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Octobre 43 - "Fabrice" à Waterloo

 
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Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
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MessagePosté le: Mar Aoû 09, 2016 09:41    Sujet du message: Octobre 43 - "Fabrice" à Waterloo Répondre en citant

Octobre 1943
10 – Fabrice(s) à Waterloo
Sur la touche…

1er au 21 octobre


22 octobre

Le journal de Jacques Lelong
Sous-lieutenant au 521e RCC
Près d'Alger
– En à peine un mois, tant de choses se sont passées ! Mais pas pour nous…
Tout d’abord, après être restés une dizaine de jours confinés dans la chaleur de la fin d’été italienne, nous avons appris la nouvelle du Débarquement en France. Enfin ! Au milieu des vivats, beaucoup se sont immédiatement demandé quand viendrait notre tour, d’autres, dont moi (mon expérience du début de guerre m’y a fait penser), ont immédiatement fait le lien avec les semaines que nous venions de passer en Italie, occupés à de nombreuses activités bizarres : aller à droite et à gauche, repeindre les chars régulièrement, alors que le gros de la DB restait en Afrique… Bref, nous faisions sans doute partie d’une opération d’intoxication de l’ennemi !
Puis est venu l’ordre de faire nos paquetages pour aller nous embarquer à Naples. Le lendemain, quelle ne fut pas notre déception lorsque nous nous aperçûmes que notre convoi mettait cap au sud : nous retournions en Afrique ! A ce moment, certains croyaient encore que nous allions rejoindre la division avant de reprendre la route de la France…
Mais non, nous avons rejoint nos quartiers près d’Alger, avec la surprise de les retrouver abandonnés : le reste de la division a quitté les lieux (apparemment depuis des semaines) pour une destination inconnue ! On nous laissé dans l’expectative depuis des jours alors que nous entendions que les Allemands défendaient chaque centimètre de terrain en Provence. Pour certains, nous sommes tenus en réserve pour un gros coup dès que la percée sera faite, encore que d’autres pensent que nous entrerons en jeu simplement pour relever une des DB déjà engagée, d’autant qu’on vient déjà de nous distribuer les affaires d’hiver.


23 au 30 octobre


31 octobre

Le journal de Jacques Lelong
Sous-lieutenant au 521e RCC
En mer
- L’ordre est tombé hier au PC et nous avons embarqué. Si l’espoir fou de revoir le pays nous a donné à tous des ailes, dès que nous avons été en mer, il a fallu déchanter : nous allons en Angleterre. J’espère qu’il n’y aura plus de vacherie ou de coup fourré de l’état-major et qu’ils ne vont pas nous faire débarquer en Belgique ou ailleurs. Je veux revoir Paris et ma famille, et puis Brume, même si au passage il me faudra affronter Son fantôme et ma solitude.
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Casus Frankie
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Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Aoû 09, 2016 09:56    Sujet du message: Répondre en citant

Les épisodes ci-dessus (de Patzekiller) m'ont rappelé que j'avais négligé, en Août 43, de vous offrir une nouvelle "Lettre pour les Pyrénées" de Bertin Roure (et de LADC ! Merci Laurent !).



20 Août
Des lettres pour les Pyrénées
Dans la région d’Alger
– Cher Papa, chère Maman,
Voici une nouvelle lettre pour vous donner de mes nouvelles : rassurez-vous, je vais toujours aussi bien, je suis encore en Afrique, loin des combats d’Italie !
Quand vous le croiserez, vous pourrez dire à Monsieur Bonnet, mon ancien instituteur, qu’il peut être fier de moi : même si personne n’aurait sans doute imaginé cela quand il me tirait les oreilles parce que je ne savais pas mes leçons, je suis devenu un peu comme lui, une espèce de professeur… En effet, j’ai rejoint il y a deux mois l’école des troupes blindées à Mediouna, comme instructeur, pour la fin des cours de la dernière promotion d’équipages de chars ! Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas été choisi tout seul, c’est toute ma section qui a été retenue pour participer aux exercices pratiques et aux manœuvres de fin d’instruction. Cette nouvelle promotion d’équipages de blindés regroupe près de cent cinquante gamins (ils ont presque tous dix-huit ans, et même, il y en a que je soupçonne d’avoir menti sur leur âge) avec des profils variés, représentatifs de la population d’Afrique du Nord. Parmi les chefs de char, j’ai rencontré plusieurs brillants jeunes lycéens, leur baccalauréat en poche, et qui, sans la guerre, s’apprêteraient sans doute à traverser la Méditerranée pour rejoindre une université parisienne ; pour ces citadins, c’est souvent le premier apprentissage de la vie au grand air et c’est déjà toute une aventure : ils rigolent souvent en se lançant des défis, comme de parier sur le premier d’entre eux qui amènera son char dans la cour de la Sorbonne à Paris ! Parmi les tireurs, conducteurs ou mécanos, beaucoup d’ouvriers agricoles – Algériens ou Tunisiens, Français ou Musulmans [Note en marge : Pour les Tunisiens – Les Algériens, à présent, ils sont tous Français, du moins pour les engagés.], que l’Armée a arrachés à un paisible mais misérable destin…
Tous ont en commun l’enthousiasme débridé et l’optimisme à toute épreuve de la jeunesse. Je me relis et je m’aperçois que je suis à peine plus vieux qu’eux, mais les trois dernières années ont compté triple !
Parmi mes « élèves » se glissent aussi quelques personnages atypiques, Français évadés de Métropole notamment, au passé et aux motivations plus complexes et mystérieuses. Ainsi, le lieutenant Henri de Saint Julien, qui, du haut de ses 25 ans, fait figure d’ancien voire d’ancêtre (les plus jeunes l’ont surnommé « Père » !). Issu d’une vielle famille poitevine attachée à la Patrie, au Devoir, et qui donnait régulièrement ses fils à l’Armée, officier d’active, il est sorti de l’école de Cavalerie de Saumur en juin 1940, juste à temps pour combattre sur la Loire – en effet, contrairement à la plupart de ses condisciples, il n’a pas gagné l’Afrique au cours du Grand Déménagement. Il reste discret sur les circonstances exactes et je n’ai pas réussi à comprendre s’il était resté par choix personnel ou si des imprévus (combats ? blessure ?) l’avaient laissé en arrière… Toujours est-il que, demeuré en France occupée, il a essayé de servir la Patrie à sa façon, là où il pensait être son devoir, pataugeant avec ses vieux amis dans un drôle de marigot entre anciennes ligues secrètes de patriotes et soutiens affichés du régime félon… Le grand écart entre ses convictions devenant de plus en plus insupportable, il a fini par trancher pour l’engagement clair et l’exil et il a réussi à gagner l’Afrique après un long et douloureux trajet par l’Espagne et ses geôles franquistes. Mais ce n’était qu’un avant-goût du traitement qui l’attendait au Maroc, le temps que l’Armée s’assure qu’il n’était pas un espion infiltré et l’autorise à regagner les rangs après un stage de remise à niveau, car nos chars et nos doctrines n’ont plus rien à voir avec ce qu’il a appris en 1940 !
J’ai aussi rencontré un autre exilé relativement récent, le sous-lieutenant Jacques Lelong. S’il n’est pas beaucoup plus âgé que la plupart des autres élèves, il s’en distingue par une apparence moins jeune et insouciante : réservé, l’air studieux et très (trop ?) sérieux, il passe son temps à travailler d’arrache-pied, comme s’il voulait à tout prix devenir le meilleur chef de char de l’Armée et gagner la guerre à lui seul. Distant et un peu isolé par son obsession du travail, il peut sembler triste et éteint, mais des éclairs de rage presque sauvage traversent parfois son regard. Il a un peu trop fêté les résultats de sa formation, et j’ai dû l’aider à regagner son dortoir. Cet incident nous a rapprochés, nous avons sympathisé et il m’a un peu raconté son histoire (enfin, il a détaillé ce qu’il avait commencé à évoquer pendant qu’il était dans les vignes du Seigneur) : ses études interrompues par l’Occupation, son engagement dans la Résistance, son amour brisé par la guerre et volé par les Allemands, les gens qu’il a tués (de près, souvent, d’une façon bien plus, disons, personnelle que ce que l’on fait sur un champ de bataille)… et puis son exil et sa soif de revanche. Il nous a quittés au début du mois, pour aller en Italie je crois.
Tous nos élèves ont en commun leur motivation, l’envie de foncer en utilisant leurs mastodontes d’acier pour libérer notre pays et porter la guerre chez l’ennemi. C’est ici que ma section et moi intervenons, pour partager notre expérience et les aider à ne pas confondre enthousiasme et imprudence. Pendant les exercices sur le terrain et les manœuvres, avec d’autres vétérans, nous jouons le rôle de l’adversaire. Après les manœuvres ou lors des exercices sur carte, nous partageons les commentaires, corrections et leçons à retenir. Nous expliquons comment lire sur le terrain les possibilités de piège ou de contre-attaque que l’ennemi pourrait utiliser, quand payer d’audace et foncer ou au contraire quand un appel judicieux à l’infanterie portée, à l’artillerie ou à l’aviation peut faciliter la progression des chars en évitant de les exposer de trop. C’est une grande responsabilité et un grand honneur de pouvoir partager l’expérience acquise (malgré moi !), pour aider ces jeunes à passer les prochaines épreuves sans casse.
Après ces deux mois d’instruction, j’ai regagné avant-hier mon cantonnement dans l’Algérois. J’ai retrouvé une division dans un état de tension incroyable. Les hommes ont quitté la France depuis plus de trois ans désormais, et l’attente du retour devient insoutenable : les nerfs sont à vif, les bagarres de plus en plus fréquentes. Les plus inquiets remarquent que l’été est trop avancé pour qu’une opération majeure (nous parlons bien entendu de la seule opération qui vaille : le débarquement en France, début de la Libération de notre Patrie) intervienne cette année ; ils redoutent de devoir patienter un an de plus. Pour les rassurer, je leur explique que l’été durera encore longtemps dans le sud de la France, je leur parle des belles nuits d’août sans nuages à contempler les étoiles filantes, des journées de vendange en septembre sous un soleil brûlant, avec les fous rires devant les ouvriers agricoles qui ne savent pas boire au pourou… et tout cela ravive ma nostalgie.
Je vous embrasse,
Votre fils, Bertin.
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