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Texte intégral Asie-Pacifique Septembre 42
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mai 17, 2013 11:20    Sujet du message: Texte intégral Asie-Pacifique Septembre 42 Répondre en citant

Pendant que Loïc retravaille l'organigramme de la Luftwaffe et Laurent la liste des amiraux de la Marine Nationale - besognes arides mais très utiles - je vous propose de piquer une tête dans le Pacifique (et l'Asie).
Ce mois de septembre est très profondément refondu et complété par rapport à ce que vous aviez pu lire.
Dans l'ordre alphabétique, sont intervenus pour des textes originaux (qu'ils en soient mille fois remerciés) :
Anaxagore (textes déjà postés mais en dehors de l'ensemble Chrono)
Cracou
Crixos
Tyler
Votre serviteur.
Vous pourrez vous amuser à reconnaître qui a écrit quoi...
J'ajoute qu'il y a encore des trous, toutes les bonnes volontés seront les bienvenues pour les combler.

_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)


Dernière édition par Casus Frankie le Dim Mai 19, 2013 08:48; édité 1 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mai 17, 2013 11:34    Sujet du message: Répondre en citant

Septembre 1942
2 – La guerre en Asie-Pacifique
Singapour : la fin – Guadalcanal : la suite

1er septembre
Bataille de Singapour – IV

Poche de Changi-Gaol
– Pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, la Division de la Garde a été pratiquement détruite ! Elle ne compte plus guère qu’un millier d’hommes en état de combattre, isolés avec un régiment de la 56e D.I. sur la côte sud-est de l’île de Singapour après la contre-attaque de la 21e D.I. Scottish. Sans doute les unités encerclées reçoivent-elles du ravitaillement par mer, mais leur situation serait néanmoins désespérée si les Alliés avaient les moyens de les attaquer.
………
Poche de Simpang – La matinée voit les assauts conjugués des 18e, 27e et 56e D.I. japonaises contre les positions tenues par la 25e D.I. Western sur les hauteurs surplombant le cours du Simpang. A midi, le général commandant cette division formée sur place quelques mois plus tôt à partir de trois brigades disparates dissous son unité. Peu après, les trois brigades (64e, 137e et 138e) sont également dissoutes. Enfin, les bataillons qui les composent vont, dans l’après-midi ou la matinée du lendemain demander à se rendre, en fonction de leur situation tactique et surtout de leurs réserves de munitions. Dans la plupart des cas, les bataillons se seront battus à peu près littéralement jusqu’à la toute dernière cartouche.
Encerclée deux jours plus tôt lors de l’offensive générale ordonnée par Yamashita le 30, la 25e D.I. a fait payer un prix élevé aux Japonais. De plus, environ un millier d’hommes ont pu franchir le Simpang pour rejoindre l’aérodrome de Seletar et la ville de Singapour, où ils vont pouvoir reconstituer de petites unités improvisées, car ils sont partis avec le plus possible de munitions.
………
Front ouest – La 9e D.I. japonaise a consolidé ses positions au nord de la ligne Ama Keng-Yew Tee. Elle commence à envoyer des patrouilles de reconnaissance plus au sud, notamment vers l’aérodrome de Tengham (ou ce qui en reste). Des francs-tireurs de la 2e Brigade de Singapour les découragent de pousser leur exploration plus loin.
………
De notre envoyé spécial à Singapour Les nouvelles de la situation militaire sont données par le QG. Je ne vais pas les paraphraser. Équipé d’une gourde de whisky et de mon appareil photo, je monte au front. C’est-à-dire que je vais marcher une heure ou deux pour rejoindre les lignes. Le front est aujourd’hui partout, toute la ville est soumise à des bombardements d’artillerie qui s’ajoutent à ceux de l’aviation, auxquels nous sommes habitués, depuis huit mois… Bien que, depuis vingt-quatre heures, il y ait une certaine accalmie dans le secteur de la ville elle-même, les Nippons paraissent décidés à tout détruire. Cette île, cette ville qui leur résiste depuis si longtemps est pour eux comme une tache sur un blason. Leurs communiqués le proclament : Singapour sera à eux dans quelques jours.
Singapour ou ce qui en restera : la cité en ruines ressemble maintenant à une gigantesque décharge à ciel ouvert. Tout ce qui dépasse reçoit son poids de bombes ou d’obus. Émergent des débris l’Union Jack et les canons de la DCA. Quand ils auront pris la ville, les Japonais disposeront d’un gros tas de gravats parsemé de morceaux d’acier inutilisables.
Les soldats du Commonwealth haussent les épaules quand je leur demande combien de temps ils tiendront. Il peut se passer tant de choses dans les prochaines vingt-quatre heures. Ils peuvent tuer ou être tués, ils ne font pas de projet et me font remarquer que moi aussi, je peux me faire tuer ! Pour l’instant, toute leur volonté est tendue vers la lutte. Le fait qu’elle soit sans espoir est sans intérêt.
Lord Gort fait feu des quatre fers avec les ressources qui lui restent : chaque jour, la mission est de tenir jusqu’au lendemain. Certains rappellent l’exploit de MacArthur à Corregidor, il y a moins de deux mois, qui avait réussi à interdire aux Japonais d’en finir le 4 Juillet. Chaque soldat japonais tué, chaque avion abattu, ce sont des forces qui manqueront aux Japonais lorsqu’ils se tourneront vers l’Inde – les soldats indiens en sont bien conscients.
Les intendants soldent les magasins d’équipement. Ils vident tout, il ne faut rien laisser aux Japonais sans avoir au moins essayé de s’en servir contre eux. Les véhicules seront sabotés. Seuls les aliments et les munitions sont rationnés, je pense que l’état-major a dû faire des plans pour que l’île tombe au moment où les défenseurs mangeront leur dernier bol de riz.
Gort réaffirme sa conviction inébranlable dans la victoire finale des Alliés, victoire où ses hommes auront toute leur place même si Singapour tombe. Il espère, non, il sait que les défenseurs de Singapour feront payer aux Japonais un flot de sang et de peines pour le moindre pied carré de terrain. De toutes façons, les informations sur le traitement des prisonniers par les Japonais sont connues de tous, en particulier des Chinois, et le sentiment général est « mieux vaut mourir proprement d’une balle ou d’un obus plutôt que massacrés comme des animaux à l’abattoir, ou à petit feu dans un camp de prisonniers ».
Mes Australiens de l’autre jour ne veulent ni l’un ni l’autre. Ils préparent une sortie vers le continent. Ils pensent se cacher dans la jungle et mener la guérilla. Quand je leur demande pourquoi, la réponse qui vient le plus souvent est « Qu’est-ce qu’ils diraient chez moi s’ils me savaient prisonnier ».
Beaucoup de Chinois pensent également à fuir la ville pour se cacher dans la jungle. Dans leur communauté, il y a tous les jours des suicides de personnes âgées, principalement à l’opium. C’est peu dire qu’ils n’attendent rien de bon des Japonais.
La nuit dernière, profitant de l’accalmie (l’accalmie dans notre secteur, mais on entend le canon dans la partie nord-est de l’île), trois hydravions ont réussi à se poser. Ils ont évacué des femmes, des enfants et des blessés. Certains blessés ont refusé d’embarquer. Un grand Ecossais costaud, qui a perdu la moitié d’un bras, a prétendu peser à lui seul le poids de trois enfants. Alors, manchot ou non, il resterait à Singapour jusqu’au bout, d’ailleurs il était droitier et le bras qui lui manquait c’était le gauche. J’ai assisté ainsi à plusieurs désistements au profit de plus malheureux.
Ce matin l’officier de liaison de Lord Gort m’a informé qu’une place avait été prévue pour moi s’il y avait encore un hydravion la nuit prochaine. Je l’ai informé que depuis la veille j’étais engagé pour la durée de la guerre dans les forces armées de Sa Majesté, papiers en règle faisant foi (oui, je sais que je suis né à Dublin, mais j’ai un cousin qui vit à Londonderry). J’ai ajouté à mon casque et à mon appareil photo une vareuse d’uniforme à peine déchirée et un vieux Webley qui marche encore très bien, il a même des cartouches.
Ray O’Brady, pour le Times de Londres


Campagne des Philippines
Mindanao
– Ses forces amoindries par les combats et la maladie, le général Wainwright donne l’ordre aux hommes qui lui restent de se diviser en petites formations et de se disperser dans la jungle, avec l’aide des populations Moros. Les troupes alliées, totalisant 15 500 à 16 000 hommes, vont former l’ossature d’une organisation de guérilla. Avec les forces Moros, ce sont 50 000 hommes qui empêcheront jusqu’à la fin de la guerre les Japonais de contrôler Mindanao.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les Australiens accumulent du ravitaillement et reposent leurs troupes autant que possible.
La 30e Brigade AMF est déployée à Kokoda, avec l’ordre de protéger la base établie sur place. Elle n’a cependant plus de “Brigade” que le nom. Le 39e Bataillon compte… 12 hommes (plus 68 à l’hôpital à Port-Moresby) ; le 49e en a 60 en ligne (plus 190 à l’hôpital à Moresby ou en train de récupérer à Myola) ; l’effectif du reste de la Brigade (éclaireurs papous, volontaires…) se monte à 50 hommes. La 30e possède aussi deux canons de 25 livres qui soutiennent les hommes de la 18e Brigade du général Wooten, mais la principale raison qui pousse ce dernier à vouloir que la 30e soit officiellement présente sur l’ordre de bataille australien est qu’elle puisse légalement recevoir les honneurs de la victoire, qu’il estime certaine, et qu’elle puisse revenir là où elle a commencé à se battre – à Buna.
La 18e Brigade AIF (2/9, 2/10 et 2/12e Bataillons) va être renforcée par la 21e Brigade AIF (2/14, 2/16, 2/27e Bataillons), qui est en route, ainsi que par le Bataillon du Génie de la 7e Division. Il a en effet été décidé d’utiliser cette division de l’AIF jusqu’à ce que la 2e Division AMF soit convenablement équipée et acclimatée. La 4e Division AMF a été avertie qu’elle pourrait, elle aussi, être déployée en Nouvelle-Guinée.

Milne Bay – Les Japonais lancent une série d’attaques de reconnaissance sur le flanc exposé des forces de Field, au sud de la Maiwara. Ces attaques, qui vont se poursuivre plusieurs jours, vont leur permettre de repérer les positions australiennes. Les Ki-48 bombardent presque quotidiennement le village de Dagama, identifié comme le môle de la défense du secteur. Pire, les Ki-51 représentent un problème très gênant pour les Australiens, car leurs attaques ralentissent sévèrement le flux du ravitaillement et commencent à prélever un tribut croissant sur les petits navires utilisés pour transporter les approvisionnements.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Rabaul
– Le général Kawagushi a décidé que, la Marine ayant fait sa part du travail, il lui revenait la gloire d’expulser les Américains de Guadalcanal.
Il fait embarquer les 3 600 hommes du 124e Rgt d’Infanterie (de la 35e Brigade) et les 900 du 7e régiment du génie (en fait, le bataillon spécialisé de la 7e D.I.), plus une compagnie de mortiers de 81 mm (150 hommes) sur les transports rapides Bangkok Maru et Saigon Maru et les escorteurs Yûnagi, Nire et Take. Tanaka revenant à peine de se battre, Kawagushi a obtenu que son action soit couverte par la 4e Division de Destroyers du C.V. Kosaku Ariga (DD Maikaze, Tanikaze et Tokitsukaze), qui doivent aussi se charger d’embarquer les hommes qui n’auront pas trouvé place sur les autres navires.
Tout ce monde file à 18 nœuds (vitesse maximale des ex-croiseurs auxiliaires) vers l’est de Guadalcanal. Les observateurs ont en effet indiqué que les Américains se sont concentrés autour d’Henderson Field, que quelques troupes stationnent à Tetere, mais que la plage de Taivu, plus à l’est, est libre.
………
Guadalcanal – Alors que le temps se détériore à nouveau, le travail continue chez les Marines pour se réorganiser et réparer les dégâts causés par le Nagato et les croiseurs japonais. Il va leur falloir reconstituer leurs stocks de ravitaillement, de carburant et de munitions. Cependant, si les dépôts de nourriture ont été touchés, les conserves restent à peu près consommables, même si les boîtes ont été passablement dispersées et cabossées par les obus japonais. Le travail le plus important pour l’avenir est de réparer la piste, qui n’a pas été épargnée par de gigantesques cratères.
Le transport rapide (APD) australien Stuart (un destroyer ancien reconverti) gagne Red Beach de jour sous le couvert des orages, débarque du ravitaillement et évacue une cinquantaine de blessés capables de marcher et de supporter le trajet jusqu’à Nouméa.
Une navette du HMAHS Wanganella remet à l’état-major de Vandegrift les documents laissés à bord du navire-hôpital par l’équipe d’inspection japonaise la nuit précédente. Parmi eux, une lettre destinée au commandement allié local indique que la Marine Impériale a informé les gouvernements des Etats-Unis et de l’Empire britannique, par l’intermédiaire de la Suisse, en tant que Puissance Protectrice, que le navire-hôpital japonais Hikawa Maru arrivera bientôt sur place et mouillera tout près du Wanganella. Il aura à son bord un citoyen de la Puissance Protectrice et sera ouvert à toute inspection. Une carte montrant le mouillage prévu et l’itinéraire des embarcations entre le navire-hôpital et Tassafaronga est jointe à la lettre.


2 septembre
Bataille de Singapour – IV

Poche de Simpang
– A la mi-journée, les dernières poches de résistance anglaises sont écrasées. En fin de journée, Yamashita réorganise ses troupes suite à la destruction de la division Western. La 5e D.I. s’occupera de nettoyer le centre-ouest de l’île, dans le secteur de la batterie de Pasir Laba, après une nouvelle pause de vingt-quatre heures décidée sur l’ensemble du front. A sa droite, la 33e sera chargée d’attaquer frontalement sur la partie sud-ouest du front, afin de fixer le maximum de troupes du Commonwealth, et à sa gauche, la 9e devra s’emparer de la route menant à Nee Soon. La 18e et la 27e vont franchir le Simpang, mais pas dans le même but. La 18e doit atteindre Nee Soon. La 27e se dirigera vers la pointe de Changi pour dégager la 56e et la Garde, puis, avec la 56e (Yamashita sait qu’il ne peut plus compter sur la Garde), elle se retournera vers l’ouest.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Les AMC HMAS Westralia, Manoora et Kanimbla arrivent dans la Baie, escortés par le DE HMAS Swan et les avisos MN D’Iberville et HrMs Flores et Soemba. Ils transportent quelques chars, des canons, mortiers, mitrailleuses et une grande quantité de munitions et approvisionnements en tous genres. Vandegrift fait débarquer l’essentiel du ravitaillement sur Guadalcanal. Il en profite pour faire passer de Tulagi à Red Beach le 9e Bataillon d’Artillerie (RAA), équipé de canons de 25 livres, une compagnie du génie (1ère Field Company, RAE) et la Compagnie Blindée Mixte, renforcée, grâce au convoi, de deux nouveaux chars Sentinel et de trois Valentine modifiés à la hâte en version Echidna.
Vandegrift sait qu’il peut aussi compter sur des réserves australiennes stationnées aux Nouvelles-Hébrides : la 9e Brigade de la 1ère Division AMF, qui s’entraîne là sous la houlette d’hommes issus de l’AIF (1).
Ravitaillement et renforts font beaucoup pour améliorer le moral des Marines, qui, selon le mot du correspondant de guerre australien Damien Parer (sur place à l’époque), « … avaient commencé à se dire que plus personne ne les aimait, sauf peut-être la Marine japonaise, qui ne comptait pas. » Tout aussi important, de ce point de vue : la livraison de nombreuses boîtes de bière que le commandant de la 1ère Division AMF a tenu à faire embarquer à l’intention des Marines. Cela ne fait que quatre canettes par hommes, mais elles se montrent très utiles pour rompre la glace entre Américains et Australiens les jours suivants.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Milne Bay
– Le premier Ki-15 est abattu par un Hurricane de la RAAF lors de sa première mission sur Port Moresby. Le second le sera de la même façon, le lendemain. Mais les deux appareils seront remplacés par de rapides Ki-46 Dinah, que les Hurricane sont incapables d’intercepter et qui donneront bien des soucis au commandement allié.


3 septembre
Bataille de Singapour – IV

Poche de Changi-Gaol
– Lassés d’attendre d’être dégagés, la Division de la Garde et le régiment de la 56e D.I. coincé avec elle tentent de percer vers le nord. Mais les deux Brigades de Volontaires Chinois s’accrochent sur les hauteurs, l’artillerie britannique les appuie avec efficacité malgré l’aviation japonaise et les pertes des Nippons sont lourdes. A ce rythme, il n’y aura bientôt plus de Garde Impériale ! Le général Nishimura décide d’arrêter les frais et envoie un message à Yamashita expliquant que chaque homme de sa division acceptera bien volontiers d’attaquer et de mourir pour l’Empereur si on lui en donne l’ordre, mais qu’à défaut, la Garde Impériale se retranchera et attendra. Sans s’émouvoir, Yamashita répond que les communications de la Garde avec le gros de l’armée seront bientôt rétablies.
………
Singapour – Au QG de Lord Gort, même si la défaite semble inéluctable, l’humeur reste très combative. C’est ainsi que les survivants des unités détruites sont réorganisés à la hâte – mais tous les hommes sont surexcités par ces combats qui marquent la fin d’une longue attente. Gort lui-même va de position en position, électrisant les troupes bien que ses mots restent réalistes, comme dans cette intervention devant les survivants de la 25e D.I. : « Gentlemen, j’aimerais vous dire le contraire, mais nous allons perdre cette bataille. Nous avons tout ce qu’il faut de courage, tout ce qu’il faut de volonté, tout ce qu’il faut de compétence, mais plus assez de munitions. Mais qu’une chose soit claire, gentlemen, nous ne ferons grâce aux Japonais d’aucun des obus, d’aucune des balles qui nous restent. Chaque soldat de Mr Tojo que nous abattons est un soldat qui ne menacera pas la Birmanie, l’Inde ou l’Australie. Et chaque soldat abattu ici manquera douloureusement aux armées japonaises lorsqu’elles devront se défendre contre l’inévitable contre-offensive du Commonwealth et de ses Alliés. Alors, que les choses soient claires ! Nous allons perdre cette bataille, mais pas aujourd’hui, ni demain, ni après-demain ! Aujourd’hui, demain, après-demain, nous continuerons à faire souffrir les Japs ! » Et partout, un grand hourra salue ces paroles.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Vers 03h00, avant de repartir, les HrMs Flores et Soemba bombardent les positions japonaises à coups de 5,9 pouces. L’efficacité de cette action est réduite par la pluie et la mauvaise visibilité, mais elle est applaudie par les Marines.
Pendant ce temps, la vedette rapide G-352 arrive à la base de la rivière Mbonehe et Iishi en fait immédiatement son navire amiral. La météo est si médiocre qu’il préfère ne pas hasarder ses bateaux dans la Baie, préférant améliorer la formation tactique des ses équipages.
La journée est calme.
Dans la nuit, les avions à long rayon d’action des deux camps vont harceler les positions adverses, mais sans autre résultat que d’empêcher de dormir les hommes les plus fraîchement arrivés.
Vers 22h00, Kawagushi et ses 4 650 hommes débarquent sans incident sur la plage de Taivu. Le plan du général japonais est prêt. Laissant une centaine d’hommes du génie à Taivu, il va marcher vers l’ouest.


4 septembre
Bataille de Singapour – IV

Poche de Changi-Gaol
– La 27e D.I. japonaise lance un assaut contre les collines du côté ouest de la poche, tenues par la 1ère Brigade Chinoise, tandis que, plus à l’est, les éléments de la 56e D.I. japonaise attaquent la 2e Brigade Chinoise, de l’intérieur comme de l’extérieur de la poche.
Malgré une résistance acharnée, la 2e Brigade est écrasée. La 1ère Brigade ne peut résister suffisamment pour lui permettre de se replier et après toute une journée de combats d’une extrême sauvagerie qui se prolongent jusque tard dans la nuit, la 2e Brigade est littéralement anéantie. C’est là que tombe le colonel John Dalley, menant une dernière charge enragée à la tête de “ses” Chinois.
La 1ère Brigade a dû reculer en laissant de nombreux hommes derrière elle, malgré une tentative de la 21e D.I. Scottish de contre-attaquer. Cette contre-attaque est tombée sur les restes de la Division de la Garde, qui n’en demandait pas tant… Après les avoir durement secoués, la Scottish n’insiste pas et se replie pour reconstituer un front avec les derniers éléments de la 1ère Brigade Chinoise.
………
Front centre – La 18e D.I. japonaise s’élance vers la route de Nee Soon, mais elle ne prend sans doute pas assez de précautions dans cette région accidentée et, en fin de journée, ses premiers éléments tombent dans un guet-apens tendus par la 12e Brigade Indienne et une douzaine de blindés australiens. La 18e est bousculée et, ne recevant aucune aide, ni de son flanc gauche, où la 27e est occupée à écraser les Chinois, ni de son flanc droit, elle doit battre en retraite jusqu’à Seletar et subit de lourdes pertes (environ trois cents morts et le double de blessés). En revanche, bombardiers en piqué et équipes-suicide japonais détruisent sept des blindés australiens engagés.
………
Front nord-ouest – La 9e D.I. japonaise tente de soulager la 18e D.I. en avançant, mais se heurte aux 44e et 45e Brigades Indiennes, renforcées de blindés. Ceux-ci n’hésitent pas à s’engager malgré l’intervention de l’aviation, qui détruit sur ce front six autres chars. Après une journée de combats intense, le front semble stabilisé.
………
Front ouest – Le 21e Régiment de la 5e D.I. japonaise avance en direction de Pasir Laba afin de s’emparer la batterie et d’explorer ce secteur que l’aviation japonaise dit être à peu près dépourvu de défenseurs. Le régiment ne rencontre aucune résistance sérieuse et le général Matsui, qui commande la division, espère pouvoir venger par un succès spectaculaire ses pertes du Premier Siège (qui ont obligé à supprimer le 41e R.I., transformant cette division “carrée” en division “triangulaire”, avec les 11e, 21e et 42e R.I.).
Pendant ce temps, à l’extrémité sud-ouest du front, la 33e D.I. japonaise harcèle la 11e Division Indienne, testant ses défenses tout le long de la ligne de collines au sud du front. Cette manœuvre est destinée à faire diversion pendant que la 5e D.I. progresse au centre.
Dans l’après-midi, le 21e Régiment monte à l’assaut de la batterie de Pasir Laba, mais à la grande surprise des Japonais, celle-ci (qui n’a plus le moindre obus !) n’est défendue que par quelques éléments chargés de créer une diversion. Matsui n’en publie pas moins un communiqué de victoire et s’apprête à un nouveau bond en avant dès le lendemain. Mais à la nuit tombée (et les avions japonais partis), une très violente préparation d’artillerie s’abat sur le secteur pendant près d’une heure, puis toute la 9e Division Indienne (soit les 21e et 22e Brigades) attaque le 21e R.I. de trois côtés, pendant que la 2e Brigade de Singapour, attaquant à la base de la poche, empêche l’arrivée de renforts.
A l’aube du 5, le 21e R.I. est pratiquement anéanti (plus de 80 % de morts et blessés graves). La victoire acquise, la 9e Division Indienne a réoccupé la ligne de défense précédente, se contentant de refouler les restes du 21e R.I. dans leurs lignes. Seule ombre au tableau : face à une violente réaction des 11e et 42e R.I., la 2e Brigade de Singapour n’a pu décrocher.

La campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Les conditions météo s’améliorant, les Marines reprennent leurs patrouilles autour de Tetere. La zone est saturée d’humidité et toutes les rivières sont en crue en raison des pluies récentes ; du coup, les Marines ne poussent pas plus loin leur exploration. Pendant ce temps, les unités du génie des Marines et des Australiens s’activent à remettre de l’ordre dans le chaos qui règne sur Henderson Field, où les mécaniciens cherchent à refaire des avions opérationnels avec diverses épaves.
………
Ironbottom Sound – L’aviation de la Marine japonaise et la RAAF se voient obligées d’annuler les bombardements prévus en raison du mauvais temps – mais les allées et venues des navires chargés du ravitaillement se poursuivent, comme toutes les nuits. C’est pourquoi le contre-amiral Tanaka a décidé de conduire une reconnaissance offensive dans la Baie, à la tête de trois destroyers : le Kuroshio (qui porte son pavillon), l’Hatsukaze et l’Hayashio.
22h30 – Tanaka entre dans la baie et, au sud de Tulagi, rencontre deux malchanceux transports rapides, se dirigeant vers Red Beach. Ce sont de vieux destroyers de classe Wickes reconvertis (en 1940, il avait été question que ces vieux bâtiments soient transférés à la Royal Navy, mais cette mesure d’urgence ne s’étant pas avérée nécessaire, une partie de ces “four-pipers” ont été transformés en transports, notamment en enlevant leurs tubes lance-torpilles). De tels bâtiments viennent chaque nuit ou presque ravitailler les forces alliées à Red Beach, Tetere ou Tulagi – un ou deux navires à la fois, jamais plus, sauf si une escorte convenable est disponible.
Les vigies de la flottille de Tanaka aperçoivent les DDT Thatcher et MacKenzie bien avant que ceux-ci ne se doutent de leur présence, et les trois Japonais barrent le T des Américains, une dizaine de km au sud du mouillage de Tulagi. Dès le début de la canonnade qui suit, le premier DDT est touché à de multiples reprises et sa cargaison de carburant et de munitions prend feu. Le MacKenzie commence aussitôt à émettre de la fumée et fait demi-tour en accélérant, mais il est touché à son tour, et sa dangereuse cargaison s’enflamme. Tanaka, estimant ses cibles condamnées, s’en va après avoir expédié quelques obus en direction des lignes américaines. De fait, les deux DDT touchés vont sombrer. Cependant, les pertes en hommes sont très légères, justement parce que les incendies apparaissent très vite incontrôlables et que la décision de les abandonner est prise dès que les munitions commencent à exploser. Cette action sera la seule de la carrière de Tanaka au cours de laquelle aucune torpille n’ait été tirée.
Mais Tanaka a négligé la côte sud de la baie : les DDT Thomas et Claxton, jumeaux des deux précédents, débarquent au même moment leur cargaison à Tetere. En échange, les Marines confient au Claxton un énorme cylindre qui va beaucoup intéresser les ingénieurs de l’armement alliés : il s’agit tout simplement d’une torpille japonaise Longue Lance, tirée lors de l’une des deux batailles de Savo. Elle a été découverte échouée sur une plage lors des nombreuses patrouilles organisées sur la côte pour retrouver des survivants de la bataille du 30 au 31 août.

La campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Le terrain d’aviation de Kokoda, réparé, est remis en service. Le premier avion à s’y poser est un vieux Ju 52 à toit ouvert, qui apporte les composants de deux nouveaux “camions squelettes de Myola”. Ceux-ci, rapidement assemblés, vont encore se révéler d’une très grande valeur, permettant de réduire de moitié le temps de déchargement des Lodestar, diminuant d’autant leur vulnérabilité et allégeant la tâche des hommes. Les courageux Lodestar hollandais reprennent en effet leurs vols de ravitaillement, aidés par les DC-2 de la RAAF et un échantillonnage d’avions civils réquisitionnés (l’unique C-47 de la RAAF en Nouvelle-Guinée a été détruit à Milne Bay le 8 août). Les avions apportent munitions et nourriture et emmènent malades et blessés.
En sens inverse, les hommes revenant de l’hôpital sont conduits en avion jusqu’à Myola, d’où ils marchent jusqu’au front, tandis que les unités de renfort (pour l’instant, celles de la 21e Brigade) marchent à partir d’Owens Corner, où elles arrivent en camion. Il n’y a pas assez d’avions pour transporter des unités entières et, avec une “aire de repos” de bonne qualité à Myola, faire marcher les formations de renfort est considéré comme une manière très pratique d’endurcir des troupes fraîches, même déjà acclimatées. De plus, cela permet de leur faire traverser les lieux où les hommes de 39e et 49e Bataillons ont combattu et où ils sont tombés. Wootten veut que les renforts de l’AIF sachent ce qu’ont accompli les hommes de l’AMF pour qu’ils perdent tout mépris pour cette force et qu’ils sachent à quel niveau de valeur ils vont devoir s’élever pour être dignes de leurs prédécesseurs.


5 septembre
Bataille de Singapour – IV

Front ouest
– Après l’anéantissement du 21e R.I., le général Matsui, qui commande la 5e D.I. japonaise, a bien failli faire seppuku. L’intervention de Yamashita l’a convaincu qu’il n’était pas déshonoré, mais les Japonais se doivent de réagir, et ce sont bien sûr les deux derniers régiments de la 5e D.I. qui sont chargés d’attaquer. Ils sont accompagnés par ce qui reste de blindés japonais sur l’île de Singapour et soutenus par une attaque de la 33e (sur leur droite) et de la 9e D.I. (sur leur gauche).
L’attaque est poussée à fond. Les pertes japonaises sont très lourdes, mais l’aile gauche de la 9e Division Indienne (qui, rappelons-le, ne compte que deux brigades) et la 2e Brigade de Singapour, fatiguées par les combats de la veille, finissent par craquer. La 2e Brigade de Singapour se replie précipitamment le long de la route des Woodlands. En fin de journée, Lord Gort ordonne à la 9e Division Indienne de se replier, laissant quelques francs-tireurs mener des combats retardateurs. Mais cette décision a pour effet de laisser livrée à elle-même la 11e Division Indienne, sur l’aile gauche. Dans la nuit, cette division reçoit l’ordre de battre en retraite séance tenante pour éviter de se retrouver isolée comme l’a été la division Western.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Quatre Manchester et quatre Whitley de la RAAF bombardent les positions japonaises en début de nuit. Au sol, le 3rd Marine Defense Battalion met en œuvre pour la première fois ses radars d’alerte lointaine et suit les appareils australiens sur ses écrans.
22h30 – Le C.C. Iishi quitte sa base avec les vedettes G-352, H-11, H-13, G-1 et G-2. Mais quelques minutes plus tard, la G-1 heurte une épave au large de l’embouchure de la rivière Mbonehe et doit rentrer avec une sévère voie d’eau. Cet incident perturbe le plan d’Iishi, qui est de créer une diversion avec les deux canonnières pendant que les lance-torpilles pénètrent dans la baie de Tulagi pour y couler ce qui reste de l’Astoria. Mais il en faut plus pour décourager le jeune officier, qui poursuit sa route et se jette bien involontairement sur ce qui ressemble à trois bâtiments en ligne de file qui avancent à 5 nœuds…
C’est Phipps, sur le Moa, qui escorte le petit Kaiwaka, lequel remorque une péniche chargée de carburant entre Tulagi et Tetere.
23h45 – Japonais et Néo-Zélandais s’aperçoivent au même instant, car les premiers, évoluant à bonne vitesse, sont trahis par leur lame d’étrave et leur sillage, tandis que les seconds sont plus hauts sur l’eau. Tout le monde ouvre le feu en même temps. Iishi, sur la G-352, prend le Moa et le Kaiwaka pour « deux petits destroyers » et stoppe avec la G-2 pour pouvoir lancer ses torpilles dans les meilleures conditions, pendant que, sur son ordre, les H-11 et H-13 accélèrent et filent droit sur leurs adversaires. Le Moa précède le Kaiwaka de 400 mètres (deux encâblures) – excellent pour la sécurité, mais trop loin pour pouvoir croiser les feux. Les MGB passent devant le Moa, échangeant des tirs nourris. Il y a un mort et deux blessés de chaque côté et le Moa abat brutalement sur bâbord, ce qui lui vaut d’éviter les deux torpilles que le G-2 vient de tirer. Au même instant, le G-352 a lancé sur le Kaiwaka à 400 mètres.
23h53 – Iishi a la satisfaction de toucher sa cible, qui explose avec un fracas très surprenant pour une si petite embarcation (le Kaiwaka n’était qu’un poseur de filets de 169 tonnes, capable de donner 8 nœuds au mieux). Quatre survivants réussissent à grimper sur la péniche qui part à la dérive. Les deux vedettes japonaises se lancent alors aux trousses du Moa, qui zigzague en tirant de toutes ses mitrailleuses. Au bout de quelques minutes, le Néo-Zélandais est criblé de plomb, mais il rend la pareille. Les servants du jumelage de 25 mm de la G-352 sont tués par une rafale et Iishi lui-même est légèrement blessé par un ricochet. La H-13 est gravement endommagée et sa coque laisse passer le jour. Seule la légèreté du bordage a sauvé le navire : un obus de 3 pouces l’a traversé de part en part ! Incertain des capacités de son adversaire et redoutant le retour du « troisième Américain » (en fait, la péniche !), Iishi décroche vers minuit.
Phipps commence alors à fouiller la zone et découvre à 01h00 la péniche à la dérive. Obstiné, il la prend en remorque et la conduit finalement jusqu’à destination, à Tetere.
De son côté, Iishi transmet à Rabaul qu’il a affronté « au moins deux destroyers de la taille d’un bâtiment de classe Tomozuru » et qu’il a coulé l’un d’entre eux.
Pendant ce temps, le MTB-ron 3 patrouille toute la nuit à petite vitesse – mais il manque l’action d’Iishi comme il avait raté la veille celle de Tanaka.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Oni, Phase 3e
– Après une dernière tentative infructueuse (le 30 août) contre un cargo isolé dans le mauvais temps au large de Wilson’s Promontory, l’I-58 repart pour Rabaul et Kwajalein. La 19e Division a détruit sept navires alliés (53 000 GRT en tout), grâce parfois à des tirs relativement chanceux, mais elle a perdu deux sur trois de ses sous-marins !
“Oni, phase 3e” a été marquée par le fait que, si les navires isolés restent très vulnérables, la proportion de navires en convois par rapport aux isolés est devenue très importante. Les vieux sous-marins ont eu du mal à supporter l’usure infligée par des opérations prolongées et la présence d’avions les a beaucoup gênés, leur vitesse sous l’eau étant trop faible pour se rapprocher de cibles éventuelles. L’utilité en première ligne des bâtiments de la classe KD3 diminue rapidement et la Sixième Flotte décide de transférer l’équipage expérimenté du sous-marin survivant sur une unité neuve… dès qu’une telle unité sera disponible.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

Note
1 - La 9e Brigade de la 1ère Division de l’Australian Military Force est principalement composée des 1er et 45e Bataillons d’infanterie, du Bataillon d’infanterie de l’Université de Sydney et du 103e Bataillon de la Royal Australian Artillery (antichar, équipé de canons de 2 livres).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Mai 18, 2013 16:31    Sujet du message: Répondre en citant

Starring une vieille connaissance...

6 septembre
Bataille de Singapour – IV

Front est
– La 21e D.I. Scottish et la 1ère Brigade Chinoise se sont repliées sur une zone de hauteurs permettant de couvrir les routes est et nord-est menant à Singapour. Elles font face aux 27e et 56e D.I. japonaises.
Fronts ouest et centre – Sous la poussée conjuguée des 33e, 5è et 9e D.I. japonaises, les troupes du Commonwealth ont reculé, mais au centre du front allié, la 18e D.I. nippone a réussi à accrocher la 17e Division Indienne. Une grande partie de celle-ci – le gros des 12e et 44e Brigades – s’est retrouvée coincée entre la 18e et la 27e D.I. japonaises sur les hauteurs entre les réservoirs Pierce et MacRitchie, autour du fameux Island Golf Club. Mais cet encerclement ne signe pas leur élimination immédiate. En sous-effectifs, avec des ressources limitées, ces deux brigades vont affoler les Japonais pendant cinq jours. De combats d’arrière-garde en contre-attaques locales, de guet-apens en pièges divers, elles vont paralyser l’action d’une grande partie des forces japonaises sur l’île – en effet, Yamashita croira pendant plusieurs jours avoir piégé des troupes deux fois plus nombreuses. Fidèle à sa stratégie depuis le débarquement de fin août, il va tenir à les éliminer en prenant le temps nécessaire avant d’enlever la ville de Singapour. Ces combats sont en général appelés « bataille de l’Island Golf Club ».
La dernière composante de la 17e Division, la 45e Brigade Indienne, a pu, elle, se replier dans la ville pendant la nuit. Pour Lord Gort, la perte de deux brigades est un coup dur, mais il va pouvoir réorganiser ce qui lui reste de troupes.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Peu après l’aube, les coastwatchers signalent un groupe d’au moins une douzaine de bombardiers passant par le travers de Bougainville. Les forces alliées à Tulagi et Tenaru se préparent à l’accueillir. Sur les neuf “Floatfire” Type 355, six sont opérationnels et tentent de s’opposer au raid. A 08h45, les six chasseurs aperçoivent l’ennemi et constatent qu’ils sont mal partis : il y a douze G4M1/M3, mais aussi 21 A6M2, dont neuf en couverture haute. Les six Floatfire font de leur mieux, profitant de la surprise pour abattre trois Zéro, mais quatre Floatfire sont détruits, les deux autres, endommagés, trouvant le salut en se cachant dans les nuages encore très denses.
Pendant ce temps, neuf bombardiers attaquent la “zone portuaire” de Tulagi, provoquant de sérieux dommages aux dépôts de ravitaillement.
Trois autres bombardent l’Astoria, dont la DCA riposte énergiquement. Le “demi-croiseur” voit arriver 24 bombes de 100 kg. Une le rate de peu, provoquant une voie d’eau, et deux autres le frappent. La première allume un incendie près de la tourelle B ; celui-ci est vite contrôlé, mais la tourelle B est bloquée – il est vrai qu’elle n’a guère l’occasion de servir. L’autre bombe brise la conduite de tir principale, au-dessus de la passerelle (elle non plus n’a plus l’occasion de servir) et incendie la superstructure. Cet incendie va être très difficile à éteindre, la première bombe ayant endommagé les conduites d’eau anti-incendie. Cependant, les canons anti-aériens ne sont pas touchés et continuent de tirer avec rage.
Peu après, huit hydravions A6M2-N attaquent le mouillage ; chacun porte deux bombes de 50 kg. L’Astoria en abat un et digère sans mal les deux bombes qui l’atteignent. Un autre appareil touche le Moa, allumant à l’arrière un incendie aussitôt contrôlé. Les sept appareils restant mitraillent ensuite le mouillage, détruisant deux Floatfire et un Grumman Duck en réparations ; l’un d’eux est abattu par la DCA.
Les résultats du bombardement ne sont pas catastrophiques, mais il est urgent de remettre Henderson Field en état et d’y faire parvenir des renforts aériens.
Dans la nuit, six Manchester de la RAAF bombardent la région de Tassafaronga.
Pendant ce temps, le prince Takada (vice-chef des états-majors de l’Armée et de la Marine impériale), en tournée d’inspection, arrive en hydravion de Truk à Rabaul. Un grand dîner officiel est organisé en son honneur par les officiers de la Flotte et de l’Armée.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Comme les Australiens, les Japonais s’efforcent d’améliorer leurs positions. Leurs troupes durement éprouvées reçoivent des renforts. Le Lt-général Hyakutake Harukichi envoie au major-général Horii Tomitaro le 144e Régiment d’infanterie (colonel Kusonose) et une bonne quantité de ravitaillement, transporté jusqu’à Buna, Gona et Sananda par les très actifs cargos du 3e Yusen Butai. Le 41e Régiment, qui a subi de lourdes pertes, est replié pour recevoir des renforts et assister les 1 500 ouvriers coréens qui construisent des ouvrages défensifs. Pendant ce temps, les troupes fraîches du 144e montent au front, entre Oivi et Gorari (le long de l’Oivi) et de Paintembare à Waju, sur des positions dominant les deux pistes qui vont de Kokoda à la rivière Kumusi. Sur la Kumusi elle-même, une ligne de défense solide est établie.

Milne Bay – Les unités japonaises engagées dans la région, commandées par le major-général Yokeyana Yoneshita, sont les 21e et 22e Brigades Mixtes Indépendantes. Celles-ci sont composées de trois bataillons d’infanterie chacune (21e : 66e, 70e, 71e Bataillons ; 22e : 125e, 126e et 127e Bataillons) soutenus par de petites unités du génie, de l’artillerie et quelques blindés légers. Ces forces sondent les défenses australiennes autour d’Halfway Creek et identifient ce qu’elles estiment être plusieurs points faibles.

Campagne d’Indochine
Laos
– Les éclaireurs japonais découvrent que ce qui apparaît sur leur carte comme le village de Phu-Lang a été transformé en camp retranché. Le 3e Hikoshidan, opérant de Thaïlande, bombarde la position dans la matinée malgré un ciel très nuageux, mais se heurte à une défense anti-aérienne très inattendue. Deux Ki-51 (Sonia) sont abattus et un Ki-48 (Lily) endommagé, tandis que les bombes japonaises ne font pas de grands dégâts.


7 septembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest

Ironbottom Sound
– Huit G4M1 (considérant apparemment qu’Henderson Field est hors service pour de bon) bombardent Tulagi, où l’AMF a dispersé ses réserves de matériel, de munitions et de carburant. Les avions devaient attaquer les navires, mais dans la nuit, les Australiens ont installé un peu partout dans la baie des radeaux improvisés avec des “pots de suie” (des barils de 44 gallons remplis d’un mélange d’huile de vidange et de carburant). La fumée qu’ils émettent, combinée aux écrans de fumée chimique tendus par les bâtiments mouillés à Tulagi, empêche toute visée (par bonheur, il n’y a pas de vent).
Alors que les avions japonais viennent de repartir, les Moa et Kiwi, qui traversent la Baie, aperçoivent un curieux navire marchand. Ce dernier se révèle être le HIJMHS Hikawa Maru, dont l’arrivée était prévue. Le Moa inspecte ses papiers et n’y trouve rien à redire. Comme le veut le règlement de la Croix-Rouge, la radio est contrôlée par un délégué de l’organisation internationale, un citoyen suisse. Elle a l’autorisation d’émettre en clair et en anglais tous les jours de 12h00 à 12h30. L’Hikawa Maru n’a pas le droit de débarquer le personnel qu’il prend en charge, ni d’utiliser ses embarcations de nuit. Il reçoit l’autorisation de mouiller près du HMAHS Wanganella et envoie immédiatement une chaloupe poser une ligne de bouées pour délimiter la zone où les canots-ambulances pourront opérer.
………
Guadalcanal – Les Marines lancent de plus en plus de patrouilles agressives. L’une d’entre elle est presque anéantie à la suite d’une méprise : le lieutenant commandant un détachement de vingt hommes de la compagnie C du II/5e Marines a commis une tragique erreur en confondant le drapeau japonais de l’Armée (un disque rouge sur fond blanc) avec un drapeau blanc. D’après les survivants, le manque de vent pourrait expliquer la confusion. Quoi qu’il en soit, le récit du « massacre du campement japonais » fait rapidement le tour de la division : les hommes se promettent de venger leurs morts, victimes de la déjà fameuse duplicité japonaise.
Par ailleurs, les rapports des patrouilles montrent que les Japonais sont insaisissables, mais étrangement laxistes en matière de sécurité. Plusieurs pièces d’artilleries sont découvertes en position de tir, sans aucune protection. Les poches des officiers tués recèlent des documents et journaux personnels plus instructifs que les autres. Leur traduction permettra aux Américains de se faire une meilleure idée de l’opposition – mais à ce moment, ils commettent l’erreur de surestimer la puissance des unités déjà débarquées.
Pendant ce temps, le 1er bataillon du génie des Marines termine les réparations de la piste principale d’Henderson Field et commence à dégager une clairière pour bâtir une piste secondaire destinée aux chasseurs en transit.
Dans la nuit, les transports Fuller (AP-14) et Betelgeuse (AK-2Cool, couverts par pas moins de huit escorteurs, se glissent dans la Baie pour apporter de précieuses munitions et du carburant aviation. De plus, ces deux navires amènent les premiers éléments d’une unité dont le rôle sera crucial pendant toute la suite de la campagne : le 6th Naval Construction Batallion (CB), plus connu sous le nom de Seabees (1). Les quatre cents hommes débarqués, tous des spécialistes en mécanique, en purification de l’eau ou en construction, apportent une aide irremplaçable. Même si le matériel lourd manque encore, les travaux d’extension de l’aérodrome avanceront bien plus vite à partir de cette date. Le 6th NCB va aussi installer des jetées, réparer l’usine à glace japonaise, jeter des ponts, drainer les campements, pulvériser du DDT…
La même nuit, trois Whitley de la RAAF bombardent Tassafaronga. Les Manchester sont en effet provisoirement interdits de vol pour inspection, l’un deux ayant été perdu au large de Nouméa lors d’un vol d’essai en raison d’un incendie de moteur.

Campagne d’Indochine
Laos
– L’avant-garde de la 7e Division atteint le camp retranché allié de Phu-Lang. Celui-ci est tenu par un mélange de Laotiens et de Français, survivants de diverses unités d’infanterie coloniale. Les Laotiens ont leur propre section de mortiers de 60 mm, les Français ont deux canons de 75 mm, une section de mortiers de 81 mm et un canon anti-char de 47 mm, le tout acheminé à dos d’homme, plus ou moins en pièces détachées.


8 septembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Tulagi
– A l’aube, six G4M1 qui ont échappé à l’attention des coastwatchers visent Tulagi où le vent, qui s’est levé, rend inefficaces les écrans de fumée. L’Astoria est touché par une bombe qui détruit l’un des ses canons de 5 pouces, mais le croiseur se défend et abat l’un des bombardiers. Les Betty font pourtant une victime : le Nairana, après avoir les jours précédents installé avec le Zealandia une hydrobase sur la côte est de l’île de Malaita, dans le Passage de Maramaisike, était venu récupérer les derniers hydravions monomoteurs en réparations à Tulagi (la nouvelle hydrobase n’abrite encore que trois Floatfire, deux Swordfish et trois Walrus). Alors qu’il vient de lever l’ancre, le cargo transformé reçoit trois bombes. L’une explose dans la cale avant, allumant un violent incendie, et les deux autres dans l’eau, mais à toucher la coque, à l’arrière. Le flanc défoncé, le Nairana coule en vingt minutes.
Les Zéro d’escorte mitraillent le mouillage, coulant une vedette néo-zélandaise et détruisant deux Catalina (un français et un américain) qui s’apprêtaient à décoller, chargés de 24 blessés et malades ; les malheureux sont tous tués.

Guadalcanal – Six autres G4M1 bombardent Henderson Field, mais les quelques impacts de bombes vont être réparés dans la journée par le génie des Marines et les Seabees. Tout en continuant d’entretenir le camouflage qui donne au terrain l’air plus abîmé qu’il ne l’est véritablement, les hommes se hâtent de remettre la piste en état : Henderson attend des invités !
………
En fin d’après-midi se déroule un épisode tragi-comique, mais d’une réelle importance. Avertis par des indigènes qu’il se trame quelque chose du côté de Taivu, les Américains embarquent sur une demi-douzaine de petits bateaux de l’escadre néo-zélandaise et quelques vedettes Higgins deux cent cinquante hommes des raiders du colonel Edson. Au moment où ils arrivent au large de Taivu et commencent leur approche des plages, surgissent de l’est quatre navires alliés. C’est le gros transport Bellatrix (AK 20), le croiseur Lamotte-Picquet et les “destroyers de transport” (DDT) McKean et Manley. Ce convoi est passé, profitant des dernières lueurs du jour, par le Sealark Channel, entre les récifs de l’est de la Baie. Il se dirige vers Red Beach, mais dans la lumière indécise du crépuscule, la centaine de Japonais de l’arrière-garde de Kawagushi sont persuadés qu’ils vont être écrasés par des milliers d’hommes et les canons d'une flotte puissante. Ils battent précipitamment en retraite et laissent les Raiders débarquer sans coup férir. Ceux-ci détruisent joyeusement le dépôt de ravitaillement laissé là par Kawagushi avant de s’en retourner, emportant la nouvelle qu’un certain nombre de Japonais ont en effet débarqué dans l’est de l’île et qu’il faut se garder de ce côté.
Un peu plus tard, le Bellatrix et le Lamotte-Picquet débarquent rapidement sur Red Beach des tonnes de munitions d’artillerie, du matériel pour réparer l’aérodrome et de l’essence et des munitions d’aviation, pendant que les DDT déchargent du ravitaillement et du matériel médical tout en embarquant des blessés. A 23h30, ces bâtiments se remettent en route, quand Iishi, averti par les observateurs japonais embusqués sur la côte, montre le nez de ses vedettes. Mais les vigies américaines savent à présent se méfier de ce genre de bateaux et le Manley donne l’alerte. Les vedettes japonaises sont repoussées par une grêle de balles et d’obus – c’est une déplaisante surprise pour Iishi, présageant des temps plus difficiles pour lui.

Rabaul – Dans la nuit, quatre B-17 de l’USAAF attaquent les navires mouillés dans le port sans succès, mais non sans inquiéter le commandement japonais.

Campagne d’Indochine
Phu-Lang (Laos)
– Au petit matin, les troupes japonaises sont réveillées par une sortie de 16 Hawk-81 du GC I/40, venus de Dien-Bien-Phu. Leurs mitrailleuses et leurs bombes anti-personnel font peu de dégâts matériels, mais le moral des Japonais souffre beaucoup ! D’autant plus que cette attaque est suivie d’un bombardement d’artillerie venu des montagnes de Viangchan, où sont embusqués quelques 75.
L’attaque japonaise est lancée dans l’après-midi. L’artillerie commence par saturer le terrain puis l’infanterie se lance dans une charge soutenue par six chars légers CHI-HA type 97. Bien protégés dans leurs tranchées et leurs casemates, les Franco-Laotiens laissent passer l’orage et lorsque les Japonais arrivent au pas de charge, baïonnette au canon, ils se font faucher par les mitrailleuses et les mortiers. Ceux qui arrivent aux abords des tranchées ont de mauvaises surprises : les défenseurs ont semé quelques mines et surtout creusé de nombreux pièges, des fosses dont le fond est garni de bambous taillés en pointe. Quatre des chars sont victimes des canons, les deux autres se replient.


9 septembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest

Truk
– Un convoi venant de Tarakan et composé du porte-avions d’escorte Un’yô, des pétroliers Kiyô Maru et San Clemente Maru (2) et de quatre cargos, escortés par deux escorteurs ASM tout neufs et par la canonnière Hashidate, entre dans le lagon par le chenal nord et constate une grande effervescence. Le DD Akikaze a en effet signalé « une sorte de périscope », provoquant une chasse générale au sous-marin. En fait, la vigie a pris le sommet du mât de l’Un’yô, émergeant de la ligne d’horizon, pour un périscope bien plus proche ! Les explications données à l’amiral Yamamoto (l’inexpérience de l’équipage de l’Akikaze, la clarté inhabituelle de l’atmosphère, l’arrivée du convoi plus tôt que prévu, sans avoir prévenu puisque les communications radio étaient restreintes) ne calment pas son irritation. La troisième explication est particulièrement agaçante, car elle souligne qu’il faut plusieurs jours à un porteur de dépêche pour aller du Japon à Truk.
L’Un’yô décharge 18 avions de renfort et s’apprête à repartir reconstituer son groupe aérien (27 avions au maximum) au Japon. Les pétroliers apportent près de 18 000 tonnes de carburant, de quoi éloigner le spectre de la pénurie. Ce n’est que la deuxième livraison en direct des Indes Néerlandaises, mais elle va alléger les contraintes logistiques pesant sur Truk.

Guadalcanal – Les mécaniciens d’Henderson Field n’ont pu réparer que quatre Wildcat et deux Dauntless (ils disposent aussi d’une bonne quantité de pièces détachées…). Mais avec la réparation de la piste I et la mise en chantier de la piste II, les premiers renforts d’aviation arrivent dans la matinée. Le porte-avion d’escorte Long Island a lancé à l’aube la VMSB-232 (12 SBD Dauntless) et la VMF-223 (18 F4F Wildcat). Les Marines ovationnent les appareils à l’atterrissage.
Ils n’ont pas fini d’applaudir ! En effet, dans l’après-midi, arrivent sous leurs yeux ravis dix appareils français, des Hawk-87 de la Flottille AC 20, menés par le LV Lagadec. Il est impossible d’envoyer plus de renforts avant l’achèvement du nouveau dispersal.
………
Dans la nuit débarque à Taivu le détachement Aoba (3). Cette unité de 2 000 hommes, formée à partir du 4e Régiment d’Infanterie (2e Division), était en théorie destinée à l’occupation de Port Moresby. Elle a été réquisitionnée par le général Hyakutake, commandant la 17e Armée, qui l’a envoyée en renfort à Kawagushi, montée sur quelques destroyers. Le détachement découvre les restes de la base arrière et s’enfonce sans plus tarder dans la jungle. La piste ayant été ouverte, ils rejoindront assez vite Kawagushi pour participer à l’attaque décisive.

Campagne d’Indochine
Phu-Lang (Laos)
– Dans la nuit, les vieux biplans du “GB Louvre” bombardent les troupes japonaises en utilisant leur tactique maintenant bien rodée : arrivée moteur coupée, en planant. Les dégâts sont maigres, mais le moral japonais se ressent de ce harcèlement incessant et de ces agresseurs qui semblent toujours sortis de nulle part.
Le lieutenant-général Nobory, humilié par la défaite de la veille, a beaucoup mieux préparé la deuxième attaque. L’artillerie divisionnaire l’ayant rejoint, il met en batterie ses pièces lourdes et commence un long matraquage des positions ennemies. Les Japonais attaquent ensuite par petits groupes appuyés par l’artillerie légère. Chaque fois qu’un point de résistance français se révèle, il se retrouve la cible l’artillerie légère des Japonais puis il est réduit, si nécessaire, par les fantassins. Ainsi, méthodiquement, le périmètre de défense est petit à petit réduit.
Les survivants des troupes franco-laotiennes sont sauvés par la nuit. Dans l’obscurité, ils réussissent à décrocher et à se replier vers Ban Phoukhoun, couverts par les canons de Viangchan, tirant sur coordonnées.


10 septembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest

Guadalcanal
– Douze G4M escortés par 15 A6M attaquent Tenaru. Ils n’attendent aucune opposition et sont douloureusement surpris que douze Wildcat et huit H-87 les agressent. Après une mêlée sauvage, six Betty et trois Zéro sont détruits, en échange de trois chasseurs américains et deux français. Henderson Field est de nouveau opérationnel ! Le soir même, l’état-major de la Marine le fait savoir à celui de l’Armée dans des termes incisifs (pour des Japonais).
A partir de cette date, les batailles aériennes vont être quotidiennes ou presque.
Yvon Lagadec : « Chaque matin, le raid japonais – Betty et Zéro – était annoncé par les coastwatchers, provoquant le décollage en catastrophe de nos chasseurs. Nous avions à peine le temps nécessaire pour monter à la bonne altitude et c’était tout de suite une bagarre féroce. Les Wildcat des Marines étaient plus maniables que nos Hawk-87, mais nos pilotes étaient mieux entraînés – sans fausse modestie, j’avais réussi à leur inculquer deux ou trois bons principes.
Nous recevions continuellement des renforts, mais ils ne pouvaient que remplacer les pertes, car il était très difficile d’accroître la capacité d’Henderson Field. En quelques semaines, nous avons vu successivement arriver le reste de l’AC-20 (9 appareils), le 67th Fighter Squadron (12 P-39 Airacobra) et les Wildcat des VMF-121, 212 et 224.
Les Japonais attaquaient le plus souvent en surnombre et les deux camps perdaient beaucoup de monde : les jeunes pilotes américains se laissaient trop souvent attirer dans des combats tournoyants contre des Japonais expérimentés, mais en contrepartie, le moindre dégât infligé à un Japonais pouvait lui être fatal lors de la longue route de retour vers Rabaul – et c’était alors bien souvent au dessus de l’océan.
Pendant ce temps-là, nos Dauntless patrouillaient au-dessus du Slot et se jetaient sauvagement sur tout ce qui pouvait ressembler à un bateau de ravitaillement japonais. »

Dans la nuit, des Whitley de la RAAF bombardent les lignes japonaises, comme d’habitude sans grand résultat. Ces missions se répèteront chaque fois que le temps le permettra.
………
Le général Kawagushi commence à comprendre que la jungle de l’île est un ennemi aussi redoutable que les Américains. Ses hommes sont épuisés. Et puis, il y a eu la nouvelle que les Américains avaient débarqué à Taivu, puis qu’ils avaient été « repoussés » – mais il n’a pas eu besoin qu’on lui dise que ses approvisionnements de réserve avaient grandement souffert. Mais il ne renonce pas. N’a-t-il pas reçu deux mille soldats en renfort ? Presque sans appui-feu, manquant de ravitaillement, ses hommes vaincront à la baïonnette.
Cependant, loin de charger tête baissée, Kawagushi planifie rigoureusement son attaque. Il peut compter sur des forces non négligeables. Avec lui, deux unités : le détachement Oka (124e Rgt d’Infanterie de la 35e Brigade autonome, soit 3 600 hommes commandés par le colonel Akinosuke Oka) et le détachement Aoba (2 000 hommes). Ils sont soutenus par 900 hommes du 7e Rgt du génie. Pour tout appui-feu, ils disposent des 12 x 75 mm de montagne de la 35e Brigade, d’une dizaine de 70 mm d’infanterie et d’une compagnie de mortiers.
Sur la Matanikau, à l’ouest, le détachement Kuma : pour l’essentiel, ce qui reste du 28e Rgt et des forces d’occupation initiales, soit environ 600 hommes en état de combattre, soutenus par le 1er bataillon du 7e Rgt d’Artillerie (12 x 75 mm de montagne), qui a été débarqué quelques jours plus tôt à Tassafaronga.
Le plan de Kawagushi, à défaut d’être original, est simple et logique. Sachant manquer de puissance de feu, il compte sur la nuit pour permettre à ses forces de s’infiltrer dans le périmètre défensif américain. Le détachement Kuma, sur la Matanikau, doit attirer sur lui (à l’ouest) les réserves américaines. Le détachement Aoba contournera le front par le sud et enlèvera la crête de Lunga, qui domine l’aérodrome. Le détachement Oka doit porter le coup fatal en prenant d’assaut les positions américaines par l’est.
………
Pendant ce temps, Vandegrift n’est pas resté inactif. Ses hommes ont peu à peu renforcé leurs lignes, malgré le manque presque complet du matériel de retranchement le plus élémentaire, comme les barbelés et les sacs. Il y a sur Guadalcanal environ 12 500 Marines, plus une centaine d’Australiens. Vandegrift sait disposer de quelques as dans sa manche sous la forme d’une réserve stratégique composée de quelques chars (les Stuart des Marines et la douzaine de blindés des Australiens, Sentinel, Valentine et Covenanter), des 75 mm sur half-track et de deux unités d’élite : le 1st Marines Raider Battalion et le 1st Marines Parachute Battalion.
A la lumière de la détestable réaction de ses hommes lors du premier contact sérieux avec l’ennemi – désorganisation à tous les échelons, problèmes de communication et discipline de feu chaotique – Vandegrift pense préférable de ne pas déplacer des renforts de nuit. Mais il sait pouvoir compter sur ses Marines pour tenir solidement n’importe quelle position. Tout le problème est donc de disposer judicieusement ses pièces maîtresses.
Suivant le conseil du colonel Thomas, le 1st Marines Parachute Battalion est posté sur la crête de Lunga, et le 1st Marines Raider Battalion est stationné près de la plage, prêt à se déplacer vers un front ou l’autre.

Rabaul – Quatre B-17 de l’USAAF tentent de bombarder le port au crépuscule. Ils se heurtent à de nombreux chasseurs et l’un d’eux est abattu. L’état-major allié décide que les attaques de jour contre Rabaul seront abandonnées jusqu’à ce que des forces nettement plus importantes soient disponibles. La RAAF promet que, dès que sera terminé l’agrandissement des terrains de Port Moresby et que des zones de dispersion y auront été aménagées, des appareils de bombardement de nuit y seront basés pour harceler Rabaul.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les hommes du capitaine Minchin (Force Kanga) poursuivent les Japonais en retraite. Ils parviennent au col du Chinois Mort, où ils s’arrêtent. Là, ils ont la grande et heureuse surprise de voir se présenter les vingt hommes partis le 23 août attaquer le dépôt de ravitaillement japonais. Tous sont malades et épuisés, mais, aussi incroyable que cela paraisse, ils sont tous vivants !
A ce moment, la Force Kanga et la Force Horito sont séparées par 25 à 30 km de montagnes – une distance presque astronomique sur ce terrain.
Au total, cette campagne menée avec des effectifs minimes a empêché les Japonais de sécuriser la région de Wau, donc de Salamaua, où elle permettra le retour de la Force Kanga en 1943. L’Armée Impériale japonaise a ainsi une région de plus à garder, et Salamaua devient une nouvelle plaie pour ses troupes en Papouasie - Nouvelle-Guinée. Le capitaine Minchin sera décoré pour le courage et la maîtrise dont il a fait preuve à Kudjeri, au Dead Chinaman et à Bulldog.

Milne Bay – Les forces de Yokeyana commencent à s’attaquer aux défenses de l’AMF au sud de la Maiwara. Selon les comptes-rendus australiens, c’est une curieuse série d’actions sans lien apparent. Les Japonais avancent successivement un bataillon d’infanterie environ, appuyé par des mortiers, contre chacun des points d’appui à l’est de Dagama et s’efforcent de l’encercler. Cela s’avère en général fort difficile, car les pluies ont tellement ramolli le terrain que les flancs des points d’appui sont assez bien assurés par une zone marécageuse ou un véritable marais. Au bout de deux ou trois jours, de petits groupes de Japonais finissent pourtant par s’infiltrer entre les patrouilles australiennes et peuvent harceler les troupes ravitaillant le point d’appui par la piste derrière lui. Les Australiens abattent un bon nombre de ces infiltrés, mais après un certain temps, les porteurs indigènes commencent à trouver qu’ils risquent trop gros et restent chez eux. A ce moment, les Australiens sont obligés d’évacuer la position et de se replier.
En fait, la tactique australienne est très efficace pour retarder les Japonais et leur causer des pertes, en combat mais aussi par maladie. Chaque opération sur un point d’appui fixe en effet une formation japonaise d’une certaine importance dans une zone marécageuse et très impaludée, et le terrain empêche de repousser la compagnie australienne en menaçant ses flancs, ou de la détruire après l’avoir encerclée.

Campagne d’Indochine
Laos
– La 7e Division japonaise reprend sa progression, mais celle-ci se transforme en véritable calvaire. Les routes sont sabotées par une méthode que les Français appellent “routes en piano” et dont les Vietnamiens se sont fait une spécialité : les chemins sont coupés de tranchées alternées avec des bandes intactes. Dans les rizières, autour des segments ainsi tronçonnés, ils sèment des mines anti-personnel et antichars le plus souvent fabriquées artisanalement, avec des grenades ou des obus non explosés. Des tireurs embusqués se font une joie de tirer sur les officiers, les pontonniers et les démineurs déployés pour sécuriser le passage. Dans les régions accidentées, des mortiers légers invisibles et mobiles bombardent sporadiquement les routes.


Notes
1 - Jeu de mot avec l’acronyme CB en anglais.
2 - Translittération du japonais : San Kuremente Maru.
3 - Du nom d’une montagne près de la ville de Sendai.


Dernière édition par Casus Frankie le Sam Mai 18, 2013 22:32; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam Mai 18, 2013 20:52    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne savait pas du tout à quoi ce référé un '“Float Fire” Type 355 Laughing

Je ne pensait pas qu'il y avait eu des Spit' hydravions :

http://www.sas1946.com/main/index.php?topic=28166.0

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MessagePosté le: Sam Mai 18, 2013 22:07    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
L’Hikawa Maru n’a pas le droit de débarquer le personnel qu’il embarque, ni d’utiliser ses embarcations de nuit.

débarquer/embarquer, un peu maladroit.
Citation:
Il reçoit l’autorisation de mouiller près du HMAHS Wanganella et envoie immédiatement une chaloupe poser une ligne de bouées pour délimiter la zone où les chaloupes-ambulances pourront opérer.

Wanganella en italique, doublon sur chaloupe.[/quote]

Sinon bravo, c'est fort bien mené.

Il ne manque plus que j'y ajoute quelques éléments sur les hydravions japonais.
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En principe (moi) ...
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MessagePosté le: Sam Mai 18, 2013 22:28    Sujet du message: Répondre en citant

@Collectionneur : OTL, il y en a eu fort peu. Merci pour la belle image !
FTL, les besoins sont différents et conduisent à la conversion d'un certain nombre de Spit V en Floatfire.

@Loïc : je corrige.
J'observe que personne ne s'est encore risqué à attribuer tel ou tel passage nouveau à tel ou tel auteur... Wink
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 01:01    Sujet du message: Répondre en citant

Ne jamais oublier que Supermarine avait réalisé les hydravions de la coupe Schneider.

Le "FloatFire" FTL est très probablement un MkV avec des flotteurs monomat.
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JPBWEB



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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 06:14    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Les Zéro d’escorte mitraillent le mouillage, coulant une vedette néo-zélandaise et détruisant deux Catalina (un français et un américain) qui s’apprêtaient à décoller, chargés de 24 blessés et malades ; les malheureux sont tous tués.


Pour un hydravion, on dit plus volontiers déjauger je crois.
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 07:26    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB a écrit:
Pour un hydravion, on dit plus volontiers déjauger je crois.


Un hydravion "passe sur le redan" (déjauge = sort partiellement de l'eau), PUIS décolle.
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 08:46    Sujet du message: Répondre en citant

11 septembre
Bataille de Singapour – IV

La bataille de l’Island Golf Club s’achève. En fin de journée, les derniers éléments des 12e et 44e Brigades indiennes se rendent, ainsi que l’état-major de la 17e Division Indienne, dont la reddition est reçue par le général Yamashita en personne, bien qu’il soit clair qu’elle ne concerne en aucune façon les autres composantes de la division. En effet, Tokyo espère, par une telle marque de considération, favoriser l’engagement de soldats indiens dans la Légion Indienne de Subhash Chandra Bose. C’est la fin de la résistance sur les hauteurs du centre de l’île, même si quelques dizaines d’hommes vont continuer le combat pendant trois ou quatre jours.
De son côté, Lord Gort a réorganisé les trois divisions qui lui restent. Celles-ci sont à présent ainsi déployées :
– à l’est (de l’est du Saint Patrick’s College à Thomson), la 21e D.I. britannique Scottish : 63e Brigade britannique (Highlands), Brigade Western (qui rassemble les survivants de la 25e D.I. Western éliminée quelques jours plus tôt dans la poche de Changi), 1ère Brigade de Malaisie (qui a incorporé les Chinois survivants de la 1ère Brigade Chinoise) ;
– au centre (de Thomson, sur le bord est du réservoir MacRitchie, jusqu’au Swiss Rifle Club), la 9e Division Indienne : 21e, 22e et 45e Brigades Indiennes ;
– à l’ouest (du Swiss Rifle Club au Jemang, afin de couvrir la batterie de Buona Vista), la 11e Division Indienne : 15e et 28e Brigades Indiennes, 2e Brigade de Singapour.
Il faut ajouter à ces forces une vingtaine de blindés australiens.
Ces troupes sont maintenant réorganisées, réapprovisionnées, mais il ne reste plus aucune réserve de munitions dans Singapour.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Dès le matin, quelques mouvements étranges inquiètent les Marines. Trois bombardiers attaquent la crête de Lunga (Lunga Ridge) au lieu de s’en prendre comme d’habitude à l’aérodrome, puis une demi-douzaine de pièces de 75 mm embusquées dans la jungle ouvrent le feu sur la colline. En dehors de quelques anciens de l’Autre Guerre, presque tout le bataillon se jette au sol et rampe vers l’abri le plus proche. Ce feu de harcèlement ne cause pas de grands dégâts, mais coupe plusieurs lignes téléphoniques.
Vers midi, les scouts de Martin Clemens, un coastwatcher laissé sur place en juin par les autorités de la Couronne, avertissent les Marines que de nombreux Japonais ont de nouveau débarqué à Taivu quelques jours plus tôt.
Dans son récit autobiographique Back to Hell, le Marine Chester D. Puller décrira ainsi la situation à ce moment : « Après le débarquement, nous sommes restés plusieurs jours près de la plage pour nous refaire une santé. Mais le coin était malsain. Au crépuscule les moustiques attaquent. Vers minuit, un vieux bombardier japonais nous survole. C’est énervant au possible. Il fait un bruit de vieille lessiveuse comme si ses moteurs allaient rendre l’âme. Pas moyen de se reposer. Toutes les quelques minutes il balance une bombe n’importe où. Parfois dans l’eau, souvent dans la jungle. De temps en temps dans le cantonnement ou sur un dépôt. On ne s’habitue pas, on écoute et on attend l’explosion. Certains dorment dans leur trou avec leur demi-tente au dessus. Parfois des destroyers japonais nous balancent quelques obus.
Le départ vers la colline a été bien accueilli. Tout le monde est parti en ligne de file, le QG et les trois compagnies. Le commandant s’attendait à une attaque. Il a réuni ses capitaines qui ont secoué les lieutenants. Ceux-ci ont gueulé sur les sergents et nous on a creusé. Le coin était bien. De l’herbe haute, de la terre pas trop dure à creuser, enfin presque pas trop : une fois arrivé au corail, plus moyen de s’enterrer. En plus les jeeps passaient presque jusqu’en haut et elles nous ont apporté de l’eau et assez de munitions pour un Quatre Juillet.
Nous avons creusé toute la journée sous un soleil cuisant, mais à la nuit tombée on l’a regretté : la pluie a commencé à noyer les emplacements. Pour les barbelés, même pas la peine d’en parler, on avait huit rouleaux pour toute la compagnie. Une vache têtue serait passée à travers.
Nous nous sommes installés comme dans chaque compagnie : les trois sections en ligne et le mortier derrière. J’ai entendu le capitaine s’en plaindre : avec les trois compagnies en ligne, nous n’avions pas de réserve, sauf si on comptait le QG et la Demolition Platoon [escouade de destruction] comme des réserves, et nos flancs n’étaient pas couverts. Nous on s’en fichait et de toute façon il n’est jamais trop sain de traîner dans le coin de la Demolition Platoon. Ils passent leur temps à balader des explosifs et à inventer des mélanges improbables.
Heureusement, nous avions nos armes et les plus débrouillards avaient compris la leçon : presque tous les groupes avaient récupéré un ou deux BAR de plus en douce. Comme toujours, on n’avait pas une seule vraie mitrailleuse ni un seul fusil (enfin sauf pour quelques-uns récupérés ici et là), mais tout le monde avait sa M-55 et chaque groupe avait trois Johnson (un peu comme le BAR, avec vingt cartouches et en plus léger). On avait aussi récupéré quelques .30 et tout ça nous faisait près de trente mitrailleuses par compagnie. De quoi réveiller tous les Tojo de l’île. Mais alors, quelle saloperie, les munitions. On en consommait des caisses entières. »

Un élément (entre autres) est frappant dans ce récit : au niveau du bataillon, ces Marines manquent presque totalement d’armes lourdes telles que les très efficaces mortiers de 81 mm.
………
Pendant ce temps, dans la jungle, les hommes de Kawagushi progressent sur un terrain cauchemardesque où il leur faut littéralement s’ouvrir un chemin. A 15h00, seul le détachement Kuma est arrivé sur ses positions de départ (le long de la Matanikau). Au sud et à l’est de Tenaru, les colonnes Aoba et Oka signalent leur retard par messager et Kawagushi leur ordonne de retarder l’attaque au lendemain. Il donne le même ordre, mais par radio, au colonel Kuma – c’est alors qu’il découvre le manque total de fiabilité des radios dans la jungle. Même en bon état de marche, leur portée est réduite des deux tiers.
C’est pourquoi, à 23h00, le détachement Kuma, sans nouvelles de Kawagushi, lance son attaque de diversion. A l’arrière, les douze 75 mm du I/7e donnent de la voix, sur le front, les mortiers de 50 mm arrosent les positions des Marines et plusieurs Japonais s’infiltrent au plus près des lignes américaines en leur criant des insanités dans un anglais haché pour pousser les servants de mitrailleuses à révéler leurs positions. Pendant ce temps, les quelques pièces de 70 mm dont dispose Kuma pour faire taire les imprudents sont avancées en silence.
De fait, deux puis trois postes ouvrent le feu sur des formes indistinctes avant de se taire aux injonctions des sergents. Mais le mal est fait : une mitrailleuse est repérée et les 70 mm ouvrent le feu à moins de 150 m, pulvérisant la position. Deux ou trois sections japonaises s’avancent alors pour s’infiltrer à cet endroit dans les lignes américaines. Mais en réaction, toute la ligne des Marines ouvre un feu d’enfer et l’artillerie divisionnaire est appelée en renfort. Cette puissance de feu balaye les quelques Japonais imprudemment avancés et muselle les 70 mm, dont les servants survivants tentent de s’enterrer sous la mitraille. Au bout de quelques minutes, le tir s’essouffle et les Marines constatent, à leur grand soulagement, l’absence de riposte ennemie. Au prix de quelques dizaines de morts, les hommes de Kuma ont accompli leur mission : les Marines sont persuadés qu’ils ont repoussé un assaut majeur.
………
De son côté, le 1er Paras-Marines profite du feu d’artifice qu’il admire de la crête de Lunga, où il continue à creuser. Sur la carte, la crête ressemble vaguement à un S. La compagnie A couvre 500 mètres entre la Lunga et la base du S, à l’ouest. La compagnie B occupe la base du S sur 400 mètres et la compagnie C la partie supérieure, sur la même distance, jusqu’aux positions du 1er Marines. Si les compagnies B et C bénéficient d’un excellent champ de tir, la A est empêtrée dans la jungle et les sections se sentent isolées, alors qu’elles ne sont parfois distantes que de quelques dizaines de mètres. La position a pourtant un avantage : justement l’impénétrabilité de la jungle.


12 septembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest

Rabaul
– A l’état-major de la Marine Impériale, qui l’informe avec amertume que les avions basés sur Henderson Field continuent à tenir en respect son aviation au dessus de Guadalcanal, l’état-major de l’Armée Impériale répond sèchement : cette nuit, l’Armée va reconquérir l’aérodrome que la Marine n’aurait jamais dû perdre.
Peu après le coucher du soleil, deux Whitley tentent de bombarder Rabaul. En raison du mauvais temps, ils se détournent sur Milne Bay, qu’ils attaquent avec les habituels maigres résultats.

Iles Salomon – Un H8K en reconnaissance aperçoit un Catalina américain en patrouille ASM. L’appareil japonais recherche et repère alors les navires couverts par l’Américain : ce sont les DDT Thomas et Claxton. Tous deux se dirigent vers Guadalcanal, mais sont trop loin de Rabaul pour être attaqués avant le crépuscule.

Guadalcanal – La 1ère Division de Marines s’est réveillée avec la gueule de bois. L’attaque de la veille sur le marigot baptisé Matanikau a été un non-événement. Les premières lignes pensent avoir repoussé un assaut majeur et célèbrent l’événement d’autant plus fort que les pertes américaines sont presque nulles. Au niveau régimentaire, les officiers sont plus circonspects, puisque l’attaque ne pouvait correspondre à ce qui était annoncé. En fin de la matinée, la compagnie B du bataillon de Raiders est envoyée en reconnaissance de l’autre côté de la Matanikau. Ils ne découvrent que quelques cadavres déchiquetés et deux ou trois canons de 70 démolis, mais aucune trace de vie sur les deux cents premiers mètres.
Aux abords de Tenaru, les détachements Oka et Aoba sont en place dans la soirée. Les 2 000 hommes du 4e Régiment (Aoba) font face aux Paras-Marines pendant que le 124e (Oka) s’installe devant le 1er Régiment de Marines.
………
Positions des Paras-Marines
22h00 – Les Japonais quittent leurs positions au pied de la crête de Lunga. Ils débouchent de la jungle sans avoir été repérés et tombent sur un poste d’écoute avancé. Les deux Marines sont promptement éliminés, mais l’un d’entre eux lâche une rafale avant de succomber. Une dizaine de secondes plus tard, deux fusées éclairent les pentes devant la compagnie B et Chester B. Puller : « Jésus Marie Joseph et tous les saints. La vallée et la pente étaient couvertes de Japonais. Des centaines ou des milliers, arrivés là comme par magie, à deux cents yards à peine. Et tous la tête levée vers les fusées. Les voilà qui commencent à hurler Banzai et à nous foncer dessus pendant que leurs mitrailleuses tirent au dessus de leurs têtes. Tout le monde tire dans le tas, le vacarme est indicible. A côté de moi, le caporal Fletzer rigole nerveusement quand un Japonais tombe en arrière, la tête explosée. Nos traçantes parcourent toute la zone mais ça ne suffit pas, ils sont trop nombreux. Martinshaw prend une balle quelque part et tombe dans le trou et gueule qu’on va tous y rester. Je regarde. Cette grande andouille pisse le sang. L’oreille gauche et une partie de l’épaule sont parties. On n’y arrivera jamais sans artillerie et nos foutus mortiers ne font que tirer des éclairants. »
La situation se tend rapidement. L’attaque des éclaireurs japonais est facilement contenue, mais au prix d’une forte dépense en munitions. Plus grave, les discontinuités des lignes américaines autorisent des infiltrations de plus en plus importantes. Le major Williams réclame un soutien d’artillerie massif à la division, qui lui répond avoir déjà engagé une partie des batteries pour soutenir le 1er Régiment, lui aussi attaqué. Furieux, Williams demande alors au colonel Shaw (11e d’Artillerie) s’il doit tout de suite « donner les clef aux Japonais ! »
Puller : « Cinq minutes après ça recommence, mais là c’est pire. Les Japonais avancent par bonds, ma vision nocturne est foutue et je n’ai jamais entendu un clairon jouer aussi mal. Des grappes de Japonais geignent dans les barbelés. On les fait taire à la grenade. Eux aussi commencent à trouver la portée et j’entends des tas de petites explosions autour de moi. Si on reste sur place on va tous y passer. Brusquement j’entends un barouf pas possible et du 155 tombe devant nous. Mais les artilleurs tirent trop long. Les Japonais sont tellement près que la moitié des obus passent au dessus de leurs têtes. »
22h50 – Malgré le soutien de l’artillerie (une batterie de 155 mm et du 75 mm), le capitaine Ghorley, de la compagnie B, demande l’autorisation de reculer sur la crête pour regrouper ses hommes. Les pertes sont pour l’instant légères.
Pendant ce temps, la compagnie A est engagée, mais son capitaine prend rapidement la seule décision intelligente : refuser son flanc droit en s’appuyant à gauche sur la compagnie B. En restant sur place, il risquerait de se faire rapidement déborder. Malgré les messagers, deux groupes s’égarent et sont coupés. On ne reverra plus l’un d’eux et l’autre parviendra à la crête après une aventure invraisemblable.
………
Positions du 1st Marines Regiment
La situation du 1er Régiment, confronté à la plus grande partie du détachement Oka, est bien plus solide que celle des Paras-Marines. Ses hommes sont installés sur leurs positions depuis plus d’une semaine, ce qui leur a donné le temps de se retrancher, et surtout la densité de leur front n’a rien à voir. Ainsi, la compagnie C du II/1st tient environ 250 mètres de front avec 200 à 220 hommes. Si l’arme de base reste le M1903 Springfield, la compagnie, qui dispose en théorie de quinze fusils-mitrailleurs BAR, a corsé sa dotation par la magie d’un rééquipement “créatif” sur le terrain et en possède en fait 23. Elle met aussi en ligne deux mitrailleuses légères M1919A4 et deux mortiers de 60 mm. De plus, une platoon de mitrailleuses de la Heavy Weapons Company lui a été rattachée, ce qui représente six mitrailleuses lourdes M1917M1 (quatre en théorie, mais la dotation réelle de la platoon peut aller jusqu’à huit mitrailleuses). Enfin, la compagnie peut compter sur l’appui des quatre mortiers de 81 mm et peut-être d’une ou deux .50 du bataillon. En tout, c’est une puissance de feu impressionnante, même si son efficacité dépend étroitement de la préparation des champs de tir.
22h00 – Les attaques commencent et prennent rapidement la même forme sur l’ensemble du front. Après un premier assaut frontal, vite écrasé par la puissance de feu des Marines, les Japonais tentent de s’infiltrer entre les nœuds de résistance. Ces derniers sont le plus souvent composés d’une ou deux armes automatiques et de quelques fusiliers qui assurent leur défense immédiate. Les Japonais sont alors confrontés à une situation tactique à laquelle ils ne sont pas préparés.
Normalement, les nids de mitrailleuses américains doivent être pris à partie par les 70 mm d’infanterie et les mortiers de 50 mm, pendant que les servants de mitrailleuses installent leurs pièces pour soutenir l’avance. Les hommes doivent alors se porter en avant, baïonnette au canon. Une fois arrivés à proximité d’une position déjà “ramollie” par les canons et les mortiers, ils doivent lancer leurs grenades et la prendre d’assaut. Si la résistance rencontrée est trop solide, il faut contourner la position et déborder. En Chine, cette tactique fonctionnait parfaitement.
Mais ici, la densité des positions américaines et surtout leur puissance de feu, qui n’a rien de commun avec celle de l’infanterie chinoise, trouble même les officiers les plus expérimentés. Les positions de départ sont matraquées par l’artillerie américaine, les 70 mm doivent s’exposer plus que de raison à cause de la faible visibilité et franchir le rideau défensif en courant équivaut à un suicide.
Rapidement, et même si quelques jeunes lieutenants perdent le contrôle de leurs nerfs en ordonnant une charge, les officiers ordonnent une infiltration silencieuse et le contournement systématique de toutes les positions. Du coup, toutes les unités cherchent le débordement par la gauche, puisque le front du 1er Marines est infranchissable ! Cette déviation de l’axe d’attaque du 124e Régiment japonais accroît la pression sur les Paras-Marines et vers minuit, ceux-ci commencent à plier.
………
Crête de Lunga (nouvelles positions des Paras-Marines)
Chester Puller : « Les premières nouvelles solides sont arrivées vers minuit. Les compagnies A et C se rabattaient et notre position commençait à ressembler à un fer à cheval. La compagnie C, d’après ce que j’ai entendu, avait dû abandonner sa position lorsque les Japonais avaient ouvert le feu sur eux au 75 mm ! Vous le croirez ou pas, mais ils avaient traîné un 75 mm dans cette foutue jungle. La position du bataillon ressemblait à un fer à cheval et évidemment c’était notre groupe qui était tout au bout.
L’officier d’observation d’artillerie a été tué par un obus de mortier et c’est son caporal qui s’est mis à régler le tir à la radio. Le petit s’est bien débrouillé et nos 75 nous ont encagés. Les Japonais ont cessé de nous foncer dessus, mais je les sentais tout près. »
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 16:42    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour et félicitations aux écrivains
Quelques suggestions sur des points de détail de terminologie militaire:
dans "1er septembre - Campagne de Nouvelle-Guinée - Milne Bay"
remplacer "attaques de reconnaissance" par soit "attaques", soit "reconnaissances en force"
dans "7 septembre - Campagne d’Indochine"
remplacer "plus ou moins en pièces détachées" par "plus ou moins démonté"
dans "10 septembre - Campagne d’Indochine"
insérer "touches de" dans “routes en _ piano”
dans "11 septembre - Campagne du Pacifique Sud-Ouest - Guadalcanal"
Le Marine Chester D. Puller est il un parent du major Lewis Burwell "Chesty" Puller, commandant le premier bataillon du 7ème régiment lors de la "bataille de Henderson field"?
Il avait un frère cadet, Samuel D. Puller qui a été tué à Guam en 1944.
"Demolition Platoon" est une appellation US Army (par exemple le Demolition Platoon du quartier général régimentaire du 506th Parachute Infantry Regiment, mais pas de l'USMC qui n'a d'ailleurs pas d'équivalent. Je suggère le " Motor Transport Platoon", dont les camions n'ont pu être emportés, à sa place. "Platoon" est masculin en français, comme peloton.
OTL, les marines ont fait des chevaux de frise (en français dans le texte) avec des pieux pour remplacer les barbelés!
référence: http://www.ibiblio.org/hyperwar/USMC/USMC-C-Guadalcanal.html
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 17:24    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pources remarques.
Chester : je ne peux qu'espérer que l'auteur (Cracou !) répondra.
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MessagePosté le: Dim Mai 19, 2013 20:08    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

Un hydravion "passe sur le redan" (déjauge = sort partiellement de l'eau), PUIS décolle.

Respects Franck Applause

Redan: en termes d’architecture navale, désigne un "pan coupé" sur une coque qui avec la vitesse provoque le décollement des filets d'eau et contrarie ainsi l'effet "ventouse" d'un sillage en favorisant donc le déjaugeage; les flotteurs d'hydravion en sont dotés de même que les coques de certains navires rapides (les MAS italiennes par exemple)... Vieux Sage
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MessagePosté le: Lun Mai 20, 2013 10:19    Sujet du message: Répondre en citant

13 septembre
Bataille de Singapour – IV

Yamashita a pris deux jours pour reposer et redéployer ses troupes, sécuriser les zones conquises, faire venir des munitions pour son artillerie et réparer ses avions, dont le taux de disponibilité était tombé très bas. A l’est, il dispose des 56e et 27e D.I. Au centre, ce sont les 18e et 9e D.I. A l’ouest, les 5e et 33e D.I. Ces forces sont moins impressionnantes qu’il n’y paraît, car les pertes ont été lourdes, mais les survivants sont devenus des soldats très compétents et à présent relativement reposés.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal, 02h00
– Malgré des progrès significatifs, Kawagushi pleure littéralement de rage : sans carte à jour et avec des communications défaillantes, il a totalement perdu le contrôle de la bataille et ses unités se désagrègent. Avec le glissement du 124e Régiment vers la gauche, en direction de la crête de Lunga, des compagnies entières se perdent et d’autres s’entremêlent. La situation se dégrade au point que Kawagushi se voir contraint d’ordonner (par coureurs !) à ses unités de s’installer sur des positions solides, de s’abriter des avions et des observateurs d’artillerie et d’attendre la nuit suivante.
07h00 – Les deux adversaires sont épuisés. Les Paras-Marines ont reculé et le flanc ouest est complètement ouvert entre la crête et la rivière. Heureusement pour les Américains, le terrain dans ce secteur, fangeux et collant, prévient toute infiltration massive. Avec seulement trois compagnies pour tenir tout ce front, le major Williams réclame de l’aide. Il obtient rapidement le soutien d’Edson et de son bataillon de Raiders, accompagnés par une compagnie du génie et un peloton de LVT chargés de munition et d’eau.
12h00 – A peine en place, Edson lance une reconnaissance en force avec comme objectif premier de repousser les Japonais dans la jungle et d’établir précisément le tracé de leurs lignes. Cette contre-attaque s’essouffle presque immédiatement, malgré le soutien d’un bataillon de 75 mm, sous le feu très nourri quoique imprécis des Japonais.
Chester Puller : « Les Raiders s’attendaient à ce qu’on se foute d’eux, comme d’habitude. Ils passent leur temps à aller se balader et nous on passe notre temps avec les aviateurs. Cette fois, ils n’ont rien dit, nous non plus. Faut dire qu’on n’en avait plus envie. Ils ont croisé nos blessés en grimpant. En haut c’était les macchabées. On n’avait pas eu le temps de les enterrer et ça puait la merde et la mort. On ne ressemblait plus à rien. Des filtres de cigarette dans le nez, pour l’odeur. On tremblait à cause de la malaria. On dégueulait partout. Des fois à cause d’une saloperie quelconque. Des fois de trouille. »
14h00 – Après avoir réorganisé ses forces, Kawagushi voit se profiler une occasion unique : un flanc dégagé et la possibilité de contourner les positions américaines par la gauche, ce qui provoquerait immanquablement l’effondrement de la ligne de défense. La même stratégie avait permis à la 65e Brigade de briser la première ligne de défense à Bataan ! Il envoie donc vers le nord-ouest un bataillon entier du 124e, avec pour ordre de progresser jusqu’à la naissance de la crête avant de se rabattre vers l’est. Pendant ce temps, les deux autres bataillons du 124e et le détachement Aoba (fort de deux bataillons environ) vont repousser les Marines et prendre la crête dans la nuit en profitant de l’enveloppement réalisé. La crête prise, la piste sera sous le feu et neutralisée.
16h00 – Les Raiders ont remplacé les Paras-Marines sur la crête. Les compagnies A, B et C s’échelonnent d’ouest en est. Les Paras-Marines occupent à présent l’intervalle entre les Raiders et le 1er Régiment. En arrière, les sapeurs et les LVT construisent des positions de repli.
21h00 – Kawagushi lance sa deuxième attaque, mais cette fois tous ses hommes sont en place.
L’artillerie japonaise tente de compenser ses maigres effectifs par sa cadence de tir, mais les défenseurs remarquent bientôt son manque de précision. L’artillerie du 11e Marines répond et tente de museler les pièces japonaises.
Conscients d’avoir été surpris la veille, beaucoup d’Américains ouvrent le feu sans même avoir vu le moindre adversaire. Pendant ce temps, les Japonais s’infiltrent et commencent à progresser.
21h30 – Chester Puller : « C’était reparti. On était encore au bout du fer à cheval et toute la foutue armée japonaise nous est tombé dessus. Ça tirait tellement qu’on y voyait comme en plein jour. Les traçantes dansent devant moi. J’entends le bruit de marteau-piqueur de la .50, 100 mètres à droite, et j’ai la machine à coudre à gauche. Les Nambu font leur petit bruit, ploc-ploc-ploc. Mon champ de tir était trois fois plus petit qu’hier, mais il en venait tellement qu’on n’y arrivait plus. »
Malgré l’impressionnante puissance de feu des défenseurs, la première attaque japonaise atteint les lignes américaines. Les hommes du 4e Régiment se montrent totalement insensibles aux pertes et engagent bientôt un féroce corps à corps avec les Raiders et les Paras-Marines.
Puller : « Je n’ai eu que le temps de lancer une grenade, trois secondes après ils étaient trop près de nous. Un Raider a foutu le camp en hurlant et j’ai vu deux ou trois autres gars reculer. Le sergent s’est collé derrière eux et les a ramenés dans leur trou. Il a dû en traîner un. Mon premier Japonais s’est pointé. Il m’a foncé dessus en me visant avec un fusil aussi grand que lui. Il ne faisait pas le poids contre mon Johnson. Pourvu qu’il ne s’enraye pas, c’est pas le moment. J’en ai eu deux autres. Ils étaient essoufflés par la course. Assez près pour que je voie leurs yeux, enfin pour l’un des deux, l’autre avait déjà perdu des morceaux quand je l’ai regardé. »
22h30 – Les pertes japonaises dans les cent derniers mètres dépassent rapidement les quatre cents hommes, mais cela n’arrête pas les vagues suivantes. Conscient de se faire déborder, Edson ordonne, la mort dans l’âme, un recul progressif couvert par le feu de l’artillerie. Cette décision pourrait tourner à la catastrophe. Si une seule section perd la tête, la retraite deviendra une déroute et les Japonais contrôleront toute une colline dominant directement la piste. Un seul observateur pour régler le feu des pièces de Kawagushi suffirait pour clouer les appareils au sol et sans couverture aérienne, les Marines ne tiendraient pas longtemps. Edson écrira, bien plus tard, qu’il s’était demandé cette nuit là s’il valait mieux lancer de suite une contre-attaque suicidaire ou se faire fusiller par Vandegrift le lendemain matin. Pourtant, ce recul imposé par les événements va constituer l’instant décisif.
Puller : « On n’a pas attendu longtemps quand le lieutenant a gueulé de foutre le camp. On l’a fait comme à l’entraînement : courir, couché, rouler, vider un chargeur pendant que l’autre moitié de la section recule et recommencer. Plus on reculait plus les obus passaient au dessus de notre tête. Comme on ne peut pas faire confiance à ces abrutis d’artilleurs, on a reculé aussi vite que possible avec tout le monde. Enfin, jusqu’à ce que le lieutenant nous dise de nous enterrer de nouveau, sans ça on se serait arrêtés à New York. Dans la troisième section, ils se sont rendu compte trop tard qu’il en manquait deux. Les Japonais, notre artillerie, la leur ou une balle perdue, on n’a jamais su. »
23h00 – Le caporal Flint (détaché du 11e Rgt d’Artillerie comme radio d’une équipe de réglage de tir… dont il est le seul survivant) ordonne à toutes les pièces de concentrer leur feu sur les pentes de la crête que les Marines viennent de céder aux Japonais, mettant ainsi en place un véritable “stonk” (concentration d’artillerie) à l’anglaise. Toute la puissante artillerie des Marines (24 canons de 75 mm, 12 de 105 mm et 12 de 155 mm “empruntés” au 3e Defense Battalion) peut alors s’exprimer sans crainte de tirs fratricides.
23h30 – Les Marines tiennent bon sur la deuxième crête, malgré les pertes. A courte distance, leur puissance de feu infernale refroidit enfin l’ardeur des Japonais, qui se retrouvent, de plus, sous une pluie d’obus. En effet, le caporal Flint (qui sera d’ailleurs nommé sous-lieutenant dès le lendemain) va passer le reste de la nuit à corriger les éléments de tir de main de maître, balayant d’avant en arrière les pentes fumantes de la colline, anéantissant au passage l’état-major du bataillon de tête du 124e Rgt japonais.

Ironbottom Sound – Près de Tulagi, Iishi rôde, recherchant une faille pour attaquer ce qui reste de l’Astoria. Il aperçoit le DDT HMAS Stuart en mission de ravitaillement, mais ne parvient pas à se placer en position de tir. En fait, le Stuart a été ralenti par un problème de machines et son compagnon de voyage, le CL MN Emile Bertin, est déjà en train de décharger sa cargaison à Tulagi. Pendant ce temps, les Thomas et Claxton accomplissent une mission semblable à Red Beach, débarquant leur cargaison sur un essaim de petits bateaux Higgins. Iishi doit se contenter d’éliminer un canot à moteur néo-zélandais et un américain rencontrés dans la Baie.
Les deux camps échangent les habituels raids aériens de harcèlement.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Wootten avance vers l’est à partir de Kokoda. Il progresse sans incident de… trois km sur le tronçon Pirivi-Kobara.
Le major-général Vasey arrive à Port Moresby avec des éléments de la 21e Brigade pour prendre le commandement de la campagne de la Piste de Kokoda. Son premier geste est de se rendre à l’hôpital avec le Brigadier Potts et le major Challen, pour obtenir des informations de première main sur les conditions régnant sur le terrain et sur le comportement de l’ennemi. Quelque peu refroidis après cette visite, les trois officiers prennent la tête de leurs hommes et le 2/14e Bataillon commence à marcher le long de la Piste en partant d’Owen’s Corner.


14 septembre
Bataille de Singapour – IV

Pour aujourd’hui, le plan de Yamashita est simple : lancer une attaque sur tous les fronts, faire craquer les lignes de défense et obtenir rapidement la reddition de Singapour, à l’issue d’un assaut victorieux et non d’un siège où le défenseur ne cèderait que sous l’effet de la famine !
Front est – Les 27e et 56e D.I. japonaises attaquent la 21e D.I. Scottish sans grand résultat. Néanmoins, en fin de journée, des éléments de la 27e D.I. ont pris possession de quelques bâtiments à moins d’un mile du Saint Patrick’s College et sont donc théoriquement entrés dans Singapour.
Front centre – Les 9e et 18e D.I. japonaises attaquent la 9e Division Indienne. Cette dernière est bien en place. Seul fait notable de la journée : la perte de Thomson et de la rive sud du réservoir MacRitchie, enlevés par la 18e D.I. Néanmoins, les pertes indiennes sont minimes et ce recul limité ne se produit que parce que les ordres sont de limiter au maximum la consommation de munitions lors des engagements relativement secondaires.
Front ouest – La 33e D.I. japonaise attaque Bukit Timah, qu’elle finit par emporter en fin de journée, obligeant les éléments de la 11e Division Indienne à se replier au niveau de Holland Road et de Pasir Panjang.
Pendant ce temps, la 5e D.I. japonaise (réduite à moins de la moitié de ses effectifs) enlève la batterie de Buona Vista, mais elle ne s’empare que de canons que les artilleurs ont très efficacement sabotés après avoir tiré leurs derniers obus. Les membres de l’unité d’artillerie de forteresse se replient sur Singapour, où ils rejoindront la “Brigade Western”. Cependant, les restes de la 2e Brigade de Singapour, soit environ un bataillon, sont encerclés dans la “presqu’ile” de Buona Vista. Fidèle à la prudente ligne de conduite de Yamashita (et terriblement échaudée par les précédents combats), la 5e D.I. va s’évertuer à éradiquer cette menace qui n’en est pas une avant de continuer sa marche.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal, 01h00
– Les combats prennent une autre tournure : à plusieurs reprises, les Japonais tentent de s’infiltrer avant d’être découverts par une fusée éclairante bientôt accompagnée d’un barrage plus ou moins bien placé, qui retarde et disperse les assaillants. Edson en profite pour visiter les positions de chaque compagnie et corrige les lignes maintenant disposées en arc autour de la dernière butte.
05h00 – Au matin, la situation est transformée par rapport à la veille : les Japonais contrôlent près des deux tiers de la crête et un seul effort pourrait rejeter les Américains de la dernière butte. Mais, sur la crête, ils s’exposent à découvert ou presque au feu incessant de l’artillerie. Ce qui leur reste de canons est bien incapable de contrebattre efficacement.
Edson reçoit alors l’appel tant redouté de Vandegrift. Celui-ci est enchanté ! Il applaudit le piège magistral mis en place : se replier en ordre sous le feu tout en attirant l’adversaire dans un terrain battu par l’artillerie lui apparaît comme un chef d’œuvre. Edson se voit même promettre « une DSC, voire mieux ». Vandegrift achève en rappelant cependant qu’à présent qu’on a cassé du Japonais, il va vraiment falloir reprendre toute la crête ! Edson promet de faire son possible mais demande des munitions, des blindés et de l’infanterie fraîche.
En face, malgré un courage surhumain, les Japonais constatent bientôt que la position est intenable. Dépourvus de tout matériel acceptable pour se retrancher, ils tentent de s’enterrer avec les moyens du bord. D’heure en heure, les pertes, qui s’ajoutent à celles de la nuit, s’accumulent au point de devenir désastreuses. Les liaisons sont impossibles. Les lignes téléphoniques sont régulièrement hachées et seuls de rares messagers survivent. Il est impossible d’envoyer de l’eau aux deux bataillons de tête, dont les hommes sont bientôt réduits à tenter de filtrer la boue accumulée dans les tranchées capturées.
………
Les pertes de la nuit sont impossibles à dénombrer immédiatement. Nous savons aujourd’hui que les Marines ont perdu une centaine d’hommes, dont cinquante à soixante morts (plusieurs blessés semblent être tombés aux mains des Japonais). Les pertes japonaises sont plus difficiles à estimer. La seule nuit semble leur avoir coûté près de huit cents hommes (morts, blessés ou disparus) !
Devant ce niveau de pertes, Kawagushi sait devoir risquer le tout pour le tout la nuit suivante. D’après le récit de son chef d’état-major, le commandant Otaka, il va hésiter tout la matinée entre deux options : soit contourner le sommet et tenter de percer vers le bas de la crête pour déferler sur les arrières américains, soit s’emparer du sommet et s’y installer solidement pour fermer la piste. Réaliste quand aux possibilités réelles de ses unités harassées, il choisit la deuxième option sans même envisager la troisième possibilité : la retraite.
………
09h00 – Deux compagnies de Paras-Marines tentent de reprendre la position initiale sous le couvert de l’artillerie. Cette contre-attaque s’étiole rapidement. Les Marines ne semblent pas être très chauds pour s’exposer eux-mêmes sur les pentes dénudées alors que les Japonais les tiennent sous un feu impressionnant (quoiqu’imprécis) d’armes légères.
Tout le reste de la journée, les opérations se limitent à des tirs d’armes légères alors que les deux camps tentent de se renforcer. Les Amtraks américains évacuent les blessés et apportent des munitions pendant que deux compagnies du 1er Régiment sont positionnées sur une ligne d’arrêt juste derrière les positions imbriquées des Paras-Marines et des Raiders. Conformément aux ordres, ceux-ci installent sur une ligne toutes leurs armes lourdes. Craignant avant tout une infiltration sur ses arrières, Edson a choisi de revenir à l’ancienne doctrine : la ligne continue. En donnant à ses hommes comme seul ordre de tenir la ligne coûte que coûte, il simplifie le problème : tout ce qui est devant est ennemi et ce qui est derrière ami. En cas de pénétration, les ordres sont de tenir sur place. Les deux compagnies du 1er Marines placées en réserve sont là pour combler une brèche éventuelle. Cette stratégie n’est pas sans risque : si la ligne a une puissance de feu terrifiante, elle n’en reste pas moins fort mince. Une seule pénétration avec quelques armes lourdes suffirait pour prendre en enfilade tout un bataillon. Mais la prise de risque est calculée : sans artillerie pour saturer une zone et faire le trou, les Japonais devront aborder la ligne de face, sans pouvoir déborder les positions.
Kawagushi, de son côté, grâce à des prodiges d’ingéniosité, parvient à renforcer ses positions et à faire glisser un bataillon de plus (sa réserve, le “régiment” du génie) en face des Marines. Globalement, il pourra compter la nuit prochaine sur 3 500 hommes dans ce secteur, contre les 1 200 Marines en ligne. Ces chiffres cachent cependant bien mal les difficultés qui attendent les Japonais, totalement dominés en terme d’artillerie et manquant de munitions.
20h00 – La fin de l’après-midi est marquée par une recrudescence des tirs d’armes légères, plus ou moins bien dirigés vers tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un homme. Seuls les rats, d’immondes mouches noires et la vermine s’activent sur les corps déjà noircis dont les débris épars parsèment les pentes. La puanteur est insoutenable, surtout dans les positions japonaises, qui ne bénéficient pas des entrées d’air marin.
21h00 – Kawagushi donne le signal de l’attaque finale. Il a bien spécifié à chaque commandant de compagnie qu’il est hors de question de se livrer à une charge sabre au clair. Chaque homme doit s’infiltrer silencieusement sous le couvert d’un tir de harcèlement. Une fois la position américaine dépassée, il faut isoler chaque point fort et, en fonction des circonstances, soit écraser la position, soit se contenter de la museler. L’objectif final est le sommet de la crête.
« La suite du compte-rendu japonais de la bataille a été perdue. Selon une lente et patiente reconstruction des événements effectuée après la fin de la guerre, il semble que tout ait bien commencé pour eux : deux postes d’écoute avancés des Marines furent submergés sans un coup de feu. Cependant, sans réponse de ces postes à l’heure prévue, la compagnie C demanda un tir de fusée éclairante. La décision de l’officier américain était pertinente : soit les postes étaient tombés, soit la ligne téléphonique était coupée. Dans le doute, il choisit à bon escient la solution qui n’exposait pas ses hommes. La fusée révéla la présence des premiers éléments japonais.
Plutôt que de se plaquer au sol, les Japonais chargèrent droit devant. Loin d’être absurde, ce choix était probablement le plus adapté aux circonstances. Entre se faire clouer sur place puis refouler par l’artillerie, comme la veille, et tenter de passer, le choix était facile. »
(Extrait de Staff Rides at Guadalcanal, US Army College, CARL Research Library Edition, 1974)

Le récit qui suit est de la bouche de Kiyôtake Kawagushi lui même (extrait de Japanese Monograph 241, Février-Mars 1946). Kawagushi avait commandé la 35e Brigade aux Philippines jusqu’à la chute de Bataan. Il fut à ce titre inculpé en 1946 pour crime de guerre en raison des exactions commises par les troupes sous son commandement. Kawagushi avait pourtant été l’un des seuls officiers japonais à s’exprimer publiquement contre ces crimes en affirmant : « Exécuter de sang-froid des ennemis défaits est une violation des principes même du Bushido ! » Devant ce manque caractérisé de retenue, il devait être par la suite régulièrement envoyé par sa hiérarchie dans les secteurs les plus malsains, tels que Guadalcanal, dont on espérait bien ne pas le voir revenir.
« La nuit tombée, les liaisons radio sont devenues meilleures et j’ai pu entrer en communication avec mes unités et mon échelon de soutien. Celui-ci confirma la mauvaise nouvelle que je redoutais : nos maigres stocks de quinine avaient été incendiés lors du raid américain contre Taivu, qui avait détruit une partie significative de mes approvisionnements quelques jours plus tôt. Mon expérience aux Philippines me fit prendre conscience du danger. Dans moins d’un mois, je pouvais m’attendre à perdre à cause du paludisme entre un et trois pour cent de mes hommes par jour.
Il n’était donc pas question d’attendre de nouveaux renforts. Il fallait vaincre immédiatement. J’ai ordonné que chaque colonne se dirige vers la piste de Tenaru sans prendre garde à ses flancs et que l’artillerie tire sans compter ses munitions (1). Je pensais que les Américains hésiteraient à se déplacer pendant la nuit et je savais que les mouvements de rocade étaient presque impossibles dans la jungle.
Je me suis ensuite rendu au QG du 124e RI pour m’entretenir avec le colonel Oka et me rapprocher de l’action. (...)
Vers 22h00, les premières informations commencèrent à nous parvenir, par coureur, car les lignes téléphoniques étaient encore une fois coupées. Nous apprîmes que la colonne de droite progressait relativement vite (2) alors que les deux autres avaient du mal à avancer. L’ennemi avait visiblement réorganisé ses lignes et toutes les attaques peinaient à déboucher. Nos pièces de 70 mm n’arrivaient pas à éliminer les nids de mitrailleuse, ou plus exactement ne survivaient pas assez longtemps pour cela dans la zone battue par l’artillerie ennemie. Seuls nos mortiers de 50 mm parvenaient à museler la défense, mais au prix d’une telle dépense de munitions qu’ils risquaient de bientôt se retrouver à court d’obus.
Continuer l’attaque dans ces conditions signifiait la destruction à brève échéance de mon commandement. Reculer signifiait sa désagrégation à moyen terme, ce qui était intolérable (3). Je n’ignorais pas non plus que ma brigade représentait l’unique unité capable d’empêcher les Américains de s’emparer de toute l’île (4). Risquer la brigade était légitime si je pensais percer, mais la perdre sans contrepartie signifiait la défaite.
Je décidai donc de changer de stratégie et de nous mettre sur la défensive afin de préserver les plages où devaient arriver des renforts. Pour cela, compte tenu des pertes déjà subies, il me fallait disposer d’au moins trois bataillons. J’ordonnai alors aux deux colonnes de gauche de cesser leurs attaques, mais de maintenir la pression pour faciliter l’infiltration de la colonne de droite. Avec un peu de chance, celle-ci serait capable de détruire les bombardiers et les approvisionnements américains, ce qui nous mettrait sur un pied d’égalité. »

Kawagushi se faisait bien sûr quelques illusions sur le nombre et la situation des Américains.

Iles Salomon – Les quatre navires alliés qui ont ravitaillé Guadalcanal et Tulagi la veille sont aperçus par un H8K au sud de Guadalcanal, alors qu’ils s’éloignent au 150 à 25 nœuds. Douze G4M de Rabaul sont envoyés les attaquer, mais ils arrivent trop tard.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– La 18e Brigade de Wootten entre en contact avec les positions du 144e Rgt japonais à Oivi (2/9e Bataillon) et Paintembare (2/10e Bataillon). Après quelques escarmouches, les Australiens lancent des patrouilles pour situer les défenses japonaises.
Loin à l’arrière, la 21e Brigade a la chance que les 18e et 30e aient dessiné de bonnes cartes des pistes, élaboré des compositions standards des paquetages et des charges et rédigé des notes tactiques et des règles pratiques (telles que « Ne remontez pas vos manches ni vos jambes de pantalon dans les basses terres ! »). La 21e peut ainsi progresser bien plus facilement et ne compte que peu de malades. Les trois bataillons marchent à un jour d’intervalle. La première difficulté majeure survient le deuxième jour de marche, quand ils atteignent les “Golden Stairs” (Escaliers d’Or). Le journal de marche du 2/14e note que : « Les Golden Stairs consistent en marches d’escalier dont la hauteur varie de 10 à 18 pouces [25 à 45 cm]. La contremarche est une petite bûche maintenue par des piquets. Derrière la bûche, la marche est une petite mare d’eau boueuse. Certains piquets ont joué et les bûches sont légèrement inclinées. Tout homme qui s’appuie sur ces bûches glisse et tombe dans la boue avec un grand plouf, en se cognant le plus souvent la tête contre un arbre quelconque et en se heurtant à son propre fusil. Ceux qui n’avaient pas de canne s’en sont vite procuré une, non seulement pour éviter de tomber, mais pour s’aider à franchir les marches, surtout les plus hautes. Après la première douzaine de marches, grimper devient une question d’obstination pour forcer le corps à réussir l’impossible. Le pire est probablement la charge qu’il faut porter, alors que le simple fait de grimper suffirait à fatiguer même un homme légèrement chargé. Les dernières compagnies, pour qui la marche est toujours plus difficile, ont mis douze heures pour faire neuf miles [15 km]. La piste montait de 1 200 pieds sur les trois premiers miles [400 m en 4,8 km], descendait de 1 600 pieds en deux miles [550 m en 3,2 km], puis remontait de 2 000 pieds sur les quatre derniers miles [700 m en 6,4 km]. »
Et ce n’est que le deuxième jour. Il en faut six pour atteindre Myola.


Notes
1 - Il ne lui restait plus à ce moment qu’une quinzaine de tubes au maximum : une demi-douzaine de 75 mm de montagne, quatre ou cinq mortiers de 81 mm et quelques 70 mm d’infanterie.
2 - Elle s’était, par pure chance, infiltrée dans le mince intervalle entre les positions des Raiders et celles du 1er Régiment de Marines.
3 - Le lecteur comprendra que cela aurait aussi signifié une insupportable perte de face.
4 - Il néglige – mais c’est compréhensible – les survivants de l’unité Ichiki.
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MessagePosté le: Lun Mai 20, 2013 15:26    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour

Dans "13 septembre - Campagne du Pacifique Sud-Ouest - Guadalcanal - 12h00"
Je propose remplacer "reconnaissance en force" par "attaque dans la foulée", car l'objectif de cette action ne correspond pas celui d'une "reconnaissance en force" en vocabulaire militaire français ou anglais.
sources:
www.cesat.terre.defense.gouv.fr/content/.../Extrait_du_TTA_106.pdf‎
http://membres.multimania.fr/diablesbleus/cdsi/Title/memanglaisop.pdf

14H00 "inmanquablement" La même tactique"

14 septembre Campagne du Pacifique Sud-Ouest - Guadalcanal - 09h00
"reprendre la position initiale avec l'appui de l’artillerie
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