’issue prochaine des combats, il estime pouvoir donner à ses troupes un peu plus de temps pour se préparer. « Mais cinq jours, pas un de plus ! » exige-t-il.
Pour aujourd’hui, la seule activité notable sur la frontière franco-italienne sera une mission d’observation menée par deux Ro.37 protégés par des CR-42.

21 juin

Cotentin
Le “sabordage” des forts de la rade précède l’inévitable reddition de Cherbourg. L’amiral Abrial est capturé les armes à la main. Son adjoint, l’amiral Platon, a rejoint Brest sur une vedette rapide.
A Carentan, le bataillon sénégalais du Lt-colonel Feuardent résistera encore jusqu’au coucher du soleil, pour l’honneur.
Bretagne
On se bat à Guingamp et à Landivisiau.
Brest – L’évacuation et les destructions étant achevées, le général Charbonneau ordonne d’entamer des négociations pour rendre la ville. Pendant celles-ci, le gros des troupes de la garnison parvient à fuir par la mer. Le général Charbonneau lui-même s’embarque au Conquet dans la soirée, peu avant que les Allemands n’occupent le port, ravagé par les destructions opérées par les Français.
Par contre, l’amiral Charles Platon, arrivé de Cherbourg la veille, refuse d’évacuer. Il se dit scandalisé par le projet de poursuivre la lutte dans les colonies et affirme (montrant une anglophobie virulente) qu’il ne sera pas « un supplétif de Messieurs les Anglais. » Il est fait prisonnier.
Dans la Manche, le torpilleur Cyclone, en réparations et qui a quitté la veille à la remorque le grand port militaire breton vers Plymouth, est torpillé et coulé par un sous-marin allemand. L’identité de ce dernier restera un mystère, mais il s’agit vraisemblablement de l’U-122, allant de la Mer du Nord vers le Golfe de Gascogne, et qui sera porté disparu peu de temps après, sans avoir eu le temps de revendiquer son succès. Le submersible a sans doute été victime d’un avion du Coastal Command, attiré sur les lieux par l’appel de détresse du remorqueur français.
Le front de la Loire
En amont d’Amboise, les Allemands sont maîtres du fleuve : les restes des VIe et VIIe Armées et de l’Armée de Paris se replient vers le Cher, couverts par la cavalerie et par la destruction aussi systématique que possible des ponts sur les cours d’eau traversés (petite Sauldre, grande Sauldre, Cosson, Beuvron…) ; les premiers éléments, transportés par bus et camions, atteignent le Cher dans la matinée.
Secteur d’Amboise à Angers
A Amboise, les Allemands repartent à l’assaut dans la matinée. La situation est plus difficile pour la 8e DLIC, en train de préparer son repli sur le Cher et attentive à ne pas se laisser déborder par la droite… Grâce à son artillerie (encore 22 pièces de 75 et 9 pièces de 155), l’attaque est à nouveau repoussée. Les Allemands réussissent cependant à prendre pied sur la rive sud près de Mont-Louis-sur-Loire (entre Amboise et Tours), mais une contre-attaque des H-39 de la 2e DLM les repousse. Dans la soirée, les défenseurs se replient sur le Cher, laissant les Allemands franchir le fleuve dans la nuit à Amboise même, où le génie construit un pont militaire.
A Saumur, la 1.KD s’acharne et réussit à établir une tête de pont sur l’île d’Offart. La lutte pour le contrôle de cette île stratégique dure toute la journée, mais au soir, les Allemands ont réussi à s’en emparer.
Plus près d’Angers, malgré plusieurs tentatives, le pont de Port-Boulet ne saute toujours pas. Vers 22h00, la 1.KD lance une attaque en force et s’empare du pont.
Pendant ce temps, les Allemands renforcés ont réussi à s’emparer de l’île de Gennes, puis à mettre le pied sur la rive sud de la Loire. L’artillerie de la 1.ID brise toute tentative de contre-attaque des unités de la 3e DLM.
A Angers même, la journée est calme, avec quelques échanges de tirs d’artillerie. Mais dès la nuit tombée, les fantassins allemands tentent de s’infiltrer par le pont incomplètement détruit.
Secteur d’Angers à Nantes
Plusieurs avant-gardes motorisées se présentent devant les ponts de Chalonnes-sur-Loire, Montjean-sur-Loire et Behuard. Plusieurs tentatives de passage en force sont aisément repoussées. Les Allemands doivent constater que les ponts sont détruits et que leurs coups de main ont échoué.
Lorraine
Le XLI.PzK pousse ses unités pour occuper avant l’inévitable pause tout le terrain qui pourra être gagné sans trop de risque ni d’effort : l’objectif est de border la Moselle au nord et au sud d’Epinal et si possible de s’emparer de têtes de ponts sur le fleuve, là où la résistance française n’est pas trop forte. La 20.ID mot atteint Plombières puis Arches. La 6.PzD encercle Epinal, tout en restant hors de portée des canons de ses forts et sans chercher à attaquer la ville pour l’instant. La 8.PzD lance ses groupes de combat jusqu’à Nomexy et surtout Charmes, où s’est installé le PC du 6e CA : ce dernier, assailli par trois divisions d’infanterie au nord et par la 8.PzD au sud, se rend en fin de journée, le général Loizeau est fait prisonnier.
Au sud de Nancy, la majorité de la IIe Armée ainsi que le 42e CAF sont encerclés sur le Madon : ses troupes à bout de forces et de munitions, Flavigny se rend dans la soirée.
Les Allemands sont à Saint-Dié, déclaré ville ouverte par Condé : ce dernier s’est réfugié avec les unités qu’il commande encore (20e CA et division De Girval, mais surtout de nombreux services et autres unités non combattantes de la IIIe Armée) dans les forêts à l’ouest de la ville.
Gérardmer tombe après de terribles combats. Les Allemands reçoivent la reddition de la 104e DIF et du 13e CA et s’emparent d’un important matériel, artillerie lourde notamment, qui n’a pas pu être entièrement détruit à temps.
Les IIe, IIIe et Ve Armées sont désormais complètement disloquées, et leurs restes attaqués du nord, de l’ouest et de l’est ; que la route du sud soit encore ouverte ou non, leur sort est définitivement scellé...
Centre
Les avant-gardes du XIV.PzK piétinent devant Moulins, énergiquement défendue par des troupes de la 13e Région Militaire et des isolés regroupés par le commandant Paulimann (héros de la Tranchée des baïonnettes, chanoine et député de la Meuse dans le civil).
La IVe Armée française regroupe ses effectifs dispersés sous la protection de détachements motorisés de la 7e DLM et du 25e GRDI. Ainsi, la 14e DI de De Lattre, réduite à 1 500 hommes, se regroupe à Saint-Amand-Montrond, ralliant les éléments variés que son chef a récupérés chemin faisant. Les 10e et 53e DI se rassemblent au nord de Clermont-Ferrand et la 44e DI se concentre à Eygurande.
Saône
La région située au nord du canal du Centre commence à être quadrillée par les troupes allemandes. Le Creusot est occupé, malgré un baroud d’honneur de quelques batteries d’artillerie lourde françaises.
Les divisions d’infanterie de la 12e Armée allemande bordent la Saône entre Gray et Port-sur-Saône. Le XXXIX.PzK passe en réserve et panse les nombreuses plaies de deux semaines d’une chevauchée moins facile que Guderian ne l’écrira dans ses Mémoires. La préparation de la traversée en force de la rivière commence aussitôt.
Alpes
En fin d’après-midi, un BR.20 de la 172e Squadriglia effectue une reconnaissance photographique de toute la région, survolant Cannes, Toulon, Lyon et les vallées de Savoie.
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MessagePosté le: Jeu Déc 10, 2009 13:57    Sujet du message: Répondre en citant

22 juin

Bretagne
Lorient – In extremis, les restes du détachement belge qui a défendu Redon (trois cents hommes, plus les quelques survivants de la batterie de 90 de la Marine Nationale) sont parvenus jusqu’au port au milieu des colonnes allemandes s’efforçant de hâter la chute de la Bretagne. Vers deux heures du matin, ils embarquent sur la malle Prince-Philippe, dépêchée spécialement pour eux de Portsmouth. La malle est toujours commandée par l’infatigable Victor Billiet, qui a pratiquement dû forcer la sortie du port anglais, dont la capitainerie refusait de le laisser repartir. Malgré les risques, le général Van Daele a fait le voyage pour récupérer lui-même ses hommes. Pendant l’embarquement se déroule une scène tragi-comique : l’un des derniers officiers français du port, voyant embarquer les hommes du détachement Lorent, fait une remarque acerbe sur les Belges « qui ne savent que fuir ou capituler ». L’enseigne de vaisseau qui commandait la batterie française, suivi de ses quelques canonniers encore valides, coiffés du béret à pompon rouge (ils n’avaient pas reçu de casques avant de monter au front), réplique aussitôt : « Les Belges savent se battre, mon capitaine, je l’ai vu de mes yeux, et mieux que d’autres peut-être ! » Le capitaine-commandant Lemercier prend le jeune enseigne par le bras et grimpe avec lui sur le Prince-Philippe avant que le ton monte davantage.
Vannes – Les défenseurs de la ville retardent les forces allemandes arrivant de Rennes.
Front de la Loire
Les Français qui ont décroché en amont de la Loire sont installés sur le Cher : les divisions d’infanterie allemandes n’ont pas suivi, leur progression étant perturbée par l’accumulation des coupures et des soucis logistiques ; seules de faibles reconnaissances ont repris localement le contact. Les panzers venant de Nevers arrivent à Bourges.
Secteur d’Amboise à Angers
Les unités allemandes qui ont passé le fleuve à Port-Boulet progressent jusqu’à Chinon, où elles sont bloquées au nord de la Vienne.
A Saumur, les Allemands prennent pied en force sur la rive sud. Les défenseurs contre-attaquent avec tout ce qu’ils ont, soutenus par l’artillerie et par leurs derniers chars, et repoussent les assaillants au nord de la Loire.
Devant l’île de Gennes, alors que les Allemands pensaient que leurs adversaires s’étaient repliés, les Français lancent une nouvelle contre-attaque, aidés par leur aviation qui neutralise pour quelques heures l’artillerie ennemie ; ils repoussent les Allemands sur l’île. Ces derniers, ayant constaté qu’ils ne pourraient pas réparer les ponts dans ce secteur, interrompent leurs efforts au profit des secteurs d’Angers et de Saumur.
À Angers même, les attaques redoublent avec des tentatives de traversée en force par canots pneumatiques. Les Allemands prennent pied sur la rive sud aux Ponts-de-Cé, mais ils sont repoussés par une contre-attaque des derniers blindés de la 3e DLM.
Secteur d’Angers à Nantes
Des fantassins de la 27.ID (XXXVIIIe CA, von Manstein) réussissent à poser le pied sur la rive sud à hauteur de Chalonnes-sur-Loire. En fin de matinée, un escadron du bataillon de marche du 18e RDP contre-attaque avec les restes de la 352e CACC. Un char B1 est détruit, mais la 27.ID est rejetée de l’autre côté du fleuve.
Centre
Moulins tombe.
La IVe Armée reçoit l’ordre d’assurer la défense des vallées de l’Allier, le 23e CA à l’ouest du fleuve, le 8e CA à l’est. La 14e DI se réorganise à Montaigut (où elle est cette fois renforcée par un détachement de la 13e RM…) et la 10e DI fait mouvement vers le Puy-en-Velay, où elle va tenter de regrouper et de trier les isolés et les traînards.
Est
En Lorraine, les dernières unités de la IIe Armée, avec les restes du 21e CA et du CA Colonial, commandées par Carles, sont encerclées sur les collines de Sion-Vaudémont.
Encerclé lui aussi depuis la veille, Condé tente un dernier baroud d’honneur ; les négociations de reddition s’engagent néanmoins avec les émissaires allemands…
La 7e Armée allemande attaque par l’est les dernières défenses françaises dans les Vosges, autour de Belfort et du Ballon d’Alsace. Le général Laure, à Belfort, et le colonel Duluc, sur le Ballon d’Alsace, galvanisent la résistance. La ceinture de forts de Belfort, à commencer par le Fort de Roppe, tient l’infanterie allemande en respect.
Saône
Les troupes allemandes contrôlent désormais tous les grands axes du Morvan et ont bordé les coupures (Loire, canal du Centre, Saône).
La 62e DI, après la perte d’une partie de ses moyens de transport, commence à peine à s’installer sur la Saône de part et d’autre de Saint-Jean-de-Losne, relevant les unités de cavalerie du Groupement Marchal.
Provence
Dans la nuit du 21 au 22, six BR.20 du 43ème Gruppo attaquent le port de Marseille.

23 juin

Les forces françaises qui le peuvent entament un vaste repli. Il est prévu de s’accrocher à nouveau sur une “ligne d’arrêt” allant de l’estuaire de la Gironde au nord de Valence, avec un large saillant englobant la plus grande part du Massif Central (pointe nord à Argenton-sur-Creuse), puis continuant jusqu’à Grenoble et remontant vers Evian.
Bretagne
Presque toute la Bretagne est occupée. Pendant les dernières évacuations et destructions, les défenseurs de Lorient, commandés par l’amiral Penfentenyo, livrent un dernier combat aux Cinq-Chemins de Guidel.
L’amiral fait saboter les portes des bassins et incendier les réservoirs d’essence et les cuves à mazout du Priatec, ainsi que celles proches du pont Gueydon (sur la rive gauche de l'arsenal). Le mazout des cuves éventrées se répand dans le Scorff qui se couvre de flammes.
La ville se rend dans la soirée. Les Allemands y trouvent la coque du futur croiseur léger De Grasse, abandonnée avec celles de deux avisos dragueurs (voir annexe 40-7-2). Ils mettent aussi la main sur des bâtiments anciens, dont certains ont été sabordés.
Front de la Loire
Les armées françaises repliées sur le Cher, pour éviter d’être prises à revers, reculent sur la Creuse, où le Groupement Blindé Delestraint fait face aux panzers de von Kleist. Le général Delestraint est légèrement blessé au cours d’une escarmouche.
Secteur d’Amboise à Angers
A Saumur, les Allemands repartent à l’attaque et réussissent à nouveau à créer une tête de pont au sud du fleuve. Cette fois, les défenseurs sont trop affaiblis pour contre-attaquer efficacement et doivent se contenter de limiter l’expansion de la tête de pont. Les Allemands peuvent donc éloigner canons et observateurs d’artillerie des ponts que leur génie tente immédiatement de réparer.
A Angers même, les Allemands redoublent d’efforts. Après une journée de furieux combats d’infanterie, soutenus par leur aviation à nouveau omniprésente au dessus du champ de bataille, ils réussissent à conserver une tête de pont au sud de la Loire.
Secteur d’Angers à Nantes
Les premiers véhicules allemands pénètrent dans l’agglomération de Nantes. En fait, depuis plusieurs jours, les Allemands avaient fait porter leurs efforts vers Saint-Nazaire, ses chantiers et le cuirassé Jean-Bart, qui a pu s’échapper. L’entrée dans la ville ne leur est pas disputée, mais les ponts sur la Loire sautent et sont couverts par les armes automatiques des régiments régionaux qui empêchent la traversée. Les Allemands n’insistent pas.
Centre
Les Allemands reprennent leur avance dans la matinée, contournant le centre de résistance de Saint-Pourçain-sur-Sioule (défendu par le Bataillon de Marche 132 et un détachement du 132e RR, avec une section de FT-17) en passant par Gannat. Ils parviennent à Vichy, qui tombe en début d’après-midi, sans combat notable (rien d’étonnant pour cette calme ville d’eaux, qui ne fera plus vraiment parler d’elle de toute la guerre).
La 14e DI se replie vers Clermont-Ferrand et met en place une ceinture de bouchons antichars afin de protéger la ville. La division se réarme et se renforce d’un bataillon de… sapeurs-pompiers évacué de Paris.
Lorraine
Ses munitions épuisées, sous la menace d’une attaque en force, Condé, la mort dans l’âme, doit négocier sa reddition. Sur les conseils de son chef d’état-major le colonel Tessier, il indique qu’elle ne s’applique qu’aux unités qu’il peut encore commander, laissant ainsi toute latitude aux autres poches encerclées de poursuivre la lutte de leur côté…
Cette reddition ne précède que de quelques heures celle du général Carles, pressé par dans des circonstances identiques.
Provence et Alpes
Les attaques aériennes italiennes se poursuivent, toujours perturbées par la brume.

24 juin

Bretagne
Quiberon – Les troupes allemandes forcent l’entrée de la presqu’île. Le fort du Congueil, dont le gros de la garnison a été évacué vers l’Angleterre par des bateaux de pêche, se rend.
Saint-Malo – Evacuée par la 1ère Brigade Canadienne et la garnison française, la ville est occupée sans coup férir par les Allemands.
Front de la Loire
La bataille de la Loire s’achève. Les derniers défenseurs du cours aval décrochent peu à peu sur la Charente après avoir fait front une dernière fois à Nantes. Les unités défendant la Creuse doivent à nouveau se replier, cette fois sur la Vienne, sur une ligne Confolens – Limoges – plateau limousin.
A Saint-Nazaire, le cuirassé Jean-Bart ayant pu s’échapper, l’entrée dans la ville n’est plus disputée, mais le bac de Saint-Brévin (il n’y a pas de pont) est coulé, les rares embarcations restantes sabordées et les bords de Loire couverts par les mitrailleuses des régiments régionaux. Les Allemands n’insistent pas pour l’instant. Ils passeront le lendemain.
La bataille de la Loire est terminée.
« Les premières avant-gardes motorisées allemandes avaient atteint la Loire le 17 juin dans sa boucle nord (Gien, Sully, Orléans), plutôt le 18 sur la haute Loire (Briare, Cosne, La Charité), le 19 à Tours ou Saumur, le 20 à Angers et jusqu’au 22 à Nantes. Dans tous les cas, les coups de main pour s’emparer de ponts intacts ont échoué face à une défense décidée et préparée.
Dans les 24 heures suivant l’arrivée des avant-gardes, celles-ci ont été renforcées par les gros des divisions d’infanterie, qui ont tenté dans la foulée des traversées en force. De très durs combats se sont déroulés tout le long de la Loire, à partir des 18 et 19 juin en amont de Tours, gagnant progressivement l’aval du fleuve au fil des heures. La défense française a été partout tenace et souvent héroïque : au cours de ces deux journées, ces nombreuses tentatives de traversée ont échoué ou ont été repoussées par des contre-attaques, ou les attaquants n’ont pu déboucher des rares têtes de ponts conquises.
Sur la haute Loire, pourtant, les IVe et VIe Armées ayant été saignées à blanc dans leur retraite depuis la Marne, la trop faible densité des défenseurs a finalement rendu la tâche impossible. Le 19 au soir, les Allemands tenaient d’importantes têtes de pont à Bonny-sur-Loire, Saint-Thibault et La Charité, tandis que l’avant-garde des blindés de Kleist était signalée à Nevers. Cette situation difficile se dégradait encore le 20, menaçant d’encerclement la VIIe Armée et l’Armée de Paris. Le 20 au soir, le commandement français était obligé d’ordonner leur repli (qui devait entraîner celui des IVe et VIe Armées) sur une ligne Cher - Allier.
Cette retraite nocturne, couverte par les derniers éléments motorisés (GRDI, GRCA et Groupements Welvert et Delestraint), fut accompagnée de destructions aussi systématiques que possible des ponts sur les cours d’eau traversés (petite Sauldre, grande Sauldre, Cosson, Beuvron, etc).
Pendant que se déroulait ce repli, les défenseurs français livraient de terribles combats entre Tours et Angers. La percée de Saumur obligeait les Français à accentuer leur recul, la Xe Armée se repliant dès le 23 au soir sur la Vienne, puis le 24 au soir sur la Charente. A chaque fois, les ponts (sur le Cher, l’Indre, la Vienne…) étaient détruits.
La progression allemande était très perturbée par l’accumulation des coupures qu’il fallait franchir au moyen de ponts de fortune, le génie ne disposant pas d’assez de ponts pour permettre le passage à la fois des unités et de leur ravitaillement. Les Allemands ne lançaient donc que de faibles reconnaissances à la poursuite des Français, et ne reprirent véritablement contact que le 26, sur la Charente.
Ce n’est qu’à partir du 25 juin que les divisions panzers de Hoth, ayant achevé la conquête de la Bretagne, purent commencer à se regrouper à Angers et Saumur pour s’élancer par la suite vers le littoral atlantique.
Les défenseurs de la Loire, tout en infligeant de lourdes pertes à un ennemi souvent surpris, avaient acheté de leur sang – et au prix, hélas, de ravages considérables frappant les villes de Sully-sur-Loire et surtout d’Orléans – plus d’une semaine de délai pour l’immense exode qui avait commencé en Méditerranée. »
(Extrait de Du sang contre du temps. La bataille de la Loire, 16 au 24 juin 1940, par le colonel Antoine-Henri de Mollans. Paris, 1964)
Centre
Les Allemands progressent à nouveau. Malgré les efforts de la 53e DLI, ils s’emparent de Thiers, puis, s’apercevant que la route d’Ambert est barrée, se rabattent sur Clermont, réduisant les bouchons d’Aulnat et de Pont-du-Château.
Menacée sur son flanc gauche, la 14e DI est forcée d’abandonner la ville et de se replier vers Issoire. Avant de quitter la ville, De Lattre s’est emparé des pièces d’artillerie du parc et a incorporé 300 apprentis-artilleurs, en formation au camp de la Fontaine-du-Berger.
Front de la Saône
Après une pause de deux ou trois jours qui leur a permis de raffermir leur logistique et de reposer leur infanterie, les Allemands attaquent dans trois secteurs.
Dans l’est, le XLI.PzK franchit la haute Saône et la Moselle. Il s’empare d’Epinal et pousse vers Luxeuil, repoussant la 70e DI vers le Ballon d'Alsace.
Entre Gray et Port-sur-Saône, les divisions d’infanterie de la 12e Armée réussissent à rompre le front français, grâce à un soutien massif de l’aviation. Elles créent à Port-sur-Saône une tête de pont qui va jusqu’aux abords de Vesoul. Cette rupture est aussitôt exploitée par le XXXIX.PzK.
Enfin, le XVI.PzK attaque à Chalon-sur-Saône et sur le canal du Centre. Il réussit à créer des têtes de pont au sud du canal.

25 juin

La bataille face à la Wehrmacht connaît, de l’Atlantique au Massif Central, une sorte d’accalmie.
Dans l’Ouest, la progression des avant-gardes motorisées allemandes au sud de la Loire est ralentie par de nombreuses actions retardatrices et de harcèlement réalisées par des groupes de chars, d’automitrailleuses et de cavaliers, réunis le plus souvent par le hasard des combats et des retraites.
Dans le Centre, les Allemands entrent dans Clermont-Ferrand vers 14h00, mais la 14e DI tient les débouchés sud de la ville, gouvernant la haute vallée de l’Allier. La position défensive est redoutable, les attaquants ne passeront pas sans monter un assaut en règle, la pause est inévitable. Cependant, la 53e DLI combat autour d’Ambert et y perd une centaine d’hommes, encerclés et capturés à Saint-Anthème après une résistance acharnée. Ambert est abandonné vers 21h00, la 53e DLI se replie vers le Puy-en-Velay.
En Alsace, le 43e CAF (général Lescanne) et la 103e DIF se rendent à leur tour.
En Lorraine, le XLI.PzK s’empare de Luxeuil et resserre l’étau autour des restes de la VIIIe Armée, retranchée sur le Ballon d’Alsace et à Belfort.
La 1.PzD (XXXIX.PzK) atteint Besançon dans la soirée. Le Doubs, dont le niveau assez bas ne constitue pas un obstacle, est traversé dans la foulée. Les 2.PzD et 29.ID mot franchissent aussi la Saône et coupent la route du sud aux défenseurs qui n’ont pas décroché assez vite. Le général Bourret est capturé avec son QG.
Dans la Vallée du Rhône, la 3.PzD repousse les défenseurs français vers l’ouest et fonce vers le sud le long de la N6, à l’ouest de la Saône.
Alpes
L’offensive réclamée par Mussolini commence enfin. Sur toute la frontière franco-italienne, les troupes du Duce passent à l’attaque. Leurs principaux objectifs sont les vallées de la Tarentaise et de la Maurienne, le Briançonnais, Queyras, Ubaye et les Alpes Maritimes. Mais les Italiens doivent franchir des cols de haute montagne, encore enneigés en cette saison et affronter des conditions météo contraires. Ces premières tentatives sont pour la plupart contenues par les sections d’éclaireurs skieurs, élite de l’Armée des Alpes, qui tiennent les avant-postes et jouent de leur parfaite connaissance du terrain pour harceler l’ennemi.
Dans le Briançonnais, le fort italien de Chaberton, installé à 3 130 m, menace toute la vallée et la ville de Briançon de ses huit canons de 147. Mais dès qu’il ouvre le feu, il est contrebattu par les quatre mortiers Schneider de 280 mm (une batterie à deux sections du VI/154e RAP), installés dans le plus grand secret à 2 100 mètres, à contre-pente . Les énormes mortiers détruisent en quelques heures six des tourelles du fort et réduisent celui-ci au silence, sans que les défenseurs découvrent d’où proviennent les obus qui leur sont envoyés. Le moral des troupes du 4e CA italien (général Mercalli) se ressent de la destruction du fort réputé invincible. « Quand nous avons vu sauter la troisième tourelle du Chaberton, nous avons compris que nous ne passerions pas. »
Un peu partout, pour tenter de débloquer la situation, la Regia Aeronautica attaque les ouvrages fortifiés des Alpes. Mais brume et nuages perturbent les bombardiers Fiat BR.20 et les fortifications ne sont pas affectées.
Côte d’Azur
Là aussi, les Italiens attaquent pour satisfaire le Duce, mais là aussi, leur tâche est difficile. Ainsi, l’offensive sur Menton de la 5e Division d’Infanterie Cosseria est stoppée avec de lourdes pertes. C’est pourquoi le train blindé 120/2/S (4 canons de 120/45mm) tente d’appuyer l’attaque en prenant pour cible les positions de l’artillerie mobile française et le fort du Cap-Martin. Il prend position au cap de la Mortola, en avant du tunnel Hambury, et tire 232 coups en une demi-heure. La réaction française le contraint à se retirer à l’abri du tunnel. Il en ressort en début d’après-midi, mais avant qu’il ait pu se mettre en position de tir, il est touché par les tirs des 75 du fort du Mont-Agel (qui surplombe Roquebrune), guidés par les observations du Cap-Martin. Les obus français mettent hors d’usage trois pièces de 120 sur quatre et font exploser le wagon de munitions. Le train parvient à regagner l’abri du tunnel, mais huit hommes de l’équipage ont été tués, dont le commandant (L.V. Giovanni Ingrao), et quatorze blessés.
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MessagePosté le: Ven Déc 11, 2009 11:45    Sujet du message: 26-30 juin Répondre en citant

26 juin

Ouest
Les Allemands entrent en contact avec la nouvelle ligne de défense française, articulée sur la Charente puis entre Angoulême, Limoges et le long de la Vienne jusqu’au plateau du Limousin. Cette ligne est bien tenue par les restes des Xe Armée (sur la basse Charente), VIIe Armée (entre Angoulême et Confolens), Armée de Paris (sur la Vienne) et VIe Armée (contreforts du Limousin), peu gênées dans leur retraite depuis la Loire et complétées par des renforts locaux issus des dépôts et camps militaires du sud. Face à cette résistance organisée et aux difficultés logistiques, l’OKH commence à préparer une inévitable pause.
Ainsi, les panzers opérant dans l’ouest et le centre de la France reçoivent l’ordre de se regrouper pour repos et réparations avant d’être renvoyés vers le sud : ceux de van Wietersheim (XIV.PzK) autour de Châteauroux, ceux de Hoth (XV.PzK) à Saumur et Angers.
Centre
Les colonnes allemandes remontent la Loire vers Roanne, ralenties par de nombreux bouchons et harcèlements.
La 53e DLI organise la défense avancée du Puy-en-Velay sur un arc de 30 km face au nord. Les approches de la ville sont barrées et des bouchons sont installés à la Chaise-Dieu, Craponne et Allègre. La 53e DLI est soutenue par la 10e DI (ou son fantôme) ! Réorganisée en deux détachements de la valeur d’un bataillon chacun à partir des débris d’une cinquantaine d’unités de toute provenance, la division du général Aymé se tient en réserve, prenant position autour de Saint-Flour.
Est
La 1.PzD atteint Montbéliard, tandis que la 29.ID mot pousse jusqu’à Pontarlier et la frontière suisse. La poche est refermée sur la GA 2.
Vallée du Rhône
La 3.PzD, suivie par le reste du XVI.PzK, poursuit son avance vers le sud pratiquement sans opposition. Un pont sur la Saône est découvert, intact, à Tournus, permettant à la 13.ID mot de bifurquer vers Lons-le-Saunier puis d’atteindre la frontière suisse aux Rousses, refermant là aussi la nasse sur les restes du Groupement de la Saône, dont seule une partie des éléments sont parvenus à rejoindre la région lyonnaise.
Alpes
Les sections d’éclaireurs skieurs français, dont les escarmouches bloquaient à elles seules depuis deux jours les progrès des divisions italiennes, commencent à être à bout de forces. Dans la soirée, elles reçoivent l’ordre de se replier derrière la position de résistance principale.
Côte d’Azur
L’offensive italienne se renouvelle, malgré les pertes importantes et les gains insignifiants. Devant Menton, la 5e DI Cosseria repart à l’attaque et subit à nouveau de lourdes pertes. Les trains armés italiens 120/1/S (4 canons de 120/45 mm) et 152/5/S (4 pièces de 152/40 mm) entrent en action à plus grande distance, tirant respectivement 150 et 208 obus et ne subissant aucun dommage, mais sans grande efficacité non plus.
Cependant, une concentration de chalands et d’embarcations diverses est signalée au QG français derrière Grimaldi. Les Italiens prépareraient-ils un débarquement entre le Cap Martin et Monte-Carlo pour tourner les ouvrages de la ligne de résistance ? Les troupes du littoral sont alertées.

27 juin

Ouest
Le front est calme.
Centre
Roanne tombe.
Après deux jours de pause qui lui ont permis de se reconstituer, la 44e DI marche vers Saint-Manet pour protéger le flanc gauche de la IVe Armée en bloquant les routes de Clermont-Ferrand et d’Aubusson.
Est
La 1.PzD remonte vers Belfort, prenant à revers la vieille ceinture fortifiée qui a jusqu’à présent tenu en respect les divisions d’infanterie de la 7e Armée allemande. La garnison se rend en fin de matinée, après avoir tenu tête non seulement à l’infanterie de la 7e Armée allemande depuis plusieurs jours, mais aussi aux avant-gardes du XXXIX.PzK depuis la veille. Immédiatement, les blindés allemands attaquent par le sud les derniers défenseurs des Vosges regroupés sur le ballon d’Alsace. Attaquée par l’est et désormais par l’ouest et le sud, la VIIIe Armée du général Laure se rend à son tour. Mais quelques unités réussissent encore à échapper à la captivité en Allemagne en passant en Suisse pour se faire interner (voir annexe 40-6-9), dont une partie du 45e CAF du général Daille et les rescapés du Groupement de la Saône. Parmi eux figurent de nombreux soldats polonais.
Vallée du Rhône
Depuis la déclaration de guerre de l’Italie et la rupture du front en Champagne, le général Olry a compris qu’il risquait de se battre sur deux fronts. Il a donc chargé le général Cartier d’organiser la défense de ses arrières, sans retirer un seul homme aux troupes qui défendent la frontière italienne, en raclant les fonds de tiroirs (troupes de l’intérieur formées à partir des dépôts, permissionnaires veufs de leur unité, unités “de passage” vers le sud…) et en concentrant ses forces aux points favorisés par la géographie, c’est-à-dire essentiellement les points de franchissement des fleuves et rivières. Cartier a ainsi organisé quatre positions défensives : au nord de Lyon et sur le Rhône, sur l’Isère, sur la Drôme, enfin sur la Durance.
Les éléments de tête de la 4.PzD atteignent Bourg-en-Bresse dans l’après midi. La ville est défendue par un bataillon de marche de tirailleurs marocains qui forme la tête du dispositif défensif du groupement De Mesmay, échelonné sur la D79 jusqu’à Bellegarde. Plus à l’ouest, les avant-gardes de la 3.PzD descendant la N7 se heurtent à la résistance inattendue du bataillon de dépôt 131 à Tarare et Pontcharra. Le commandant allemand décide de faire halte pour la nuit et d’attendre des renforts. Les défenseurs se retirent vers le Rhône dans la nuit.
Côte d’Azur
Tandis que les attaques italiennes contre le secteur fortifié des Alpes Maritimes se poursuivent, l’aviation française intervient contre les préparatifs de débarquement italiens : en fin de journée, trois Potez 63-11 du GC I/16 (modifiés les jours précédents par l’ajout de gondoles de mitrailleuses), escortés par une patrouille double de MS-406 du GC III/1, surgissent du soleil couchant et attaquent le port de Vintimille, où les troupes du régiment d’Infanterie de Marine San Marco commencent à embarquer dans divers bateaux de pêche et autres chalands de débarquement improvisés. Bénéficiant de l’effet de surprise et d’une bonne puissance de feu (canons de 20 mm des Morane, six mitrailleuses Mac par Potez), les avions français causent de nombreux dégâts aux navires et de lourdes pertes au San Marco. Sachant les Français avertis et craignant une intervention navale qui se solderait par un massacre des soldats transportés, les Italiens renoncent à leur projet.

28 juin

Est
Les dernières unités françaises du Groupement de la Saône, réfugiées dans le Jura, se rendent. Seuls les ouvrages de la ligne Maginot continuent de résister.
Vallée du Rhône
D’intenses combats opposent au nord de Lyon (Chasselay, Neuville, Sathonay) les défenseurs français (tirailleurs, légionnaires et territoriaux) aux assaillants, dont les SS du régiment GrossDeutschland. La batterie de 155 mm du fort de Corbas ouvre le feu à plusieurs reprises pour enrayer des tentatives de franchissement du fleuve. À la nuit, les défenseurs se replient derrière le Rhône, dont tous les passages de Valence à Bellegarde sont coupés.
Alpes
Les Italiens parviennent à avancer un peu, malgré les pertes dues non seulement aux tirs de l’artillerie des ouvrages français, mais aussi aux conditions météos (des centaines d’hommes doivent être évacués pour gelures). Leurs avant-gardes arrivent aux abords des fortifications françaises, dont les tirs les maintiennent cependant à distance respectueuse.

29 juin

Le repli français se poursuit sur l’ensemble du front.
Vallée du Rhône
Afin de limiter les destructions infligées à Lyon, les combattants français se sont repliés dans les faubourgs. Le général Hartung, gouverneur militaire, offre la reddition de la ville, alors que des accrochages ont encore lieu dans le secteur de Corbas. Les Allemands occupent donc la “capitale des Gaules”, mais tous ses ponts ont été détruits.
La 13.ID mot parvient dans l’après midi à Bellegarde, dont les défenseurs se sont retranchés dans Fort-l’Ecluse.
Sud-Ouest
L’appel aux Espagnols a permis de recruter plus de 30 000 hommes, dans les camps mais surtout dans les Compagnies de Travailleurs Etrangers (CTE), en plus de dix mille engagés spontanés de septembre 1939 à mai 1940. Parmi ces hommes, un certain nombre… d’enfants, ou plutôt d’adolescents ayant triché sur leur âge, et même quelques femmes ! Les bataillons formés à la hâte sont équipés grâce aux armes des manufactures de Chatellerault, Tulle, Hendaye, Bayonne... au parc d’artillerie de Poitiers et aux munitions de l’ERG Mun. de Thouars (sans compter l’armement des Républicains espagnols eux-mêmes, mis sous séquestre lors de leur arrivée en France). Les premières unités de la Légion Étrangère ainsi formées prennent position sur la Charente et la Vienne. Les dernières vont occuper la ligne de défense de la Dordogne, qui doit couvrir Toulouse. En effet, on ne se fait guère d’illusions sur la solidité de la ligne d’arrêt définie le 23 juin.
Les défenseurs de cette première ligne d’arrêt sont renforcés par douze bataillons de tirailleurs sénégalais stationnés au camp de Souge à Bordeaux. Huit autres bataillons sénégalais, stationnés à Rivesaltes, vont se joindre aux Espagnols sur la ligne de la Dordogne. Ces unités expérimentées (22 000 hommes en tout) vont se voir distribuer 400 fusils antichars Boys fournis par les Britanniques et qui attendaient leur affectation dans différents dépôts, ainsi que plusieurs milliers de pistolets-mitrailleurs Thompson. Leur résistance va enrager les Allemands, qui y verront un motif d’amplifier leurs exactions contre leurs prisonniers noirs (ainsi que contre leurs officiers blancs, “coupables” de prendre la défense de leurs hommes).
Côte d’Azur
L’offensive dans les Alpes Maritimes est renouvelée avec plus de vigueur encore : la 5e DI Cosseria est désormais épaulée par la 37e DI Modena, deux bataillons de Chemises Noires et une artillerie nombreuse. Les Italiens avancent au mépris des pertes causées par l’artillerie française, débordant les ouvrages avancés (Pont Saint-Louis, la Coletta, Collet du Pila), qui continuent pourtant la lutte, même dépassés et encerclés. Les sections d’éclaireurs skieurs, qui se sont magnifiquement battu et atteignent les limites de la résistance physique, doivent être repliées. Il n’y a plus de troupes en avant de la principale ligne de résistance, qui n’est cependant nulle part entamée. En fin de journée, les Italiens atteignent les faubourgs de Menton.

30 juin

La ligne d’arrêt définie le 23 juin est atteinte par l’armée allemande. Cette ligne va finalement de l’estuaire de la Charente au nord de Valence, en passant par Rochefort, Angoulême et Limoges. Elle englobe une grande partie du Massif Central, puis continue jusqu’à Grenoble et remonte vers Evian.
Et, miracle provisoire, sur tout le front, les pointes les plus avancées des troupes de la Heer sont arrêtées par des unités souvent formées de bric et de broc ! Les Allemands payent en effet le prix d’une logistique trop légère. Dépassée par le succès de la Blitzkrieg, cette logistique est à bout de souffle. Compte tenu du parc de camions disponible, il est impossible de ravitailler des forces substantielles au-delà du seuil de Bourgogne. Les avant-gardes sont peu nombreuses, même si elles ont avancé très loin. Les unités de reconnaissance motorisées manquent gravement de munitions et de carburant. À plusieurs reprises, les généraux allemands ont même dû leur donner l’ordre de reculer de 25 à 50 km pour éviter de les perdre ; ces unités sont trop précieuses pour être engagées dans des conditions marginales. Incapable de ravitailler ses tanks et ses auto-mitrailleuses (son parc de camions est insuffisant et le réseau ferré français a été en partie détruit), la Wehrmacht en est à utiliser sa cavalerie à cheval ! Ainsi, au sud de Lyon, l’avance ennemie peut être jalonnée (et ralentie) par les cavaliers du groupement Jouffrault, qui couvrent le repli sur l’Isère du groupement Cartier.
Le haut commandement allemand, craignant peut-être une “nouvelle bataille de la Marne”, mais surtout conscient de l’état d’épuisement des hommes et du matériel, aggravé par l’intensité des combats des quinze derniers jours, ordonne une pause d’une semaine.
Pendant ce temps, le “Grand Déménagement” a vraiment commencé.
De tout le sud de la France, c’est à dire de tout le littoral méditerranéen et de la côte atlantique entre Bordeaux et Biarritz, tous les navires disponibles, de toutes les nations alliées, se sont attelés à la tâche. La plupart font une rotation tous les cinq jours, mais les plus petits font la navette avec la Corse. Les aviations de l’Axe, hors du rayon d’action des Bf-109 de la Luftwaffe, ne peuvent s’opposer sérieusement à cet exode.
Côte d’Azur
Les Italiens s’infiltrent dans Menton, mais celle-ci a été évacuée par la plupart de ses habitants et par les troupes françaises. L’artillerie des fortifications françaises peut donc bombarder sans crainte la ville, où les attaquants ne se maintiennent que le temps d’un communiqué de victoire un peu prématuré.
L’idée de contourner la ligne de résistance par un débarquement ayant été abandonnée, les Italiens sont contraints de l’attaquer frontalement. Un premier assaut contre l’ouvrage du Gorbio est repoussé avec de lourdes pertes.
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