Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Texte intégral, Asie-Pacifique, Août 1942
Aller à la page 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1942 - Le Pacifique
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 11:43    Sujet du message: Texte intégral, Asie-Pacifique, Août 1942 Répondre en citant

Ce texte intégral comprend de TRES IMPORTANTES modifications par rapport à l'ancienne version. Je vous laisse les découvrir. De nombreux auteurs ont été impliqués. Sachez déjà que, remaniement après remaniement, le texte a grossi considérablement...




Août 1942
2 – La guerre en Asie-Pacifique
Iles Salomon : batailles « décisives »… ou guerre d’usure ?

1er août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Brisbane
– Dans la nuit, quatre G4M1 de Tenaru attaquent la ville. Les dommages sont minimes, mais la défense commence enfin à s’organiser efficacement : un Defiant de la RAAF abat un des bombardiers, qui s’écrase en mer avec tout son équipage.
………
Guadalcanal – Tenaru est attaqué par deux B-17 et trois Manchester. Un dépôt d’essence est incendié.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Des éléments de la Force Horito explorent les premiers kilomètres de la piste de Bulldog, le long de la rivière Bulolo. Ils tombent dans une embuscade de la Force Kanga, tendue à trois heures de marche vers le nord-est en direction de Kaisenik, et perdent huit hommes. Horito ordonne alors à 200 hommes de faire mouvement dans la nuit et d’attaquer dès l’aube les positions de la Force Kanga.
………
Piste de Kokoda – Après presque trois semaines de préparation et de patrouilles, Wootten commence à avancer sa 18e Brigade sur la Piste de Kokoda le long d’Eora Creek. Les Japonais, qui se sont eux aussi renforcés, les attendent au village d’Eora. De Templeton’s Crossing au village, il n’y a que six km, mais le terrain est accidenté – deux heures et demie de marche difficile pour un homme en forme et ne portant aucune charge. Sur les deux premiers km, les Japonais n’opposent aucune résistance. Ils ne vont commencer à se raidir qu’à 3 km du village.
Il faut rappeler que la piste qui va de Templeton’s Crossing à Eora suit la rive droite du canyon d’Eora Creek. Avant d’atteindre le village, la piste grimpe à flanc de montagne au milieu d’une forêt vierge saturée d’humidité jusqu’à ce que le grondement du torrent glacé qu’est Eora Creek ne soit plus perceptible. De la piste, dans la jungle, la visibilité est nulle – dix mètres, peut-être. La piste traverse à angle droit quatre crêtes en lame de couteau avant de plonger dans la pente jusqu’à la saillie où s’accroche le village d’Eora, puis va retraverser le torrent.
Wootten fait progresser quatre compagnies de front. Les hommes cheminent au milieu d’une jungle épaisse où l’eau dégouline de toute part, sur d’épaisses couches de mousses et de champignons et des amas de feuilles pourries. A chaque pas, les soldats de l’AIF découvrent des preuves de la résistance acharnée opposée par l’AMF durant leur retraite après la bataille d’Eora Creek – et notamment les restes de beaucoup de ceux que plus personne n’appelle “Chocolate soldiers”, qui dorment de leur dernier sommeil. Il faut ramasser les plaques d’identité et marquer les endroits où reposent les corps.
La première crête est atteinte sans incident avant la tombée de la nuit. Au sommet se trouve un arbre, un parmi des milliers d’autres, mais à son pied est allongé le cadavre pourrissant d’un homme qui fut de haute taille. Tout autour de lui gisent les restes de onze Japonais. C’est Sam Templeton. La crête est immédiatement baptisée Templeton’s Stand.
………
Milne Bay « A la pointe est de la Nouvelle-Guinée, Milne Bay est en forme de rectangle allongé d’ouest en est sur une trentaine de km et large d’une douzaine. Elle est ouverte à son extrémité est, entre le détroit de Chine, au sud-est, et la péninsule du Cap Est, au nord-est. La baie est donc très abritée, entourée de trois côtés par de pentes raides et boisées, ne donnant sur la mer que par des mangroves ou par d’étroites bandes de terre marécageuse entrecoupées de zones plus sèches, sablonneuses et semées d’innombrables palmiers et cocotiers. Quoique la baie soit assez profonde, les seuls points de la côte où il soit impossible de débarquer sont les mangroves. Si, le long des bords nord et sud de la baie, la bande côtière ne fait jamais plus de 1 500 mètres de large, et souvent deux ou trois fois moins, elle s’élargit à l’extrémité ouest en une plaine côtière de 6 à 8 km de large, avant de rencontrer les collines.
Milne Bay est en général très humide, et plus humide encore pendant la saison des pluies, qui commence en juillet. Elle est également réputée comme l’une des capitales mondiales du paludisme, tant par le nombre et la férocité de ses moustiques que par la virulence de ses parasites sanguins – des Plasmodium falciparum, le membre le plus redoutable de la famille Plasmodium.
C’est dans cette villégiature enchanteresse que l’armée australienne avait envoyé la 7e Brigade de la 1ère Division de l’AMF, venant du Queensland (Brisbane) et commandée par le Brigadier Field. La 7e comprenait les 8e, 25e et 61e bataillons d’infanterie, le 5e Royal Australian Artillery et le 7e Royal Australian Engineers. La 18e Brigade commençant à arriver à Port Moresby, l’état-major avait décidé de renforcer la 7e Brigade avec le 53e Bataillon de la 30e Brigade, stationnée à Port Moresby et censée être acclimatée, puis avec la 15e Brigade. Mais les quatre bataillons de cette brigade (57e, 58e, 59e et 60e) arrivaient de l’Etat de Victoria et les hommes n’étaient nullement acclimatés, ce qui réduisait sévèrement leur capacité de travail. Le pire était qu’ils persistaient, malgré les conseils, à porter des shorts et à relever leurs manches, voire à ne pas mettre de chemise chaque fois qu’ils le pouvaient… ce qui les rendait très vulnérables aux piqûres de moustiques, donc au paludisme.
Le major-général Clowes commandait l’ensemble de la région. Sa tâche principale était de construire des infrastructures. Il disposait pour cela du 7e Bataillon des RAE et de quelques compagnies du génie de l’US Army. Ces troupes installèrent assez rapidement deux pistes aériennes à l’angle nord-ouest de la baie, près du village de Gili-Gili (Turnbull, sur Swinger Bay, au nord-est du village, et Gurney, 3 km à l’ouest du village). On construisit aussi des appontements près de la Mission Ladava et un réseau routier décent. Les conditions de travail des hommes du génie étaient atroces. Choisir les endroits où installer les terrains avait été facile, mais élargir trente km de pistes, les renforcer de plaques métalliques, creuser tout le long des fossés de drainage et remplacer les dix-sept ponts de bois légers par des structures capables de supporter le passage d’un camion de 10 tonnes à pleine charge avait été une tâche herculéenne. Et tout cela avait dû être fait avant que les pluies ne transforment les routes en question en bourbiers infranchissables. A l’ouest de Waigani (à 8 km environ de Gili-Gili), il n’y avait plus que des pistes.
Au début d’août, il y avait là trois squadrons de la RAAF : le Sqn 75, sur Hurricane, le Sqn 76, sur Boomerang et Wirraway, pour l’appui au sol, et le Sqn 100, sur Beaufort, dont on espérait beaucoup. La base n’avait pourtant pas été prévue pour recevoir autre chose qu’un squadron de chasse, et l’état des deux pistes posait d’énormes problèmes, en dépit des revêtements en plaques Marsden. Les pistes étaient souvent recouvertes par 5 à 10 cm d’eau et il était fréquent que les avions aquaplanent et aillent s’enliser au bord de la piste dans le sol mou et spongieux. Ces difficultés épargnaient heureusement les hydravions Saro Lerwick du Sqn 11, installés au creux de la baie. En revanche, l’humidité omniprésente affectait gravement les appareils de l’unité de radar N° 37, qui étaient souvent en panne.
Clowes avait aussi fait construire une solide ligne défensive le long de la mer, de la Mission Ladava au sud-ouest jusqu’à l’embouchure de Point Creek, au nord-est, près du point où la piste de Turnbull touchait presque la mer. La partie est de cette ligne était défendue par le 53e Bataillon. Le QG de la 15e Brigade avait été établi à Gili-Gili et ses unités couvraient la côte à l’est du 53e Bataillon, jusqu’à la Mission K.B. Le QG de la 7e Brigade était à Hagita House, au sud de la piste de Gurney, et ses unités couvraient la côte au sud-ouest.
Toute cette installation n’avait pu se faire que grâce à des transports par mer et notamment à deux petits cargos, les AK Anshun (3 188 GRT) et Anking (3 472 GRT), tous deux de la China Navigation Co et filant à la vitesse raisonnable de 12 nœuds. Six bâtiments de guerre devaient les couvrir : le DD neuf Warramunga (classe Tribal, mis en service à la hâte), les DD anciens Thracian, Vampire, Vendetta et Voyager et les avisos Swan et Yarra (tous de la RAN, sauf le Thracian, de la Royal Navy).
………
Le commandement allié avait bien pressenti que la stratégie japonaise ne s’en tiendrait pas à l’attaque de Lae/Wau (en mars) et de Buna-Kokoda (en mai). Milne Bay était en effet en troisième position sur la liste des cibles de la Marine Impériale en Nouvelle-Guinée. Son attaque devait utiliser les mêmes transports et les mêmes navires de guerre que celle des deux premiers objectifs. La flotte d’invasion de Milne Bay était ainsi composée :
– Force principale : CLTT Ôi (amiral), CL Tama, DD Asagao, Fuyô, Minekaze, Okikaze et Sawakaze, AC Yakumo, Izumo et Iwade (1), ML Okinoshima, ravitailleur d’hydravions auxiliaire (AV) Kunikawa Maru (avec 8 x A6M2-N et 4 x E13A1), transports AK Bangkok Maru (5 350 GRT), AK Nankai Maru et Nana Maru (3 500 GRT), AK Ka Maru n°4 et Ka Maru n°33, LSI Shinshu Maru et Mayasan Maru, LSV(A) Koryu Maru n°1 et Koryu Maru n°2.
– Force d’appui : 2 x dragueurs de mines auxiliaires (AMS) type 1 (2) et 4 x chasseurs de sous-marins auxiliaires (ASC) type Cha-1 (3), 8 x péniches de débarquement de 17 m (39 t, 10 nœuds, chargées de ravitaillement). »
(D’après B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)


Campagne de l’Océan Indien
Trincomalee, 22h30
– Commandée par le vice-amiral Sommerville, la flotte britannique de l’Océan Indien (4) lève l’ancre et met le cap sur les îles Nicobar.

Notes
1 - Ces “croiseurs cuirassés” étaient des antiquités qui plafonnaient à 14 nœuds et portaient 4 x 8 pouces/40, 4 x 6 pouces/40, 7 x 75 mm AA, 12 x 25 mm AA.
2 - 222 GRT, 9,5 nœuds, 1 x 75 mm AA et 3 x 25 mm AA.
3 - 135 GRT, 11 nœuds, 2 x 25 mm AA.
4 - BB Nelson (amiral) et Rodney ; CV Illustrious et Indomitable ; CL Fiji, Gloucester, Newfoundland, Sheffield et Trinidad ; CLAA Charybdis et Phoebe ; DD Antelope, Ithuriel, Jervis, Napier, Nestor, Partridge, Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam et Raider.


2 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouvelle-Calédonie
– Le nouveau complexe d’aérodromes de la plaine des Gaiacs (au centre de la côte ouest) est déclaré opérationnel. Il possède une piste de 2 300 m, une de 1 700 m et huit petits terrains d’urgence. Le terrain de La Tontouta, un peu plus au sud sur la plaine des Gaiacs, à 90 km de Nouméa, doit être fermé pendant deux mois pour remise en état : il faut achever de réparer les dégâts du raid japonais et l’usure liée à une utilisation intensive depuis plusieurs mois.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les 80 soldats de la Force Kanga qui barrent la route à la Force Horito repoussent la première attaque, tuant une vingtaine d’assaillants, mais perdant douze hommes. Les survivants se replient lorsque leurs éclaireurs leur apprennent que les Japonais ont entamé un mouvement tournant. Ils vont rejoindre le “gros” de la Force Kanga trois heures de marche plus loin, à une heure de marche au sud-ouest de Winima. Harcelés par quelques tireurs isolés (des Papous engagés dans les New Guinea Volunteers Rifles), les Japonais vont mettre plus de deux jours pour regrouper leurs forces et rejoindre leurs adversaires.
………
Piste de Kokoda – Avant l’aube, les hommes de la 18e Brigade se remettent en marche.
A la deuxième crête, ils rencontrent leurs premiers Japonais et une série de brèves actions commence, opposant des petits groupes, sections ou escouades. Les Japonais ont construit de nombreuses petites positions très bien camouflées. Chacune oppose une résistance brève quoique mortellement dangereuse, mais les défenseurs se replient quand les Australiens commencent à les envelopper.
La troisième crête est plus sérieusement défendue, autour de quatre petites saillies. Chacune de ces positions comprend quinze ou vingt trous d’hommes autour d’un nid de mitrailleuse légère. Le tout est si bien caché que les hommes de l’AIF ne découvrent la présence de l’ennemi que lorsque des tirs venant de positions impossibles à voir à plus de quelques mètres éclatent au milieu d’eux, provoquant de lourdes pertes.
Petit à petit, les Australiens avancent et entourent les positions japonaises, mais il faut alors les prendre d’assaut et aller chercher chaque Japonais de son trou en lançant une micro-attaque féroce. Les Japonais – une compagnie environ – combattent cette fois jusqu’à la mort. Peu avant le crépuscule, la dernière des quatre positions est nettoyée. Les Australiens passent la troisième crête et se dirigent vers la quatrième.
C’est là la principale ligne de défense japonaise, devant le village d’Eora. Un orage de tirs venus de mitrailleuses légères et de lance-grenades repousse alors les attaquants jusqu’à l’abri de la troisième crête. Dans la nuit, les deux compagnies les plus touchées sont relevées. Leurs remplaçantes sont immédiatement engagées dans une série de petites attaques de reconnaissance. Peu après minuit, les combats s’apaisent. Trois compagnies accrochent l’ennemi de face et la quatrième commence à contourner son flanc, mais elle aura besoin de toute la nuit pour y arriver.
………
Milne Bay – Milne est attaqué pour la première fois, par quatre A6M2 et quatre G3M venus de Lae. Trois Hurricanes sont détruits au sol et un Lerwick est coulé au mouillage. Le radar est en panne, mais six Hurricane en patrouille interceptent les Japonais sur le chemin du retour et abattent deux des bombardiers avant de perdre l’un des leurs sous les coups des Zéro (le pilote se parachute dans la baie). Quatre Hurricane de renfort arriveront le lendemain de Port Moresby.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de la côte est de l’Australie, 04h50 (opération Oni, Phase 3c)
– Le Ro-67 torpille le caboteur Melida B (250 GRT, allant de Taree à Sydney avec un chargement de beurre), qui navigue sans escorte au nord de Port Stephens. Le sous-marin a en effet pris le petit navire (qui, selon les consignes de la Marine Impériale, aurait dû être canonné) pour un vaisseau de 1 500 GRT. Sur cette modeste victoire, le sous-marin rentre à Kwajalein.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.


3 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouvelles-Hébrides
– Dix-huit PBY-5 (15 de l’US Navy, 3 de la Marine Nationale) arrivent à Espiritu Santo, qui doit jouer le rôle de base avancée pour Watchtower. Ils doivent être équipés d’instruments de détection de radar, ainsi que deux Hudson de la RAAF basés à Port-Vila (Efaté).

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Juste avant l’aube, mitrailleuses et mortiers australiens ouvrent le feu, visant ce qu’ils peuvent voir des positions ennemies, et l’assaut commence. Le combat se déroule sous une pluie battante et froide, qui tombe sans discontinuer tandis que de sauvages orages électriques fouettent les sommets. Les nuages bas qui écrasent le champ de bataille sous un couvercle gris acier donnent à la scène un aspect presque mystique, mais la brume molle est pleine de métal hurlant. C’est un rêve (ou un cauchemar) pour un cinéaste – et de fait, la bataille est filmée ! En effet, la brigade est accompagnée de deux opérateurs de cinéma, dont le film deviendra le documentaire emblématique de cette campagne dans la “jungle d’altitude”, sans cesse repris au cinéma ou à la télévision chaque fois que l’on évoquera la guerre en Nouvelle-Guinée : Le Septième Cercle de l’Enfer : la seconde bataille d’Eora.
Le combat pour la quatrième crête est furieux, mais les hommes de l’AIF ont déjà beaucoup appris sous l’effet d’un brutal mécanisme darwinien – évolue ou meurs – et, moins rudement, grâce aux conseils des survivants de l’AMF. De front, de petits groupes d’hommes lancent une série d’attaques, mitraillant généreusement le pied des arbres et autres positions probables des Japonais. Les tirs des défenseurs infligent des pertes sévères à ces téméraires, mais leurs coups d’épingle couvrent le déclenchement d’une violente attaque de flanc lancée par l’ensemble de la compagnie qui a pu se placer en position de débordement. Les hommes doivent commencer par escalader une pente à 40°, mais ils n’en bousculent pas moins les Japonais, avant d’être contre-attaqués par une charge sauvage à la baïonnette, menée par des officiers brandissant leurs sabres. Le choc à l’arme blanche dure vingt terribles minutes. Dans la brume qui gêne toute tentative de les ajuster au fusil avant qu’il soit trop tard, deux des officiers sabreurs font un massacre dans l’infanterie australienne, avant d’être abattus à la baïonnette. Parmi les Australiens, deux ne sont armés que d’une caméra, mais ils réussissent à filmer les cinq minutes les plus sanglantes, et à survivre. L’un des opérateurs fixe ainsi sur la pellicule la mort de l’un des officiers japonais, tué par le sergent McKibbon (compagnie B, 2/9e Bat.), après deux interminables minutes de combat entre sabre et baïonnette.
A midi, les dernières poches où des Japonais résistent farouchement sur la crête sont exterminées. A ce moment, le 2/12e, formant une réserve raisonnablement fraîche, s’élance vers le village d’Eora. Les troupes percent les dernières résistances japonaises sur 800 mètres avant de déboucher des broussailles sur la zone découverte qui s’étend devant le village. Celui-ci n’est normalement qu’un misérable hameau de huttes moisies, mais les Japonais l’ont considérablement transformé. Les Australiens sont accueillis par des tirs extrêmement violents, pendant que la tempête se déchaîne – tonnerre, éclairs et pluie aveuglante poussée par un vent si violent qu’elle tombe presque à l’horizontale. Bloqués, les hommes cèdent à regret un peu de terrain et se retranchent à la lisière de la brousse. Il va falloir se battre pour Eora.
Visiblement, la lutte ne fait que commencer. Il n’y a nulle part, de Port Moresby à Kokoda, une meilleure position défensive où arrêter une force venant du sud. Venant de Templeton’s Crossing, le torrent dévale au fond d’une gorge humide, lugubre et toujours plus profonde jusqu’à ce qu’il reçoive un affluent arrivant du sud-est. Les remous créés par la rencontre de ces torrents ont creusé autour du point de confluence une sorte de vaste fosse. Là, les eaux froides bouillonnent et rugissent autour de blocs géants de roche dure. Juste au dessus et juste au dessous du confluent se trouvent deux ponts, tous deux reconstruits par les Japonais. Comme la piste, après avoir escaladé puis dévalé les crêtes, approche du premier pont, elle traverse une zone dénudée qui forme un parfait champ de tir, puis plonge jusqu’à une sorte de corniche où se trouve le hameau, avant de descendre encore plus bas, jusqu’au confluent. La piste est dominée sur trois côtés par des crêtes couvertes de jungle.
Les Japonais ont fortifié tout cela en y semant bunkers, tranchées et trous d’homme. Là, près de 2 000 soldats, avec deux batteries de canons de montagne de 70 mm, attendent les hommes fatigués du Brigadier Wootten. Leur principal handicap (que les Australiens ne peuvent évidemment qu’espérer) : ils manquent de ravitaillement.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de la côte est de l’Australie, 01h30 (opération Oni, Phase 3c)
– Le Ro-64 repère un nouveau convoi côtier et accélère à 16 nœuds pour se placer sur son avant. Mais au bout de 45 minutes, il subit un grave incident mécanique, qui réduit sa vitesse à 5 nœuds. Le mécanicien indique que l’un des moteurs est complètement hors service et qu’en tombant en panne, il a endommagé l’autre.
Le sous-marin se dirige alors vers Rabaul pour réparer. Le temps étant très mauvais et l’intervention d’avions étant peu probable, le commandant décide de prendre le risque de signaler ses ennuis par radio. L’I-6, en train de rentrer vers Kwajalein, capte le message et rejoint le Ro-64, qu’il accompagne jusqu’à Rabaul.
La phase 3c de l’opération Oni 1 est terminée. Elle s’est traduite par la destruction d’environ 35 500 GRT de tonnage marchand et d’une corvette. Mais l’âge et le manque de fiabilité croissant des Type Ro sont de plus en plus gênants.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

4 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouvelles-Hébrides
– Dix P-40E de l’AC20 se posent à Port-Vila (Efaté) afin d’assurer la couverture d’Espiritu Santo.
Plus au nord, le destroyer américain USS Tucker, qui assure l’escorte des convois entre Fiji, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, coule en tout début de matinée, après avoir sauté sur une mine. Dans la nuit, le navire s’était fourvoyé dans un des champs de mines posés moins de 24 heures auparavant par l’US Navy dans le Segond Channel, pour protéger le port principal d’Espiritu Santo.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Wootten demande l’aide de la RAAF et Boomerang, Wirraway et Battle font de leur mieux pour bombarder les positions japonaises. Les Hurricane de couverture sont attaqués à deux reprises par des Zéro venus de Lae. Trois Hurricane et deux Zéro sont abattus, mais les chasseurs japonais ne parviennent à passer qu’une fois l’écran australien – malgré une résistance acharnée, un Boomerang est abattu. Le pilote saute, son parachute s’ouvre juste au dessus du sol et le 2/9e Bataillon envoie aussitôt une escouade le récupérer. Elle y parvient malgré une patrouille japonaise, mais le pilote, blessé, refuse d’être évacué et demande à parler au Brigadier Wootten lui-même ! « Maintenant que j’ai vu la situation d’en haut et d’en bas, Sir, explique-t-il, je peux vous dire qu’on n’y arrivera jamais s’il n’y a pas avec vous un type de chez nous pour parler en direct aux pilotes qui essayent de vous aider. Je suis là, j’y reste. »

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Sydney (opération Oni, Phase 3d)
– La 13e Division de Sous-Marins (trois Type KRS, les I-121, I-122 et I-123, dûment remis en état), a reçu pour mission de créer un grand champ de mines au large de Sydney, avec un mélange de mines de contact classiques et de mines acoustiques allemandes, destinées à rendre le dragage plus difficile. Cette idée vient de la Kriegsmarine. La Marine Impériale possède quelques centaines de ces mines allemandes, mais elle n’a guère de chances d’en obtenir davantage et la production de mines acoustiques japonaises ne commencera pas avant le courant de 1943, d’où l’idée d’utiliser un petit nombre de mines allemandes pour “densifier” un champ de mines marines classique.
La 13e Division a quitté Kwajalein le 21 juillet, avec 42 mines de contact et 8 acoustiques (toutes posées par les tubes lance-torpilles) dans chaque submersible. Les 150 mines sont mises en place dans la nuit du 3 au 4 et les trois sous-marins repartent immédiatement pour Kwajalein. Ils ont l’ordre de ne tenter d’attaque à la torpille que si une très bonne occasion se présente. Seul l’I-122 pourra tenter sa chance, le 6 août, contre un gros cargo isolé, mais ses deux torpilles rateront leur but. Les sous-marins arriveront le 18 août à Kwajalein sans autre incident.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

Campagne de l’Océan Indien
Sumatra, 04h35
– D’une position au sud de la Grande Nicobar, les porte-avions de l’Amiral Sommerville lancent une formation de 10 Albacore et 8 Martlet II armés de bombes, escortés par 8 F4F-3A (de la Flottille AC-2). A l’aube, ces avions attaquent les casernements et les entrepôts japonais à Banda Aceh, surprenant les défenseurs, dont la DCA ne peut qu’endommager légèrement un Martlet.
10h30 – Le commandement japonais est informé de cette attaque menée par des avions visiblement venus de porte-avions. Le général Yamashita ordonne l’alerte générale dans tout le détroit de Malacca, craignant que ce raid n’annonce un nouveau convoi vers Singapour. En fait, ce n’est qu’une diversion destinée à détourner l’attention japonaise des Salomon.


5 août
Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– La plupart des hommes en état de combattre de la Force Kanga – environ 280 ! – barrent la piste de Bulldog sur une position dominant un gué du cours supérieur de la Bulolo. Les Japonais s’approchent avec précautions et passent la journée à reconnaître la zone. Ils découvrent que la position n’est pas facile à flanquer, et une attaque frontale par le gué de la Bulolo est hors de question.
………
Piste de Kokoda – Les combattants au sol récupèrent. A l’aube, un Lodestar hollandais dépose à Myola une radio de la RAAF et son opérateur pour contacter directement les avions. Tous deux sont expédiés en première ligne. Tard dans la soirée, ils rejoignent le pilote blessé.
………
Milne Bay – Ce jour-là, le radar de Milne fonctionne bien ! Treize Hurricane et neuf Boomerang se heurtent à douze A6M2 de Lae en patrouille offensive. Pour une fois, le ciel au-dessus de la baie est clair, les nuages habituels étant restés accrochés aux collines. Une furieuse bataille voit les pilotes australiens payer chèrement leur manque d’expérience. Trois Hurricane et deux Boomerang sont abattus, pour seulement deux A6M2. Cependant, les Australiens constatent que le Boomerang résiste honorablement en combat tournoyant contre le Zéro, bien qu’il soit plus lent – en revanche, comme on le savait déjà, le Hurricane, s’il est plus rapide, ne peut affronter l’A6M2 en duel tournoyant. Pendant ce temps, un C/J1N1 photographie la zone à haute altitude. Obstinés, les Australiens envoient de nouveaux avions de Port Moresby.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Opération Watchtower
Alors que, de l’autre côté de la planète, va démarrer une énorme opération, commence au cœur du Pacifique une bataille qui, bien qu’elle implique des effectifs infiniment moins nombreux, sera bien plus longue et aura sur la suite de la guerre mondiale un effet au moins aussi important.
En fin de matinée, un G4M1 de Tenaru en patrouille de routine aperçoit, environ 350 nautiques au sud de Guadalcanal, un convoi d’environ 25 transports, escorté de nombreux navires de guerre, cap au nord. Le G4M1 tente de suivre cette force et alerte sa base. Peu après, il signale qu’il est attaqué par des chasseurs basés sur porte-avions, puis disparaît des ondes.
Malgré le temps très médiocre pour la reconnaissance aérienne, deux hydravions E13A1 sont immédiatement envoyés et un raid de douze G4M1 armés de torpilles est préparé. Les huit autres G4M1 disponibles sont laissés de côté, car Tenaru ne possède plus d’autres torpilles.
A 14h00, l’un des E13A1 signale le convoi, qui n’a pas changé de cap. L’autre, envoyé plus à l’est, découvre « un porte-avions » 300 nautiques au sud-est de Guadalcanal, avant de cesser toute transmission.
Les douze G4M1 décollent, escortés par seize A6M2. Le temps est toujours très nuageux, et les G4M1 ne réussissent pas à trouver le convoi, mais au crépuscule, ils croient apercevoir les porte-avions. En fait, il s’agit des pétroliers Cimarron, Kanewha, Kaskaskia, Neosho, Platte et Sabine, escortés par deux croiseurs lourds et six destroyers. Ils sont aussi couverts par une CAP de neuf F4F Wildcat, qui voient arriver les Zéro à moyenne altitude, mais ne distinguent pas, dans le crépuscule, les bombardiers torpilleurs volant au ras de l’eau. Ils surprennent les chasseurs japonais et en abattent quatre, puis s’enfuient en piqué. Seuls deux, oubliant les consignes des vétérans de la Mer de Corail, se laissent entraîner en combat tournoyant et sont détruits.
Cependant, les G4M1 attaquent les pétroliers, mais l’intensité et l’efficacité de la DCA américaine les surprend. Quatre sont abattus, deux gravement endommagés, mais aucun ne renonce et deux d’entre eux parviennent à toucher le Neosho. La chambre des machines est détruite et le navire prend feu ; il est rapidement abandonné et sabordé.
A l’atterrissage à Tenaru, les deux G4M1 endommagés s’écrasent. La base japonaise ne possède plus que quatorze G4M1 opérationnels, et plus une seule torpille. Devant l’arrivée de la flotte alliée, l’état-major de la 24e Flottille Aérienne ordonne de replier les bombardiers sur Rabaul, ainsi que deux A6M2 en état de voler mais non de combattre. Quant aux autres chasseurs, plutôt que de les replier aussi, l’état-major décide de les conserver à Tenaru pour infliger un maximum de pertes aux avions ennemis dont l’attaque est prévisible.
Les hydravions de chasse et les hydravions légers de reconnaissance doivent eux aussi rester le plus longtemps possible à Tulagi. Cependant, la plus grande partie du personnel technique de l’hydrobase est évacuée par des hydravions H6K.
Vers 23h00, 4 B-17 de l’USAAF, 4 Hudson de la RNZAF, 9 Whitley, 3 Wellington et 12 Manchester de la RAAF attaquent Tenaru. Un coup heureux de la DCA abat un Whitley.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie (opération Oni, Phase 3e)
– La 19e Division de Sous-Marins (Kure) est composée de trois vieux bâtiments de type KD3A et B, les I-56, I-57 et I-58. La Sixième Flotte a décidé de prolonger la phase 3 de l’opération Oni en les envoyant sur la côte est de l’Australie. Venant de Kwajalein après une escale à Rabaul, les sous-marins sont arrivés entre le 27 et le 30 juillet dans leurs zones de patrouille : l’I-56 (KD3A) entre Brisbane et la frontière des Nouvelles-Galles du Sud, l’I-57 (KD3B) entre cette frontière et Wollongong, l’I-58 (KD3A) entre Wollongong et le détroit de Bass.
12h30 – L’I-56 aperçoit un convoi au large de Tweed Heads. Il effectue une attaque de jour très bien calculée et deux torpilles frappent le pétrolier américain Gulfbird (Gulf Oil Corporation, 10 208 GRT, en route pour Sydney avec de l’essence d’aviation), qui explose et coule à 13h00. L’escorte pourchasse l’I-56 quatre heures durant avec l’aide de deux Anson et un Botha venus de Caloundra. Une tache d’huile est repérée, pouvant indiquer que le sous-marin a été endommagé.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.


6 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Opération Watchtower

Les 14 Betty partent pour Rabaul, avec les deux Zéro endommagés.
Le déploiement d’une partie de la 24e Flottille Aérienne japonaise à Tenaru a donné des résultats dépassant les espérances. Plusieurs navires de fort tonnage ont été coulés, dont un pétrolier, deux cités australiennes ont été touchées par des bombardements et surtout par la menace de nouvelles attaques, l’activité de Nouméa a été très perturbée et bon nombre d’avions alliés ont été détruits. L’importance stratégique de Guadalcanal est confirmée.
En fin de matinée, six J1N bimoteurs se posent sur la piste de Tenaru, ravitaillent rapidement puis repartent à la recherche des porte-avions. L’un d’entre eux trouve le convoi, toujours cap au nord, 50 nautiques à l’ouest de Rennell. Deux autres sont repoussés par des Wildcat en patrouille, qui ne peuvent cependant les rattraper. Si les porte-avions ne sont pas repérés, leur présence est une certitude ! Les bimoteurs rentrent à Rabaul dans l’après-midi.
Un peu avant 16h00, les cuirassés North Carolina et Washington, escortés par les destroyers Aaron Ward, Farenholt et Grayson, se détachent de l’écran des porte-avions et filent à 25 nœuds vers Guadalcanal. Jusqu’à la tombée de la nuit, des patrouilles de Wildcat assurent leur couverture aérienne.
A Tenaru, le soir tombe sans que les Japonais aient vu venir les bombardiers américains attendus. Près de Tassafaronga, le lieutenant Iishi, qui a calculé assez justement l’heure d’arrivée des transports américains, a ordonné une révision complète de ses trois vedettes. Il compte sortir à partir de minuit.
« Ces vedettes sont arrivées deux semaines plus tôt et ont vite exploré leur zone d’opérations. Le lieutenant Iishi a rapidement abandonné les tactiques habituelles en eau froide, car les vedettes rapides laissent dans la région des traces (sillage et lame d’étrave) beaucoup plus visibles en raison de la phosphorescence des eaux. Ses petits bateaux de faible tirant d’eau sont parfaitement adaptés à ces conditions. Patrouillant à faible vitesse, entre 4 et 8 nœuds, sur leur moteur de croisière (un moteur de camion de 60 CV), ils sont pratiquement invisibles de nuit au-delà de quelques centaines de mètres. Ils passent totalement inaperçus sur un arrière-plan de terre, surtout si des vaguelettes font varier l’aspect du rivage, formant un motif irrégulier noir et blanc sur lequel les petites vedettes peuvent littéralement disparaître. Les tactiques favorites d’Iishi sont proches de celles indiquées aux Japonais par les Allemands et les Italiens : embuscade furtive et fuite rapide. Il a été informé sur les possibilités des radars et sait que l’ennemi en est équipé. Enfin, il a étudié avec attention le secteur, notamment les récifs, où le tirant d’eau de deux pieds de ses vedettes lui permet de passer là où personne d’autre ne le pourrait. » (Jack Bailey, Un Océan de Flammes– La guerre aéronavale dans le Pacifique)
22h20 – L’escadre de bombardement américaine a pénétré dans la baie. S’orientant sur les reliefs des côtes que laisse entrevoir un mince croissant de lune, les deux cuirassés ne tardent pas à commencer leur bombardement. Les dix-huit canons de 16 pouces martèlent la zone de Tenaru pendant une heure, faisant de nombreux dégâts, semant plusieurs énormes cratères sur la piste et détruisant une demi-douzaine de Zéros dans leurs alvéoles.
23h30 – Les navires américains cessent le feu et se dirigent aussitôt vers la sortie de la Baie.
23h45 – Au large de sa base de l’embouchure de la Mbonehe, le lieutenant Iishi est furieux. Quand les obus américains ont commencé à tomber, il a voulu hâter la mise en route de ses vedettes, mais dans la précipitation du départ, les G-2 et G-3 se sont heurtées. La G-2, légèrement endommagée, a dû retourner auprès du bateau-atelier Kaiyo Maru n°1 pour réparer – pire : quand enfin les deux autres vedettes ont pu appareiller, c’est pour voir les cuirassés américains passer hors de portée et s’éloigner, sortant de la baie au sud de Savo.
L’opération Watchtower va vraiment commencer.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les Japonais transportent à grand-peine deux mortiers en première ligne et commencent à bombarder les positions australiennes – une tâche des plus aléatoires dans la jungle. Cependant, leurs éclaireurs découvrent un autre gué, trois km en amont des positions adverses.
………
Piste de Kokoda – La précision des Wirraway s’accroît nettement, mais Wootten comprend que ses hommes vont malgré tout subir de lourdes pertes en tentant de traverser la zone dénudée qui précède le village, couverte par les feux croisés d’une véritable fortification. Il sait qu’il a besoin d’artillerie lourde, et il sait aussi qu’il lui est parfaitement impossible d’en obtenir – même s’il y en avait à Port Moresby, la transporter jusqu’à Eora poserait des problèmes insolubles. « N’hésitez pas à m’envoyer de l’artillerie lourde, demande-t-il à l’état-major, mais au cas où cela vous semblerait se heurter à quelques difficultés [remarquable litote !], il me faut des bombardiers en piqué. » Hélas, quels avions utiliser ? Les Wirraway et les Battle, incapables d’un piqué accentué, sont obligés d’adopter un profil de vol presque suicidaire pour bombarder les très petites cibles proches des lignes australiennes que sont les bunkers japonais. Quant aux Boomerang, ils ne peuvent pas emporter les bombes nécessaires (du moins, pas à cette époque).
Bien conscient du problème, l’état-major de Port-Moresby envoie un message urgent à Canberra, réclamant de vrais bombardiers en piqué. Il n’en attend pas grand-chose, mais une solution inattendue (sinon immédiate) apparaît alors.
Le 27 juillet, la mission militaire française à Canberra avait fait savoir au gouvernement australien que l’Armée de l’Air allait envoyer en Nouvelle-Calédonie la 52e Escadre d’ACCS (Aviation de Coopération, de Combat et Soutien), composée des Groupes I/52 et II/52, avec au total 45 Vultee V-72 Vengeance I, reçus deux mois plus tôt. L’avion a montré de belles qualités de bombardier en piqué, mais il est très vulnérable aux chasseurs adverses rencontrés sur le théâtre européen. L’escadre doit opérer avec les unités de la RAAF et de l’USAAF déployées dans la région. Ses avions arriveront fin août.
Canberra transmet donc la supplique du Brigadier Wootten à Londres et Alger, recommandant de lui affecter les Vengeance français. Les Alliés acceptent avec promptitude, car le front de Kokoda est soudainement devenu important – c’est à ce moment le seul du Pacifique sur lequel les forces alliées avancent contre les Japonais. La 52e EACCS reçoit immédiatement l’ordre de se rendre à Port-Moresby et non à Nouméa, mais elle en est encore bien loin.

(Oui, je sais, nous ne sommes que le 6 août...nous allons rester un bon moment en août !)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patzekiller



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 3289
Localisation: I'am back

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 16:46    Sujet du message: Répondre en citant

beaucoup de textes à l'époque produits sur les salomons et kokoda, sans parler du retour de notre as de l'aeronavale.
_________________
www.strategikon.info
www.frogofwar.org
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 16:50    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
beaucoup de textes à l'époque produits sur les salomons et kokoda, sans parler du retour de notre as de l'aeronavale.

Veux-tu lister les changements les plus notables ?... Wink
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Palantir



Inscrit le: 09 Oct 2007
Messages: 45
Localisation: Colmar

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 19:04    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Six bâtiments de guerre devaient les couvrir : le DD neuf Warramunga (classe Tribal, mis en service à la hâte), les DD anciens Thracian, Vampire, Vendetta et Voyager et les avisos Swan et Yarra (tous de la RAN, sauf le Thracian, de la Royal Navy).


Six bâtiments de guerre ?
Plutôt sept

Citation:
4 - BB Nelson (amiral) et Rodney ; CV Illustrious et Indomitable ; CL Fiji, Gloucester, Newfoundland, Sheffield et Trinidad ; CLAA Charybdis et Phoebe ; DD Antelope, Ithuriel, Jervis, Napier, Nestor, Partridge, Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam et Raider.


D'où vient cette liste?
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé MSN Messenger
patzekiller



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 3289
Localisation: I'am back

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 19:13    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
patzekiller a écrit:
beaucoup de textes à l'époque produits sur les salomons et kokoda, sans parler du retour de notre as de l'aeronavale.

Veux-tu lister les changements les plus notables ?... Wink


ouh la! pour pouvoir le faire, il faudrait encore que je m'en souvienne (et que j'ai le temps)
il me semble que les premiers episodes des salomons ou le debut de kokoda sont parus à l'epoque de strategikon
mon commentaire visait simplement à appuyer le tien dans le sens où c'est normal qu'on soit à peine le 6
_________________
www.strategikon.info
www.frogofwar.org
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Jan 13, 2013 19:52    Sujet du message: Répondre en citant

Palantir : Pas six, sept - merci Embarassed

La liste des navires anglais est une note qui répond à l'appel de note 4, juste au dessus des dites notes :
Trincomalee, 22h30 – Commandée par le vice-amiral Sommerville, la flotte britannique de l’Océan Indien (4) lève l’ancre et met le cap sur les îles Nicobar.


Patzekiller : oh, je ne crois pas que cette partie ait été postée sur Strategikon Wink
Bon, en fait, l'élément modifié le plus marquant dans cette partie est le raid des deux cuirassés modernes américains. Mais c'est tout l'ensemble qui a évolué. Je crois que vous pouvez considérer le tout comme un texte neuf.
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 11:40    Sujet du message: Répondre en citant

7 août
La campagne du Pacifique Sud – Opération Watchtower
Au large de la Pointe Lasa (Guadalcanal)
[b]01h33
(H - 6:27) [/b]– La côte de Guadalcanal est en vue du convoi allié. Une demi-heure plus tôt environ, celui-ci a croisé les deux cuirassés en train de rejoindre les porte-avions.
03h00 (H – 5:00) – Alors que les forces d’invasion de Guadalcanal et du secteur de Tulagi se séparent, les vedettes rapides G-1 et G-3 patrouillent lentement le long de la côte nord de Guadalcanal. Pour Iishi, qui s’est promis de venger l’humiliation du début de la nuit, les meilleurs espoirs de succès vont se présenter lorsque le convoi approchera des côtes de Guadalcanal. Il sait que les transports vont être escortés par de nombreux navires de guerre et qu’ils vont rester relativement loin de la terre jusqu’à ce que le débarquement commence, au lever du soleil ; il a donc décidé d’attaquer l’écran.
03h10 – Les deux vedettes japonaises croisent à 1 500 mètres de la Pointe Lasa (ou Pointe Koli), 6 km à l’est de Red Beach, quand elles aperçoivent deux navires évoluant à 12 nœuds, rendus bien visibles par la phosphorescence de leur lame d’étrave sur une mer d’huile. Sur la G-3, Iishi fait signe à la G-1, s’en approche bord à bord et donne ses instructions oralement, puis les deux engins ralentissent encore jusqu’à 2,5 nœuds (vitesse minimale pour pouvoir manœuvrer) et se mettent en position de tir.
03h20 – Les deux navires aperçus sont identifiés comme des destroyers. Ils manœuvrent vers le large jusqu’à 03h35, puis se rapprochent de la côte.
03h44 – Le destroyer le plus proche n’est qu’à 600 mètres, présentant son flanc tribord, lorsque la G-1 puis la G-3 lâchent leurs torpilles. Les vedettes attendent dix secondes, puis tournent vers bâbord, toujours à 2,5 nœuds.
Leur cible est l’USS Mugford. La vigie tribord du destroyer aperçoit le sillage de bulles d’une torpille à 150 mètres et hurle un avertissement ; la barre est immédiatement mise à bâbord toute, mais la proue commence seulement à dévier lorsque la première torpille frappe, juste en arrière de la passerelle. Quelques secondes plus tard, une autre torpille touche, vers l’arrière. Le navire stoppe rapidement et s’incline brutalement sur tribord. Trois minutes plus tard, il est sur le flanc et coule peu après, emportant une grande partie de son équipage.
Iishi a fait lancer les moteurs dès l’explosion de la première torpille. Illuminé par l’éclair, le navire touché est correctement identifié à sa grosse cheminée comme un destroyer de classe Gridley. L’autre destroyer, le Jarvis, tire quelques obus dans la direction des vedettes, mais au bout de quatre minutes de course, elles ralentissent à 6 nœuds et le destroyer perd la cible que représente la “queue de coq” du sillage. Iishi décroche alors vers Tassafaronga et ses bateaux rejoignent leur base bien avant le lever du soleil. Grâce à sa furtivité (dirait-on aujourd’hui), il a remporté une victoire qui restera rare dans les annales de la guerre des vedettes rapides. Reste qu’il a utilisé quatre de ses précieuses torpilles pour couler un destroyer – lequel a ainsi accompli sa mission de protéger les transports, cibles bien plus cruciales… mais moins honorables (et moins prioritaires selon les instructions du commandement japonais).
Averti par le Jarvis, l’état-major américain ordonne de se méfier d’éventuelles MTB, sans exclure qu’il s’agisse en réalité d’un sous-marin.
………
Pointe Cruz (Guadalcanal)
05h30
(H - 2:30) – Le 1er Bataillon de Raiders de l’USMC (colonel Merritt A. Edson), transporté par quatre destroyers convertis (les APD Colhoun, Gregory, Little, McKean), a pour mission de débarquer à Pointe Cruz et de s’emparer du petit port avant d’être renforcé par le Bataillon Parachutiste. Le site choisi pour le débarquement se trouve à peu de distance à l’est de la Pointe Cruz, de chaque côté des installations portuaires. Deux compagnies doivent débarquer dans la première vague, sur dix “Higgins boats” de 36 pieds. Elles doivent s’infiltrer à la faveur de la nuit et encercler les défenseurs, avant que des renforts ne viennent les conduire à la reddition – espèrent encore les Américains.
06h00 (H - 2:00) – Les Raiders ont commencé par progresser sans mal sur le sable, mais les Japonais font bonne garde et l’alerte est donnée. De chaque côté du petit port, tirs d’armes légères et explosions de grenades donnent le signal de plusieurs mois de lutte. Les Japonais sont un peu surpris par le fait d’être attaqués de nuit (les Occidentaux sont censés en être incapables), mais, conformément à leur manuel, ils contre-attaquent. La plus grande confusion règne vite et les deux compagnies de Marines décident de cesser d’avancer pour ne pas être trop désorganisées. Chacune contrôle une tête de pont de 100 mètres sur 100 environ.
………
Red Beach (Guadalcanal)
Turner a décidé que l’heure H pour l’ensemble de l’opération serait 08h00, mais sur Red Beach, le débarquement doit avoir lieu à H+1:10, soit 09h10.
06h33 (H - 1:27) – Le soleil se lève, révélant les dix-neuf transports en deux rangées parallèles au rivage, la plus proche (à 8 000 mètres de la plage) comptant neuf navires, la plus éloignée (1 000 mètres plus loin) dix navires. Les navires de chaque rangée sont espacés de 750 mètres. Les DD Dewey et Jarvis, marquant la ligne de départ des bateaux Higgins, sont à 3 000 mètres de la terre. La voie d’approche fait 1 000 mètres de large, plus 300 mètres de chaque côté pour faciliter les manœuvres. Le vice-amiral Crutchley a positionné les croiseurs Quincy et Vincennes à 6 000 mètres de la plage, à l’ouest et à l’est, prêts à contrer tout tir éventuel.
06h40 (H - 1:20) – Les croiseurs lourds Astoria et Wichita s’en prennent à l’aérodrome. Dès le début du bombardement, les Zéro encore opérationnels, qui se préparaient à décoller, s’envolent en hâte pour éviter d’être détruits au sol, malgré les cratères laissés par le bombardement de la nuit. Quinze d’entre eux y parviennent, sous le commandement de l’as Saburo Sakaï. Après avoir tournoyé au dessus de la baie sans apercevoir les bombardiers américains qu’ils espéraient, ils s’éloignent vers Rabaul, suivis par les dix hydravions de chasse A6M2-N de Tulagi.
06h50 (H - 1:10) – Le signal « Mise à terre de la force de débarquement » est donné au large de Red Beach (« Commencez le débarquement » a été ordonné 13 minutes plus tôt devant Tulagi).
………
Pointe Cruz (Guadalcanal)
07h00
(H - 1:00) – La seconde vague de Raiders approche de la plage, leurs Higgins boats accompagnés par deux LCM(2) de 45 pieds, portant chacun un char Stuart. Le croiseur San Juan et les DD Buchanan et Monssen les appuient de quelques salves.
Ce n’est qu’à moins de mille mètres de la plage que les douze embarcations deviennent la cible de tirs violents et soutenus, venant des bâtiments du port ainsi que d’une solide position (un bunker et un réseau de tranchées) où sont embusqués les deux canons de 37 mm de la 3e compagnie de la 5e SNLF. L’un des LCM est touché par un obus qui tue le barreur ; le bateau dévie, heurte la plage de flanc, est à nouveau touché par deux fois et s’incline de 25 degrés le long du rivage, envahi par l’eau. Le char qu’il contient est noyé et son équipage l’évacue pour se joindre à l’infanterie. Le second LCM est lui aussi touché, mais réussit à faire débarquer son char.
L’infanterie, ballottée dans les Higgins non blindés, subit de lourdes pertes avant d’atteindre la plage. L’un des Higgins reçoit un obus à vingt mètres du rivage ; il coule immédiatement, entraînant tous ses passagers. Au moment du débarquement, la plage est prise sous le feu de quatre canons de 25 mm, mais heureusement pour les Américains la majeure partie de ces tirs passent d’abord au dessus de leur tête : ces canons anti-aériens ne sont pas destinés à repousser un débarquement. Néanmoins, si leurs servants sont peu habitués au tir terrestre, ils corrigent petit à petit le tir. Les Japonais commencent au même moment à ouvrir le feu avec leurs “mini-mortiers” (knee mortars ou, plus officiellement, grenade dischargers) et la situation des assaillants devient difficile.
Les Marines déjà débarqués se lancent à l’attaque sur les deux ailes pour soulager leurs camarades.
Pendant ce temps, le DD Buchanan s’est approché à 400 mètres de la Pointe Cruz, engageant le bunker central en tir direct. Cette action sauve certainement la vie de nombreux Raiders, car les canons et les mitrailleuses de la position ripostent au destroyer, délaissant les fantassins. Dans le sillage du Stuart survivant, ceux-ci chargent le bunker, bien protégé des tirs par un toit en troncs de cocotier. Le char parvient à masquer les ouvertures et les Marines prennent d’assaut le fortin, tuant tous les occupants.
07h50 (H–0:10) – Alors que le Buchanan pense pouvoir souffler, il est pris pour cible par les deux canons de 75 mm AA installés sur la cote 78, une crête derrière la Pointe Cruz, dont les servants ont dû frénétiquement enlever les troncs de cocotier protégeant leur position contre le souffle des bombes pour pouvoir viser le destroyer. Arrosé par ces canons à tir rapide, le Buchanan est rapidement touché. En deux minutes, il reçoit six obus qui endommagent sa passerelle, tuent son commandant (le capitaine R.E. Wilson) et mettent sa tourelle B hors de combat. Dans les quatre minutes qui suivent, le destroyer encaisse huit obus supplémentaires : le directeur de tir est détruit et un incendie se déclenche dans le compartiment du générateur électrique. Le feu s’étend à la ventilation de la chaufferie arrière, qui doit être évacuée. Les torpilles menaçant d’être touchées, il faut les jeter à l’eau. Le navire bat en retraite, mais non sans recevoir onze obus de 75 supplémentaires. Quand le Buchanan est enfin hors de portée, il compte 16 morts et 65 blessés. La plupart des dégâts sont la conséquence des shrapnels des obus de 75 mm, qui parsèment littéralement les œuvres vives. Le navire n’est pas en danger de couler, mais les appareils vulnérables comme les radars sont gravement endommagés.
Le Buchanan va vite être vengé. Le San Juan, appelé à l’aide, arrive à 29 nœuds et engage la batterie de DCA, noyant le sommet de la cote 78 sous les obus de 5 pouces, détruisant les canons et tuant les servants ou les obligeant à s’abriter. Ce faisant, le croiseur reçoit cinq obus, mais qui ne font que l’égratigner.
Un nouvel adversaire se démasque alors. Deux batteries côtières de deux canons de 5,5 pouces ont été installées sur les rives est et ouest de la pointe Lunga – les canons de chaque batterie ont été positionnés à 100 mètres l’un de l’autre, bien protégés et camouflés. La batterie ouest prend pour cible le San Juan, qui se dérobe immédiatement, mais le tir de la batterie se rapproche dangereusement, quand intervient l’Astoria. Inquiet du déroulement des opérations, Crutchley a ordonné au croiseur lourd de se rapprocher de la côte et il est aux premières loges pour réagir quand la batterie japonaise ouvre le feu. Le tir du croiseur lourd est précis et après quelques salves, la batterie est mise hors de combat. Même si les canons n’ont pas été détruits, les servants et le camouflage ont été soufflés par les lourds obus et les délicats instruments de réglage du tir ont volé aux quatre vents.
………
Secteur de Tulagi
Le secteur dit de Tulagi se compose en fait d’une petite île, Tulagi, et de deux îlots reliés par une jetée, Gavutu et Tanambogo, tous trois à peu de distance de la côte sud de l’île de Florida, elle-même située à une trentaine de km de la côte nord de Guadalcanal.
La 28e Brigade australienne a pour tâche de s’emparer des trois îles et d’un point d’appui sur la côte de Florida, autour des villages de Haleta et Halavo, libérant ainsi la totalité des forces de l’USMC disponibles (une division renforcée) pour l’attaque de Guadalcanal même.
– Tulagi
La conquête de l’île est confiée au 18e Bataillon, appuyé par trois chars Matilda I et deux Covenanter. En face, 300 hommes de la 3e SNLF de Kure, dotés de mortiers légers, de mitrailleuses et de deux canons de 37 mm, et appuyés par 200 travailleurs, qui ont passé les dernières semaines à creuser des retranchements.
Heure H (08h00) – Avec l’appui rapproché du Manoora, le 18e bataillon débarque sur Blue Beach. On s’aperçoit aussitôt que cette plage ne convient pas à un débarquement : les hommes doivent marcher sur un récif parsemé de trous profonds. Mais ce mauvais choix a l’avantage de prendre la garnison par surprise. Il y a peu d’opposition (quatre blessés). Le terrain est rapidement balisé et deux des vieux Matilda I, lamentablement dépassés, mal armés et d’allure plutôt comique, rampent jusqu’au rivage. Mais ces vieux engins vont se montrer sans prix, car ils sont invulnérables aux armes japonaises.
La première compagnie traverse l’île et s’empare du village de Sasapi. La suivante progresse vers le sud-est et la zone administrative. L’avance est freinée par des tranchées et des grottes fortifiées sur la cote 330, mais l’un des Matilda s’avance et engage les fortins à la mitrailleuse, permettant à l’infanterie de s’approcher suffisamment pour lancer des charges d’explosifs qui font s’effondrer les parois des abris japonais. L’avance reprend, appuyée par le 2 livres d’un Covenanter, mais aussi par l’artillerie de l’Australia, dont les canons facilitent la prise de la cote 208, au centre de la côte sud-ouest. A la tombée de la nuit, le 18e n’est plus qu’à mille mètres de l’extrémité de l’île, mais il est arrêté par un ensemble de bunkers, de fortins, de tunnels, de grottes et de tranchées. Les Japonais se défendent avec rage ; cependant, dépourvus de toute expérience du combat, les soldats de la “Milice” australienne estiment que ce comportement doit être habituel dans toute bataille.
Toute la nuit, les Japonais harcèlent les positions australiennes au mortier léger, mais aucune charge massive n’est lancée.
– Gavutu-Tanambogo
Le 13e Bataillon doit s’emparer des deux îlots, avec le soutien de deux chars Valentine, du Covenanter poseur de pont et de deux Sentinel. Les îlots sont défendus par 800 hommes de la 3e SNLF de Kure, aidés par 400 ouvriers (les techniciens de l’hydrobase ont été évacués la veille). Ils sont armés de nombreuses mitrailleuses, de mortiers légers et de deux canons de 37 mm, et bénéficient de l’appui de quatre canons Vickers de 40 mm et d’un canon de 75 mm AA, installés sur l’îlot pour protéger l’hydrobase.
Selon les plans australiens, les deux îlots doivent être attaqués en même temps par deux compagnies chacun.
Sur Gavutu, la première compagnie débarque sans difficulté et avance rapidement. La seconde arrive une heure plus tard. A H+6, en dépit d’une furieuse résistance (il y a là environ 150 combattants japonais, appartenant à la 3e SNLF ou à l’unité de construction), l’îlot est aux mains des Australiens pour une quinzaine de morts et une trentaine de blessés. Il semble que seuls des travailleurs coréens (40) aient été faits prisonniers.
Sur Tanambogo, c’est un désastre. Ce minuscule bout de terre est tenu par 700 combattants expérimentés, aidés par 300 ouvriers (dont 50 Japonais, qui se battront aux côtés des soldats). Tanambogo a été très soigneusement fortifié, plus parce que le commandant local voulait entraîner ses hommes que parce qu’il craignait une invasion.
Très disciplinés, les hommes de la SNLF ne tirent pas un coup de feu avant que les douze LCVP de la première compagnie n’aient touché le sable, mais une vraie tempête de feu s’abat alors. Les embarcations sont détruites ou avariées une à une, obligeant les Australiens à rester sur place, s’abritant comme ils peuvent. Nous ignorerons toujours ce qui s’est exactement passé, mais à H+2, quand le feu cesse, il n’y a plus le moindre survivant de la compagnie. Par la suite, selon la position des corps retrouvés, on déduira qu’un petit groupe a réussi à s’emparer d’un fortin japonais et a combattu là jusqu’au dernier homme.
– Haleta et Halavo (côte sud de Florida)
Cette mission de couverture revient au 17e Bataillon, soutenu par deux chars Valentine et deux Mk VI. Les deux débarquements se déroulent sans incident, avec l’appui des 6 pouces du Kanimbla. Il n’y a pratiquement aucun défenseur. Les rares Japonais présents s’enfuient dans l’intérieur de Florida.
………
Pointe Cruz (Guadalcanal)
8h00
(H+02:00) – La plage est enfin renforcée, mais tout ce qui reste de Japonais se lance dans des contre-attaques désespérées, au cri de Banzai ! que les Marines entendent pour la première fois – ce ne sera pas la dernière. Les Marines fléchissent sous le coup mais les Japonais ont attaqué de façon désorganisée du fait de la destruction de leur réseau de communication. Quand la poussière retombe après un sauvage corps à corps, le colonel Edson réalise que les tirs ennemis ont faibli. Il demande à la Navy de soutenir ses hommes au plus près, comme avait su le faire le Buchanan – les destroyers Bagley et Helm s’en chargent, et les feux ennemis diminuent encore d’intensité. Edson lance alors tout son monde à l’assaut et après un brutal nettoyage des tranchées japonaises, Pointe Cruz est pris. Les Rangers ont cependant subi des pertes sévères : 130 morts et blessés sur 600 hommes. Quant à la 3e compagnie de la 5e SNLF, elle a été anéantie jusqu’au dernier soldat.
La 13e unité de Construction Navale, qui travaillait sur les installations du port, s’est abritée dès les premiers tirs. Quand les combats ont cessé, constatant que les Américains étaient vainqueurs, son chef a décidé de replier tout son monde (surtout des Coréens) du côté de Tassafaronga, à l’ouest. Les parachutistes qui viennent prendre le relais des Rangers comprennent, avec l’aide de quelques indigènes terrorisés, qu’un groupe important de Japonais s’est éloigné vers l’ouest. Ils décident donc de mettre le secteur en état de défense en attendant d’en savoir plus.
………
Red Beach (Guadalcanal)
09h00 à 09h10
(H+1:00 à H+1:10) – Les quatre croiseurs lourds américains effectuent un bref mais intense bombardement de Red Beach.
09h13 (H+1:13) – Les premiers US Marines débarquent sur Red Beach.
« Les renseignements rassemblés sur Guadalcanal par les planificateurs alliés étaient extrêmement inégaux. Il avait été possible de se faire une bonne idée de la nature du terrain proche de la côte, et surtout des zones parcourues par des routes et des pistes, mais on n’avait pu obtenir la moindre précision sur l’intérieur des terres, loin des zones cultivées.
En ce qui concernait les forces japonaises, les Coastwatchers les avaient très correctement estimées à cinq mille hommes, mais ce chiffre incluait les unités de travailleurs. Le périmètre occupé par ces troupes avait pu être reconnu avec une certaine exactitude grâce à la police locale, dont le sergent Vouza, et aux éclaireurs indigènes du capitaine Clemens, qui tous étaient restés de loyaux sujets de Sa Majesté le roi George VI.
A Guadalcanal, les Japonais étaient surtout déployés autour de l’aérodrome (le redéploiement d’une compagnie de la 5e SNLF à Pointe Cruz fut une surprise désagréable pour les Rangers). Pour ne pas prendre de risques, les Américains décidèrent de débarquer 9 000 mètres plus à l’est. » (Robert Leckie, Duel dans le Pacifique).

Trois hydravions de l’Astoria marquent les extrémités de la plage avec des fumigènes à l’intention des barreurs des bateaux Higgins (trois autres seront mis par le Quincy à la disposition de l’artillerie de la division).
Le commandant de la batterie est de la pointe Lunga est le seul à pouvoir s’opposer au débarquement. Il est conscient qu’il n’aura que quelques salves avant de subir la colère des croiseurs qu’il aperçoit au large, mais il décide de tenter sa chance. Les transports sont trop loin (le plus proche est à 6 500 mètres) pour espérer leur faire grand mal dès les premières salves, mais il peut faire très vite des victimes chez les Marines en train de débarquer. Dès que les premiers obus tombent sur la plage, le Quincy se précipite, mais avant qu’il puisse faire taire la batterie, les deux 5,5-pouces ont le temps de faire une vingtaine de morts et de blessés graves chez les Marines, tandis qu’un Higgins malchanceux a été détruit par un coup direct.
Le reste du débarquement se déroule sans incident.
Premier débarqué, le I/5e Marines se déploie du côté ouest de la tête de pont. A 09h38, le QG régimentaire du 5e Marines implante son premier poste de commandement, une centaine de mètres à l’intérieur des terres. Une patrouille japonaise se trouve non loin de là, mais elle se contente d’observer et de signaler.
10h00 (H+2:00) – Le QG japonais a été très vite averti du lieu du débarquement. Le Lt-colonel Naga informe tout de suite Rabaul, mais sans réclamer le moindre renfort – le faire serait une grave perte de face pour tout officier japonais ; de plus, il pense sans doute n’avoir affaire qu’à un raid, certes de grande ampleur, mais contre lequel ses forces seront suffisantes en attendant l’aide de la flotte. Il agit d’ailleurs raisonnablement, compte tenu du fait qu’il ne dispose que d’informations parcellaires sur un débarquement localisé et que, d’après les rapports des services de renseignements, les Américains seront incapables de lancer des opérations d’envergure stratégique avant plusieurs mois.
11h00 (H+3:00) – Le 5e Marines a achevé de débarquer et progresse vers l’ouest. Le 1er Marines a commencé à débarquer et ses premiers éléments se dirigent déjà vers le Mont Austen. Néanmoins, les hommes réalisent très vite que cet objectif est presque inaccessible. Le massif de collines désigné sous ce nom et que l’on voyait des navires est invisible de la plage. Le terrain est extrêmement difficile et le cours du Tenaru, à distance de la mer, serpente entre des berges très abruptes, couvertes d’une épaisse végétation où il est difficile de se frayer un chemin, tandis que la rivière elle-même n’est pas guéable.
12h00 (H+4:00) –Le I/5e Marines commence à avancer vers l’ouest pour sécuriser la ligne du Tenaru, où il doit passer la nuit près de l’estuaire. Le II/5e reste en couverture un peu plus au sud. Certaines unités du I/5e se heurtent à des patrouilles japonaises. Aux yeux des Marines, dont la plupart n’ont jamais vu le feu et dont les unités sont désorganisées par le débarquement, ces escarmouches semblent être des engagements acharnés.
13h30 (H+5:30) – Une escouade tente de traverser le Tenaru à proximité de la mer, mais se fait repousser par des tirs d’armes légères. Dans ce secteur, le cours de la rivière est tenu par quelques sections, et l’inexpérience des Marines leur fait voir deux ou trois fois plus d’hommes en face d’eux.
15h00 (H+7:00) – Une compagnie se lance à l’attaque sur un banc de sable de l’estuaire du Tenaru. Un char Stuart mène l’attaque, mais il s’enfonce dans le sable. L’infanterie doit se débrouiller seule – mais les quelques Japonais de garde se replient.
15h20 (H+7:20) – Le général Vandegrift signale à l’amiral Turner que son poste de commandement est déployé sur Guadalcanal.
16h00 (H+8:00) – Le général lui-même est sur la plage.
Les Japonais ont évacué toute la ligne du Tenaru, qui est enlevée sans résistance en fin de journée. Les Marines s’apprêtent à passer la nuit sur place.
18h00 (H+10:00) – Deux régiments renforcés et toutes les troupes divisionnaires ont débarqué.
Les positions du 5e Marines sont les suivantes :
– compagnies A, B, C, D (I/5e) : à l’ouest de Red Beach, le long de la côte, jusqu’au Tenaru ;
– compagnies E, F, G, H (II/5e) : un peu plus au sud ;
– compagnies I, J, K, L (III/5e) : utilisées pour transporter le ravitaillement et le matériel débarqué, au grand déplaisir des hommes, elles sont maintenant un peu à l’intérieur des terres.
Le 1er Marines est plus loin au sud, sur le chemin du Mont Austen.
………
Secteur de Tulagi
Dans l’après-midi, l’Australia et le Leander viennent matraquer Tanambogo, un peu à l’aveuglette (les trois AMC continueront toute la nuit pour tenir les défenseurs en haleine).
Pendant ce temps, les unités d’artillerie et du génie de la Brigade débarquent sur Gavutu et les canons sont mis en batterie. Le dernier Matilda I, trois Valentine et les deux Sentinel sont également débarqués sur Gavutu, ainsi que la seconde compagnie du 13e Bataillon qui devait débarquer sur Tanambogo le matin, et le 17e Bataillon reçoit l’ordre de se tenir prêt à soutenir l’attaque le lendemain.
………
La réaction japonaise (Guadalcanal)
Il faut maintenant revenir vers midi, à l’état-major japonais. Alors qu’il observe le débarquement américain, Naga reçoit un message de Pointe Cruz, apparemment envoyé dans la nuit et annonçant que les Marines ont tenté de débarquer mais qu’ils ont été repoussés. Il conclut aussitôt que les forces américaines sont d’aussi mauvaise qualité qu’il le préjugeait et que la force morale de ses soldats prévaudra sur la supériorité numérique de l’ennemi.
Selon ses premières estimations, les Américains n’ont débarqué que trois bataillons sur Guadalcanal (et probablement deux du côté de Tulagi). C’est quand même trop pour espérer les rejeter à la mer avec deux compagnies, mais sa mission est la protection de l’aérodrome, il ne saurait battre en retraite.
Il ordonne donc à sa 2e compagnie de s’installer le long de l’Ilu, immédiatement au sud de l’embouchure, pour retarder l’ennemi. Pendant ce temps, la 1ère compagnie, aidée par la 11e unité de construction (dont les 200 membres japonais devront combattre avec les hommes de la SNLF), met l’aérodrome en état de défense. Après les premières opérations et les bombardements navals, il lui reste douze canons de 75 mm AA, seize 25 mm et deux 37 mm antichars. Il confie à la 2e compagnie six 25 mm et les deux 37 mm, conservant le reste pour défendre l’aérodrome.
Il a cependant conscience qu’il est en sévère infériorité numérique et qu’il ne peut que retarder l’échéance. Il envoie donc à Rabaul un rapport de situation objectif, quoique inexact dans son évaluation des troupes alliées.
………
La réaction japonaise (Rabaul)
La Marine Impériale – commandée, à Rabaul, par l’amiral Osami Nagano – doit absolument réagir à l’attaque alliée. Mais Nagano ne dispose pas de la moindre troupe terrestre ! Il est obligé de faire appel à l’Armée. Laquelle est stupéfaite : l’existence même de l’aérodrome de Tenaru était inconnue de l’Armée. Guadalcanal et l’ensemble des Salomon Orientales faisaient en effet partie d’une zone dont le contrôle exclusif était dévolu à la Marine, à la suite d’un accord conclu entre les deux états-majors (voir appendice 1).
Le général Hyakutake, après avoir pesté contre l’inconséquence de la Marine, incapable de défendre ses bases, décide quand même d’envoyer des renforts à Guadalcanal. Dans l’immédiat, il n’a à sa disposition que le 28e Régiment d’Infanterie, commandé par le colonel Ichiki, et il n’a pas sous la main assez de transports pour embarquer même un millier d’hommes. Tant pis, on fera le maximum !
Alors que l’on prépare fébrilement un petit convoi, Nagano réunit son état-major pour envisager une action navale. Il a sous son commandement le 2e Escadron de Destroyers (Desron 2) du contre-amiral Renzo Tanaka : CL Jintsu et destroyers Amatsukaze, Hatsukaze, Hayashio, Kuroshio et Oyashio (classe Kagerô), auxquels s’est joint le croiseur lance-torpilles Kitakami, en stage d’entraînement après son récent rééquipement. A Rabaul est aussi basée la 18e Division de Croiseurs : CL Tatsuta et Yûbari (contre-amiral Mitsuharu Matsuyama). Enfin, la 6e Division de Croiseurs : CA Aoba, Furutaka, Kako et Kinugasa, commandée par le contre-amiral Aritomo Goto, est basée non loin de là, à Kavieng. L’ensemble porte le nom poétique d’Escadre des Mers du Sud.
Tanaka n’a reçu son commandement que huit semaines plus tôt. A son arrivée à Rabaul, il a constaté une paresse et un relâchement inadmissibles à l’état-major de Nagano. Sa gloire toute neuve acquise à Balikpapan et la présence de son DesRon 2 lui ont permis de faire prévaloir son point de vue – des vétérans bien entraînés et endurcis par les combats ont souvent un tel effet. Son escadron n’est qu’une force réduite dans une immense étendue d’océan, mais c’est une arme de première classe. Tanaka est secondé par des subordonnés efficaces : le commodore Ohmae est son officier d’opérations et le CF Shigenori Kami commande le Jintsu. Tous ses navires ont des équipages très expérimentés et leurs commandants sont de bons officiers. Quant au Kitakami, envoyé par la 4e Flotte pour entraînement, si son équipage est relativement novice, il s’exerce assidûment et obtient d’excellents résultats.
Grâce à l’action de Tanaka, la construction de la base des Shortland a beaucoup progressé, le terrain de Buin a été achevé, et l’aérodrome de Rabaul même est en cours d’agrandissement.
Dès l’annonce du débarquement allié, Tanaka court à l’état-major. Son idée est d’attaquer au plus vite, de nuit, les forces alliées dans les eaux de Guadalcanal. L’amiral Nagano manque en avoir une attaque : « Je m’y oppose formellement, ce n’est pas audacieux, c’est inconsidéré ! On ne lance pas à grande vitesse dans des eaux mal connues une petite escadre, dont les navires n’ont jamais opéré ensemble, face à une très puissante force ennemie appuyée par des cuirassés et des porte-avions ! » Quand Nagano s’arrête pour reprendre son souffle, Tanaka lui expose son plan plus en détails, et il s’adoucit. Le jeune contre-amiral a une brillante réputation en combat de nuit, sa flottille de destroyers est composée de vétérans, il a remporté avec eux une éclatante victoire à Balikpapan, l’attaque est l’essence même de la Marine Impériale… Enfin, il n’y a pas d’alternative, sauf à ne rien faire. Le dernier message de la garnison de Tulagi emporte la décision : « Les forces ennemies sont écrasantes, nous nous battrons jusqu’à la mort, en priant pour la victoire. » Nagano reprend le plan de Tanaka et frappe sur la table : « Exécution ! »
Cependant, il reste encore des détails à régler – des détails capitaux dans la très formaliste Marine Impériale. Si Matsuyama, nommé contre-amiral à peu près en même temps que Tanaka, accepte d’être en pratique son subordonné pour cette opération, obtenant en compensation que le Kitakami (qu’il a jadis commandé) soit ajouté à ses deux croiseurs légers, il n’est pas question de demander pareil sacrifice à Goto, nettement plus ancien que son brillant collègue dans le grade ! Après des négociations feutrées, il est convenu que Goto ne sera pas subordonné à Tanaka, ni l’inverse. Chacun appliquera le plan… de Tanaka, certes, mais que Nagano a fait sien, et Goto aura l’honneur d’être le premier à monter à l’assaut. Ensuite, les croiseurs légers et les destroyers s’élanceront à l’attaque des cuirassés qui ont matraqué l’aérodrome la nuit précédente et que l’état-major croit encore dans la Baie.
………
Le premier convoi japonais (au sud-est de Rabaul)
Le gros du 1er bataillon du 28e Rgt, soit 600 hommes et les armes lourdes du bataillon (2 x 70 mm notamment), embarque sur le croiseur auxiliaire Saigon Maru (5 350 GRT, 18 nœuds), équipé de petits bateaux de débarquement à la place de ses canots de sauvetage et de deux embarcations plus grosses sur sa plage arrière. Le Meiyo Maru, seul autre transport disponible qui soit convenable pour des troupes, embarque 300 hommes. Le petit caboteur Ka Maru emporte du ravitaillement. Trois cents hommes sont restés à terre. Les trois transports sont accompagnés par le DD Yûnagi et les vieux DD Nire et Take (classe Momo), qui ont tous vu récemment leur équipement ASM amélioré.
Le petit convoi lève l’ancre à midi et marche à 15 nœuds, cap au sud-est, survolé par trois hydravions armés de grenades ASM. A 17h00, les six bateaux sont repérés par le sous-marin américain S-38, au cours d’une des dangereuses et épuisantes patrouilles que cet ancien sous-marin côtier effectue à partir de Brisbane. Sans chercher à s’infiltrer entre les escorteurs, il tire quatre torpilles à 3 000 mètres de distance, mais l’hydravion Aichi H9A qui orbite au-dessus du convoi (l’un des tout premiers de ces nouveaux hydravions ASM) aperçoit le sillage que laisse le périscope sur une mer d’huile et lâche deux grenades sur cette cible. Le convoi entame une manœuvre d’évitement et les escorteurs Yûnagi et Take se précipitent.
Malgré tout, l’une des torpilles du S-38 touche le Meiyo Maru, qui coule à 17h13 avec la plupart des 300 soldats transportés. Pour les Japonais, le pire a été évité : le S-38 avait évidemment visé le Saigon Maru, et l’aurait sans doute coulé sans l’intervention de l’hydravion.
Endommagé par les grenades de l’hydravion, le S-38 est rapidement détecté par l’asdic d’un de ses poursuivants. Il est grenadé d’abord par le Take, puis par le Yûnagi. Le vieux submersible est très gravement endommagé. Avec une forte voie d’eau à l’arrière et des gaz toxiques envahissant le bâtiment à partir des batteries abîmées, le Lt-Cdr Munson n’a pas le choix : il fait chasser partout et ordonne d’abandonner le navire. Par chance, tout l’équipage a le temps d’évacuer avant le naufrage. Le Take recueille les survivants avant de revenir à toute vitesse prendre sa place dans l’escorte.
………
La contre-attaque de Tanaka (au sud-est de Rabaul)
18h00
– Les quatre croiseurs lourds de Goto, venus de Kavieng, rejoignent Tanaka, qui a quitté Simpsonhafen à 16h30. Le groupe d’attaque est accompagné du ravitailleur d’hydravions Akitsushima, escorté de quatre chasseurs de sous-marins auxiliaires (classe Cha). Ces bateaux doivent se détacher de l’escadre quelques heures avant l’attaque pour aller installer une hydrobase dans la baie de Rekata, sur la côte nord de Santa Isabel.
20h30 – L’Escadre des Mers du Sud, qui n’a toujours pas été repérée, passe au nord de Buka. Tanaka projette de passer au nord de Bougainville durant la nuit, puis d’entrer dans le “Slot” par le Détroit de Bougainville. Elle ne marche pas très vite, l’Akitsushima ne pouvant faire mieux que 19 nœuds.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Une soixantaine de Japonais traversent la rivière en amont de la position australienne et tentent de la prendre de flanc. Douze hommes des NGVR s’y opposent, bientôt renforcés par trente autres. Les deux groupes s’affrontent alors dans une série de combats au corps à corps au cœur d’une jungle “de quatre à dix pieds” (l’expression n’indique pas la hauteur de la végétation, mais la visibilité : de 1,50 à 3 mètres…). En fin de journée, les deux camps ont perdu une vingtaine d’hommes. Le commandement de la Force Kanga décide d’évacuer la position dans la nuit.

La guerre sino-japonaise
L’USAAF en Chine
Chine du Nord
– Après un peu plus d’un mois d’une activité frénétique (et la mort d’un certain nombre de paysans contraints de travailler à la construction des aérodromes), assez de carburant et de munitions ont été accumulés dans la région de Yan’an pour y déployer environ soixante-dix avions de l’USAAF et commencer une campagne de harcèlement contre les troupes japonaises occupant la Chine du Nord.
Le premier coup est porté par onze B-25 Mitchell qui, escortés par six P-38 Lightning, attaquent le port de Tientsin. L’aviation de l’Armée Impériale est totalement surprise. Les P-38 mitraillent l’aérodrome, détruisant seize appareils. Les bombes des B-25 coulent six petits bateaux et trois péniches dans le port fluvial et touchent durement les casernes, où 450 hommes sont tués ou gravement blessés. Un P-38 est abattu par la DCA.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
JPBWEB



Inscrit le: 26 Mar 2010
Messages: 1847
Localisation: Kuala Lumpur

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 12:47    Sujet du message: Répondre en citant

Détail de pure forme (pardon pour le pinaillage): est-il de bon aloi de parler de '2e Escadron de Destroyers (Desron 2)'. Il me semble que les textes en français qui évoquent les formations de navires légers de la Marine Impériale parlent plutôt d'escadrilles et de flottilles. Quant au 'tag' DesRon, c'est un terme d'usage USN. Ou alors on parlerait aussi de CruDiv 6 pour la division de Goto etc.
_________________
"Les grands orateurs qui dominent les assemblées par l'éclat de leur parole sont, en général, les hommes politiques les plus médiocres." Napoléon
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 13:16    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB : Bonne remarque. Si quelqu'un a des précisions de vocabulaire à ce sujet ?...
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 4626
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 14:04    Sujet du message: Répondre en citant

Penser à définir NGVR.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 14:20    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Penser à définir NGVR.


Tu as raison (New Guinea Volunteer Rifles).
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patrikev



Inscrit le: 28 Mai 2010
Messages: 1774

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 22:03    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:


7 août
Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog –
Une soixantaine de Japonais traversent la rivière en amont de la position australienne et tentent de la prendre de flanc. Douze hommes des NGVR s’y opposent, bientôt renforcés par trente autres. Les deux groupes s’affrontent alors dans une série de combats au corps à corps au cœur d’une jungle “de quatre à dix pieds” (l’expression n’indique pas la hauteur de la végétation, mais la visibilité : de 1,50 à 3 mètres…). En fin de journée, les deux camps ont perdu une vingtaine d’hommes. Le commandement de la Force Kanga décide d’évacuer la position dans la nuit.


Pour un esprit français et cartésien, il est toujours un peu étrange de voir 10 annoncé comme le double de 4...

Aurons-nous l’occasion de rencontrer un missionnaire aveyronnais qui doit attendre les Alliés dans les parages du mont Edwards ? Le temps de vérifier sur la carte, et nous aurons l’officier australien qui arrive au milieu du village papou en faisant le salut de rigueur : "Father Dupeyrat, I presume ?"
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 22:14    Sujet du message: Répondre en citant

1) Bonne remarque.
2) Il me semble qu'il est question quelque part d'un religieux français... Si si !
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Capu Rossu



Inscrit le: 22 Oct 2011
Messages: 1563
Localisation: Mittlemeerküstenfront

MessagePosté le: Lun Jan 14, 2013 23:10    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir Franck,

Citation:
2) Il me semble qu'il est question quelque part d'un religieux français... Si si !


Si je me souviens bien, c'est plus loin lors de l'avance des Australiens, il vient leur signaler l’existence d'une piste inconnue et d'eux et des Japs, piste qu'il avait fait pratiquer pour desservir "ses" paroisses.

@+
Alain
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10094
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Jan 15, 2013 10:02    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 1
Les forces en présence à Guadalcanal en août 1942

Les forces terrestres japonaises
D’après C. Mathieu, L’Armée Impériale japonaise dans la Seconde Guerre Mondiale.


Guadalcanal était pour la Marine Impériale japonaise, depuis les nouveaux plans établis par Yamamoto en mai, après la bataille de la Mer de Corail, un avant-poste de leur offensive, un point d’appui aérien permettant d’abord de gêner le trafic maritime allié, puis de participer à l’attaque de la Nouvelle-Calédonie, des Fidji et des Nouvelles-Hébrides, et de couvrir le flanc d’une future offensive contre la Nouvelle-Guinée.
L’aérodrome de Tenaru et l’hydrobase de Tulagi devant jouer un rôle important dans cette offensive, il fut décidé d’occuper l’île (et les îlots voisins), avec assez de forces pour les protéger contre un éventuel raid de commandos. Le terrain très inhospitalier limitait par ailleurs la variété du matériel employé.
La coordination entre l’Armée et la Marine Impériales fut, comme souvent, des plus réduites, et même nulle avant l’arrivée des Américains – l’existence même de l’aérodrome de Tenaru était inconnue de l’Armée ! Guadalcanal et l’ensemble des Salomon Orientales faisaient en effet partie d’une zone dont le contrôle exclusif était dévolu à la Marine, à la suite d’un accord conclu entre les deux états-majors. La Marine avait donc pris en charge au départ l’ensemble de la défense.

Les forces au 7 août
A Tulagi et Gavutu débarquèrent plus de 1 000 combattants de la 3e Force Spéciale Navale de Débarquement de Kure (ou 3e SNLF, récemment formée, à ne pas confondre avec les 1ère et 2e Forces Spéciales de Kure), ainsi que 600 travailleurs rattachés à cette unité. Le lieutenant Juntaro Maruyama commandait le détachement de Tulagi, le lieutenant Kakichi Yoshimoto celui de Gavutu. Leurs forces, réparties entre les deux îles, n’avaient pas en propre d’armement plus lourd que huit mitrailleuses Type 92 et quatre canons antichars de 37 mm (1). Elles furent renforcées par un canon de 75 mm AA et quatre canons de 40 mm Vickers.
A Guadalcanal débarquèrent 2 300 hommes : une centaine d’hommes de la 3e SNLF et les 11e et 13e Unités de Construction Navales (en tout 2 200 hommes dont 1 800 Coréens), chargés d’achever l’aérodrome, de l’entretenir et de développer le petit port de Pointe Cruz.
………………
D’autres unités suivirent dès l’achèvement de l’aérodrome, afin de le protéger contre un éventuel raid américain.
Pour préserver les avions basés dans l’île d’un débarquement de commandos, la Marine installa sur Guadalcanal la 5e SNFL de Yokosuka (900 hommes, soit trois compagnies, avec huit mitrailleuses lourdes et quatre canons de 37 mm). Elle fut déployée entre l’aérodrome et les plages.
Pour faire face à la menace aérienne, une unité de DCA renforcée (800 hommes) fut envoyée sur place. Elle était dotée de 24 canons de 25 mm AA et de 16 canons de 75 mm AA (très différents des 75 de montagne de l’Armée). La plupart de ces armes furent disposées autour de l’aérodrome. Quatre 25 mm furent déployés autour des installations de Pointe Cruz et deux 75 AA tout près de là, sur une hauteur dominant le petit port. Un autre 75 AA fut déployé sur l’îlot de Tanambogo. Selon la doctrine en vigueur, les 75 AA furent au départ le plus souvent déployés dans des “donuts”, sobriquet attribué par les pilotes américains surpris de rencontrer des positions circulaires composées de deux murailles de terre autour de la fosse du canon. Si la protection offerte était très bonne, l’utilisation du canon contre des objectifs non aériens pouvait exiger des heures de travail.
Pour préserver la baie contre un éventuel raid de bombardement naval, l’état-major de la Marine Impériale dans la région fit installer deux batteries de deux canons de 5,5 pouces récupérées sur le croiseur auxiliaire Gokoku Maru, une de chaque côté de la Pointe Lunga. Elles n’auraient évidemment pas pu faire grand-chose contre un croiseur de bataille, mais le geste était utile au prestige de la Marine, qui marquait ainsi son empreinte sur l’île. Le Gokoku Maru fournit aussi quatre vieux canons de 40 mm Vickers, qui allèrent renforcer la 3e SNLF.
Pour donner aussi à la base une certaine capacité d’auto-défense en cas de raid nocturne de bombardement naval, les vedettes lance-torpilles du 2e Escadron indépendant Gyoratei (commandant : lieutenant Iishi) furent aussi basées sur place. Les G-1, G-2 et G-3 étaient des vedettes lance-torpilles de classe T-1 (20,5 tonnes, 20 m de long, 38,5 nœuds, 2 mitrailleuses et 2 torpilles de 18 pouces (2)), capables de franchir 210 nautiques à 30 nœuds et dotés d’un moteur de croisière silencieux (3). Elles étaient soutenues par le Kaiyo Maru 1 (150 GRT, ancien bateau utilisé par les autorités locales) et par un transporteur de carburant de 1 150 GRT qui faisait la navette avec Rabaul. Cette force était camouflée dans la rivière Mbonehe (l’alternance eau salée/eau douce nettoyant les coques), près de la pointe de Tassafaronga, sous la garde du détachement de la 3e SNLF.
………
Une quinzaine de jours avant l’arrivée des Américains, les reconnaissances aériennes menées par les Betty de Tenaru et les hydravions H6K (Mavis) de Tulagi avaient fait redouter une action alliée à l’état-major de la Marine Impériale, à Rabaul. Les services de renseignements japonais jugeaient cependant que les Américains seraient incapables d’une action offensive amphibie d’envergure avant le mois d’octobre 1942 au plus tôt (voire avant le mois de mai 1943 !). Seul un raid de commandos était donc à redouter : la concentration de forces terrestres signalée en Nouvelle-Calédonie ne pouvait être que défensive. C’est pourquoi la garnison de Guadalcanal, la plus exposée, fut simplement priée de prendre des dispositions contre des commandos. C’est à ce moment que le capitaine de corvette Naga, qui commandait la 5e SNLF et l’unité de DCA, envoya une compagnie garder les rudimentaires installations portuaires de l’île, à Pointe Cruz, avec les quatre 37 mm.

Les premiers renforts
Ce n’est qu’après le débarquement américain que la Marine se résigna à faire appel à l’Armée, qu’elle avait soigneusement “oublié” d’informer de l’existence d’un aérodrome jusqu’à ce moment. Mais nécessité faisait loi : seule l’Armée disposait de troupes, qui dépendaient de la 17e Armée du lieutenant-général Harukichi Hyakutake (à Rabaul). Fou furieux d’apprendre que la Marine avait eu un aérodrome dans les Salomon Orientales et que les Américains étaient en train de le lui enlever, il se retrouvait contraint de tenter d’envoyer sur place toutes les troupes disponibles dans la région. Il faut d’ailleurs reconnaître que l’Armée japonaise fut capable de mobiliser très rapidement des effectifs notables.
………
Ce fut d’abord le 28e Régiment d’Infanterie de la 7e Division, commandé par le colonel Kiyono Ichiki (trois bataillons totalisant 3 600 hommes et dotés de 2 canons de 70 mm chacun) et son artillerie régimentaire (une batterie d’artillerie de montagne avec 4 x 75 mm courts et une compagnie antichar avec 6 x 37 mm). Le 7e régiment du génie (en fait, le bataillon spécialisé de la 7e DI, comptant 900 hommes) et le 1er Bataillon du Régiment d’Artillerie de la 7e Division (12 canons de 75 mm courts de montagne, 900 hommes) étaient également disponibles (4). Une partie de ces unités avaient été prévues pour l’opération de débarquement à Midway, dont l’annulation avait été décidée après la Mer de Corail.
Ces forces étaient normalement dotées de centaines de chevaux (800 pour le seul 28e RI), qui avaient été laissés au Japon, le paludisme endémique et le climat des îles “paradisiaques” du Pacifique Sud étant encore plus nuisibles pour eux que pour les hommes. De plus, les stratèges de Tokyo considéraient que ces bêtes seraient inutiles pour les opérations que le régiment aurait à mener.
A Rabaul se trouvait en revanche un des quatre hôpitaux de campagne de la 7e Division, avec une unité de brancardiers et une unité de purification d’eau. L’état-major de la 17e Armée était en effet soucieux d’éviter les graves problèmes de santé rencontrés en Malaisie. Mais il ne fut jamais possible d’envoyer l’hôpital sur les traces du 28e d’Infanterie.
La 7e D.I. était une division d’active, et nombre de ses hommes avaient eu l’occasion de participer aux opérations en Chine. Malheureusement pour eux, s’ils étaient préparés au combat, les leçons qu’ils avaient apprises face à des combattants peu entraînés et mal équipés devaient se révéler sans valeur devant les US Marines. C’est en partie cette expérience qui les conduisit à commettre lors de cette campagne des erreurs telles que la sous-estimation systématique des forces américaines, en nombre et surtout en qualité, le manque de sécurité opérationnelle (5) et la croyance en l’intangible, c’est à dire en la prédominance du moral sur le matériel. Comme ils l’apprendraient à leurs dépens face à des positions soutenues par des armes automatiques, “le Feu tue”.
………
La deuxième unité terrestre de quelque importance susceptible de se porter au secours de Guadalcanal était le 124e Rgt d’Infanterie (de la 35e Brigade), très semblable au 28e RI. Hyakutake disposait aussi d’une compagnie de mortiers de 81 mm (150 hommes) et d’une compagnie antichars indépendante (6 x 47 mm).
Le reste de la 7e DI (deux régiments d’infanterie et deux bataillons d’artillerie) et le reste de la 35e Brigade étaient encore dispersés dans le vaste empire contrôlé par les Japonais, notamment en raison de la résistance inattendue des forces alliées, à Singapour bien sûr, mais aussi en Indochine (où se trouvait le reste de la 7e DI) et aux Philippines (où stationnait le gros de la 35e Brigade).

Le problème logistique
A la veille du débarquement allié, le nombre total de Japonais (et de Coréens) à Guadalcanal et dans les îles voisines s’élevait à environ 5 000 hommes. Deux fortes SNLF, trois unités de construction, une unité de DCA renforcée, une batterie côtière et un détachement de trois vedettes lance-torpilles – plus les équipages et mécaniciens de la 24e Flottille Aérienne et des hydravions de Tulagi, qui n’allaient pas rester très longtemps.
Le ravitaillement de tout ce monde était déjà difficile. Nourrir autant d’hommes demandait 5 tonnes de nourriture par jour. Il fallait aussi les ravitailler en munitions, en pièces de rechange… et, jusqu’au débarquement des Marines, en essence d’aviation.
Par la suite, il s’avéra tout aussi difficile de ravitailler les troupes que les Japonais allaient jeter sur Guadalcanal. Le principal problème était avant tout la distance. Si les dépôts de Rabaul ou de Truk était correctement approvisionnés, les logisticiens japonais avaient un choix difficile à faire entre des cargos vulnérables, lents et difficiles à décharger par manque d’infrastructures, mais de grande capacité, et des destroyers rapides, mais de faible capacité et consommant de grandes quantités de mazout. L’utilisation des croiseurs auxiliaires “démobilisés” (navires civils rapides armés et utilisés à des tâches d’escorte que l’on avait rendus au transport), dont quatre avaient été affectés aux Salomon, n’apporta qu’une réponse partielle au problème. En effet, les Saigon Maru et Bangkok Maru (5 350 GRT, 18 nœuds), Kongo Maru (8 624 GRT, 18 nœuds) et Kiyozumi Maru (8 613 GRT, 18 nœuds) allaient vite, mais consommaient beaucoup de mazout.
Certains historiens (P.Z. Hiller, 1994) calculèrent que le simple ravitaillement de Guadalcanal avait coûté pendant la bataille près de 5% des capacités de production de mazout japonaises !


Notes
1 - Contrairement à une légende tenace, les SNLF ne constituent pas l’équivalent des US Marines. A l’origine, le Japon ne possédait pas de corps de Marines au sens américain (infanterie légère pratiquant des débarquements de vive force). Quand la nécessité se faisait sentir, le corps de débarquement était constitué d’une partie de l’équipage des navires. Les résultats ne furent pas toujours excellents : les marins n’étaient ni entraînés, ni équipés pour des actions terrestres, et les navires subissaient la perte d’hommes qualifiés et difficilement remplaçables. Devant le manque d’efficacité de cette solution, des forces spéciales de débarquement furent constituées vers la fin des années 1920 au sein des quatre Chinjufu (districts navals) : Sasebo, Maizuru, Kure et Yokosuka, ainsi qu’à Shanghai. Dénommées en japonais rikusentai, ces unités sont aujourd’hui beaucoup plus connues sous le sigle anglais de SNLF (Special Naval Landing Forces, forces navales spéciales de débarquement). Elles ne dépendaient que de la Marine et portaient le nom de la base navale où elles avaient été formées ou du lieu de leur première entrée en action (pour Shanghai).
Bien que les SNLF aient été organisées selon des règles officielles, leur puissance réelle variait énormément au cours du temps, car chaque unité était renforcée ou scindée en fonction de la mission. Leur taille pouvait atteindre les 1 000 hommes ou descendre en dessous de 200, avec une moyenne de 600.
Par ailleurs, les navires continuèrent parfois à former des groupes de débarquement, eux aussi dénommés rikusentai puisque ce mot désigne en japonais toute force navale débarquée, qu’il s’agisse d’une unité des SNLF, d’un détachement de marins provisoire ou d’un groupe d’hommes envoyé à terre pour une mission logistique. Cela contribue à troubler les estimations et les Américains firent plus d’une fois la confusion.
2 - Ces torpilles de 18 pouces étaient des torpilles aériennes standards de la Marine Impériale, Type 91 Mk 1 de 1931, à peine modifiées. Elles étaient lâchées à côté de la vedette et accéléraient à partir de presque zéro. Si le lanceur était immobile, il leur fallait environ 200 mètres pour que leur profondeur se stabilise. La charge explosive était de 150 kg et la portée de 2 200 mètres à une vitesse de 41 à 43 nœuds. Ces torpilles laissaient un sillage de bulles. Elles étaient en nombre limité dans la région et la plupart étant réservées aux avions torpilleurs, le détachement Iishi n’en avait que six en réserve.
3 - Ces petits bâtiments (et leurs successeurs) étaient inspirés de modèles allemands et construits par Yokohama Yacht Co. Le constructeur avait eu des problèmes avec la coque, problèmes résolus à la suite d’échanges avec les spécialistes de la Kriegsmarine au premier trimestre 1942.
4 - Il est à noter que ces unités étaient au complet – une rareté déjà pour l’époque – et suivaient les Tables Officielles de 1941 pour un régiment de Classe B (standard). Ses caractéristiques principales étaient à l’image des choix tactiques japonais : légèreté de la structure, absence presque totale de capacité anti-char dans cette zone de jungle, accent porté sur le nombre d’hommes au détriment des unités de soutien. Depuis quelques semaines, les enseignements de la campagne de Singapour avaient commencé à faire évoluer les conceptions, mais bien évidemment, cette évolution ne pouvait encore se faire sentir en première ligne.
5 - Ainsi, beaucoup d’officiers tenaient un journal intime souvent fort précis sur les opérations en cours, et ces documents retrouvés sur leurs cadavres furent d’une grande utilité pour les Américains.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1942 - Le Pacifique Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivante
Page 1 sur 8

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com