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Intégrale "Politique" Juillet 1942

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Déc 01, 2012 19:33    Sujet du message: Intégrale "Politique" Juillet 1942 Répondre en citant

Juillet 1942
11 – La lutte politique
A bas l’Indigénat

1er juillet
Un vrai professionnel…
Alger
– Alors qu’une réunion du Conseil des Ministres est sur le point de s’achever, le général De Gaulle demande la parole. Les participants, qui le pratiquent depuis deux ans, soupçonnent immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un sujet accessoire.
– Monsieur le Président du Conseil, Messieurs… commence le Général, avec une légère hésitation qui ne lui ressemble guère. Il est de mon devoir de vous faire part du fait que les services du ministère de la Guerre chargés du moral des troupes reçoivent actuellement de l’ensemble des unités constituées en tout ou en partie de soldats indigènes des colonies engagés depuis juin 1940 les échos d’une préoccupation qui paraît partagée par la plupart, sinon par la totalité de ces hommes. Il semble que ceux-ci aimeraient voir se concrétiser autrement que par un titre de citoyenneté, de peu d’usage pour l’instant, le fait que la France considère désormais qu’ils disposent des mêmes droits que ses ressortissants métropolitains. Quant aux devoirs, ils estiment, avec quelque raison, qu’ils s’y soumettent depuis deux ans avec une ardeur qui fait honneur à notre drapeau. Alors que la fête nationale approche, il m’est apparu que le moment était peut-être bien choisi pour manifester de façon tangible que notre gouvernement répond à cette attente. Il me semble d’ailleurs qu’il y a quelques années, certaines mesures avaient été envisagées par le gouvernement de l’époque, sans malheureusement pouvoir aboutir… achève De Gaulle en se tournant légèrement vers Léon Blum. Celui-ci saisit la balle au bond.
– Certainement. En 1936, M. Maurice Viollette, ministre d’Etat dans mon gouvernement, avait projeté de donner la nationalité française à une élite de 25 000 indigènes d’Algérie environ. Mais l’alliance de circonstance des notables locaux avait fait échouer l’affaire, à mon grand regret.
– M. Viollette pourrait peut-être reprendre le dossier afin de tenir compte des aspirations spécifiques de nos… nouveaux citoyens, avance Paul Reynaud.
– Assurément, s’enthousiasme Blum. Il n’est plus tout jeune, mais il est d’autant plus respecté, et la population indigène pourra constater qu’il s’agit d’un homme attentif depuis longtemps à leurs problèmes. Je vous propose de créer pour lui un poste de sous-secrétaire d’Etat… disons, « chargé de la population indigène accédant à la citoyenneté pour faits de guerre. »
– Parfait, approuve Reynaud. Qu’en dites-vous, mon Général ?
– Que c’est une excellente idée. Encore que l’intitulé de son poste me semble un peu… administratif. Mais je pense qu’il sera bien vite surnommé « ministre des citoyens par le sang versé ».
Selon une récente biographie de Georges Mandel (Le Moine de la Politique, par Nicolas Sarkozy, 1994), celui-ci aurait noté au soir de cette réunion que le Général avait alors l’air du chat qui voit la souris venir toute seule entre ses pattes. De fait, on sait aujourd’hui que De Gaulle avait discrètement approché Viollette avant cette réunion du Conseil. Quoi qu’il en soit, le sujet est lancé, et la première mesure proposée semble l’avoir été indépendamment du ministre de la Guerre. Il peut pousser plus loin.
– Cela dit, vous comprendrez, Messieurs, que j’ai été ces derniers temps particulièrement attentif à tout ce qui pouvait m’éclairer sur l’état d’esprit actuel des populations coloniales, dans la mesure où cet état d’esprit conditionne le recrutement de nos Armées. J’ai donc reçu avec le plus grand intérêt M. René Maran, qui m’a été envoyé par M. Félix Eboué, gouverneur de l’Afrique Equatoriale, dont vous connaissez la compétence et le dévouement inlassable à la France. [Là encore, nous savons aujourd’hui que c’est De Gaulle qui, sur le conseil de Marius Moutet, ministre des Colonies, avait le premier demandé à ce sujet des informations à Félix Eboué.] Monsieur Maran est un ancien Administrateur Colonial qui a été chassé de son administration pour avoir publié un roman dénonçant précisément la façon dont nos colonies sont administrées. Circonstance aggravante sans doute, ce roman avait obtenu le prix Goncourt. Vous vous souviendrez peut-être, Messieurs, que j’ai moi-même commis il y a quelques années un ou deux ouvrages qui n’ont pas eu l’heur de plaire à ma hiérarchie, tout en remportant un succès d’estime… [Sourires autour de la table, d’autant que plusieurs des ministres, dont Blum et Reynaud, ont en effet lu et apprécié à l’époque les ouvrages du colonel de Gaulle.] Je n’avais pas eu les honneurs du Goncourt ni souffert l’indignité du renvoi, mais je me suis senti quelque cousinage avec M. Maran, quoi qu’il soit d’origine antillaise. [Cette fois, plusieurs ministres ne peuvent s’empêcher d’émettre un léger rire.] Je l’ai lu, je l’ai reçu, je l’ai écouté… [En fait, René Maran est devenu conseiller pour les questions concernant les troupes indigènes au ministère de la Guerre.] Enfin, j’ai vérifié son propos grâce à d’autres sources précises, fiables et concordantes et avec l’aide précieuse de Monsieur Moutet. [Celui-ci arbore depuis quelques instants un large sourire.]
Hé bien, Messieurs [soudain, il n’y a plus trace de la moindre légèreté dans la voix, qui se fait plus rauque], si ce que j’ai appris est exact, que dis-je, si la moitié de ce que j’ai appris est exact, il m’apparaît que l’honneur de la France Combattante et de ce gouvernement exige dans les plus brefs délais la suppression du Code de l’Indigénat et du système du travail forcé. Le premier contrevient au principe républicain qui veut que l’on juge un homme selon ses actes et non selon son origine. Le second est tout simplement une sorte de survivance de l’esclavage. Je tiens à souligner ici que Monsieur Moutet a travaillé, hélas sans succès, avant la guerre, à obtenir leur suppression. Il est temps d’en finir !
Ces mesures d’abolition pourront être ouvertement mises au crédit de l’engagement volontaire d’un grand nombre d’hommes sous le drapeau français, montrant que les engagés n’ont pas seulement gagné pour eux la citoyenneté qui les met à l’abri de l’Indigénat, mais que leur courage profite à tous, ce qui renforcera leur prestige et celui de nos Armes. Annoncées au moment propice – or, quel meilleur moment trouver que le 14 juillet ? – ces mesures montreront que la France, alors même qu’elle est dans une situation historiquement unique et qui semblerait désespérée pour toute autre nation, n’abandonne pas sa mission séculaire, civilisatrice et libératrice. Elles ne sauraient manquer d’avoir sur les peuples du Maghreb, d’Afrique Noire et d’Asie, mais aussi sur les peuples du monde entier, qu’ils vivent libres ou sous la contrainte, un immense impact.
Après cet « immense impact » qui résonne dans la salle du conseil, le Général s’interrompt soudain, jaugeant les réactions. Blum et Mendès sont près d’applaudir, mais c’était acquis, et l’important n’est pas là. Mandel grogne : « Abolir l’Indigénat, comme ça, en pleine guerre ! Avez-vous pensé aux réactions des colons, des administrateurs… » Mendès alors, doucereux : « Ne nous dites pas que vous craignez qu’ils écoutent les discours des sbires de Laval, qui parleront encore d’un gouvernement de métèques, pour les métèques… » Mandel, piqué au vif : « Certainement pas ! Mais un pareil bouleversement administratif exigerait d’être solidement organisé et étroitement surveillé. On ne peut imposer pareille tâche aux services du ministère des Colonies, dont l’essentiel de l’activité est consacrée à la gestion quotidienne, ou à la satisfaction des besoins de la Défense. [le ministère des Colonies, officiellement rebaptisé depuis le début de 1941 ministère de la France d’Outre-Mer, a en effet été rattaché à la Défense depuis l’entrée en guerre du Japon.] De plus, ce n’est pas insulter les personnels de ce ministère que de dire qu’ils n’ont pas la compétence proprement politique nécessaire pour une tâche aussi délicate. »
– Je le crains en effet, reconnaît Reynaud. C’est là un obstacle sérieux, mon Général, n’est-ce pas ?
De Gaulle paraît un instant gêné, puis, comme si la lumière lui venait : « Sans doute, Monsieur le Président du Conseil. Mais, dans ces conditions, oserais-je vous proposer de rattacher désormais le ministère de la France d’Outre-Mer au ministère de l’Intérieur ? Ses services ont malheureusement bien moins de travail qu’en temps normal avec les départements métropolitains, et personne ici ne doute des grandes capacités de Monsieur le ministre de l’Intérieur, qui saura mettre en œuvre de façon exemplaire cette réforme capitale pour l’avenir du pays et de ses colonies, avec le soutien, j’en suis sûr, de Monsieur Moutet. »
Marius Moutet se lève, rayonnant : « J’ai déjà affirmé, Monsieur le Président du Conseil, Messieurs, qu’un régime colonial n’est pas viable quand il ne peut être animé du dedans par les indigènes qui doivent en bénéficier. Quel plus beau symbole du droit des indigènes à gérer leurs terres que l’intégration des Colonies à la France au sein du ministère de l’Intérieur, au moment où les nouveaux citoyens français vont voir leurs aspirations défendues par un nouveau ministère et où l’odieux régime de l’Indigénat est aboli ! C’est avec joie que j’y travaillerai sous l’autorité de Monsieur le ministre de l’Intérieur. »
La biographie de Mandel par N. Sarkozy nous renseigne à nouveau : le ministre de l’Intérieur a parfaitement conscience qu’il a été manœuvré, mais ne peut s’empêcher d’être à la fois honoré… et admiratif. Au reste, comment refuser une telle proposition ? Son maître Clemenceau, qui fut toujours un anticolonialiste virulent, n’aurait-il pas approuvé ? C’est pourquoi, quand Reynaud approuve l’idée et se tourne vers lui, il ne peut que se redresser et déclarer : « Je m’efforcerai d’être digne de la confiance du pays. »
Reste un obstacle : Henry de Kérillis ne se résigne pas. « Ces mesures étaient avant-guerre l’un des chevaux de bataille des Communistes. Je sais que, M. Hitler ayant eu le bon goût d’attaquer l’URSS, le Parti Communiste français est en voie de retrouver une apparence de respectabilité. Mais c’est lui faire un bien grand cadeau que d’accueillir le retour de cet enfant prodigue, qui a tout de même manqué pendant trois ans à l’effort de guerre, en tuant le veau gras et en appliquant sa politique ! Je pense qu’il vaudrait mieux l’inciter à la modestie ! »
De Gaulle se tourne alors vers lui et, de sa voix la plus chaleureuse : « Je vois avec plaisir que nous sommes en parfait accord sur ce point : les communistes doivent être incités à la plus modeste réserve. C’est précisément pourquoi il importe de les priver du formidable levier d’opinion que représentent dans les Colonies l’Indigénat et le travail forcé. Si nous les supprimons, le PC ne pourra se cacher derrière ces épouvantails pour faire oublier qu’il a fait défection dès la signature du pacte germano-soviétique et jusqu’au lancement de l’attaque allemande en Russie… »
Pris à son propre jeu, Kérillis reste muet. Cette fois, la cause est entendue. Pour ceux qui ne s’en étaient pas encore aperçus, l’apprentissage politique de De Gaulle est achevé. Il est vrai qu’il a eu, pendant deux ans, d’excellents enseignants et des exemples tout aussi remarquables au sein du Conseil !


2 juillet 1942
Mort d’un député déménageur
Alger
– Ernest Beluel, 67 ans, est sénateur de Haute-Garonne étiqueté “Gauche démocratique”, après avoir été ancien député radical-socialiste de Toulouse de 1928 à 1932. Il est membre de la commission de l’Air et de la commission du Commerce. En un mot, c’est un Elu de la République comme tant d’autres à Alger. Dans son appartement d’un des bâtiments-dortoirs élaborés par le parlementaire et architecte Raoul Brandon l’année précédente pour désengorger les hôtels et autres bâtiments réquisitionnés dans toute l’Algérie lors du Grand Déménagement, en cette fin d’après-midi, Ernest Beluel agonise.
Or, s’il n’a guère défrayé la chronique de son vivant, sa mort – pourtant de cause parfaitement naturelle – va être à l’origine de débats animés, voire houleux, au sein de l’Assemblée des Elus de la République ! Elle va en effet poser crûment la question du remplacement des Elus de la République décédés au cours de leur mandat, la plupart du temps bien loin de leur circonscription.
La question semblait de peu d’importance au début de 1941, lorsqu’avait été votée la révision constitutionnelle. Les parlementaires déménagés avaient pourtant connu leur premier deuil le 17 décembre 1940, lorsque le député de Seine Maritime Georges Bureau était mort à l’hôpital d’Alger. Quelques mois après le Grand Déménagement, ses funérailles avaient été l’occasion d’une grande démonstration d’Union Sacrée. Il avait été décidé que le siège de Georges Bureau, numéroté « 42 », ne serait plus occupé jusqu’au retour des Assemblées à Paris. La question de remplacer Bureau s’était d’autant moins posée que sa disparition avait été numériquement compensée par l’arrivée de Charles Vallin, échappé de Métropole, quelques semaines plus tard. C’était reculer pour mieux sauter…
En février 1941, César Campinchi, député radical de Corse et ministre de la Marine marchande au moment du Sursaut (avant de laisser aimablement sa place à Darlan), était mort des suites d’une opération chirurgicale, quelques jours après que Joseph Blanc, sénateur radical de Haute Savoie, fût lui aussi décédé dans des conditions similaires. Ces disparitions n’étaient pas restées sans conséquences.
Après avoir consulté la Commission Constitutionnelle Consultative (la déjà fameuse CCC) et avoir obtenu son feu vert, les différents partis représentés à l’Assemblée avaient publiquement conclu un accord pour que chaque parlementaire fût, en cas de malheur, remplacé par son suppléant. Les dits suppléants ne courant pas forcément les rues d’Alger à l’époque, on s’était entendu pour que tout membre du parti auquel appartenait le parlementaire décédé pût faire office de suppléant. Ainsi Joseph Blanc et César Campinchi avaient-ils été remplacés.
Cette pratique s’était prolongée tout au long de l’année 1941, permettant le remplacement sans drame de sept Elus de la République. A la mort de Raoul Brandon, député de la Seine, le 4 décembre 1941, l’aile conservatrice avait commencé à polémiquer en affirmant que ce système favorisait « de petits arrangements entre Francs-Maçons », mais le début de la Guerre du Pacifique, l’attaque japonaise en Indochine et la déclaration de guerre au Japon avaient rapidement étouffé l’affaire en rendant toute sa vigueur à l’Union Sacrée. Pour un temps seulement, bien sûr !
Entre le 4 février et le 30 mars 1942, cinq autres parlementaires avaient rendu leur âme à Dieu/étaient passés à l’Orient éternel/avaient passé l’arme à gauche (selon les croyances philosophico-religieuses et les orientations politiques de chacun). Chaque décès avait donné aux conservateurs l’occasion de hausser le ton concernant les modalités de remplacement des « 510 » (lesquels se trouvaient être 514 au printemps 1942, grâce au courage de quelques députés qui avaient réussi à rejoindre Alger : deux d’entre eux étaient même des prisonniers de guerre évadés).
La mort de Beluel renforce d’autant plus les protestations des conservateurs que, depuis le déclenchement de l’opération Barbarossa, la France et l’Union Soviétique sont devenues les meilleurs alliés du monde et il devient probable, sinon certain, que les députés communistes “moscoutaires”, extraits de leur villégiature saharienne, rejoindront bientôt l’Assemblée. Ne reculant devant aucune outrance verbale, les conservateurs évoquent « un sabotage programmé des institutions conduisant à brève échéance à la mort de la démocratie et à l’instauration d’une dictature communiste dans la France à peine libérée du joug allemand » (sans tenir compte du fait que la Libération en question est encore à accomplir).


14 juillet
Un pas immense…
Alger
– La fête nationale est marquée par plusieurs discours radiodiffusés du Président du Conseil Paul Reynaud, des Vice-présidents Léon Blum et Georges Mandel, et du ministre de la Guerre, le général Charles de Gaulle.
Paul Reynaud annonce la suppression du code de l’Indigénat et du travail forcé, laissant à Blum, enthousiaste, et à Mandel, prudent, le soin de développer cette annonce. De Gaulle prend acte, mais de telle façon que qui sait écouter ne peut douter qu’il ne soit l’inspirateur de ces mesures. Certaines de ses paroles resteront dans les mémoires, comme son invocation finale : « Tirailleurs sénégalais de Valence ! Goumiers de Grèce ! Fusiliers de Saigon ! Vous avez été solidaires de la France dans le malheur, vous serez bientôt fraternellement unis avec ses autres enfants pour la Victoire ! »
Un ample mouvement des gouverneurs des Colonies est décidé dans la foulée, sous l’impulsion d’un Mandel soucieux d’imposer sa griffe. Félix Eboué est l’un des rares à garder son poste, hélas pour lui, peut-on dire : il mourra d’épuisement peu après la fin de la guerre. Parmi les administrateurs qui accèdent aux premiers rangs, on note Félix Houphouët-Boigny. Malgré son jeune âge (il est né en 1905), il sera à la fin de la guerre nommé gouverneur de l’AOF. Nommé par Mandel, certes, mais il se souviendra toujours qu’il doit au fond cette nomination à Charles de Gaulle.
Ce dernier ne compte pas s’en tenir là. Comme il l’indique dans ses Mémoires de Guerre (tome 2, L’Unité [de l’entrée en guerre des Etats-Unis au basculement de l’Italie]) : « Un pas immense avait été fait ; mais, les comptes du passé apurés, il fallait préparer l’avenir. Je m’employais dès ce moment à convaincre MM. Reynaud et Mandel de l’intérêt d’organiser une conférence des gouverneurs de toutes nos Colonies à Brazzaville, au cœur de l’Empire, au début de 1943. Le rôle des colonies dans notre effort de guerre justifiait l’intérêt porté par le ministre de la Guerre à une telle conférence. Mais, d’une façon plus large, c’était l’importance du problème pour la place de la France dans le monde de l’après-guerre qui exigeait que l’on se préoccupât de mettre sur pied la représentation des Colonies au Parlement et la création d’Assemblées locales. Il m’apparaissait très clairement que de telles structures étaient nécessaires pour permettre aux habitants des Colonies, dès la fin de la guerre et la Victoire, de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires, en attendant d’opter soit pour une autonomie dans le cadre de liens étroits avec la France, soit pour une intégration dans la Patrie française, supposant une communauté de Droits et de Devoirs. »


21 juillet
La Commission des Cadavres et Croque-morts
Alger, Assemblée des Elus de la République
– Dans le sillage de Pierre Taittinger et d’Henri Becquart (revenu gravement blessé mais d’autant plus virulent de son équipée indochinoise), plusieurs membres de la Fédération Républicaine et de quelques autres formations de droite s’indignent avec violence à la suite du remplacement de leur collègue parlementaire Ernest Beluel, décédé le 5, par un de ses camarades de parti – de gauche, donc ! « Il est invraisemblable que des accords de cabinet noir, ou peut-être bien de Loge bleue, permettent de maintenir sine die au pouvoir les élus d’une majorité qui a conduit le pays au bord du gouffre il y a tout juste deux ans ! Et ce, avec le soutien trop opportun pour être tout à fait honnête de groupes qui ont, comme chacun s’en souvient, miné les assises mêmes de la République et de sa Défense dès avant le début du conflit » s’exclame Becquart lors d’une sortie qui conduira à une suspension de séance, fait assez rare durant la “période algéroise” de la guerre.
Becquart, Taittinger et leurs affidés se plaignent notamment, non du fait que les seize parlementaires morts depuis le Grand Déménagement aient presque tous été de gauche (hormis Georges Cousin, député du Front Républicain, décédé en février), mais du fait que leurs remplaçants le soient aussi ! Pierre Taittinger en rajoute : « L’Assemblée des Elus de la République n’est pas représentative de la Vraie France Combattante. Celle du Sursaut ! Celle qui se bat contre les ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, dont certains, toute honte bue, frappent aujourd’hui à notre porte [il fait évidemment allusion aux communistes]. Nous sommes aujourd’hui 514, la Constitution nous autorise à être 600, je propose de renouveler au moins en partie la composition de notre Assemblée. »
Paul Reynaud, épuisé par deux ans et demi à la tête d’un état “à l’échine brisée”, décide alors de se décharger du problème en faisant appel à l’institution même qui avait approuvé le remplacement des élus décédés par leurs camarades de parti : la Commission Constitutionnelle Consultative. La CCC prend donc le relais, avec l’autorité que lui confère une série d’arbitrages rendus sans esprit partisan – ce qui n’empêchera pas les mauvaises langues de la surnommer Commission des Cadavres et Croque-morts.
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Collectionneur



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MessagePosté le: Dim Déc 02, 2012 18:11    Sujet du message: Répondre en citant

Je vient de lire que le projet Blum-Viollette en plus d'être rejeté par les ''élites'' françaises l'a était aussi par l'oulema Abdelhamid Ben Badis.

Je n'y connait pas grand chose dans ce domaine mais il me semble que De Gaulle fait passer ce qui en OTL n'a lieu qu'en 1956 soit l'égalité juridique entre tous les citoyens dans les colonies.
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Dernière édition par Collectionneur le Dim Déc 02, 2012 18:30; édité 1 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Déc 02, 2012 18:29    Sujet du message: Répondre en citant

Collectionneur a écrit:
Je vient de lire que le projet Blum-Viollette en plus d'être rejeté par les ''élites'' francophone l'a était aussi par l'oulema Abdelhamid Ben Badis.

Je n'y connait pas grand chose dans ce domaine mais il me semble que De Gaulle fait passer ce qui en OTL n'a lieu qu'en 1956 soit l'égalité juridique entre tous les citoyens dans les colonies.


Parfois, certains refusaient ce genre de réforme pour des raisons diamétralement opposées (les uns trouvant que la réforme n'allait pas assez loin, les autres trouvant qu'elle allait trop loin).
Et si ce n'est passé, OTL, qu'en 1956, ce n'est pas faute d'avoir essayé avant ! On peut même dire que ce qu'imaginait Napoléon III pour l'Algérie était quelque chose de bien plus égalitaire que ce qui s'est passé.
OTL, la France Combattante a pu avoir la volonté, mais non les moyens. FTL, elle a les deux, et une motivation puissante : on ne peut pas se permettre de dissension, non seulement face à l'ennemi, mais face à nos Alliés !
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sting01



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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 03:04    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Collectionneur a écrit:
Je vient de lire que le projet Blum-Viollette en plus d'être rejeté par les ''élites'' francophone l'a était aussi par l'oulema Abdelhamid Ben Badis.

Je n'y connait pas grand chose dans ce domaine mais il me semble que De Gaulle fait passer ce qui en OTL n'a lieu qu'en 1956 soit l'égalité juridique entre tous les citoyens dans les colonies.


Parfois, certains refusaient ce genre de réforme pour des raisons diamétralement opposées (les uns trouvant que la réforme n'allait pas assez loin, les autres trouvant qu'elle allait trop loin).
Et si ce n'est passé, OTL, qu'en 1956, ce n'est pas faute d'avoir essayé avant ! On peut même dire que ce qu'imaginait Napoléon III pour l'Algérie était quelque chose de bien plus égalitaire que ce qui s'est passé.
OTL, la France Combattante a pu avoir la volonté, mais non les moyens. FTL, elle a les deux, et une motivation puissante : on ne peut pas se permettre de dissension, non seulement face à l'ennemi, mais face à nos Alliés !


Certains autres etaient meme totalement cyniques :

Si une reforme est bonne, alors le peuple n'aurat plus de raison de se plaindre, et donc ils se retrouveraient sans partenaires , sans revolution, sans glorieux matin du Grand Soir!

Un tsar a ete tue pour cette raison (Alexandre II qui venait juste d'ouvrir la porte des reformes politiques de tres grandes ampleures).

Donc, a l'instar des Martiniquais noires et riches qui bloquerent et continuent de bloques des reformes , des nord afriquains (prinicipalement de souche arabes a opposer a ceux de souche berberes) etaient contre des reformes qui a terme n'auraient put que mener a une reelle integration dans la Republique. Une revolution, puis une independance ou ils se retrouveraient aux commandes.
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c'est pas fait pour les francois.

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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 10:24    Sujet du message: Répondre en citant

sting01 a écrit:
des nord afriquains (prinicipalement de souche arabes a opposer a ceux de souche berberes) etaient contre des reformes qui a terme n'auraient put que mener a une reelle integration dans la Republique. Une revolution, puis une independance ou ils se retrouveraient aux commandes.


Je ne comprends pas ta phrase. Comment pourraient-ils être contre une réforme qui leur donnerait l'indépendance et le pouvoir sur le nouvel état ?
Par loyauté envers la France, je suis touché... mais je n'y crois absolument pas (et ma famille vivait à Constantine donc je sais de quoi je parle).
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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gaullien



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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 13:01    Sujet du message: Répondre en citant

non il a dit que cette réforme aurait put mener a l'intégration de l'algérie a la france; alors que eux ils veulent l'indépendance pou accéder au pouvoir
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 13:26    Sujet du message: Répondre en citant

Ah... effectivement, comme ça ça a du sens.
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gaullien



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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 16:31    Sujet du message: conférence Brazzaville Répondre en citant

elle va avoir lieux cette conférence? en 43 ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 16:44    Sujet du message: Re: conférence Brazzaville Répondre en citant

gaullien a écrit:
elle va avoir lieux cette conférence? en 43 ?


Restez à l'écoute... Wink
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sting01



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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 02:26    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
sting01 a écrit:
des nord afriquains (prinicipalement de souche arabes a opposer a ceux de souche berberes) etaient contre des reformes qui a terme n'auraient put que mener a une reelle integration dans la Republique. Une revolution, puis une independance ou ils se retrouveraient aux commandes.


Je ne comprends pas ta phrase. Comment pourraient-ils être contre une réforme qui leur donnerait l'indépendance et le pouvoir sur le nouvel état ?
Par loyauté envers la France, je suis touché... mais je n'y crois absolument pas (et ma famille vivait à Constantine donc je sais de quoi je parle).


Non, ils vont refuser la reforme car pour eux l'independance ne doit etre le resultat du sang verse (par les autres), des larmes , de la souffrance ... car cela crera un fosse entre les populations (europeens contre nord africain, arabes contre berberes) et les fera retrouve la place preponderante qu;ils avaient AVANT la colonisation.

Etant a Oran APRES l'independance, cela etait palpable. Le gouvernement etant critique pour une position molle contre l'ancien colonisateur (les techniciens francais etaient toujours utiliser, voire meme comme mes parents invites a venir y travailler); et une certaine egalite entre les berberes, les Kabyles et les arabes (alors qu;avant la colonisation , ainsi que maintenant; la strate dominantes etaient les arabes, tant d'un point de vue economique, culturel , linguistique).

Donc un nord africain arabe sera oppose a une reforme de la part de la Fance, car il devine que cela ne donnera qu'une egalite entre lui et les berberes; alors qu;une revolution lui permettra de reprendre une position privilegie.

J'espere que cela explique mieux ma position (basee tant sur mon vecu et mes rencontres en Algerie; que sur mon vecu avec des organisation troskistes ou ce genre de dialectique revolutinaire fut developpe grandement, LCR, LO et OCI).
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