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1940 - La France continue la guerre
 
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Intégrale "Evasion" Juin 1942

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Nov 11, 2012 10:05    Sujet du message: Intégrale "Evasion" Juin 1942 Répondre en citant

Juin 1942
7 – La Grande Evasion
Croix-Rouge et prisonniers

1er juin
Les prisonniers des Français
Genève
– Le CICR remet à la Mission permanente de la France auprès de la SDN et des autres organisations internationales un exemplaire de la synthèse des rapports de ses délégués après les visites des camps de prisonniers allemands et italiens en Afrique du Nord, en AOF et en AEF, et même en Polynésie (1). Les inspections se sont échelonnées entre le 1er février et le 12 mai 1942.
Selon les chiffres de la Croix Rouge internationale, la France détenait, au 1er avril 1942, 35 847 prisonniers de guerre allemands (dont 6 951 aviateurs de la Luftwaffe et 1 185 personnels de la Kriegsmarine). Près d’un quart sont des officiers. À la même date, les camps dépendant de la DGPI recevaient 105 026 prisonniers italiens.
La synthèse du CICR retient à l’actif de la France le niveau satisfaisant de l’état sanitaire général et de l’hygiène, la qualité de la nourriture (parfois insuffisante en quantité, de façon ponctuelle, en fonction des pénuries locales – qui, notent les délégués, touchent également les Français civils et militaires), la régularité de la distribution du courrier et des colis et, sur un plan différent, les bons rapports établis, semble-t-il, entre les prisonniers et le commandement des camps. Au passif, par contre, le CICR considère que les horaires de travail (huit heures par jour en hiver, sept heures en été) sont trop longs, compte tenu du climat, en particulier sur les chantiers ferroviaires. Le CICR critique également le traitement que réservent quelques agriculteurs, en Algérie et au Maroc, aux prisonniers mis à leur disposition pour les travaux des champs et fait état, à ce sujet, de « mépris », voire de « sévices » quelquefois. Enfin, même s’il admet qu’il s’est agi d’un « volontariat authentique », le CICR s’interroge sur la conformité aux Conventions de Genève de l’envoi en AOF et en AEF de prisonniers italiens, affectés aux exploitations forestières « dans des conditions climatiques et morales très pénibles, sans possibilité, bien entendu, de retours réguliers en Métropole pour y recouvrer la santé ».
S’agissant des internements, qui ont touché, pour l’essentiel, la nombreuse colonie italienne de Tunisie (hommes seulement), la Croix Rouge constate que ces civils ne sont pas aussi bien traités que les militaires. Elle réclame une amélioration de leur ravitaillement et déplore l’absence de toute activité d’ordre culturel : « Il ne fait aucun doute que les internés civils sont moins bien considérés que les prisonniers de guerre. Leur sort n’est pas enviable. »
La Mission transmet aussitôt cette synthèse, en code, à la DGPI qui devra, selon les usages, y répondre dans un délai d’un mois.


6 juin
S’évader pour combattre
Portsmouth
– Le lieutenant Airey Neave (Royal Artillery – 1st Battalion du Searchlight Regiment) débarque du HMS Spiraea, une corvette intégrée depuis Gibraltar à l’escorte de deux convois provenant, l’un du Brésil et d’Uruguay, l’autre d’Afrique du Sud. Neave s’est évadé de Colditz le 5 janvier en compagnie du tweedeluitenant néerlandais Anthony Luteijn. Ils ont mis à profit une représentation théâtrale pour s’enfuir du château par les coulisses.
Déguisés en officiers allemands, Neave et Luteijn, tous deux parfaits germanophones, sont parvenus à gagner la Suisse en quarante-huit heures par le train. Ils se sont séparés après une douzaine de jours de repos à l’ambassade britannique à Berne.
Luteijn, prenant l’identité d’un marinier d’Utrecht, s’est engagé à Bâle, comme matelot volant, sur un chaland automoteur qui continue d’assurer un minimum de trafic sur le Rhin, la Meuse et les canaux du bassin de la Ruhr au bénéfice de l’économie du Reich. Il a regagné son domicile en quatre semaines tout juste. Toujours déguisé en marinier, il a ensuite utilisé l’une des filières de la Résistance néerlandaise pour passer au Danemark, prétendument pour aller chercher chez Burmeister &Wain (Copenhague), des pièces détachées destinées aux diesels des automoteurs. Il est ensuite passé en Suède sur un bateau de pêcheurs (mode de transport courant à l'époque, notamment pour la petite communauté juive danoise), avant d’être exfiltré vers la Grande-Bretagne à partir de Malmö (2).
Neave, lui, a été conduit à la Chaux-de-Fonds. Un passeur, agent occasionnel du MI 6, ex-contrebandier en cartes à jouer et en pierres à briquet, producteur d’absinthe par surcroît (3), l’a guidé jusqu’à Morteau (Doubs). Le “métro” de la DGPI (filière n° 8, Besançon - Port-Saint-Louis-du-Rhône) l’y a pris en charge par application de l’accord franco-britannique du 22 octobre 1941, entendu (ce n’est pas tout à fait la première fois) de manière extensive. La traversée de la France s’est faite avec une sage lenteur car Neave, s’il manie la langue de Goethe à la perfection, ne parle le français qu’avec un accent de nature à réveiller le plus borné des Feldgendarmen. Il n’a franchi les Pyrénées qu’à la fin mars. La Guardia civil l’a retenu quelque temps à Barcelone, puis à Madrid. Après quoi, selon l’illogisme propre aux régimes totalitaires, il a été transféré à Algésiras, en train, le 18 mai.
Il a été emmené le lendemain, à pied, jusqu’au seul point de passage praticable entre l’Espagne et Gibraltar : un couloir de cent cinquante mètres de long et d’une largeur d’un mètre (interdit, donc, à tout type de véhicule – en dehors des landaus d’enfant, blindés ou pas, plaisante-t-on sur le Rocher), qui zigzague entre des rouleaux de barbelés truffés de mines du côté espagnol et de booby traps du côté britannique. Il a pu ensuite emprunter la seule solution de continuité ouverte dans les rangées de dents de dragon de béton, minées et piégées elles aussi, et entremêlées de ronce militaire, qui marquent physiquement la frontière. L’escorte – quatre gardes civils dépenaillés, mal rasés et aux équipements craquelés par la vétusté, menés par un capitán – a dû parlementer en sabir pendant une demi-heure avec les factionnaires et un staff-sergeant du 5th Battalion des Grenadiers Guard avant qu’un captain à l’œil excédé par vingt-trois heures de permanence – et un comprimé de benzédrine qui lui donnait la migraine – accepte enfin d’interrompre son breakfast tardif et de s’intéresser au cas de l’évadé. Home, sweet home !
Après un débriefing intensif – il avait bien des choses à raconter à ses interrogateurs du MI-6 – Airey Neave a été autorisé à embarquer à bord du Spiraea. Il a demandé à bénéficier d’une permission d’un mois, puis à reprendre un poste opérationnel. Avant que la corvette ne lève l’ancre, il a appris que le roi George VI l’avait promu au grade supérieur, à dater du 1er juillet 1940 à titre exceptionnel, et lui avait aussi décerné la Military Cross « for outstanding gallantry in action », pour exceptionnelle bravoure au combat (4).
Selon les informations collationnées par la DGPI (représentée aux interrogatoires de Neave par Jacques Weygand, du cadre B, spécialement venu d’Alger), une vingtaine d’officiers alliés ont pu s’évader de Colditz depuis le départ de Le Ray. Que l’OKH – qui semble n’avoir pas compris qu’il n’était peut-être pas opportun pour lui de rassembler en un seul lieu pareille collection de fortes têtes et de réfractaires – ait changé quatre fois le commandant de la forteresse depuis la première évasion n’y a rien fait.


17 juin
Des Allemands à la Caravelle
Alger, Cayenne, Fort-de-France
– Le gouverneur de la Guyane, Robert Chot-Plassot, interrogé par la DGPI, indique dans un courrier qu’il ne lui paraît pas envisageable d’établir sur les îles du Salut, et singulièrement sur l’île du Diable, un camp disciplinaire pour les officiers de l’Axe prisonniers de guerre. Il écrit : « Les dépenses de construction des installations seraient prohibitives, compte tenu des conditions locales, et les coûts de fonctionnement certainement trop élevés. Par ailleurs, je ne suis pas persuadé que la Croix Rouge ne nous reprocherait pas d’exposer nos prisonniers à un climat d’une rudesse proverbiale. Enfin, je juge inopportun de créer sur le territoire de la colonie un nouveau lieu de détention, aussi provisoire soit-il, alors que la décision de principe de fermer tous les établissements pénitentiaires a été prise en 1939 et devrait être appliquée en totalité dès la fin de l’actuel conflit. »
Par contre, son collègue de la Martinique, le gouverneur Deproge, juge qu’établir un camp disciplinaire en Martinique « pourrait contribuer à ranimer l’économie, si déshéritée, de la Côte au Vent (ici dénommée Capesterre) et présenterait, en même temps, toutes garanties du point de vue de la sécurité. » Il indique que ses services estiment à six mois le délai de mise en place d’un camp destiné à quelque 150 officiers et suggèrent de l’installer sur la presqu’île de la Caravelle, à proximité de la sous-préfecture de Trinité [Après la guerre, les installations du camp resteront quelques années désaffectées, puis elles seront réutilisées pour créer le premier VVF (Village Vacances Familles) des départements d'Outre-Mer.].

Notes
1 Le centre de détention de Bora-Bora (à Faanui) reçoit 18 prisonniers de guerre japonais, dont un officier, le seul à bénéficier d’une case individuelle, et 21 internés civils japonais, allemands et italiens. Ils sont employés à la riziculture et à la production de coprah. L’administrateur des îles Sous-le-Vent agit, pour ce qui concerne le centre, par délégation de signature du général de Saint-Vincent, à qui il doit faire rapport tous les deux mois.
2 Anthony (Tony) Luteijn suivait au printemps 1940 les cours de l’Académie militaire royale, en tant que cadet de l’Armées des Indes néerlandaises. Il avait obtenu son diplôme fin 1940, juste avant d’être traité en prisonnier de guerre par les Allemands pour avoir refusé de prêter un « serment de neutralité ». Il rejoindra les forces des Indes néerlandaises réfugiées en Australie et prendra part comme officier du Génie à de nombreux combats sur le théâtre d’opérations du Pacifique Sud-Ouest. Il trouvera la mort après la guerre, à la tête d’une des unités qui tentaient de contrôler les violences qui marquèrent l'accession de l’Indonésie à l'indépendance.
3 En dépit de l’interdiction de l’absinthe en France et en Suisse à cause de la Première Guerre mondiale, une tradition de distillation clandestine de “verte”, relevant du folklore et presque tolérée, s’est maintenue dans le Jura helvétique jusqu’à nos jours – où la production a été à nouveau autorisée (2005).
4 Devenu bien plus tard l’un des plus proches partisans de Margaret Thatcher, Airey Neave, qui s’était prononcé en faveur d’une politique d’extrême fermeté en Ulster, a trouvé la mort dans un attentat perpétré en 1979 par l’INLA, formation dissidente de l’IRA. Sa voiture avait été piégée dans le parking des députés à la Chambre des Communes.
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