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Septembre 1943 - Asie-Pacifique
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Mai 29, 2016 19:23    Sujet du message: Répondre en citant

21 septembre
Campagne de Birmanie
Réunion d’état-major
Myitkyina, 08h00
– Un des aérodromes de la ville semble en état de siège ! Tout le personnel y est consigné jusqu’à nouvel ordre, depuis qu’un Liberator LB-30 de la RAF et son escorte de Hurricane s’y sont posés la veille. La seule information accessible au “petit personnel” est qu’ils arrivent de Bombay.
Ce matin, un dispositif de sécurité inhabituel est déployé autour de la piste principale, quand un Lockheed Lodestar belge couvert par quatre P-40 français vient s’y poser, en provenance de Dien-Bien-Phu.
Une heure plus tard, c’est un Douglas C-54 Skymaster escorté par six P-51 (tous américains) atterrissent à leur tour, arrivant de Chongqing.
Chaque fois, des officiers de haut rang, couverts de galons et même d’étoiles, débarquent du transport et se rendent en jeep (faute de limousine…) jusqu’à un bâtiment situé à l’écart et férocement gardé. Cette réunion organisée en catimini s’achève vers 16h00. Tout ce beau monde se hâte alors de repartir d’où chacun était venu.

Campagne d’Indochine
Harcèlement aérien
Hanoi, 06h30
– Profitant de nuages bas pour couvrir leur approche, six B-25 du II/62 s’attaquent aux ateliers ferroviaires de Gia Lam, couverts par quatre P-40 du 74e. Les bombes touchent durement le bâtiment principal (heureusement vide à cette heure matinale), endommageant ou détruisant de nombreuses machines et incendiant plusieurs wagons et locomotives rangés à proximité. C’est un coup dur pour l’occupant, car les machines-outils du dépôt de Gia Lam permettaient la réparation et la remise en état du matériel. Certaines sont irréparables en l’état, ce qui va perturber le trafic ferroviaire au Tonkin.
A quelque distance, six P-40 du II/40 larguent leurs 250 GP au dessus de la gare de Hang Co, pour semer encore plus de désordre dans le réseau ferré de la ville. Après quelques passes de mitraillage, ils repartent en direction de la Cuvette.
Sur le chemin du retour, les attaquants sont accrochés par deux A6M2-N (Rufe) venant de Grand-Lac. L’avantage de la surprise permet aux hydravions d’abattre un P-40 français et d’endommager un B-25.

Bataille du Laos
Takhek (Laos), 08h00
– Les troupes japonaises qui viennent enfin lever le siège de la ville sont accueillies par des officiers thaïlandais mi-mécontents, mi-amusés. Leur colère vient du fait que les renforts japonais arrivent avec vingt-quatre heures de retard. Leur amusement vient du fait qu’il ne déplaît pas aux Thaïlandais de voir leurs « grands frères japonais » dans l’embarras ! Or, c’est bien le cas, puisque les assiégeants de la veille se sont évaporés à l’arrivée de la colonne de renfort, qui n’a pu piéger personne. Maussades, les Japonais s’installent à l’extérieur de la ville. La vacation radio suivante est mise à profit pour demander de nouvelles instructions.
………
Base Hayabusa (Laos) – La nouvelle de l’échec piteux de la colonne de Takhek atteint vers midi le général Yuzo Matsuyama, commandant la 56e Division d’Infanterie japonaise. Pâle de rage, il arpente à grands pas le baraquement de bois qui lui sert de PC. Il ne comprend rien à la tactique appliquée par l’ennemi. A chaque fois qu’il attaque, celui-ci se dérobe !
En fait, c’est exactement ce que veulent ses adversaires. Une bonne moitié des forces françaises et alliées n’étant pas aptes à affronter les Japonais en bataille rangée, elles ont adopté une tactique de semi-guérilla inspirée du Vietminh. Harcelant l’ennemi et refusant le combat tant qu’ils ne possèdent pas l’avantage, les Franco-Indochinois attaquent quand l’adversaire est faible, elles reculent quand il est fort.
………
Secteur nord de Tong Pheung (Laos), 15h00 – Mission de ravitaillement pour quatre Lodestar du 344 Sqn (B). Les Franco-Laotiens ont trouvé une petite clairière pour recevoir les colis. Le vent semble décidé aujourd’hui à mettre son grain de sel en dispersant les volutes des fumigènes, mais cela ne semble pas gêner outre mesure les bimoteurs belges qui, l’un après l’autre, parviennent à délivrer leur chargement en plein centre de la drop zone. Alors que le dernier appareil approche, trois Ki-43 (Oscar) thaïs surgissent à l’improviste, en rasant la cime des arbres !
Imperturbable, l’avion belge attend d’avoir terminé son largage avant de dégager au moment où les rafales des chasseurs thaïlandais commencent à lacérer la dérive gauche. Au même moment, les escorteurs, quatre Mustang I du Sqn 340 (B) qui patrouillaient sans doute un peu trop haut, plongent pour s’interposer. Les Mustang abattent un Nakajima et mettent les deux autres en fuite.
Au sol, les soldats qui ont suivi l’escarmouche sont époustouflés par le culot (certains diront l’inconscience) du pilote du transport. Celui-ci, un ancien des campagnes du Soudan et d’Éthiopie, répondra simplement que « les biplans italiens étaient bien plus teigneux ! ». Le lt-colonel de Kermer, qui a personnellement suivi la scène, le fera citer pour son sang-froid.


22 septembre
Campagne d’Indochine
La Thaïlande sous les bombes
Bangkok, 12h30
– L’alarme retentit dans les rues, annonciatrice de mort et de destruction venues des cieux. Les quadrimoteurs alliés ne visent pas aujourd’hui le cœur de la capitale, mais une cible tout aussi intéressante : le port de Khlong Toei, très actif bien qu’inachevé (sa construction, commencée en 1938, ne sera terminée qu’après la fin du conflit).
De 16 000 pieds, la visée et le bombardement se déroulent un peu mieux que d’habitude. Les projectiles écrasent quelques entrepôts et deux bombes touchent le cargo Kofuku Maru (1918, 5 822 GRT, 10 nœuds). Chargé d’huile de palme et de bois, il est rapidement la proie d’un incendie incontrôlable. Un peu plus loin, plusieurs jonques et sampans sont victimes des lames soulevées par les bombes explosant à proximité, dans les eaux de la Chao Praya.
Quand neuf Ki-43 parviennent à rattraper la formation alliée qui vient de faire demi-tour, les aviateurs, surpris, constatent qu’en plus des habituels B-24 porteurs de l’étoile à cinq branches américaine, ils ont affaire à des B-17E et F ornés de l’étoile à douze branches du KMT ! En effet, aux quinze Liberator du 308th BG, se sont ajoutés neuf Forteresses de la ROCAF. La veille, le Généralissime Tchang Kai-chek a demandé (exigé diront certains) que ces bombardiers en fin d’entraînement participent au raid pour montrer que la Chine Nationaliste est présente sur tous les fronts d’Asie.
Attaquant avec acharnement, les Ki-43 parviennent, avec un peu de chance, à toucher mortellement un B-24 malgré les feux croisés des quadrimoteurs, perdant deux d’entre eux dans l’affaire avant qu’une dizaine de P-51 du II/40 ne viennent les chasser. Les mitrailleurs américains affirmeront avoir abattu une bonne douzaine d’assaillants ; un peu plus réalistes, les Chinois revendiqueront six victoires !
Tchang avait raison : malgré les dommages infligés au port, c’est surtout la présence des appareils chinois qui va marquer les esprits à Bangkok.

Savannakhet (Laos, à la frontière de la Thaïlande) – Huit B-25 du III/62 et six P-40 du 76e FS reviennent se frotter aux défenses de la ville. Les bombardiers s’intéressent cette fois aux installations portuaires le long du Mékong.
Alors que les servants d’un 2-pdr thaïlandais commencent à ajuster un des deux bimoteurs qui s’approche du secteur couvert par leur canon, un éclair flamboie sur le nez de l’appareil et une déflagration souffle la protection de sacs de sable, jetant plusieurs hommes à terre. Une autre détonation défonce le mur d’un petit entrepôt quelques mètres plus loin. Pris de panique, les servants se jettent dans une tranchée – bonne initiative, car un nouvel impact démolit la pièce, dont les munitions déjà préparées explosent.
Éberlués, les soldats regardent les étranges bombardiers s’en prendre aux appontements le long desquels sont alignés quelques patrouilleurs fluviaux. La taille des gerbes, les ravages causés aux quais et embarcations et la pluie de débris montrent que les attaquants utilisent une arme nettement plus puissante que les 12,7 mm habituelles. Les premiers essais opérationnels du B-25G ou “Mitchell-canon” sur le théâtre CBI sont prometteurs !
………
Compte-rendu du Cdt Dumas (GB II/62) sur les premières évaluations du B-25 Mitchell (NA-62), modèle G à canon de 75 mm
« Dernièrement, nous avons reçu de Birmanie des Mitchell de type G, employé par la 5th US Air Force dans le Pacifique pour lutter contre les navires.

Avant d’en venir à l’essentiel, notons que nous avons été agréablement surpris de voir que nos précédentes remarques sur l’armement défensif de l’appareil semblent avoir été prises en compte par les ingénieurs américains.
En effet, une plaque métallique recouvre désormais l’ancien emplacement de la tourelle ventrale Bendix, qui n’avait plus la faveur des équipages (si jamais elle l’avait eue). Nous avons eu la chance de recevoir des modèles récents, les types G de début de série possédant encore la Bendix ventrale (1).
Le poste de tir aménagé dans la queue a été amélioré. Le mitrailleur dispose d’un meilleur champ de vision et de débattement pour son arme ; étant en position agenouillée, il a plus de facilité pour la pointer (bien que la posture reste inconfortable sur une longue durée).
Les postes de tirs latéraux sont eux aussi améliorés : décalés de part et d’autre du fuselage (ce qui évite aux mitrailleurs de se gêner mutuellement), ils disposent d’un arc de tir et d’une visibilité accrue – nous ne sommes plus obligés de faire ces modifications nous-mêmes, sur le terrain ou dans les ateliers des bases arrières.

Passons au sujet du jour : le nez à canon M4 de 75 mm.
Il s’agit de l’arme équipant le tank Sherman américain standard actuel. L’appareil dispose d’une vingtaine d’obus de 75, pesant chacun environ 7 kg. Cependant, le chargement s’effectuant à la main (celle du navigateur), la cadence ne dépasse pas les quatre coups par passe de tir, même pour un homme bien entraîné (et sans compter les turbulences, la DCA et la chasse ennemie !).
Deux Browning de 12,7 mm placées au dessus du canon sont censées être employées pour le pointage. Inutile de dire qu’à l’unanimité, nous les avons trouvées insuffisantes, car lors du rechargement du 75 mm, le pilote ne peut compter que sur les mitrailleuses – et rien ne vaut la densité de feu de multiples Browning pour faire baisser la tête à ceux d’en face. De plus, rien ne nous met à l’abri d’un enraiement du canon. Dans cette éventualité, la présence d’une bonne quantité de mitrailleuses lourdes est bien utile. Avant de partir pour Dien Bien Phu, chaque Mitchell-canon a donc été renforcé par un montage double de 12,7mm de chaque côté du fuselage, sous le cockpit, à la façon des B-25 à nez plein. Le B-25G dispose ainsi d’un armement frontal de six Browning lourdes en plus du canon de 75 mm – le total donne une puissance de feu très, très respectable !
Il a été décelé un début de formation de criques au niveau de la structure avant. Elles sont dues au recul du 75 mm. Ce problème est connu de North American, qui a déjà pris des mesures pour le corriger.
Certains équipages ne semblent pas favorables au 75 mm. Après dépose du canon, ils ont installés un jumelage de 12,7mm à la place, et cette modification (qui reproduit un modèle à nez plein) leur donne satisfaction.
Ces derniers jours, il a été possible d’utiliser nos bombardiers de manière complémentaire. Lors d’une passe de bombardement classique, un B-25 à nez vitré fait office de bombardier leader pour les “nez plein” et les “nez canon” qui larguent à son top, avant d’aller jouer leur rôle d’appui-feu.
Efficacité du canon M4
– Les embarcations sont souvent détruites au premier coup, plusieurs sont nécessaires pour certains petits cargos et caboteurs, mais le résultat est excellent.
– Les trains aussi subissent des dommages très sévères, tout comme les voitures et camions, notamment lorsqu’ils circulent en colonne.
– Inutile de s’attarder sur les effets des attaques contre les bâtiments des aérodromes.
– Il devient possible d’engager les pièces de DCA légère à distance de sécurité.
J’ajoute que l’effet moral sur les soldats ennemis n’est pas à négliger. A plusieurs reprises, nous avons observé que des servants abandonnaient leurs pièces au bout d’un ou deux impacts de 75 mm dans le voisinage.

Par ailleurs, il nous a été confirmé que le personnel des usines d’Inglewood et de Kansas City planchaient déjà sur des versions améliorées du Mitchell, que ce soit à canon de 75 mm, à nez vitré ou à nez plein. Inutile de dire que nous attendons avec impatience ces nouveaux modèles (2). »


Le massacre de Mytho
Mytho (Cochinchine)
"Il est significatif qu’un des tout premiers films produits par le cinéma vietnamien après la guerre s’intitule La bataille de Mytho. Il dépeint la libération de la ville le 20 septembre, mais aussi les événements des trois jours suivants.
Le film en lui-même ne présente guère d’intérêt, ni cinématographique ni historique. Il n’a d’autre but que de diffuser la position du gouvernement vietnamien quant au massacre du 22 septembre, événement connu en France sous le nom de « Vêpres cochinchinoises » (3). Pour la réalité historique, elle fait encore débat. Il n’existe pas moins de quatre versions des événements.
Ce que l’on sait avec certitude, c’est que la situation à Mytho était de plus en plus instable. Les Binh Xuyen avaient pillé la ville pendant deux jours et commençaient à remplir leurs sampans du fruit de leurs pillages. Pour les habitants, voir partir de tels libérateurs était un soulagement ! Cependant, les Hoa-Hao et les Vietminh s’installaient. Les premiers s’étaient lancés dans des sermons religieux expliquant que conformément à leur doctrine, un roi naîtrait bientôt pour prendre la direction de toute l’Asie et chasser les Européens. Plus pragmatique, Nguyen Binh avait installé son état-major dans la mairie et s’efforçait de rétablir l'ordre dans la ville. Pas facile : les services élémentaires, y compris l’eau courante, n’était plus assurés depuis deux jours.
Selon la version des Hoa-Hao, des « communistes athées » auraient ouvert le feu sur « un rassemblement pacifique » de membres de la secte. Leurs dirigeants, à la tête d’une foule « spontanément réunie », se dirigeaient vers la mairie de Mytho pour demander la fin des « persécutions » contre leur culte. C’est alors que les Vietminh leur auraient tiré dessus des fenêtres du bâtiment municipal.
La version des Vietminh reconnaît (ce qui concorde avec tous les témoignages) qu’ils ont ouvert le feu les premiers, mais diffère de celle des Hoa-Hao quant au caractère pacifique de la foule rassemblée. Au contraire, Nguyen Binh prétend que les sectateurs criaient des slogans hostiles et brandissaient des armes et des bannières de guerre.
Quoi qu’il en soit, la deuxième bataille de Mytho est un massacre presque unilatéral. Les sectateurs fanatisés n’ont pratiquement aucune arme à feu, alors que les Vietminh leur tirent dessus au FM et à la mitrailleuse. De plus, les garnisons vietminh se sont installés dans des maisons en dur et ont dressé des barricades pour se protéger. Les rafales moissonnent les rangs compacts de fanatiques qui – certains d’atteindre après la mort le statut enviable de saint et martyr – refusent de reculer.
Enfin, tout ce que l’on sait de l’implication des Binh Xuyen dans le massacre est ce qu’ils en ont dit eux-mêmes. Ils s’occupaient à remplir leurs bateaux du produit de leurs pillages lorsqu’une foule armée de lances et de coupe-coupe s’était jetée sur eux. Pris au dépourvu, les bandits, après avoir subi quelques pertes, auraient riposté et mis l’assaillant en déroute."
(Pascal N'Guyen-Minh, op. cit.)


23 septembre
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Le ciel était bouché dans la matinée, mais le temps s’est rapidement dégagé et un raid a été programmé pour l’après-midi. Vers 17 heures, le vrombissement des Mitchell du Sqn 343 (B) et des P-38 du 449e FS se fait entendre vers Konyu. La chasse japonaise et thaïe est absente de ce secteur, compte tenu de l’heure inhabituelle de cette attaque et du fait que les Hurricane indiens et belges mènent une action combinée autour de Ye, où un avion est abattu de chaque côté.
Durant la nuit, guidés dans leur navigation par un radio signal émis par le Surcouf, des Wellington bombardent une nouvelle fois les installations ferroviaires de Tamarkan. Cette fois, le pont n’est pas atteint, mais la gare (et malheureusement les quartiers voisins) sont durement touchés. Tous les aiguillages sont détruits ; le trafic sera complètement interrompu pendant dix jours.

Campagne d’Indochine
La Thaïlande se rebiffe
Bangkok
– Une entrevue discrète mais animée rassemble, au domicile du Premier ministre (et maréchal) Phibunsongkhram, l’état-major militaire thaïlandais, les représentants de la mission militaire japonaise et l’ambassadeur impérial.
Revenant sur les dernières attaques aériennes subies par sa capitale, Phibun souligne la nécessité « urgente » d’un système moderne d’alerte et de défense aérienne pour lutter contre les bombardiers alliés. Même les meilleurs guetteurs ne peuvent tout voir et l’absence d’appareils de radio-détection se fait cruellement sentir. De ce fait, malgré leur courage et leur dévouement, les pilotes de la RTAF ne bénéficient pas toujours du délai adéquat pour intervenir efficacement contre les agresseurs. De plus, il devient vital pour ces pilotes de disposer d’un chasseur mieux armé. Les derniers combats ont démontré que malgré ses qualités, le Ki-43 Hayabusa n’avait pas une puissance de feu suffisante pour détruire les quadrimoteurs. Enfin, les Japonais doivent avoir conscience que, non contents de peser sur le moral de la population, ces bombardements sont aussi une insulte personnelle pour le chef du gouvernement thaïlandais. Et la contestation grandit parmi les diverses factions hostiles au Premier ministre et à sa politique.
L’attaché militaire nippon l’assure que tout sera fait pour accélérer le rééquipement de deux escadrons avec des Ki-44 Shoki et même d’un troisième avec des chasseurs lourds Ki-45 Toryu. Il promet aussi un lot de canons Type 99 de 88 mm pour renforcer la défense antiaérienne – toutefois, il se garde de s’engager sur un quelconque calendrier.
Concernant les radars, les officiels japonais sont encore plus embarrassés. Ils expliquent assez maladroitement qu’il s’agit d’un équipement sensible et encore très secret et, de plus, qu’il est de transport, de déploiement et d’emploi « très délicat ». Hélas pour eux, les dirigeants thaïlandais se sont renseignés. L’attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne a été très discrètement approché pour en apprendre davantage sur les radars utilisés par les Alliés et par l’Axe et sur l’emploi de tels appareils durant les combats de 1941-42.
Très poliment, Phibunsongkhram demande à l’ambassadeur si l’Empire du Japon considère toujours son pays comme un ami et un allié. Ayant reçu une réponse affirmative enveloppée de flots de rhétorique, il demande alors pourquoi il semble que la Sphère de Coprospérité de la Grande Asie se bâtisse sur les ruines de cet ami et de cet allié ! Les deux parties se quittent sans avoir trouvé d’accord satisfaisant.

Après le massacre
Mytho (Cochinchine)
– Les officiers français qui ont quitté la ville pour éviter d’être impliqués dans les combats y retournent. Ils décrivent un spectacle dantesque. Des témoins diront que le Mékong a charrié des cadavres pendant des jours. L’un des proches du Bonze Fou des Hoa-Hao (un des ses oncles) est sans doute au nombre des dix mille cadavres que les Vietminh abandonneront aux eaux du fleuve.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– La 17e Brigade australienne a combattu sur la piste de Kokoda et à Buna-Gona, elle a connu les combats, la faim et la malaria, qui ont tué des centaines d’hommes. Les survivants sont des vétérans qui reviennent d’un séjour à Port Moresby, où beaucoup ont dû être hospitalisés pour soigner les effets de la longue sous-alimentation qui en avait fait des squelettes vivants.
De retour sur le front, ils ont d’abord été placés en réserve pour défendre Bulolo Valley. Le temps de prendre l’offensive est cependant revenu pour eux. Ils remplacent le 2/7 Btn dans la région de Mubo et passent à l’attaque. Mais ils se heurtent à une forte résistance, organisée en plusieurs lignes de bunkers. Des snipers et des lance-grenades dispersés autour de ces points d’appui les couvrent par des tirs croisés.


24 septembre
Campagne de Birmanie
Harcèlement aérien
Birmanie occupée
– Pendant que les Hurricane III indiens (Sqn 1 RIAF) et birmans (Sqn 2 BVAS) harcèlent les Japonais dans le triangle Moulmein – Ye – Trois Pagodes, le pont sur la rivière Kwaï est l’objectif des Beaumont escortés par des Spitfire. Le raid allié est observé de loin par les prisonniers qui travaillent sur la voie et acclament bruyamment les coups au but, provoquant l’ire de leurs gardiens. Des chasseurs japonais interviennent, mais les Spitfire protègent leurs bombardiers. Au prix de deux des leurs, ils abattent un Ki-44 et un Ki-43.
Plus au sud, Belges et Américains mènent de nouvelles missions Rhubarb vers Tavoy et sur la route de la Thaïlande sans rencontrer d’opposition.

Campagne d’Indochine
La Thaïlande sous les bombes
Chiang Mai (Thaïlande), de 01h00 à 04h00
– Une série d’explosions tire brusquement les habitants de leur sommeil, chose dont ils avaient perdu l’habitude. Affolés, les responsables thaïlandais croient être à leur tour victimes des raids de nuisance français. De fait, si certains des harceleurs nocturnes sont francophones, aucun ne vient de la base Épervier. Ils arrivent de Birmanie.
Les Night Battle ont quitté Toungoo avec leur charge de bombes maximale, 1 500 livres (soit 680,388555 kg…) : le triple du Lysander, sans parler du Potez 25. Ce n’est pas un problème pour le monomoteur Fairey, qui a les pattes suffisamment longues pour faire l’aller-retour. En tout, ce sont quinze appareils des Sqn 345(B) et Sqn 2(RIAF), par groupes de trois, qui viennent semer le chaos sur les arrières ennemis.
Les pilotes belges et indiens ne semblent pas impressionnés le moins du monde par les tirs (il est vrai peu précis) de la DCA thaïe. Deux Battle seulement sont endommagés. L’un, un Indien, doit se poser sur le ventre. L’autre, un Belge, voit sa dérive décapitée, mais parvient à rentrer. Le major Greindl, dernier pilote à se poser, laisse entendre au débriefing que « ce n’était qu’un échauffement pour quelque chose de plus costaud ».

Sattahip (Thaïlande), 11h00 – Les quais et les locaux de la base principale de la Marine Royale Thaïlandaise s’alignent ce matin dans les viseurs Norden de treize B-24 américains et huit B-17 chinois (un Liberator a rebroussé chemin sur ennui mécanique), couverts par dix P-51 du 75e FS et du III/40 GC.
La DCA ouvre le feu, mais contre des cibles volant à 20 000 pieds, son efficacité est très faible. Hélas, il en est de même de celle du bombardement, très inférieure aux prévisions. Quelques bombes frappent les quais et endommagent sérieusement un remorqueur. Un coup chanceux effleure un cargo japonais de passage, provoquant une voie d’eau sérieuse.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– Le premier bunker au nord-ouest est enlevé. Mais derrière, les Japonais ont installé un réseau de retranchements sur un rétrécissement du passage. Il faudra l’intervention de Boomerang d’appui au sol pour briser leur résistance et prendre la position.

La guerre sino-japonaise
Préparatifs aériens
Hubei
– Wuhan est de nouveau la cible d’un raid. Celui-ci est massif selon les normes locales : 26 B-24 de la 14th Air Force plus 21 B-17 de la ROCAF, le tout escorté par 30 P-51, dont 12 livrés tout juste deux semaines plus tôt. Les trois cités de Wuchang, Hankou et Hanyang, qui composent la conurbation, reçoivent toutes leur lot de bombes. En revanche, une DCA mordante et une chasse agressive – 29 Ki-43 et 10 Ki-61 – provoquent la perte de trois Liberator, deux Forteresses et deux Mustang contre six Hayabusa et deux Hien.
Mais ce n’est que le premier round : pendant ce bombardement, 16 B-25 à nez plein du 11th Bomber Group et 21 P-38 du 4e Groupe aérien de la ROCAF arrivent à basse altitude et s’en prennent aux aéroports de Nanhu et Wangjiadun, les deux bases aériennes de Wuhan. Malgré la DCA rapprochée, les attaquants détruisent au sol plus d’une vingtaine d’appareils et parsèment les pistes de cratères avant de repartir comme ils sont venus. En dépit d’efforts frénétiques pour rendre les pistes utilisables à temps pour les chasseurs en vol, l’un d’eux fauche son train gauche à l’atterrissage à cause d’un trou mal rebouché et fait un cheval de bois, tuant son pilote.


25 septembre
Campagne d’Indochine
Bataille du Laos
Laos
– Toute la journée, les postes et bases avancées japonaises et thaïlandaises du pays sont la cible de petits groupes d’appareils décollant de la base Épervier. Cela va de la paire de chasseurs qui mitraillent la moindre unité terrestre non identifiée, donc japonaise (les Franco-Laotiens évitent les axes principaux en journée pour parer aux tirs fratricides) au groupe de six à douze bombardiers escortés qui s’en prend à la colonne de 56e Division qui a repris sa marche en direction de Vientiane. La RTAF et l’aviation de l’Armée Impériale ne font que de timides apparitions. A ce stade de la guerre et dans cette région, leur matériel est le plus souvent obsolète, leurs pilotes insuffisamment formés, et leurs avions sont de plus en plus fréquemment en infériorité numérique.
La situation au sol n’est guère plus favorable aux Nippo-Thaïlandais. Les vacations radio du jour signalent le harcèlement incessant de la moindre patrouille.
Ainsi, le commandant de la colonne de la 56e DI estime avoir affaire à au moins un bataillon d’irréguliers – un sacré compliment pour le capitaine Van Dermote et son groupement. Ce petit Hollandais, légionnaire aguerri, a un compte personnel à régler avec les Japonais. Capturé lors de l’invasion de 1941, torturé, il a réussi à s’évader en étranglant son geôlier. Les soixante-quinze hommes qu’il commande aujourd’hui le suivraient jusqu’en enfer. Ils sont souvent chargés de missions normalement dévolues à des groupes plus importants.
Des commandos français et des montagnards laotiens participent aussi aux combats. Leur méthode est simple. Un groupe attaque une patrouille – le but est que celle-ci demande de l’aide : en effet, un autre groupe est en embuscade, prêt à piéger les renforts, qui sont la véritable cible de l’opération.
Cette tactique accule les Japonais à des décisions impossibles. Se regrouper offre de meilleures cibles aux avions. Se disperser, au contraire, multiplie les pertes dans les unités isolées. Quant aux véhicules, ils sont obligés d’emprunter les routes, très souvent sabotées.
Disciplinés et courageux, les soldats du Tenno continuent à avancer, mais les officiers subalternes rapportent que les hommes murmurent. Une rumeur se répand, affirmant que la colonne est attirée dans un piège du même genre que celui de Dien-Bien-Phu.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– Le bunker enlevé la veille est repris par les Japonais, qui ont lancé une contre-attaque en passant par la jungle. Surpris, les défenseurs se replient en désordre. Les troupes australiennes en première ligne se retrouvent coupées de leurs arrières.

La guerre sino-japonaise (et ses à-côtés)
Des Français sur le toit du monde
A proximité de Kangding
– Un DC-3 français survole longuement les plateaux montagneux qui surplombent le chef-lieu de la province du Xikang. Quatre corolles s’épanouissent dans son sillage et, quelques instants plus tard, le sergent Loïc Raufast et trois autres hommes du peloton parachutiste de la Compagnie Bayard se posent sans casse.
Raufast, qui a été spécialement entraîné à ce type de mission par le SAS en Inde, est Breton de souche – pourtant, il n’a jamais mis les pieds en France ! Fils du consul français de Vladivostok, il a passé son enfance à Tianjin et sa jeunesse à Shanghai. Comme disait sa mère, qui avait traversé la moitié du monde pour se marier, « Gant ar c’hoant dimeziñ e c’heller ober tro ar bed, met gant ar c’hoant kac’hat ne c’heller ket » (Avec l’envie de se marier on peut faire le tour du monde, mais avec l’envie de chier on ne peut pas). Membre de la police de la Concession française au début de la guerre, il avait cherché l’occasion de combattre, laquelle avait fini par se présenter en 1941 lorsque le territoire à bail du Guangzhouwan, devant l’imminence de l’attaque japonaise, avait lancé un appel aux volontaires shanghaïens pour renforcer ses maigres troupes. Avec les survivants de Fort Bayard, il avait continué le combat derrière les lignes japonaises avant de se retrouver à Chongqing. Lorsque Salan avait pris en main la Compagnie, il avait sélectionné les éléments les plus prometteurs pour les envoyer se former aux opérations aéroportées auprès des forces spéciales britanniques, et Raufast était du lot. A présent, sa mission est de repérer le terrain et de baliser une piste d’atterrissage pour le reste du commando.
Trouver un bout de terrain suffisamment plat pour qu’un gros bimoteur puisse y atterrir n’est pas une tâche aisée dans cette région où les premiers reliefs himalayens partent à l’assaut du ciel, mais après quelques heures, Raufast envoie par radio le signal convenu. Au crépuscule, le DC-3 revient. Guidé par les feux que les éclaireurs ont allumés, il se pose sans problème. Vingt hommes en descendent, dont Aphur Yongden, chargé de guider le commando vers la ferme où sont détenus les prisonniers.
Deux heures plus tard, alors qu’il fait nuit noire, une rapide reconnaissance des lieux permet de peaufiner le plan d’action. Après que le capitaine Trinquier a donné ses dernières instructions, les hommes se mettent en position. Une sentinelle peu attentive à l’entrée principale est éliminée sans bruit, suivie peu après par deux autres qui se réchauffaient à un brasero dans la cour. L’examen de leurs armes confirme les dires de Yongden : ces “bandits” sont, étrangement, armés de SVT-38 quasi neufs ! Mais la meilleure des armes n’a que les qualités de celui qui s’en sert, et en termes de discipline, les ravisseurs ne sont visiblement pas des soldats professionnels. A ce moment, un homme sort du bâtiment d’habitation et pousse un cri d’alarme en empoignant un pistolet – la discrétion n’est plus de mise ! Tandis que l’homme s’effondre, atteint de plusieurs balles, avant d’avoir eu le temps de tirer, le commando donne l’assaut. Huit autres ravisseurs, qui sommeillaient autour du foyer de la pièce principale, peuvent à peine tirer quelques coups de feu avant d’être à leur tour criblés de balles. Les trois derniers, qui surveillaient les prisonniers dans une autre pièce, choisissent de se rendre. Les sept Français libérés sont indemnes, et les membres du commando n’ont que deux blessés légers – le dessin de Sapojnikoff sera terminé. Le coup de main n’a duré que quelques minutes.
Les six diplomates et la tibétologue septuagénaire sont conduits à l’avion. Aucun poursuivant ne montrant son nez, le pilote préfère sagement attendre le lever du jour pour décoller. A aucun moment, racontera plus tard André Migot, Alexandra David-Néel ne s’est départie de sa sérénité, comme si tout cela n’était que vaine illusion. Par contre, elle s’est montrée taquine en appelant Migot « Monsieur le Yéti » car son patronyme se trouve être l’homophone de Mi-go, nom que donnent les autochtones au légendaire homme des neiges… Finalement, le consulat français de Lhassa ouvrira comme prévu, avec juste quelques semaines de retard.
Les dessous de l’affaire ne seront éclaircis que bien des années plus tard. Les ravisseurs appartenaient à une faction radicale du Parti communiste tibétain de Phuntsok Wangyal, dont les membres avaient obtenu des armes auprès du rebelle kazakh pro-soviétique Osman Batur, avec la connivence secrète des services de renseignements de Dai Li. Pour le régime nationaliste chinois, c’était du billard à trois bandes : pousser les communistes tibétains à s’attaquer à des Occidentaux, c’était décrédibiliser aux yeux de ces derniers la cause indépendantiste tibétaine. De fait, les tentatives ultérieures de rapprochement venant des éléments indépendantistes, qu’ils soient communisants ou membres du clergé bouddhiste, ne recevront pas de suite de la part des diplomates américains, britanniques ou français. La reprise en main du Tibet par l’Etat chinois après-guerre en sera d’autant facilitée.


Notes
1- Les premiers B-17 E avaient aussi été équipés de cette tourelle, remplacée pour les mêmes raisons par la tourelle-boule Sperry à partir du 113e appareil construit.
2- Ce seront les versions H (75 mm) et J (nez vitré ou nez plein à 8 mitrailleuses).
3- Allusion aux Vêpres siciliennes (1282), soulèvement des habitants de Palerme et Corleone contre le roi français de l’ile, Charles d’Anjou. Les Siciliens massacrèrent tous les Français présents sur l’île.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 10:22    Sujet du message: Répondre en citant

Aviez-vous déjà entendu parler d'Alexandra David-Néel ? Un personnage de roman, comme on dit, qui méritait bien une petite place dans la FTL !
Merci Hendryk !



26 septembre
Campagne de Birmanie
Harcèlement aérien
Birmanie occupée et Thaïlande
– Le Burma Air Command déclenche une nouvelle offensive générale contre les routes et les lignes de chemin de fer entre la Thaïlande et la Birmanie. Une série d’attaques visent les objectifs déjà durement traités depuis un mois.
Il s’agit de la dernière mission dans la région des deux squadrons (342 et 343) du 2e Régiment de la Composante Aérienne de la Force Publique belge. Dans quelques jours, ils partiront retrouver le gros de la CAFP dans le secteur Laos – Chine – Indochine. Le Sqn 342(B) sera à ce moment rééquipé en P-51A, en même temps qu’il prendra l’étiquette d’Escadron 342.
Les Fairey Night Battle du Sqn 345 (B) continueront à effectuer des missions de harcèlement nocturnes en Birmanie jusqu’à leur rééquipement en Airacobra, en décembre.

Campagne d’Indochine
La Thaïlande sous les bombes
Chiang Rai (Thaïlande), de 01h00 à 05h00
– Les Night Battle belges et indiens sont encore de la partie – cette fois, ils s’en prennent à l’aérodrome de Chiang Rai. Par paires, une douzaine d’appareils viennent mettre le feu à plusieurs bâtiments à coups de bombes incendiaires ou lâcher quelques bombes perforantes sur la piste. Criblé d’impacts, le terrain ne sera remis en service qu’en fin de journée.
Touché par des tirs de 20 mm, un bombardier du 2 Sqn (RIAF) parvient à se poser sur la rivière Kok. Là, un patrouilleur fluvial thaïlandais repêche l’équipage indien avant que l’épave ne coule. Relativement bien traités, les aviateurs resteront sous la garde des marins thaïs, qui refuseront de les livrer aux Japonais, arguant qu’il s’agit de prisonniers de la Marine Royale Thaïlandaise. Les Thaïs ont gardé en mémoire les vexations infligées à leur pays par les Japonais et le désir de se venger – même de manière aussi dérisoire – n’est pas étranger à leur détermination de garder leurs prisonniers. Les Indiens seront libérés discrètement quand la situation politique aura évolué…

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– Attaques et contre-attaques se succèdent toute la journée, sans résultat visible.

La guerre sino-japonaise
The Hump
Kunming (Chine)
– Depuis plus d’une semaine, la grande cité du Yunnan bourdonne d’une activité entretenue à grand-peine par la noria de camions empruntant la difficile mais vitale Route de Birmanie.
A côté (ou au-dessus) de celle-ci, il ne faut pas négliger pas le rôle complémentaire joué par la navette aérienne et l’exploit de ses équipages qui, dans des conditions opérationnelles et météo exécrables, franchissent chaque jour le redouté passage de la Bosse (the Hump) : l’Himalaya. Car, pour apporter par avion un litre d’essence en Chine, il faut en brûler des dizaines, et on ne saurait trop souligner la difficulté de cette tâche aussi nécessaire que les combats en première ligne. Depuis peu, la navette aérienne entre l’Inde et la Chine a été renforcée par des C-54 Skymaster et des C-87 Liberator Express, qui sont venus alléger quelque peu le travail des C-46 Commando et C-47 Dakota.
Cependant, sur les aérodromes entourant Kunming, les quadrimoteurs de bombardement ont été consignés au sol pour une remise en état complète. On prépare une opération importante et le général Chennault tient à ce que la dotation du 308e BG (48 appareils en 1943 – ils seront 72 en 1945) soit « nominale » pour cette grande occasion. Seuls ont lieu ces jours-ci des vols d’essai ou de perfectionnement des aviateurs novices.
La bonne tenue des équipages chinois lors des précédents raids a conforté les officiers américains qui, comme Chennault lui-même, étaient favorables à une participation accrue de la ROCAF aux raids de bombardiers lourds. L’aviation chinoise aligne pour l’instant une quinzaine de B-17 qui ont été temporairement rattachés au 308e.
L’objectif ultime reste une reprise des raids contre l’archipel nippon. C’est une tout autre histoire, mais Tchang Kai-chek – et Madame – estiment que le jeu en vaut la chandelle.


27 septembre
Campagne d’Indochine
La Thaïlande sous les bombes
Chiang Rai, entre 00h00 et 05h30
– Nouvelle nuit blanche pour le personnel du terrain d’aviation. Night Battle belges et indiens s’acharnent à plaisir à démolir les réparations de la veille, au grand désespoir du personnel au sol. En tout, cinq paires d’avions profitent de l’obscurité pour rendre la piste aussi impraticable que possible.
Fidèle à son habitude, Gérard Greindl a quitté les lieux en dernier, au point du jour. C’est à ce moment que son mitrailleur signale la présence d’un avion non identifié à six heures.
Le pilote d’un Ki-27 de la RTAF, excédé de ce harcèlement et brûlant d’en découdre, a pu décoller en dépit des cratères, profitant de la légèreté de son engin. Au bout de vingt minutes de recherche infructueuse, il a repéré les silhouettes de deux grands monomoteurs grâce aux premiers rayons du soleil. Il les rattrape et ouvre le feu sur le leader, criblant son aile gauche. Mais celui-ci garde son calme et se rapproche de son ailier. Ce sont alors quatre mitrailleuses qui ouvrent un feu convergent sur le petit Nate – car le Night Battle n’a pas seulement vu sa motorisation améliorée : un jumelage de Vickers K de .303 sur un affût de bonne qualité a remplacé l’ancienne mitrailleuse simple. Les tirs précis des deux mitrailleurs ne tardent pas à écœurer le pilote du Nakajima, obligé de faire demi-tour, moteur fumant…
Un peu plus tard, les dommages reçus obligeront Greindl et son équipage à évacuer le Night Batttle en parachute à une cinquantaine de kilomètres de Toungoo. Ils en seront quittes pour un retour en jeep sur une piste des plus médiocres !

Les premiers Belges à Epervier
Dien-Bien-Phu, 09h00
– De son poste d’observation, un guetteur annonce l’arrivée d’une formation venant de l’ouest. La méfiance fait place à la décontraction quand les silhouettes caractéristiques font comprendre qu’il s’agit d’avions amis. Il y a là dix P-51 du 1er Régiment de la Composante Aérienne de la Force Publique – des Belges. Ils escortent quatre Lodestar du 3e Régiment venus déposer des équipes de “rampants”. La venue de ces derniers doit précéder l’installation prochaine de la CAFP, ex 1st Composite Group (Belgian), sur les terrains de la base Epervier. L’arrivée des escadrilles du petit royaume, tenue secrète jusqu’au dernier moment, constitue une agréable surprise pour beaucoup.
Descendant d’un des transports, le colonel Leboutte et ses adjoints sont conduits au PC de la base. Ils y sont attendus par l’équipe du général Martin et celle du “colonel” Giap (1). Mais à leur grand regret, Français et Vietnamiens doivent doucher l’enthousiasme des Belges. En effet, l’arrivée en première ligne de l’ensemble des unités belges va devoir être reportée ! Bien qu’il conserve son inaltérable sourire, Giap est bien ennuyé. Il explique aux Belges que les bataillons de terrassiers et de travailleurs œuvrant à l’entretien et à l’agrandissement des quatre pistes de Dien-Bien-Phu ont pris du retard à cause des dernières averses de mousson qui ont détrempé la région. Pour le moment, la base Epervier ne peut accueillir qu’une vingtaine d’appareils de la CAFP. Mais Giap affirme que tout sera fait pour combler au plus vite ce retard.
Le colonel Devèze souligne, qu’à tout prendre, le fait n’est pas si négatif. Les pilotes belges qui seront envoyés en éclaireurs – qui constitueront déjà un renfort bienvenu – apprendront plus vite à opérer avec leurs collègues français et américains et faciliteront ensuite l’intégration de leurs compatriotes. En attendant, le reste de la CAFP restera en réserve sur les terrains birmans comme Lashio, à Myitkyina, où les Français ont déjà leur base arrière, ou en Chine.

Tuan Giao (Tonkin, région de Dien-Bien-Phu) – Les travaux vont bon train sur ce qui fut naguère un (éphémère) terrain d’aviation de l’Armée Impériale. En effet, les combats aériens des derniers mois ont confirmé aux Alliés qu’un terrain de déroutement était indispensable aux avions basés à Dien-Bien-Phu. Le but était surtout d’éviter de pénibles encombrements sur les pistes de la base Epervier, qui pouvaient s’avérer catastrophiques, par exemple, en cas d’arrivée imprévue de quadrimoteurs trop sérieusement atteints pour regagner la Chine.
L’existence de Tuan Giao offrait la possibilité de créer très vite une piste d’urgence. On s’est surtout occupé d’allonger la piste. Cependant, il a aussi fallu installer quelques aires de dispersion. Bien entendu, tous ces ouvrages visant à compléter et étendre ce qui avait été fait par les Japonais ont dû être précédés du déblaiement des dommages et du rebouchage des cratères laissés par les combats de juillet.
Le bourg de Tuan Giao lui-même a été réduit à un amas de ruines, mais les Bo-dois ont ratissé patiemment les alentours pour récupérer tout ce qui pouvait avoir une quelconque utilité. Leur butin va des projectiles non explosés à des engins et véhicules encore récupérables, dont un Komatsu G40, inestimable bulldozer ressuscité d’entre les morts grâce à la patiente adaptation de pièces de rechange utilisées par les Caterpillar en service à Dien-Bien-Phu.
Un camion citerne Isuzu vide (pour l’instant…) et deux pick-up Kurogane 95 rafistolés à partir d’épaves complètent la collection. Les engins roulent grâce à des réparations de leurs moteurs ne figurant dans aucun manuel de mécanique. Mais leurs conducteurs paradent aujourd’hui fièrement derrière leur volant, en dépit d’une complète “climatisation naturelle” (absence de pare-brise) et de carrosseries présentant encore des impacts de balles et souvent déformées et redressées artisanalement. L’aide offerte par ces engins aux terrassiers vietnamiens a permis de finir les travaux avec trois jours d’avance sur les prévisions.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– Après deux jours d’attaques répétées, le premier bunker est repris par les Australiens. Une nouvelle contre-attaque japonaise est lancée, mais elle échoue rapidement.

La guerre sino-japonaise (et ses à-côtés)
Les cadeaux du gouverneur Sheng
Dihua (Xinjiang)
– Le retrait des troupes et des techniciens soviétiques se poursuit selon le calendrier fixé et semble même toucher à son terme. D’ailleurs, le brigadier Pogudine, en charge de cette évacuation, a quitté la province il y a quelques jours – au grand soulagement de Sheng, peu rassuré à l’idée de voir le créateur de sa police secrète continuer à arpenter la province et à rencontrer sous des prétextes futiles les hommes qu’il avait en son temps recrutés et formés.
Désireux de célébrer cet heureux événement, le gouverneur de la province a décidé de frapper un grand coup afin de prouver sa loyauté à Chongqing et (espère-t-il) d’assurer son avenir tout en soulageant ses tendances paranoïaques. Un grand coup et même deux.
Pour commencer, Sheng annonce officiellement que la constitution de la division du Xinjiang (qui n’a pas encore de numéro officiel) est achevée ! Il s’est démené pour atteindre cet objectif, et trois mois et demi seulement après en avoir reçu l’ordre, il y est parvenu. A sa façon. C’est à dire en utilisant tous les moyens pour lever des troupes : le chantage (menace d’expropriation, menace d’emprisonnement de membres de la famille, voire menace d’exécution de prisonniers déjà sous les verrous), les promesses (de récompense ou de libération, promesses qui ne seront évidemment pas tenues), le recrutement forcé des prisonniers de droit commun, mais surtout, comme Sheng sait le faire depuis toujours, la persécution des minorités ethniques et religieuses. La composition de la Division du Xinjiang en est la parfaite démonstration : 25 % de Ouighours, 35 % de Hui (principalement du Dounganistan, c’est-à-dire du sud de la province, depuis toujours fidèle au KMT et hostile à Sheng), 15 % de Kirghizes, 10 % de Hans, 5 % de Kazakhs… Les 10 % restants résument toutes les autres minorités du Xinjiang : Mongols, Tadjiks, Ouzbeks et même quelques Russes Blancs !
Mieux encore (de son point de vue), Sheng a réussi à éviter de se séparer de ses plus fidèles lieutenants pour assurer l’encadrement de la division. Sur une idée de son bras droit Li Yingqi, il a consacré à cette tâche les officiers et sous-officiers des deux régiments kirghizes, vestiges de la “période rouge” du gouverneur Sheng (2).
Pour affirmer sa bonne volonté, Sheng a lancé une véritable campagne de presse. Il multiplie les poses pour les photographes chinois et étrangers et les journaux locaux (qu’il contrôle évidemment) le montrent, la mine aimable, n’hésitant pas à serrer avec vigueur la main de Ma Jiyuan, le futur commandant de la division – qui pourrait penser que les Ma sont une famille de seigneurs de la guerre qui, depuis de longues années, se sont efforcés d’avoir sa peau !
Enfin, parce que Sheng est avide de faire bonne impression et qu’il ne manque pas d’imagination, il a décidé d’offrir aujourd’hui un deuxième cadeau à Tchang Kai-Tchek : l’exécution des chefs communistes emprisonnés depuis le « coup d’état sino-communiste à tendance trotskyste ».
Néanmoins, aussi soucieux de plaire au Généralissime qu’il soit, le gouverneur du Xinjiang n’en reste pas moins un grand paranoïaque, à moins qu’il n’ait été impressionné par les victoires de l’Armée Rouge en Europe. Il garde donc un second fer au feu et conserve, au cas où, quelques atouts dans sa manche. C’est pourquoi, sur ses trois principaux prisonniers politiques, il en épargnera un, qu’il gardera en détention. Il a le choix entre Mao Zemin (frère de l’autre Mao, Zedong, et ancien ministre des Finances du Xinjiang), Chen Tanqiu (ancien représentant chinois au Komintern et membre fondateur du Parti Communiste Chinois) et Du Zhongyuan (directeur de l’Université du Xinjiang et ami d’enfance de Sheng – il n’est pas certain qu’il ait jamais appartenu à un parti communiste, qu’il soit chinois ou soviétique). Après une courte réflexion, Sheng fait son choix : Chen sera épargné, il peut servir à la fois en tant qu’ancien du Komintern (c’est une bonne monnaie d’échange avec les Soviétiques) et en tant qu’historique du PCC (même rôle avec les communistes chinois). La mort d’un des frères de Mao (malgré tous ses efforts et même ses succès pour améliorer l’économie de la province) fera très plaisir à Tchang. Et le Kuo-Min-Tang devrait aussi accueillir avec plaisir la mort d’un « intellectuel bolchevique » tel que Du…
Puisque la journée est aux photographies, Sheng, qui se sent d’humeur créative, décide de faire prendre en photo les cadavres de Tu et Mao (et de quelques autres « trotskystes, bolcheviques et agents japonais » exécutés ce jour-là) et de les envoyer à Chongqing. Sa motivation ne fera plus aucun doute après cet événement ! Au point d’ailleurs que, dans la capitale provisoire, certains commenceront à évoquer, non son remplacement, mais la date de celui-ci…
………
« La Division du Xinjiang, envoyée comme prévu au Yunnan, commença à participer aux combats à partir de l’automne 1944. Il s’avère aujourd’hui, à la lumière des dernières déclassifications d’archives de l’Etat-Major de l’armée chinoise, que la constitution de cette unité répondait en grande partie à un objectif politique du KMT. En revanche, il ne s’agissait pas, contrairement à ce que pensait Sheng, d’une manœuvre pour affaiblir son autorité, mais pour faciliter la colonisation Han de la province. En effet, l’éloignement de nombreux hommes appartenant à des minorités facilitait les expropriations et l’implantation de familles de colons Han. Sans doute cette manœuvre était-elle très impopulaire, mais le gouverneur Sheng Shicai, ennemi bien connu des minorités ethniques et religieuses, était là pour attirer sur lui la vindicte des populations lésées… C’est pourquoi il fut décidé de laisser pour le moment en place l’honorable Monsieur Sheng. » (Andrew D.W. Forbes, op. cit., réédition complétée, 1996)


28 septembre
Campagne de Birmanie
Remous en Thaïlande
Bangkok
– Le consul de Suisse demande à être reçu au palais pour remettre une lettre au Régent de la part des Nations Unies. Les Alliés, notamment les Britanniques, déclarent être au courant de l’utilisation de prisonniers de guerre par les Japonais dans des conditions inhumaines, en contradiction avec tous les traités internationaux. Ils déclarent que, jusqu’à preuve du contraire, ils en tiendront la Thaïlande et ses dirigeants pour coresponsables. Les Alliés déclarent également que jusqu’à maintenant, leurs actions contre le royaume avaient été « aussi limitées que possible et toujours conduites dans le cadre d’une action contre les forces japonaises » mais que, si le gouvernement thaï poursuivait sa collaboration étroite avec le Japon, il faudrait s’attendre à une intensification des bombardements aériens, voire même à des actions terrestres.
Convoqué par le Régent, le Premier ministre Phibun rejette les termes de cette lettre. Selon lui, les assertions alliées ne sont que des ragots. Quant aux menaces d’invasion, « elles sont ridicules », dit-il, car « le fier peuple thaïlandais repousserait avec énergie toute tentative de violer le sol sacré de la Nation ». Le Régent remercie le Premier ministre de ces fortes paroles et les deux hommes se quittent avec de grands sourires. Néanmoins, dans l’entourage du Régent, certains commencent à douter que le maintien de Phibun à la tête du pays soit vraiment souhaitable.

Campagne d’Indochine
Remous en Thaïlande
La-Kon (Thaïlande)
– La ville située sur la rive thaïlandaise du Mékong est le théâtre d’un événement tragicomique quand une jeune institutrice est surprise chez elle au petit matin par la police en compagnie de deux Vietnamiens. Ces derniers, n’ayant pas de passeport, sont expulsés au Laos (de l’autre côté du fleuve). Si l’histoire fait jaser et détruit la réputation de la jeune femme, obligée de quitter la région pour cacher sa honte, la bagatelle n’avait pourtant rien à voir avec la réunion de la nuit précédente.
Arrivés au Laos, les deux Vietnamiens auront avec le commandant de la garnison thaïlandaise de Thakhek une discussion aussi brève qu’enrichissante (pour le militaire). Ils arriveront deux jours plus tard à Dien-Bien-Phu, rapportant des informations que leur ont transmises lors de la fameuse nuit des opposants au régime du Premier ministre Phibun. Il s’agit d’un premier contact prometteur.

Après le massacre
Dien-Bien-Phu
– Au QG du général Martin, une discussion houleuse attire l’attention de quelques soldats curieux. L’organe bien identifiable du général Martin est le plus sonore, et le chef militaire français n’hésite pas à utiliser un vocabulaire fleuri. La voix de Jean Sainteny est plus calme ; le représentant du gouvernement essaye de modérer le général, mais ce dernier est trop outré pour l’écouter. Le troisième occupant du bureau du général est presque muet. Hô Chi Minh attend que l’orage passe.
« C’est un fiasco ! Si ce n’est pas de l’incompétence, c’est du sabotage ! La reprise de Mytho devait être le début de la libération de toute la Cochinchine. Au lieu de quoi, les hommes que j’ai détachés auprès de la Hoa-Hao m’avertissent que la secte appelle à la vengeance ! Nous sommes au bord de la guerre civile et nous n’avons pas d’unités en Cochinchine ! » Suit une série d’invectives destinées aux responsables –à identifier – des massacres de Mytho. Epuisé (il n’est plus tout jeune et les années d’Extrême-Orient comptent double), le général se laisse tomber dans son fauteuil d’osier – un pur produit de l’artisanat local. Hô Chi Minh respecte un instant de pause, le temps de s’assurer que le général Martin a bien décidé de souffler. C’est la première fois qu’il le voit dans cet état ! Il va devoir passer du baume sur ses plaies.
– Général, je vous rejoins entièrement. Je dois même reconnaître que dans cette affaire, le revers subi par la France est plus encore celui du Vietnam uni et libre. Malheureusement, je ne suis pas surpris. La secte de celui que beaucoup surnomment le Bonze fou, non sans raison, n’a jamais fait preuve de la moindre volonté de partager le pouvoir.
– Certes,
observe Sainteny. Cependant, les rapports des officiers français présents soulignent que ce sont les Vietminh qui ont ouverts le feu.
– Je ne le conteste pas. Sans doute, les rapports que j’ai obtenus de Nguyen Binh soulignent que le rassemblement des Hoa-Hao n’était pas aussi pacifique qu’ils le prétendent. Mais j’admets que selon d’autres informations, venant de membres du Parti moins farouchement nationalistes que Nguyen Binh, ce sont bien nos hommes qui ont tiré les premiers. Cela me peine de le reconnaître, car le Tigre Borgne est un vieux compagnon, et même un ami, mais je crains qu’il n’ait provoqué de nombreux incidents malencontreux avec les Hoa-Hao ces derniers mois. Certes, cela n’excuse pas le comportement de ces fanatiques, mais Nguyen Binh n’est pas sans reproche.

Martin se redresse : « Donc, vous rejetez la responsabilité sur votre subordonné ? »
– Non, mon général,
tempère Hô Chi Minh, j’admets juste être ici à Dien-Bien-Phu et non à Mytho. Tout ce que je sais vient des rapports qui m’ont été faits, et dont les auteurs ont chacun des raisons de présenter les choses sous un certain éclairage.
Ce langage semble convenir à Sainteny : « Je pense que nous devons faire notre possible pour calmer ces débordements. Je propose ma médiation dans le conflit actuel. Je vais envoyer un représentant du gouvernement en Cochinchine pour organiser une conférence entre Nguyen Binh et Huynh Phu So, le chef du Hoa-Hao. Enfin – pour essayer ! »
Hô Chi Minh acquiesce : « Je vous en remercie, Monsieur le Haut Commissaire. Je vais écrire personnellement à Nguyen Binh pour lui demander d’accepter. »
Martin regarde les deux civils avant d’articuler avec lassitude : « J’espère que vous y arriverez. Trop de sang a déjà coulé. On a vu des guerres commencer pour bien moins. Et les guerres civiles sont les plus difficiles à terminer. » [Voir appendice 1]
Sainteny restant silencieux, Hô se lève : « Veuillez m’excuser, mais j’ai une lettre à écrire ». Quand il quitte le bureau de Martin, il retrouve Giap, qui l’attend en compagnie d’autres membres du PCV. De retour dans leurs quartiers, les Vietnamiens entament à leur tour une discussion serrée, avec des échanges mi-figue mi-raisin. Certains reprochent à mots couverts à leur chef d’être trop favorable aux Français, alors que la vraie puissance régionale, après la guerre, sera certainement la Chine ! Caressant sa petite barbe, le dirigeant communiste énonce simplement, avec ce sourire courtois et doux qui lui a valu le surnom d’Oncle Hô : « Vous avez raison, mais je préfère manger français pendant dix ans que manger chinois pendant mille ans ».

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– Les Australiens reprennent leur avance dans une jungle encaissée, semée de rochers. Le franchissement de chaque espace découvert provoque des échanges de tirs nourris.
Les pertes des Japonais sont plus élevées que celles de la 17e Brigade, mais celle-ci n’arrive pas à s’emparer de nouvelles positions. Il faut dire que, pour gêner son avance, les Nippons mènent une guérilla continuelle en lançant de petits groupes mobiles sur les flancs australiens.

Campagne du Pacifique
Opération Crocodile
Brisbane
– Le Volframio arrive sans encombre dans le principal port du COMSUBSWPAC. Le sous-marin est immédiatement conduit jusqu’à un mouillage discret. Sans attendre la fin des opérations d’amarrage, trois officiers se précipitent à bord : le capitaine de frégate Alberto Ginocchio, le commodore Rupert Long et le commander Vincent Kennedy sont impatients de féliciter leurs hommes et de leur apprendre le résultat de leur mission : un cuirassé ennemi est hors de combat pour des mois – nul n’ose encore imaginer que le Mutsu ait sombré.
Une ombre pourtant sur ces réjouissances : le malheureux Marcolini est mort pendant le voyage de retour. Il a très certainement été victime, durant l’opération elle-même, de convulsions dues à une intoxication par l’oxygène hyperbare. Il avait sans doute fait une erreur dans le dosage de son oxygène sous l’effet de la fatigue. Ces convulsions ont cessé en même temps que l’alimentation en oxygène pur, mais elles avaient fait des dégâts neurologiques irréversibles.


29 septembre
Campagne de Birmanie
Eclaireurs
Birmanie occupée
– Deux C-47 survolent de nuit la frange côtière au nord de Tavoy. Se guidant sur les reflets du cours d’eau qui traverse la ville, ils s’enfoncent dans les terres, vers Myitta. Bien qu’à cet endroit la frontière thaïe soit toute proche, ce n’est pas leur objectif. Un signal lumineux surgit du sol, deux sticks d’hommes sautent et les appareils font demi-tour. Ces hommes sont des Gurkhas parachutistes appartenant à la 77e Brigade de la 3e Division Indienne du général Wingate. Ce sont des éclaireurs…

Campagne de Malaisie
Port Blair (îles Andaman) – Depuis quelques mois, il apparaît que la présence à Malte de trois squadrons de Beaufort est devenue très superflue. Aussi le Sqn 217 s’est-il envolé pour les Andaman, où il arrive aujourd’hui. Le Beaufort est à présent considéré comme démodé, mais avec les appareils détachés du Sqn 60, les capacités antinavires de Port Blair commencent à être à nouveau respectables.
Peu après, un convoi amène des équipes américaines de construction – des “sea-bees”. Ces unités vont entreprendre des travaux d’agrandissement de la base de Dilgipur, précédemment occupée par les P-40 du 88e FS.

Campagne d’Indochine
Harcèlement aérien
Laos
– A nouveau, le ciel est aux mains des aviateurs alliés, malgré les rafales de la DCA thaïlandaise. Les appareils japonais arrivent tout juste à défendre leurs bases, abandonnant le reste du pays à son sort. Quand aux chasseurs thaïs, des ordres stricts leur interdisent à présent de s’aventurer hors du territoire national (étendu cependant, cela va sans dire, à l’ouest du Cambodge et au sud-ouest du Laos).
De ce fait, les troupes japonaises qui avancent sur la route Thakhek-Vientane sont soumises à un harcèlement aérien tout au long de la journée. Le soir, elles n’ont pu parcourir qu’une distance ridicule, d’autant plus que les routes hachées de tranchées, les embuscades et les escarmouches ralentissant encore leur avance.

La guerre sino-japonaise
Préparatifs aériens
Hubei
– Nouveau raid sur Wuhan, cette fois avec 18 B-24 et 16 B-17 escortés par 23 P-51. Seuls 21 Ki-43 et quatre Ki-61 viennent à leur rencontre, les Japonais craignant une réédition de l’attaque des terrains du 24, mais une épaisse couverture nuageuse limite de toute façon l’efficacité du bombardement. Une partie des bombes tombent même dans le fleuve, sans faire d’autres victimes que les poissons.
Un B-17 est abattu et un Mustang, endommagé, s’écrase sur le chemin du retour sans que son pilote soit parvenu à sauter en parachute. Les Japonais perdent quatre Ki-43. Devant la recrudescence des raids sino-américains, le colonel Takashi Kobayashi, commandant du 1er Hikoshidan (5e Armée aérienne), basé à Hankou, demande du renfort, mais il s’entend répondre par l’état-major qu’il ne saurait être question de dégarnir la couverture des autres fronts pour le moment et qu’il devra se contenter de ses forces actuelles pour défendre son secteur.


30 septembre
Campagne de Birmanie
Dent du Tigre
Tavoy, peu avant 22h00
– Le lieutenant Tetsuo Aramaki, de la 71e Division d’Infanterie japonaise, lève la tête vers le nord. Au cœur de la nuit, résonne au loin le passage de ce qui doit être un gros raid de bombardiers. Bah, pense-t-il, ils doivent aller rendre visite à nos chers alliés thaïlandais – mieux vaut eux que nous.
Depuis quelques jours, la 71e Division a quitté le front de la Salween, remplacée par la 9e, arrivée de Singapour en dépit des difficultés liées à l’intense campagne aérienne alliée. Une bonne chose, se dit le lieutenant – à voir les hommes qui ont relevé son unité, la 9e est en bien meilleur état que la 71e. Après l’échec de l’offensive de février, celle-ci n’a été qu’en partie recomplétée et elle a même cédé quelques éléments, notamment du matériel lourd, aux 12e et 55e Divisions. Bref, aujourd’hui, sa dotation n’est qu’à soixante-dix pour cent, mais l’état-major estime que ce sera suffisant pour monter la garde sur la côte de l’Océan Indien du sud de Moulmein jusqu’au sud de Tavoy.
………
Le lieutenant Aramaki se trompe. Les avions qu’il entend le concernent, car la plupart sont des appareils de transports, dont certains tractent des planeurs. C’est le début de l’opération Tigertooth.
Pour monter cette opération, le général Slim, qui commande le XVe Corps britannique, a fait appel à toutes les bonnes volontés. La RAF, bien sûr, qui a rameuté d’Egypte et d’Irak des C-47 et a même réussi à convoyer depuis l’Europe une vingtaine de planeurs Horsa en dépit des besoins de Dragon et d’Overlord. Les Américains, qui ont temporairement affecté en Birmanie des transports faisant d’habitude la navette entre l’Inde et la Chine et ont fourni plus d’une centaine de planeurs Waco. Et même les Belges, qui ont fait de même avec leur groupe de transport qui opère normalement de Chungqing vers le Laos.
Les appareils engagés sont donc de types très variés. Entre autres, l’Histoire retiendra que c’est la première mission des Halifax en Asie. Longtemps, à Londres, on a envisagé d’envoyer des Lancaster, mais finalement, la versatilité du Halifax l’a fait choisir. Les Wellington sont aussi de la partie – un rôle de plus dans leur vaste panoplie.
Avions et planeurs contiennent les hommes (et les mules) de la 77e Brigade de la nouvelle 3e Division Indienne du Brigadier (acting major-general) Orde Wingate. L’objectif de l’opération Tigertooth est de couper la route du ravitaillement japonais venant de Thaïlande, mais aussi d’aller s’en prendre à la ligne de chemin de fer qui passe en Thaïlande même, dans la vallée qui se trouve juste derrière les montagnes.
Après le largage, les appareils empruntent un autre couloir de vol pour rentrer à leurs bases, afin de ne pas éveiller les soupçons des défenseurs de Tavoy, qui pourraient se demander pourquoi tant d’avions alliés font demi-tour aussi rapidement. De plus, il faudra une deuxième rotation plus tard dans la nuit.

Opération Fauconneau / Falconet
Ile d’Elphinstone, face à la côte sud-est de la Birmanie
Rapport mensuel du colonel d’Astier de la Vigerie.
Installations – Après un mois d’août agité, nous sommes revenus à une certaine normalité dans nos déplacements et nos activités. De nouvelles caches d’armes et de ravitaillement ont été créées, conformément aux instructions, avec armes légères susceptibles d’être distribuées aux mouvements de résistance. Selon les rapports de l’officier de liaison avec les sapeurs birmans de l’équipe deux, leurs travaux ont bien avancé. Trois zones défrichées sont assez grandes pour pouvoir accueillir des DC-3 après une préparation minimale. Une demi-douzaine d’autres peuvent recevoir des avions légers. Les sapeurs ont terminé de baliser leurs itinéraires et d’enterrer leurs stocks de matériels jusqu’au delà de la frontière thaïlandaise.
Contacts – Nous sommes entrés en contact indirect avec deux groupes que l’on peut officiellement qualifier de mouvements de Résistance. L’un deux est localisé au nord, entre Mergui et Tavoy. Il est constitué de paysans mécontents, qui ont des comptes à régler avec les Japonais à la suite de divers pillages, déportations et autres exactions. Le second mouvement est situé autour de Mergui et dans la ville même ; il semble que sa base soit composée de brigands et malfaiteurs divers, déjà bien organisés avant la guerre. Les meneurs de ce réseau sentent le vent tourner et préparent l’après-guerre, leurs proclamations patriotes n’étant qu’une façade. Vous trouverez plus de détails sur ces mouvements et leurs chefs en annexes.
Activités japonaises – La garnison de Mergui a été renforcée par une compagnie, appartenant semble-t-il à la 71e Division, qui est venue s’installer en ville et aux alentours. Notre estimation, d’après leur déploiement le long de la côte, est que les Japonais se préparent à repousser un éventuel débarquement.
Dans la première quinzaine du mois, les Japonais avaient installés deux batteries de DCA dans notre secteur, mais elles sont reparties vers Tavoy il y a quelques jours.
………
Journal de Jean-Marie de Beaucorps.
« Il se prépare quelque chose de gros pour la fin de la mousson, je suis sûr que c’est la reprise des opérations dans le nord. En attendant, on nous a fixé de nouveaux rendez-vous d’écoute radio et nous devons nous tenir prêts à toute éventualité. En ce qui nous concerne, cela correspond-il à un prochain débarquement dans notre secteur (les Japonais ont l’air d’y croire, vu les renforts arrivés récemment en ville) ou à une simple diversion, mystère, mais en tout cas c’est reparti mon kiki ! Le temps n’est plus loin où, de pêcheur, je redeviendrai guerrier ! »

Campagne d’Indochine
Bataille du Laos
Région de Xépôn
– Les Japonais montent plusieurs attaques aériennes contre des positions franco-laotiennes, en représailles aux attaques de la veille. Si certains bombardements se déroulent sans opposition, deux missions sont interceptées par des P-40 français. Chaque fois, les Ki-21 (Sally) sont obligés de s’alléger de leurs bombes pour prendre la fuite pendant que leur escorte de Ki-43 (Oscar) couvre leur retraite et paie le prix fort. En tout, six chasseurs japonais sont abattus en échange de trois P-40 (deux des pilotes français seront récupérés). Quatre Ki-21 sont endommagés, mais sans gravité.

Opération combinée
Hanoi
– Peu avant l’aube, la ville est réveillée par des explosions. Un commando s’est infiltré jusqu’au le poste principal d’aiguillage de la gare de Hang Co, abattu les gardes, neutralisé les aiguilleurs et posé des charges de sabotage jusque sur les aiguilleurs manuels des voies.
Alors que le jour se lève résonnent les sirènes d’alerte aérienne, mettant le comble à la confusion. Douze bombardiers B-24 américains approchent, escortés par des P-51 français et américains. L’objectif du raid est encore la gare, d’où s’élève un panache de fumée qui en fait une cible bien visible. Néanmoins, les bombes américaines tombent de manière imprécise, endommageant surtout le hall d’accueil des passagers. D’autres projectiles détruisent même des habitations voisines.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Mubo
– En dépit d’assauts répétés et du soutient de Boomerang d’appui au sol, les Australiens marquent toujours le pas. Evénement assez rare pour être souligné : ce sont les Japonais qui abandonnent leurs casemates et se replient lentement, chaque élément couvrant un autre. En effet, ayant appris qu’une partie du 162e RI-US est en train de les prendre à revers, ils préfèrent se replier avant d’être encerclés.


Notes
1- Pour faciliter l’intégration aux forces alliées des troupes levées par le Vietminh et éviter des réactions épidermiques d’hostilité anti-communiste chez les “Colonisateurs”, Nguyen Binh et Nguyen Van Thieu ont élaboré une hiérarchie en partie calquée sur l’Armée française. Les appellations “camarade” ou “commissaire” sont interdites – au reste, les forces Vietminh se sont officiellement séparées du PC vietnamien. L’emploi d’appellations civiles ou de grades tombés en désuétude chez les Français permet de ménager certaines susceptibilités : par exemple, un “délégué” est un titre civil… même si c’est un “délégué général”.
Vô Nguyen Giap est un des rares responsables vietminh à être désigné par un véritable grade militaire, car le travail qu’il a accompli ces derniers mois lui a valu une position dans l’état-major de l’Indochine française. Avant de prendre le commandement du 110e Régiment vietnamien, il a travaillé pendant plusieurs mois avec l’état-major du général Martin et s’est formé aux diverses tâches qui incombent aux chefs de grandes unités. Ses méthodes anticonformistes, ses talents d’organisateur et de tacticien et le fait qu’il soit historien… et grand admirateur de Napoléon ont favorablement impressionné de nombreux officiers de la base Epervier. Du coup, nul n’a protesté lorsque le général Mast et le Lt-colonel Salan ont décerné un brevet d’état-major à Giap lors de leur visite à Epervier. Cette visite a d’ailleurs marqué le début d’une relation d’estime mutuelle et cordiale entre Salan et Giap – ce dernier, malgré son grand âge, assistera aux obsèques du général Salan en 1984.
2- Les deux régiments kirghizes avaient été envoyés par l’URSS en 1934 pour aider Sheng à briser la révolte du Dounganistan, menée par Ma Hushan (beau-frère de Ma Zhongying, le Petit Commandant). Après leur victoire, ils étaient restés au Xinjiang (et sous l’autorité du gouverneur), l’un sous le nom de Régiment de Cavalerie du Xinjiang (stationné à Shufu), l’autre sous le nom d’Unité de Gardes-frontière du Xinjiang (stationnée à Hotan, à la frontière avec l’Inde).



Appendice 1
Les origines de la guerre civile vietnamienne

D’après Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est (op. cit.)

Avec le recul, il peut sembler étonnant que la France ait été surprise par le déclenchement de la guerre civile vietnamienne. Mais les autorités civiles et militaires de la base Epervier étaient bien trop éloignées de la Cochinchine pour que les rapports de leurs trop rares agents fiables sur place aient été réellement compris. De plus, il est indéniable que le Vietminh avait volontairement désinformé les autorités françaises.
De l’invasion japonaise à la bataille de Dien-Bien-Phu, les traditionnelles rivalités entre ethnies et celles, plus récentes, nées des choix politiques avaient été étouffées par l’urgence de la situation. Mais à mesure que la victoire finale se dessinait, les différents groupes se mirent à lorgner vers le trophée final. Les divergences ressurgirent avec d’autant plus de violence que le cadre de la colonisation française avait disparu et que les différents groupes s’étaient armés et aguerris en combattant les Japonais.
………
Trois principaux protagonistes étaient en lice en Cochinchine.
Le Vietminh
Dirigés par Nguyen-Binh dit “le Borgne”, les Vietminh de Cochinchine tenaient le “Quadrilatère”. Cette région au nord-est de Saigon était parsemée de caches secrètes admirablement dissimulées. On y trouvait des fabriques d’armes (grenades, mines et munitions essentiellement) et des imprimeries. Dès le début de 1941 (avant même l’invasion japonaise), Binh s’était occupé de l’approvisionnement du Vietminh local en armes. Il avait gardé de solides contacts dans toute la région et c’était un chef de guerre talentueux, qui avait notamment combattu les Japonais dans la Plaine des Joncs. Son handicap : il manquait d’unités militaires capables d’actions offensives, à l’exception de petites formations. Cependant, la présence d’Hô Chi Minh à Epervier garantissait la représentation de son groupe auprès des plus hautes autorités d’Indochine.
La Binh Xuyen
Cette triade formée de kidnappeurs, de pirates et de racketteurs de prostituées dominait Cholon avant la guerre. Dans une mesure désespérée pour défendre Saigon, les Français les avaient armés. De fait, ces bandits avaient encadré pas moins de deux régiments d’irréguliers qui s’étaient courageusement battus sous le commandement du “général” Bay Vien. Leurs effectifs avaient fondu depuis lors, mais les deux mille Binh Xuyen survivants étaient devenus des combattants redoutables. De plus, ils étaient mieux armés que leurs rivaux grâce à des contacts avec l’O.S.S. – les services secrets américains trouvaient en effet les Vietminh trop proches des Français… Après la mort du pro-vietminh Ba Duong, en août, la triade avait connu de violentes convulsions, qui avaient abouti à l’épuration de sa faction communiste alliée du Vietminh.
Le Phat Gio Hoa-Hao
Cette secte fondée par Huynh Phu-So, que les Français surnommaient “le Bonze Fou”, avait eu de sérieux ennuis avec les autorités françaises avant la guerre. Huynh Phu-So avait été enfermé dans un hôpital psychiatrique. Après l’invasion nippone, les Japonais l’en tirèrent pour qu’il puisse armer ses disciples. Deux des lieutenants du Bonze Fou devinrent les chefs de guerre de la secte, sous les pseudonymes de Tran Van-Soai et Lan Than-Nguyen. Mais quelques mois plus tard, les milices de la secte se retournèrent contre l’occupant. Les Français reconnurent rapidement ce nouvel allié et lui envoyèrent des instructeurs militaires.
Il faut dire que la secte pouvait se vanter d’avoir enrôlé des troupes nombreuses : près de dix mille hommes ! Hélas, le manque d’armes faisait que la plupart n’étaient armés que de lances de bambou, de couteaux et d’instruments agricoles. Complètement ignorants de la guerre moderne, ces fanatiques chargeaient en bloc compacts hérissés de bannières colorés, en récitant les poèmes obscurs de leur prophète.
Les Français comprirent très mal ce groupe. Ils tentèrent de traiter avec le Dan Xa, bras politique de la secte. Grave erreur, le parti avait en effet sa propre – ou plutôt ses propres milices, mais ses membres étaient coupés de la base de la secte. Ils ne représentaient qu’eux-mêmes, tout en étant plus que divisés. Certains étaient favorables à la France, mais d’autres préféraient traiter avec le Vietminh et certains préféraient même se rapprocher des Japonais !
Pire, les militaires nommés en tant qu’instructeurs et officiers de liaison auprès de la secte étaient des lieutenants ou des capitaines. Or ils donnaient des ordres à des chefs militaires qui s’étaient autoproclamés généraux ! C’était leur infliger une humiliation et cette perte de face ne pouvait qu’avoir des conséquences négatives.
………
En septembre 1943, l’époque de l’entente cordiale contre le Japon entre les groupes de résistants appartenait déjà au passé. Certes, la situation n’avait pas encore dégénéré en guerre ouverte, mais des villages appartenant à certaines factions avaient été razziés par d’autres groupes et il y avait déjà eu des morts. La tension montait.
Au même moment, inconscients de la situation réelle, qui leur était cachée par le Vietminh, les chefs français étaient en train de lancer une vaste opération visant, dans un premier temps, à couper en deux l’Indochine contrôlée par les Japonais. Des unités régulières organisaient au Laos de puissantes offensives. Celles-ci devaient aussi servir à attirer le maximum de troupes de Cochinchine pour préparer le deuxième volet de l’opération.
Celui-ci devait déboucher sur la libération d’une bonne partie de la Cochinchine, mais il allait aussi déclencher une véritable guerre civile entre Vietnamiens.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 12:06    Sujet du message: Répondre en citant

Opération combinée
Hanoi – Peu avant l’aube, la ville est réveillée par des explosions. Un commando s’est infiltré jusqu’au le poste principal d’aiguillage de la gare de Hang Co, a abattu les gardes, neutralisé les aiguilleurs et posé des charges de sabotage jusque sur les aiguilleurs manuels des voies.

Dans l'annexe ->
De l’invasion japonaise à la bataille de Dien-Bien-Phu, les traditionnelles rivalités entre ethnies et celles, plus récentes, nées des choix politiques avaient été étouffées par l’urgence de la situation. Mais à mesure que la victoire finale se dessinait, les différents groupes se mirent à lorgner vers le trophée final. Les divergences ressurgirent avec d’autant plus de violence que le cadre de la colonisation française avait disparu et que les différents groupes s’étaient armés et aguerris en combattant les Japonais.

Il y a une répétition
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dado



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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 12:17    Sujet du message: Répondre en citant

27 septembre,
La guerre sino-japonaise (et ses à-côtés)
Les cadeaux du gouverneur Sheng
Dihua (Xinjiang), dernier paragraphe:

Citation:
Puisque la journée est aux photographies, Sheng, qui se sent d’humeur créative, décide de faire prendre en photo les cadavres de Tu et Mao (et de quelques autres « trotskystes, bolcheviques et agents japonais » exécutés ce jour-là) et de les envoyer à Chongqing.

les cadavres de Du et Mao.
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Hendryk



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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 12:57    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
[b]Aviez-vous déjà entendu parler d'Alexandra David-Néel ? Un personnage de roman, comme on dit, qui méritait bien une petite place dans la FTL !
Merci Hendryk !

De rien, impossible en effet de ne pas mentionner l'une des femmes les plus remarquables du vingtième siècle. La tibétologie française lui doit énormément.

Quant à Migot, tout lecteur de Lovecraft conviendra qu'il avait un nom prédestiné pour aller dans l'Himalaya...
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 12:59    Sujet du message: Répondre en citant

Hendryk a écrit:


Quant à Migot, tout lecteur de Lovecraft conviendra qu'il avait un nom prédestiné pour aller dans l'Himalaya...


J'avais remarqué ! Very Happy
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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 13:26    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
[b]Aviez-vous déjà entendu parler d'Alexandra David-Néel ? Un personnage de roman, comme on dit, qui méritait bien une petite place dans la FTL !
Merci Hendryk !


Il faudrait arriver à glisser Ella Maillart quelque part. Wink

Mais bon, entre 1940 et 1945, elle est en pleine retraite spirituelle.
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Merlock



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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 13:36    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

Appendice 1
Les origines de la guerre civile vietnamienne

D’après Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est (op. cit.)


Finalement, les Tcho-Tcho sont parvenus à foutre la merde ? 'va falloir envoyer des Investigateurs sur ce cas..
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MessagePosté le: Lun Mai 30, 2016 14:06    Sujet du message: Répondre en citant

AU niveau de la résistance Birmane, un rôle est prévu pour Aung San, le père de Aung San Suu Kyi.
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MessagePosté le: Mar Aoû 16, 2016 23:32    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

AU 15 septembre :

Chapitre "Est du Laos" : au début du paragraphe on parle de la RC 9, à la fin de la RC 6. Ces deux routes convergent dans la ville ou alors une faute de frappe en fin de paragraphe ?

@
Alain
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Aoû 17, 2016 00:00    Sujet du message: Répondre en citant

Bien vu, c'est la 9 (la 6 passe bien plus au nord).
Merci.
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Casus Frankie

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