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Texte intégral, Asie-Pacifique, Août 1942
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Jan 27, 2013 10:59    Sujet du message: Répondre en citant

« La terre est ronde »

Amirauté britannique – Division des Opérations
Section de recherche – Sous-marins – 1946
Opérations lointaines de la Marine Impériale japonaise
L’opération Oni 3


L’attaque japonaise contre le Canal de Panama fut l’une des opérations les plus hardies de la guerre. Elle peut se comparer à l’attaque de Saint-Nazaire (opération Chariot) en termes d’audace pure. Ce fut la seule opération des sous-marins de la Marine Impériale Japonaise ayant eu un réel impact stratégique, car elle dégrada assez sérieusement l’organisation du transport maritime des Alliés. Cependant, cet effet ne se fit sentir que pendant six mois, aussi son impact moral peut-il être considéré comme plus important.

Planification : mars-avril 1942
Le plan initial de cette opération eut pour origine une réunion inhabituelle de l’état-major de la Sixième Flotte en mars 1942, destinée à envisager les moyens de rehausser le prestige des forces sous-marines. On ne peut échapper à un sentiment étrange de flou en examinant ce plan, surtout en se référant aux règles en usage dans la Royal Navy en matière de planification des opérations. En fait, cette opération aux ramifications stratégiques majeures a été planifiée sans implication particulière de l’état-major de la Flotte Combinée, hormis une approbation initiale ! A l’époque, la Royal Navy et l’US Navy furent convaincues que les deux opérations lointaines conduites la même semaine par les sous-marins de la Marine Impériale faisaient partie d’un plan extraordinairement bien orchestré. Dans la réalité, rien n’était coordonné et les équipes de planification des deux opérations étaient indépendantes. La date exacte de l’opération Oni-3 (Panama) avait été laissée à l’appréciation du CV Takamura, commandant de la flottille de sous-marins, qui aurait pu presser l’exécution d’un jour ou deux, ou au contraire la retarder, par exemple pour attendre une météo favorable. Réciproquement, au départ de leurs bases, le plan de route des quatre sous-marins de l’opération Oni-2 (New York et Norfolk) prévoyait qu’ils pourraient attaquer le 25, et le fait que l’attaque se déroula effectivement dans la nuit du 24 au 25 est un hommage aux qualités et à la ponctualité des équipages japonais – mais là encore, le commandement de la flottille aurait pu décider, en fonction de la situation, de suivre une route un peu plus courte ou un peu plus longue, voire d’attendre devant leurs cibles un moment favorable. En théorie, les deux opérations auraient même pu se dérouler en même temps, mais seul un hasard invraisemblable en aurait été responsable, non une planification savante !
Cette imprécision a pour origine la nature semi-féodale des états-majors et des cellules de planification de la Marine Impériale. Les amiraux commandant les Flottes de la Marine Impériale pouvaient monter de leur propre initiative, et à un degré inconcevable aux yeux des Alliés, des opérations d’une certaine ampleur. Il est avéré que le vice-amiral Shimuzu obtint certes l’approbation de l’amiral Yamamoto pour l’opération Oni-3, mais aussi qu’elle ne fut jamais débattue à un niveau plus élevé. Ainsi, une des attaques stratégiques les plus audacieuses de la guerre fut élaborée et mise en œuvre comme une banale opération tactique d’une flottille de sous-marins.
La première version du plan de cette opération, reproduite ci-après, a été retrouvée sur des documents saisis à Singapour lors de sa reconquête. Il est à noter qu’il ne s’agit que d’une ébauche, guère plus élaborée qu’une trame initiale, et de fait, l’action menée finalement en diffère sur de nombreux points, à commencer par la date, mais aucun autre document sur la planification n’a été trouvé jusqu’à présent. L’US Navy a été particulièrement méticuleuse en fouillant les ruines du quartier général de la Sixième Flotte à Saïpan, mais l’état de destruction quasi-complète des lieux n’a malheureusement pas permis d’y trouver la moindre information.

« Opération Oni-3
Le croiseur sous-marin I-10 (de type A1) sera détaché de la 2e escadre de sous-marins. Il prendra le commandement d’un groupe composé, en plus de lui, de cinq croiseurs sous-marins de la 1ère escadre de sous-marins (I-17, 19, 21, 25 et 26, tous de type B1). Le groupe se rassemblera à Kwajalein. Chaque bâtiment emportera dans son hangar à hydravion un canot rapide à deux hélices de 8 m 50. Il emmènera également 14 membres des commandos de la Marine qui auront subi un entraînement spécial dans la démolition par explosifs. Deux des canots ne porteront que 10 hommes, la place libérée étant occupée par des charges de 500 kg d’explosifs.
Les canots seront entièrement préparés et les hommes y monteront à l’intérieur des hangars ; puis les canots seront roulés sur leur berceau jusqu’à la catapulte et désamarrés au moment où les sous-marins plongeront. A 30 nœuds, la durée estimée du trajet jusqu’à la cible est d’environ 20 ou 25 minutes. Les commandos de la Marine seront armés de pistolets-mitrailleurs, grenades et explosifs. Ils seront vêtus de leurs uniformes, teints pour qu’ils ressemblent au maximum à ceux de l’US Army, au moins de nuit. Des inscriptions en anglais figureront sur les canots, qui arboreront le pavillon américain jusqu’au moment de toucher terre. Quelques hommes parlant couramment l’anglais des Etats-Unis feront partie de la force d’attaque, afin de répondre aux interpellations éventuelles de manière suffisamment convaincante.
[Note – Etonnant amateurisme : les Japonais souhaitaient faire passer leurs canots pour des bateaux de pêche ; or les embarcations locales battaient pavillon panaméen et leurs hommes d’équipage parlaient espagnol et peu ou pas l’anglais, une interpellation se serait terminée en catastrophe.]
Ces forces spéciales attaqueront et détruiront les écluses de Miraflores sur le canal de Panama. Il y a quatre écluses (deux paires d’écluses successives placées côte à côte), soit un total de six portes [Note : description succincte et inexacte !]. Les écluses se trouvent à 8 km de l’entrée du canal. L’ensemble du complexe qu’elles forment mesure environ un km de long, et de petits bateaux peuvent débarquer des troupes sur une rive ou l’autre à quelques dizaines de mètres des premières écluses. Les portes de ces écluses mesurent environ deux mètres d’épaisseur. Les deux portes aval peuvent être détruites par des charges lourdes d’explosif amenées par les canots, les quatre autres en faisant sauter leurs gonds avec des charges mises en place par les commandos. Le poids de l’eau fera le reste, y compris vider le lac de Miraflores. Si cette opération réussit, le canal de Panama sera fermé au moins un an.
Deux sous-marins attendront à un point de rendez-vous au large pour récupérer les membres des commandos. Les quatre autres monteront la garde pour intercepter tout bâtiment ennemi se dirigeant vers le point de rendez-vous. Les hommes des forces spéciales qui ne pourraient rejoindre ce point se dirigeront vers les pays neutres voisins, d’où ils pourront rejoindre le Pérou, où réside une importante communauté japonaise. Ils seront ensuite rapatriés par sous-marin.
Aucune activité de nos sous-marins n’a encore eu lieu sur la côte Ouest des Etats-Unis. Aucune autre opération de la Marine Impériale n’aura lieu dans ces eaux avant celle-ci, afin de donner à l’ennemi une fausse impression de sécurité.
[Note – La Sixième Flotte laissa donc la côte Ouest des Etats-Unis tranquille de mars à août 1942, en raison de la préparation de cette opération. Ses attaques les plus à l’est (vu du Japon) furent menées dans le voisinage des îles Hawaï.]
Cette attaque est prévue pour septembre 1942. »
[Note – Quelques indications fragmentaires ont été retrouvées, indiquant que la Marine Impériale chercha, sans y parvenir, des moyens d’attaquer les écluses de Gatun et de vider le lac principal alimentant le canal en eau.]

Préparation : mai-juillet 1942
Durant les mois de mai et juin, la Force de Transport s’entraîna et répéta tous les aspects de l’opération. Quand la préparation de l’opération commença, la Marine Impériale savait que ses codes, y compris les plus secrets, risquaient d’être décryptés par les Alliés. La sécurité autour de l’opération fut donc particulièrement rigoureuse, et peu de personnes à l’extérieur de Kwajalein étaient au courant. La couverture choisie était crédible par sa simplicité et sa vraisemblance : la Marine Impériale allait utiliser des sous-marins équipés de hangars pour servir de bases mobiles à ses forces spéciales dans le cadre de raids contre des installations ennemies dans les îles du Pacifique. Une des conséquences de ces mesures de sécurité draconiennes fut que même pour le Haut Commandement de la Marine Impériale, en dehors de l’amiral Yamamoto lui-même, l’annonce du succès de l’opération fut une énorme surprise.
Obtenir les sous-marins ne posa aucun problème, pas plus que les transformer. Le I-10 fut détaché de la 2e escadre de sous-marins et devint le vaisseau amiral de la Force de Transport, composée en plus de lui de bâtiments de la 1ère escadre de sous-marins, des bâtiments de type B1 : I-17, 19, 21, 25 et 26. Le regroupement eut lieu à Kwajalein début mai 1942. Le I-21 eut des problèmes de purges durant un des premiers essais et plongea de manière incontrôlée au fond du lagon. Bien qu’il n’y ait pas eu de dégâts, le bâtiment aurait été perdu corps et biens par plus grands fonds.
L’une des principales difficultés n’était pas attendue : comment entraîner les membres des commandos à opérer à partir d’un sous-marin ? Cela n’avait jamais été fait et les soldats n’avaient pas la moindre idée sur la façon de se maintenir en bonne condition physique ou même simplement de garder en bon état leur paquetage et leur armement dans les corridors humides et exigus d’un sous-marin. Selon les témoins retrouvés aux Mariannes, le CV Takamura paya de sa personne pour encourager les commandos, heureux de la perspective de donner leur vie, mais peu enthousiastes à l’idée de passer des semaines de croisière dans un sous-marin. Takamura répétait comme un slogan : « Le Canal de Panama est le nombril de l’Amérique, le nombril de la puissance des Etats-Unis ! » [Note – Le mot employé pour “nombril” évoque en japonais le point considéré comme particulièrement vulnérable où s’enfonce la lame lors du suicide rituel, le seppuku.]
Le plan initial prévoyait l’utilisation de canots rapides de 8,50 mètres, à deux hélices, emportant 14 hommes, dans le hangar de chaque sous-marin. Ces canots furent remplacés par la combinaison de deux barques de pêche, une de 9 mètres et une autre de 7,50 mètres, les deux pouvant se loger dans le hangar à hydravions de chaque submersible, la plus petite fixée sur la plus grande pendant le transit. Ces bateaux, construits aux Mariannes, ressemblaient beaucoup à ceux des pêcheurs d’Amérique du Sud. Leur réputation de solidité n’était plus à faire. Ils utilisaient des moteurs hors-bord artisanaux extrêmement courants dans toutes les mers tropicales (où il s’agit en général de vieux moteurs d’automobile ou de camion dont le vilebrequin est prolongé par un axe portant une hélice). Le moteur était fixé à l’arrière du bateau sur un support articulé permettant un débattement suffisant avec l’horizontale. Pour extraire ces bateaux du hangar à hydravion du sous-marin, le plus petit était hissé suffisamment haut, le plus grand mis sur la catapulte, sorti du hangar grâce aux rails de celle-ci et posé sur le pont à bonne distance, puis le processus était repris pour le plus petit. Une fois les commandos à bord, le sous-marin plongeait simplement sous les bateaux.
La possibilité d’embarquer deux bateaux permit d’augmenter sensiblement le nombre de membres des forces spéciales participant à l’opération. La conduite de chaque barque était assurée par quatre hommes, trois matelots et un officier. Chaque sous-marin put ainsi déployer 30 hommes, portant le total des forces de débarquement à 180 soldats (plus 48 marins). La place nécessaire fut trouvée en supprimant les torpilles de recharge et en enlevant tout le matériel destiné à la mise en œuvre de l’hydravion et inutile pour celle des bateaux.
Employer une charge massive de 500 kg pour faire sauter les portes inférieures était une idée simple, mais une charge pareille était difficile à transporter. Dans l’esprit propre aux sports de combat japonais, on décida d’utilisant l’énergie de la masse d’eau contenue dans l’écluse. Il suffisait d’affaiblir les portes et de laisser l’eau faire le travail de destruction en s’écoulant. Mais il y avait deux écluses : l’écluse sud-ouest était destinée en priorité au trafic militaire, l’écluse nord-est était en général empruntée par le trafic civil. Et chaque écluse comportait cinq portes, chacune à deux battants. L’objectif minimal était donc de détruire, ou au moins d’endommager gravement, les portes inférieures et intermédiaires, de bloquer en position ouverte celles donnant sur le lac et de démolir les équipements de contrôle et de commande des écluses.

Approche : 20 juillet-21 août 1942
La Force de Transport quitta Kwajalein le 20 juillet et fit route assez lentement vers sa destination. Elle arriva au large de Panama un mois plus tard sans avoir été détectée, ayant choisi un itinéraire extrêmement peu fréquenté. Le silence radio fut absolu, les commandants des six sous-marins ayant même mis les manipulateurs Morse sous clé. Le quartier général de la Sixième Flotte savait qu’il n’aurait aucune information avant les jours suivant l’attaque.
Un autre dilemme majeur était le choix de l’approche. La route praticable la plus sûre et la moins sujette aux reconnaissances aériennes américaines avait une longueur de 100 milles après avoir passé la Punta Mala, en longeant plus ou moins la côte, mais les fonds étaient relativement peu profonds la plupart du temps le long de cet itinéraire. La solution retenue fut une approche individuelle de la Punta Mala par chaque sous-marin pour l’atterrissage, puis la formation d’un véritable train en surface, les six sous-marins à intervalles d’un kilomètre. On supposa que toute personne rapportant la vision de six grands sous-marins faisant route vers Panama City en surface, à la queue-leu-leu passerait pour ivre ou victime d’hallucinations… A 30 milles de l’objectif, les six sous-marins continueraient, submergés, donc à faible vitesse, de jour, puis en surface, de nuit, groupés, pour atteindre en temps et heure la position d’attaque, choisie au large d’un endroit inhabité de la côte. Trois sous-marins récupéreraient les membres des commandos, les autres cherchant à attirer l’attention loin du point de rendez-vous. Après l’attaque, un grand nombre de faux périscopes devaient être disséminés pour tromper l’ennemi. Un mécanisme simple leur permettait d’émerger doucement, de rester un quart d’heure en surface, puis de disparaître pendant 50 minutes, le processus se répétant en théorie pendant 24 heures avant qu’ils ne coulent définitivement ; un chiffon blanc simulant une “plume” y était même attaché pour donner une impression de mouvement. Malgré toutes ces précautions, des pertes importantes étaient attendues.
L’approche du “train de sous-marins” dans la nuit du 21 au 22 août fut probablement observée par un bon nombre de petites embarcations, et sans doute même par un cargo brillamment éclairé, présumé neutre. Toutefois, aucune alarme ne fut donnée et les sous-marins plongèrent tranquillement aux petites heures du 22 août 1942. Le mois d’août se situant en pleine saison des pluies (de mai à novembre), la visibilité était mauvaise dans pratiquement tout le golfe de Panama, avec des grains fréquents, d’épais nuages et de nombreux orages. Il est tout à fait possible que les sous-marins de la Marine Impériale n’aient pu être identifiés clairement par quiconque. Leurs équipages furent contents de constater que beaucoup de petits bateaux de pêche naviguaient dans les parages, portant de surcroît de nombreux fanaux. L’usage de lampes à acétylène destinées à attirer les poissons et les calmars était généralisé ; c’était prévu et des lampes de ce type avaient été emportées pour les bateaux destinés à débarquer les commandos.

En vue de l’objectif : 22 août 1942
Les sous-marins firent surface le 22, à la nuit faite, toujours par une visibilité limitée avec un plafond bas et des averses. Le vent ne soufflait qu’à six nœuds. Chaque sous-marin fit sortir ses deux bateaux comme à l’exercice. Les membres des commandos montèrent à bord, les moteurs furent mis en route, et les sous-marins plongèrent lentement. Les quatre “marins-pêcheurs” de chaque bateau étaient restés debout sur le pont du sous-marin pour empêcher leurs embarcations de cogner contre les rails de la catapulte pendant le début de la plongée. Dès que les bateaux furent à flot, ils s’y hissèrent. La flottille se mit en ordre de marche et profita d’un petit grain de pluie pour progresser rapidement le long de la côte en direction du canal. Le littoral était normalement éclairé, mais les feux des balises étaient masqués.
Des troupes américaines très importantes étaient présentes dans la zone du Canal (près de 42 000 hommes), mais, les mois passant, il semblait que la Marine Impériale n’eût pas la moindre intention de s’en approcher. La discipline rigoureuse et la vigilance des premiers jours de la guerre avaient inévitablement fait place à une attitude plus relâchée, se rapprochant de la routine du temps de paix. De plus, la principale menace attendue était une attaque aérienne lancée depuis des porte-avions, précédant éventuellement un débarquement en force. La chaîne de commandement était efficace, mais focalisée sur ce type de menaces. Un important réseau d’alerte radar anti-aérien avait été construit, des patrouilles aériennes organisées dans le golfe de Panama et des chasseurs basés sur des aérodromes récemment construits. De puissantes batteries côtières avaient été installées, mais si leurs canons lourds étaient en alerte toutes les nuits, les postes de DCA de petit calibre ne l’étaient pas, leurs servants n’étant présents que de jour. L’US Navy disposait à Panama de vieux sous-marins (classe S) pour la défense côtière (du côté Atlantique, quelques bâtiments anciens de la Marine Nationale française étaient utilisés pour l’entraînement à la lutte anti-sous-marine). Enfin, les patrouilles maritimes dans le golfe étaient constantes, assurées par les destroyers du 15e District Naval, renforcés par de plus petits bâtiments. Une douzaine de patrouilleurs et de dragueurs de mines assuraient la surveillance du secteur. Deux d’entre eux, le dragueur de mines Catbird (AMS-68, 350 tonnes, un chalutier reconverti) et le dragueur de mines côtier Magpie (AMS-2, également un chalutier reconverti), étaient en mer la nuit du 22 au 23 août 1942.
Chaque navire traversant le Canal embarquait obligatoirement un peloton de gardes armés, prêts à intervenir en cas de manœuvres ou de comportements inattendus, comme le largage d’une bombe à retardement ou d’une mine pendant la traversée des écluses. Ces dernières étaient surveillées par des patrouilles destinées à prévenir tout risque de sabotage par des petits groupes d’individus. L’ensemble des forces gardant les écluses était de l’ordre de plusieurs sections d’infanterie, mais il n’y avait pas de postes de défense fixes occupés en permanence ni de retranchements organisés. Des réseaux de barbelés avaient été mis en place et des tranchées creusées dans le terrain boueux, mais la pluie rendait celles-ci difficiles à utiliser et elles étaient en train d’être remplacées par des abris bétonnés, davantage à vocation anti-aérienne. Ce soir-là, la plupart d’entre elles étaient partiellement ou totalement inondées, la pluie ayant été particulièrement abondante le jour précédent.
Les dispositions américaines étaient très bien connues des Japonais. Les premières mesures de protection avaient été prises longtemps avant la guerre, et progressivement renforcées au fur et à mesure que la tension avec le Japon montait. Des officiers du renseignement naval nippon, mêlés aux équipages des navires de commerce transitant par le Canal, avaient pu les observer à loisir. Après le début de la guerre, des informations transitant par l’ambassade du Japon au Pérou avaient encore été fournies par des marins japonais servant sous de fausses identités sur des navires neutres. Mais la principale source d’information était représentée par les rapports hebdomadaires envoyés par l’espion Akiyama et transitant par des ambassades neutres (l’ambassade d’Espagne jusqu’en octobre 1942). C’est sur la base de ces renseignements qu’avaient été choisis la route d’approche et le point de débarquement. Akiyama donnait également des éléments très précis sur la situation des la plupart des postes de défense, ainsi que sur les habitudes des patrouilles navales.
Le principal problème était représenté par les 8 km d’eau à franchir de l’entrée du Canal aux écluses de Miraflores. Le Canal ne faisait que 300 mètres de large au plus et ses rives étaient semées de batteries d’artillerie et de positions de projecteurs (de DCA, mais aussi destinés à éclairer le Canal), qui avaient une vue directe sur l’étroit passage. Echapper au repérage était évidemment impossible. La seule solution était de se faire passer pour des bateaux de pêche panaméens, nombreux à braver les interdictions américaines pour pêcher dans des eaux rendues poissonneuses par l’abondance des déchets organiques rejetés par les navires qui passaient là (en juillet, une cinquantaine de violations nocturnes de la zone interdite avaient été relevées). C’est pourquoi six des douze barques japonaises allumèrent leurs feux avant d’arriver en vue des approches du canal. Elles avancèrent à allure réduite, les membres des commandos dissimulés sous des bâches, elles-mêmes camouflées par des filets. Ce fut un trajet long et inconfortable, mais il se fit au milieu de groupes d’autres embarcations, tout aussi éclairées.

Attaque : 23 août 1942
A 00h30 le 23 août, la flottille entra dans le premier segment du canal, avant les écluses de Miraflores. Il restait en théorie 30 minutes de parcours à vitesse modérée.
A ce moment, la chance, qui avait déjà bien servi les Japonais, aurait pu les abandonner : les bateaux furent repérés par les hydrophones du champ de mines installé au sud de l’entrée du Canal. Cependant, comme le savaient les Japonais, les signaux de ces hydrophones étaient en général négligés. La réaction des opérateurs des hydrophones, devant des bruits d’hélices évoquant des bateaux de pêche, était en général de conclure qu’il s’agissait encore de bateaux de pêche indisciplinés. Ce fut le cas ce soir-là et les mines ne furent pas déclenchées.
Les deux premiers bateaux accostèrent à 01h50 sur une petite plage en aval des écluses, sur la rive est. Les commandos débarquèrent rapidement, vêtus d’uniforme en soie mate, gris foncé. Les uns avaient pour mission de tuer les gardes avec des armes munies de silencieux. Ils étaient accompagnés de spécialistes chargés de leur frayer un passage à travers des réseaux de barbelés ou autres obstacles. Les premiers gardes furent pris par surprise, là où ils cherchaient à s’abriter de la pluie diluvienne. Leur tour de garde ayant commencé à minuit, les camions qui les avaient amenés étaient repartis depuis longtemps.
Néanmoins, si la surprise permit aux attaquants de poser leurs charges sur les portes aval des deux écluses et sur la porte suivante de l’écluse est, elle ne pouvait pas durer éternellement. Les Américains réagirent d’abord, on s’en doute, dans la plus grande confusion. L’un des postes de garde succomba après avoir informé le poste de commandement qu’il était attaqué par des soldats allemands ! Mais l’alerte était donnée. Dès que leur présence fut visiblement signalée, les Japonais se mirent à tirer au mortier léger sur les emplacements des concentrations de troupes américaines (localisés grâce aux rapports d’Akiyama). Ils se mirent également à ouvrir le feu sur tout ce qui se présentait, détruisant des “mules” (les petites locomotives électriques qui halent les navires dans l’écluse) et incendiant les bâtiments administratifs et la tour de contrôle des écluses.
Du côté ouest (le côté militaire), les deux portes aval (quatre battants) purent être détruites, mais les Japonais remontant l’écluse arrivèrent ensuite dans une zone battue par deux postes de mitrailleuses de DCA (un poste de .30 et un de .50). Ces deux postes avaient été mis en place à cet endroit à l’insu d’Akiyama en même temps qu’une unité de ballons de barrage qui, elle, avait été bien signalée… Or, la zone était dépourvue de tout bâtiment pouvant servir de couvert et représentait un champ de tir parfait pour des mitrailleurs à présent bien réveillés ! Les Japonais n’avaient aucune chance de passer, bien qu’une vingtaine d’hommes se soient sacrifiés vainement à cet endroit.
Du côté est, les attaquants parvinrent à détruire ou à endommager irrémédiablement sept des dix battants de porte d’écluse, dont les deux de la porte amont. Ces destructions auraient dû suffire à détruire totalement l’écluse, voire à vider le lac de Miraflores, et c’est bien ce qu’espéraient les commandos en décrochant. La porte amont était très abîmée et ce qui en restait était bloqué en position ouverte, les gonds tordus. Les portes intermédiaires étaient assez affaiblies pour que la poussée de l’énorme masse d’eau finisse par les arracher et vienne défoncer les portes aval, déjà très endommagées. Mais les Américains avaient prévu une dernière mesure de sécurité : la ruée de l’eau dans l’écluse provoqua la sortie automatique d’un barrage d’urgence si secret que même l’omniscient Akiyama n’en avait pas entendu parler. L’écoulement de l’eau fut réduit de 90% et ce qui restait des portes intermédiaires tint bon. Le niveau du lac ne devait pas varier de façon significative avant les réparations.
Lorsque les Japonais commencèrent à décrocher, ils étaient pourtant sûrs d’avoir réussi leur mission bien plus qu’à moitié : une écluse très endommagée, l’autre détruite et le lac de Miraflores en train de se vider… Ils avaient déjà payé un prix sanglant pour cet exploit. Sur les 180 soldats japonais engagés, une trentaine avaient été tués. Trente autres, chargés de couvrir l’opération au nord des écluses, ne reçurent pas le signal de rappel à temps et furent pris au piège. Vingt-deux se battirent jusqu’au dernier souffle, puisqu’il fallut quatre jours à la garnison américaine pour en venir à bout. Aucun prisonnier ne put être fait, les membres des forces spéciales japonaises, tous fanatisés, préférant combattre jusqu’à la mort, même sans espoir. Les huit derniers réussirent à s’enfuir vers le sud à bord d’un bateau de pêche volé et parvinrent au Pérou, où ils furent internés par le gouvernement péruvien sous la pression des Etats-Unis. Deux d’entre eux parvinrent néanmoins à s’évader et à rejoindre le Japon.
Les 120 soldats restants, dont une vingtaine de blessés, parvinrent à rejoindre les bateaux. Mais si le point de débarquement était judicieux pour l’attaque, il l’était beaucoup moins pour la retraite. Si les postes de tir américains sur les bords du canal avaient été correctement informés de ce qui se passait, aucun bateau n’aurait pu s’enfuir. Mais dans la confusion, l’obscurité et sous une pluie toujours obstinée, la réaction américaine fut erratique, au mieux. Huit des douze embarcations réussirent à passer, les quatre autres succombant sous des tirs de tous calibres qui balayèrent aussi plusieurs petites bateaux de pêche panaméens, bien durement punis d’avoir voulu faire la mauvaise nuit une pêche miraculeuse…
Le repli en mer fut un peu plus facile. A 03h30, les I-19, I-21 et I-25 ouvrirent le feu sur Panama City avec leurs pièces de 140 mm, ce qui aggrava la panique régnant chez les défenseurs. Le tir japonais était imprécis et ne causa que des dommages insignifiants, mais déclencha un feu nourri de la part des batteries côtières et de la DCA, dont les postes avaient été activés peu de temps après les premières explosions. Les canons anti-aériens embrasèrent le ciel en pure perte pour arrêter une attaque aérienne que l’on croyait imminente, pendant que les batteries côtières (y compris les énormes pièces de 16 pouces) cherchaient vainement à atteindre les sous-marins, qui se mettaient à l’abri en plongeant. L’infortuné dragueur de mines Catbird, ayant aperçu un des sous-marins en train de tirer, chercha à le rattraper. Mais il fut pris dans un faisceau de projecteurs et coulé par les tirs de l’artillerie côtière, alors que le sous-marin poursuivi venait de plonger. Deux bateaux de pêche furent eux aussi coulés par erreur. La diversion porta ses fruits, puisque personne ne s’intéressa aux I-10, I-17 et I-26 qui venaient récupérer les embarcations des commandos, dans la direction opposée. Au total, sur 228 hommes (180 soldats et 48 marins), 113 furent récupérés.
Les submersibles filèrent en plongée vers la haute mer. Une fois hors de portée des projecteurs, ils firent surface, pour s’échapper à pleine puissance jusqu’au lever du jour, en larguant des faux périscopes au passage. Certains de ces leurres firent l’objet d’attaques à la bombe des avions envoyés à la recherche des sous-marins, mais la plupart disparurent d’eux mêmes bien plus tôt que prévu.

Conséquences : 24 août 1942-février 1943
L’impact de cette attaque fut immédiat – mais bien moins considérable que les Japonais ne l’avaient espéré. L’importance de la route passant par la Méditerranée et Suez crût instantanément. Un nombre important de navires durent être consacrés aux seules communications entre la côte Ouest et le front du Pacifique, et les Etats-Unis lancèrent des travaux importants pour augmenter leur capacité ferroviaire est-ouest, travaux dont les conséquences marquèrent durablement l’organisation des transports intérieurs américains.
Les premières estimations effectuées par les Japonais des dommages infligés prévoyaient que le Canal devrait rester fermé pendant deux ans pour reconstruire les écluses de Miraflores. La partie critique du chantier était la reconstruction des portes, qui demandait en théorie une année entière, plus deux mois pour leur livraison et mise en place et autant pour les ajustements et la mise au point. Mais les Japonais ignoraient que des portes de rechange et toutes sortes de pièces avaient déjà été fabriquées et étaient stockées sur place ! De plus, nous l’avons vu, le lac de Miraflores ne s’était pas vidé.
En fait, six semaines à peine après l’attaque, le canal était remis en service à 50 % de sa capacité. Et en février 1943, la remise en état était complète ! Les capacités du canal allaient même devenir supérieures à ce qu’elles étaient au départ. En effet, la décision de construire deux cuirassés de la classe Montana ayant été prise entre-temps, l’achèvement d’une troisième écluse, dimensionnée pour convenir à ces monstres, avait été hâté. Cette écluse serait prête au printemps 1944.
………
L’effet de l’opération Oni-3 sur les opérations dans le Pacifique fut donc relativement limité. Néanmoins, l’attaque de Panama (suivie, qui plus est, de celle qui frappa les ports de la côte est des Etats-Unis) provoqua beaucoup d’inquiétude dans le camp allié et entraîna la mobilisation sur place d’une grande quantité de ressources défensives en tout genre. Mais quel qu’ait pu être son impact réel sur les capacités alliées, il faut se souvenir de ce que déclarait le Président Roosevelt en annonçant au peuple américain la mise hors service provisoire du canal : « Les Japonais semblent avoir oublié une chose : si les navires que nous fabriquons dans nos ports de la Côte Est ne peuvent passer par le Canal, cela ne les empêchera pas d’aller les attaquer, car la Terre est ronde… »
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2013 15:15    Sujet du message: Répondre en citant

25 août
New York attaqué par les Japonais !

Côte Est des Etats-Uni
s – Quatre croiseurs sous-marins japonais lâchent leurs sous-marins de poche devant New York et Norfolk : c’est l’opération Oni 2 (voir appendice 5). Ce coup d’éclat se traduit, pour l’essentiel, par la mise hors service pour un an d’un grand transport de troupes transatlantique, le West Point, et par la mise hors de combat pour plusieurs mois d’un cuirassé tout neuf, l’Alabama (classe South Dakota), qui ne rejoindra le Pacifique qu’en février 1943.
Venant après l’attaque du canal de Panama, l’affaire est cependant un coup sévère pour le prestige américain. Le scandale est immense aux Etats-Unis, bien que les responsables soulignent avec raison que le renforcement des procédures de sécurité après l’affaire de Panama a permis d’intercepter deux des quatre sous-marins de poche japonais avant qu’ils ne puissent atteindre une cible intéressante.

Bataille de Singapour – IV
Ile de Tekong
– La première vague japonaise débarque à l’aube, malgré des conditions météorologiques peu favorables, mais la brume protège un peu les attaquants des tirs adverses. Si les 1 500 mètres séparant Tekong du continent permettent des coups heureux pour les hommes de la 1ère Singapore Brigade, coulant quelques-uns des fragiles bateaux de l’hétéroclite flottille (jonques et autres), assez rapidement, les premiers éléments de la 56e DI japonaise s’emparent de la plage, permettant aux vagues suivantes de débarquer sans grand dommage.
Les premiers Japonais qui s’enfoncent dans la jungle tombent dans des embuscades, mais peu à peu, la supériorité des attaquants en nombre et en entraînement se fait sentir. Dans l’après-midi, une ligne de front apparaît le long du bras d’eau qui coupe l’île d’est en ouest, au sud duquel la plupart des défenseurs se sont retranchés. Pendant ce temps, les batteries Tekong et Sphynx se font plaisir en vidant leurs stocks de munitions sur Pulau Ubin. Au crépuscule, le bras d’eau qui coupe l’île de Tekong est franchi en de nombreux points. Dans le secteur nord, une cinquantaine d’hommes s’accrochent dans une poche autour du réservoir d’eau potable. Ce n’est qu’au milieu de la nuit que les Japonais finissent par disperser les derniers défenseurs, pour découvrir qu’une vingtaine de cadavres, tous japonais, baignent dedans depuis plusieurs heures, rendant impropre à la consommation l’importante réserve d’eau.
Le nettoyage du secteur – où il reste encore des dizaines d’hommes de la 1ère Singapore Brigade – va atteindre des sommets de barbarie. Les histoires les plus abominables qui circulent aujourd’hui sont malheureusement proches de la vérité. Encore de nos jours, Tekong est considéré par la population locale comme un lieu hanté de fantômes vengeurs, et chacun sait qu’il n’est recommandé à personne, et surtout à aucun Japonais, d’y passer la nuit dans la jungle.
………
Pulau Ubin – La Division de la Garde tente de s’organiser pour un prochain débarquement sur l’ile de Singapour, malgré les salves des batteries de Tekong. Yamashita le leur a promis et malgré les pertes subies, nul ne se préoccupe du fait qu’il s’agit peut-être d’un cadeau empoisonné.
………
Singapour – A l’est de la Jetée, la 27e Division japonaise grignote un peu de terrain, limitant les accrochages avec la 25e D.I. Western, qui consolide ses retranchements.
Sur le front ouest, les activités au sol connaissent une trêve relative. Ce n’est que dans le secteur sud que les Japonais sont à l’offensive, car Yamashita lance les troupes fraîches de sa 5e DI contre la 11e Division Indienne, déjà fatiguée par ses précédents affrontements contre la 33e DI. L’intervention de l’artillerie britannique et des blindés australiens permet de rétablir la situation un moment compromise, mais l’aviation japonaise profite de ces combats pour tenter de détruire ces canons et ces chars, qui représentent pour Yamashita le principal danger pour ses troupes lors de leur prochaine offensive, qui doit coïncider avec le débarquement prévu dans le secteur de Changi.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Les Marines poursuivent le harcèlement des positions japonaises. Leurs patrouilles sont à présent soutenues par de petits groupes de Dauntless, qui s’en prennent aux positions du 28e Régiment, sur le front de la Matanikau.

Tulagi – Les USS Colhoun et HMAS Stuart apportent respectivement 60 et 75 tonnes de ravitaillement, que des Higgins boats et d’autres embarcations transportent vers Red Beach.

Brisbane – L’amiral Crace décide de former en Mer de Corail une nouvelle escadre de croiseurs et destroyers. Elle ne comprend d’abord que le CL HMNZS Achilles et le DD HMAS Arunta. Les seuls autres vaisseaux disponibles dans la région sont les DD HMS Paladin et Penn, qui arriveront mi-septembre. Les quatre DD de classe “N” prêtés à la RAN, libérés de leurs obligations méditerranéennes, devraient être à Port-Moresby fin septembre. Il est également décidé d’armer pour l’Australie quatre destroyers de classe Q (les Quadrant, Quality, Queensborough et Quickmatch), qui doivent être tropicalisés (par exemple, équipés de dispositifs de climatisation supplémentaires). Mais auparavant, ces navires ont encore quelques missions à assurer dans les eaux froides de la Manche…
Pendant ce temps, les ouvriers de Cockatoo Dockyard ont été informés du caractère désespéré de la situation, ce qui accélère beaucoup les travaux sur les deux grands DD de classe Tribal construits par leur chantier naval, les Kurnai et Chimbu (baptisés d’après des groupes de tribus des Hautes-Terres de Nouvelle-Guinée). De plus, deux vieux chasseurs de sous-marins de classe V sont réarmés pour servir de canonnières.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie
(opération Oni, phase 3e) – Depuis plus de trois semaines, l’I-58 navigue dans le mauvais temps et n’a rien aperçu d’autre qu’un navire non identifié que ses torpilles ont raté, le 12 août.
Le 25, peu après minuit, l’I-58 repère ce que ses officiers prennent d’abord pour un convoi côtier au large de Gabo Island. Le temps est médiocre, avec des nuages bas et de nombreux grains.
00h45 – Le sous-marin, en surface, tente de se porter sur l’avant du convoi, mais il a du mal à creuser un écart satisfaisant. Son commandant comprend que, quelle que soit la nature du convoi, ce sont des navires très rapides.
01h15 – Les navires sont identifiés comme trois grands et rapides paquebots escortés par des destroyers et des croiseurs. En fait, ce sont les paquebots Orcades, Orion et Strathallan, capables de donner 20 nœuds, escortés par les croiseurs HMS Bermuda (dont cette escorte est la première mission) et Arethusa (qui, une fois n’est pas coutume, accomplit la mission de protection de la navigation commerciale pour laquelle sa classe a été conçue), ainsi que par les DD HMAS Napier et Nizam (retour de Méditerranée) et les DE USS Abbott et Cowell. Les trois paquebots emportent près de 15 000 hommes de troupes de l’Empire britannique, dont plusieurs milliers de soldats australiens revenant d’Europe.
01h20 – En surface, dissimulé par le mauvais temps qui réduit les performances des radars britanniques, l’I-58 tire huit torpilles à plus de 5 000 mètres. Deux d’entre elles touchent l’Orcades (Orient Lines, 23 456 GRT), qui stoppe immédiatement. L’équipage du sous-marin annoncera avoir coulé « en quelques instants » un paquebot de 15 000 GRT.
En réalité, l’Orcades est toujours à flot, mais mortellement blessé. Pendant que les deux autres paquebots sont escortés par les DE dans Twofold Bay, les DD tentent de retrouver le coupable, mais en sont pour leurs frais – dans l’obscurité, personne n’a vu venir les torpilles et ils ne savent pas où chercher. Plus important, malgré l’état de la mer, les deux croiseurs s’approchent de l’Orcades et réussissent à embarquer 4 950 des hommes qui se trouvent à bord ; seuls onze hommes seront perdus avec le bateau.
03h20 – Le paquebot finit par sombrer, à 3 milles de la côte. Peu après, l’I-58 rompt le silence radio pour rapporter son attaque et la présence du convoi. Ainsi alerté, l’I-57 commence à se diriger vers le sud, à la rencontre des navires alliés.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.


26 août
Bataille de Singapour – IV
Ile de Tekong
– Des éléments de la 56e Division d’Infanterie japonaise occupent rapidement l’île de Petite Tekong, où ne se trouvent qu’une dizaine d’hommes qui se sont enfuis de Tekong. Sur Tekong même, les combats se font plus intenses, car les Japonais se lancent à l’assaut des batteries Tekong et Sphynx, dont les Britanniques ont consciencieusement saboté les canons après tiré leurs derniers obus sur Pulau Ubin. Les derniers combats durent jusqu’à la tombée de la nuit, permettant ensuite à un certain nombre d’artilleurs de s’enfuir vers Singapour.
………
Pulau Ubin – La Division de la Garde profite de son premier jour de vrai repos. Le général Takuma Nishimura en profite aller voir le général Yamashita pour précise quelques détails du prochain débarquement sur Singapour.
………
Singapour – Le front est agité d’une forte activité de patrouilles, tandis que les avions d’appui au sol japonais continuent de pourchasser les blindés et les canons du Commonwealth.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Mer de Corail
– Dès son arrivée à Port Moresby, le DD HMAS Arunta reçoit l’ordre de rejoindre Nouméa. En route, il doit retrouver les DD HrMs Witte de With et Van Nes. Les trois navires se connaissent bien, ayant travaillé ensemble pour escorter des convois entre Brisbane et Port Moresby.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Dans une manifestation de bon sens pas si fréquente dans une armée, quelle qu’elle soit, l’état-major australien décide de confier le commandement de la défense de Bulldog au capitaine Minchin, du fait qu’il en sait plus que quiconque sur l’ennemi et le pays. En face, comme Minchin le pense, les Japonais, qui sont environ 200 (contre peut-être 120 combattants australiens), sont à court de ravitaillement, épuisés et malades.
Ce sont pourtant ces presque agonisants qui attaquent. Leurs premières reconnaissances frontales se heurtent à des feux croisés de mitrailleuses et à deux contre-attaques décidées. Cette réponse énergique déconcerte les Japonais, qui décident de prendre une journée pour souffler et se réorganiser.

Piste de Kokoda – Après avoir regroupé et réparti les hommes entre les unités, après leur avoir donné une demi-journée de repos et un repas chaud (le premier depuis longtemps pour la plupart d’entre eux), l’avance reprend. Les Japonais se replient vite, laissant derrière eux des cadavres mais guère plus.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie, 13h00
(opération Oni, phase 3e) – L’I-57 aperçoit le convoi de troupes au nord de Wollongong, mais si celui-ci vient plus ou moins dans sa direction, il est couvert par plusieurs avions qui obligent le sous-marin à plonger bien avant d’avoir atteint une position d’interception optimale. Son commandant n’hésite pas à prendre des risques et réussit à s’approcher en plongée à environ 8 500 mètres. Il se trouve sous un angle défavorable, mais décide néanmoins d’attaquer en raison de la grande valeur de l’objectif.
13h50 – L’I-57 tire huit torpilles Type 89 réglées à 35 nœuds (pour une portée maximale de 10 000 mètres), visant le croiseur HMS Bermuda. Les vigies du croiseur aperçoivent les sillages et le Bermuda abat brutalement sur tribord, tout en lançant un message d’alerte. L’une des torpilles expose dans le sillage du croiseur ; le choc provoque une légère voie d’eau et déforme une hélice, entraînant des vibrations de l’arbre qui limitent la vitesse du bâtiment à 22 nœuds. Le reste de la salve est évitée.
L’I-57 a observé la gerbe d’eau soulevée par l’explosion et l’équipage est persuadé d’avoir touché le croiseur. Il lui faut maintenant s’enfuir, mais en plein jour, sous un ciel parcouru d’avions, il ne peut espérer le faire qu’en plongée, à 8 nœuds et avec des batteries déjà fatiguées par une longue approche. Or, les DD Napier et Nizam sont déjà en train de foncer dans la direction d’où sont venues les torpilles. Ils ont été mortifiés par la destruction impunie de l’un des paquebots confiés à leur garde et, avec l’aide de plusieurs avions, ces vétérans de la lutte ASM en Méditerranée vont s’acharner toute la fin de journée et une grande partie de la nuit.
03h05, le 27 - A bout de batteries, l'I-57 fait surface, espérant profiter de l’obscurité et du mauvais temps pour se dégager, mais cette fois les radars des destroyers le dépistent et c’est l’hallali. Canonné, le sous-marin tente de replonger, mais il est exécuté par une salve de grenades du Napier alors qu’il est à faible profondeur. Il émerge une dernière fois quelques instants avant de sombrer. Les Australiens retrouveront deux survivants, dont un officier.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

La guerre sino-japonaise
Elimination d’une nuisance
Shanxi (Chine)
– De multiples reconnaissances ont permis à l’Armée Impériale de localiser la plupart des onze aérodromes alliés de la région de Yan’an. Une véritable offensive aérienne mobilisant d’importants moyens a été déclenchée, avec des centaines de sorties et une débauche de bombes qui pèsera bientôt sur les capacités offensives japonaises. Cependant, ces bombes n’ont pas été dépensées en vain.
Les premiers jours, les attaques des Ki-45 Toryu ont permis de reconnaître les aérodromes principaux. Puis, les bombardiers Donryu ont effectué de nombreuses missions, détruisant notamment des réserves de carburant sur les terrains Y-2 et Y-4.
Le plus grand succès est remporté le 26 : 6 B-26, 3 P-38, 4 B-17F et 3 CB-17 de transport de carburant sont détruits au sol par une série de bombardements. La réaction de la chasse américaine coûte aux Japonais 7 Ki-49 Donryu, 3 Ki-45 Toryu, 8 Ki-43 Hayabusa et 2 Ki-44 Shoki en échange de 12 P-40 et 2 P-38, mais les actions de la CATF dans la région resteront le plus souvent limitées à des reconnaissances et à du harcèlement durant les mois suivants.


27 août
Bataille de Singapour – IV
Tekong, Pulau Ubin
– Sur Tekong, les derniers survivants de la 1ère Singapore Brigade sur l’île sont éliminés – les Japonais ne font pratiquement pas de prisonniers.
Sur les deux îles, les Japonais passent le reste de la journée à se réorganiser et à préparer le débarquement prochain à Changi. Les généraux Masao Watanabe et Takuma Nishimura ont reçu leurs ordres : ils doivent lancer leurs hommes sur Singapour le surlendemain.
………
Singapour – L’état-major du Commonwealth achève le déploiement dans le secteur de Changi des deux Brigades de Volontaires Chinois. Ces deux brigades ont été renforcées par les survivants de la 1ère Singapore Brigade (pour la plupart d’ascendance chinoise) et surtout par les compagnies de la Dalforce, qui leur serviront de réserve.
Comme les deux brigades, les hommes de la Dalforce ont été répartis en pro-kuomintang (1ère Brigade) et pro-communistes (2e Brigade). Les Britanniques ont mis quelque temps avant de s’apercevoir que cette répartition était nécessaire pour obtenir des unités capables de combattre de façon organisée. Finalement, les deux brigades ont été entraînées séparément pour éviter les différends politiques.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Les APD USS McKean et Gregory effectuent une mission de ravitaillement et déchargent le matériel transporté à Red Beach.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les Japonais lancent leur habituelle manœuvre d’enveloppement, mais ils se heurtent à des Australiens qui se sont eux-mêmes installés la veille au soir sur les flancs japonais. Désorientés, les Japonais vont devoir nettoyer leurs flancs pendant trois jours, qui verront de féroces combats par petits groupes de deux ou trois hommes. Soudain, ils se retrouvent sur la défensive, juste ce que souhaitait Minchin.

Piste de Kokoda – Alola est atteint après treize km de piste éreintants. A cet endroit, la piste de Kokoda se divise en deux : la branche nord-ouest se dirige vers Isurava, Deniki et Kokoda, la branche nord-est vers Fila et Kobara ; Kokoda et Kobara sont reliés par une piste qui part ensuite vers l’est, Oivi et Wairopi. La RAAF bombarde Wairopi, point clé de la ligne de ravitaillement japonaise, où elle détruit les ponts presque aussi vite que les Japonais les construisent. Il semble que les renforts ennemis ne dépassent pas Oivi. Mais avant ce point, il faut encore s’emparer de Kokoda.
Wootten envoie le 2/10e, précédant le 2/12e, encore épuisé, vers le nord-ouest. Les hommes traversent Isurava et atteignent Deniki au crépuscule. Le 2/9e – à peine reposé – marche vers le nord-est et atteint Fila à peu près en même temps. Pendant la nuit, la piste reliant Deniki et Fila est reconnue et les communications établies entre les deux forces. Kokoda est mûre.

Milne Bay – Les Japonais achèvent de réparer le terrain de Gurney et les quelques routes du secteur, sur lesquelles ils font rouler des véhicules capturés, qu’ils ont dû aussi réparer, la plupart ayant été plus ou moins sabotés. Le débarquement de leurs approvisionnements est maintenant à peu près terminé, malgré les attaques aériennes de la RAAF, dont les Boomerang ont détruits plusieurs dépôts et coulé deux petits transports (d’anciens bateaux de pêche de 200 tonnes), au prix de nouvelles pertes. Port Moresby n’a plus que le minimum d’avions pour assurer sa défense et celles des positions clés de la piste de Kokoda.


28 août
Bataille de Singapour – IV
Singapour
– Alors que sur le front règne un calme qui ne présage rien de bon, la 11e Division Indienne, qui tient encore Kranji, prépare son repli vers le secteur de Mandai, où les collines de Mandai et Pasjang offriront de solides positions de défense. Pour couvrir cette retraite, Gort envoie la 2e Singapore Brigade à Mandai.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Les DD HMAS Arunta, HrMs Witte de With et HrMs Van Nes rejoignent les forces du contre-amiral Crace (CA HMS Shropshire et MN Duquesne, CL HMAS Brisbane, HMNZS Achilles et HrMs Tromp, DD HrMs Isaac Sweers et Van Ghent). La force ABDF existe à nouveau, ce que salue Crace dans son fameux message : « La Force d’Attaque de l’ABDF est reconstituée. Nous avons reculé pour la dernière fois. A partir de maintenant, nous n’irons plus qu’en avant. »

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Wooten ordonne au 2/9e d’avancer jusqu’à Kobara et de tenir la zone, pour couper de tout renfort d’éventuelles forces japonaises à Kokoda. Pendant ce temps, le 2/10e progresse vers Kokoda.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Lourenço Marques
– Arrivée du Tatuta Maru, attendu par les El Nil, Narkunda et City of Paris, avec à leur bord des ressortissants japonais venant d’Angleterre, d’Inde et d’Australie. Quelques jours plus tard arriveront le City of Canterbury, en provenance d’Australie, et le Mendoza, en provenance de Casablanca. Ce dernier est un solide navire de la SGTM (4 passagers en cabine luxe, 74 en 1ère classe, 80 en 2e classe, 48 en 3e et, sur certains parcours, 1 145 émigrants en entrepont). A son bord se trouvent l’ambassadeur du Japon en France Renzo Sawada et une partie du personnel diplomatique de l’ambassade, qui avaient fait en 1940 le voyage d’Alger (les autres diplomates, restés à Paris, assurent les relations avec l’équipe Laval), ainsi qu’une centaine de civils japonais en provenance des quatre coins de l’Empire français. L’un des passagers est l’attaché militaire en France depuis 1939, le major-général Eiji Numata. Avant le départ de Casablanca, il a reçu dans sa résidence surveillée la visite de son ami le général Charles Mast. Tous deux l’ignorent, mais ils se retrouveront quelque temps plus tard nez à nez en Indochine…
Le 4 septembre arrivera du Japon le Kamakura Maru, avec à son bord l’ambassadeur de France, Charles Arsène-Henry, et l’attaché militaire, le commandant Thiébaut, ainsi que le personnel diplomatique de Tokyo et Kobé. Quelques civils ont pu se joindre à eux, notamment Henri Cosme, ancien ambassadeur de France en Chine.
Le 8 septembre, échange terminé, chacun rentrera chez soi… à l’exception de certains Français d’Indochine, qui préfèreront rester au Mozambique, se souvenant que De Gaulle les avait sommés de choisir entre la Patrie et la piastre !
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2013 15:21    Sujet du message: Répondre en citant

29 août
Bataille de Singapour – IV
Singapour, secteur de Changi
– La journée commence par une préparation d’artillerie administré par les pièces lourdes mises en batterie (non sans de grandes difficultés) à Pengerang et par un puissant bombardement aérien – canons et bombardiers ont été acheminés les semaines précédentes des Philippines, où ils ont participé au siège de Corregidor. Enfin, une flottille d’embarcations variées cingle vers la pointe est de Singapour et l’assaut commence. La 56e D.I., venant de Pengerang et Tekong, débarque un peu au nord de Changi, tandis que la Division de la Garde, venant de Pulau Ubin, débarque au sud-ouest, espérant prendre à revers la défense et réduire le secteur des batteries de Johore, Beting Kusah et Changi.
La 56e D.I occupe assez vite la localité de Changi, malgré le tir des batteries toutes proches, qui ont infligé de sérieuses pertes aux bateaux de débarquement improvisés, mais les brigades chinoises arrêtent la progression japonaise au sud de la petite ville. Au sud-ouest, la Garde a débarqué dans un secteur dégarni et marche vers le nord pour encercler les défenseurs. Lord Gort se trouve obligé de faire appel à sa dernière réserve : la 21e D.I. britannique Scottish. En fin de journée, celle-ci bloque brutalement le mouvement de la Division de la Garde – certes, elle ne compte que deux brigades (63e britannique Highland et 1ère de Malaisie), mais la division de la Garde, malgré les renforts venus du Japon d’avril à juin, n’a de division que le nom.
………
Singapour, front nord et nord-ouest – A l’est de la Jetée, la 27e D.I. japonaise, appuyée sur son aile droite par tout ce que les Japonais ont pu faire passer de blindés sur l’île de Singapour, soit près d’une centaine d’engins, attaque à la jonction entre la 25e D.I. Western et la 17e Division Indienne. La poussée est si efficace que la Western, bousculée, est un moment menacée d’être tournée par sa gauche, aux environs de la base navale. Cet enveloppement est contré par l’intervention des blindés australiens, rameutés de tout le front et appuyés par la 12e Brigade de la 17e Division Indienne.
Pour la première et la dernière fois de la campagne se déroule une bataille de chars de (relativement) grande ampleur, au point qu’un historien un peu enthousiaste a pu parler d’Ukraine en Malaisie ! L’offensive japonaise est brisée et les chars australiens – une vingtaine de Matilda à peine, le double de Valentine et une trentaine d’autres engins blindés variés – semblent un moment capable de renverser l’enveloppement japonais et de mettre en danger la 27e D.I., mais l’intervention de l’aviation japonaise inflige des pertes sévères aux blindés du Commonwealth. Les bombardiers en piqué et notamment de la version terrestre de l’Aichi D3 “Val” se montrent d’une redoutable efficacité. Finalement, le front se stabilise le long d’un cours d’eau près de Simpang. Les Japonais ont perdu près de 80 % de leurs chars, mais les Australiens, qui n’ont plus que 37 blindés opérationnels (une quinzaine de Matilda, autant de Valentine et quelques automitrailleuses), ont dû se résigner à interrompre leur contre-offensive.

Singapour, front ouest et sud-ouest – A l’aile gauche alliée, la 11e Division Indienne, attaquée par les 33e et 5e D.I., entame un repli progressif vers la ligne de défense préparée entre les collines de Panjang et Mandai. La 2e Singapore Brigade est envoyée tenir la zone Ana Keng-Yew Tee. Dès les premiers contacts (qui arriveront bien assez vite), elle doit, après destruction de la batterie de Pasir Laba, se replier entre Bukit Panjang et le Jurong, en laissant derrière elle des francs-tireurs chargés de tendre des embuscades sur un terrain qu’ils connaissent bien.
Plus au nord, sous la pression conjointe des 18e et 9e japonaises, les 17e et 9e Divisions Indiennes, menacées par la progression japonaise sur leur gauche, se replient sur une ligne de défense située au sud de l’aérodrome de Sembawang (qui a été depuis longtemps rendu inutilisable).

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Iles Salomon
– Le sous-marin de transport (SST) USS Bass effectue une opération de ravitaillement des coastwatchers près de Kolombangara. Après une escale à Port Moresby, son sister-ship l’USS Bonita part pour sa première mission de ce genre, vers les eaux au sud de la Nouvelle-Bretagne. Le temps est très favorable à cette mission – c’est-à-dire très pluvieux.
………
Nouméa – Sur l’ordre de Ghormley, les navires de l’ABDF sont envoyés renforcer l’escadre de Scott. Après avoir ravitaillé, les deux formations s’entraînent. Scott évalue la formation en “longue ligne” qu’il souhaite utiliser en cas de combat de nuit.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Canberra
(siège du gouvernement australien) – Un tableau détaillé de la situation sur le front de Milne Bay est présenté au Cabinet de guerre australien.
La principale unité présente est la 7e Brigade de l’AMF (3e Division), qui a été durement éprouvée. Les Queenslanders savent qu’ils se sont bien comportés et estiment avoir pris la mesure des Japonais. Néanmoins, les effectifs des 8e, 25e et 61e Bataillons, du 5e RAA (artillerie) et du 7e RAE (génie) sont tous réduits de moitié environ par les pertes en combats et les maladies. Le 53e Bataillon de Moresby n’a pas seulement été anéanti en combat, il a aussi été officiellement condamné à la dissolution. Les survivants ont tous été convaincus d’avoir fui devant l’ennemi. Ils sont à présent employés comme ouvriers pour aider les indigènes du lieu qui ont été embauchés pour construire des pistes. Leur bonne acclimatation et leurs muscles sont utiles dans cette tâche, mais aucun autre soldat de l’AMF ne leur confierait plus sa vie.
La 15e Brigade de la 3e Division de l’AMF est toujours là, même si elle a été plus que décimée. Ses 57e, 58e, 59e et 60e Bataillons ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Ces unités viennent de l’état de Victoria et les hommes ne sont pas acclimatés, ce qui réduit leur capacité à travailler dans la région. Le pire, sur ce point, est qu’ils s’obstinent à porter des shorts et des chemises à manches courtes (ou pas de chemise du tout), ce qui les rend très vulnérables au paludisme. La marche forcée brutale pour échapper aux Japonais et rejoindre le reste des forces de Field a réduit chaque bataillon à la valeur d’une compagnie opérationnelle et la plupart des hommes sont épuisés et malades. Mais il est impossible de les laisser se reposer, la construction de défenses fiables est trop urgente.
Le Cabinet de Guerre décide alors d’envoyer à Milne Bay la 10e Brigade de la 3e Division (24e, 37e et 52e Bataillons), à laquelle on prévoit d’ajouter deux compagnies blindées mises sur pied en urgence (la brigade possède déjà des unités de reconnaissance équipées de véhicules d’entraînement et de quelques Bren carriers). Ces unités auront priorité pour recevoir des chars Valentine 2-pdr et des ICS, avant même les troupes engagées à Guadalcanal. Reste que l’envoi de ces forces demandera plus d’un mois. D’ici là, Field va devoir se débrouiller seul.
Les dispositions de l’Armée australienne sont à ce moment les suivantes :
– 1ère Division, AMF : déployée dans les Salomon (Guadalcanal)
– 2e Division, AMF : Eastern Command, déploiement prévu en Nouvelle-Guinée
– 3e Division, AMF : 7e et 15e Brigades (déployées) et 10e Brigade (en déploiement) à Milne Bay
– 4e Division, AMF : Southern Command
– 5e Division, AMF : Northern Command
– 6e Division, AIF : sur le théâtre européen (avec la Division Néo-Zélandaise)
– 7e Division, AIF : revenue d’Afrique Orientale, en déploiement en Nouvelle-Guinée (18e et 21e Brigades, piste de Kokoda ; 25e Brigade, en cours de transfert à Port Moresby) ; les restes du 30e Brigade Group, AMF, déployé à Kokoda, lui sont rattachés
– 8e Division, AIF : détruite en Malaisie, en cours de reconstitution en Australie
– 9e Division, AIF : revenue du Moyen-Orient, en Australie (rattachée à l’Eastern Command)
– 1ère Armoured Division, AIF : détruite en Malaisie (quelques éléments se battent encore à Singapour), elle est en cours de reconstitution sur le théâtre européen en tant qu’unité “impériale” (seuls le QG et une brigade sont australiens)
– 2e Armoured Division, AMF : en cours de constitution en Australie, destinée au théâtre du Pacifique (cette unité comprend en réalité un nombre important de survivants de l’ex-1ère Armoured Division, AIF, évacués de Malaisie)
– 1ère Division de Cavalerie : Eastern Command
– 2e Division de Cavalerie : Southern Command.


Campagne d’Indochine
Tonkin
– Vingt-quatre Hawk-87 de la 40e EC décollent de la base Epervier (Dien-Bien-Phu) et vont attaquer les terrains japonais de la région autour d’Hanoi et de Haiphong. Surpris, les Japonais perdent quinze avions. Un seul Hawk-87 est détruit, abattu par la DCA.
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2013 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

Hello,

Le nombre de blindés britanniques à Singapour à ce stade me semble, à la réflexion, un peu élevé.
Sinon, dans l'OdB australien, il faudrait préciser ce que signifient Eastern, Northern et Southern Command (c'est à dire en Australie même)
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2013 19:48    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Hello,

Le nombre de blindés britanniques à Singapour à ce stade me semble, à la réflexion, un peu élevé.
Sinon, dans l'OdB australien, il faudrait préciser ce que signifient Eastern, Northern et Southern Command (c'est à dire en Australie même)


Exact pour les Commands.

Chars : 1) les 30 "engins blindés divers" sont tout sauf de vrais chars (y compris des engins improvisés).
2) Matilda et Valentine : il y a eu des renforts de chars à bord du convoi Pedestal, environ 1/3 des chars envoyés sont arrivés à Singapour (un bateau sur 6, la majeure partie d'un autre, une petite partie d'un troisième). Mais c'est vrai, quinzaine de Matilda est plus probable que vingtaine.
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Casus Frankie

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le roi louis



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MessagePosté le: Mar Jan 29, 2013 00:38    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Lourenço Marques – Arrivée du Tatuta Maru, attendu par les El Nil, Narkunda et City of Paris, avec à leur bord des ressortissants japonais venant d’Angleterre, d’Inde et d’Australie. Quelques jours plus tard arriveront le City of Canterbury, en provenance d’Australie, et le Mendoza, en provenance de Casablanca. Ce dernier est un solide navire de la SGTM (4 passagers en cabine luxe, 74 en 1ère classe, 80 en 2e classe, 48 en 3e et, sur certains parcours, 1 145 émigrants en entrepont). A son bord se trouvent l’ambassadeur du Japon en France Renzo Sawada et une partie du personnel diplomatique de l’ambassade, qui avaient fait en 1940 le voyage d’Alger (les autres diplomates, restés à Paris, assurent les relations avec l’équipe Laval), ainsi qu’une centaine de civils japonais en provenance des quatre coins de l’Empire français. L’un des passagers est l’attaché militaire en France depuis 1939, le major-général Eiji Numata. Avant le départ de Casablanca, il a reçu dans sa résidence surveillée la visite de son ami le général Charles Mast. Tous deux l’ignorent, mais ils se retrouveront quelque temps plus tard nez à nez en Indochine…
Le 4 septembre arrivera du Japon le Kamakura Maru, avec à son bord l’ambassadeur de France, Charles Arsène-Henry, et l’attaché militaire, le commandant Thiébaut, ainsi que le personnel diplomatique de Tokyo et Kobé. Quelques civils ont pu se joindre à eux, notamment Henri Cosme, ancien ambassadeur de France en Chine.
Le 8 septembre, échange terminé, chacun rentrera chez soi… à l’exception de certains Français d’Indochine, qui préfèreront rester au Mozambique, se souvenant que De Gaulle les avait sommés de choisir entre la Patrie et la piastre !


A ce sujet je rappel les ressortissants japonais en Nlle Calédonie qui, OTL furent internés puis expulsés vers l'Australie en 1942
Je me cite Cool

Citation:
Le 11 décembre 1941 est ordonnée l'internement de 1116 japonais. pour la plus part il s'agit d'ancien mineur originaire de la région de Nagazaki venu là par contrat et qui décidèrent de rester sur place leur engagent fini. La plus part étaient installés comme maraîcher dans la proche banlieue de Nouméa ou comme petit artisan. Pour l'administration coloniale ils étaient comptabiliser comme "autres étranger de types européens" et à ce titre avait les mêmes droits qu'un blanc. La plus part étaient propriétaire de leur terrain ou de leur entreprise.
Ils seront extradés vers l'Australie courant 1941. leur biens, saisis, ne furent jamais rendu après guerre. Cela a permit à certain de faire de belle manip' immobilières.

De même depuis 1938 une société japonaise exploite le gisement de fer de Goro, dans le sud de l'île. Le personnel y était exclusivement nippon. Le site était doté d'un "warf", un quai permettant au navire minéralier de charger directement le minerai depuis la côte. En 1940 on y embarqua 182 000 tonne de minerai, en 1941 l'exportation fut contingentée à 24 000t/trimestre puis purement arrêter à partir de septembre. La production continua jusqu'à l'attaque du 7 décembre.
Après l'internement puis l’expulsion des ressortissants japonais la mine fut abandonnée et le gisement n'a jamais été ré-exploité depuis. Il faut noté que le minerai fer de Goro a la réputation d'être de qualité fort médiocre car très oxydé.
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MessagePosté le: Mar Jan 29, 2013 12:15    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 5
Les sous-marins du bout du monde

Amirauté britannique – Division des Opérations
Section de recherche – Sous-marins – 1946
Opérations lointaines de la Marine Impériale japonaise
L’opération Oni 2


Un des aspects les plus remarquables de la dernière guerre fut l’extraordinaire variété et l’ambition démesurée de certaines opérations de la Sixième Flotte de la Marine Impériale japonaise. Cette ambition peut sans doute être reliée à ce que l’amiral Shimuzu, commandant la Sixième Flotte, a décrit (après guerre) comme un début de guerre « décevant », contrastant avec la réussite des sous-marins alliés, dont l’Amirauté japonaise ne manquait pas de se plaindre amèrement.
Avant l’ouverture des hostilités, la Marine Impériale disposait d’une gamme de sous-marins extrêmement étendue, qui se caractérisa jusqu’aux derniers jours par un sens certain de l’exceptionnel. Ainsi, les Japonais produisirent quatre énormes sous-marins de 6 500 tonnes (le type STO). Ces bâtiments impressionnants, plus grands que bien des croiseurs d’avant 1914, furent conçus à l’origine comme des porte-avions sous-marins (!), mais finalement utilisés comme transports sous-marins vers des îles coupées de toute liaison de surface. La Marine des Etats-Unis fait actuellement des essais avec deux d’entre eux et la Royal Navy avec les deux autres. Notre objectif commun est d’en savoir davantage sur la façon de manœuvrer de très grands sous-marins.
L’opération Oni 2, organisée avec le concours de la Kriegsmarine, utilisa des submersibles plus petits mais néanmoins de taille respectable, ainsi que des sous-marins de poche, chargés d’attaquer ce qui était, pour les Japonais, le bout du monde. L’opération fut conduite avec beaucoup d’inventivité et une certaine réussite. La traduction du plan initial de l’opération établi par la Sixième Flotte figure ci-après, le plan définitif n’ayant jamais été retrouvé.

Opération Oni 2 (7e division de sous-marins)
Les quatre croiseurs sous-marins de type Junsen 1 (J1) sont anciens (ils ont été construits entre 1926 et 1929), mais disposent d’une autonomie de 24 000 milles. Avec le I-5 et le I-6, ils forment les 7e et 8e divisions de sous-marins, 2e escadre de la Sixième Flotte. Les sous-marins de poche de type A sont maintenant bien connus de l’ennemi depuis l’attaque sur Singapour, ce qui diminue fortement leur valeur offensive.
Les trois bâtiments de la 7e division de sous-marins et le I-4 (de la 8e division) vont être modifiés pour pouvoir transporter chacun un sous-marin de poche de type A ou B sur leur pont, derrière leur canon de 140 mm arrière. Ils les emmèneront jusque sur la côte Est des Etats-Unis, pour attaquer des ports ennemis. Le sous-marin de poche de type B, ayant une autonomie plus importante que ceux de type A, attaquera les installations (chantier naval, arsenal) de Norfolk (Virginie), les trois unités de type A attaqueront le port de New-York.
Après avoir récupéré les équipages des sous-marins de poche et, si possible, les sous-marins de poche eux-mêmes, les croiseurs sous-marins attaqueront le trafic marchand local à la torpille et au canon, puis se rendront à Lorient (France) pour y être réapprovisionnés avec des torpilles allemandes avant de retourner attaquer les navires marchands au large de la côte Est des Etats-Unis, puis de rentrer au Japon.
L’opération Oni 2 est destinée à obtenir un effet de surprise maximal, en utilisant quatre sous-marins de poche avant que ce type d’arme ne soit trop connu de l’ennemi. L’impact psychologique de cette attaque, sur l’ennemi comme sur le peuple japonais, sera extrêmement important, ainsi que le prestige qu’en retireront la Sixième Flotte et toute la Marine Impériale.


Suite aux interrogatoires de membres du personnel de la Sixième Flotte, il apparaît clairement qu’Oni 2 fit partie d’une série de trois opérations ponctuelles, sans suite envisagée : Oni (ou Oni 1), en plusieurs phases, contre le trafic marchand australien, Oni 2, l’attaque de la côte est des Etats-Unis, et Oni 3, le fameux raid contre le canal de Panama. Ces opérations étaient très disparates : Oni était bien plus proche de l’opération “C” (à laquelle avaient participé trois des quatre sous-marin d’Oni 2) et de l’opération “D”, toutes deux dirigées contre le trafic marchand dans l’Océan Indien, que des aventures comme Oni 2 et Oni 3. Quoique spectaculaire, Oni 2 eut un effet très limité sur l’issue du conflit.

Les préparatifs
Les quatre bâtiments furent préparés à la base navale de Yokosuka pour ce qui devait être la mission d’attaque la plus lointaine jamais effectuée dans l’histoire des sous-marins à cette date. Les modifications nécessaires ainsi que l’entraînement commencèrent mi-mai 1942. Avant le départ final, une escale eut lieu à Kendari pour compléter les pleins en gazole, corriger quelques anomalies, et charger les derniers approvisionnements. Les sous-marins composant l’escadre étaient :
– I-1, Capitaine de corvette Ankyu, emportant le HA-42 (type A)
– I-2, Capitaine de corvette Inada, emportant le HA-38 (type A)
– I-3, Capitaine de corvette Tonozuka, emportant le HA-40 (type B)
– I-4, Capitaine de corvette Nakagawa, emportant le HA-35 (type A).
Un test d’étanchéité de 30 jours fut ordonné par la Sixième Flotte sur l’ensemble du stock restant de torpilles à oxygène de type 97, dont les problèmes de fuites avaient causé nombre de ratés ainsi que bien des accidents. Les sous-marins de poche furent armés avec les torpilles qui passèrent le test, en acceptant les risques encourus. Ce point est important, car ces petites torpilles de 450 mm, particulièrement performantes, avaient une portée supérieure à la torpille américaine de 533 mm pour une charge au moins équivalente.
Le sous-marin de poche HA-40 était neuf et expérimental. Les sous-marins de poche de type A, dont il dérivait, avaient été construits en série. Il était apparu que ces engins manquaient par trop d’autonomie et devaient pouvoir recharger leur batterie par leurs propres moyens. Le HA-40 fut choisi comme représentatif de cette classe pour tester l’installation d’un petit moteur diesel. Il fut équipé d’un groupe électrogène de 40 chevaux et d’un réservoir de carburant, le tout installé dans un conteneur fixé sur la coque. Ce diesel n’avait donc aucune liaison mécanique avec la propulsion. Il donnait au HA-40 la possibilité de recharger ses batteries, même si cela prenait entre 16 et 18 heures, ce qui se traduisait par une autonomie étendue à 250 milles à 6 nœuds.
Contrairement à l’opération contre Singapour, il était prévu que les croiseurs sous-marins récupèrent leurs sous-marins de poche au retour de leurs attaques. Cette disposition ainsi que les procédures associées, quoique simples, n’avaient qu’une faible probabilité d’être mise en œuvre avec succès. Elle représentait davantage un réconfort moral pour les équipages des sous-marins de poche qu’autre chose. Il apparut plus tard, à la lecture des journaux de bord, que la perspective d’une mission sans retour ne leur faisait pas peur.

Le voyage aller
La 7e division de sous-marins quitta Kendari (Indes Néerlandaises) le 30 juin, pour un voyage héroïque de 12 000 milles, qui devaient être parcourus en 55 jours. Il était prévu d’arriver à proximité des cibles le 24 août. Des ordres stricts interdisaient de s’approcher des lignes maritimes ou aériennes durant tout leur trajet. Les seules cibles qu’il leur aurait été permis d’attaquer étaient un cuirassé ou un porte-avions. L’état-major de l’amiral Doenitz avait été informé de la mission des submersibles japonais par courrier diplomatique, le silence radio total étant de rigueur pour tout ce qui touchait à l’opération. En raison de la durée du trajet, cette lenteur des communications n’empêcha pas les sous-marins allemands opérant dans le secteur prévu d’être informés avant même qu’ils ne quittent leurs ports de la côte française. Ils évitèrent donc les environs de New-York et de Norfolk pour se concentrer sur la zone des Caraïbes pendant la semaine où les bâtiments de la Sixième Flotte étaient censés opérer.
Durant son voyage vers la côte Est des Etats-Unis, la 7e division de sous-marins passa à l’ouest de l’Australie, doubla le Cap de Bonne-Espérance loin au sud, avant de remonter vers le centre de l’Atlantique. Cet itinéraire, loin de toutes les voies maritimes, n’était quand même pas de tout repos. Les Quarantièmes Rugissants firent payer un certain tribut aux estomacs, l’essentiel du trajet s’effectuant en surface à moins de 12 nœuds (la vitesse moyenne sur le parcours fut de 10 nœuds). Pendant tout le voyage, seuls trois navires furent aperçus, de loin, et aucun avion.
Une ultime réunion destinée à mettre au point les derniers détails se tint à bord du I-1, loin au large, et l’escadre arriva dans la zone fixée pour le départ des sous-marins de poche le 24 août, exactement comme prévu ! Les patrouilles ennemies étaient incessantes, mais les quatre bâtiments, opérant chacun de son côté, parvinrent à se rapprocher suffisamment de la côte pour pouvoir attendre, reposant sur le fond, la tombée de la nuit. A ce moment-là, après un bref parcours en surface vers la côte destiné à faciliter au maximum la tâche des sous-marins de poche, le largage se fit sans problème pour toutes les unités.

L’attaque principale (nuit du 24 au 25 août 1942)
1 – New York

Les HA-32, 38 et 42 furent lancés avec succès vers 22h30 à environ 8 milles de la côte.
Quelques jours plutôt, avant l’attaque de Panama, la zone aurait encore été partiellement éclairée et le parc d’attractions de Coney Island parfaitement visible. Mais depuis deux jours, toutes les lumières étaient masquées. En revanche, le trafic était toujours intense dans la passe, aussi bien dans un sens que dans l’autre, saturant les boucles de détection magnétiques. Mais les patrouilles ASM avaient été multipliées…
A 00h54, le HA-42, qui était parvenu à proximité de la base navale de Brooklyn, fut aperçu et très vite grenadé par plusieurs patrouilleurs, lâchant en tout 20 charges. Le petit sous-marin eut juste le temps de tirer ses torpilles dans la direction générale du port. Toutes deux atteignirent des appontements civils, l’explosion de la première détruisant quelques embarcations, celle de la seconde ne faisant qu’un énorme trou dans les planches d’un embarcadère. Le sous-marin de poche, complètement écrasé, fut remonté à la surface deux jours plus tard par une grue flottante.
A 01h08, dans le même secteur, le HA-35 lança lui aussi ses torpilles, probablement vers un des croiseurs de l’US Navy présents. Elles ne parvinrent cependant pas à atteindre une cible d’une quelconque importance, alors que la base était littéralement embouteillée par des navires de guerre. La première frappa une jetée, son explosion ne causant aucun dommage. La seconde explosa en heurtant le pilier d’un appontement, après être passée sous le patrouilleur de 500 tonnes PE-57 Eagle, dont l’âge (il avait été construit chez Ford en 1919) faisait sans doute le plus inoffensif de tous les navires de guerre présents. Le malheureux petit bateau fut disloqué par le souffle, sombrant en trois morceaux. Les 60 membres d’équipage étaient à bord et il y eut 24 tués.
Après ces explosions, des patrouilleurs effectuèrent un violent grenadage et plusieurs navires se mirent à tirer, causant des dégâts notables et même quelques pertes humaines à terre.
Personne ne sut à ce moment ce qu’il était advenu du HA-35. En 1947, son épave gravement endommagée par le grenadage fut découverte, émergeant à peine de la boue recouvrant le fond. Il est possible que le sous-marin se soit écrasé dans un des trous tapissant le lit du fleuve et que son équipage l’ait alors fait sauter.
A 01h13, l’USS West Point (ex America, United States Line, 33 961 tonnes, avec environ 2 500 militaires à bord), qui avait appareillé quelques minutes plus tôt du quai des transatlantiques, chargé des troupes à destination du Royaume-Uni., fut secoué par une explosion. Le responsable, comme il a été possible de le déduire par la suite, était le HA-38 (enseigne de vaisseau Nobu). Celui-ci, incapable de se guider sur les lumières de la côte, n’avait pas suivi la trajectoire d’attaque prévue, peut-être en raison d’une panne de compas gyroscopique lors de l’approche finale de la pointe sud de l’île de Manhattan. L’une des deux torpilles frappa la poupe du paquebot à bâbord, déformant les cloisons et les structures. Une sévère voie d’eau s’ensuivit, inondant les salles de machine de ce côté. En quatre minutes, la gîte atteignit 10 degrés à bâbord, mais le remplissage de compartiments tribord permit de limiter la gîte. Le bâtiment, immédiatement pris en remorque, fut ramené à quai. En dehors d’une centaine de blessés (pour la plupart victimes de fractures survenues sous l’effet de la secousse infligée au bâtiment), il n’y eut pas de pertes humaines. Il est remarquable qu’il n’y ait pas eu de morts, y compris dans la salle des machines bâbord, où la plupart des marins durent fuir devant l’irruption de l’eau. Les réparations furent très longues, car la priorité allait aux navires de guerre. Néanmoins, le 25 août 1943, comme par défi, le West Point quitta New York pour l’Angleterre, chargé de soldats. Après la guerre, le paquebot fut rendu à la vie civile.
………
Le destin du HA-38 est inconnu. Plusieurs embarcations de patrouille du port signalèrent avoir attaqué un sous-marin de poche sortant du port cette nuit-là. Quoi qu’il en soit, le HA-38 ne se montra pas au point de rendez-vous et son épave ne fut jamais retrouvée. En 1950, les familles de l’enseigne Nobu et de son équipier vinrent célébrer une cérémonie funèbre sur un navire au large de New York.

2 – Base navale de Norfolk
A 21h30, le HA-40 (enseigne Isoru) se sépara de l’I-3 dans les eaux peu profondes de l’embouchure de la baie de Chesapeake. Il devait encore parcourir près de 40 milles pour atteindre la base navale de Norfolk, soit bien plus que les sous-marins de poche attaquant New York. Le I-3 avait tenté de se rapprocher davantage et même d’entrer dans la baie de la Chesapeake, mais après avoir passé la journée par à peine 20 mètres de fond et avoir à moitié déchargé ses batteries, la densité des patrouilles (nettement accrue depuis deux jours) l’avait obligé à renoncer. Le capitaine de corvette Tonozuka fit surface, largua le HA-40 et fila vers la haute mer à 18 nœuds, toujours en surface. Il espérait que, s’il était aperçu, la vue d’un grand sous-marin s’éloignant des côtes n’inquièterait personne. Après une heure d’arrêt en surface pour recharger ses batteries au point de rendez-vous prévu, face à Virginia Beach, il plongea pour passer les 24 heures suivantes tranquillement posé sur le fond.
Pendant ce temps, Isoru naviguait en surface à 12 nœuds vers sa destination, son groupe électrogène diesel fonctionnant en permanence pour maintenir la charge de sa batterie. Cela pouvait sembler téméraire, mais il savait que sa petite embarcation était quasiment invisible, sauf à courte distance et, là aussi, les lumières de la côte diminuaient fortement la vision nocturne des patrouilles de surveillance. Isoru avait étudié les activités des petits porte-torpilles confédérés de type David en 1865 et avait effectué de nombreux essais avec des sous-marins de poche de type A dans la Mer Intérieure du Japon. Cela lui avait confirmé que ces unités étaient extrêmement difficiles à discerner de nuit et il avait fait repeindre son sous-marin en bleu mat très foncé, au lieu du noir brillant standard – un écart par rapport au règlement impensable dans la Marine Impériale pour tout autre que l’officier commandant un sous-marin de poche, qui disposait d’une certaine latitude eu égard au caractère extrêmement dangereux de ses missions. Isoru manœuvrait son engin depuis le kiosque, où il disposait d’un tube acoustique souple pour passer ses ordres au maître principal qui l’accompagnait, ainsi que d’un répétiteur du gyrocompas et d’un porte-cartes repliable.
Le HA-40 doubla Hampton Roads, dont le mouillage était encombré de navires marchands. Isoru resta à l’écart de tous les cargos se trouvant sur son chemin, ne s’en approchant jamais à moins de mille mètres. Son plan était calqué sur l’attaque des sous-marins de poche à Singapour – sa navigation fut plus aisée, car les fonds étaient plus profonds, les chenaux mieux balisés, et la base navale bien plus proche de l’entrée de la rade que ne l’était le QG de la Royal Navy du débouché de Keppel Road. Malgré tout, vers minuit, quand il arriva entre Fort Monroe et Norfolk avec encore six milles à parcourir jusqu’à la base navale elle-même, sa batterie ne contenait plus que l’énergie nécessaire pour parcourir 10 milles à 14 nœuds ou 80 milles à 4 nœuds. Isoru ralentit alors son sous-marin à 6 nœuds, ne laissant que le kiosque émergé, le diesel tournant toujours.
Le HA-40 mit donc 30 minutes pour parcourir les trois milles suivants, pendant lesquels le rivage était bien trop proche pour qu’Isoru se sente à l’aise. En fait, il fut aperçu de nombreuses fois, mais ne fut pas inquiété, étant pris pour une banale embarcation propulsée par un diesel poussif. Pendant ce temps, Isoru pouvait graver dans sa mémoire l’itinéraire de sa fuite.
Mais à ce moment, il se heurta à un véritable mur de patrouilleurs, mis en place depuis la nuit précédente par le commandement de la base, peu désireux de connaître un jour le sort réservé au commandement de la sécurité du canal de Panama.
A 00h55, le petit engin n’avait pas avancé d’un mètre, chaque fois forcé de faire demi-tour par un patrouilleur. Isoru s’obstina pourtant, marchant à 4 nœuds, n’exposant la lentille de son périscope que par périodes de cinq ou six secondes. C’est alors que la chance le favorisa. Un grand bâtiment sortait de la base, entouré d’une cour d’escorteurs, mais marchant droit sur le petit HA-40 !
Le navire repéré n’était autre que l’USS Alabama, cuirassé tout neuf, lancé le 16 février et officiellement mis en service le 16 août. L’Alabama était retourné au chantier naval pour y recevoir les canons manquants de sa tourelle K et procéder aux multiples petites interventions habituelles après les essais à la mer. Une partie de celles-ci achevées, une brève sortie nocturne avait été programmée pour vérifier que tout était conforme. Il n’était pas question de sortir en pleine mer, mais de faire un petit tour dans la baie de la Chesapeake.
A 00h59, Isoru, bénissant ses ancêtres dont la protection lui valait assurément cette chance, lança ses torpilles à moins de 400 mètres, visant la proue de biais, et fit deux fois mouche. La première torpille frappa le cuirassé entre les tourelles A et B, la seconde l’atteignit trois secondes plus tard à hauteur de la cloison séparant les condenseurs de la salle des machines avant (N° 1). Dans les deux cas, les torpilles s’enfoncèrent assez profondément, traversant sans difficulté les bulbes anti-torpilles (il est vrai vides, alors qu’en temps normal ils auraient été remplis d’eau ou de mazout). Les torpilles ordinaires de 450 mm n’auraient pu venir à bout des protections, même vides, mais les torpilles à oxygène de type 97 avaient une charge explosive très importante pour une arme de ce calibre (350 kg d’explosif de type 97).
Le plus grave était le fait qu’à l’intérieur du navire, l’étanchéité entre les compartiments n’était pas totalement assurée, en raison des travaux en cours. L’Alabama prit rapidement de la gîte, mais il fut très vite ramené dans la base navale elle-même, d’autant plus que ses machines étaient intactes.
Comme il se trouvait en plein milieu d’une base navale, l’Alabama aurait dû être facile à réparer. Cependant, l’intérieur de la coque était encore encombré par des déchets, des étais, des pièces de rechange et tout l’attirail nécessaire aux travaux, qui bloquaient certaines portes étanches, empêchant les pompes d’être efficaces. Beaucoup de portes et d’écoutilles n’avaient pas encore leurs joints d’étanchéité et les traversées des cloisons n’étaient pas toutes scellées. C’est donc avec de grandes difficultés que le cuirassé put enfin être amené dans un bassin de radoub. L’Alabama fut finalement remis en service en décembre 1942. En février 1943, il gagna le Pacifique par le canal de Panama qui venait d’être pleinement remis en service.
………
Le HA-40 s’enfuit en plongée. Il avait apparemment très peu d’espoir de se sauver. La confusion régnant dans la base fut le meilleur allié d’Isoru, ainsi que la chance extraordinaire qui l’accompagna dans sa navigation au jugé.
A 03h30, après quelques mésaventures sans conséquences, comme le raclage d’une chaîne d’ancre et trois échouages, le sous-marin parvint jusqu’à Hampton Roads, alors que les Américains tentaient de démêler la masse d’informations erronées envoyées par tous les patrouilleurs. Il se dirigea ensuite vers la sortie de la baie à 4 nœuds, vitesse qui lui permettait de parcourir encore 50 nautiques malgré l’épuisement de sa batterie.
A 04h00, Isoru ressortit son périscope, vérifia que rien ne se trouvait sur son chemin, et constata avec plaisir que la brume s’était levée. Il en profita pour faire surface, ou du moins pour faire émerger son kiosque, ce qui lui permit de remettre en route son diesel pour recharger un peu sa batterie épuisée et ventiler le sous-marin. Il avança ainsi de 6 nautiques, jusqu’à ce que le bruit de moteurs d’avion et de diesels marins l’oblige à plonger.
A l’aube du 25, il posa son sous-marin sur le fond, par 12 m de profondeur, et attendit. Il était à 20 nautiques de son point de rendez-vous. Il passa la journée à attendre tranquillement, dans un silence absolu, écoutant le bruit des moteurs des navires de patrouille ou de quelques cargos. A ce moment-là, les autorités de la base de Norfolk pensaient que l’Alabama avait touché de grosses mines dérivantes mouillées dans le port. L’approche d’Isoru n’avait pas été rapportée, et aucun sillage de torpille n’avait été observé.
Une heure après la tombée de la nuit, le HA-40 remonta à immersion périscopique et Isoru examina la surface. Il put à nouveau faire sortir son kiosque de l’eau et mettre en route son diesel. Etonnamment, il ne vit aucun bateau, hormis quelques embarcations de pêche au lointain, alors qu’il s’éloignait lentement de la côte au large de Virginia Beach.
Le 26 août à 01h00, soit avec une heure d’avance, le HA-40 atteignit le point de rendez-vous. A 02h00, il largua trois petites charges explosives. Le I-3, qui s’était éloigné pour recharger ses batteries avant de revenir doucement se poser sur le fond, fut plutôt surpris de les entendre. Il fit immédiatement surface à moins d’un kilomètre du sous-marin de poche. Après une brève discussion, Tonozuka accepta de tenter une (et une seule) opération de réembarquement du sous-marin de poche. Comme il l’avoua plus tard, le risque encouru faisait plus que friser l’inconscience, mais visiblement les dieux étaient avec lui cette nuit-là… Effectivement, le sous-marin de poche fut hissé puis arrimé sans problème sur ses rails à la première tentative, et le I-3 quitta les lieux à toute vitesse.

Les actions secondaires (26 août-10 septembre)
La 7e Division de sous-marins japonaise avait encore un tour dans son sac, sans intérêt militaire, mais fort impressionnant pour la propagande. Dans la nuit du 27 au 28 août, les quatre bâtiments bombardèrent au canon Atlantic City pendant une demi-heure. Aucune cible d’une quelconque valeur militaire ne se trouvait là, et cette attaque n’eut aucun impact sur l’effort de guerre américain. Une centaine d’obus explosifs frappèrent la petite ville, célèbre pour ses casinos et maisons de jeu. Ils firent une cinquantaine de morts et le double de blessés, la plupart provoqués par un unique impact sur un restaurant bondé. Les explosions provoquèrent d’assez importants incendies, puisque environ 3 % des bâtiments de la ville, construits essentiellement en bois, furent brûlés.
………
Puis, les quatre croiseurs sous-marins voulurent imiter les U-boots de la Kriegsmarine et s’en prendre au trafic maritime allié au large des côtes des Etats-Unis. Mais ils avaient présumé de leurs possibilités ! Du 26 août au 10 septembre, mal à l’aise près des côtes et par petits fonds, les quatre bâtiments coulèrent en tout et pour tout quatre cargos totalisant moins de 20 000 tonnes. Le 10, l’I-2 fut surpris par un Catalina de patrouille ASM. Le vieux sous-marin tenta de plonger, mais il mit bien trop de temps pour se mettre en sécurité et les bombes de l’hydravion ne lui laissèrent aucune chance. Les trois autres submersibles rejoignirent la France sans plus jouer les corsaires. Ils arrivèrent à Lorient le 30 septembre.

Les retombées politiques
L’impact de ces attaques aux Etats-Unis fut bien sûr considérable. Que celle dirigée sur New-York eût été un quasi-échec et que celle contre Norfolk eût été plus facile techniquement qu’à Singapour, comme la Royal Navy le signala à l’US Navy (mais comme la presse ne le sut jamais), ne changeait rien à l’affaire. Sans doute, les dégâts se résumaient à un petit patrouilleur détruit, un transport de troupes hors service pour un an et un cuirassé hors de combat pour six mois : pour les forces des Etats-Unis, il s’agissait là de pertes marginales. Mais l’ampleur des réactions de la presse rendaient vaines de telles analyses rationnelles. Le grand public américain retint uniquement que le territoire national avait été frappé dans son cœur : New York elle-même, ville symbole, et l’une des plus grandes bases navales américaines. L’attaque d’Atlantic City fut une grosse cerise sur ce gâteau déjà énorme et les rumeurs les plus folles se mirent à courir.
Les moyens de lutte anti-sous-marine consacrés à la défense des côtes américaines furent accrus. Des barrages, filets, détecteurs magnétiques, patrouilleurs et batteries côtières supplémentaires furent affectés à la défense des ports et certains à la protection d’installations civiles. Ces mesures ne furent d’ailleurs pas toutes perdues, car certaines devaient gêner considérablement les U-Boots…
………
Au Japon, l’amiral Shimuzu était aux anges. Des sous-marins anciens, utilisant une arme en voie d’être dépassée, avait remporté un succès retentissant. Et cela avait été accompli dans l’Atlantique, à l’autre bout du monde… Le prestige acquis par la Sixième Flotte lui valut même des compliments (un peu forcés) de l’état-major de l’Armée. Il est vrai que le côté spectaculaire de l’opération fournissait à la propagande japonaise une arme de choix et que même l’Armée Impériale ne pouvait l’ignorer. Isoru fut fait lieutenant de vaisseau sur le champ, et le maître principal qui était le seul autre membre d’équipage du HA-40 fut promu enseigne.
A Berlin, Hitler et l’OKW se réjouirent : visiblement, ces Américains n’étaient pas des adversaires sérieux, et le Japon les occuperait bien assez longtemps pour que la Wehrmacht ait tout loisir d’en finir avec les Soviétiques.

Les “cadeaux” japonais
La 7e Division de sous-marins arriva donc à Lorient le 30 septembre 1942. Là, 300 tonnes de zinc en lingots, qui servaient de lest aux submersibles, furent déchargés, et remplacées par une masse équivalente de plomb exempt de traces d’antimoine et de mercure en bouteilles de plomb. Cent cinquante tonnes d’autres marchandises furent déchargées, dont 30 tonnes de caoutchouc – cadeau précieux car l’exploitation des plantations conquises (en Malaisie notamment) était loin d’avoir repris, et le Japon n’avait pas trop de caoutchouc pour ses propres besoins. Il avait été question d’envoyer de la quinine destinée aux troupes allemandes qui se battaient en Europe du Sud, mais toute la quinine disponible était à ce moment réquisitionnée pour les troupes qui donnaient l’assaut à Singapour. En revanche, un chasseur Mitsubishi A6M-2, en caisses bien sûr, figurait sur la liste des cadeaux transportés par l’I-1 (un autre exemplaire avait subi le sort funeste de l’I-2). En effet, la Marine Impériale espérait bien éblouir les aviateurs allemands, dont elle avait appris qu’ils avaient des difficultés à mettre au point un chasseur embarqué digne de ce nom. Le Zéro fut d’emblée l’enjeu d’une lutte de prestige féroce entre la Kriegsmarine et la Luftwaffe, que celle-ci remporta…
En échange, les marins eurent droit à un hydravion léger Yokosuka E14Y1 (Glen), apporté, en caisses lui aussi, par l’I-4. L’hydravion était destiné à être emporté (tout assemblé !) par un sous-marin « de commandement » japonais, mais il intéressait le RLM pour la lutte ASM.
Le petit hydravion ne valait pas le chasseur, mais la Kriegsmarine se consola avec le plus beau cadeau : le sous-marin HA-40, qui avait soulevé un intérêt considérable chez les sous-mariniers allemands. La guerre contre l’URSS battant son plein, et dans l’impossibilité de faire passer des sous-marins océaniques en Méditerranée ou en Mer Noire, le potentiel que représentait ce sous-marin de poche était considérable. La perspective d’en disposer définitivement pour étudier à loisir puis dupliquer cette arme efficace, rapide et éprouvée ouvrait des perspectives inespérées…
On sait que la Résistance française et la RAF se chargèrent d’éliminer rapidement une bonne partie de ces cadeaux nippons.

Un bénéfice inattendu
Une remise en état des bâtiments s’imposait après une si longue croisière. Les travaux demandèrent deux mois, plus deux semaines pour les essais et les réapprovisionnements. Les moteurs diesel, d’origine allemande (MAN), furent entièrement révisés, et surtout, toutes les batteries des moteurs électriques furent remplacées.
Les Allemands avaient en effet été surpris par la technologie complètement dépassée des batteries utilisées aussi bien sur les gros submersibles que sur les sous-marins de poche, et posèrent beaucoup de questions sur les techniques et procédures en usage dans la Marine Impériale en la matière. En réalité, ces batteries étaient très proches de celles utilisées par la Marine Impériale… du Kaiser, pendant la Première Guerre mondiale. Une technologie simple et économique avait certes ses mérites, mais elle ne conduisait qu’à des produits peu performants à courte durée de vie. Passer à côté d’améliorations importantes possibles pour un investissement minimal, comme un renforcement de l’isolation entre les plaques de plomb ou un espace de 15 mm destiné à l’accumulation des dépôts au fond de chaque cellule, aurait été un gâchis.
Constatant que les batteries des croiseurs sous-marins étaient en piteux état (un très mauvais point pour des bâtiments destinés à frapper au loin), les Allemands ne furent pas avares en informations et conseils, allant jusqu’à fournir des détails sur la conception et la fabrication de leurs propres batteries. La Kriegsmarine embarqua pour le Japon trois Batterie-Experten (un par sous-marin), chargés d’une abondante documentation technique. Les experts allemands ne chômèrent pas durant le voyage, écrivant avec l’aide des spécialistes du bord des manuels de procédures pour la maintenance des batteries japonaises.
Sans doute l’industrie japonaise ne fut-elle jamais capable de produire les mêmes batteries que l’industrie allemande, mais elle fit son profit des conseils reçus, même sans changer son mode de fabrication périmé. Les principales améliorations apportées furent les suivantes :
– utilisation d’un meilleur isolant pour sceller les batteries ;
– utilisation de plaques de plomb plus épaisses, produites dans des moules doubles ;
– meilleur contrôle du taux d’antimoine dans le plomb, réduisant la production d’hydrogène et donc les risques d’explosions ;
– aménagement d’un espace de 18 mm au fond des cellules pour l’accumulation des dépôts ;
– réduction de l’épaisseur des parois en verre des batteries, permettant une augmentation sensible du volume d’électrolyte et l’utilisation de casiers en bois plus épais, donc plus solide.
Les conséquences furent un meilleur rapport capacité/poids, ainsi qu’une amélioration de la durée de vie et une meilleure fiabilité des batteries de la Marine Impériale. De 1,5 kWh/kilo pour 80 cycles de déchargement-rechargement, elles passèrent à environ 4,4 kWh/kilo et 200 cycles. Ces progrès, considérables pour les Japonais, les laissaient toutefois encore fort loin du niveau atteint par les batteries utilisées par les Alliés, qui était de 9 kWh/kilo pour au minimum 600 cycles. Néanmoins, cette amélioration fut pour la Marine Impériale le principal bénéfice de l’opération Oni 2.
En octobre 1943, les procédures rédigées par les experts allemands, à peine adaptées, étaient en usage dans toute la force sous-marine, et en août 1944, tous les sous-marins en opérations utilisaient les batteries améliorées. Ce sont elles qui permirent aux sous-marins japonais de se montrer nettement plus efficaces et dangereux à la fin de la guerre qu'au début.

Les “cadeaux” allemands
Les trois sous-marins emportèrent bien sûr en repartant une (relativement) grande quantité de marchandises. Entre autres, dans chaque submersible, 200 chronomètres de marine, des tubes et autres composants électroniques, des tonnes de plans, 250 actuateurs de mines magnéto-acoustiques (s’ajoutant à ceux envoyés en mars-avril par le train), quelques moteurs d’avions, plus 12 mines TMC (Torpedo Mine Typ C), chargées dans les compartiments à torpilles arrières. Beaucoup de ces marchandises furent placées dans des conteneurs étanches, disposés dans une “malle” fixée sur le pont arrière, là où avaient pris place à l’aller les sous-marins de poche.

La longue route du retour
Les sous-marins partirent de Lorient le 17 décembre 1942 et mirent cap au sud. En effet, en raison de la grande valeur des marchandises transportées, il avait été décidé de ne pas tenter le sort en retournant chasser les transports sur les côtes américaines. Mais la chance qui les avait accompagnés jusqu’à New York et Norfolk n’était plus avec les trois sous-marins.
Des messages Enigma devaient écarter de leur route des U-Boots trop agressifs – ironie du sort, c’est un de ces messages qui, déchiffré par les Britanniques, mit sur la route de l’I-4 le sous-marin HMS Sealion, qui le coula à la torpille dans le golfe de Gascogne, persuadé de détruire un gros sous-marin ravitailleur allemand.
Les I-1 et I-3 arrivèrent à Yokosuka après deux mois de voyage ininterrompu, le 15 février 1943. Un accueil délirant leur fut réservé.
Ce déploiement de huit mois devint rapidement légendaire dans le monde des sous-mariniers. La 7e Division était allée au bout du monde, avait porté un grand coup au moral américain et avait rétabli (symboliquement du moins) les communications entre l’Allemagne et le Japon.
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 12:29    Sujet du message: Répondre en citant

30 août
Bataille de Singapour – IV
Singapour, secteur de Changi
– La Division de la Garde Impériale et la 56e D.I. japonaise lancent un assaut concentrique pour tenter d’encercler les défenseurs de l’est de l’île. Les deux brigades chinoises et la 21e D.I. Scottish cèdent du terrain peu à peu, mais réussissent à se dégager et à se replier derrière des hauteurs qui forment un arc de cercle allant des collines à l’est de Pungoi au sud de Gaol. La batterie Johore et ses redoutables canons de 15 pouces sont pris – ou plus exactement leurs restes, car les artilleurs britanniques font sauter leurs derniers obus avant de quitter les lieux.
Plus important encore : Chinois et Britanniques ont fait payer chèrement le moindre mètre de terrain et les forces japonaises ont subi de très lourdes pertes, d’autant plus que leurs chefs, ignorant pour la première fois depuis dix jours les ordres de Yamashita, n’ont pas hésité à ordonner des charges “Banzai”, car la conquête de Singapour leur semble à présent à portée de la main !
………
Singapour, front nord-ouest – La progression de la 56e D.I. a eu un effet imprévu au départ – la 21e D.I. Western est enfermée dans ce qu’il faut bien appeler une poche dans le secteur de Simpang, entre les 56e, 27e et 18e D.I. japonaises ! Dans une zone dépourvue de sites propices à la défense, la 21e D.I. va tenter, selon les ordres de Lord Gort, de faire payer le prix fort aux Japonais et de gagner le plus de temps possible.
En effet, la 21e D.I. ne peut espérer aucun secours des Brigades Chinoises à l’est, épuisées, ni de la 17e Division Indienne à l’ouest. Cette dernière s’est retranchée avec la 9e Division Indienne dans les collines couvrant le réservoir de Seletar et la route de Mandai, entre Nee Sonn et Mandai. Face à ces unités, les 9e et 5e D.I. japonaises – appliquant, elles, les ordres de Yamashita avec rigueur – se contentent d’engager l’adversaire pour le bloquer et de se réorganiser.
………
Singapour, front sud-ouest – A l’aile droite japonaise, la 33e D.I. japonaise tient le front et se montrer elle aussi très prudente.

Campagne du Pacifique Sud – Deuxième bataille de Savo
Les plans
(voir appendice 6) – Pour soutenir l’Armée et préparer la reconquête de l’île de Guadalcanal, la Marine Impériale a décidé d’infliger aux Américains débarqués un bombardement naval très puissant, avec la participation d’au moins un cuirassé. Or, trois de ses douze cuirassés sont au fond de la Mer de Chine, deux participent aux opérations contre Singapour, un (le Mutsu) est en réparations et deux (les Yamato et Musashi) sont impérativement réservés à la “bataille décisive”, de par les règles d’emploi des forces cuirassées impériales (le Musashi n’est d’ailleurs pas encore opérationnel). Comme l’état-major de la Flotte Combinée désire préserver les trois cuirassés rapides qui lui restent pour escorter ses porte-avions, le seul navire de ligne disponible est le Nagato. D’ailleurs, même si le compte-rendu de la réunion d’état-major ne le précise pas, il serait difficile d’envoyer plusieurs cuirassés, à cause de l’énorme consommation de mazout de ces navires. Le meilleur exemple de ce manque de carburant nous est donné par la décision prise le 26 de siphonner près de 3 000 tonnes de mazout des cuves du puissant Yamato pour avitailler les destroyers en route pour Guadalcanal.
« Le plan de bataille d’Abe avait été mis au point avec l’aide de Tanaka. Abe, qui avait convaincu l’état-major de la Marine Impériale d’autoriser le Nagato à participer au bombardement prévu contre les positions américaines sur Guadalcanal, désirait que son escadre fût dissimulée à l’ennemi aussi longtemps que possible. C’est pourquoi il décida de passer par le canal de Saint-Georges et de suivre un cap nord-est jusqu’à être hors de vue de la terre. Il espérait en effet que si ses navires étaient signalés, ils auraient l’air de se diriger vers Truk par la côte est de la Nouvelle-Irlande.
Une fois loin des côtes, l’escadre mit le cap au sud-est et longea les Salomon par le nord avant de passer entre Santa Isabel et Florida pour rejoindre la force de Tanaka. Ce dernier devait entrer dans la Baie de Guadalcanal en avant-garde, 4 000 mètres devant l’escadre de bombardement. En cas de rencontre avec l’ennemi à ce moment, il était prévu de réévaluer après l’action la décision de bombarder – un engagement violent aurait signé l’annulation du bombardement.
Si aucun ennemi n’était rencontré, Tanaka devait patrouiller dans la Baie au nord-ouest du groupe de bombardement. Celui-ci devait attaquer Red Beach et l’aérodrome de Tenaru pendant 60 minutes. Puis, tandis que le cuirassé prolongerait son action pendant 30 minutes, les croiseurs lourds iraient bombarder la zone de Tetere.
Pendant le bombardement, les trois destroyers de la 30e Division couvriraient l’est de la Baie ; il était même prévu que le Yayoi inspectât le navire hôpital mouillé près des récifs de Sealark Channel et lui laissât certains documents, si le navire se conformait bien aux conventions internationales. »
(Jack Bailey, Un Océan de flammes – La guerre aéronavale dans le Pacifique)
………
Côté américain, les reconnaissances ont laissé envisager la possibilité de l’envoi d’une force navale substantielle chargée de bombarder l’aérodrome de Tenaru. La force placée sous le commandement de Norman Scott a donc reçu pour mission de couvrir les Marines de Guadalcanal contre l’action d’une flotte de surface ennemie. Les deux cuirassés de classe North Carolina (les North Carolina et Washington) lui ont été confiés (leur division est commandée par le contre-amiral John J. Wilcox, sur le Washington). Faute d’engagement naval, la flotte devra bombarder les positions japonaises durant 30 à 40 minutes.
« Scott avait retenu la leçon de l’échec de Crutchley : il fallait éviter de disperser ses forces. Mais une formation unique rassemblant tous ses bâtiments risquait d’être peu maniable. Il avait donc décidé d’adopter une formation en “longue ligne”, éclairée par un groupe de huit destroyers. Cependant, la présence de la force ABDF de Crace compliquait sa tâche, avec ses navires de types variés appartenant à quatre nations. Scott avait donc décidé que la formation de Crace serait indépendante et chargée de servir d’appui rapproché aux destroyers américains.
Par ailleurs, il avait choisi de s’installer en dehors de la Baie, à l’ouest de Savo, où les îles voisines gêneraient moins ses radars.
Le groupe des huit destroyers devait patrouiller au nord-ouest, du côté d’où proviendrait la menace, et attaquer l’ennemi dès qu’il l’aurait aperçu, afin de le désorganiser et d’occuper ses destroyers. Il décrirait un cercle de 4 000 mètres de diamètre environ, avec dans l’ordre : Farragut, Worden, MacDonough, Dale, Lang, Stack, Sterett, Selfridge.
A peu de distance en arrière de cette flottille viendraient les navires de l’ABDAF. Les croiseurs seraient emmenés par le Shropshire, suivi par le Duquesne, le Brisbane, l’Achilles et le Tromp. A 2 000 mètres par tribord avant, l’Arunta mènerait les Hollandais, Van Ghent, Van Nes, Witte de With et Isaac Sweers.
Si la force principale ennemie se composait de croiseurs (ce que les premiers renseignements indiquaient), l’escadre de Crace suffirait à les accrocher, les destroyers ayant l’ordre de se lancer à l’attaque, et les cuirassés achèveraient le travail. Si la force ennemie comprenait un cuirassé (éventualité qui devenait de plus en plus probable avec le temps), les croiseurs de Crace devaient le distraire et l’illuminer plutôt que tenter une attaque à la torpille, pendant que les cuirassés s’approcheraient pour écraser l’adversaire.
La task-force de Scott était conduite par le CA San Francisco, suivi des BB Washington et North Carolina et du CA Salt Lake City. Venaient ensuite le CL Honolulu, le CLAA Atlanta et les DD Farenholt, Aaron Ward et Phelps ; ces derniers étaient chargés de guetter un groupe de destroyers susceptibles de s’infiltrer près des cuirassés pour les torpiller, comme, pensait-on, ils l’avaient fait pour le groupe chargé de garder le passage au sud de Savo.
Tout trafic dans la Baie avait été interrompu. »
(Jack Bailey, op. cit.)
………
L’entrée en scène – Comme prévu, quand les forces japonaises quittent Rabaul, Abe met le cap au nord-nord-est. Il est effectivement aperçu et signalé par un coastwatcher, qui croit voir deux cuirassés et des destroyers. Tanaka, cap au sud-est, est aperçu à deux reprises, par deux groupes de coastwatchers sur la côte sud de Bougainville. Le premier annonce trois croiseurs et des destroyers. Le second parle de quatre croiseurs. Les reconnaissances aériennes alliées sont handicapées par une épaisse nébulosité et des pluies nombreuses, mais les rapports des coastwatchers conduisent Ghormley à supposer qu’un grand convoi de ravitaillement japonais se dirige vers Guadalcanal, en profitant du temps très défavorable pour échapper à un raid aérien. Il prend donc la décision fatidique d’envoyer son escadre de surface.
Néanmoins, il décide également de positionner Mitscher et son CV Hornet au sud de Guadalcanal, pour pouvoir attaquer d’éventuels Japonais le lendemain. Mais Mitscher se heurte à une météo de plus en plus mauvaise. Si ce n’est pas la saison des cyclones en Mer de Corail, des tempêtes tourbillonnaires tropicales peuvent se former dans cette mer à tout moment de l’année. L’une d’elles, qui se préparait depuis plusieurs jours, atteint à présent une grande violence dans le nord de la région. Elle vient du sud-est, avec de multiples couches nuageuses, des pluies diluviennes et une mer très agitée en dehors de la chaîne d’îles. Le long des crêtes montagneuses des plus grandes îles, les influences orographiques provoquent de puissants orages qui réduisent fortement la visibilité. Tandis que Mitscher fait route au nord-ouest, en plein cœur de la tempête, il rencontre de très mauvaises conditions météo – vent violent, mer forte, rafales de pluie et faible visibilité. Les opérations aériennes sont très difficiles dans la tempête.
De plus, le mauvais temps rend l’utilisation du radar extrêmement hasardeuse, à cause des pluies très denses qui perturbent le retour des ondes. Enfin, les violents orages gênent gravement les communications. Celles des Alliés sont très perturbées et celles des Japonais sont presque coupées.
Les reconnaissances de la Marine Impériale dans la région sont tout aussi peu satisfaisantes que celles des Alliés. Le seul rapport reçu par Abe vient d’un sous-marin, qui signale avoir repéré par hydrophone une formation ennemie comptant de nombreux navires, 100 nautiques au sud de Guadalcanal. Le sous-marin a tenté de poursuivre cette formation en surface, mais n’a pu qu’entrevoir de loin les navires avant d’être semé ; il lui a semblé voir un croiseur lourd ou un cuirassé…
Abe comme Scott estiment donc que des forces ennemies importantes sont sorties, mais chacun pense disposer d’une confortable supériorité.
12h15 – Tanaka ordonne de monter à 25 nœuds et ses navires filent vers le Slot. « Je pense que nous allons affronter d’importantes forces ennemies la nuit prochaine, et le combat sera rude » a déclaré le contre-amiral à ses hommes. Lorsque Yamamoto lui demandera, quelques semaines plus tard, ce qui expliquait cette prévision, Tanaka répondra qu’il avait d’abord eu un très puissant pressentiment le 30 à son réveil, et que, dans la matinée, la notion d’un important trafic radio allié était venu nourrir ce pressentiment. « J’étais à Rabaul depuis plusieurs mois, expliquera-t-il, et j’avais davantage confiance dans les interceptions radio de la station locale de la Marine que l’amiral Abe, qui était un peu un étranger dans la région. » Quoi qu’il en soit, il ordonne à ses bâtiments d’arborer une bande blanche d’un mètre de large et sept de long de chaque côté de la passerelle – c’est devenu sa marque de reconnaissance.
18h49 – Le soleil se couche et, sur des dizaines de bâtiments, les hommes se préparent à l’action. Dans la Baie, le seul point lumineux est le HMAHS Wanganella, mouillé non loin des récifs de l’extrémité est, mais même ses feux sont partiellement masqués de façon à n’éclairer que ses ponts et ses flancs.
20h00 – L’escadre de Scott approche de Guadalcanal par le sud-ouest, filant 20 nœuds. Scott est convaincu que ses chances d’écraser les Japonais sont meilleures en les affrontant hors de la Baie, assez loin de la terre pour que ses radars soient le plus efficaces possible. Mais il sait que la météo ne l’aidera pas. De violents orages grondent au dessus des montagnes des Salomon. La visibilité est inégale, de médiocre à nulle, sous dix dixièmes de couverture nuageuse, entre des voiles de brume et des grains poussés par de fortes bourrasques.
20h15 – Le HMNZS Achilles, victime d’une panne d’une pompe à mazout, est forcé de réduire sa vitesse à 12 nœuds. Crace lui ordonne d’aller s’abriter dans la Baie (quand il pourra y parvenir) et l’équipage voit s’éloigner la flotte. Craignant de rater une action après deux ans et demi de patrouilles ennuyeuses, les hommes s’activent avec frénésie pour réparer…
21h00 – Obéissant aux ordres reçus, le capitaine Iishi quitte sa tanière fluviale, emmenant deux canonnières et quatre vedettes lance-torpilles, qu’il dispose en trois groupes de deux dans le passage entre Savo et Guadalcanal. Lui-même croise avec deux des vedettes à quelque distance du rivage, comme son expérience le lui a appris. Ce faisant, il s’inquiète du manque d’entraînement et de préparation des quatre équipages novices qu’on lui a envoyés en renfort – mais il n’a d’autre choix que de les utiliser.
22h00 – Tanaka aperçoit la flotte d’Abe. Après un échange de signes de reconnaissance avec des lampes à éclats masquées, la formation file à 25 nœuds vers le passage entre Savo et Florida.
Au même moment, dans une sorte de jeu de scène vaudevillesque précédant la tragédie, l’escadre de Scott double la pointe ouest de Guadalcanal, cap au nord.
23h00 – L’escadre de Scott atteint sa zone de patrouille, à l’ouest de Savo. A 15 nœuds, cap au 025, il attend que les Japonais débouchent du Slot, dans le 315. Mais il ignore qu’il est en retard. Au même instant, l’escadre d’Abe, qui pénètre dans la Baie de Guadalcanal, est une quinzaine de nautiques plus à l’est. Les historiens navals débattront longtemps de ce qui se serait passé si Scott était arrivé une heure plus tôt…

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les Japonais apprennent que leur dépôt de Middle Camp a été attaqué et incendié. En pratique, leur ligne de ravitaillement est coupée et il ne leur reste plus qu’à battre en retraite. Minchin pousse ses hommes à la limite de leurs forces pour poursuivre l’ennemi, mais ils sont au bout du rouleau – sur les 150 hommes qui ont choisi de l’accompagner le 8 août, il n’y en a plus que 30 qui soient capables de marcher. Ses troupes fraîches (les hommes de l’AIF) font de leur mieux, mais leur acclimatation n’est pas complète. La poursuite durera pourtant dix jours !

Piste de Kokoda – Le 2/10e atteint Kokoda en début de matinée. Il y a encore dans le secteur une cinquantaine de Japonais, qu’il faut tuer jusqu’au dernier, et six Australiens vont y perdre la vie. A midi, Kokoda est repris.
La nouvelle atteint très vite Port Moresby, et elle est annoncée par le bulletin d’informations du soir à la radio dans toute l’Australie. Le pays est littéralement électrisé. Les Australiens ont infligé aux Japonais une défaite nette et sans bavure ! Un bulletin de victoire rédigé par Wootten est largement diffusé. Il souligne que les efforts de l’AMF pour arrêter les Japonais ont permis la victoire offensive remportée par l’AIF, propos très appréciés par la population. Sa dernière phrase sera reprise par de nombreuses affiches de propagande : « Ce n’est pas l’AIF ou l’AMF qui combat le Jap. Pas ici. Ce sont des soldats australiens. »

Milne Bay - L’aviation de l’Armée japonaise déploie sur la piste de Gurney des chasseurs Ki-43 “Oscar”, des bombardiers Ki-48 “Lily” (bimoteurs) et Ki-51 “Sonia” (monomoteurs), ainsi que deux Ki-15 “Babs” de reconnaissance.
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 12:40    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 6
Deuxième Bataille de Savo (30-31 août 1942)

(Battle of the Sound pour les Américains, Deuxième Bataille de Guadalcanal pour les Japonais)
Les forces en présence

Marine Impériale japonaise
Groupe de Bombardement
(contre-amiral Hiroaki Abe)
BB Nagato
5e Division de Croiseurs
CA Myoko (CV Teruhiko Miyoshi) (amiral)
CA Maya (CV Shunsaku Nabeshima)
CA Takao (CV Bunji Asakura)
4e Escadron de Destroyers (contre-amiral Tomatsu Takama)
CL Yura (CV Shiro Sato) (amiral)
9e Division de Destroyers (CV Yasuo Sato)
DD Minegumo (LV Yasuatsu Suzuki)
DD Natsugumo (LV Moritaro Tsukamoto)
DD Harusame
30e Division de Destroyers (CV Shiro Yasutake)
DD Mutsuki (LV Hatano)
DD Yayoi
DD Uzuki

Groupe d’Avant-Garde (contre-amiral Raizo Tanaka)
18e Division de Croiseurs
CL Yubari (amiral)
CL Tatsuta
Détachement du Sentai 9 de la Flotte Combinée
CLTT Kikatami
Escadron de Destroyers des Mers du Sud
DD Kuroshio
DD Oyashio
DD Hatsukaze
DD Hayashio

Flottille de vedettes rapides de Guadalcanal
Vedettes lance-torpilles G-1, G-3, G-5, G-7, vedettes canonnières H-11, H-12.

Marines alliées
Task Force 64
(contre-amiral Norman C. Scott, USN)
CA San Francisco (CV Charles H. McMorris) (amiral)
BB Washington (C-A John J. Wilcox)
BB North Carolina
CA Salt Lake City
CL Honolulu
CLAA Atlanta (CV Samuel P. Jenkins)
12e Escadron de Destroyers
DD Farenholt (LV Eugene T. Seaward)
DD Aaron Ward (LV Orville F. Gregor)
1er Escadron de Destroyers
DD Phelps (LV Edward L. Beck)

Force ABDF (contre-amiral J.G. Crace, RN)
CA Shropshire (amiral) (RN)
CA Duquesne (MN)
CL Brisbane (RAN)
CL Achilles (RN, NZ Squadron)
CL Tromp (RNN)
DD Van Ghent (RNN)
DD Van Nes (RNN)
DD Witte de With (RNN)
DD Isaac Sweers (RNN)
DD Arunta (RAN)

Groupement de destroyers
2e Division de Destroyers
DD Farragut (LV George P. Hunter)
DD MacDonough (LV Eric V. Dennet)
DD Dale (LV Anthony L. Rorschach)
DD Worden (LV William G. Pogue)
14e Division de Destroyers
DD Lang (LV John Wilfong)
DD Stack (LV Alvord J. Greenacre)
DD Sterett (LV Jesse G. Coward)
4e Escadron de Destroyers
DD Selfridge (LV Carroll D. Reynolds)


Unités n’ayant pas directement participé à la bataille
Task Force 17 (contre-amiral Mitscher)
CV Hornet
BB South Dakota
CA Pensacola
CLAA Juneau, San Diego
ComDesRon 2 : DD Anderson, Barton, Hughes, Mustin, Russel

Task Force 41 (contre-amiral Charles A. Lockwood et CV R. W. Christie)
S-39, S-41, S-43, S-44, S-46 (USN)
2e Flotille Sous-Marine d’Extrême-Orient : Sfax, Bévézier, Sidi Ferruch (MN)
1ère Flotille Sous-Marine d’Extrême-Orient : Pascal, Le Tonnant, Le Glorieux (MN)

Groupe de transport rapide et de mouillage de mines (opérant de Port-Vila, administrativement rattaché à la Force ABDF)
CL Emile Bertin, Lamotte-Piquet (MN)
APD Stuart (RAN)
APD Colhoun, Gregory, McKean (USN)
SST Bass, Bonita (USN)

Groupe d’escorte et de transport rapide (contre-amiral Turner)
CLT Jeanne d’Arc (MN)
DD Blue, Dewey, Helm, Hull, Jarvis, Ralph Talbot, Wilson (USN)
Aviso D’Iberville (MN)
Avisos Van Kinsbergen, Flores, Soemba (RNN)
ML Willem van de Zaan (RNN)
MS Eland Dubois, Jan van Gelder (RNN)
DMS Hopkins, Hovey, Southard, Zane (USN)
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 12:43    Sujet du message: Répondre en citant

A l’aile droite japonaise, la 33e D.I. japonaise tient le front et se montre elle aussi très prudente.
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 14:17    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Jubilé.
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 14:23    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
ces derniers étaient chargés de guetter un groupe de destroyers susceptibles de s’infiltrer près des cuirassés pour les torpiller, comme, pensait-on, ils l’avaient fait pour le groupe chargé de garder le passage au sud de Savo, lors de la première bataille du même nom.

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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 14:42    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Citation:
ces derniers étaient chargés de guetter un groupe de destroyers susceptibles de s’infiltrer près des cuirassés pour les torpiller, comme, pensait-on, ils l’avaient fait pour le groupe chargé de garder le passage au sud de Savo, lors de la première bataille du même nom.


Oui, il faut préciser.
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mescal



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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 16:50    Sujet du message: Répondre en citant

Tiens, plus de Yamato...
Suspens ... que va-t-il advenir du North Carolina maintenant ?? Wink

Citation:
leur division est commandée par le contre-amiral John J. Wilcox, sur le Washington)

Sauf erreur de ma part, il s'agit de John W. Wilcox (celui qui OTL tombe à la mer en Atlantique).
Auquel cas, on va avoir un probleme de seniorité : Wilcox est bien plus ancien dans le grade que Scott, ayant été promu contre-amiral avant-guerre, alors que Scott est promu en 42.
Du coup, c'est lui qui devrait commander l'ensemble - cf. le problème Callaghan/Scott OTL le 13 Novembre.

Citation:
22h00 – Tanaka aperçoit la flotte d’Abe. Après un échange de signes de reconnaissance avec des lampes à éclats masquées, la formation file à 25 nœuds vers le passage entre Savo et Florida.

Entre la météo décrite et le fait qu'il faille fusionner 2 formations, 25 noeuds semble assez suicidaire.

Petite question annexe sur la météo : elle est importée de la météo OTL à la même date ou c'est choisi arbitrairement pour la license artistique ?
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2013 17:20    Sujet du message: Répondre en citant

Wilcox - Scott : en effet, il y a là une exception provisoire. Je vais le préciser.

25 noeuds : c'est après la jonction (non la fusion) entre les 2 formations. Mais de toutes façons, 20 noeuds sont bien suffisants.

Si je me souviens bien (la toute première version remonte à lurette), la météo était une météo "typique" de certaines nuits dans le coin, mais pas exactement de cette nuit là. Disons que "C'était par une sombre nuit de tempête..." (la référence à Herman Wouk a été trouvée, qui trouvera celle-ci ? Wink )
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