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Intégrale "France et Europe Occupées" Juin 1942

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Nov 12, 2012 17:21    Sujet du message: Intégrale "France et Europe Occupées" Juin 1942 Répondre en citant

Juin 1942
8 – En France et en Europe occupées
Défendre la patrie du Socialisme

7 juin
Le PC grec au combat
Domnitsa (monts du Pinde, Grèce centrale)
– Une douzaine d’hommes à l’armement hétéroclite présentent les armes au drapeau grec. Ils sont coiffés de la toque de mouton noir qui était quelques mois plus tôt l’emblème des volontaires valaques armés par les Italiens, volontaires qui s’intitulaient sans modestie la « Légion Romaine ». Sauf que, depuis des mois, aucun de ces « légionnaires » n’ose plus se risquer dans ces montagnes.
Le chef de la petite troupe salue avec le poing levé, avant de se retourner vers les villageois curieux. « Camarades ! Je suis Aris Velouchiotis, colonel d’artillerie. Certains d’entre vous me connaissent déjà : c’est moi qui ai conduit la lutte contre les fascistes italiens et les traîtres valaques. Nos bonnets et nos fusils sont des dépouilles prises aux traîtres. A présent, il est temps de combattre ceux qui les arment et les commandent : les fascistes hitlériens. Tous les Grecs sont appelés à soutenir la lutte de l’Armée de Libération Nationale Grecque. Et si on vous demande ce que veut dire ce nom, c’est celui de notre patrie : ELAS ! » Le nom de l’ALNG est en effet bien choisi, puisque son acronyme (en grec !) se prononce comme Hellas, la Grèce. L’homme qui parle ne s’appelle ni Velouchiotis, ni Aris, et il n’a jamais été colonel : c’est un ancien prisonnier politique communiste, Thanasis Klaras. Mais il a enfin l’accord de son parti pour prendre les armes, et il va tout faire pour mériter le prénom qu’il s’est donné : Aris, c’est-à-dire Arès, le dieu de la guerre.


17 juin
Le premier attentat du PCF
Paris
– A la station de métro Barbès, un officier allemand est abattu par deux hommes qui réussissent à s’enfuir.
– T’as entendu ? Ils en ont descendu un, hier !
– Un quoi ?
– Un officier chleuh, tiens ! Un capitaine, il paraît. T’as pas écouté la radio ?
– Si, mais Alger n’a rien dit.
– Bah ! Alger ! C’était sur Radio Moscou ! C’est des Jeunes Communistes qui ont fait le coup !
– Moscou ? Je croyais que tu ne voulais plus l’écouter !
– J’étais idiot. Aujourd’hui, on voit bien que Staline avait eu raison de faire mine d’être copain avec Hitler, pour mieux se préparer ! Les camarades soviétiques vont donner une leçon aux fascistes, à présent ! Et avec nos jeunes, on va leur montrer qu’on ne touche pas à la Patrie du Socialisme !
– Ouais… Parle-moi plutôt de cette histoire d’officier descendu. C’était où ?
– Au métro Barbès. Des jeunes du Parti l’ont abattu et se sont enfuis. Les Boches vont sentir la colère des Camarades !
– Ouais. Et nous, on va sentir la colère des Boches. Tu te souviens de ce qu’ils ont déjà fait, en pareil cas ? Combien ils ont raflé d’otages, qu’on n’a jamais revus ? Heureusement qu’Alger a ordonné d’arrêter les conneries !
[Propos échangés à voix basse entre René et Albert, ouvriers, au petit matin du 18 juin, rue de Belleville, à Paris, sur le zinc du café Le Turf, où, depuis deux ans, on ne joue plus beaucoup aux courses – elles ont pourtant repris, sous l’aile protectrice et intéressée du Ministère de la Reconstruction Nationale, mais il n’y a vraiment plus d’argent à parier…]

………
L’attentat du métro Barbès-Rochechouart est le premier acte de résistance armée revendiqué par le PCF. Le Comité Central de celui-ci tentera par la suite de s’arroger la responsabilité de précédentes opérations, surtout celles dirigées par George Guingouin dans la région de Tulle, mais ces dernières, comme celles menées par des mineurs de charbon dans le nord de la France et dans le Bassin de Decazeville, n’ont jamais reçu l’approbation du PC. Au mieux, Jacques Duclos et les dirigeants communistes clandestins les ont tolérées, même si, à titre personnel, quelques responsables régionaux les ont applaudies.


19 juin
Yougoslavie : les Partisans renaissent…
Près de Foča (Bosnie)
– Tito, marxiste et athée, n’est pas censé croire aux miracles. Il n’empêche que le lancement de Barbarossa a sauvé les Partisans alors qu’ils semblaient condamnés. Les deux divisions allemandes sur lesquelles reposent les offensives des troupes d’occupation (toujours la 718e DI et la SS Prinz-Eugen) sont insuffisantes pour mener des actions au même moment dans l’ensemble du pays. En ce moment, leur terrain de chasse est la Serbie. Tant pis pour Mihailovic et ses Tchetniks, tant mieux pour Josip Broz et ses Partisans. Broz, alias Tito, va en profiter pour marcher vers l’ouest, recueillir les nombreux maquisards, Partisans ou non, dispersés par les offensives italiennes, et établir une base solide dans l’ouest de la Bosnie.
Ses Brigades patriotiques ont fière allure, avec leur calot marqué de l’épi de blé, symbole du Parti du Travail. De jeunes hommes – et même quelques femmes – bien armés, grâce aux parachutages qui commencent à arriver à un rythme régulier. Ils chantent :
« Jusqu’à la fin nous combattrons,
Jusqu’à ce que le diable reçoive son châtiment,
Montrons au monde qu’il peut avoir confiance
En nous, les jeunes de moins de vingt-deux ans. »
Moins de 22 ans, c’est à dire nés dans la Yougoslavie unifiée d’après l’Autre guerre…
Parmi les adjoints de Tito, Rankovic le Serbe et Djilas le Monténégrin sont sombres : une fois de plus, la guerre les éloigne de leurs régions natales. Mais le « vieux » a su leur imposer une discipline solide. Pas question de se laisser distraire par ces intérêts locaux et ces querelles de clocher qui rendent le camp des Tchetniks ingouvernable. Koča Popović, lui, est à l’aise partout. Il est revenu de son périple africain, bronzé, des échantillons de savon parfumé dans son sac, et intarissable sur la politique alliée. Mieux encore : sous ses airs désinvoltes, Koča s’est beaucoup perfectionné dans l’art de la guerre. Il va avoir l’occasion de le montrer.

… et la Garde Blanche collabore
Zagreb
– Un accord entre le général italien Roatta et le dictateur croate Pavelic institue la MVAC (Milice volontaire anticommuniste), encore appelée “Garde Blanche”, recrutée chez les Slovènes, Croates et autres en zone italienne.


21 juin
Actions armées !
Paris
« Les “Africains” ensanglantent Paris !
Décidément, les coutumes sanglantes des peuplades d’Afrique parmi lesquelles ils vivent ont définitivement contaminé les ramassis de communistes, de francs-maçons et de ploutocrates juifs qui survivent à Alger aux frais des Anglo-Américains. Deux attentats terroristes ont secoué hier deux des endroits les plus parisiens de la capitale, les restaurants Le Coin du Bois et La Grande Allée. Comme chaque soir, la fleur de la vie culturelle et artistique de Paris s’était donné rendez-vous au Bois de Boulogne dans ces deux temples de la bonne cuisine. L’amitié franco-allemande au sein de l’Europe nouvelle était célébrée à plusieurs tables, où des toasts fêtaient les victoires de l’Armée allemande contre le Bolchevisme, quand deux épouvantables explosions ont retenti. Des bombes ! Les lâches payés par l’Angleterre sont-ils venus chercher à Paris les sanglants lauriers qu’ils ne peuvent obtenir en Grèce ? Ou les sbires de Staline espèrent-ils futilement venger de la sorte l’anéantissement de dizaines de divisions de l’Armée Rouge ? On l’ignore encore, mais on compte de nombreux blessés et plusieurs morts parmi les malheureux dîneurs.
Le grand écrivain Drieu La Rochelle, dont on connaît l’engagement dans la collaboration culturelle, a échappé de peu à l’un des engins de mort : il avait en effet quitté La Grande Allée quelques minutes avant l’explosion pour rendre visite à son ami l’industriel Louis Renault, qui se remet de ses blessures à son domicile parisien. »

[Je Suis Partout, le lendemain. Le journal fait mine d’ignorer que Louis Renault est encore en clinique, que son épouse se trouvait la veille seule à son domicile parisien et que c’est elle que l’écrivain est allé voir, pour un entretien… en particulier.]
………
« Le Peuple Français frappe deux repaires de collabos parisiens
Les Boches et leurs laquais qui se prétendent Français doivent savoir qu’il n’existe pour eux aucun refuge inviolable sur tout notre territoire. Le 21 au soir, dans deux restaurants des quartiers riches de Paris, de nombreux officiers vert-de-gris et pas mal de civils venus d’Outre-Rhin orchestrer le pillage de notre pays festoyaient en compagnie d’individus douteux que l’appât de gains faciles a poussé à jouer les serviteurs zélés de Herr Abetz. Ils se croyaient à l’abri derrière les rangs serrés des sbires de la Kommandantur, mais c’était sans compter avec l’héroïsme de deux groupes de Camarades, qui ont posé une bombe dans chacun des établissements. Les deux explosions ont fait passer le goût du Champagne à toute une bande de ces beaux Messieurs. Cette action d’éclat montre que l’on ne touche impunément ni à la France, ni à la Patrie du Socialisme, et que le Peuple Français tient crânement sa place au côté de l’Armée Rouge et des Alliés dans la lutte contre la bête fasciste. »

[L’Humanité, quelques jours plus tard. L’organe officiel – et clandestin – du PCF ne mentionne pas que, parmi les 15 morts et 33 blessés, il y avait plusieurs serveurs et autres employés qui n’avaient aucune sympathie pour les convives, mais tentaient, avec difficulté, de gagner leur vie.]


22 juin
Le premier succès de Barbie
Chalon-sur-Saône
– Le KdS de Dijon, dont l’Obersturmführer Klaus Barbie a récemment pris la direction, arrête quatorze hommes et femmes. C’est le point final d’une enquête lancée dès fin avril sur la filière n° 7 du “métro” de la DGPI (Nancy - Perpignan) grâce à des renseignements obligeamment fournis aux Allemands par le SONEF de Lyon, qui fait concurrence à celui de Paris pour le titre de fine fleur de la Collaboration.
Craignant une réaction de Résistance-Fer, le mouvement des cheminots qui paraît à l’origine de nombreuses actions de sabotage contre les transports de la Wehrmacht (et que les Allemands connaissent grâce à la récupération de tracts distribués à la volée dans les gares et les dépôts de la SNCF… ainsi qu’à des dénonciations), Klaus Barbie fait ramener ses captifs à Dijon par la route. C’est un véritable convoi de Tractions Citroën pilotées par des hommes en manteau de cuir et chapeau mou noirs qui rallie la capitale de la Bourgogne.
Barbie estime avoir démantelé le cœur d’un grand Hexenkessel . Parmi ceux qu’il a pu faire appréhender se trouvent en effet le colonel Robert Fouré, de l’Infanterie coloniale, patron de la filière, et son adjoint, le capitaine Georges-Louis Rebattet, ancien chef de peloton monté au 28e GRDI .
Barbie savait que Fouré et Rebattet, venus de Paris, devaient tenir une réunion d’urgence au buffet de la gare de Chalon, devant un Viandox ou un café à l’orge grillée, avec trois de leurs responsables départementaux (Rhône, Côte d’Or et Saône-et-Loire). Mais il ignorait que la rencontre avait précisément pour but de remanier le dispositif opérationnel. La filière n° 7 devait en effet faire face à la situation créée par l’arrestation à Lyon d’un de ses agents par des miliciens – probablement par hasard. Arrêté le 22 avril, cet agent, maréchal des logis au 3e Régiment interarmes de la Force de Sécurité du Territoire (en garnison à Bourg-en-Bresse), n’a pu s’empêcher de parler sous la torture quelques jours plus tard.
Barbie se félicite – et juge qu’il mérite les félicitations de ses chefs – pour avoir réussi à appréhender en même temps, lors de son coup de filet, sept aviateurs de la RAF, dont un pilote tchèque du 312 Squadron, et leurs accompagnateurs : une femme, Laure Mutschler-Diebold, mariée depuis six mois à peine, et un ecclésiastique luthérien, le pasteur Paul Büchsenschütz, ex-lieutenant au 46e BCC. Mais ceux-ci – il faudra à Barbie plus de quatre mois, malgré ses méthodes, pour séparer enfin le vrai du vraisemblable – appartenaient à la filière n° 11 (Belfort - Collioure), constituée presque exclusivement d’Alsaciens et de Mosellans qui ont fui l’annexion de facto.
En fait, Barbie ne comprend pas qu’il ne s’agit que d’une coïncidence. En effet, les deux groupes se sont retrouvés au même moment dans la gare de Chalon par suite d’une malencontre (que le général de Saint-Vincent sanctionnera sèchement) : les régulateurs du “métro”, qui sont chargés de coordonner dans le temps les opérations des filières, ont failli.


29 juin
Des Partisans volants
Bosnie
– Les Partisans yougoslaves ont une aviation ! Un Potez 25 et un Bréguet 19, qui avaient appartenu à l’armée royale yougoslave puis à l’Etat indépendant de Croatie. Deux pilotes et un mécanicien croates, dégoûtés par la cruauté des Oustachis, ont choisi de changer de camp. Tito est enchanté. « Surtout, il ne faudra pas manquer de les faire voir à l’envoyé français. Alger ne pourra plus prétendre que nous ne sommes pas une vraie armée ! » (Vladimir Dedijer, « Tito parle », 1953)


30 juin
Les Grecs sont-ils un cadeau ?
Sparte
Message du général Adrian Carton de Wiart au général Neil Ritchie – Hautement confidentiel
Objet : Apport possible des groupes armés de la résistance intérieure à la lutte contre les Italo-Allemands dans les Balkans.
Sir
Je n’ai pas voulu vous déranger pendant que vous vous expliquiez avec Rommel, mais croyez bien que nos services ne restent pas inactifs. Notre situation est la suivante :
1) Les Allemands sont entièrement absorbés par leur grande offensive de Russie et ne peuvent consacrer de nouveaux moyens aux Balkans, au moins dans l’immédiat.
2) Les Italiens, a priori les plus vulnérables des partenaires de l’Axe, sont loin d’être à bout de souffle, comme l’a confirmé la bonne tenue du corps Pafundi dans le Péloponnèse. Le Duce compte envoyer l’équivalent de deux divisions pour renforcer Pafundi. En Yougoslavie, le général Roatta joue sur l’anticommunisme et vient de former une milice native contre les Partisans. Il semble envisager une série d’attaques préventives contre eux.
3) Les Tchetniks serbes sont paralysés par leurs divisions et par des compromissions locales avec les Italiens. Les Partisans de Tito, malgré ou à cause de leur doctrine républicaine et révolutionnaire, sont la force de résistance la mieux structurée et la plus efficace dans l’ensemble des Balkans. Il n’est pas nécessaire que nous les soutenions : les Français s’en chargent. A terme, un rééquilibrage au profit des Tchetniks serait nécessaire.
4) En Grèce, le mouvement EDES de MM. Zervas et Pyromaglou connaît un certain développement, mais commence à être concurrencé par le mouvement ELAS, d’inspiration communiste. Il serait très gênant d’avoir un second Tito dans un pays de notre sphère d’influence. Dans l’immédiat, je propose de renforcer notre aide à l’EDES afin de fixer le plus possible de troupes italiennes.
5) Selon les rapports récents, le mouvement de résistance en Albanie, qui avait donné peu de résultats jusqu’ici, commence à se structurer. Une nouvelle défaite de l’Axe dans les Balkans et l’annonce, vraie ou fausse, d’un débarquement allié dans la région seraient de nature à y créer une situation insurrectionnelle. Ce pays montagnard, peuplé de tribus batailleuses, se prêterait merveilleusement à la guérilla.
.........
Au total, puisque M. Hitler a lancé sa campagne de Russie, les Balkans pourraient être son Espagne . Mais il importe d’intervenir rapidement, car les succès passés et futurs de nos alliés français dans la région, s’ajoutant au romantisme qui s’attache au fait qu’ils continuent à se battre alors que leur patrie est entièrement envahie, pourraient incliner l’opinion de ces pays un peu trop en leur faveur, et avec toute l’estime que j’ai pour De Gaulle, je ne crois pas souhaitable pour l’Angleterre de retirer les Balkans à Rommel pour les donner à ce garçon.

………
Note manuscrite du général Ritchie : « Je me demande comment Adrian s’est retenu de commencer sa lettre par « Neil my boy » au lieu de « Sir » . Pour le reste, il n’a pas tort. »
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MessagePosté le: Dim Jan 06, 2013 19:19    Sujet du message: Répondre en citant

Un triste épisode adapté de l'OTL. OTL, Bialystok a été prise 5 jours après le début de l'offensive, mais en FTL il y a une longue bataille pour éliminer le saillant de cette ville. Paradoxalement, l'épisode dans la ville même sera probablement moins sanglant qu'OTL, car une partie de la population aura probablement fui ou essayé de le faire (mais le saillant est quasiment encerclé après 3 jours d'offensive). Mais les victimes des bombardements seront nombreuses aussi (je ne pense pas que la ville ait autant souffert de bombardements et de combats en OTL).

Citation:
1er juin 42
La ville de Bialystok vient enfin de tomber. Elle avait été brièvement occupée par les Allemands en septembre 1939, avant d’être remise à l’URSS, conformément aux dispositions du Pacte germano-soviétique [1]. Cette fois, la Wehrmacht n’a pas l’intention de la rendre à qui que ce soit, et la 221. Sicherungs-Division (général Johann Pflugbeil [2]) est chargée de la « sécuriser ».
Faute de pouvoir piller une ville en grande partie détruite après plusieurs raids aériens et la bataille du saillant “de Bialystok ”, les Allemands tiennent à imposer leur autorité sans tarder. Ils vont le faire de la façon la plus brutale qui soit : le 309e Bataillon de Police (major Ernst Weis) est chargé d’une véritable chasse aux Juifs, qui constituent une grande partie de la population. Des centaines de personnes vont être sommairement exécutées et de nombreuses autres périront après avoir été enfermées dans la synagogue, qui sera incendiée.
Ce n’est que le début de la sinistre réputation de cette unité, dont plusieurs responsables seront d’ailleurs poursuivis après le conflit pour crimes de guerre. Au cours des semaines suivantes, les hommes du 309e Bataillon s’emploieront à traquer les Juifs ayant fui la ville pendant la bataille et qui n’avaient pas pu aller très loin en raison de la rapide progression des unités motorisées allemandes.

[1] La population a une longue habitude de ces changements de maître, cette ville frontalière ayant été rattachée, au gré de l’histoire, à la Lituanie, la Prusse, la Russie, l’éphémère République populaire biélorusse, la Pologne…
[2] Frère aîné du général d’aviation Kurt Pflugbeil, qui commande le 4e FliegerKorps.

_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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patrikev



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MessagePosté le: Dim Jan 06, 2013 21:03    Sujet du message: Répondre en citant

Sombre épisode. Il faudrait peut-être ajouter: "la synagogue, un des rares édifices à avoir échappé aux bombardements...".

OTL, il restait une population juive assez nombreuse, après le massacre, pour constituer un ghetto. Je viens de découvrir que ce ghetto s'était révolté en août 1943, avec le soutien de la résistance polonaise. L'insurrection a été écrasée (l'Armée Rouge était encore à plusieurs centaines de km). Il faudra voir ce que deviennent les ghettos FTL.

Une source donne le chiffre de 200 personnes brûlées dans la synagogue, avec photographies.

http://www.zchor.org/bialystok/yizkor9.htm
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 12, 2013 11:59    Sujet du message: Un ajout de Tyler Répondre en citant

Ci-après, un épisode qui se rattache à ce sujet et au mois d'août 1942.
Merci TYLER !




1er août 1942
Militant perdu
Paris, Porte des Lilas
– Il est presque 20h00. L’homme, veston, pantalon et chapeau gris, anonyme, sort d’un pas énergique du métro. Comme tous les soirs à la même heure. Comme tant d’autres. Il se dirige vers l’avenue de Paris en regardant droit devant lui, sans être vraiment là. Que faire, que dire, que répondre. On lui a fait une offre, de celles qu’on peut difficilement refuser. Que l’on pourrait difficilement refuser en temps normal, mais voilà, nous ne sommes pas en temps normal. C’est la guerre, et dans chaque guerre, il faut choisir son camp et s’y tenir. Il y a déjà quelque temps qu’il a franchi le Rubicon en rompant avec son ancien parti, doit-il faire plus ? Accepter serait s’exposer. Exposé, il l’est déjà, encore plus depuis quelques jours, mais là, il n’est pas dupe : avec cette promotion, il se mettrait au service de l’Ennemi – et c’est pour ne pas servir l’Ennemi qu’il a été exclu de son Parti, il y a bientôt trois ans. Trois ans…
Que de chemin parcouru ! Que de décisions l’ayant mené là où il était à présent, et pas vraiment sûr d’être à la meilleure place. Il était numéro 3, avant – en passant la mer, il aurait été chef de son clan en Afrique ! Sauf que… Sauf que ses propres choix l’ont éloigné de tout cela et qu’il est maintenant un faire-valoir entre les mains d’un ancien camarade que l’on disait déchu. Il l’a bien compris.
Mais il a aussi compris qu’il devait changer de discours et de façon de penser, les temps troublés que vivait le monde l’exigeaient. C’est pourquoi, malgré tout, il a renoué avec ce camarade, cet ancien camarade qu’il avait tant critiqué après son départ du Parti, ce nouveau camarade à qui il va devoir lier son destin jusqu’à la fin de la guerre. A-t-il fait le bon choix ? Il décide de chasser ces doutes de son esprit. Au moins pour ce soir. Ils auront tout le temps de revenir plus tard.
L’homme en gris descend maintenant le boulevard de la Liberté, un cycliste imprudent vient de le frôler. Il repense à cette proposition qu’on lui a faite dans l’après-midi : entrer au gouvernement. Bien sûr, si le grand Jacques le veut à ses côtés, c’est en tant qu’ancien dirigeant du Parti, pour rallier à sa cause, à leur cause, le plus possible de camarades encore indécis. Mais c’est aussi pour lui une occasion inespérée de revenir au premier plan et de convaincre les camarades de le rejoindre lui, lui qui ne vit pas dans l’ombre depuis deux ans, lui qui est resté dans la lumière, qui ne s’est pas caché comme l’autre Jacques, le gros, ni comme Benoît, qui ne s’est pas enfui comme André ou comme Maurice, leur chef – un chef qui a déserté ! Lui qui est resté droit et fidèle à ce qu’il était.
La rue des Ecoles, qu’il emprunte d’habitude, est encombrée. Une grosse voiture à gazogène est en travers et un attroupement s’est formé. Un accident sûrement. Son chauffeur semble s’expliquer avec plusieurs personnes, expliquant bruyamment qu’il partira quand le moment sera venu. Il a un visage connu. Déjà vu quelque part. Un acteur sans doute.
Pas d’humeur à se frayer un chemin dans la foule, l’homme continue sa route et décide de passer par la rue de Bagnolet, souvent déserte. Il reprend le cours de ses pensées, se parlant à lui-même, ne prêtant pas attention aux passants derrière lui – un piéton et un cycliste, le même ou un autre que tout à l’heure, qui roule à présent au pas. Oui, il se sait isolé, sa position est fragile, ses choix pas toujours heureux, mais sa décision est prise, il ira au bout de sa démarche, jusqu’au bout, et qui sait ? Le destin sera peut-être avec lui ? Après tout c’est la guerre et tout est possible ! Il esquisse un sourire.
Il perçoit un mouvement derrière lui, son ébauche de sourire disparaît. Lui en voudrait-on ? Un bruit soudain, violent. Une douleur vive dans le dos. Ses jambes l’abandonnent. Il demande de l’aide mais n’est même pas sûr d’avoir émis un son. Il tombe, un vélo le dépasser, un jeune homme crie quelque chose qu’il ne comprend pas et se met à courir derrière le cycliste, qui file au milieu de la rue de Pantin.
Au sol, l’homme en gris tente de se relever mais ses mains ne lui obéissent déjà plus. Il perd connaissance. Oui, on lui en voulait.
………………………
Extraits du dossier médical du patient GITTON Marcel, Hôpital Tenon, Paris XXe.
« 1er août 1942, 21 heures 30. (…) Transpire abondamment. Paraît souffrir. Pression artérielle basse, 9/6. (…) A repris conscience mais parle avec difficulté. (…) La balle, de petit calibre (6,35 sans doute) est entrée à la base du poumon gauche et s’est logée dans l’abdomen. Elle est bien visible sur la radiographie. (…) L’état du patient étant stable, l’intervention aura lieu demain matin. »
« 2 août 1942. La balle a pu être extraite, mais l’intervention a permis de constater de nombreux dégâts, dont la réparation a été longue et complexe (voir CRO détaillé). Perte de sang +++. Pas de donneur compatible disponible. N’a pas repris connaissance. (…)
14 heures 30 – Patient décédé. »

………………………
Marcel GITTON (1903-1942). Homme politique français. Ouvrier du bâtiment, devient en 1925 secrétaire des syndicats du bâtiment de la région parisienne et est élu en 1929 au Bureau confédéral de la CGTU. Membre du Parti communiste, il entre en 1932 au Bureau politique et devient en 1935 secrétaire national – il est alors le numéro 3 du Parti derrière Maurice Thorez et Jacques Duclos. Elu député de la Seine en 1936.
En 1939, il dénonce violemment la signature du Pacte germano-soviétique en compagnie d’une vingtaine de parlementaires communistes. Mobilisé, il participe jusqu’au bout aux combats de la campagne de France ; il est même cité en juillet pour son courage. En août, n’ayant pas embarqué pour l’Afrique du Nord, il profite du système de démobilisation rapide mis en place par le cabinet Reynaud pour ne pas être fait prisonnier.
Collabore de façon éphémère au journal Le Cri du Peuple de Jacques Doriot entre l’automne 1940 et l’été 1941. Refusant de se laisser dicter ses articles par Doriot, quitte le journal et crée le Parti des Ouvriers et Paysans Français (POPF) en janvier 1941. Il espère regrouper dans cette organisation (en théorie affiliée au Parti « unique » du Renouveau Français) les communistes qui refusent de suivre tant les « bourgeois » d’Alger que la ligne prônée par Duclos dans la clandestinité. Ceux qui le rejoignent pouvant se compter sur les doigts d’une main, il se rapproche à nouveau de Doriot à la fin de 1941. En janvier 1942, son POPF devient la Section des Ouvriers et Paysans Français du PPF doriotiste. Il entre en mars au Bureau politique du PPF.
Après Barbarossa, devant les premiers attentats officiellement communistes et la répression qu’ils provoquent, il devient particulièrement virulent contre l’institution même du Parti communiste français. Il publie fin juillet une « Lettre ouverte aux ouvriers communistes » dans laquelle il fustige la « dépendance directe à Moscou [du PCF] et la soumission totale de certains de ses dirigeants à la Troisième Internationale ». Victime le 1er août d’un attentat en pleine rue organisé par le PCF, il meurt de ses blessures le 2.
(Grand Larousse de la Seconde Guerre Mondiale, op. cit.)



8 août 1942
En sursis
Cimetière du Père Lachaise, Paris
– A l’enterrement de Marcel Gitton se retrouvent la plupart des dirigeants de la Section des Ouvriers et Paysans Français du PPF et des anciennes figures communistes ayant décidé de faire cause commune avec l’occupant : Clamamus, Piginnier, Bourneton, Pillot, Clément… Autant de personnages qui seront visés jusqu’à la Libération, avec plus ou moins de succès, par l’organisation responsable de la mort de Gitton : le détachement Valmy.
Le détachement Valmy, dont trois membres ont participé à l’attentat contre Gitton (“Tours”, le tireur à vélo, “Cerbère”, le piéton qui a fait semblant de poursuivre le tireur, et “Nancy”, resté en couverture) est un groupe d’action relevant de la Commission des cadres du Parti communiste français. Ses missions principales sont de liquider les renégats du PCF (notamment ceux passés au PPF et au SOPF), de châtier des collaborateurs même sans antécédents communistes, mais aussi d’éliminer les éléments douteux du PCF clandestin. La réussite de ce premier attentat va conforter la Commission des cadres dans la pertinence de son choix et favorisera le développement des actions de “Valmy” au cours de l’automne 1942. De plus, elle va attirer sur le détachement la faveur de Moscou (où l’on approuve et recommande cette façon de défendre la ligne du Parti), mais aussi l’intérêt d’Alger (où le Deuxième Bureau va s’efforcer d’orienter les actions de “Valmy” vers les cibles qui lui paraîtront les plus souhaitables).
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MessagePosté le: Sam Jan 12, 2013 12:15    Sujet du message: Re: Un ajout de Tyler Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Son chauffeur semble s’expliquer avec plusieurs personnes, expliquant bruyamment (...)
Il tombe, un vélo le dépasse


S'expliquer... puis expliquant est maladroits
Le verbe dépasser se conjugue... comme tous les autres verbes.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 12, 2013 12:29    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour avoir relevé cette maladresse et cette coquille.
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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