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1940 - La France continue la guerre
 
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Déchéances (par Tyler)

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Aoû 19, 2018 10:52    Sujet du message: Déchéances (par Tyler) Répondre en citant

Pendant la pause balkanique, ces quelques pages de Tyler sur un aspect politique que nous avions négligé ! (et qui n'est pas sans avoir une certaine actualité…)


10 janvier 1941
Déchéance
Alger
– L’édition d’aujourd’hui du Journal Officiel de la République Française vient confirmer ce que les rumeurs qui agitaient le microcosme politique d’Alger depuis quelques jours laissaient supposer. L’objet de toutes les discussions se trouve page 6043.
« Le Président de la République française,
Sur le rapport du Garde des Sceaux, ministre de la Justice,
Vu la dépêche en date du 14 août 1940 (1) adressée par le ministre de l’Intérieur au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, demandant qu’il soit fait à Laval (Pierre, Jean-Marie), né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme), application des dispositions du décret-loi du 9 septembre 1939 modifiant les dispositions relatives à la déchéance de la nationalité française ;
Vu la dépêche, en date du 13 novembre 1940 (2), adressée par le ministre de l’Intérieur au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, demandant qu’il soit fait à Laval (Pierre, Jean-Marie), né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme), à Doriot (Jacques), né le 28 septembre 1898 à Bresles (Oise), à Déat (Marcel), né le 7 mars 1894 à Guérigny (Nièvre), à Ybarnegaray (Jean, Michel, Albert, Joseph), né le 16 octobre 1883 à Uhart-Cize (Basses-Pyrénées), à Bonnet (Étienne, Georges), né le 23 juillet 1889 à Bassillac (Dordogne), application des dispositions du décret-loi du 9 septembre 1939 modifiant les dispositions relatives à la déchéance de la nationalité française;
Vu les procès-verbaux dressés : 1° par le juge de paix d’Alger, le 19 novembre 1940, et 2° par le juge de paix d’Alger, le 9 décembre 1940, constatant que Laval (Pierre, Jean-Marie), Doriot (Jacques), Déat (Marcel), Ybarnegaray (Jean, Michel, Albert, Joseph), Bonnet (Étienne, Georges) ont été dûment avisés que le Conseil d’Etat allait être saisi d’un projet de décret tendant à les déclarer déchus de la nationalité française, procès-verbaux desquels il résulte qu’aucun des intéressés n’a répondu aux convocations à lui adressées (3) ;
Vu les autres pièces jointes au dossier ;
Vu les articles 9 et 10 de la loi du 10 août 1927, modifiée par l’article 22 du décret-loi du 12 novembre 1938 et le décret-loi du 9 septembre 1939 modifiant les dispositions relatives à la déchéance de la nationalité française, portant qu’à dater du 2 septembre 1939 jusqu’au jour qui sera ultérieurement fixé par décret, tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d’une puissance étrangère pourra être déchu de la nationalité française ;
Vu l’avis conforme du conseil d’Etat en date du 6 janvier 1941 ;
Décrète : :
Art. 1er – Sont déchus de la nationalité française :
- Bonnet (Étienne, Georges), né le 23 juillet 1889 à Bassillac (Dordogne),
- Déat (Marcel), né le 7 mars 1894 à Guérigny (Nièvre),
- Doriot (Jacques), né le 28 septembre 1898 à Bresles (Oise),
- Laval (Pierre, Jean-Marie), né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme),
- Ybarnegaray (Jean, Michel, Albert, Joseph), né le 16 octobre 1883 à Uhart-Cize (Basses-Pyrénées).
Art. 2 – Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, est chargé de l’exécution du présent décret qui sera publié au Journal Officiel de la République française.

Fait à Alger, le 8 janvier 1941.
ALBERT LEBRUN.

Par le Président de la République :
Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice,
ALBERT SEROL "


La nouvelle va être très abondamment commentée les jours suivants. Il est vrai que les opérations militaires se résument en ce moment à la seule campagne d’Afrique Orientale et n’ont pas l’éclat des précédentes. Même la modification de la Constitution, maintenant votée, commence à perdre de son intérêt.
Les questions qui se posent sont nombreuses, selon son alignement politique ou moral : Pourquoi ces cinq-là ? Pourquoi seulement ces cinq-là ? N’est-ce pas trop sévère ? N’est-ce pas trop indulgent ? Untel ne le mériterait-il pas davantage ? N’est-ce pas une mesure digne d’un régime autoritaire ? La révision de la Constitution va-t-elle permettre de multiplier ce genre de débordements ? La nouvelle Constitution va-t-elle permettre de multiplier ce genre de décisions courageuses ?
Ce geste hautement symbolique a évidemment été longuement débattu lors des réunions du Conseil de Défense Nationale et du Conseil des Ministres.
La déchéance de nationalité avait été appliquée au début de 1940 pour deux figures communistes d’envergure : Marty en janvier et Thorez en février. Sur l’impulsion de Mandel, la question avait été posée au sujet des principaux membres de l’équipe Laval dès l’annonce de la création du NEF au mois d’août. Mais la proposition de l’ancien protégé de Clemenceau avait été mise de côté quand il avait fini par proposer d’appliquer la déchéance de nationalité à tous les parlementaires ayant refusé de rejoindre Alger au cours du Grand Déménagement ! La mesure était trop extrême pour être sérieusement envisagée.
Mais la répression des manifestations patriotiques du Onze Novembre avait surpris et indigné Alger par sa violence, par le fait que les polices aux ordres des “Trois D” (Doriot, Déat, Darnand) aient employé des Français et que les forces d’occupation allemandes aient, au final, joué un rôle secondaire quoique sanglant.
Il fallait réagir !
Néanmoins, en cette fin d’année 1940, la France Combattante commençait à peine à récupérer après le Sursaut et l’épreuve du Grand Déménagement. Et pour se redresser, il fallait se réorganiser. Ce qu’elle faisait, politiquement et militairement parlant. La révision de la Constitution au mois de décembre. La réorganisation du commandement de l’Armée (plus poétiquement resté dans les mémoires comme le Waterloo des Etoiles) au mois de janvier. Bien sûr, la Métropole occupait toujours les pensées du gouvernement, pour preuve les représentations faires auprès des pays neutres pour permettre un ravitaillement alimentaire minimal.
Par ailleurs, la « trahison de Versailles » avait choqué et laissé abasourdis les différents mouvements politiques français, car aucune formation politique ne pouvait se targuer de ne pas compter un de ses anciens membres d’envergure dans les nouvelles institutions du NEF. Sans doute l’Histoire est-elle pleine d’épisodes de traîtrise et il était prévisible que le départ de Métropole des autorités légales et légitimes permette à un opportuniste de saisir l’occasion de se mettre au service de l’Occupant en échange de prébendes diverses. Mais la plupart des prédictions tablaient sur la mise en place d’un Gauleiter et non sur l’installation d’un gouvernement non reconnu légalement, mais entièrement composé de Français au service des Allemands et des Italiens. Finalement, en dehors des émissions de Pierre Dac et d’autres commentateurs de Radio Alger, on avait fini par tenter d’ignorer le NEF et ses membres, ou à le considérer comme quelque chose d’abstrait…
Le Onze Novembre vint rappeler la sordide situation dans laquelle se trouvait la France Occupée. Bien évidemment, dès le 14 novembre, Mandel réédita sa demande officielle au ministre de la Justice. Cette demande de déchéance de nationalité concernait une bonne quinzaine de noms ! Tous les membres du gouvernement du Nouvel Etat Français et les personnalités déjà nommées ambassadeurs de celui-ci dans les différents pays de l’Axe. L’ambition était moindre qu’en août mais la cible toujours large. Cependant, l’heure n’était plus à regarder ailleurs : si le pays devait se reconstruire, il le ferait aussi par des symboles et en désignant clairement ses ennemis de l’intérieur, maintenant que la question de la poursuite de la lutte contre les ennemis de l’extérieur était assurée. La condamnation du NEF en tant que tel était entérinée. La question de la déchéance de nationalité aussi. Thorez et Marty avaient été frappés pour des faits de bien moindre importance… Mais le nombre de personnalités touchées par la sanction proposée par Mandel faisait question au sein du cabinet Reynaud.
La demande du 14 novembre eut cependant le mérite de mettre un coup de pied dans la fourmilière. En France Occupée, l’organisation politique administrant de facto le territoire ne se contentait pas de répondre aux exigences de la puissance occupante, il prenait aussi l’initiative d’une répression violente des forces résistantes. Il fallait sévir.
La question de sanctionner Pierre Laval ne se posa pas : c’était l’un des hommes politiques les plus brillants de la dernière décennie, sa trahison ne pouvait être pardonnée, d’autant qu’il avait pris les rênes du NEF et qu’il pariait très clairement sur un effondrement du gouvernement en exil, que ce soit par des dissensions internes, par un manque de volonté ou bien par une nouvelle déroute militaire. Pour Jacques Doriot, la décision était tout aussi facile à prendre. D’une part, car il ne bénéficiait d’aucun soutien de l’autre côté de la Méditerranée, qu’il avait créé avant-guerre un “Front de la Liberté” pour contrer un Front Populaire dont la majorité avait Déménagé et qu’en résumé il représentait le “péril brun” en France depuis des années : les membres du gouvernement Reynaud ne pouvaient avoir aucun état d’âme. Enfin, Marcel Déat, ancien protégé de Léon Blum, avait passé la fin des années Trente à dériver peu à peu vers l’autoritarisme au pouvoir en Allemagne et en Italie tout en avalant de la part de ces pays bien des couleuvres au nom d’un pacifisme absolu idéaliste mais dangereux.
Mais pourquoi Ybarnegaray et Bonnet ? En fait, la présence sur la liste de ces deux tristes sires symbolise à la fois la volonté prendre des sanctions de la part de la majorité du cabinet Reynaud et le désir de tenir compte d’un contexte plus général. La proposition initiale de Mandel avait été rapidement corrigée à la baisse par plusieurs membres du cabinet. Reynaud lui-même, appuyé par le ministre de l’Information, Jean Zay, savait que se jouait une décisive guerre d’image non seulement en France et dans l’Empire, mais à travers le reste du monde, qu’il soit allié (l’empire britannique), neutre plus ou moins bienveillant (les Etats-Unis d’Amérique, l’Amérique Latine) ou neutre plus ou moins inquiétant (le Japon et l’Union Soviétique). De Gaulle, ministre de la Guerre, était proche de la position de Reynaud, de façon plus discrète, affirmant que la symbolique de cette condamnation compterait, sans désigner particulièrement de coupables autres que Laval (préludant à ce qu’il écrirait dans ses Mémoires quelques années plus tard, il devait déclarer au cours de ces débats : « Laval a joué, il perdra »). Tout au plus celui qu’on n’appelait déjà plus que le Général devait-il avoir quelques mots féroces contre Ybarnégaray : celui-ci avait eu la mauvaise idée de s’opposer frontalement à lui lors de son vif échange de la nuit du Sursaut avec le maréchal Pétain et son fameux mot « Plutôt une province de l’Allemagne que l’esclave des Anglais » ne passait décidément pas auprès du “Connétable”. En revanche, Daladier et Blum, anciens Présidents du Conseil et chefs de partis largement représentés à Alger, cherchaient à amoindrir au maximum l’étendue des sanctions. Il est vrai que si la liste initiale de Mandel avait dû rester telle quelle, de nombreuses personnalités ayant fait partie des gouvernements qu’ils avaient dirigés auraient été touchés… Enfin, le Président de la République, Lebrun, manifestant son caractère timoré, ne voulait pas devoir signer un document trop “extrême”.
Un autre élément eut un rôle important dans les échanges du cabinet Reynaud sur la question de la déchéance de nationalité des membres du NEF : le rapport remis dans le courant de l’automne 1940 par les services du BCRAM du lieutenant-colonel Paillole, appuyé sur des renseignements fournis par le Deuxième Bureau du colonel Rivet et par les services spéciaux polonais du colonel Mitkiewicz. En effet, ce rapport révélait qu’une poignée de semaines à peine après sa constitution, la plupart des services du gouvernement lavaliste étaient déjà noyautés par des fonctionnaires dont l’allégeance allait au gouvernement légal, c’est à dire à Alger ! En outre, de nombreuses personnalités d’envergure, qui avaient choisi de ne pas participer au Grand Déménagement, prenaient déjà leurs distances avec le Nouvel Etat Français. Citons notamment Flandin, Chautemps, Chiappe, Marquet… S’ils se doutent aujourd’hui qu’ils ont commis une lourde erreur en ne participant pas au Grand Déménagement, ils tentent peut-être de préserver ce qui peut l’être en évitant de soutenir le NEF de façon trop criante… Sans pardonner aux membres secondaires du cabinet Laval, le cabinet Reynaud a donc fini par se dire que ne pas condamner tout de suite l’intégralité de ses ministres permettra le moment venu de noyauter et déstabiliser son appareil d’état, son armée, ses finances… Matignon contre Alger : le combat a commencé dans le courant de l’été 1940, mais le premier coup sérieux vient d’être porté.
Alors, pourquoi Ybarnegaray et Bonnet, respectivement ministre des Anciens Combattants et Secrétaire général aux Finances Publiques et aux Questions Economiques, figurent-ils sur la liste du décret de janvier 1941 ?
Pour Ybarnegaray, il semble certain qu’il paye son soutien affirmé à Pétain lors de la fatidique réunion du château de Cangé. De plus, le PSF, véritable épouvantail pour bon nombre de partis politiques dans l’optique des élections qui auraient dû se tenir en 1940 si la guerre n’avait pas eu lieu, n’est guère représenté à Alger, et ses membres ne peuvent espérer y trouver un défenseur. L’inclusion d’Ybarnegaray dans la liste sert aussi à faire peur à d’autres personnalités du PSF qui pourraient être tentées de rejoindre Laval. On affirme ainsi que rien ne sera oublié lorsque la France Combattante reprendra pied en Métropole…
Le cas de Georges Bonnet est en fait le plus politique des cinq. Il relève d’une volonté du gouvernement d’Alger de s’affirmer comme le seul et unique représentant de la Nation française. Plus que de punir un laquais des Allemands ou des Italiens, il s’agit de le prouver à certains dignitaires… en Amérique ! En effet, Bonnet est proche du Secrétaire d’Etat Cordell Hull, avec qui il a été en contact ces dernières années quand il était ministre des Finances, Ambassadeur de France à Washington ou ministre des Affaires Etrangères. Ses quelques mois passés à Washington en 1937 ont notamment marqué les esprits, tant Bonnet et sa charmante épouse ont su conquérir le gotha local. Hélas, si Bonnet avait su trouver un écho auprès des Américains, c’était en leur parlant d’apaisement en Europe et en les confortant dans leur volonté isolationniste. Certes, fin 1940, il est évident que les Américains ne remettront pas en cause les engagements marchands signés depuis le début de la guerre, mais il est temps de rappeler à certains que la voix de la France est une et indivisible, qu’elle se trouve à Alger et qu’elle a décidé de continuer à se battre contre les régimes fascistes au côté de l’Angleterre. La seule représentation plus ou moins diplomatique des Etats-Unis en France Occupée restera le consulat de Nice, pendant seulement quelques mois…
A l’inverse de Bonnet et d’Ybarnegaray, dont on pouvait se demander pourquoi ils figuraient sur la liste, la question de “l’oubli” de Joseph Darnand a longtemps été débattue après la guerre. Pour les historiens proches de l’extrême-droite, c’est la preuve que Darnand jouait un double jeu et que c’est la faute du Front Populaire s’il n’a pu vraiment s’engager dans l’Armée des Ombres ! Pour des voix plus mesurées, l’absence de Darnand sur cette liste aurait deux explications. La première est à relier avec la discrétion ayant accompagné la mise aux arrêts du maréchal Pétain pour de ne pas trop salir le seul “Artisan de la Victoire” de 1918 (Clémenceau et Foch étant décédés). Le colonel Groussard, chargé de faire évader de Métropole du personnel “utile”, avait connu Darnand à l’époque de la Cagoule ; étant régulièrement en contact avec le ministre de la Guerre, il a pu intercéder en sa faveur. De Gaulle devait cependant être très clair au sujet de Darnand : « Qu’il reste Français, on peut l’admettre, n’aggravons pas la tragédie que connaît notre peuple. Néanmoins, s’il décide de tourner casaque, qu’il ne compte pas sur moi pour l’intégrer dans nos rangs ! » La seconde raison est toute simple : il semble que les services de renseignement aient minimisé l’importance du rôle de Darnand dans l’appareil d’état du NEF. Apparemment incapables d’imaginer que le NEF puisse avoir deux ministres de l’Intérieur (et il faut reconnaître que la situation était originale…), ils avaient jusqu’au début de l’année 1941 considéré Darnand comme un secrétaire d’état en charge des questions de sécurité. C’était surestimer les capacités du NEF et sous-estimer ses dissensions internes contre-productives et même suicidaires.

Notes
1- Cette première demande a en effet été faite par Georges Mandel dès le lendemain de la proclamation de Versailles donnant naissance au Nouvel Etat Français. Mais dans l’agitation du Grand Déménagement, dans l’incertitude quant à l’issue des opérations militaires en cours et la sidération face à la gravité de cet acte de trahison, la demande de Mandel n’a pas été traitée au moment des faits.
2- Cette seconde demande intervient après que les informations sur la répression des manifestations du Onze Novembre en France Métropolitaine aient été connues des services gouvernementaux. Elle a, cette fois, été faite en concertation avec plusieurs membres du Cabinet Reynaud.
3- En effet, à deux reprises, cinq courriers tout ce qu’il y a de plus officiels ont bien été envoyés d’Outre-Méditerranée en Métropole pour convoquer les cinq membres du NEF devant le tribunal d’Alger ! Inutile de préciser que les courriers en question ne sont pour la plupart pas arrivés… excepté, par d’obscurs détours, ceux adressés à Pierre Laval. Il est vrai que ce dernier cristallise à la fin de 1940 tous les ressentiments de la France Combattante. Jacques Doriot, éphémère étoile montante du PCF et Marcel Déat, éphémère étoile montante de la SFIO, vont malheureusement se faire connaître du plus grand nombre au cours des années suivantes…




25 janvier 1941
Riposte
Paris
– Le Journal Officiel du Nouvel Etat Français promulgue en ce jour un décret signé de la main de son président, Pierre Laval, qui déchoit de leur nationalité Albert Lebrun, Paul Reynaud, Georges Mandel… ainsi que Vincent Auriol et Albert Rivière !
En effet, le gouvernement du NEF, largement relayé par les feuilles de la presse nationale qui lui sont acquises, a décidé de répondre « de manière graduée et mesurée à l’ignominie commise par des représentants dévoyés qui ont perdu toute crédibilité en se réfugiant au-delà de la Méditerranée et ont confisqué les moyens de l’Empire pour les mettre au service de ploutocrates ne servant que leurs propres intérêts et des marchands de canons de la City et d’ailleurs. » Recherchant un certain parallélisme, le cabinet Laval a repris le même nombre de déchus de la nationalité et a recherché leurs équivalents dans le gouvernement d’Alger.
Loin de l’effet produit par la mesure prise par Alger, cette réplique est rapidement raillée des deux côtés de la Méditerranée. Au sud, on s’en donnera à cœur joie en moquant les différentes institutions du NEF et le peu de crédit à donner à cette initiative. Et au nord, Laval est critiqué… pour sa mollesse ! En effet, les plus antisémites regrettent qu’il n’y ait qu’un seul Juif dans la liste et les plus pétainistes auraient voulu y inclure, entre autres, « ce petit colonel De Gaulle, qui prétend donner des leçons à tout le monde ». Doriot et Déat, qui ont poussé Laval à cette décision sans se mettre en avant et sont les premiers à dire qu’il aurait fallu être plus sévère, récoltent les fruits de la relative déconfiture du président du NEF.


25 juin 1942
Rédemption
Alger
– Coincé entre les nouvelles sur l’arrivée récente à Alger du nouvel ambassadeur soviétique Bogomolov et sur la venue prochaine du conseiller du président Roosevelt, Harry Hopkins, les nouvelles du front – des fronts – évoquent la campagne du Péloponnèse et le front russe, avec notamment la reprise de la ville de Brody. Il semble que les services du ministère de l’Information aient particulièrement insisté pour qu’on annonce aujourd’hui une victoire soviétique. La raison ? Peut-être la promulgation discrète au Journal Officiel de la levée de la déchéance de nationalité des citoyens André Marty et Maurice Thorez, réfugiés à Moscou depuis deux ans, anciennement considérés comme agents d’une puissance étrangère et redevenus Français à part entière depuis le déclenchement de Barbarossa.
La nouvelle n’est pas sans agacer sur le flanc droit du Parlement d’Alger, malgré la mise en avant de la victoire de Brody. Celle-ci fait d’ailleurs grincer bien des dents polonaises. Il est vrai que la localité galicienne, lieu d’affrontements lors de la guerre de 1920, avait été officiellement considérée polonaise à la fin de celle-ci… pour être annexée par l’URSS en 1939. Mais ceci, pour le moment, est de l’histoire ancienne.


Dernière édition par Casus Frankie le Dim Aoû 19, 2018 11:14; édité 2 fois
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MessagePosté le: Dim Aoû 19, 2018 11:06    Sujet du message: Re: Déchéances (par Tyler) Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Fait à Paris, le 8 janvier 1941.

À Paris ou à Alger ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Aoû 19, 2018 11:10    Sujet du message: Répondre en citant

Argh, l'automatisme mental… A Alger, bien sûr (on s'y est mis à trois et on l'a loupé…).
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Casus Frankie

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