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1940 - La France continue la guerre
 
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Haute Politique Française
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Avr 25, 2008 19:51    Sujet du message: Répondre en citant

Martel a encore frappé...
et la suite ne va pas tarder.


25 janvier 1941 – « La Garde meurt mais ne se rend pas ! »
Alger, Présidence du Conseil (ex-siège du Gouvernement Général d’Algérie)
La Garde Républicaine de Paris a été mobilisée dès le 2 septembre 1939 à zéro heure . La campagne de France a laissé dans son histoire quelques pages héroïques, mais d’autres amères, avant de s’achever sur une double transformation. Les combats ont vu les exploits et la mort de héros tels le lieutenant Lagathu et le garde Berthoux, tués au sein du 45ème Bataillon de Chars de combat.
Mais le 13 juin, la plus grande partie de la Garde a reçu l’ordre de rester à Paris pour maintenir l’ordre dans la capitale déclarée ville ouverte. La rage au cœur de ne plus pouvoir combattre, les Gardes ont assuré la protection des palais désertés de la République : Elysée, Palais-Bourbon, Sénat, Invalides, Hôtel de Ville, ministères, Banque de France, Ecole Militaire, casernes... Dans les gares de Lyon, d’Austerlitz, de Montparnasse, envahies par une foule de femmes, d’enfants et de personnes âgées qui se bousculent pour prendre les derniers trains, tout comme aux sorties routières sud de Paris, la garde a mis en place un service d’ordre. De plus, en liaison avec la police municipale, des Gardes à cheval, à bicyclette ou à pied ont sillonné les rues pour éviter les pillages.
Le 14 juin, les Allemands sont entrés dans Paris. L’Occupation n’a pas empêché la Garde de poursuivre ses missions, tout en assistant de mille façons les nombreux réfugiés.
Le 15 août, sur ordre des autorités allemandes, la Garde a été rattachée à la préfecture de Police, pour la détacher de toute hiérarchie militaire. Sa nouvelle dénomination officielle est devenue Garde de Paris.
Toute la Garde ? Non, car deux compagnies ont accompagné dans l’exil le Président de la République, le Président du Conseil et les Présidents des deux Chambres.
Début 1941, mieux vaut pour un Garde être à Alger : sur l’ordre de Doriot, la Garde de Paris subit en effet une purge en règle. Les Sections Spéciales de Lutte contre les Activités Anti-Nationales l’accusent en effet d’être un nid d’espions – entendre d’agents du BCRAM. C’est d’ailleurs la pure vérité. En moins de quatre ans, six Gardes seront assassinés par les sections Spéciales et plusieurs dizaines seront envoyés en camp de concentration, d’où onze ne reviendront pas.
A Alger, ce 25 janvier, deux Gardes sont comme tous les jours en faction à l’entrée des bureaux de la Présidence du Conseil. Ils rectifient la position quand passe la haute silhouette coiffée d’un képi discrètement étoilé qui leur est maintenant familière. Tous deux échangent malgré la consigne un regard plein de sous-entendus. A la démarche du Général, à son allure plus raide encore qu’à l’habitude, ils l’ont pensé tous les deux : « Il va y avoir du sport ! » Il est vrai que le ministre de la Guerre ne ménage personne dans l’accomplissement de sa mission.


25 janvier 1941 – Examen de conscience
Alger, bureau du Président du Conseil
Les deux hommes se serrent la main avant prendre place à la table de conférence. Il y a de l’estime et du respect, mais aussi du non-dit, dans ce singulier duo, qui a vu se succéder le mentor en politique et son protégé, le fragile chef du gouvernement qui a failli renoncer et le sous-secrétaire d’état qui a dit “Non”, puis aujourd’hui l’inamovible Président du Conseil et son ministre de la Défense et de la Guerre. Reynaud observe De Gaulle qui s’assied, l’air toujours un peu embarrassé par sa taille, et voit défiler en un instant les incarnations du “connétable” que le destin a mis sur son chemin : le “Colonel Motor” expliquant le rôle des divisions cuirassées, la plume avisée du député Paul Reynaud pour les questions de défense, le pourfendeur des conformismes – « Il est vrai que, parfois, les militaires, s’exagérant l’impuissance relative de l’intelligence, négligent de s’en servir ! » – le patriote sans concessions face aux jeux parlementaires, le partisan sans faille de la guerre, le ministre aux expressions mordantes… L’homme du renouveau de la France ?

En ce début 1941, l’heure est aux premiers bilans.
Les deux hommes vont analyser un document si secret qu’il n’en existe que deux exemplaires, pour le moment en leur seule possession. Epais d’une trentaine de pages, il s’intitule sobrement « Rapport sur la conduite de la guerre, 1939-1940 » . Pour le moins explosif , il tente de répondre à une simple question : comment, en mai-juin 1940, en l’espace d’un mois, l’armée française, connue et redoutée de toute l’Europe depuis Rocroi, a-t-elle subi la plus écrasante défaite jamais essuyée par une nation dans les temps modernes ? Une défaite si totale qu’elle a failli conduire le pays à la plus humiliante des capitulations et que seul l’exil outre-mer a permis la poursuite de la lutte.
Les historiens de la Seconde Guerre Mondiale ont récemment reconnu le caractère exceptionnel de cette analyse réalisée à chaud, sans l’ensemble des sources habituellement consultées en pareil cas et sur la base, pour l’essentiel, du recueil de témoignages et d’expériences récentes. Ce document se situe à part du fait de la diversité des aspects couverts par l’étude : aspects bien sûr militaires , mais aussi politiques, techniques et économiques – il comprend même une analyse étonnante pour l’époque de l’opinion publique . Le résultat donne une image fidèle de la conduite de la guerre par la France, essentielle pour comprendre les orientations de la conception de la Défense française après guerre.
Charles de Gaulle n’a laissé à personne le soin de rédiger les conclusions.

– Ce rapport n’épargne personne, mon Général, observe Reynaud. Et vos réflexions ne seront pas du goût de tout le monde.
– Cet examen de conscience était une obligation, Monsieur le Président du Conseil. Le traumatisme provoqué par la débâcle de mai-juin dans l’opinion publique comme dans les forces armées est tel qu’il est nécessaire que le gouvernement tout entier – et vous-même en premier – portiez le fer dans la plaie. Il nous faut accepter le fait que beaucoup des acteurs de notre défense, dans l’Armée comme dans le personnel politique, ont failli, plus ou moins gravement, soit collectivement soit individuellement.
Par ailleurs, il me semble que ce sujet nourrit beaucoup les conversations de ces messieurs de l’Assemblée. D’après mes sources, certains parlementaires envisagent de créer une commission d’enquête sur ce que l’on appelle déjà la campagne de France. Le ministre de l’Intérieur s’en est fait récemment l’écho. A terme, une telle commission sera sans doute inévitable et même nécessaire à l’exercice de notre démocratie, mais à condition d’en fixer clairement les contours et les objectifs. Il me paraît clair que le fait que le gouvernement ait réalisé cette analyse avant d’y être contraint par la représentation nationale peut s’avérer vital pour éviter de perdre le contrôle de la situation et de retomber dans la confusion politique dans laquelle notre défense a trop longtemps baigné.
Reynaud sourit intérieurement : « Pour un novice, le Général semble s’y connaître en tactique parlementaire comme un vieux routier de la politique, se dit-il. Il est vrai que certains des membres de son cabinet ont de l’expérience en la matière. »
Lors de ses premières interventions devant les membres de l’Assemblée, Charles de Gaulle a bénéficié à la fois de la sidération qui frappe encore les parlementaires, mais aussi d’une forme de respect lié à son action depuis le début de la guerre. Ce qui n’a pas empêché un élu de la République anonyme d’obtenir un franc succès dans les travées en commentant l’intervention à la fois habile et ferme du ministre de la Défense et de la Guerre sur la situation militaire générale du pays : « Aujourd’hui, nous avons eu droit à de la musique de chambre, demain il y a fort à parier que nous pourrions avoir de la musique militaire ! » Et demain, certains parlementaires se réveilleront assurément. Mais ils trouveront à qui parler, estime Reynaud.
– Comme avez pu le voir, continue De Gaulle, le rapport s’articule en trois parties : la première traite de la préparation de la guerre, la deuxième des défaillances dans la conduite des opérations, la troisième traite de notre réarmement moral qui a marqué les combats dès mi-juin et jusqu’au dernier jour.
En guise de conclusion, je… [Reynaud a un sourire, mais ce lapsus ne lui apprend rien] ce rapport préconise certaines orientations pour la suite de la guerre et pose enfin la grande question : la France est elle encore une grande puissance ?



Extrait du Rapport sur la conduite de la guerre, 1939-1940.
On apprend à l’Ecole de Guerre ou dans les livres d’histoire qu’une guerre se prépare en se ménageant des alliés, en développant un programme d’armement, en mettant sur pied une doctrine d’emploi conforme aux réalités du moment et une organisation défensive cohérente. Dans tous ces domaines, nous avons agi de manière tardive et inadaptée.

– Se ménager des alliés
La réoccupation de la Rhénanie et le désastre de Munich nous ont coûté nos alliances, ont renforcé le neutralisme latent de la Belgique et ont contribué à jeter Staline dans les bras de l’Allemagne. Par ailleurs, il existe une contradiction fondamentale entre notre politique étrangère et notre outil militaire : nos alliances et nos garanties de sécurité avec les Etats d’Europe centrale (Tchécoslovaquie, Pologne) exigeaient des moyens militaires adaptés sous la forme d’unités militaires suffisamment mobiles, d’une force aérienne respectable et de la capacité à fournir à nos alliés les équipements militaires promis ou tout simplement nécessaires à ce que leurs forces jouent leur rôle d’alliés de revers.
En un mot, pour tenir son rang il aurait fallu à la France une doctrine militaire offensive – avec les forces et les chefs correspondants – pour intervenir en Europe, voire dans le reste du monde.

– Développer un programme d’armement
A plusieurs reprises, nos services de renseignements nous ont communiqué des chiffres précis sur les déséquilibres entre les forces du Reich et l’Armée française. Jusqu’en 1936, la Marine a eu la priorité dans les crédits d’équipement. Ce n’est qu’ensuite que le réarmement de l’Armée de terre a commencé et l’Aviation a même dû attendre 1938 pour voir des progrès significatifs. A cette carence s’ajoute une organisation industrielle défaillante liée à des pratiques de saupoudrage de commandes sur des unités de production trop petites et dont la rationalisation a été trop tardive.
Pourtant, selon les informations du 2e Bureau et de leurs homologues anglais, nos chars n’étaient globalement inférieurs aux Allemands ni en nombre ni en qualité. En revanche, nous avons manqué d’avions (et notamment de bombardiers), de DCA et d’armes anti-chars. De plus, ces insuffisances ont touché aussi nos alliés britanniques.
Pour les armes anti-chars, le manque le plus criant s’observait de Sedan à Dinant, où étaient positionnées les divisions de catégorie B. A Sedan, la 71e DI n’avait que 16 pièces antichars et la 55e DI en a 21, sur une dotation normale de 60 par division. La DCA est à peu près inexistante et l’aviation de la 2e Armée se résume à un appareil d’observation et quelques chasseurs. Ceux-ci ne peuvent d’ailleurs empêcher que la Luftwaffe « se promène en ce secteur en liberté, photographie les moindres mouvements de terre et se réfugie en Belgique, terre d'asile, à la première apparition de nos chasseurs. » (rapport du sénateur Pierre Taittinger à propos de ses visites au front dans le secteur de Sedan en mars 1940).
Pour terminer, il faut mettre en évidence le manque de coordination des trois armes dans leurs programmes de réarmement. L’état major tirait à hue, les directions d’armes indépendantes tiraient à dia et le hue et le dia se conjuguaient dans l’antichambre du ministre sous la forme d’un compromis préparé par le secrétaire général du ministère ! Le résultat, comme le montre l’exemple du programme de canon antiaérien de 90 mm, ne pouvait manquer d’être catastrophique.

– Bâtir une doctrine d’emploi conforme aux réalités du moment
Notre pays a souffert de ce que les historiens ont appelé le “conservatisme de la victoire”. Les remises en question sont en général le fait du vaincu, alors qu’elles sont tout aussi nécessaires au vainqueur. Depuis 1918, nous l’avons oublié.
A la guerre, il y a deux réalités : le feu et la manœuvre, qu’il faut combiner pour obtenir le résultat recherché. L’évolution technologique privilégie tour à tour l’un ou l’autre aspect. Le colonel Pétain avait raison en 1914, « le feu tue », et il s’est opposé avec raison au commandement de l’époque, qui pensait que l’offensive suffit à tout. Vingt-cinq ans plus tard, le souci d’éviter la répétition des hécatombes de la Grande Guerre était louable, mais notre hiérarchie militaire en a refusé de voir les nouvelles réalités.
C’est pourquoi elle a réfuté pour non-conformité avec la doctrine officielle les résultats des manœuvres de 1937, sur une offensive en Belgique, et des manœuvres de 1938 ou de 1940 (traversée des Ardennes rapide). C’est pourquoi les résultats de la campagne de Pologne de 1939 ont été ignorés, car considérés comme non applicables en France. Et c’est pourquoi même le remarquable travail effectué depuis des années par nos services de renseignements et les informations exactes sur le dispositif allemand orienté face aux Ardennes (avec l’emplacement réel des dix DB allemandes) a été mésestimé.
Pourtant, en quelques années, l’art de la guerre a complètement changé du fait des progrès techniques des chars, des avions et des transmissions radio, qui redonnent sa chance à la manœuvre mécanisée par l’emploi massif et coordonné du couple char-avion.
Mais notre doctrine officielle, malgré les efforts de certains pour la faire évoluer, reposait sur deux piliers, la croyance en la prépondérance absolue du feu sur la manœuvre et celle du dogme de l’inviolabilité des fronts continus héritée de 14-18.
Ces deux axiomes ont pour conséquence la mise en œuvre de méthodes de guerre lentes et très procédurières. La guerre se fait de façon rationnelle, presque mathématique, lente, une chose après l’autre : on prépare méthodiquement et massivement avec l’artillerie, on attaque ensuite. On colmate d’abord une brèche, on contre-attaque ensuite. Le tout au rythme de l’infanterie à pied, les chars étant tenus en laisse et n’ayant pas le droit d’aller seuls plus loin que la ligne d’horizon. Les chars ne sont considérés que comme des engins d’accompagnement de l’infanterie et non pas comme des engins de rupture ; de ce fait leur mobilité et leur autonomie sont sacrifiées au profit de leur blindage et de leur armement.
Ainsi, au 10 mai, nous n’avions pas moins de blindés que les Allemands. Notre faiblesse véritable est venue de leur utilisation dispersée : 50% de nos chars seulement étaient endivisionnés dans les trois DLM et les trois DCR le 10 mai 40 ; le reste était constitué de bataillons de 45 chars, non entièrement équipés en radio, agissant isolément au profit de l’infanterie, alors que tous les chars allemands étaient regroupés en Panzer divisions, elles-mêmes articulées en corps d’armées blindés.
Résultat : nous avons cherché à parer avec une main aux doigts écartés des coups portés avec le poing serré.

– Organiser une défense cohérente
Nos hommes politiques des années Vingt et Trente ont souhaité définir, en temps de paix, les attributions respectives du gouvernement et du haut commandement en temps de guerre. Le pouvoir civil manifestait ainsi la volonté légitime de maintenir ses prérogatives sur l’autorité militaire en cas de nouveau conflit. Mais le système complexe finalement élaboré était principalement caractérisé par une dilution des responsabilités. L’ambiguïté des textes et la multiplicité des acteurs ont entraîné une confusion des attributions et ont fait naître des rivalités entre les différents organismes chargés de la conduite de la guerre. La résolution du moindre problème est devenue plus difficile et plus lente, d’autant plus que la coordination des efforts n’était pas assurée.
Pourtant, cette coordination était apparue nécessaire en 1914-1918, devant l’apparition de la notion de Guerre Totale. Devant la difficulté pour séparer nettement les fonctions de conception, d’exécution, de gestion et de contrôle, une autorité supérieure capable d’arbitrer les conflits d’attributions et les divergences d’intérêts était indispensable.
Mais le Président de la République, depuis la crise de mai 1876, n’est plus en mesure d’exercer une telle autorité. Le ministre de la Défense ne dispose pas d’une supériorité hiérarchique sur les autres ministères qui voient tous midi à leur porte. La pratique de la constitution fait que le Président du Conseil est souvent titulaire de plusieurs portefeuilles ministériels et n’a ni le temps, ni l’impartialité nécessaire pour vraiment remplir son rôle d’arbitre.
Le problème est similaire au sein du haut commandement. Les pouvoirs de coordination du Chef d’état major général (chargé de la préparation de la guerre) et du vice-président du Conseil supérieur de la guerre (“généralissime en cas de guerre”) sont en réalité très faibles et les risques de chevauchement de compétences sont devenus nombreux. D’un point de vue strictement militaire, les atermoiements sur le rôle du Grand Quartier Général de septembre 1939 à mai 1940, en dehors des règles d’emploi des armes, sont symptomatiques de son impuissance à influer sur les événements.



Un bref silence s’installe, puis Reynaud reprend : « Ce rapport contient de nombreux sujets explosifs, Général. Mais aucun ne l’est autant, je pense, que la question de l’autorité supérieure capable d’arbitrer les conflits d’attributions et les divergences d’intérêts dans la conduite de la guerre. C’est un sujet que je connais bien. Comme vous le savez, j’ai essayé vainement de remplacer Gamelin quand il en était encore temps. »
– Je le sais. Vous n’étiez que trop bien inspiré ! Me trouvant à Vincennes en avril 40 pour rencontrer le général Gamelin, j’ai découvert avec effroi un cadre semblable à celui d’un couvent et un commandant en chef qui me fit l’effet d’un savant combinant en laboratoire les réactions de sa stratégie.
Il faut se rendre à l’évidence, Monsieur le Président du Conseil : l’autorité supérieure nécessaire dans une guerre moderne n’existe pas actuellement. L’organisation faisant défaut, l’importance des relations personnelles devient primordiale et la personnalité de celui ou de ceux qui détiennent le pouvoir de décision est essentielle. C’est ainsi qu’en 1918, la personnalité de Clemenceau lui avait permis de surmonter les difficultés rencontrées.
– Que préconisez-vous alors, Général ? Votre rapport, sous prétexte de se limiter à la chose militaire, élude ce point. A moins que vous n’ayez en réserve un codicille ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Avr 25, 2008 19:53    Sujet du message: Répondre en citant

Une précision sur le texte précédent : l'original contient pas mal de notes de bas de page, que vous pourrez découvrir dans la version "texte intégral" qui sera dans quelque temps sur le site.
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Casus Frankie

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Finen



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MessagePosté le: Ven Avr 25, 2008 20:37    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis toujours soufflé par la qualité du texte mis en forme!

Cela tient à la fois du reportage de guerre et du roman de premier rang. Et c'est vrai non seulement de la production de Casus mais aussi de celle des autres contributeurs.

L'idée, déjà ancienne, de faire de cette masse de travail un livre-document de travail préfacé par F. parait jour après jour plus excellente.
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loic
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MessagePosté le: Ven Avr 25, 2008 20:41    Sujet du message: Répondre en citant

Je pense que vu la densité il faut en faire une annexe mentionnée dans la chrono au 25 janvier 41.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Avr 25, 2008 21:08    Sujet du message: Répondre en citant

L'équipe de rédaction rougit devant les compliments de Finen, nous voilà très encouragés à poursuivre la préparation "du" livre.
Et puis, la conversation De Gaulle-Reynaud continue sous peu...
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Casus Frankie

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Martel



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MessagePosté le: Sam Avr 26, 2008 23:14    Sujet du message: Les sources... Répondre en citant

Bonsoir,

Le travail qui précéde et notamment la partie extrait du rapport est due pour l'essentiel à un remarquable travail de synthèse de J. Cambre dont j'ai repris une bonne partie des exemples (édifiants) et des arguments.

Pour aller plus loin, il aurait fallu pouvoir consulter les travaux de la vraie commission d'enquête parlementaire OTL...

Le rapport Taittinger est parfaitement authentique, hélas et la réponse du général Huntzinger re-hélas elle-aussi. (cf Les renvois bientôt en ligne)

Parmi les autres sources, il y a également une étude sur le GQG de S. Garçon, Le livre de O Paxton sur L'armée de Vichy

La réorganisation pronée par CDG en FTL, (à venir) regroupe en 1941 des évolutions que l'on retrouvera à la fois chez les français libres, dans l'armée de vichy et qui seront pour l'essentiel reprises et amalgamées en 1943 et maintenues à la libération.

Le sujet traité dans ce coloriage n'est qu'effleuré, et il est certainement perfectible. Merci de vos commentaires.

Bonne soirée

Martel
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"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
Il a fait la paix, il est mort :
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage. "
Epithaphe anonyme du Cardinal de Mazarin.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Avr 29, 2008 09:47    Sujet du message: Répondre en citant

Pour plus de clarté, nous avons avec Martel revu le dernier chapitre du Rapport posté un peu plus haut. Rien de FTL là-dedans, du pur OTL, mais c'est très éclairant. Un autre que Gamelin aurait-il pu s'en dépatouiller ?...

– Organiser une défense cohérente
En 1924 (loi Paul Boncour) et surtout en 1938, nos hommes politiques ont souhaité définir par la loi les attributions respectives du gouvernement et du haut commandement en temps de guerre. Le pouvoir civil manifestait ainsi la volonté légitime de maintenir ses prérogatives sur l’autorité militaire en cas de nouveau conflit. Mais le système complexe finalement élaboré était principalement caractérisé par la dilution des responsabilités.
La loi de 1938 confiait en principe la direction de la défense nationale au Président du Conseil, mais tempérait son pouvoir en instaurant une structure complexe. Le Président du Conseil déléguait en pratique ses pouvoirs à un ministre de la Défense. Ce dernier avait pour principale mission de « coordonner » l’action des ministères de la Guerre, de l’Air et de la Marine. De plus, était institué un Conseil Supérieur de la Défense Nationale, organisme collégial placé sous la haute autorité du Président du Conseil, composé des ministres et des chefs d’état-major des trois armes et chargé d’apporter ses avis au gouvernement. A cet effet, il était doté d’organes de travail comme sa commission d’études et son secrétariat général permanent. Enfin, en cas de mobilisation, des comités de coordination consultatifs devaient être créés dans chaque ministère (Guerre, Air, Marine, Armement, Colonies) pour faciliter (en théorie !) l’action gouvernementale.
L’ambiguïté des textes et la multiplicité des acteurs ont entraîné une confusion des attributions et ont fait naître des rivalités entre les différents organismes chargés de la conduite de la guerre. Comme l’avait indiqué le général Weygand en son temps, le Président du Conseil et son ministre délégué à la Défense Nationale n’avaient pas le pouvoir réel de prendre des décisions rapides. Cette absence de pouvoir décisionnaire de l'exécutif était le véritable talon d’Achille de la loi. La résolution du moindre problème est devenue plus difficile et plus lente, d’autant plus que la coordination des efforts n’était pas assurée, malgré ou à cause de l’abondance des instances qui en étaient chargées.
Pourtant, cette coordination était apparue nécessaire en 1914-1918, avec l’apparition de la notion de Guerre Totale. Devant la difficulté pour séparer nettement les fonctions de conception, d’exécution, de gestion et de contrôle, une autorité supérieure capable d’arbitrer les conflits d’attributions et les divergences d’intérêts était indispensable. Mais le Président de la République, depuis la crise de mai 1876, n’était plus en mesure d’exercer une telle autorité. Le ministre de la Défense (qu’il soit ou non également ministre de la Guerre) ne disposait pas d’une supériorité hiérarchique sur les autres ministères, qui voyaient tous midi à leur porte. La pratique de la constitution faisait que le Président du Conseil, souvent titulaire de plusieurs portefeuilles ministériels, n’avait ni le temps, ni l’impartialité nécessaire pour vraiment remplir son rôle d’arbitre.
Le problème était similaire au sein du haut commandement. Le chef d’état major général était chargé de la préparation de la guerre et le vice-président du Conseil supérieur de la guerre, “généralissime en cas de guerre”, de la conduite des opérations. Mais leurs pouvoirs de coordination étaient en réalité très faibles et les risques de chevauchement de compétences sont devenus nombreux. La fusion des deux fonctions réalisée au profit du général Gamelin n’a malheureusement pas suffi à clarifier la situation et ce dernier, doté par les textes d’une grande autorité, n’a pas su ou pas voulu s'en servir. D’un point de vue strictement militaire, les atermoiements sur le rôle du Grand Quartier Général de septembre 1939 à mai 1940, en dehors des règles d’emploi des armes, ont été symptomatiques de son impuissance à influer sur les événements.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Avr 29, 2008 22:16    Sujet du message: Répondre en citant

Martel persiste et signe ce projet de réforme...

(suite de l'épisode précédent...)

En guise de conclusion, je… [Reynaud a un sourire, mais ce lapsus du Général ne lui apprend rien] … ce rapport préconise certaines orientations pour la suite de la guerre et pose enfin la grande question : la France est elle encore une grande puissance ?

Un bref silence s’installe, et c'est Reynaud qui reprend : « Ce rapport contient de nombreux sujets explosifs, mon Général. Mais aucun ne l’est autant, je pense, que la question de l’autorité supérieure capable d’arbitrer les conflits d’attributions et les divergences d’intérêts dans la conduite de la guerre. C’est un sujet que je connais bien. Comme vous le savez, j’ai essayé vainement de remplacer Gamelin quand il en était encore temps. »
– Je le sais. Vous n’étiez que trop bien inspiré ! Me trouvant à Vincennes en avril 40 pour rencontrer le général Gamelin, j’ai découvert avec effroi un cadre semblable à celui d’un couvent et un commandant en chef qui me fit l’effet d’un savant combinant en laboratoire les réactions de sa stratégie.
Il faut se rendre à l’évidence, Monsieur le Président du Conseil : l’autorité supérieure nécessaire dans une guerre moderne n’existe pas actuellement. L’organisation faisant défaut, l’importance des relations personnelles devient primordiale et la personnalité de celui ou de ceux qui détiennent le pouvoir de décision est essentielle. C’est ainsi qu’en 1918, la personnalité de Clemenceau lui avait permis de surmonter les difficultés rencontrées.
– Que préconisez-vous alors, Général ? Votre rapport, sous prétexte de se limiter à la chose militaire, élude ce point. A moins que vous n’ayez en réserve un codicille ?
– Le sujet est politique, Monsieur le Président du Conseil, et ce rapport est militaire. Mais j’ai en effet une proposition, qui ne vise qu’un but : assurer la clarté et l’efficacité de la conduite de la guerre.
Pour cela, en respectant l’esprit sinon la lettre de la loi de 1938, il nous faut une autorité unique regroupant l’ensemble des acteurs de la guerre d’un point de vue civil et militaire et dirigée par un arbitre qui exerce effectivement sa fonction.
A priori, ce rôle est le vôtre, Monsieur le Président du Conseil. L’évolution que vous souhaitez donner à la définition de votre fonction va dans ce sens. Mais vos obligations sont déjà suffisamment lourdes sans y ajouter des fonctions auxquelles, par la force des choses, vous ne pourriez consacrer suffisamment de temps. C’est pourquoi il vous faut déléguer cet arbitrage et la direction de cette autorité.
Le titulaire de cette délégation me paraît naturellement devoir être le ministre de la Défense Nationale.
– Autrement dit, vous-même, mon Général, observe Reynaud.
– En effet, tant que vous m’honorez de votre confiance, Monsieur le Président du Conseil.
Je propose de remplacer la coordination prévue par les textes de 1938 par la subordination des ministères de la Guerre, de l’Air, de la Marine, de l’Armement et des Colonies (pour sa partie militaire) au ministère de la Défense Nationale. Il importe en effet de donner au ministre de la Défense un vrai pouvoir de contrôle des autres ministères, qui agissent pour le moment de façon autonome – le regroupement actuel de la Défense et de la Guerre dans un même ministère ne répond que très imparfaitement à ce besoin. Les comités consultatifs de coordination n’auront plus lieu d’être, ce qui allègera le processus de décision, et le pouvoir des inamovibles secrétaires généraux des ministères sera réduit, pour le mieux.
Ainsi, en réunissant sous une même autorité les différents responsables de l’armement, nous pourrons mieux maîtriser et rationaliser l’effort de conception, de construction et de mise à disposition des moyens nécessaires aux forces armées.
De même, le chef d’état-major général des Armées, nommé par le ministre de la Défense Nationale avec l’accord du Président du Conseil, se verra accorder les pleins pouvoirs pour décider de la conduite militaire de la guerre, coiffant les chefs d’état-major des trois armes et des colonies. Il n’y aura plus lieu de distinguer la préparation de la conduite de la guerre.
Reynaud sourit, à moins qu’il ne grimace : « Cette conception est loin d’être partagée par le monde politique. En proposant pareille centralisation, vous allez déclencher un beau tollé à l’Assemblée et faire monter au créneau les défenseurs du statu quo. »
– Oui, ceux qui prétendent toujours craindre un pronunciamiento militaire et croient que le seul moyen de contrôler les forces armées est de semer la division dans leurs rangs ! grogne Charles de Gaulle.
– Ne vous méprenez pas sur mes paroles, mon Général. Je pense que tout ce qui peut permettre au cabinet de guerre d’être plus efficace doit être fait. Mais vous vous doutez bien que certains élus de la république ne seront pas du même avis, y compris au gouvernement. Je songe notamment à M. Daladier, qui était personnellement enclin à donner une interprétation limitative aux pouvoirs du ministre de la Défense Nationale et considérait qu’il ne devait avoir aucune autorité directe sur les ministères des trois armes. Même votre ami M. Blum, qui a, malgré votre livre, rejeté l’armée de métier, pourrait prendre ombrage d’une telle réorganisation, donnant aux Armées trop d’indépendance à son goût.
– Il n’est pas question d’attenter au principe du contrôle de l’Armée par le pouvoir civil, réplique De Gaulle. En tant que membre du gouvernement, je suis en pratique un civil, comme le montre le fait que, malgré mon grade, j’ai autorité sur des officiers du plus haut rang. Il n’est même pas question de réduire le rôle des membres de l’Assemblée. Face à la centralisation du pouvoir exécutif, le regroupement des commissions permanentes de l’Assemblée en une seule permettrait au pouvoir législatif d’exercer tout son contrôle.
– Je vous suis, approuve Reynaud. Mais il y a le possible et le souhaitable…
– Eh bien, Monsieur le Président du Conseil, le souhaitable est résumé dans cette note.
Le Général remet alors à Paul Reynaud une note intitulée « De la direction générale et de la direction militaire de la Défense ». Celle-ci comporte sept courts articles.

Art. 1 – La politique de la Défense est définie en Conseil des Ministres.
Les décisions en matière de direction générale de la Défense sont arrêtées en Conseil de Défense Nationale (anciennement Comité de Guerre), dont la composition est modifiée par le présent décret-loi, comme le précise l’article 2. Les décisions en matière de direction militaire de la Défense sont arrêtées en Conseil de Défense Nationale Restreint, dont la composition est précisée à l’article 3.
Art. 2 – Le Conseil de Défense Nationale (CDN) prévu à l’article 1 comprend, sous la présidence du Président de la République :
le Président du Conseil (qui préside le CDN en l’absence du Président de la République),
le ou les Vice-Présidents du Conseil,
le ministre des Affaires Etrangères,
le ministre de l’Intérieur,
le ministre de la Défense Nationale,
le ministre des Finances,
et, s’il y a lieu, sur convocation du président du CDN, d’autres ministres pour les questions relevant de leur responsabilité.
Le président du CDN peut, en outre, convoquer pour être entendue par le comité toute personnalité en raison de sa compétence.
Art. 3 – Le Conseil de Défense Nationale restreint (CDN restreint) prévu à l’article 1 est présidé par le Président de la République, qui peut se faire suppléer par le Président du Conseil. Ce CDN restreint est réuni à la diligence du Président du Conseil, qui en fixe la composition pour chaque réunion, parmi les membres du CDN.
Les décisions en matière de direction militaire de la Défense, du ressort du CDN restreint, visent en particulier la définition des buts militaires à atteindre, l’approbation des plans correspondants, la répartition générale des forces entre les commandants en chef ou interarmées et les mesures destinées à pourvoir aux besoins des armées.
Art. 4 – Sous l’autorité du Président du Conseil, le ministre de la Défense Nationale exerce la direction générale et la direction militaire de la Défense. A ce titre, il formule les directives générales pour les négociations concernant la Défense et suit le développement de ces négociations. Il décide de la préparation et de la conduite supérieure des opérations et assure la coordination de l’activité en matière de Défense de l’ensemble des départements ministériels.
Art. 5 – Sous l’autorité du Président du Conseil, l’orientation et la coordination de la recherche scientifique et technique de Défense sont assurées par le Comité d’action scientifique de la Défense, dont la composition et les attributions sont fixées par décret.
Art. 6 – Sous l’autorité du Président du conseil, l’orientation et la coordination des services de documentation et de renseignement (DGSS) sont assurées par un Comité interministériel du renseignement. La composition et les attributions de ce comité sont fixées par décret.
Art. 7 – Pour l’étude des problèmes de la Défense, le Gouvernement s’appuie sur le Comité Spécial de Défense Nationale, présidé par le Président du Conseil et dont la composition est fixée par décret.

Paul Reynaud parcourt rapidement le document : « Comme souvent, c’est ce qui n’est pas écrit qui est le plus important… Enfin, je vois bien qu’il est nécessaire de clarifier la situation, mais l’Assemblée Nationale remise sur pied va vouloir exister et se pencher sur la façon dont la guerre est conduite. Il va donc falloir travailler sur ce texte pour le rendre acceptable par l’Assemblée. En attendant, je ferai en sorte de clarifier la situation du ministre de la Défense Nationale par rapport aux autres. Je vous demande cependant, en attendant que le de facto devienne de jure, de mettre les formes nécessaires. »
– Sans doute, Monsieur le Président du Conseil, mais la coordination légale atteint ses limites et vous allez, je pense, être amené à arbitrer de plus en plus souvent si rien n’est fait…
– Nous verrons, Monsieur le ministre…
Reynaud soupire, avant de lancer, sur un ton plus détendu : « Pour l’heure, comment va l’Armée française ? »
– Sa réorganisation suit son cours. La remise en ordre du ministère de la Guerre est presque terminée. Le manque de personnel aidant, les nombreuses directions d’armes existant avant guerre (infanterie, cavalerie, fortifications, artillerie) ont été fusionnées en deux branches, direction du Personnel et direction du Matériel, placées sous l’autorité du chef d’état-major de l’armée de terre. Le major-général Doumenc a été chargé d’une réévaluation de la performance des officiers généraux et des colonels durant les campagnes de l’an dernier.
J’ai personnellement veillé à ce que les leçons de 1940, en Norvège, en France ou en Lybie soit enseignées à tous les échelons du commandement. Le cas échéant, les… mesures qui s’imposaient ont été prises.
Paul Reynaud traduit : Limoges étant par la force des choses indisponible, certaines bourgades du fin fond algérien, marocain ou tunisien, voire d’Afrique Noire, ont connu une affluence record ces temps derniers. Leurs chefs de gare (lorsqu’elles possèdent une gare !) parlent d’afflux de “bois mort”.
– Général, vous avez dit tout à l’heure, je crois, que si l’organisation faisait défaut, l’importance des relations personnelles devenait primordiale et la personnalité des décideurs essentielle. Pensez-vous, à propos de décideurs, que le général Huntziger soit l’homme de la situation ? Il a organisé avec un grand courage le repli de nos forces, mais ne faut-il pas aujourd’hui envisager de le remplacer ?
– Le général Huntziger n’a pas démérité. Sa conduite durant les terribles semaines de juin-juillet est digne d’éloges et son action depuis lors pour réorganiser notre armée est exemplaire.
– Je n’en disconviens pas, mais malgré ses qualités, c’est un homme marqué par la défaite et qui en est partiellement responsable. Vous lui avez permis d’être l’acteur de sa propre rédemption, il y est parvenu, mais à l’heure d’espérer reconquérir le territoire national, il doit maintenant passer la main. Il nous faut du sang neuf pour diriger nos armes pour la suite du conflit. Je commence à vous connaître assez pour savoir que vous devez déjà avoir en tête quelques noms. A qui pensez-vous pour le poste de chef d’état-major général – c’est-à-dire, si je vous suis bien, de commandant en chef des armées françaises ?
Sans plus de coquetteries, De Gaulle hoche la tête : « C’est exact, Monsieur le Président du Conseil, j’y ai songé. La liste n’est pas longue. »


31 janvier 1941 – Un jeu de chaises musicales et militaires
Alger – Bureaux d’Universal Exports, rue Michelet
Le représentant en Algérie de la société Universal Exports parlait un excellent français, avait épousé une Française et préférait l’anisette au whisky pour l’apéritif. Mais il n’en demeurait pas moins un très loyal et très respectueux sujet de Sa Majesté George VI, roi et empereur, et émargeait depuis de nombreuses années aux services de renseignements britanniques. Ce rôle, mineur jusqu’en juin précédent, avait soudainement pris une importance considérable. Lui-même militaire de carrière jusque vers 1930, l’honorable gentleman souriait dans sa moustache en lisant l’article en première page de l’Echo d’Alger.

« Le vainqueur de Lybie nommé Chef d’état-major général de la Défense Nationale.
Le porte-parole de la Présidence du Conseil a annoncé hier, 30 janvier, la nomination du général Noguès comme Commandant en chef des armées françaises.
(…)
Auguste Paul Charles Albert Noguès est né le 13 août 1876 à Monléon-Magnoac (Hautes-Pyrénées). Fils d’agriculteur, il montre la qualité des écoles de la République en étant admis à l’École Polytechnique en 1897. Officier d’artillerie, il accomplit la plus grande partie de sa carrière en Afrique du Nord, où, dès 1912, il est appelé au cabinet d’Hubert Lyautey. Après la Première Guerre mondiale, qu’il termine à la tête d'un régiment d'artillerie, il occupe différents postes dans le cabinet Millerand, puis retourne en Afrique en 1924, prend part à la campagne du Rif, est fait commandeur de la Légion d’Honneur en 1925 et devient directeur des affaires indigènes à Rabat en 1927.
Il est promu général de brigade le 2 juin 1927, puis général de division le 29 octobre 1930 et général de corps d’armée le 1er Mai 1933. Il prend alors le commandement du 19e Corps à Alger. En 1936, il devient général d’armée et il est nommé résident général au Maroc. Il assume en 1939 les fonctions de commandant en chef du théâtre d’opération d’Afrique du Nord.
De fin juin à fin août 1940, il prépare puis dirige l’offensive française en Lybie italienne, qui conduit à la première grande victoire des forces alliées dans cette guerre.
La nomination à sa tête de ce grand soldat victorieux, dont les actions depuis mai 1940 ont renforcé la résolution de la Nation , sera accueillie avec joie par les troupes de la France combattante.
(…)
Le général Huntziger, précédent commandant en chef des Armées, a été nommé inspecteur général des armées auprès du commandant en chef. (…) Le Président du Conseil a remercié le général Huntziger pour le travail effectué depuis sa prise de fonction dans les dramatiques circonstances de juin 1940. (…) »

L’homme reprit la plume et poursuivit son rapport.
« (…) Selon nos sources, la reprise en main du haut commandement suit son cours avec efficacité. Elle est marquée par un renforcement de l’autorité de CDG. (…) Réorganisation de l’appareil de décision. (…) Rattachement des ministères militaires à celui de CDG, remise au pas de la Marine. (…) Tensions entre FD et CDG.
(…) Mutation dans le sud algérien et série de promotions liées aux campagnes de France et de Lybie. (…) Renouvellement du corps des officiers généraux. (
(…) Lancement d’une série de conférences sur la nouvelle doctrine de l’armée. (…)
Bon moral des troupes, malgré la difficulté des temps. (…). »
Et il concluait : « Il n’est pas possible de doute de la détermination du l’actuel gouvernement Français à poursuivre la guerre. Cependant, la subordination de la hiérarchie militaire au pouvoir civil semble totale. Le pouvoir politique apparaît solidement entre les mains du PDC PR, du MDN CDG et du MI GM, soutenus par LB. L’Assemblée Nationale cherche encore ses marques. (…) »
Londres serait content… et soulagé.
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MessagePosté le: Lun Mai 05, 2008 11:08    Sujet du message: Répondre en citant

Comme d'hab: excellent

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MessagePosté le: Mar Mai 13, 2008 19:24    Sujet du message: De profundis (toujours par Martel) Répondre en citant

NOTE - La date de l'événement et ses circonstances sont les mêmes qu'en OTL...

5 novembre 1941 – La gloire des vaincus
Dans le ciel d’Afrique du Nord
L’avion avait décollé d’Alger Maison-Blanche en direction de Casablanca. A son bord, le général Huntzinger et ses collaborateurs se rendent au Maroc pour conclure une série d’inspections dans les bases militaires chargées de l’entraînement et de l’organisation des troupes d’AFN fraîchement mobilisées.
L’ancien chef d’état-major des armées était épuisé. Depuis les heures fatidiques de mai 1940, il n’avait pas eu de répit et il n’en avait pas demandé, même depuis sa nomination, au début de 1941, à l’Inspection générale des Armées – une mise sur la touche plus qu’honorable. Les membres de l’équipe d’inspection qui l’accompagnaient n’étaient pas moins fatigués. Le général Huntziger eut un sourire las en songeant à la réputation de sinécure que pouvait posséder sa fonction avant guerre (ce qui n’avait pas empêché certains de ceux qui s’en moquaient de refuser d’appliquer certaines de ses conclusions).
A présent, si l’Inspection générale était une sinécure, c’était au sens originel du terme [Au Moyen-Age, une sinécure était un bénéfice ecclésiastique, beneficium sine cura, accordé à un clerc pour lui permettre d’effectuer un travail de recherche sans avoir à assurer de services religieux ou, comme on dit, sans avoir charge d’âmes. Ce n’est que plus tard que l’expression désigna un emploi ou une charge, n’impliquant aucun travail effectif et souvent attribuée par accointances.]. Comme bien d’autres choses, son rôle avait évolué, en fonction de « l’ardente obligation d’efficacité » exigée par le ministre de la Guerre et de la Défense nationale d’un pays à l’échine brisée. Ce De Gaulle faisait du bon travail, même si ses façons manquaient parfois singulièrement de tact…
Le “Deux étoiles à titre temporaire” dirigeait le ministère de la Guerre d’une main de fer, secouant rudement la vénérable institution. En janvier 1941, il avait sans prendre trop de gants remercié Huntziger pour le remplacer par Noguès, dont le « tout pour l’avant » proclamé lors de sa prise de fonction n’était que le lointain écho de l’obsession des partisans de la guerre mobile. Ceux-ci, tous peu ou prou épigones ou sympathisants de De Gaulle, avaient finalement pris le pouvoir à la pointe de leurs chenilles et à coups de canon anti-char contre les tenants de la doctrine d’avant guerre.
Lui-même en avait été. Il devait contempler sans indulgence ses propres erreurs et insuffisances au début de la bataille de France. Il se doutait bien que pour certains, il portait avec Gamelin et quelques vieilles badernes la responsabilité de la défaite militaire, dont il lui faudrait publiquement rendre compte. Les rumeurs parlaient d’un rapport accablant exigé par les parlementaires et reçu au plus haut niveau du gouvernement. Parallèlement, les politiciens de l’Assemblée Nationale, qui n’avaient sans doute que ça à faire, avaient commencé à mettre sur pied une commission d’enquête sur les “événements de mai”. Cette volonté, affichée dès le mois de février 1941, s’était heurtée à la volonté du gouvernement et des parlementaires les plus lucides de ne pas se concentrer sur le seul aspect militaire de la défaite, mais d’englober dans la réflexion la préparation du conflit. Les politiques aussi avaient leur part de responsabilité et l’idée qu’ils puissent essayer de se défausser sur les militaires lui était insupportable.
Pour lui, il avait fait son devoir, tout son devoir. Vaincu en mai, ridiculisé disaient certains, il n’avait pas cédé à l’abattement ni à l’affolement, mais il n’avait pas intrigué pour obtenir sa nomination inattendue au commandement d’une armée en déroute. Il avait alors accepté une mission terrible et l’avait remplie au mieux – même si ce mieux ne pouvait éviter à l’Armée française d’être chassée de son territoire national, comme les pauvres Polonais, les malheureux Belges ou les Serbes de l’autre guerre. Du 11 juin au 15 août, il s’était montré bien mieux adapté à diriger une retraite sans fin qu’à conduire une guerre de mouvement. Son action avait redonné espoir et détermination à des soldats qui dans leur grande majorité ne demandaient qu’à se battre, mais qui auraient pu se laisser gagner par le découragement. Cependant, il n’en tirait pas orgueil. Il avait servi ! Si un autre gouvernement avait dirigé la France et suivi une voie différente, comme le bruit en avait couru début juin, sans doute aurait-il obéi de même. D’autres avaient choisi pour lui. Pour le meilleur ou pour le pire. Il espérait que c’était pour le meilleur.
– Mon général, lui dit son aide de camp, le pilote nous signale que le temps se gâte. Il nous conseille de bien nous accrocher.

Alger (ministère de la Guerre)
« Tard dans la soirée, je remis au Général une dépêche qui lui était personnellement adressée. Il la décacheta et resta un moment à considérer le texte, qui ne faisait pourtant que deux ou trois lignes. Puis il leva les yeux et me dit simplement : « Lieutenant, un général français est mort » avant de se perdre à nouveau dans ses pensées. » (Geoffroy de Courcel : En ce temps là, De Gaulle – Paris, 1971)
« (…) Le général Charles Huntziger est mort le 5 novembre 1941 dans un accident d’avion, entre Alger et Casablanca. On a dit de lui qu’après avoir été l’un des principaux vaincus de mai 1940, il avait presque été le vainqueur de juillet. En effet, il avait su organiser la retraite de ce qui restait des armées françaises de façon à permettre le Grand Déménagement. Quoi qu’il en soit, il fut inhumé à Alger dans une certaine discrétion, mais peu après la Libération, sur l’insistance personnelle du général de Gaulle, ses cendres furent transférées en grande pompe dans le Saint des Saints de l’Armée française, aux Invalides. Un double enterrement qui reflétait finalement assez bien la double destinée de ce soldat. » (Extrait du Grand Larousse de la Seconde Guerre Mondiale, Paris, 1965)
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ladc51



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MessagePosté le: Sam Mai 17, 2008 13:56    Sujet du message: Répondre en citant

superbe...

Je regreterai juste la stèle OTL rencontrée lors de mes randos cévenoles autour du Vigan...
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Laurent
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