Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Diplo-Eco Décembre 1943
Aller à la page Précédente  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Diplomatie, Economie
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 2496

MessagePosté le: Mar Fév 26, 2019 16:40    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
"Quant on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage"


C'est un de mes proverbes préférés, appris à la dure sur le marché du travail. Ma copine adore quand je dit ça.

"Qui veut noyer son chien, l'accuse d'avoir la rage"

"Ben il est ou le chien ?
"J'ai fait comme tu voulait: je m'en suis débarrassé.
"Comment t'a fait ?
"Ben j'ai dit qu'il avait la rage, et fait abattre en conséquence.
"Mais il n'avait pas la rage...
"Mais enfin merde quoi, tu voulait t'en débarrasser non ? alors on s'en fout qu'il est eut la rage, ou pas.
"Certes...

(fermeture du banc)
_________________
Surely you can't be serious !
I'm serious, and don't call me Shirley.

Conservatoire de l'Air et de l'Espace d'Aquitaine
http://www.caea.info/index.php?lang=fr
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9914
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Mar 15, 2019 18:35    Sujet du message: Répondre en citant

Avant de retourner à Mai 1944, cet ajout à Décembre 43, par Démolition Dan, qui laisse augurer bien du tracas pour les Magyars.


16 décembre 1943
L’orgueil d’un amiral
Bonnes intentions
Palais Sándor (Budapest)
– Le vénérable édifice bâti en 1806 par le comte Vince Sándor sert depuis fort longtemps de siège aux gouvernements de Hongrie (1). A son bureau, le Premier ministre Miklós Kállay se demande comment sortir son pays de l’ornière où il se trouve du fait de son prédécesseur et adversaire politique, László Bárdossy.
Bárdossy, qui avait succédé au pauvre Pál Teleki, est resté à peine deux ans en poste avant de lui céder la place le 9 mai 1943 sur l’ordre du Régent, l’amiral Horthy. Mais dans cette période, il a fait bien du dégât ! Quelle erreur, quelle misère, quelle tragédie même a été le choix de ce médiocre carriériste, ancien ministre des Affaires étrangères, mais qui ne devait sa place qu’au décès de son patron le comte István Csáky (2). De la rupture des relations avec l’Angleterre et la France lors de l’invasion de la Yougoslavie jusqu’à la participation du pays à la guerre germano-soviétique (alors que l’URSS ne souhaitait nullement un conflit avec la Hongrie !), en passant par la déclaration de guerre aux Etats-Unis – délictueuse, car non signée par le Régent (3), cet imbécile a réussi à brouiller le pays avec la plus grande partie de la planète. Deux années de surenchère constante à droite et d’alignement servile sur le Reich, sans aucun bénéfice tangible.
Et s’il n’y avait que cela ! Sa docilité est allée jusqu’à mettre en péril l’unité du pays. Ainsi, Bárdossy a fait promulguer la troisième loi antijuive, annulant les conversions et interdisant les mariages mixtes, tout en définissant le concept absurde d’une « race juive » ! Quelle sottise ! se dit Kállay dans un soupir. On peut apprécier ou non les fidèles de la religion hébraïque… mais pour lui, avant toute chose, il y a des Hongrois et des non-Hongrois. Et les Hongrois juifs sont d’abord Hongrois.
Bárdossy était donc bel et bien un médiocre – au mieux. Le défunt comte Ciano ne disait-il pas de lui « il n’a pas d’autres attitudes que celle que lui inspire l’orthodoxie du moment » ?
Il aurait bien mieux valu pour le pays que Teleki restât en poste… Même si le vieux comte de Szék n’avait pas toujours été bien inspiré. Il s’était suicidé en mai 1941, en laissant une lettre dans laquelle le Régent et son propre gouvernement étaient accusés de tous les maux – entre autres, de lâcheté, ou même de se comporter en « hullarablók lezünk » (vampire). Pourtant, c’était bien lui qui avait autorisé les armées du Reich à marcher sur Belgrade en passant par la Hongrie ! Le Régent, lui, s’était opposé à l’invasion de la Yougoslavie. Mais il n’avait pu aller contre le Legfelső Hondédelmi Tanács (Conseil Supérieur de Défense).
Teleki avait donc fui dans la mort ses responsabilités – le gouvernement avait dû mettre en avant les soucis de santé de son épouse pour donner une raison acceptable à son geste.
Et à présent, c’est à Kállay de tenter de résoudre les problèmes créés par d’autres. En ces temps difficiles, plutôt que s’en remettre à Dieu, il faudrait faire front au côté du Régent pour sauver le pays. Ou au moins, pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être.
………
Palais Budavár (Budapest) – L’amiral ne réside pas loin des bureaux de Kállay – le palais Budavár est à cent mètres au sud à peine, en descendant la Svent György Utca le long du Danube. Le vieil officier calviniste vit toujours là, dans l’austérité de sa foi – du moins du point de vue d’un catholique comme Miklós Kállay. Il est installé dans l’aile des hôtes étrangers, entouré de sa famille et de son modeste personnel (4), comme un symbole de la Nation respecté de tous et disposant d’un large pouvoir exécutif.
Mais le régent a 75 ans. Et il porte de moins en moins bien son âge – sans qu’il soit possible de le remplacer, du fait de la mort récente du vice-régent, son fils préféré. Certes, Horthy reste toujours vaillant et aimerait extraire son pays de la guerre. On murmure même qu’il aurait fondé un “Bureau de Sortie” (Kiugrási Iroda) confié à son collaborateur Géza Ónódy et où son second fils travaillerait parfois – cette discrète institution ne semble toutefois pas agir plus loin que les murs du palais.
Mais par les temps qui courent, il faudrait plus que des intrigues de palais pour résoudre les graves difficultés de la Hongrie – il faudrait plutôt des amis, des vrais. Or, le pays est diplomatiquement isolé depuis les années 30, le conflit n’a fait que révéler ce terrifiant échec. Ainsi, Horthy n’a reçu la visite que de deux chefs d’état durant l’entre-deux-guerres : Heinz Miklas, président de la république d’Autriche (une nation aujourd’hui disparue !) et Victor-Emmanuel III, qui n’est plus roi d’Italie que par la grâce des Alliés !
Hélas, depuis son deuil, l’amiral, atteint de surdité, paraît s’isoler, enfermé dans son palais et ses souvenirs. Déjà incapable d’ouvrir seul des pourparlers de paix, l’amiral refuse aussi de voir le danger qui guette la Honvéd. L’armée hongroise n’est plus aussi unie et dévouée qu’autrefois. Infiltrée par les nazis, encadrée par des officiers à la retraite affiliés aux Croix-Fléchées, la noble institution montre d’inquiétants signes de radicalisation.
Ainsi, le massacre du 21 janvier 1942, lors de l’invasion de la Yougoslavie, dans une partie de la Voïvodine et de la Bácska que le front traversera bientôt de nouveau – trois à cinq mille civils massacrés et jetés dans le Danube, dont des ressortissants allemands. Le scandale avait été immense… Mais le gouvernement et le régent avaient alors préféré se retrancher derrière les investigations en cours ou la défense de l’honneur de l’Armée. Une enquête avait toutefois été menée à son terme, et les officiers des corps concernés, dont le général Ferenc Feketehalmy-Czeydner et le colonel József Grassy (tous deux d’origine souabe), avaient été jugés. La justice magyare avait alors prononcé quatre condamnations à mort et vingt peines de prison… Mais aucune n’avait été exécutée. Pire : depuis, les intéressés ont été discrètement exfiltrés vers le Reich, et continuent vraisemblablement à attiser la sédition depuis le territoire du si puissant “ami” allemand, dont l’influence délétère ne connaît plus de limites. C’est en vain que l’amiral tente de maintenir l’ordre dans les rangs, comme jadis à Pola – 17 officiers destitués, mais sans réel effet d’exemple.
Tout cela, Horthy refuse de le voir. Tout comme il refuse de voir que la succession de revers allemands à l’Est rendent le désastre imminent. Accroché aux gains territoriaux accordés à son pays par les arbitrages de Vienne, le Régent paraît encore croire possible de sortir du conflit en conservant les territoires récupérés depuis 1938. Son idée est simple : « Kiugrás » – sauter dehors ! Il compte peut-être sur la sympathie de l’armée allemande qui, pense-t-il, ne devrait pas tarder à reprendre le contrôle du Reich malgré ces amateurs de nazis.
Illusions que tout cela – face à lui, Miklós Kállay est un pragmatique, issu de la petite noblesse sans doute, mais aussi un commerçant et un propriétaire terrien – il lui faut du concret. Et même s’il sent que l’Axe est en pleine déconfiture, il sait qu’il faudra bien plus que de la bonne volonté de la part de quelques officiers allemands pour que la Hongrie s’en sorte. Oui, il n’y a plus rien à tirer de l’Allemagne… mais il reste encore beaucoup à craindre. Budapest va donc devoir jouer très serré, et une partition à quatre mains de surcroît !


27 décembre 1943
L’orgueil d’un amiral
Premières tentatives, premières maladresses
Vérone
– La très catholique et très latine Italie reçoit en visite officielle le Premier ministre hongrois Miklós Kállay, qui tente de conserver quelques liens avec les deux camps se partageant le pays depuis leur… brouille de Noël dernier. Après tout, royalistes et fascistes italiens n’ont-ils pas tous été de fidèles amis de la Hongrie durant les dernières décennies ? Sans même parler du Vatican, dont le pape actuel a eu de nombreuses fois l’occasion de constater l’amour que le peuple magyar voue au Christ. Les chemins de la Foi pourraient donc bien servir à des usages plus… terrestres.
Evidemment, pour des raisons bien compréhensibles, le Premier ministre n’ira pas plus loin que Vérone, où il est reçu par le Duce. Ce dernier, bien que très fatigué, fait bon accueil à son visiteur. Après tout, la Hongrie rappelle à Mussolini les grandes heures du fascisme, comme la visite de l’amiral Horthy à Rome et Naples en novembre 1936. En ce temps-là, l’armée royale italienne mobilisait 25 000 hommes pour une parade haute en couleurs, et la Regia Marina faisait défiler ses cuirassés devant les caméras du monde entier…
Ce temps est passé désormais. La plupart de ces soldats sont morts, prisonniers des Alliés… ou des Allemands, à moins qu’ils ne luttent désormais contre la RSI de Mussolini. Quant aux cuirassés, ils sont au fond de l’eau ou bien “aux arrêts” dans quelque port allié. Kállay passera de longs moments à tirer le Duce de sa mélancolie, en évoquant l’amitié (forcément inaltérable) entre leurs deux nations – mais en passant évidemment sous silence la visite du roi Victor-Emmanuel à Budapest le 3 mai 1937. Puis, le Magyar pose, d’un ton innocent, une étrange question : « Pensez-vous, cher Duce, que les Allemands puissent envisager l’intérêt d’une Hongrie neutre dans leur lutte à l’Est ? »
Mussolini, qui paraissait jusqu’alors avoir l’esprit embrumé de souvenirs, change soudain de regard sur son interlocuteur. Passé un long silence, hésitant mais pas forcément hostile, il répond simplement : « Je vous déconseille, Monsieur, d’agir dans le dos des Allemands. Comme vous l’avez constaté, ces derniers sont en mesure de faire comme bon leur semble et selon leurs intérêts. Ils occuperaient votre pays sans hésiter au premier manquement. »
On en restera là – Kállay a bien compris qu’il n’y a aucune aide à attendre de la part de son allié. Et ce n’est pas le comte Ciano qui pourra désormais appuyer son agenda dans les couloirs de la RSI…


30 décembre 1943
L’orgueil d’un amiral
Les voies du Seigneur sont-elles tout à fait impénétrables ?
Nonciature apostolique du Saint-Siège (Budapest)
– Sitôt rentré d’Italie, le Premier ministre Kállay profite des fêtes de fin d’année pour se rendre auprès de la représentation du Saint-Siège en Hongrie, assurée par le nonce Angelo Rotta – un homme dont le peu de goût pour le Reich est fort bien connu. De fait, le légat, qui s’est opposé avec beaucoup de vigueur aux lois antijuives mises en œuvre ces dernières années – et ce, qu’elles concernent les seuls israélites ou qu’elles s’étendent aux convertis au christianisme – pourrait être un allié précieux pour toucher le pape Pie XII.
Le vicaire de Saint-Pierre connait bien la Hongrie. Outre les liens historiques forts que cette dernière entretient avec l’Italie, il a eu l’occasion de juger de la compréhension du régime pour l’Eglise, et notamment lors du congrès eucharistique de 1938, tenu à Budapest du 25 au 29 mai sous le patronage du cardinal-primat Jusztinián Serédi. Celui qui n’était alors que le cardinal Pacelli y représentait alors le précédent pape, Pie XI, déjà affaibli par la maladie qui allait l’emporter. Cet événement avait scellé la réconciliation entre le Vatican et la Hongrie, déjà entamée depuis la visite de Pie XI en novembre 1936. En 1938, on célébrait justement le neuf centième anniversaire de la mort de Saint-Etienne (premier roi de Hongrie, sous le nom d’Etienne 1er) (5). Au dernier jour des cérémonies, le futur Pie XII était apparu au balcon devant une foule de presque cinq cent mille fidèles, pour crier « Vive le Pays de Marie ! ».
C’était la dernière manifestation d’un âge d’or économique et social. Avec l’aide d’autres pays des Balkans et du Saint-Siège, Budapest aspirait encore à représenter une troisième voie traditionnaliste et nationaliste, opposée aux totalitarismes venant de Russie… comme d’Allemagne. De nobles ambitions, partagées par (presque) tous dans le pays, mais qui ne s’étaient hélas pas franchement concrétisées (6).
Plus de cinq ans ont passé, apportant une foule de catastrophes. Mais la communion des fidèles pourrait encore permettre des prodiges, peut-être même des miracles. Le nonce accueille le Premier ministre avec un air de compassion sincère. Les lourdes portes de bois de son bureau se referment sur les deux hommes.
………
Palais Budavár (Budapest) – La nuit est tombée depuis longtemps sur la capitale hongroise quand le Premier ministre Kállay réunit autour du Régent un cabinet restreint pour évoquer les dernières démarches qu’il a entreprises. Ne sont présents, outre Horthy et Kállay, que le ministre de la Défense Vilmos Nagy de Nagybaczon et le ministre des Affaires étrangères Jenő Ghyczy de Ghicz. La voix enrouée par l’émotion, Miklós Kállay attaque avec l’air grave du médecin qui annonce de mauvaises nouvelles : « Messieurs, je me vois au regret de vous signifier que mon entretien avec le Nonce Rotta n’a rien donné de concret pour l’instant, et vraisemblablement pour l’avenir. Il m’a fait bon accueil et manifeste une sympathie qui semble sincère pour notre démarche. Mais il est pieds et poings liés par les instructions du Vatican. »
Un profond silence s’abat sur la salle. Hormis Kállay, tous autour de la table sont calvinistes, ils ne fondaient donc que des espoirs mesurés dans cette tentative. Mais cela n’en reste pas moins une mauvaise nouvelle. Après quelques instants, pour rompre le malaise, le général Vilmos Nagy risque un simple, mais agacé : « Nous ne demandons pourtant pas l’appui public du Saint-Siège ! A quoi pense donc le pape ? Quel risque prend-il, maintenant qu’il est bien à l’abri derrière les blindés américains ? »
– Apparemment, le Saint-Père craint, je cite, de…
« mettre en danger les populations chrétiennes d’Europe en les privant du peu de secours matériel et spirituel que l’Eglise peut leur apporter de par sa neutralité. » Il se propose d’agir en médiateur, mais ne peut être à l’origine de cette démarche.
Le ministre de la Défense se renfrogne : « Il a surtout peur d’attirer l’attention des nazis sur la prêtrise allemande, oui ! »
– Peu importe ses raisons, c’est ainsi. Nous sommes seuls sur cette affaire. Comme depuis 1921 en vérité. Monsieur de Ghicz, des nouvelles de vos démarches auprès de nations plus… expérimentées que nous ?
– Hé bien, et comme vous vous en doutez, mes services n’ont pas pu contacter nos anciens partenaires roumains et bulgares – si tant est qu’ils aient un jour désiré nous aider. J’ai bien sollicité Helsinki, mais là-haut, on m’a fait comprendre que…
– Il suffit, Messieurs !

L’amiral n’a pas eu besoin d’abattre son poing sur la table, ni même de vraiment élever la voix, pour imposer le silence. A presque soixante-seize ans, le vieil officier impose encore le respect. Et son mutisme depuis le début de la réunion ne donne que plus de poids à sa parole. Tous se tournent désormais vers lui pour écouter son arbitrage.
– Nous sommes isolés, c’est vrai. Mais c’est avant tout parce que nous ne sommes pas adressés aux bonnes personnes. Pourtant, nous avons eu de nombreux et courageux amis lorsqu’il a fallu que je revienne arracher notre pays au chaos. L’Angleterre, la France… ceux-là nous soutenaient à l’époque !
– C’est vrai, Régent. Néanmoins, depuis notre… participation à l’invasion de la Yougoslavie en 1941, je crains qu’ils n’aient pris le parti de nos ennemis héréditaires slaves.
– Ce qui leur portera tort ! Car les Karađorđević ne sont pas plus dignes de confiance que nombre de leurs sujets ! Et puis, il y a le péril bolchevique… C’est le plus important. Les Britanniques vont-ils laisser les Rouges déferler sur notre pays alors qu’ils en sont désormais aussi près ?
– C’est effectivement un argument que nous comptons utiliser, Régent. Que vaut notre petite annexion de la Voïvodine ou de la Bácska face à cela ? Nous pourrons même restituer ces terres, au moins partiellement, il n’y a pas vraiment de Hongrois dans ces régions.
– Nous n’en sommes pas encore là. Mais il faut discuter directement avec les Occidentaux. Assez tergiversé, les conversations directes, il n’y a que cela de vrai. Lorsque François-Ferdinand est mort, la cour a eu la folie de l’enterrer en privé dans la crypte des Capucins. Aucune cérémonie, aucun invité… aucun représentant étranger. Qui sait ce qui serait advenu pourtant, si les tous grands dirigeants d’Europe avaient été rassemblés dans une église en 1914, et contraints à s’entretenir directement ?

Comme à l’accoutumée, le Régent semble replonger dans ses souvenirs – souvenirs glorieux et non dénués de sens certes, mais qui ne peuvent seuls résoudre la crise. Avec patience, Miklós Kállay reprend : « Qui sait en effet ? Mais votre proposition est parfaitement valable pour notre situation. Sitôt les fêtes passées, je ferai mobiliser notre réseau diplomatique pour atteindre les Alliés par des canaux tiers. L’Angleterre donc, la France et… les Etats-Unis ? »
Jenő Ghyczy de Ghicz intervient : « N’oublions pas que plusieurs héritiers des Habsbourg, dont le prince Otto, sont désormais bien installés outre-Atlantique. Leur prestige pourrait nous être utile. »
– Oui, les Habsbourg, certes… Mais si nous pouvons faire sans eux, ce n’en sera que mieux !

A l’évidence, Horthy n’apprécie pas qu’on lui rappelle certains souvenirs – n’a-t-il pas juré fidélité à la couronne du Kaiser d’Autriche-Hongrie, autrefois ? Chacun note l’idée… mais, diplomatiquement, sans creuser davantage.
Finalement, le Premier ministre conclut : « Nous sommes donc tous d’accord autour de cette table pour mener une action directe à destination des capitales occidentales. Cette dernière devra toutefois évidemment être d’une discrétion absolue, l’état et le positionnement de nos forces armées ne nous permettant pas d’agir au grand jour. »
Cette déclaration déclenche un furtif mais vigoureux mouvement d’approbation de la part du général Nagy de Nagybaczon – mais le Régent ne semble pas vouloir laisser le dernier mot à son ministre.
– Cela ne peut être qu’une solution transitoire, Monsieur le Premier ministre. Les Allemands n’aiment pas les cachotteries ou les coups de poignard dans le dos. Mussolini lui-même vous l’a confirmé, me semble-t-il. Il faudra donc les informer de nos démarches au moment opportun, afin de ne pas les brusquer.
Une gageure ! Hitler n’est pas le kaiser Guillaume II, pourtant lui-même pas toujours tendre avec la défunte Autriche-Hongrie. Mais évidemment, personne n’ira contrarier ouvertement le Régent sur ce point.
– Bien sûr, Régent, le moment venu…


Notes
1- Le premier de ses occupants gouvernementaux fut sans doute l’archiduc de Teschen, gouverneur du Royaume de Hongrie de 1851 à 1860. Acquis en 1867 par l’Etat, le bâtiment fut réaménagé à chaque occupant – le rez-de-chaussée accueillant les bureaux et l’étage les appartements privés. Abandonné durant la période soviétique, il sert aujourd’hui de résidence pour le président de la République de Hongrie.
2- Le 27 janvier 1941. Le comte Csáky sera lui-même qualifié par la suite de « pire ministre des Affaires étrangères de l’histoire de la Hongrie. »
3- Horthy s’opposa jusqu’au bout à l’aggravation du conflit avec les puissances occidentales – ainsi, au chargé d’affaires américain Howard Travers qui venait prendre congé, il lança : « Retenez que cette soi-disant déclaration de guerre est illégale ; je ne l’approuve pas et ne l’ai pas signée. »
4- Deux gardes du corps et un domestique. L’Amiral s’attachera tout au long de sa régence à maintenir son traitement à 10 000 Pengő par an (soit à peu près le salaire d’un ambassadeur), tout en refusant d’occuper les logements royaux. De nos jours, ces locaux sont devenus la Bibliothèque nationale.
5- Ce culte du grand souverain, institutionnalisé dans le pays, donnait lieu chaque 20 août à une procession menée par le Régent.
6- Il est significatif de constater que Herr Goebbels imposa aux médias allemands et autrichiens un silence total sur l’événement – le régime hitlérien s’inquiétant alors de l’influence sur son opinion publique de la bénédiction d’un voisin qu’elle souhaitait mettre au pas avec énergie.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 550

MessagePosté le: Ven Mar 15, 2019 18:52    Sujet du message: Répondre en citant

...« il n’a pas d’autres attitudes que celle que lui inspire l’orthodoxie du moment »....

Au singulier, non ?

"... Et ce n’est pas le comte Ciano qui pourra désormais appuyer son agenda dans les couloirs de la RSI…"


Euh ? Je veux bien que feu Ciano ait appuyé sur son agenda dans ces augustes couloirs, ou qu'à la rigueur il l'ait essuyé, mais je n'en vois pas l'intérêt. Very Happy

A moins qu'il ne manque un " l' " et un "de" ?

... Et ce n’est pas le comte Ciano qui pourra désormais l' appuyer de son agenda dans les couloirs de la RSI…"
_________________
Timeo danaos et dona ferentes
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9914
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Mar 15, 2019 19:01    Sujet du message: Répondre en citant

1) Oui certes, au singulier.

2) Agenda au sens anglo-moderne du terme : ses objectifs. Je vais mettre "appuyer ses démarches".
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 4518
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Ven Mar 15, 2019 21:39    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Il aurait bien mieux valu pour le pays que Teleki restât en poste… Même si le vieux comte de Szék n’avait pas toujours été bien inspiré. Il s’était suicidé en mai 1941, en laissant une lettre dans laquelle le Régent et son propre gouvernement étaient accusés de tous les maux – entre autres, de lâcheté, ou même de se comporter en « hullarablók lezünk » (vampire). Pourtant, c’était bien lui qui avait autorisé les armées du Reich à marcher sur Belgrade en passant par la Hongrie ! Le Régent, lui, s’était opposé à l’invasion de la Yougoslavie. Mais il n’avait pu aller contre le Legfelső Hondédelmi Tanács (Conseil Supérieur de Défense).

Alors là, il y a un problème. Teleki a certes accepté en octobre 40 le transit des troupes allemandes qui allaient prêter assistance à la Roumanie (instructeurs, DCA pour Ploesti, ...). Par contre, en avril 41, c'est bien Horthy qui, à l'insu de Teleki (ce dernier finissant par se suicider début mai), a signé l'accord permettant aux troupes allemandes de passer par la Hongrie pour envahir la Yougoslavie.
Voir la chrono, nous en avons parlé.

Citation:
Ainsi, le massacre du 21 janvier 1942, lors de l’invasion de la Yougoslavie

Y'a pas une erreur de date ???

Citation:
Abandonné durant la période soviétique, il sert aujourd’hui de résidence pour le président de la République de Hongrie.

Il est un peu dommage d'anticiper ainsi le sort du pays à la fin de la guerre.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9914
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Mar 16, 2019 23:21    Sujet du message: Répondre en citant

Je commence par la fin :
- On ne spoile pas beaucoup en parlant d'une République de Hongrie - peu de lecteurs vont imaginer un royaume de Hongrie persistant après la fin de la guerre !

- le massacre est bien de janvier 42 (il est d'ailleurs dans la Chrono !). Mais c'est le mot "invasion" qui est erroné, il fallait lire "occupation".

- surtout, le paragraphe sur Teleki a été victime de malentendus entre Dan et moi. Voici une version plus cohérente.

De fait, c’était bien Teleki qui avait accepté, cédant aux pressions allemandes, que les armées du Reich passent par la Hongrie pour marcher sur la Pologne en 1939, puis pour se déployer en Roumanie en 1941 ! De son côté, le Régent avait tenté de s’opposer à ces mouvements, ainsi qu’à toute participation à l’invasion de la Yougoslavie. Mais à chaque fois, il n’avait pu aller contre le Legfelső Hondédelmi Tanács (Conseil Supérieur de Défense) et avait fini par contresigner ses décisions, dont il restait le responsable final.
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 4518
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Dim Mar 17, 2019 12:45    Sujet du message: Répondre en citant

OK pour les modifs.
Ce qui me gêne dans la phrase sur l'après-guerre, c'est "durant la période soviétique".
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 1557
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Dim Mar 17, 2019 13:49    Sujet du message: Répondre en citant

Il est quand même bien acté que la Hongrie ira dans le bloc de l'Est non ?
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Imberator



Inscrit le: 20 Mai 2014
Messages: 2462
Localisation: Régions tribales au sud-ouest de Nîmes.

MessagePosté le: Dim Mar 17, 2019 14:02    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Il est quand même bien acté que la Hongrie ira dans le bloc de l'Est non ?

Difficile de faire autrement.

Les alliés sont certes plus puissants FTL, ils ont un pied dans les Balkans. Mais les Russes aussi sont plus costauds et arrivent en force, et il faudra bien leur céder au moins autant qu'OTL (sauf à redéfinir le devenir de la Yougoslavie bien sûr).
_________________
Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 4518
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Dim Mar 17, 2019 17:41    Sujet du message: Répondre en citant

Bien sûr, mais le lecteur ne le sait pas encore à ce stade !
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9914
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Mar 26, 2019 01:04    Sujet du message: Répondre en citant

Bon, tout ceci est un peu désordonné, mais je préfère passer ce texte ici, où il complète notamment celui de la page 3.
Comme ce dernier, il est de TYLER.


20 mai 1941
Una, Grande, Libre
L’équilibriste à rude épreuve
Madrid
– Par un nouveau remaniement ministériel, Francisco Franco espère mettre fin à la plus grave crise politique que son régime ait connue depuis la fin de la Guerre d’Espagne, un peu plus de deux ans plus tôt. C’est que les dernières semaines ont été agitées !
Fin avril, le général Juan Vigon, ministre de l’Air et monarchiste [Vigon avait été désigné par Alphonse XIII pour s’occuper de l’éducation des enfants royaux entre 1925 et 1930.], avait informé le Caudillo que si le pouvoir de l’ex-ministre de l’Intérieur (et actuel ministre des affaires étrangères) pro-fasciste Serrano Suñer n’était pas rapidement limité, les monarchistes du gouvernement présenteraient leur démission ! Il est vrai qu’une succession de victoires italo-allemandes en Méditerranée avait presque fait oublier la perte du continent africain, passé aux mains des Alliés, ce qui avait encore accru les ambitions et les prétentions du beau-frère du Caudillo et de ses amis de la Phalange.
Confirmant cette évolution, un décret édicté le 1er mai avait annoncé que la censure ne s’appliquerait plus directement à la presse d’obédience phalangiste. Celle-ci serait dorénavant contrôlée par une délégation à la presse et à la propagande qui lui serait propre. Le lendemain, Serrano Suñer, au cours d’un discours où il s’en était pris directement et violemment aux Français et aux Britanniques, avait proposé publiquement de nommer un phalangiste de plus au gouvernement en désignant comme nouveau ministre du Travail José Antonio Giron de Velasco.
L’équilibriste Franco avait accepté, mais quelques jours plus tard, il avait annoncé l’entrée d’un nouveau monarchiste dans son gouvernement, avec la nomination du colonel Valentin Galarza, anti-phalangiste notoire et jusqu’alors sous-secrétaire à la présidence du gouvernement, au poste de ministre de l’Intérieur, naguère occupé par Serrano Sùñer ! Il est vrai que depuis l’automne dernier, le ministère de l’Intérieur n’avait plus de titulaire attitré, le sous-secrétaire d’Etat José Lorente Sanz assurant parfaitement l’intérim. Afin de ne pas gêner Galarza dans ses nouvelles attributions, Franco avait proposé à Sanz de venir auprès de lui au sous-secrétariat à la présidence du gouvernement, mais ce dernier avait décliné l’offre. Ce fut l’occasion presque accidentelle pour le jeune capitaine de marine Luis Carrero Blanco, chef des opérations de l’état-major de la Marine, de prendre du galon auprès du Caudillo.
La nomination d’un monarchiste ne portant pas la Phalange dans son cœur au ministère de l’Intérieur ne tarda pas à avoir des conséquences. De nombreux proches de Sùñer, comme le directeur général de la Sécurité (le comte de Mayalde) ou le gouverneur de Madrid (Miguel Primo de Rivera) se virent ainsi remplacés sans ménagement. La presse monarchiste et la presse phalangiste échangeaient des railleries, révélant une division propre à faire s’interroger le petit peuple espagnol sur la solidité du régime.
Coup de bluff ? Serrano Suñer alla jusqu’à présenter sa démission à son Caudillo de beau-frère. Mais si Franco avait nommé Galarza à l’Intérieur pour contrebalancer une influence trop grande de la Phalange sur son gouvernement, un départ de Serrano Suñer et des principaux phalangistes de son gouvernement l’aurait laissé à la merci des monarchistes… Aussi Franco réussit-il à convaincre son beau-frère de ne pas quitter le gouvernement.
Et aujourd’hui, pour ménager la chèvre et le chou, des personnalités chassées par Galarza au début du mois se voient promues au gouvernement ! Ainsi Miguel Primo de Rivera est-il nommé ce soir ministre de l’Agriculture par le Caudillo.
Cette crise de mai est perçue différemment par les différents acteurs de la guerre en Europe. Ivres de leurs victoires, les Allemands la voient comme un renforcement de la position de Serrano Suñer, qui est apparu comme indispensable pour Francisco Franco. Les Anglais, eux, commencent à toucher les fruits de leur politique de “dédommagement” d’officiers généraux espagnols monarchistes : l’Espagne restera bien en dehors du conflit.
Francisco Franco, lui, connaît bien l’ambition de son beau-frère. Mais il a aussi pris conscience de la relative facilité avec laquelle il pouvait jouer de l’opposition entre les deux principales composantes antagonistes de son régime. Un jeu auquel il va prendre goût et exceller de plus en plus…


26 janvier 1942
Una, Grande, Libre
Offensive monarchiste
Capitainerie générale de Barcelone
– Au cours d’un discours très officiel, le général Kindelan, commandant de la IVe Région militaire, appelle Francisco Franco à rétablir la monarchie dans les plus brefs délais, « seul moyen de parvenir à la réconciliation et à la solidarité nécessaires pour tous les Espagnols ». Cette intervention publique de la part d’un officier monarchiste est la plus spectaculaire d’une série de nombreuses manœuvres visant plus ou moins directement le Caudillo afin qu’il accélère le processus de retour à la monarchie espagnole qu’il est censé chapeauter, du moins officiellement.
Depuis la crise de mai 1941, un groupe de généraux composé d’Orgaz (haut-commissaire au Maroc), Saliquet (commandant la région militaire de Madrid), Solchaga (commandant la région militaire de Valladolid), Kindelan (commandant la région militaire de Catalogne) et Aranda (commandant la région militaire de Valence), a entrepris, en multipliant à la fois les rencontres avec le Caudillo et les déclarations publiques, de mettre la pression sur Francisco Franco pour permettre le retour du Roi. Mais tout au long de l’année 1941, Franco a réussi à temporiser.
En décembre 1941, Pearl Harbor est venu changer la donne de la guerre en Europe en lui donnant une ampleur mondiale. Faisant fi des félicitations adressées par le gouvernement espagnol à Tokyo (!), les généraux comploteurs ont profité d’une réunion du Conseil de l’Armée pour y faire présenter par le général Kindelan un rapport alarmant sur la gestion catastrophique et corrompue du pays par la Phalange et sur le recours encore trop important aux tribunaux militaires. Là encore, Franco a pu endormir la plupart des comploteurs en annonçant que le moment n’était pas encore venu de se dissocier de la Phalange, si l’on voulait éviter à des troubles beaucoup trop importants pour une Espagne convalescente.
Voilà pourquoi, aujourd’hui, Kindelan, l’un des plus fervents opposants à la Phalange (voire à Franco) au sein de la conspiration des généraux, franchit un pas supplémentaire vers l’opposition en proférant cette annonce en public pour mettre le Caudillo devant le fait accompli. Mais encore une fois, fidèle à son habitude, Franco ne fait rien dans l’immédiat. Il se contentera, quelques mois plus tard, de démettre les quelques membres civils de la conjuration qui auront pu être identifiés.


1er mars 1942
Una, Grande, Libre
Un appel du pied de “Don Juan”
Rome
– A l’occasion du premier anniversaire de la mort de son père, le roi déchu Alphonse XIII, Don Juan de Borbon, comte de Barcelone, prononce un discours des plus “Franco-compatibles” : « Aujourd’hui, nous devons faire face à la révolution rouge avec une politique raciale militante [Le marxisme, entre autres positions politiques de gauche, était considéré par le franquisme comme une dégénérescence raciale.], empreinte d’esprit chrétien et animée de justice, de générosité et d’autorité. » L’année précédente, quand son père avait abdiqué en sa faveur, Juan III avait déjà qualifié la Guerre Civile de « Grande Croisade Nationale ». Et Juan avait essayé à deux reprises au cours de cette guerre de s’engager dans les rangs nationalistes…
Mais les choses ne sont pas aussi simples. Si Juan III, à Rome, semble faire des appels du pied au régime franquiste, il est bien informé des manœuvres des monarchistes qui œuvrent pour lui en Espagne même. Et l’ambition ne cesse de dévorer le prétendant à la couronne… Ainsi, dès le mois d’avril 1941, quelques semaines seulement après la mort d’Alphonse XIII, Juan III a-t-il envoyé un représentant auprès du responsable de la diplomatie du maître de l’Europe continentale, pour demander son appui dans la restauration de la monarchie espagnole dans les plus brefs délais. Sans l’encourager, Ribbentrop a maintenu depuis lors des contacts avec l’entourage du prétendant et a même appuyé la demande récente de Juan III de quitter l’Italie pour la Suisse…


20 septembre 1942
Una, Grande, Libre
L’ambition de Juan III
Genève et Madrid
– Alors que l’opération Torche enflamme la Méditerranée et voit l’arrivée massive des Américains dans le conflit en Europe, Le Journal de Genève publie les déclarations de Don Juan de Borbon, qui s’est récemment installé dans la ville. Ce dernier affirme dans ce qui va passer à la postérité comme le “Manifeste de Genève” que « La monarchie sera restaurée et je n’hésiterai pas un instant à me mettre à son service. (…) Mon ambition suprême est d’être le roi d’une Espagne dans laquelle tous les Espagnols, définitivement réconciliés, pourront vivre en commun. »
C’est un coup de tonnerre pour tous les Espagnols. Prenant tout le monde de cours, Juan III s’affiche en tant qu’alternative au gouvernement franquiste qui règne actuellement sur l’Espagne et se présente comme un chef rassembleur et ne dépendant pas d’un parti en particulier. Le discours de Franco et de son conseiller Carrero Blanco auprès des monarchistes présentant le retour éventuel du Roi comme une continuité de la politique franquiste est ainsi mis à mal. Quant aux républicains espagnols, dont les ministres sont en exil en Afrique du Nord et dont les parlementaires sont rassemblés en exil au Mexique, prennent conscience qu’il va peut-être falloir commencer à s’organiser si la République veut espérer renaître en Espagne une fois le conflit mondial terminé…
Un peu plus tard dans la journée, le général Kindelan rencontre personnellement Franco afin de lui demander, au nom des autres monarchistes haut placés (Gomez-Jordana, Davila, Aranda, Orgaz, Vigon et Varela) de proclamer la monarchie, de se déclarer Régent dans les plus brefs délais et de se désolidariser de la Phalange, « responsable de la dérive de l’État ». Évidemment, le Caudillo dément tout engagement prononcé en faveur de l’Axe, en affirmant qu’il ne souhaite pas rester plus longtemps que nécessaire dans sa position déplaisante de régence officieuse et que, bien entendu, Juan III sera son successeur !
Quelques semaines plus tard, le général perturbateur Kindelan sera nommé à la tête de l’École Militaire – une façon de l’éloigner tout en le gardant sous la main. Le commandement militaire de la Catalogne reviendra au général Moscardo, phalangiste bon teint – louvoyer, c’est aller d’un côté puis de l’autre, tout en se dirigeant vers de son objectif…


5 novembre 1942
Una, Grande, Libre
Les inquiétudes de Franco
Madrid
– Le mois de novembre semble confirmer que la tournure du conflit mondial est en train de changer. Mussolini a été destitué par son propre Conseil Fasciste. Lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les démocrates ont conservé la majorité, donc l’engagement des moyens américains ne devrait pas se réduire avant la victoire finale des Alliés. Sur le front russe, la Division Azul a été engagée et s’est bien comportée, mais ses pertes sont lourdes face à un adversaire censé être très faible. De quoi rendre Franco très fébrile et le pousser à accepter de rencontrer l’ambassadeur américain Carlton Hayes.
Fort du succès allié en Sicile et de la déchéance du Duce, ce dernier demande au Caudillo de mettre fin à la non-belligérance espagnole en revenant à une stricte neutralité, de retirer la Division Azul du front russe dans les plus brefs délais et de permettre de nouveau la diffusion des médias français (d’Alger !), britanniques et américains en Espagne afin que le peuple soit informé des récents événements survenus en Méditerranée.
Francisco Franco commence alors à dérouler le discours qu’il a concocté et répété ces derniers jours avec Carrero Blanco. Le saviez-vous, Monsieur l’Ambassadeur ? L’Espagne livre en ce moment même pas moins de trois guerres ! Dans la guerre de l’Allemagne contre l’URSS, le régime franquiste est du côté des Allemands, sans pourtant que son soutien dépasse le niveau d’une division. Dans la guerre de l’Allemagne contre les Franco-Anglais et maintenant les Américains, l’Espagne est d’une neutralité absolue. Et enfin, dans la guerre des Alliés contre le Japon, l’Espagne est du côté des Alliés !
Fier de cette élégante présentation de la situation, Franco croit d’abord avoir impressionné le diplomate américain. Mais pour le natif de l’État de New York, esprit pratique, il s’agit juste de prendre quelques instants pour saisir la portée de ce que vient de dire le Caudillo. « C’est proprement absurde ! » finit-il par s’exclamer. Avant de démontrer longuement l’incohérence des propos de Franco. Ce dernier ne peut que se réfugier dans le mutisme…


4 décembre 1942
Una, Grande, Libre
De la non-belligérance à la neutralité
Madrid
– Le cinquantième anniversaire de Francisco Franco donne lieu à un banquet offert au corps diplomatique. Le Caudillo en profite pour prononcer un grand discours sur la place de l’Espagne dans le monde. Et pour la première fois depuis juin 1940, le terme « neutralité » est utilisé au lieu de l’habituel « non belligérance ». Ce qui semble être un détail pour les simples citoyens fait naître de grands sourires du côté des tables de Sir Hoare (ambassadeur britannique), de Mr Hayes (ambassadeur américain) ou de M. François-Poncet (ambassadeur de la République Française, dont la simple présence est significative). En revanche, du côté des tables de Von Stohrer (ambassadeur allemand), Paulucci di Calboli (ambassadeur italien) et Flandin (ambassadeur du Nouvel État Français) ainsi que des dignitaires phalangistes, on affiche une mine bien moins festive…
Sur le front russe, les volontaires espagnols de la Division Azul succombant sous la mitraille soviétique pourraient eux aussi n’apprécier que modérément les “éléments de langage” de leur Caudillo. Néanmoins, l’Espagne étant ce qu’elle est, ceux qui en entendront parler ne l’apprendront une fois rentrés au pays, la plupart du temps éclopés.


14 décembre 1942
Una, Grande, Libre
Juan III-Franco : le match se tend
Suisse et Espagne
– Alors que l’Allemagne piétine en Ukraine et que la situation en Italie semble des plus insaisissable depuis la perte de la Sicile et le limogeage du Duce, Juan de Borbon fait parvenir à Francisco Franco un télégramme dans lequel il lui demande de « préparer une transition rapide vers la monarchie avant la victoire des Alliés, le régime actuel et provisoire exposant l’Espagne à de graves dangers. Il n’y a pas de temps à perdre, la situation actuelle en Italie est là pour le rappeler. »
Passablement irrité par l’insistance du comte de Barcelone, Franco lui répond le jour même, une fois n’est pas coutume. Il lui précise d’abord que son régime n’est pas si provisoire que cela et que c’est à lui que revient la charge de décider quand le pays serait capable d’accueillir un roi. Il adoucit ensuite (mais à peine) cette première saillie en parlant de l’éternel péril rouge – « Le communisme est le véritable danger en Europe, il ne saurait être désarmé avec des compromis et des concessions. Ceux qui disent autre chose échoueront. »
Mais le Caudillo s’inquiète à la fois des velléités des monarchistes en Espagne même, de l’annonce des pertes de la Division Azul (la mort au feu du général Muñoz-Grande, l’un des plus talentueux officiers phalangistes, n’arrange rien), et de l’évolution stratégique en Méditerranée. Il décide donc de conclure son message de la façon suivante : « La gravité de votre télégramme me conduit à vous recommander, pour le service de la patrie, la plus grande discrétion, en évitant tout acte ou toute manifestation susceptible de nuire au prestige et à l’autorité du régime espagnol à l’étranger, ainsi qu’à l’unité des Espagnols à l’intérieur du pays, ce qui ne manquerait pas de causer de graves dommages à la monarchie et en particulier à Votre Altesse. »
Dialogue de sourds ? Menaces larvées ? Affûtage d’armes ? Pire que des ennemis, des concurrents… Don Juan et le Caudillo entament une phase plus offensive de leur relation.


15 juin 1943
Una, Grande, Libre
Des parlementaires agaçants
Madrid
– Une petite trentaine de membres des Cortès, le Parlement de l’Espagne franquiste, fait parvenir une lettre à Francisco Franco par l’intermédiaire de l’un d’eux, le marquis de La Eliseda. Le ton de la missive est obséquieux au possible : Franco y est appelé « Architecte de la Victoire et Généralissime des Armées », mais il s’agit de l’encourager à « couronner sa mission en réinstaurant la monarchie ». Le Caudillo n’est pas dupe de la flatterie et répond rapidement… en excluant des Cortès tous les signataires de la lettre. Le porteur de mauvaise nouvelle, le marquis de La Eliseda, est mis aux arrêts. Considéré comme le principal auteur de la lettre, le comte des Andes, Francisco Moreno Zulueta, est envoyé en exil aux Canaries.
Goûtant peu ce qu’il interprète comme une manœuvre des Alliés, Franco autorise la presse phalangiste à se déchaîner contre ces derniers. Ce qui va envenimer les relations avec les Américains et précipiter la crise du wolfram, qui s’annonçait…


8 septembre 1943
Una, Grande, Libre
La (petite) révolte des généraux
Madrid
– Comme si la nouvelle du Débarquement en Provence ne suffisait pas, Francisco Franco est très désagréablement surpris de recevoir par l’intermédiaire de son ministre de l’Armée, Asensio, une lettre signée par huit des douze lieutenants généraux d’Espagne. Orgaz, Davila, Varela, Solchaga, Kindelan, Saliquet, Ponte et Monasterio, se désignent comme « anciens compagnons d’armes et subordonnés respectueux ». Aussi solennelle qu’elle soit, cette lettre appelle le Caudillo à laisser la place à la monarchie, rien de moins ! Elle précise même que cela fait maintenant sept ans que le Caudillo est à la tête de l’Espagne nationaliste – le sous-entendu « et c’est bien long » affleure.
Une pétition des plus hauts gradés espagnols pour intimer à Franco de rendre le pouvoir ! La bourrasque est forte pour le Galicien. Mais comme à son habitude, il va temporiser et faire en sorte de recevoir dans les semaines qui vont suivre chacun des lieutenants généraux espagnols un à un. Tous renoncent à leur demande ou se mettent à hésiter de façon trop importante pour tenter quelque chose. Tous ? Non, Kindelan, Ponte et Orgaz restent malgré tout ferme sur leurs positions. Concernant Kindelan, cela devient une habitude de s’opposer au Caudillo. Orgaz avait même envisagé, quelques semaines plus tôt, un coup d’état militaire pour destituer Franco – faute de soutien de la part d’officiers moins haut placés, il a fini par renoncer au pronunciamento pour se contenter de cette pétition transmise par le Ministre des Armées… Pétition qui semblera rapidement être de l’histoire ancienne.


23 décembre 1943
Una, Grande, Libre
Noël au Portugal
Estoril (Portugal)
– Ce soir, Maria de las Mercedes est une femme heureuse. Elle va pouvoir fêter ses 33 ans tout près de son pays natal, qu’elle n’a plus revu depuis six ans maintenant. Dans sa nouvelle demeure, charmante mais qu’elle espère très provisoire, elle va pouvoir avec joie préparer les festivités de Noël en compagnie de ses enfants Pilar, Juan Carlos, Margarita et Alfonso – et bien sûr, de son mari Juan. Oui : ce soir, toute la famille du comte de Barcelone, le prétendant à la couronne d’Espagne Juan III, est radieuse car elle a été autorisée à s’installer au Portugal.
Ce soir, les services diplomatiques de Salazar (qui s’est octroyé le portefeuille des Affaires Étrangères dans son régime) se demandent combien de temps ils vont encore pouvoir faire de la corde raide après avoir fait aux Britanniques cette énorme faveur. Ils vont maintenant devoir expliquer à la diplomatie franquiste que non, le Bloc Ibérique n’est pas remis en cause, pas du tout…
Ce soir, en Espagne, comme depuis de très nombreuses années, on est divisés, très divisés. Les monarchistes se réjouissent (à l’exception des rares partisans de Charles-Pie) et se demandent déjà comment se rendre sur la Riviera Portugaise pour demander audience auprès de Juan III – auprès du Roi ! Les Républicains se disent qu’il serait temps de mettre leurs querelles de côté sous peine de voir le rêve d’une République espagnole restaurée relégué au rang des fantasmes de l’Histoire. Et enfin, les Phalangistes qui se demandent quel mauvais tour jouer à cet encombrant comte de Barcelone : promouvoir un autre prétendant ? Attenter à ses jours ? Remplacer Franco par un phalangiste pur et dur ?
Ce soir, à Londres, Eden et Churchill se satisfont de pouvoir encore influer sur la destinée de l’Europe après leur amère déconvenue en Bulgarie et les sueurs froides que leur inflige la Yougoslavie. Si les Américains semblent se contenter du Dollar pour traiter avec l’Espagne de Franco et que la France semble vouloir normaliser ses relations avec le régime franquiste (tout en continuant d’abriter les principaux dirigeants républicains en exil sur son territoire !), le 10 Downing Street, fort d’une stabilité méditerranéenne consolidée, continue de placer ses pions pour remplacer ce régime d’inspiration fasciste qu’est l’Espagne de Franco par un régime… plus au goût britannique.
Ce soir, les Allemands se préoccupent de ce qui se passe dans la vallée du Rhône, sur le Front de l’Est et un peu dans les Balkans. Les disputes couronnées (ou non) d’Outre-Pyrénées ne sont pas vraiment la priorité du moment.
Ce soir, Francisco Franco va avoir beaucoup de mal à trouver le sommeil. L’année à venir semble ne pouvoir lui apporter que de nouveaux tracas… L’ancien héros du désert qui rêvait, enfant, d’être marin tiendra-t-il bon la barre au cours de la tempête qui s’annonce ?
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Imberator



Inscrit le: 20 Mai 2014
Messages: 2462
Localisation: Régions tribales au sud-ouest de Nîmes.

MessagePosté le: Mar Mar 26, 2019 06:34    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Là encore, Franco a pu endormir la plupart des comploteurs en annonçant que le moment n’était pas encore venu de se dissocier de la Phalange, si l’on voulait éviter à des troubles beaucoup trop importants pour une Espagne convalescente.

Là encore, Franco a pu endormir la plupart des comploteurs en annonçant que le moment n’était pas encore venu de se dissocier de la Phalange, si l’on voulait éviter des troubles beaucoup trop importants à une Espagne convalescente.

Mieux :

Là encore, Franco a pu endormir la plupart des comploteurs en annonçant que le moment n’était pas encore venu de se dissocier de la Phalange, si l’on voulait épargner à une Espagne encore convalescente des troubles beaucoup trop importants pour elle dans son état.


Mais je pinaille.
_________________
Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
JPBWEB



Inscrit le: 26 Mar 2010
Messages: 1751
Localisation: Kuala Lumpur

MessagePosté le: Mar Mar 26, 2019 06:37    Sujet du message: Répondre en citant

Finalement, ce n'est pas facile tous les jours, la vie d'un dictateur fasciste, et souvent, ca ressemble curieusement a celle d'un chef de gouvernement democratique.
_________________
"Les grands orateurs qui dominent les assemblées par l'éclat de leur parole sont, en général, les hommes politiques les plus médiocres." Napoléon
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Etienne



Inscrit le: 18 Juil 2016
Messages: 1420
Localisation: Faches Thumesnil (59)

MessagePosté le: Mar Mar 26, 2019 08:32    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Non, Kindelan, Ponte et Orgaz restent malgré tout fermes sur leurs positions. Concernant Kindelan, cela devient une habitude de s’opposer au Caudillo.

_________________
Dieu est une femme. La preuve : On dit toujours qu’il vaut mieux voir le Bon Dieu que ses seins.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur
Capitaine caverne



Inscrit le: 11 Avr 2009
Messages: 3426
Localisation: Tours

MessagePosté le: Mar Mar 26, 2019 08:41    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB a écrit:
Finalement, ce n'est pas facile tous les jours, la vie d'un dictateur fasciste, et souvent, ca ressemble curieusement a celle d'un chef de gouvernement démocratique.


Il y a quand même une petite différence, si tu perd le pouvoir en fascitoland tu risque de finir pendu à un croc de boucher ou fusillé par tes opposants.
_________________
"Au jeu des trônes, il n'y a que des vainqueurs et des morts, il n'y a pas de demi-terme". La Reine Cersei.
"Les gens se disent en genéral affamé de vérité, mais ils la trouvent rarement à leur goût lorsqu'on la leur sert". Tyrion Lannister.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Diplomatie, Economie Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page Précédente  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivante
Page 5 sur 6

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com