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Texte Intégral - Asie-Pacifique, Juin 1942
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2012 11:55    Sujet du message: Texte Intégral - Asie-Pacifique, Juin 1942 Répondre en citant

Juin 1942
2 – Asie-Pacifique
Une offensive sans lendemain possible

1er juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

• La Force Est signale que les éléments de la “Dalforce” qui lui ont été envoyés en renforts pour mener des reconnaissances lointaines se heurtent de plus en plus souvent aux patrouilles de la Division de la Garde Impériale, montrant que les forces terrestres japonaises dans la région augmentent peu à peu. Cependant, la “Dalforce”, en coopération avec la Force 136 et… des groupes de guérilla communistes, attaque régulièrement le trafic fluvial japonais. Elle n’a infligé à l’ennemi que des pertes mineures en hommes, mais elle a détruit deux péniches et des quantités notables de ravitaillement. Elle a aussi fait des prisonniers et mis la main sur des documents. Des équipes permanentes d’observation et de renseignements ont été mises en place près des ports japonais de la côte est.

• La Force Principale poursuit une lente progression. Les 9e et 11e Divisions Indiennes avancent peu à peu à travers la jungle et les plantations, malgré de nombreux heurts de petites unités. Les Japonais de la 27e Division pratiquent ici une défense élastique, avec des mouvements continus de petits groupes d’hommes, qui ne s’accrochent au terrain que lorsque le point d’appui d’une compagnie est menacé. Les pertes sont relativement légères des deux côtés, mais se poursuivent continuellement.
Les Japonais reculent ainsi lentement, cédant du terrain et gagnant du temps, le long de la voie ferrée, zone dont le contrôle est d’importance vitale. En effet, la voie ferrée suit en général la ligne des terrains les plus en hauteur et les mieux drainés. Un corridor nord-sud s’ouvre ainsi à travers la jungle, partant de Paloh et passant par Niyor, Kluang, Sungei Sayong Halt et Rengam, jusqu’à Layang-Layang. Des routes relient ce corridor à la route principale nord-sud, presque parallèle mais plus à l’ouest, au niveau de Yong Peng, d’Ayer Hitam (ou Hitam Ayer), de Simpang Rengam (littéralement, carrefour Rengam) et du Domaine de Caoutchouc Namazie. Mais ces routes sont peu nombreuses, et la 56e Division japonaise, qui défend la route, commence à être dans une situation difficile, car elle est menacée d’être prise de flanc par les progrès de la Force Ouest.

• La Force Ouest contrôle la ligne qui va, d’ouest en est, de la côte du Détroit et de Batu Pahat à Yong Peng en passant par le Bukit Pelandok, coupant toutes les routes secondaires entre la Malaisie centrale et le sud de la péninsule. En face, les Japonais tiennent une ligne allant de Parit Jawa à Labis, par Bakri et Pagoh. Entre ces deux lignes s’étend une zone de terrain très plat, mal drainé, marécageux, parcouru de nombreux cours d’eau, d’où le fait que les noms locaux de nombreux endroits comprennent les termes Alor (canal ou étang), Parit (fossé) ou Ayer (marais). Ce n’est qu’entre Parit Jawa et Bakri que le creusement de canaux a permis des plantations.
Tout mouvement britannique vers le nord, ou japonais vers le sud, se trouve donc canalisé sur l’une des trois routes qui parcourent la région, et dont seule celle qui longe la côte ouest permet un certain déploiement de forces. D’ailleurs, même celle-ci traverse de nombreux canaux de drainage et fossés, qui flanquent aussi la route et restreignent les mouvements hors route, sans les rendre impossibles. Si les deux camps peuvent se fortifier sur les lignes qu’ils occupent avec assez de troupes, un équilibre stable doit s’imposer.
Les renforts n’arrivent que par la route côtière, et la flottille de petits navires de Singapour joue un rôle capital pour ravitailler la Force Ouest, car le trafic routier à lui seul en serait bien incapable. Pour préserver la route, vulnérable aux bombardements, voire à un débarquement ou à un assaut de parachutistes, le Commandement de Malaisie a créé des bataillons de défense des communications, mis sur pied à partir d’éléments de formations dissoutes quelques semaines plus tôt. Chacun compte environ 750 hommes et comprend une compagnie de QG avec un groupe de transmissions, un peloton de chenillettes (reconnaissance locale et escorte des convois), un peloton de DCA (deux camions légers dotés d’un jumelage de mitrailleuses et quatre 40 mm Bofors pour la défense des points clefs), une compagnie de fusiliers, un détachement de la Royal Military Police (contrôle du trafic et tâches de sécurité), un peloton des Royal Engineers et du Pioneer Corps (réparation des routes et des ponts), une compagnie d’ouvriers armés (volontaires locaux), etc.
Huit bataillons de défense des communications ont ainsi été formés.
– A Pontian Kechil : “Essex Force” (9e Essex Regt). Principale base administrative de la Force Ouest et proche du Détroit de Malacca, Pontian Kechil a d’autres défenses : une batterie de la R.A. composée de quatre 4,7 pouces navals (montés sur des trains de 60 livres) pour la défense côtière, une de huit 3,7 pouces AA, une de seize 40 mm Bofors AA.
– A Pontian Besar : “Sussex Force” (7e Royal Sussex Regt).
– A Benut : “Kent Force” (10e Queen’s Own Royal West Kent Regt).
– A Rengit : “Surrey Force” (4e Queen’s Royal Regt, West Surrey).
– A Senggarang : “Ulster Force” (8e Royal Ulster Rifles).
– A Batu Pahat : “Border Force” (7e South Wales Borderers).
– Au pont sur le Sungei Pang Kanan : “Shropshire Force” (7e King’s Shropshire Light Infantry).
– Au carrefour du défilé du Butik Pelandok : “Welsh Force” (12e Royal Welsh Fusiliers).
………
Sur le terrain, les Britanniques renforcent la ligne Batu Pahat – Yong Peng et dirigent vers l’est leur axe de progression, en direction du village d’Hitam Ayer et de son croisement, principal lien entre Kluang et la 56e Division japonaise, positionnée à Simpang Rengam. L’avance en direction d’Hitam Ayer, défendu par la 9e Division japonaise, doit se faire par deux petites routes droites (venant de Batu Pahat et de Yong Peng), tracées entre jungle et marécage. Les Britanniques comptent sur leur supériorité numérique, leurs blindés et leur artillerie pour prendre l’avantage sur les 7e et 19e régiments de la 9e Division, appuyés par un peu d’artillerie et par quelques patrouilles à cheval.
Cependant, sur la route Batu Pahat – Hitam Ayer, la 1ère Brigade Chinoise doit s’arrêter, pendant que, sur ses arrières, on nettoie les plantations entre Batu Pahat et le défilé du Bukit Pelandok des infiltrations japonaises. De nombreuses escarmouches se développent, tandis que des compagnies se déploient en ligne de front pour balayer la zone, soutenues par des unités de réserve engagées quand des Japonais sont rencontrés.

Au nord-est, la 2e Brigade d’Infanterie Chinoise est arrivée à Yong Peng après une marche de nuit fatigante. Mais les hommes ont encore assez d’énergie pour se lancer à l’aube dans une charge à la baïonnette contre le 35e Régiment de la 9e Division japonaise, qui tient le croisement 5 km à l’est du village. A un contre trois et la brume matinale réduisant l’efficacité des quelques armes lourdes que le régiment possède, les Japonais cèdent presque tout de suite. Le commandement local engage ce qu’il a comme réserves pour couvrir sa retraite sur la ligne de chemin de fer de Paloh, vers l’est, découvrant la route de Labis, vers le nord-est. Ce n’est pas un mouvement aussi risqué qu’il y paraît – en fait, il est militairement logique : les Japonais contrôlant le ciel, les Britanniques savent bien que lancer leur infanterie sur la longue route à peu près droite qui mène vers Labis serait courir au désastre. En revanche, avancer vers Paloh, sous le couvert des plantations d’hévéas, peut permettre de couper la voie ferrée et de menacer Kluang par le nord.
Quoi qu’il en soit, la fatigue de la bataille s’ajoutant à celle de la marche forcée, les Chinois ne poursuivent pas l’ennemi. En revanche, une colonne mécanisée charge sur la route de Yong Peng à Labis. Autos blindées, chenillettes et chars légers Stuart (de la Compagnie Blindée Indépendante australienne) mitraillent au passage des convois routiers japonais pour finir par détruire un train en arrivant à Labis, avant de devoir se replier devant l’arrivée d’un nombre croissant de Japonais, appuyés par leur artillerie. Les Stuart se comportent fort bien lors de cet aller-retour éclair, malgré leur gourmandise en essence d’aviation.
Les autres forces britanniques à Yong Peng (dont un squadron de chars Cruisers) se préparent à avancer vers Hitam Ayer, au sud-est, quand leur parvient la nouvelle d’une contre-attaque de la 33e Division japonaise sur leurs arrières, au défilé du Bukit Pelandok. Cette contre-attaque menace la ligne de communication des forces alliées à Yong Peng et la plupart des Britanniques font demi-tour en hâte vers le Bukit Pelandok. Une position avancée est cependant établie sur la route principale entre Yong Peng et Hitam Ayer, à la borne des 64 miles, au bord d’une vaste zone marécageuse, et une position de réserve à la borne des 68 miles, derrière le Sungei Simpang Kanan.

La contre-attaque signalée se déroule au pont de Parit Sulong, qui traverse le Sungei Simpang Kiri, sur la route allant de Muar au défilé du Bukit Pelandok. Le 215e Régiment d’Infanterie japonais progresse rapidement sur la petite route : une partie des hommes sont à bicyclette, certains sont en camion, et ils sont accompagnés par des chars, des autos blindés et un peu d’artillerie. Ils tentent de venir au contact des défenseurs avant que l’artillerie britannique puisse ouvrir le feu. Mais la tête de la colonne est brutalement arrêtée aux approches du pont par des tirs d’armes légères, de mitrailleuses et de mortiers des Volontaires de Singapour (SSVF) et de quatre obusiers de 3,7 pouces (ex-1er Mountain Regiment R.A.), dont le tir est réglé par un observateur accompagnant l’infanterie et un autre sur une hauteur proche. Le reste de la colonne s’entasse derrière, camions et chars ne pouvant sortir de la route car le terrain environnant est trop mou – mais ce terrain épargne aux Japonais une grande partie de l’effet de souffle et des éclats des obus anglais.
Le I/215 doit cependant multiplier les efforts pour gagner un peu de terrain et permettre aux canons et aux véhicules de trouver quelques zones plus fermes où se déployer, pendant que le transports font laborieusement demi-tour pour fuir la zone des combats. L’infanterie se déploie des deux côtés de la route et traverse la rivière sur des radeaux improvisés ou même à la nage. Le front s’étend, mais les attaquants progressent peu, et leurs pertes en hommes et en équipement augmentent. Pourtant, en fin de journée, deux compagnies japonaises réussissent à contourner la défense par le nord en traversant une zone marécageuse. Après une marche épuisante, elles avancent sur le flanc nord-ouest du défilé du Bukit Pelandok, sous le couvert de la jungle, et entrent en contact avec les compagnies australiennes qui tiennent la longue crête nord.
Toute la journée, l’aviation japonaise harcèle les troupes britanniques entre le défilé et Yong Peng, car la route traverse un marais sur un long talus rectiligne, sans autre couverture que celle de la DCA britannique : quatre 3,7 pouces AA (ex-8e Heavy AA Regt R.A.) et douze 40 mm Bofors (batterie de DCA légère de la SSVF).

Pendant ce temps, sur la route côtière ouest, le 213e Régiment d’Infanterie japonais parvient jusqu’à 5 km à l’ouest de Batu Pahat. Ses bataillons repoussent vigoureusement les patrouilles britanniques et s’emparent des positions avancées tenues à droite par le 5/2e Punjab (12e Brigade d’Infanterie Indienne) et à gauche par les 3 et 5/17e Dogra Regt (44e Brigade d’Infanterie Indienne). La situation est rétablie par le 1er Bedfordshire & Hertfordshire Regt (réserve de la 12e Brigade), qui contre-attaque avec succès vers midi, appuyé par des chars Valentine.

En même temps, un peu plus au nord-est, le troisième régiment de la 33e Division, le 214e Regt, s’engage à travers les plantations d’hévéas, parallèlement à la route qui va de Batu Pahat au Bukit Pelandok. Il se heurte aux patrouilles du 2/16e Punjab (à l’aile droite de la 44e Brigade Indienne), puis tombe sur les sapeurs et les pionniers qui travaillent à la route et au pont sur le Sungei Simpang Kanan. Ces derniers se replient sous la protection de la “Shropshire Force”, formée à partir d’éléments du 7e King’s Shropshire Light Infantry (dissous en tant que tel quelques semaines plus tôt). Fidèles à leur devise “I rise again with renewed splendour” et honorant une fois de plus la Croix de Guerre française reçue en 1918, les hommes du Shropshire tiennent le pont sur le Sungei Simpang Kanan contre des troupes japonaises de plus en plus supérieures en nombre.
Mais entre Batu Pahat (tenu par la “Border Force”) et le pont, les Japonais trouvent une faille dans la ligne britannique et certaines unités japonaises de percer vers le sud-est pour couper la route Batu Pahat – Hitam Ayer, pendant que d’autres traversent le Sungei vers le nord-est et s’approchent de l’intersection routière tenue par la “WelshForce”. Ces deux infiltrations ont des effets importants, car elles surviennent alors que les Britanniques se préparent à attaquer Hitam Ayer du nord-ouest et du sud-ouest. Les premières unités de la Force Ouest sont maintenant dangereusement étirées. A ce moment, la défense se concentre sur certains points clefs, et les renforts sont utilisés au fur et à mesure de leur arrivée pour boucher les trous et éliminer les infiltrations japonaises sur les arrières.

Singapour – Les transferts de personnel pour muscler les unités d’entraînement et former de nouvelles unités de DCA et d’artillerie de défense côtière, l’évacuation de nombreux cadres vers Ceylan en janvier 1942 et l’incorporation massive d’indigènes ont complètement modifié le caractère de plusieurs unités. Il s’ensuit différents changements administratifs, reconnus par le War Office à Londres. Ainsi, le 5e Searchlight Regt et le 6e Heavy Anti Aircraft Regt de la Royal Artillery de l’armée britannique régulière deviennent-ils des régiments de la Singapore and Hong-Kong Royal Artillery . Au sein de ce corps sont créés le 7e Light Anti Aircraft Regt et le 8e Heavy Anti Aircraft Regt (chargés de créer et d’entraîner des batteries de DCA dispersées sur toute l’étendue de Singapour, près des installations défensives fixes, des aérodromes, etc.).
Les hommes des 1 et 2/13e Bataillons des Royal Marines évacués sur Ceylan ayant été versés aux réserves de la flotte, l’Amirauté avise les Marines restant à Singapour qu’ils constituent maintenant à eux seuls tout le 13e Régiment des Royal Marines.
………
Mer de Chine Méridionale – L’Escadre Côtière de Singapour (Singapore Inshore Squadron) connaît son “Glorious First of June” quand trois canonnières (dont le bateau amiral, baptisé Queen Charlotte en l’honneur du vaisseau amiral de Lord Howe) et deux patrouilleurs rapides (tous les cinq improvisés à Singapour à partir de coques civiles) font dans la nuit un grand massacre de nombreux bateaux d’origine indonésienne ou malaise que les Japonais utilisent pour leur ravitaillement. Le raid a lieu dans le bras de mer côtier de Sedili Besar, sur la côte est de Johore, où les champs de mines sont inefficaces, car les bateaux utilisés ont un trop faible tirant d’eau.
………
Détroit de Malacca – Cinq bateaux à voiles motorisés armés par des volontaires malais arrivent à Singapour avec environ 1 000 tonnes en tout de marchandises récupérées au marché noir à Sumatra. Les quantités sont minimes, mais il apparaît qu’il existe, en passant par les eaux côtières, une route relativement sûre entre l’Indonésie et Singapour, et que la population locale conserve des liens amicaux avec les défenseurs de Singapour. Les bateaux contiennent un mélange de produits britanniques ou hollandais abandonnés et de biens commerciaux normaux : du riz, du tabac, du ciment et des lubrifiants de Sumatra ; de l’huile alimentaire, des médicaments, des vêtements et des pneus de Java.
Toutes ces marchandises montrent que, soit les Alliés n’ont pu détruire tous les stocks de biens manufacturés locaux, soit les Japonais ont déjà réussi à relancer leur production. En effet, les récentes tentatives hollandaises pour industrialiser leurs Indes Orientales ont donné à Java une raffinerie de pétrole, des installations de réparation et de construction navale, des ateliers de réparation de matériel de chemin de fer, un arsenal militaire, des ateliers de tissage et de production de vêtements, des usines de production d’huiles alimentaires et de margarine, etc. Ces renseignements ont une réelle importance.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Washington, DC
– Le contre-amiral Richmond K. Turner est convoqué par le chef des Opérations Navales, l’amiral Stark. Il apprend qu’il doit partir immédiatement pour San Francisco où l’attend « un travail important et très spécial. »

Réformer la Chine… qu’elle le veuille ou non
Washington, DC
– La dernière d’une série de réunions interalliées ultrasecrètes sur la situation en Chine s’achève. Les principaux intéressés, les Chinois, n’y ont cependant pas participé – en effet, Américains, Britanniques et Français ont constaté que, malgré les succès militaires remportés ces derniers mois, la Chine sera incapable de jouer le grand rôle qui lui est réservé dans la stratégie alliée sans de considérables réformes intérieures… et qu’il faudra lui imposer celles-ci. Les historiens ont confirmé ce jugement.
« Au milieu de 1942, Chungking et le Kuo-Min-Tang (KMT) étaient, malgré leurs succès militaires récents, au bord du précipice. Les idéaux du parti de Tchang Kai-chek étaient en voie de décomposition et avec eux la légitimité du KMT. Les réformes nécessaires avaient pourtant été décidées par le KMT lui-même en 1928 et engagées au début des années 30, mais les événements de 1937 et le début de la guerre avec le Japon leur avaient porté un coup fatal. En guise de réformes, il avait fallu se contenter d’une survie à court terme et adopter le comportement des Seigneurs de la Guerre. Jusqu’en 1941, le KMT avait réussi à tenir le coup de cette façon, mais en 1942, il était devenu évident que, dans les deux ans, il n’y aurait plus guère de différence entre le KMT et un Seigneur de la Guerre.
Les réunions secrètes de Washington sur le problème chinois avaient opposé deux écoles de pensée. L’une, celle des “Américains pro-chinois”, expliquait les incapacités du KMT par le fait que la Chine se battait avec l’échine brisée : la partie la plus développée de son territoire national était aux mains des Japonais ; on ne pouvait lui en vouloir de ses défauts ni lui demander de les corriger avant la fin de la guerre et, en attendant, il fallait lui fournir toute l’aide possible. L’autre, dite “coalition pragmatique”, rassemblait une forte minorité d’Américains ainsi que presque tous les Anglais et les Français. Les pragmatiques estimaient qu’aider aveuglément un régime aussi pourri ne pouvait rien donner de bon. Ils finirent par l’emporter grâce à l’exemple français, qui démontrait que l’occupation ennemie n’était pas une raison suffisante pour renoncer à toute réforme de l’état et adopter un mode de gouvernement autodestructeur. Les Occidentaux, souvent à partir de leur expérience coloniale de pacification et de développement économique, décidèrent alors de mettre en jeu une combinaison de carottes, de bâtons, de ravitaillement et de matériel de guerre et réussirent, avec un peu de chance, à persuader d’importants responsables du KMT de s’atteler de nouveau à réformer l’état chinois, comme ils en avaient eu l’intention en des temps moins troublés. »

(D’après Jack Bailey, Canberra University Press : Birth of Modern China, 1996)


2 juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

La situation sur la côte ouest devenant dangereuse près de Batu Pahat, le Commandement de Malaisie ordonne de faire pression sur les Japonais à l’est et au centre du Johore pour soulager la Force Ouest en distrayant l’aviation ennemie.

• La Force Est était peu active. C’est pourquoi la 63e Brigade (Highlands), aidée par des guides chinois fournis par la Dalforce, lancent quelques coups de sonde vers la Garde Impériale japonaise, « pour animer un peu la situation » dira l’un de leurs officiers.

• La Force Principale augmente le rythme des opérations des 9e et 11e Divisions Indiennes, acceptant le risque de voir les pertes augmenter et de petits groupes de Japonais s’infiltrer sur les flancs et les arrières. Les progrès restent limités, quoique l’ennemi soit parfois surpris et que quelques positions puissent être enlevées dans la foulée ; mais les problèmes habituels (pièges, tireurs isolés…) ralentissent l’avance. Néanmoins, les Japonais perdent pas mal d’hommes et dépensent beaucoup de munitions.

• La Force Ouest livre une série de combats confus. Les unités se mélangent, car elles envoient des détachements renforcer leurs voisines, mais demandent par la suite l’assistance d’autres unités. Les journaux de marche sont contradictoires et plusieurs rapports sur les actions et les pertes ennemies semblent bien concerner la même action vue de points différents.
Dans la soirée, il devient évident que la journée a été la plus dure pour la Force Ouest depuis le début de l’offensive.
Sur l’ensemble du front ouest, les forces britanniques n’auraient apparemment dû avoir aucune peine à faire face aux activités de la seule, mais bien nommée, 33e Division “Tigres Blancs”. Cependant, les bataillons d’infanterie britanniques sont en sous-effectifs, et les unités de soutien disposent de trop peu de mortiers, de mitrailleuses lourdes et d’artillerie légère. Les brigades dépendent bien trop, pour leur soutien d’artillerie, de l’artillerie divisionnaire et de son réseau de commandement. Or, cette artillerie a été gravement affectée par les pénuries de munitions au début de la bataille et par les difficultés causées par l’attaque japonaise contre la zone de Quartier Général de la Force Ouest.
Une partie des unités du Commonwealth sont obligées d’engager le 214e Régiment d’Infanterie japonais, qui opère avec succès sur les arrières de la 17e DI Indienne. A l’avant, le 213e Régiment d’Infanterie japonais, soutenu par les unités divisionnaires de la 33e Division, se retrouve donc à égalité en nombre et en puissance de feu avec les unités qui doivent lui faire face.

Au nord-est de ces combats, la Force Amphibie souffre beaucoup. Manquant d’armes lourdes, largement dominée sur ce point par le 215e Régiment d’Infanterie japonais, elle doit abandonner la plus grande partie du terrain conquis entre Parit Sulong et le Bukit Payong, ne réussissant à survivre qu’en formant un hérisson. Au soir du 2 juin, sur les 2 400 hommes qui ont quitté Singapour par mer quelques jours plus tôt, la Force Amphibie en a perdu environ 40 % : 15 % de tués (y compris les noyés lors du débarquement), 15% de blessés et 10% de disparus (mais dont presque tous réussiront, après des aventures parfois rocambolesques, à rejoindre les lignes alliées). Ces lourdes pertes sont le résultat de l’incapacité à acheminer en première ligne assez d’unités de soutien et de matériel lourd par des routes trop rares et trop étroites ou par voie maritime, face à l’opposition aérienne japonaise.

Enfin, 3 ou 4 km à l’est de la dernière position de défense de la Force Amphibie, résiste un mélange de troupes d’unités de communication et anti-aériennes, fait de petits paquets d’hommes et de matériel en route pour Yong Peng, renforcés par les troupes motorisées qui ont pris cette ville et ont été rappelées d’urgence. Sans vraie structure de commandement et sans entraînement pour agir en commun, ces hommes livrent pourtant des combats acharnés, à courte distance voire au corps à corps, et tous ensemble bloquent l’avance japonaise. Ce succès n’est pas dû à de meilleures tactiques ou à un meilleur commandement, mais au fait que les Britanniques peuvent supporter des pertes plus importantes tout en continuant de tenir une ligne défensive imperméable, que les Japonais vont devoir tenter d’enlever et de tenir face à l’inévitable contre-attaque alliée.
………
Ce qui suit est une tentative de reconstituer en détails les événements de ces vingt-quatre heures dans le secteur de la Force Ouest.
Région de Batu Pahat – Les réserves de la division étant engagées, la défense du QG avancé de la 17e DI Indienne, situé à l’est de Batu Pahat dans une plantation d’hévéas, à couvert des attaques aériennes, échoit à la “Border Force”. Peu avant l’aube, des groupes d’infiltration du 1er bataillon du 214e Régiment japonais chargent à plusieurs reprises les positions du QG. Jusqu’au lever du soleil, le combat fait rage, à l’arme légère, à la baïonnette et à la grenade. En tout début de matinée, les renforts arrivent enfin, sous la forme d’éléments de la 44e Brigade Indienne, accompagnés de divers pelotons venus de l’arrière. Ces unités contre-attaquent, rejetant les Japonais avec de lourdes pertes. Néanmoins, le QG de la 17e DI Indienne a été mis hors d’action pendant plus de dix heures, les combats s’approchant parfois à moins de 150 mètres des tentes de commandement et des camions de transmissions. Le South Wales Borderers et les “Gallois honoraires” des unités qui lui sont rattachées ont montré qu’ils étaient les dignes héritiers de leurs célèbres et courageux ancêtres de la “Zulu War” de 1879.
Toute la journée, le 213e Régiment japonais et les unités divisionnaires de la 33e Division accrochent la 17e DI Indienne à l’ouest de Batu Pahat pendant que les colonnes du 214e Rgt s’engagent plus à l’est, entre Batu Pahat et le Bukit Pelandok. La 45e Brigade d’Infanterie et les colonnes d’infanterie montée s’efforcent de nettoyer la zone, tandis que les Japonais les harcèlent, attaquant puis décrochant pour faire croire aux Britanniques qu’ils sont plus nombreux qu’en réalité.
En marge de ces actions, vers 10h00, le 7/6e Rajputana Rifles de la 45e Brigade reçoit l’ordre de tenir deux petites collines à l’est du carrefour entre la route d’Hitam Ayer et la route de la côte. La compagnie de tête tombe dans une embuscade et celles qui l’appuient sont aussi prises pour cible par des tirs denses et précis de mortiers, de mitrailleuses et d’artillerie légère et de campagne. A ce moment, les sections de transmissions de la Force Ouest signalent qu’une radio japonaise émet de la colline nord, la plus élevée (la cote 828). L’opérateur dirige les attaques aériennes et l’artillerie à longue portée sur les arrières indiens. En fait, il apparaît que le gros du 214e Régiment japonais (deux bataillons et la compagnie d’armes lourdes) s’et concentré sur les hauteurs. De là, les Japonais observent et menacent tout le trafic routier et naval vers Batu Pahat. En fin de journée, le gros de la 45e Brigade, la 1ère Brigade Chinoise et des unités divisionnaires sont engagées près de la cote 828, sur un arc allant du nord-est au sud-est de Batu Pahat, à 4 ou 5 km de la ville.

Défilé du Bukit Pelandok – La nuit du 1er au 2 juin et la journée du 2 voient d’intenses combats dans la région traversée par la route qui vient de Muar-Bakri et Parit Sulong (au nord). Cette route passe au milieu d’une série de crêtes et de collines couvertes de jungle (les bukits : Belah et Payong notamment). Ces hauteurs s’élèvent dans une zone de plantations ou de marais et forment le défilé stratégique dit du Bukit Pelandok, à la sortie sud duquel la route se divise en deux branches, vers Yong Peng (à l’est) et Batu Pahat (à l’ouest). Du contrôle de cette position dépend la possibilité pour les Alliés de tenir Yong Peng et de prendre Ayer Hitam, donc de forcer les Japonais à cesser d’utiliser la route principale nord-sud dans tout le Johore.
Dans la nuit du 1er au 2, deux compagnies du I/215e Bataillon japonais continuent à menacer la ligne de crête nord (le Bukit Belah), entre les cotes 690 et 475, tenues par l’infanterie australienne. Le reste du bataillon menace la route entre le Bukit Belah et le Bukit Pelandok (à la borne des 78,5 miles sur la route de Yong Peng). Une attaque brutale du II/215e Bataillon culbute les volontaires chinois et eurasiens, très fatigués, qui tenaient le pont de Parit Sulong. Les restes de la compagnie de l’aile gauche se réfugient au poste d’observation d’artillerie canadien à l’extrémité ouest du Bukit Payong (cote 856). La compagnie du centre se retire sur 5 km jusqu’au barrage routier installé par les Néo-Zélandais entre les Canadiens et la cote 690, tenue par des Australiens, à l’ouest du Bukit Belah. La compagnie de droite, se retrouvant coupée et manquant de munitions, se fraie un chemin à la baïonnette (pour plus de discrétion…) et décrit un large arc vers le nord et l’est, pour se retrouver derrière les Japonais et marcher à travers les marais jusqu’à Yong Peng ; elle y arrivera le 3 juin en fin de journée, dans un état d’épuisement presque total.
Dans la matinée, le III/215e Bataillon japonais et les unités régimentaires du 215e Régiment attaquent directement la route qui passe entre le Bukit Belah (au nord-est) et le Bukit Payong (au sud-est), tandis que le II/215e attaque le Bukit Payong, tout en essayant de le déborder par le sud pour atteindre directement le carrefour routier.
A l’extrême gauche de la ligne alliée, à l’ouest du Bukit Payong, le bataillon “Royal Marine” tient une crête de 50 à 100 m de haut. Le Bukit Payong lui-même (cote 856) est tenu par le “Bataillon Canadien”, renforcé par les survivants d’une compagnie de volontaires chinois. Plus à droite, le barrage routier est tenu par la réserve de la Force Amphibie: la compagnie “New Zealand”, plus une compagnie et le QG du bataillon de volontaires chinois. A droite de ces derniers, le “Bataillon Australien ” tient 1 500 mètres de crête, de la cote 890 à la 475, à l’ombre du Bukit Belah. Enfin, la réserve comprend les 3,7 pouces d’une unité d’artillerie de montagne, huit chars Matilda I et huit Bren Carriers de reconnaissance, autour du QG de la Force Amphibie. Des autos blindées, des chenillettes ou des motos filant à toute vitesse sur la route de Yong Peng aident à maintenir les communications avec les autres unités alliées.
Au lever du jour, le III/215e japonais attaque la zone défendue par les Australiens, progressant continuellement à flanc de colline, sous le couvert de la jungle. Les attaquants jouissent d’une large supériorité numérique en mortiers et mitrailleuses lourdes, et les blessés affluent vers l’arrière des positions alliées. De plus, les quatre 75 mm du 215e portent plus loin que les obusiers de 3,7 pouces britanniques, les deux 70 mm légers nippons ont l’avantage sur les mortiers de 3 pouces anglais et les 37 mm antichars les appuient avec des obus explosifs. Les défenseurs reculent progressivement, resserrant leur périmètre de défense jusqu’à former un carré de 1 500 m de côté au milieu des plantations. La défense devient alors plus facile, car les attaquants sont forcés de se découvrir, surtout le long de la route, et s’exposent aux mortiers et aux mitrailleuses britanniques.
A l’autre extrémité du front, le II/215e lance une série d’attaques pour déloger les Canadiens du Bukit Payong. Mais les Alliés s’accrochent, ne voulant pas céder cette position qui domine le champ de bataille et commande ses approches. Leur artillerie fait le maximum et l’appui d’autres unités est demandé, par radio si les appareils fonctionnent, par messager sinon. Les canons de la “Welsh Force” et de la “Shropshire Force” participent ainsi au combat.
Plus au sud-est, le II/215, appuyé au sud par le III/214e (qui a échoué à prendre le pont sur le Sungei Simpang Kanan), tente de s’emparer du carrefour routier du Bukit Pelandok. Les Japonais émergent des plantations pour attaquer à courte distance et chargent à travers une bande de terrain découvert d’environ 800 mètres de large le bataillon “Royal Marine”, retranché à la lisière de la jungle. Le combat fait rage, mais l’assaut échoue. Furieux, les Japonais font un autre essai, cette fois cent mètres au sud du carrefour, vers la cote 416. Les attaquants progressent rapidement sur un terrain relativement dégagé, avant d’être cloués au sol par le tir d’une batterie de quatre canons de 40 mm AA retranchés là.
Le seul succès japonais est celui du III/214e, qui réussit à s’emparer de la cote 361, un km au sud-est de la cote 416.
A l’est, les Japonais ont installé le QG du I/215e avec une compagnie à l’est du Bukit Belah, à 400 mètres de la route. Mortiers, mitrailleuses et canons légers (deux 37 mm et deux 70 mm) balayent la route et infligent de lourdes pertes aux unités qui tentent de l’emprunter jusqu’à ce qu’ils soient réduits au silence par quatre 3,7 pouces de DCA déployés sur une colline 4 km plus loin et utilisés en appui-feu. Ces canons à haute vélocité tirent des obus HE de 28 livres qui, à cette distance, ont une trajectoire plate, ce qui permet aux servants de viser aisément les canons japonais qui révèlent leur position au moment du tir. Cette batterie de DCA (comme celle des 40 mm) est protégée par une troupe de pionniers qui aide à mettre en place et à retrancher les canons, leur équipement et leurs servants, mais aussi à réparer les dommages causés à la route voisine, à éliminer les véhicules détruits gênant le passage, etc.
En fin de journée, venant du pont sur le Sungei Simpang Kanan, des renforts arrivent sous la forme d’une colonne d’infanterie montée, appuyée par huit chars, douze 18 livres de campagne et douze mitrailleuses Vickers. Pendant que ces unités accrochent deux compagnies du 214e Rgt japonais, l’infanterie montée passe à gué sur ses chevaux, démonte et attaque de flanc les Japonais, qui se dispersent. Puis, les renforts progressent vers le nord-est, attaquant sur leurs arrières les forces japonaises autour du carrefour du Bukit Pelandok.

Problèmes de munitions – En dehors du ravitaillement alimentaire, le ravitaillement en munitions est le principal souci de l’état-major de Lord Gort. C’est le talon d’Achille de l’île-forteresse, et l’on ne peut y remédier que par des palliatifs très insuffisants à terme (voir Annexe C B3).
………
Des reines qui ont des malheurs – D’après un rapport de la Royal Navy – Singapour.
Plusieurs attaques aériennes japonaises plus précises que d’habitude ont touché des canonnières de la classe Consort, dont les noms symbolisent la nature multinationale des diverses communautés européennes et eurasiennes composant le corps des volontaires de la marine. Deux bateaux, gravement touchés, sont près de couler : l’Eleanor of Aquitaine (Eléonore d’Aquitaine, épouse française d’Henry II Plantagenêt) et la Catherine of Braganza (Catherine de Bragance, épouse portugaise de Charles II d’Angleterre). Deux autres sont légèrement endommagés : la Queen Charlotte (épouse de George III) et le William III (roi de Hollande, mais aussi prince consort et co-monarque de la Reine Mary).
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Le réveil de la Royal Air Force – Rapport de la RAF – Singapour.
Devant l’aggravation de la situation sur la côte ouest, la “Royal Singapore Air Force”, en plus de ses patrouilles de reconnaissance et de ses missions de soutien aux Stay behind forces, a décidé d’envoyer trois Blenheim et le Buffalo attaquer à basse altitude les forces japonaises entre Parit Sulong et Bukit Payong. Selon les Renseignements, les unités terrestres japonaises ont cru que ces attaques étaient le fait d’avions japonais se trompant de cible, ce qui a donné lieu à de nombreux échanges radio très peu aimables entre les postes de commandement de l’infanterie et de l’aviation ennemies.
Note – L’erreur des troupes japonaises s’explique en partie par le fait qu’au même moment, des avions japonais attaquaient des troupes britanniques dans le même secteur. De plus, l’absence totale d’avions de la RAF depuis plusieurs mois a donné aux Japonais l’habitude de penser que lorsqu’ils voient un avion, il est forcément japonais, sans chercher à vérifier et sans même remarquer que le bruit du moteur n’est pas le même. Les troupes japonaises en Malaisie se concentrent sur la bataille terrestre et il est certain qu’elles savent beaucoup moins bien identifier les avions.
Par ailleurs, trois Swordfish ont effectué une mission de ravitaillement aérien de la Force Amphibie encerclée, lui larguant en tout 1,5 tonne de nourriture et de munitions.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– A Sangara, une douzaine de km en amont de Popondetta, la piste traverse à gué un torrent. Là, un bref engagement permet aux Papous de retarder encore les Japonais et de donner un jour d’avance de plus au 39e Bataillon en marche vers Wairopi.
Les jours suivants, une série d’autres petites actions vont opposer les Papuan Rifles (réduits à 70 hommes, car beaucoup de Papous se sont dispersés dans la jungle) à différents petits groupes de Japonais.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte orientale de l’Australie, 21h00
– L’I-62 repère un convoi 25 nautiques au nord de Newcastle, cap au sud et près de la côte, mais le sous-marin va être forcé de lui courir après. Son commandant choisit de poursuivre ses proies le long du rivage, supposant que l’attention de l’escorte se portera plutôt vers le large, et cette tactique va se révéler efficace. Mais il a des heures de chasse en perspective.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Tokyo
– L’amiral Yamamoto (commandant de la Flotte Combinée), l’amiral Nagano (chef d’état-major général de la Marine) et leur état-major envisagent les futures opérations dans le Pacifique Sud. Devant les fortes réactions américaines à chaque mouvement japonais dans la zone des Salomon, l’amiral Yamamoto explique que c’est là que l’on peut espérer livrer « une bataille décisive » où le noyau de la flotte ennemie pourra enfin être détruit. « C’est une excellente chose, car les Salomon sont sans doute la meilleure région où engager l’ennemi, grâce au soutien de nos avions basés à terre, à Rabaul notamment. Une victoire décisive nous permettra de couper le lien entre l’Australie et les Etats-Unis et obligera l’Australie à demander la paix. » explique Yamamoto, avant de proposer une stratégie en trois étapes.
Première étape – La Marine renforcera ses positions en Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Irlande, dans les Shortland et les Salomon, construisant terrains et infrastructures pour y baser une 25e Flottille Aérienne augmentée (contre-amiral Yamada).
Selon un accord conclu avec l’Armée, celle-ci doit prendre en charge la défense des bases de Nouvelle-Guinée et sonder les défenses de Port Moresby à travers la chaîne Owen Stanley. L’aviation de l’Armée déploie dans la région la 4e Armée aérienne. Le QG de cette Armée est à Vunakanau (Rabaul) et ses bases à Lae, Wewak et Finshafen.
Deuxième étape – Une fois réparés les porte-avions endommagés en Mer de Corail et dès que leurs groupes aériens auront reçu des remplacements et se seront entraînés, la Flotte Combinée, soutenue par les 2e et 4e Flottes, lancera une opération contre la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, avec des débarquements à Nouméa et à Espiritu Santo. Cette opération sera déclenchée dans les derniers jours d’août. La 24e Flottille Aérienne devra être prête à soutenir la Flotte Combinée.
Une semaine plus tôt, une opération secondaire sera lancée dans les Aléoutiennes, afin d’empêcher l’ennemi d’y établir une forte position qui lui permettrait de menacer le Japon à partir du nord (peut-être avec l’aide de forces soviétiques). On peut espérer que cette opération secondaire attirera une partie des forces ennemies du Pacifique Sud, avant le déclenchement de l’opération principale.
En même temps, les avions de l’Armée et de la Marine basés à Ambon et Timor devront accentuer leurs opérations contre Darwin, comme pour préparer un débarquement dans le nord-ouest de l’Australie.
« Soit la flotte ennemie devra être détruite en tentant de s’opposer à nos débarquements, soit nous la détruirons quand elle essaiera de maintenir le contact avec l’Australie malgré les nouvelles bases que nous aurons établies en Nouvelle-Calédonie et dans les Nouvelles-Hébrides » commente énergiquement Yamamoto.
Troisième étape – Une fois la flotte ennemie détruite, la Marine et l’Armée coopéreront pour prendre Port-Moresby et détruire, par des bombardements aériens et navals, toutes les installations ennemies sur la côte est de l’Australie. Si besoin, début octobre, de nouveaux débarquements seront organisés aux Fidji (Suva) et à Tongatapu pour achever d’isoler l’Australie de toute aide venant des Etats-Unis.
Ces propositions reçoivent l’accord de tous les participants. Elles seront présentées deux jours plus tard au Quartier Général Impérial par l’amiral Nagano. Il ne semble pas que quiconque ait envisagé que les Alliés pourraient d’une façon ou d’une autre prendre l’initiative et lancer une offensive…


Chine : deux hommes d’influence
Washington, DC
– Le plan d’action diplomatique sur la Chine laborieusement mis au point par les Alliés commence par une prise de contact avec Sung Tzu-wen (ou T.W. Sung), qui est alors ministre plénipotentiaire de fait du KMT à Washington. Sung a plusieurs frères, mais surtout trois sœurs : Chingling (Madame Sun Ya-tsen – feu le Docteur Sun, fondateur de la République chinoise, était un grand ami de la famille), Ailing (Madame Kong Hsiang-Hsi) et Meiling (Madame Tchang Kai-chek elle-même). Cette famille joue déjà un rôle d’une immense importance dans le gouvernement de la Chine, et ce rôle va encore grandir.
Ministre des Finances du gouvernement chinois jusqu’en 1933, T.W. Sung connaît à la perfection la situation catastrophique de l’économie chinoise. Elle est en grande partie due à son remplaçant aux Finances, qui n’est autre que son beau-frère Kong Hsiang-hsi (ou H.H. Kong), aussi corrompu qu’incompétent. Pire encore, Madame Kong – Ailing Sung – se montre infiniment supérieure à son époux sur le plan de la corruption, qu’elle a élevée au rang d’un des Beaux-Arts ! Pendant des années, Tchang et Kong ont fait marcher de plus en plus vite la planche à billets. En 1942, l’inflation en Chine est de l’ordre de 1 400 % – ce qui n’empêche pas le gouvernement du KMT de posséder cinq cents millions de dollars en liquide et en réserves de crédit aux Etats-Unis. De même, depuis le début de la guerre contre le Japon, le gouvernement chinois n’a cessé de réclamer aux Américains de l’aide pour construire des routes et des aérodromes – mais la moitié du matériel et des approvisionnements, péniblement acheminés par avion ou par camion, aboutit sur le marché noir.
L’Australien W.H. Donald, ami personnel, conseiller et chef d’état-major de Tchang et de son épouse Meiling, va être le deuxième atout maître des Occidentaux. Lassé de demander à Tchang de lutter contre la corruption et d’éliminer les profiteurs les plus insolents, il a quitté la Chine au début de 1941. Malgré son éloignement, il conserve d’étroits contacts avec les gouvernants chinois (d’autant plus qu’il a personnellement sauvé la vie de Meiling à Nankin, lors d’un accident d’auto quelques années plus tôt – Madame Tchang réclame d’ailleurs régulièrement son retour). Pour le convaincre de retourner en Chine, le gouvernement australien lui offre le choix entre accepter un poste de conseiller civil secret (et très bien payé) du Commander Rupert Long, chef du Naval Intelligence Service , et être mobilisé comme major (avec la faible paye correspondante), en étant de toute façon placé sous les ordres de Long. Donald choisit de rester civil et rédige pour le commandement allié un tableau très complet des principaux joueurs du complexe échiquier politique chinois et de l’extension de la corruption au sein des sphères dirigeantes du KMT avec ses exemples les plus criants, à commencer par Madame Kong. Donald doit ensuite retourner à Chungking, non comme envoyé officiel des Occidentaux, mais sous prétexte de répondre enfin à la demande de Meiling Sung.


3 juin
La bataille de Singapour – III
Singapour
– Un violent raid effectué par des bimoteurs japonais frappe Changi Road, dans la zone de Geylang, 2 km au nord-est de Kallang Airfield, tuant plus de 200 civils et détruisant un dépôt de nourriture camouflé contenant une demi-journée de rations pour la population et la garnison. Des monomoteurs mitraillent à basse altitude les jonques et sampans civils près de Clifford Pier et incendient de nombreuses embarcations habitées (on compte au moins cent morts parmi les civils). Ces petits bateaux, qui venaient de la rivière Rochore, avaient cru trouver là un abri contre les incessantes attaques aériennes frappant la zone de Kallang Airfield et des chantiers navals de Tanjong Rhu. La DCA abat deux avions japonais et en endommage neuf.
A la suite de plusieurs attaques aériennes de ce genre, le Commandement de la Région de Malaisie ordonne une cartographie photo de toute l’île de Singapour et de ses défenses. Elle doit être effectuée à différentes altitudes, sous divers angles de vue, diverses conditions d’éclairement et sur divers caps d’approche. Les rapports faits par les hydravions des vols de ravitaillement ont déjà permis de modifier de nombreux camouflages et de changer la position de quelques batteries d’artillerie. Certaines batteries côtières de petit calibre ont été adaptées pour pouvoir être déplacées, et plusieurs sites de rechange ont été préparés pour chacune.
………
La Malaya Command Gazette publie quelques décisions officielles concernant l’organisation des forces alliées. Ainsi, les quatre bataillons en sureffectifs du Hong Kong & Singapore Infantry Regiment sont réorganisés en six bataillons (plutôt en sous-effectifs !), ce qui permet de former les 1ère et 2e Singapore Brigades.
………
Un rapport des Services de Renseignements signale que, selon le gouvernement chinois, la 22e Division japonaise, déployée en Chine du Sud, est actuellement rassemblée pour transport et redéploiement en Malaisie (les troupes reçoivent des livrets d’information sur la Malaisie et l’Armée britannique). La 22e DI est hippomobile. Elle comprend trois régiments, les 84e, 85e et 86e, tous à trois bataillons et dotés chacun d’une compagnie antichars (6 canons de 37 mm) et d’une batterie d’artillerie de campagne (4 vieux 75 mm). S’y ajoutent le 22e Rgt d’Artillerie de Montagne (36 canons de 75 mm), le 22e Rgt du Génie (900 hommes), le 22e Groupe de QG et une Compagnie de tankettes, ainsi que 5 000 à 6 000 hommes des troupes de soutien.

Malaisie
• La Force Est harcèle les positions de la Garde Impériale japonaise. Le déclin du savoir-faire tactique de l’infanterie de la Garde est évident, car les troupes alliées réussissent les prendre par surprise et les unités attaquées sont culbutées. Les pertes effroyables subies par la division à Singapour, particulièrement en officiers, sous-officiers et vétérans, handicapent considérablement la division, car les malades et les blessés remis sur pied ne sont pas assez nombreux pour occuper tous les postes laissés vacants. En revanche, le courage personnel des Gardes n’est pas amoindri : chaque homme se bat jusqu’à la mort (en dehors de quelques prisonniers grièvement blessés).

• La Force Principale (9e et 11e Divisions Indiennes) pressent durement la 56e Division japonaise. Celle-ci, fatiguée et meurtrie, se retire du Domaine Namazie à travers 4 km de jungle jusqu’à la borne des 44 miles. Elle parvient néanmoins à envoyer deux compagnies d’infanterie et une du génie par les pistes de la Plantation Namazie pour renforcer la 27e Division. Celle-ci, son flanc découvert par la retraite de la 56e, doit se replier de la même façon.

• La Force Ouest subit toute la journée des attaques aériennes répétées sur l’ensemble de son secteur. De nombreux camions de ravitaillement sont détruits et les routes endommagées, à peine réparées, sont à nouveau bombardées.
Alors que le ravitaillement britannique s’améliore malgré tout, la marine japonaise intervient pour le gêner. Trois canonnières bombardent Pontian Besar, pendant que deux torpilleurs bombardent Pontian Kechil. Là, les Japonais sont forcés de se retirer sous le feu précis de quatre canons navals de 4,7 pouces, bien retranchés et jouant efficacement le rôle de batterie côtière. Au large du phare de Batu Pahat, hors de portée des 18 livres britanniques, des forces légères de la Marine Impériale coulent trois péniches de ravitaillement. Enfin, 5 km à l’ouest de Pontian Besar, une petite unité japonaise débarque et attaque une équipe d’ouvriers réparant la route ; elle n’inflige que de légères pertes, mais détruit le pont sur le canal.
Néanmoins, un approvisionnement en munitions d’artillerie plus adéquat permet à la Force Ouest de commencer à rétablir la situation créée par la contre-offensive étonnamment efficace de la 33e Division japonaise. Celle-ci a occupé divers points clefs sur les arrières britanniques. Pour retrouver sa liberté d’action, la Force Ouest décide plusieurs attaques destinées à rejeter les Japonais des principaux points qu’ils occupent. La 17e DI Indienne et les deux brigades chinoises vont donner tour à tour.
Au coucher du soleil, la 33e Division a perdu beaucoup de monde, d’armes, de matériel et de ravitaillement. Les 1er et 2e bataillons du 214e Rgt japonais sont de plus en plus isolés sur la cote 828. Manquant de munitions, ils attaquent après la tombée de la nuit vers le nord-est et percent les lignes alliées. Ils traversent alors le Sungei Simpang Kanan et marchent 8 km à travers les plantations pour se regrouper dans la jungle, près de la cote 379.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte orientale de l’Australie, 03h00
– Après six heures de chasse nocturne, l’I-62, qui a dépassé le convoi poursuivi de 12000 mètres, entame son attaque, 27 nautiques au sud de Newcastle. La coque partiellement submergée, le sous-marin est invisible sur le fond du relief côtier. Il s’approche, prend trois bateaux en enfilade et lance quatre torpilles. C’est à ce moment que sa chance l’abandonne quelque peu…
« L’équipage du I-62 fut frappé de consternation quand l’une des torpilles ne partit pas. Le système d’éjection était défectueux, mais le moteur tournait et l’explosion menaçait ! Au bout de trente secondes, des manœuvres d’urgences réussirent à expulser la torpille, qui courut une quarantaine de secondes au hasard avant d’exploser. L’explosion alerta le chef de l’escorte du convoi, qui ordonna un brutal changement de cap tout en tirant (pour la première fois sur la côte australienne) des projectiles éclairants Snowflake. Ceux-ci illuminèrent brillamment tout ce qu’il y avait dans le secteur, y compris l’I-62, lequel plongea précipitamment, sans avoir été aperçu par les vigies du convoi, qui scrutaient le large. Mais malheureusement pour le sous-marin, il avait moins de trente mètres d’eau sous sa coque, et sa plongée d’urgence lui fit heurter violemment le fond sableux. Sous le choc, plusieurs petites voies d’eau se déclarèrent et surtout, le submersible rebondit littéralement en surface au milieu d’un jaillissement de bulles et d’écume.
Ces jeux d’eau furent aperçus par l’escorteur le plus rapproché, mais aussi le plus petit et le moins expérimenté du convoi, le HMAS Captain Cook, bateau pilote dans le civil. Fou de joie d’avoir repéré un sous-marin, l’équipage ouvrit aussitôt le feu avec la mitrailleuse et le canon de 12 livres dont le petit navire avait généreusement été équipé – en oubliant complètement de signaler ce contact au chef d’escorte. Le commandant du sous-marin voulut s’éloigner en surface, mais le choc contre le fond avait bloqué le gouvernail et l’I-62 commença à tourner en rond. N’ayant pas d’autre choix, il répliqua au canon et à la mitrailleuse tout en émettant un rideau de fumée. Ce rideau enveloppa bientôt les deux adversaires, d’autant plus que le Captain Cook produisait lui aussi (mais sans le vouloir) une épaisse fumée, car ses chauffeurs pelletaient du charbon comme si leurs vies en dépendaient, poussant leur petit navire à 13,5 nœuds, soit 1,5 nœud plus vite que le maximum qu’il était censé pouvoir atteindre. Tout en tirant sauvagement, le Captain Cook s’efforça d’éperonner son adversaire (pourtant bien plus gros que lui) mais rata son coup et se retrouva longeant à une dizaine de mètres le flanc bâbord de l’I-62, les officiers sur les deux passerelles échangeant des amabilités au pistolet, avec une maladresse remarquable. Maladresse partagée par les canonniers des deux camps, lesquels, dans l’excitation et l’affolement, réussirent à rater leurs cibles à bout portant ou presque. Ayant ainsi croisé son ennemi, le Captain Cook fit demi-tour et parvint cette fois à mettre un obus de 12 livres au but, arrachant un morceau du kiosque mais sans faire de dommages structurels. A ce moment, les mécaniciens de l’I-62 réussirent à décoincer leur gouvernail et le sous-marin tourna immédiatement les talons dans un nuage de fumée chimique et diesel. Quelques instants plus tard, le Captain Cook jaillit du nuage en question, pour se voir demander ce qui se passait au projecteur par le chef d’escorte, venu aux nouvelles. Sa réponse, « J’aurai ce petit salopard jaune », fut la première indication qu’il avait pris contact avec l’ennemi, mais il fut impossible de lui demander des détails, car il replongea instantanément dans la fumée, ce qui n’amusa pas du tout le chef d’escorte. Le « petit salopard jaune » s’échappa néanmoins à toutes jambes, avec une douzaine de blessés et (sans doute la pire blessure pour un navire nippon) un amour-propre quelque peu froissé.
De son côté, le Captain Cook avait neuf blessés, mais personne n’avait été touché sur la passerelle, à l’exception du skipper lui-même. Victime d’une éraflure à l’aine, spectaculaire mais sans gravité, il devint immédiatement légendaire parmi les escorteurs australiens en hurlant d’une voix de fausset “Oh chef, elle est pas passé loin, celle-là !”
Pendant que le Captain Cook s’amusait ainsi avec l’I-62, le cargo anglais Eurybates (7 920 GRT, Ocean Steamship, allant de Liverpool à Sydney via Brisbane avec du matériel roulant, du tissu et des chars) écopait d’une des trois torpilles de l’I-62 à l’extrême avant. L’étrave était défoncée, le coqueron avant noyé et le logement des chaînes d’ancre démoli, mais le navire n’était pas sérieusement endommagé et restait parfaitement capable de garder sa place dans le convoi. Comme la mer était calme, son capitaine, avec un grand sang-froid, se contenta de faire observer à son second que c’était la cinquième fois qu’il était torpillé depuis 1916 et que les dommages subis ne devaient inquiéter personne à bord, du moment que le bâtiment restait du côté sec de l’océan. Il informa cependant l’équipage que cette égratignure leur garantissait tout de même un séjour prolongé à leur prochaine escale, Sydney, ce qui améliora énormément le moral de tous les matelots. Quand le jour fut levé et que le chef d’escorte remarqua qu’on voyait le jour là où aurait dû se trouver l’étrave de l’Eurybates, il y eut bien quelques questions inquisitrices, du genre « D’où vient ce trou ? » – mais le questionneur fut réduit au silence par cette réponse : « Après les quatre dernières fois, je m’étais retrouvé en train de nager, alors j’ai pensé que cette petite chose ne valait pas la peine de vous déranger. »
L’I-62, de son côté, n’ayant plus la moindre envie d’être confronté à un escorteur aussi hargneux que le Captain Cook (et ne disposant plus que de deux torpilles), était reparti pour Kwajalein. Il avait coulé quatre transports totalisant 13 224 GRT et un dragueur de mines rapide. » Opération Oni, phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950.

Chine : d’autres hommes d’influence
Alger
– L’ambassadeur de France en Chine, Henri Cosme, était resté à Pékin avec la majorité de son personnel diplomatique lors de l’occupation de la capitale chinoise par les Japonais pour ménager les intérêts de la France vis-à-vis du Japon. En octobre 1940, Alger avait rappelé son principal collaborateur, M. de Boissézon, pour l’envoyer comme chargé de mission auprès de Tchang Kai-chek, à Chungking (le diplomate avait fait le trajet par Yokohama, Haiphong et Hanoi). Mais Tchang, goûtant peu d’être considéré comme d’intérêt diplomatique secondaire, n’avait accordé à Boissézon qu’une résidence éloignée de plusieurs dizaines de kilomètres de sa capitale, et la disparition de l’ambassade de Pékin après le 7 décembre n’avait guère atténué cette disgrâce.
Pour en finir, Reynaud et Blum décident de jouer sur la corde personnelle (toujours sensible chez Tchang) et de nommer ambassadeur Jean Escarra. Ce professeur de Droit et chargé de cours à l’Institut des Hautes Etudes Chinoises, à Paris, a conseillé Tchang Kai-chek pour la réforme du droit chinois dans les années Trente. Il a discrètement rejoint Alger par l’Espagne. Il sera assisté du Professeur Joseph Hackin, distingué orientaliste, diplômé d’études politiques et archéologue (il se trouve pour l’instant à Kaboul). M. de Boissézon assurera les aspects techniques du travail de l’ambassade.


4 juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

• La Force Est rappelle ses colonnes de la Dalforce et ses Gurkhas. Ces unités se retirent après avoir piégé dans plusieurs embuscades des Gardes japonais avides de revanche lancés dans des poursuites irréfléchies.

• La Force Principale lance la 9e Division Indienne contre l’arrière-garde de la 27e Division japonaise à la borne ferroviaire 434, avec le soutien de pièces d’artillerie de montagne, de roquettes et de mortiers de tranchée. Les chars britanniques pouvant maintenant se déployer sur un front plus large dans les plantations, la 27e Division se retire jusqu’à la borne ferroviaire 432. Ses trois régiments d’infanterie sont à présent sur la ligne de front, appuyés sur de légers retranchements avec quelques champs de mines, à travers 10 km de plantations d’hévéas. A l’ouest, les flancs-gardes de la 27e couvrent la rivière et un marais de 2 km de large, tandis qu’à l’est, des patrouilles de combat préservent le flanc qui s’étend dans la jungle.
La 56e Division japonaise déploie son artillerie, deux compagnies d’infanterie de plus et une autre compagnie du génie sur le flanc nord-ouest de la 27e Division, pour couvrir les plantations et la route (barrée) de Simpang Rengam à Rengam. Cependant, le reste de la 56e Division est déployé en profondeur sur la route principale, en arrière de la borne routière 44 et dans la jungle à l’est. En face, la 11e Division Indienne doit lutter pour progresser dans la jungle. Malgré le terrain et les défenseurs, elle avance lentement mais avec persévérance.

• La Force Ouest a très nettement redressé la situation. Le 213e Rgt japonais et les unités divisionnaires de la 33e Division, inférieurs en nombre et en armement, se replient d’un canal au canal suivant, le long de la côte ouest. Les forces japonaises dans le secteur du défilé du Bukit Pelandok livrent une série d’actions offensives et défensives pour se redéployer en évitant de se faire détruire en détails. Le 215e Rgt est ainsi déployé en arc de l’ouest au nord-est devant les forces britanniques. Le 214e Rgt tient les hauteurs et les plantations des pentes adjacentes, au sud-ouest des positions alliées.

Singapour – Note du Service de Renseignements au Commandement de Malaisie
(…) La 25e Armée japonaise a créé trois formations régimentaires improvisées à partir de quelques vétérans de certaines divisions et d’un grand nombre de recrues de renfort. Ces formations semblent être vouées à se sacrifier pour éviter d’engager dans la bataille les divisions originales, en cours de reconstitution, jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait prêtes. Les unités ont reçu des noms destinés à déguiser le nom de leur commandant, leur taille et leur composition, mais nous avons des renseignements de différentes sources sur leurs chefs et leurs unités d’origine.
“Dragon Rouge” doit couvrir les approches de Paloh pour permettre la concentration de la 9e Division dans la zone Ayer Hitam/Kluang. “Dragon Vert” doit couvrir le secteur de Labis. “Dragon Jaune”, à Bakri, doit bloquer la route de Muar à Parit Sulong pour permettre la concentration de la 33e Division sur la route côtière, devant Parit Jawa. (…)

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les forces australiennes traversent la rivière Kumusi et détruisent le pont de Wairopi derrière elles. Or, dans ce secteur, la Kumusi fait cent mètres de large, coule à 12 km/h et ses deux rives, très escarpées, s’élèvent à dix mètres au-dessus de l’eau. Les Japonais auront du mal à passer !

Campagne des Philippines
Corregidor
– Une tentative de débarquement des troupes japonaises échoue avec de lourdes pertes : plus de 500 morts et de nombreux blessés sur mille six cents hommes engagés (voir Annexe C B4).

Tokyo – Devant l’Etat-Major Impérial, alors que Nagano vient de présenter avec fierté les plans d’attaque dans le Pacifique Sud élaborés par Yamamoto deux jours plus tôt, les représentants de l’Armée demandent, la rage au cœur, « une coopération plus étroite avec la Marine » (en clair : l’aide de la Marine) dans les eaux entourant la Malaisie, « pour en finir au plus vite avec Singapour. » La Marine accepte, sans enthousiasme et avec condescendance, ce qui ajoute encore à l’amertume de Tojo – le Premier ministre doit pourtant faire mine d’ignorer l’humiliation.
Il est décidé de créer une force spéciale de croiseurs lourds, de destroyers et de torpilleurs, commandée par le contre-amiral Takeo Kurita, pour couvrir les approches de Singapour. De plus, la 2e Flotte de Kondo doit appuyer directement l’offensive à partir de mi-juillet. Kondo aura à sa disposition les porte-avions légers Ryujo et Junyo, dont les groupes aériens auront été optimisés pour l’appui au sol, et les deux cuirassés lents Yamashiro et Hyuga, dont les 14 pouces sont considérés comme très efficaces pour le bombardement côtier. De plus, les Affaires Etrangères feront pression sur le gouvernement siamois pour qu’il participe à l’opération. Avec réticence, les Thaïlandais finiront par accepter faire patrouiller ce qui reste de leur petite flotte dans le détroit de Malacca.


5 juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

• La Force Est poursuit une vive activité de patrouilles, avec quelques rencontres violentes. Les Japonais semblent avoir reçu l’ordre de rester concentrés en défense.

• La Force Principale fait face à la 9e Division japonaise. Déployée à Ayer Hitam (au carrefour de la route principale nord-sud et de la route de Batu Pahat à Kluang, est-ouest), la 9e Division a replié près d’un tiers de ses hommes pour établir des barrages sur la route d’Ayer Hitam à Kluang, à 12 et à 6 km de Kluang.
La 56e Division a déployé son 146e Rgt sur la route principale, près de la borne routière des 45 miles, au carrefour de Simpang Rengam, d’où part une route vers la voie ferrée et la vaste zone de plantations de Rengam. Epuisé et décimé, le 148e Rgt est mis en réserve avec le reste de la division sur le flanc droit (ouest) de la 27e Division. Celle-ci barre toujours la voie ferrée, avec l’appui d’une unité mixte d’artillerie de l’Armée (huit obusiers de 105 mm et quatre de 150 mm, ainsi que quatre canons de 105 mm). Malgré ce soutien, la division a du mal à tenir et la résistance japonaise au sud de Rengam ne peut que cesser rapidement.
Les 9e et 11e Divisions Indiennes maintiennent la pression sur les Japonais. Elles parviennent à acheminer sur le front davantage d’artillerie et de munitions qui leur permettent d’épuiser leurs adversaires, d’autant plus que l’activité aérienne japonaise est distraite du front central en raison de la situation à l’ouest.

• La Force Ouest est de nouveau à l’attaque.
Les chars et l’infanterie alliés, avec un solide appui d’artillerie, repoussent l’infanterie japonaise, qui manque de soutien, hors des zones de plantations, vers la sécurité relative des crêtes couvertes de jungle. Le 214e se retrouve dans une solide position, mais privé de ravitaillement. Le 215e se trouve dans une très forte position défensive, sauf sur son flanc ouest, que la 12e Brigade Indienne menace d’envelopper. Les deux régiments japonais n’auront plus devant eux qu’un solution pour décrocher : marcher à travers les marais en abandonnant tout ce que les hommes, de plus en plus épuisés, sont incapables de porter.
Le reste de la 33e Division japonaise recule en combattant le long de la route côtière.


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Nov 02, 2012 12:09; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2012 12:04    Sujet du message: Répondre en citant

(suite)


Pour sauver les unités bousculées de la 33e Division, les Japonais concentrent toutes leurs attaques aériennes dans l’ouest de Johore. Leurs cibles principales sont les positions britanniques du défilé du Bukit Pelandok. En fin d’après-midi, celles-ci sont enveloppées de fumées, de poussières et de flammes, empêchant les Britanniques d’observer les quatre ou cinq km de terrain découvert que les hommes du 214e Rgt vont devoir traverser pour atteindre la jungle sur le flanc est du 215e Rgt. Les Britanniques ainsi réduits à l’impuissance, le 214e Rgt réussit une véritable évasion avec l’aide d’averses qui réduisent encore la visibilité. A l’ouest, le 215e Rgt renforce son flanc droit aux dépens de son centre pour tenter de retenir les Britanniques. Il y parvient jusqu’en fin de journée, mais à la nuit, la disparition du soutien aérien japonais permet à la supériorité numérique alliée de s’exprimer, et le pont est pris à 20h15. La plus grande partie du 214e Rgt et la moitié du 215e sont alors obligés de se lancer dans plus de 30 km d’une marche épuisante dans la jungle ou à travers des marais où l’eau monte parfois jusqu’à la poitrine, pour retrouver la sécurité.
Pendant ce temps, le reste de la 33e Division décroche et se retire de près de 25 km, jusqu’à la borne routière des 100 miles, près de Parit Jawa.
………
Commentaire de l’état-major sur les cinq jours de bataille entre Batu Pahat et le défilé du Bukit Pelandok
« La 33e Division japonaise a été commandée avec agressivité et persévérance, montrant de l’élan sans témérité aveugle.
Si l’ennemi avait pu renforcer les unités tenant les hauteurs dans le secteur du défilé du Bukit Pelandok, les forces britanniques à Yong Peng auraient dû être retirées et Batu Pahat même aurait été directement menacé. Il apparaît que la journée perdue par la 17e Division Indienne à combattre sur ses arrières a failli être désastreuse, car les forces légères déployées autour du Bukit Payong ont été presque balayées.
Par ailleurs, quand les Japonais ont été sur le point d’être engagés dans un sanglant combat final sur les crêtes, ils ont démontré un admirable jugement stratégique en retirant leurs formations intactes (quoique très éprouvées) pour pouvoir continuer à couvrir les approches de Malacca.
Du premier au dernier instant de la lutte, la 33e Division a été opposée à une infanterie deux fois supérieure en nombre (trois fois si les troupes de soutien utilisées comme infanterie sont prises en compte), à deux fois plus de blindés de soutien, à quatre fois plus de pièces d’artillerie (plus de dix fois en poids d’obus tirés). N’ayant en sa faveur que l’avantage d’un appui aérien incontesté, elle a pourtant réussi à dicter les conditions de la bataille.
Du côté allié, les troupes se sont bien comportées même lorsqu’elles se sont trouvées dans des circonstances défavorables. Elles ont démontré la traditionnelle obstination défensive de l’Armée. Les réguliers et les volontaires recrutés sur place ont combattu mieux qu’on ne pouvait raisonnablement l’espérer, compte tenu de leur niveau d’entraînement, ils ont représenté un soutien moral bienvenu. Il faut reconnaître que les unités d’infanterie originaires du Royaume-Uni commencent à montrer un certain manque d’esprit offensif. Bien des unités ont tout simplement livré trop de batailles, ont subi trop de pertes et ont depuis longtemps gagné le droit à un repos prolongé, qu’il nous sera malheureusement impossible de leur accorder. La plupart des hommes de l’infanterie britannique ont été hospitalisés au moins une fois, et beaucoup l’ont été deux ou trois fois. Un grand nombre d’hommes ayant dépassé l’âge du service ou médicalement inaptes restent sous les drapeaux pour maintenir les effectifs des combattants ; s’ils se sont jusqu’alors bien comportés, le niveau de leur endurance sur le terrain est bien plus bas que celui des troupes d’origine. »


Opération D
Ouest de l’Océan Indien
– L’I-9, sous-marin amiral de la 8e Escadre de la Sixième Flotte japonaise, coule les cargos Atlantic Gulf (2 639 GRT) et Melvin H. Baker (4 999 GRT). Ce sont les deux premières victimes de l’opération D.
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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2012 15:08    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
De plus, les Affaires Etrangères feront pression sur le gouvernement siamois pour qu’il participe à l’opération. Avec réticence, les Thaïlandais finiront par accepter faire patrouiller ce qui reste de leur petite flotte dans le détroit de Malacca.


Quel est le but de cette manoeuvre diplomatique ? 'Mouiller' le Siam et l'éloigner un peu plus des Alliés ? Parce que la contribution militaire de la flotte siamoise, déjà modeste quand elle était intacte, doit être jugée par les amiraux japonais comme ne valant pas la peine de s'encombrer de protocoles de coopération, d'officiers de liaison, de coordination air-mer et ce genre de choses.
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MessagePosté le: Sam Nov 03, 2012 16:55    Sujet du message: Répondre en citant

BUt double : en effet, d'une part, but diplomatique. Mais d'autre part, chaque escorteur japonais économisé du côté du détroit de Malacca est un escorteur de plus sur les voies pétrolières entre Indonésie et Japon, et les Japonais savent dores et déjà qu'il va falloir être très prudent de ce côté.
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MessagePosté le: Sam Nov 03, 2012 17:01    Sujet du message: Répondre en citant

6 juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

• La Force Est lance des patrouilles de reconnaissance qui se heurtent à des patrouilles adverses. Sur les arrières japonais, la Dalforce, la Force 136 et les bandes de guérilleros communistes chinois poursuivent leur observation attentive de la montée en puissance ennemie et le recueil de renseignements. Le sabotage des communications est moins pratiqué, car les risques deviennent bien plus élevés, les Japonais ayant fortement accru le nombre d’hommes consacrés à la défense de leurs lignes de communications.

• La Force Principale voit les Japonais décrocher de la ligne Simpang Rengam – Rengam.
La 22e Brigade de la 9e Division Indienne signale que le 2/12e Frontier Force Rgt s’est ouvert un passage le long de la voie ferrée et est entré dans Rengam en repoussant le II/1er Bataillon d’Infanterie de Chine japonais. Deux mille à 2 500 mètres plus à l’est, le 2/18e Royal Garhwal Rifles est au contact de ce qui semble être des arrière-gardes des I/3e et III/3e Bataillons d’Infanterie de Chine. Mille mètres à l’ouest de Rengam, les 1er et 5e bataillons composites du 11e Sikh Rgt lancent dans la matinée une attaque en règle avec le soutien de neuf chars Valentine et de l’artillerie. Ils progressent facilement jusqu’à la route Simpang Rengam - Rengam avant de commencer à changer de direction pour couper la voie ferrée derrière Rengam.
A gauche de la 22e Brigade, les deux bataillons de la 21e Brigade (2/4e Gurkha à gauche, 1 et 4/13e Frontier Force Rifles composite à droite) signalent que leurs éclaireurs n’ont repéré que les arrière-gardes du I/148e Bataillon japonais.
La 11e Division Indienne signale qu’elle a perdu tout contact avec les Japonais. Dans la matinée, le 2/9e Jat, qui conduit la 15e Brigade, repousse le III/146e Bataillon japonais, qui tentait de défendre le pont sur le Sungei Benut, près de la borne routière des 48 miles. Quelques heures plus tard, les sapeurs achèvent de réparer les destructions incomplètes effectuées par les Japonais et l’avance peut se poursuivre.

• La Force Ouest est occupée à des opérations de nettoyage contre de petits groupes de Japonais, voire contre des soldats isolés qui se battent jusqu’au bout, tout en contrôlant l’établissement de nouvelles lignes de défense. Sur le champ de bataille des jours précédents, il faut recueillir, soigner et évacuer les blessés, retrouver et identifier les morts et les rassembler pour des enterrements collectifs, mais aussi récupérer les armes, le matériel et le ravitaillement britannique ou japonais.
L’attaque d’Ayer Hitam se prépare. Il faut déployer les batteries d’artillerie (moyenne et de campagne à longue portée), leur réseau de communication et se soucier de leurs dépôts de munitions.
L’approvisionnement en munitions de la Force Ouest pose en effet de réels problèmes. L’utilisation d’une seule route, étroite, endommagée, sur-utilisée et traversant de nombreuses petites rivières et canaux de drainage pose de grandes difficultés pour le transport de munitions dans de bonnes conditions. Il est arrivé qu’un pont soit endommagé lors de l’attaque aérienne d’un convoi, par l’explosion d’un camion de munitions. Une autre attaque aérienne a fait exploser un camion sur un pont de bateaux, brisant le pont et coulant quelques allèges. De plus en plus, les convois routiers sont maintenant “non-munitions seulement”. Si un camion est touché, l’effet sur le reste du convoi, la route et les ponts est réduit. Même les camions transportant des barils d’essence de 5 gallons posent peu de problèmes, car il est relativement facile et sans danger de les écarter de la route. Les munitions sont de plus en plus souvent convoyées par péniches que l’on décharge de nuit. Cette façon de faire a jusqu’alors été un succès, sauf dans le cas de deux péniches qui se sont heurtées à Batu Pahat et qui, étant encore dans l’estuaire de la rivière au lever du jour, ont été détruites par des avions.
L’utilisation de l’artillerie moyenne et de l’artillerie de campagne autour de Batu Pahat doit donc respecter de sévères restrictions, notamment concernant les obus de mortier de 3 pouces. En revanche, en dépit d’une utilisation abondante, les stocks de munitions pour les mitrailleuses britanniques de 0.303 et japonaises de 6,5 mm sont suffisants.
Pour réduire les efforts demandés aux lignes de ravitaillement, le nombre d’unités sur le front doit être réduit. D’abord, quatre bataillons d’infanterie (ou leur équivalent en compagnies) et deux batteries d’artillerie doivent être retirés avant d’être redéployés sur la côte ouest, pour améliorer sa protection. Un autre bataillon et une autre batterie vont être repliés dans le Sud-Johore et remis en réserve du IIIe Corps Indien. Enfin, deux bataillons d’infanterie et une batterie d’artillerie retourneront à Singapour pour un repos bien gagné.

Singapour – Des bombardiers japonais touchent durement Simmes Road, endommageant gravement les bâtiments en bois des bureaux de l’administration du QG du Commandement de Malaisie.
Au large de l’île de Singapour, deux bateaux de pêche chinois sont détruits quand des mines japonaises explosent dans leurs filets. Cette découverte est une surprise fort déplaisante, car aucun indice n’a signalé le mouillage de mines par les Japonais. Des mesures sont prises pour repérer l’emplacement des champs de mines, leur profondeur et leur étendue, en raison du risque qu’ils pourraient faire courir au convoi attendu en juillet comme à tout forceur de blocus, sous-marin ou navire de surface.

Détroit de Malacca, au large de Rengit, 16h00 – Sous le couvert d’un orage, un convoi de ravitaillement quitte le bras ouest du Détroit de Johore. Ce convoi, qui marche à 9 nœuds, est composé d’un remorqueur tirant deux péniches (une de munitions et une de carburant en barils de 5 gallons) et de trois péniches motorisées transportant divers types de ravitaillement, le tout escorté par deux canonnières (Queen Charlotte et William III), un bateau anti-aérien (Alor Gajah) et deux bateaux à moteur armés de mitrailleuses.
01h11 – Au large de Rengit, un bâtiment non identifié filant à 12 nœuds sur un cap inverse est signalé à 3 000 mètres sur bâbord (vers le large) et interpelle le convoi au projecteur à éclats peu avant d’ouvrir le feu. Il s’agit d’une canonnière japonaise qui abat rapidement sur tribord pour accroître la distance. La Queen Charlotte (commandant du convoi) riposte au 12 livres et signale immédiatement cette attaque à Singapour, indiquant que le convoi a reçu l’ordre de changer de cap d’un point sur tribord.
01h12 – La Queen Charlotte, alors qu’elle accélère de son mieux (sa vitesse maximum est de 12 nœuds) est frappée par un obus de 57 mm qui a ricoché sur l’eau. En remontant, l’obus troue la coque de bois à bâbord au dessus de la chaudière, emportant des débris de renforts en acier au passage, puis ressort en perçant le pont métallique par dessous avant d’exploser au dessus du bastingage bâbord. Les débris des structures transpercées font beaucoup de dégâts et l’explosion endommage sévèrement la superstructure. Des éclats coupent une conduite de vapeur et plusieurs câbles électriques. Cinq hommes sont tués et onze blessés.
01h13 – Deux autres obus explosent tout près et les éclats provoquent de nouveaux dégâts – l’antenne radio est brisée, les chaloupes endommagées prennent feu – tandis que le choc entraîne une voie d’eau. La vitesse tombe à 10 nœuds et les servants des canons doivent combattre les incendies, car le petit équipage de la canonnière a déjà beaucoup souffert.
Les deux petits bateaux à moteur commencent à émettre de la fumée pour masquer le convoi et le William III contourne le convoi par l’avant pour se rapprocher de l’ennemi, mais se rend compte que ses 14 nœuds sont impuissants à y parvenir tant que le navire japonais refuse de réduire la distance, et son 12 livres ne peut faire mieux qu’illuminer l’adversaire avec des obus éclairants. Venant à 12 nœuds de l’arrière du convoi, l’Alor Gajah abat sur bâbord pour tenter de barrer le T à l’ennemi. Voyant distinctement le Japonais, il peut le mitrailler avec ses deux Bofors et le touche de nombreuses fois.
01h14 – La vedette rapide Rochore, revenant d’une mission secrète à Sumatra et alertée par le message radio du Queen Charlotte, survient sur ces entrefaites. Elle ouvre les gaz de ses moteurs Rolls-Royce Merlin et, venant du sud-ouest, tombe sur le Japonais à plus de 28 nœuds dans un tourbillon d’écume. L’ennemi décroche alors et s’éloigne vers le nord-ouest. On suppose qu’il a pris le Rochore pour une vedette lance-torpilles, et que son arrivée, s’ajoutant aux impacts de 40 mm, a convaincu le capitaine japonais qu’il était tombé dans un piège. Il a cependant eu le temps de toucher la péniche chargée de carburant, allumant un incendie qui force peu après le remorqueur à abandonner cette péniche.
01h15 – Cette brève escarmouche est terminée, mais la Queen Charlotte est forcée de rentrer à Singapour. Le type de navire engagé et l’importance des dommages qui lui ont été infligés sont incertains.
Les actions des bâtiments japonais contre les lignes de communications de la Force Ouest commencent à devenir très préoccupantes. Leurs effets sont aggravés par l’action de l’aviation japonaise – ainsi, des avions mitraillent et coulent une péniche de ravitaillement, immobilisée la nuit précédente au large de Benut par une panne de moteur.

Océan Indien
Iles Andaman
– Port-Blair est de la plus grande importance pour relier Singapour, Penang et Sabang à la Birmanie et à l’Inde, et pour barrer la route à une future offensive japonaise. Les unités du génie travaillent fiévreusement à y bâtir un aérodrome. Le commandement espère que des chasseurs monomoteurs pourront s’y poser dès le 20 juin et que des Beaufighter pourront s’y installer à la fin du mois. Pour l’instant, la protection de Port Blair Station repose sur les sous-marins de la Xe Flottille, la DCA du navire AA auxiliaire HMS Tynwald et du ravitailleur d’hydravions français Commandant-Teste (avarié mais utilisé comme base), les 16 hydravions Northrop N3M de la Flottille AT-4 de l’Aéronavale et 12 hydravions de chasse Supermarine 355 “Floatfire”.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les Japonais qui tentent de traverser la Kumusi à Wairopi sont repoussés par des tirs nourris. Ils cherchent alors à traverser ailleurs.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
L’offensive de la 11e Armée japonaise continue de progresser. La ville de Linchuan, à 40 km de Nanchang, tombe.
Pendant ce temps, plusieurs colonnes parties de Nanchang traversent le lac Po-yang et débarquent sur la rive est, occupant sans résistance les villes de Po-yang, Juihung et Yuchien (celle-ci est située à 10 km du lac).


7 juin
Bataille de Singapour – III
Malaisie

• Force Est – Rapport du QG opérationnel : « Calme, en dehors de quelques activités de patrouilles. »

• Force Principale – Après leur retrait de la ligne Simpang Rengam – Rengam, les Japonais ont reconstitué une position défensive en profondeur entre le défilé dans la jungle où passe la voie ferrée, à l’est, tenu par la 27e Division, et le défilé entre jungle et marais où passe la route, à l’ouest, tenu par la 56e Division.
Le défilé ferroviaire, où se trouve la halte de Sungei Sayong (près de la borne 429), est constitué par des plantations d’hévéas d’environ 3 km de large. Il est trop solidement tenu pour pouvoir être enlevé d’assaut par la 9e Division Indienne, de plus en plus fatiguée. Celle-ci s’arrête et se déploie dans la jungle pour attendre des troupes fraîches et du ravitaillement. Il est évident que les Japonais vont tenir à tout prix Sungei Sayong. En effet, positionnées à Rengam, l’artillerie lourde et l’artillerie moyenne à longue portée des Anglais peuvent déjà bombarder Kluang. Mais si les troupes alliées repoussaient encore un peu la 27e Division, les canons de 25 livres pourraient se joindre à ce bombardement, qui passerait du rang de gêne pénible à celui de grave problème.
A l’ouest, sur le défilé de la route principale, le front est très étroit. Les Japonais battent lentement en retraite, des ouvriers militaires préparant au fur et à mesures de nouvelles positions. Dans ces conditions, la 11e Division Indienne ne peut avancer que très lentement, forcée à chaque fois de se déployer pour s’apercevoir ensuite que les défenseurs ont reculé de 800 mètres. A la fin de cette journée frustrante, le front s’établit à la borne routière 25, à 10 km environ au sud du carrefour d’Ayer Hitam.

• Force Ouest – Les forces légères mécanisées qui patrouillent le long de la côte entrent en contact avec des patrouilles japonaises et repèrent des avant-postes ennemis à la borne routière 104.
Pendant ce temps, rendant visite au QG et aux unités de la Force Ouest, Lord Gort en profite pour rappeler à tous les officiers que le terrain des prochains combats, en direction du nord-est, vers Ayer Hitam et Kluang, est particulièrement difficile. On estime que, dans un rayon de 5 km autour de Kluang, il y a, depuis les combats de janvier à mars, au moins un million de cratères inondés d’obus et de bombes. Dans les secteurs où les combats ont été les plus intenses, la végétation a été ravagée, hachée et par endroits totalement balayée, alors qu’à quelques centaines de mètres, elle peut être pratiquement intacte. Les officiers qui ont servi en France et en Belgique durant l’Autre Guerre sont d’accord pour ne pas trop exiger de leurs troupes sur un pareil terrain, car les hommes sont bien trop précieux pour être gaspillés en attaques hâtives mal planifiées.
La préparation de l’attaque d’Ayer Hitam est gênée par de fortes attaques aériennes, qui retardent l’acheminement du ravitaillement et le déploiement de l’infanterie sur les positions d’attaque prévues, et par la nécessité de consolider les voies de communication pour le passage de l’artillerie.

Singapour – Extrait d’un document envoyé au C.I.G.S. par le Commandement de Malaisie en réponse à une demande d’information du Premier ministre sur la révision des plans de défense de l’île-forteresse de Singapour
« Nous estimons que la situation opérationnelle connaît trois modifications importantes :
(i) Les Japonais vont exécuter une préparation plus intense avant d’attaquer.
(ii) Ils auront étudié en profondeur nos tactiques, notre organisation et notre matériel et auront pu modifier les leurs.
(iii) Plus longtemps durera la bataille, plus nous serons privés des raffinements modernes de la guerre au vingtième siècle, en particulier dans le domaine des communications.
Sur ces bases, nous pouvons conclure que les Japonais s’adapteront mieux qu’au mois d’avril aux systèmes de défense que nous avons mis en œuvre à l’époque, et qu’étant donné l’état de notre défense, ils seront victorieux. Nous devons donc modifier nos mesures de défense, dans la mesure où l’entraînement et le moral de nos troupes nous y autorise, en jouant notamment sur les caractéristiques techniques et matérielles de nos installations défensives, en fonction de trois principes :
1. L’infanterie, au niveau des unités et des sous-unités, décidera de la bataille ; elle doit donc être la pierre angulaire de notre défense.
2. Nos méthodes de défense ne doivent pas être uniformes ; elles doivent varier afin que chaque attaque ennemie rencontre une surprise tactique et technique.
3. L’une des grandes surprises de la guerre moderne a été l’incroyable résistance des anciennes fortifications aux armes modernes. Contre des forteresses d’une époque différente, il faut recréer des tactiques et des armes adaptées. En 1940, l’armée allemande n’a pu s’emparer aisément des ports français fortifiés des côtes de la Manche que parce que leurs garnisons étaient trop peu nombreuses et sous-équipées.
Nous pouvons ici recourir à l’aide d’un grand nombre de travailleurs non spécialisés. Nous disposons de grandes quantités de bois de charpente, de deux briqueteries, d’une fabrique de ciment, de quatre carrières de pierres, de diverses forges et fonderies, etc. Nous avons donc pu bâtir toute une variété d’ouvrages de défense dont la conception était empruntée aux spécialistes de la guerre de siège de diverses époques, depuis les précurseurs de l’antiquité romaine et du Moyen-Âge jusqu’aux ingénieurs militaires des 17e, 18e et 19e siècles, qui ont couché leurs travaux par écrit.
(…)
Les cinq lignes de défenses officielles détaillées dans le rapport au Cabinet britannique de l’état-major général de 1937 ont été achevées (voir Exemplaire Secret – Carte 3, page 81 – War Office 1937 : Installations, lignes de défense, batteries côtières et leurs arcs de tirs). D’ouest en est, ce sont : la ligne Alexandra, la ligne Mont Faber, la ligne Kalang, la ligne Seragoon, la ligne Changi. Ces lignes ont été conçues pour défendre les deux directions de tir de la défense côtière (directions de tir du Mont Faber et de Changi), pour barrer le chemin de la cité de Singapour à toute force ennemie débarquant sur la côte sud et (dans le cas de la ligne Seragoon) pour interdire l’accès direct à la base navale. Ces lignes sont renforcées par les zones dévastées en Sud Johore et dans l’île de Singapour par les combats du printemps (la zone à l’ouest des Réservoirs Pierce et MacRitchie en est un bon exemple).
Les défenses de la côte sud, à l’est du village de Pasir Panjang jusqu’à la ville de Singapour et Keppel Harbour, sont intactes et ont même été considérablement améliorées par rapport à décembre 1941. Les défenses de la côte est, jusqu’à la Base Navale, sont maintenant extrêmement puissantes. Un assaut direct dans l’un de ces secteurs serait ruineux pour l’attaquant. Les côtes nord et ouest, sites des débarquements japonais en avril, n’ont que de légères défenses, mais certaines des lignes défensives à l’intérieur des terres, derrière les zones de débarquement, ont été reconstruites et devraient infliger d’importants retards à l’ennemi.
(…)
La faiblesse principale des Japonais est la vulnérabilité de leurs unités, et notamment de leur aviation, à l’usure opérationnelle. Leurs bombardiers ne portant qu’une charge de bombes relativement faible, ils doivent effectuer plus de sorties pour déverser un tonnage donné d’explosifs sur un objectif. Cela entraîne davantage de fatigue des machines comme des équipages, qui exigent respectivement davantage d’entretien et de repos. Le nombre d’avions opérationnels dans les unités d’appui au sol diminue donc progressivement. Par ailleurs, le fait que la Marine Impériale soit obligée d’apporter un soutien direct à l’Armée, par des attaques aériennes, des bombardements navals ou des opérations de débarquement affaiblit d’autant cette arme, qui est le principal atout japonais dans la guerre du Pacifique. (…) »

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Des Japonais réussissent à traverser la Kumusi à dix km en aval de Wairopi, grâce à un canot pliant qui leur permet d’installer un pont de singe. Tout un régiment ne pourrait traverser de cette manière, mais près d’un bataillon parvient à passer avant que le 39e australien ne soit alerté.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Arrivée du croiseur français Lamotte-Picquet.


8 juin
Bataille de Singapour – III
Malaisie
– Des pluies torrentielles noient la région. Tous les avions sont cloués au sol. Par moments, le bruit de l’eau couvre la voix normale et la visibilité est réduite à 50 mètres en terrain dégagé. Tout travail en extérieur devient à peu près impossible et toutes les tranchées, trous d’hommes et autres positions au-dessous du niveau du sol sont inondés. Certaines routes sont totalement impraticables, en particulier entre Kota Tinggi et Jemaluang.
Des milliers de pièces de bois coupées par les équipes de bûcherons et de troncs abattus par les tirs d’artillerie sont entraînés dans les rivières et dans le détroit de Johore, gênant considérablement les activités des péniches de transport. Les berges de la rivière Johore sont profondément érodées par le courant et l’accumulation de bois flotté détruit le pont récemment réparé de Kota Tinggi, oblige les Royal Engineers à démonter le pont de bateaux pour le mettre à l’abri et force les bateaux à roues de la rivière China et du détroit de Johore à rester au port. De nombreux remorqueurs et autres petits bateaux s’efforcent de nettoyer et de protéger la zone d’amerrissage des hydravions, mais aussi de dévier le bois flotté à l’écart des installations de la défense côtière (mines, lignes de communication sous-marines, etc.). Malgré ces efforts, quelques troncs flottants provoquent de spectaculaires explosions en heurtant des mines. Sapeurs et pionniers doivent déblayer des passages en utilisant des explosifs et même des grenades ASM. Néanmoins, une partie des amas de bois flotté est conservée pour servir de barrière anti-invasion sur la côte nord-est.
Le bois flotté arrivant en mer fera les semaines suivantes détoner un certain nombre de mines britanniques et bien davantage de mines japonaises dans le détroit.
………
• Force Est – Rapport du QG opérationnel : « Sans changement : calme en dehors de quelques escarmouches mineures là où les avant-postes de chaque camp sont forcés de changer d’emplacement par les inondations dues aux pluies diluviennes. »

• Force Principale – La 9e Division Indienne est forcée d’interrompre toutes ses opérations (en dehors des tirs d’artillerie de harcèlement) sur le front de la voie ferrée. Du côté de la route, la 11e Division Indienne tente de maintenir la pression sur l’ennemi en avançant vers Ayer Hitam à partir du sud pour soutenir l’attaque de la Force Ouest. Mais elle échoue, car la visibilité dans la jungle, dès que l’on n’est plus sur la route, tombe à presque rien. Les rideaux de pluie masquent tout au delà de quelques mètres et le combat devient une sorte de jeu de hasard meurtrier où les hommes errent à l’aveuglette.

• Force Ouest – L’artillerie lourde ouvre le feu sur le front de la route Batu Pahat - Ayer Hitam et l’artillerie de campagne sur le front de la route Yong Peng - Ayer Hitam. De ce côté, l’infanterie, soutenue par des blindés, avance à partir de la borne routière 64 face aux Japonais retranchés sur des hauteurs, leurs flancs appuyés sur des marais, entre les bornes 61 et 62. Sous la pluie, l’attaque s’enlise vite, dans un décor cauchemardesque de trous d’obus remplis de boue, de barbelés et de tirs de mitrailleuses évoquant bien plus les Flandres de 1917 que la Malaisie de 1942. Quant à l’artillerie de campagne, incapable d’observer le résultat de ses tirs, elle doit se contenter de tirer sur des coordonnées géographiques en accroissant peu à peu les marges de sécurité pour tenir compte des progrès théoriques de l’infanterie. De plus, les servants travaillent dans des conditions épuisantes et doivent être régulièrement relevés pour maintenir la cadence de tir. Les chars et le manque de visibilité évitent aux Alliés de subir de lourdes pertes, mais avec un pareil terrain et sur un front de 800 à 1 200 mètres seulement, l’infanterie ne peut progresser.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les Japonais qui ont traversé la Kumusi sont attaqués par une compagnie du 39e et repoussés sur près de 2 km. En effet, les Australiens ont pour une fois l’avantage de l’artillerie, car ils possèdent quelques mortiers bien approvisionnés.

Campagne du Pacifique Sud
Nouméa
– CinCPac (l’amiral Nimitz) arrive de Pearl Harbor en début de journée. Dans l’après-midi, il est rejoint par le général Wavell et le contre-amiral Crace.


9 juin
La bataille de Singapour – III
Malaisie

• Force Est – Rapport du QG opérationnel : « Tout est calme. »

• Force Principale – Alors que le temps s’améliore, les patrouilles de la 9e Division Indienne retrouvent les Japonais de la 27e Division, bien retranchés en travers de la voie ferrée.
La 11e Division Indienne, elle, a perdu tout contact avec l’ennemi sur la route principale. Son avance n’est gênée que par des arbres abattus par les Japonais ou par le déluge de la veille. Les unités de pointe subissent cependant quelques pertes, car les torrents de boue qui coupent la route charrient parfois des mines au milieu d’amas de branches et de feuilles. Il semble que les Japonais se soient largement repliés, jusqu’à Ayer Hitam ou même jusqu’à Kluang.

• Force Ouest – L’attaque sur le front ouest d’Ayer Hitam (à partir de Batu Pahat) est suspendue, car tout l’appui d’artillerie doit être concentré sur le front nord-ouest (à partir de Yong Peng), où l’infanterie progresse sur mille mètres de large. A cet endroit, les Japonais ont déployé trois compagnies appuyées par des mortiers pour couvrir les approches nord-ouest d’Ayer Hitam sur des collines dominant la route, en avant du cours du Sungei Semberang et d’une zone de marais, de broussailles et de jungle. Les défenseurs ont de bons champs de tir, mais ne peuvent compter pour se dissimuler sur les hautes herbes et les fougères qui couvraient les pentes des collines, car elles ont été très dégradées par les tirs d’artillerie.
L’attaque est reprise dans l’après-midi. En fin de journée, le poids de l’artillerie et la supériorité numérique des attaquants se font sentir. L’infanterie japonaise, qui a une fois de plus démontré son endurance et sa résolution héroïques, se retire en bon ordre dans la nuit à travers les marais. Les Japonais tiennent cependant encore le village d’Ayer Hitam et son carrefour.

Singapour – Des bateaux de pêche et autres petits navires sont utilisés pour éliminer les mines japonaises. Ils en ont détruit 23 ces trois derniers jours.

Opération D
Océan Indien
– Depuis le début de l’opération D sur les côtes d’Afrique de l’Est, les cinq sous-marins de la 8e Escadre ont coulé huit cargos alliés. Aux deux premiers, torpillés le 5 juin par l’I-9, se sont ajoutés le Susak (3 889 GRT) et l’Agios Georgios (4 847 GRT), coulés les 6 et 8 juin par l’I-16, le Jonestown (5 086 GRT) et le Christos Markettos (5 209 GRT), coulés les 7 et 8 juin par l’I-20, le Wilford (2 158 GRT), coulé le 8 juin par l’I-18, enfin le King Lud (5 224 GRT), coulé le 8 juin par le sous-marin amiral I-9. L’I-30 a dû se contenter de couler au canon trois voiliers de quelques centaines de tonnes chacun.
Jouant son rôle d’amiral, l’I-9 envoie un premier message à ses équipiers, destiné à les répartir dans différentes zones de patrouille. Pendant une quinzaine de jours, il enverra d’autres messages du même type.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les combats se poursuivent, mais les Australiens ne parviennent pas à déloger les Japonais qui ont passé la rivière.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Conférence d’état-major interalliée sur l’Extrême-Orient et le Pacifique
Le sujet le plus important discuté lors de cette conférence est représenté par les suites possibles de la bataille de la Mer de Corail. L’amiral Nimitz a hâte d’exposer ses vues sur les actions japonaises envisageables dans les semaines à venir. L’Air Commodore Lucas (RAAF) s’alarme : « L’aérodrome de Tenaru, qui est en construction à Guadalcanal, pourrait être achevé par les Japonais vers la mi-juillet. Cela leur donnerait le contrôle de la Mer des Salomon et peut-être la possibilité d’attaquer Espiritu Santo ou Nouméa avec leurs bombardiers à long rayon d’action. »
– Pas seulement, ajoute le général Wavell. Les précédentes opérations amphibies de l’ennemi se sont toujours déroulées de la même façon : prise de contrôle d’un terrain d’aviation, puis nouvelle poussée, couverte par les avions basés à terre. L’aérodrome de Tenaru donnerait aux Japonais la possibilité de renouveler leur attaque vers Port Moresby ou de progresser vers le sud.
– C’est-à-dire vers les Nouvelles-Hébrides… et la Nouvelle-Calédonie, poursuit le contre-amiral Thierry d’Argenlieu, préoccupé. L’US Navy serait-elle en mesure d’y parer ?
Les Américains Fletcher et Spruance ne sont pas enthousiastes : « Une bataille à l’est des Salomon reproduirait celle du mois dernier en inversant quelques données essentielles, commente Spruance, mais dans des conditions bien plus défavorables. Les avions de l’USAAF et de la RAAF basés en Nouvelle-Guinée et dans le nord de l’Australie ne pourraient pas nous aider beaucoup, alors que des avions ennemis basés à Guadalcanal pourraient nous faire beaucoup de mal. Si nous observons la chaîne logistique déjà mise en place par les Japonais entre Truk, Rabaul et les Shortland, ils ne pourraient pas rêver mieux que de nous affronter à l’est des Salomon une fois l’aérodrome de Tenaru pleinement opérationnel. »
Il pourrait paraître intéressant d’attendre l’assaut japonais sur Nouméa, avec de bons espoirs de le briser en mer grâce à l’appui des avions basés à Nouméa ou d’écraser les forces terrestres une fois débarquées. Mais ce choix impliquerait d’accepter pendant plusieurs mois l’interruption ou le rallongement de la chaîne logistique reliant l’Australie et les Etats-Unis. Or, cette chaîne est absolument essentielle, entre autres, pour assurer la montée en puissance de deux des branches de la triple contre-offensive prévue pour 1943, à partir de la Birmanie vers le sud-est, de l’Australie vers le nord et dans le Pacifique central en direction de l’ouest.
Il est donc stratégiquement nécessaire d’attaquer Guadalcanal, même dans des conditions difficiles, contre des troupes ennemies déjà installées et face à une Flotte Combinée toujours forte de cinq grands porte-avions.
Après avoir pesé différentes propositions, l’amiral Nimitz décide d’aviser le CNO et l’amiral King de la nécessité de lancer une offensive préventive dans les Salomon pour reprendre aussitôt que possible Guadalcanal et Tulagi. Il demande que chacun commence immédiatement à se préparer pour une telle opération. « Cependant, ajoute-t-il, nous devons tous être bien conscients qu’il faudra exécuter cette opération sans mettre en danger la consolidation de nos défenses à Midway et sur les atolls de la Frégate Française, et surtout sans interférer avec la préparation des opérations offensives en Europe, qui a reçu la priorité absolue. » L’un des officiers américains grommelle alors : « We then will have to start on a shoe-string ! – Alors, il faudra qu’on se lance avec des bouts de ficelles ! »


10 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Plymouth
– Le convoi qui lève l’ancre pour l’Océan Indien doit être escorté jusqu’à Trincomalee par le cuirassé HMS Rodney (fraîchement réparé après les dommages subis en Mer de Chine Méridionale), le CL Newfoundland, les CLAA Phoebe et Coventry, les DD de classe Q et R Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam (amiral) et Raider, les quatre DD de classe “Emergency” HMS Obdurate , Opportune , Onslaught et Porcupine , les DD/MS HMS Sabre, Saladin, Sardonyx, Scimitar, Shikari et Skate (six des huit vieux DD de classe S et T convertis en dragueurs de mines rapides) et les avisos Flamingo et Pelican.
Quelques heures plus tôt, le Premier ministre Winston Churchill est venu en grand secret « rendre personnellement hommage à ces braves qui partent pour l’une des opérations les plus audacieuses et les plus dangereuses de l’histoire militaire. »

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda –
Les Japonais ont mis en batterie quelques canons de montagne de 70 mm. Ils bombardent les arrières du 39e Bataillon près de la piste, et les pertes commencent à s’accumuler côté australien. Chaque blessé en civière exigeant douze brancardiers qui se relaient pour le porter et chaque blessé capable de marcher ayant besoin de quatre personnes qui se relaient pour le soutenir, il devient vite nécessaire de décrocher, car les “Anges” qui assistent les blessés (les “Fuzzy-Wuzzy Angels”, des indigènes volontaires) ne sont pas assez nombreux.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk
– Le contre-amiral Tanaka est nommé commandant de la 1ère Flotte japonaise, en charge des opérations dans les Salomon.
………
Panama – Le cuirassé North Carolina, en compagnie des CA Quincy et Vincennes, du CLAA San Juan et de sept destroyers, passe le canal de Panama et met le cap sur le Pacifique Sud.

Benghazi – Douze DC-3 du GT III/17, dont six remorquent chacun un planeur GA Hotspur-Ib et les autres emportent 72 hommes du 1er “Commando France Combattante” du colonel d’Astier de la Vigerie, décollent pour un long voyage vers Colombo et Port-Blair.

Barrow-in-Furness (Grande-Bretagne) – Le croiseur léger Jamaica (classe Fiji ou Colony) est transféré à la Royal Australian Navy après avoir été rebaptisé HMAS Brisbane. Mais la Royal Navy n’est pas perdante : le même mois, trois autres “classe Colony” sont mis en service, les HMS Ceylon (le 2), Newfoundland (le 14) et Uganda (le 2Cool.


11 juin
Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Le 39e décroche dans la nuit et commence une longue retraite en combattant tout le long de l’Oivi (un affluent de la Kumusi) jusqu’au col d’Oivi, 18 km plus loin. L’Oivi, un torrent profond et rapide, protège le flanc gauche dans cette marche à reculons, et le bataillon repousse d’innombrables attaques japonaises durant les quatre jours du repli. Pendant ce temps, une bonne position de défense est établie en travers du col, un passage de 1 500 mètres de large entre deux collines aux pentes raides. Au-delà, six cents civils et blessés marchent lentement vers Kokoda, et le 39e doit de nouveau faire face pour leur laisser du temps.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa – Après de nouveaux entretiens avec le général Wavell et le contre-amiral d’Argenlieu, l’amiral Nimitz quitte Nouméa. Auparavant, très impressionné par l’esprit clair et précis du successeur de Halsey, il a engagé le contre-amiral Spruance dans son équipe.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
New York
– A bord du navire de croisière suédois MS Gripsholm sont embarqués l’amiral Kichisaburō Nomura (ambassadeur du Japon aux Etats-Unis), M. Saburō Kurusu (ambassadeur du Japon en Allemagne jusqu’en novembre 1941, envoyé spécial aux Etats-Unis pour les ultimes négociations avant la guerre) ainsi qu’un millier de ressortissants japonais. Le Gripsholm fera une escale à Rio de Janeiro, où il récupérera environ 400 Japonais provenant des différents pays d’Amérique du Sud favorables aux Alliés.


12 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Trincomalee
– A peine arrivées d’Angleterre, les six canonnières à vapeur (Steam Gun Boats, SGB) commencent à être converties en dragueurs de mines rapides.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
A l’est du lac Po-Yang, les troupes de la 32e Armée chinoise contre-attaquent et encerclent les trois villes tombées la semaine précédente, piégeant 9 000 hommes de la 11e Armée japonaise.
Le même jour cependant, sur l’axe d’attaque principal de la 11e Armée, les troupes japonaises s’emparent de la ville de Nas-Cheng, à 80 km au sud-est de Nanchang. Au même moment, du côté de la 13e Armée, la 32e DI atteint Yu-Shan, sur la voie ferrée Nanchang-Hangchow, 60 km à l’est des pointes les plus avancées de la 11e, à Ying-Tan. Le plan japonais semble fonctionner : les positions de l’ANR au nord de la voie ferrée forment maintenant un vaste saillant à base étroite, où 80 000 hommes sont sur le point d’être encerclés.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Nov 04, 2012 14:05    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Anaxagore - il y a ici le récit de la première tentative japonaise vers Dien Bien Phu

13 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Singapour
– L’Abdiel arrive sans encombre au terme de sa première course vers l’île-forteresse. Il a quitté Port-Blair le 11 à 19h30. Le 12 à 15h30, il est entré dans le Détroit de Malacca, sous d’épais nuages, puis il a foncé à 35 nœuds toute la nuit, jetant l’ancre à Keppel Harbour le 13 à 07h23. Il débarque 285 tonnes de ravitaillement et quitte Singapour à 18h30.

Gibraltar – Le convoi Pedestal ravitaille à l’entrée de la Méditerranée.

La campagne d’Indochine
« La bataille de Son-la a rejoint aujourd’hui la liste des exploits de la Légion. Encore que l’expression “victoire en collaboration”, plus modeste, soit peut-être mieux adaptée. La colonne japonaise qui avançait vers la frontière chinoise était nombreuse, bien soutenue par des canonnières sur la Rivière Noire, mais elle n’a pas résisté très longtemps. D’abord, les Hawk-81 et les Maryland basés à Dien-Bien-Phu (Epervier) nous ont débarrassé des canonnières, puis les partisans, les “Viets”, ont commencé à harceler la colonne sur les flancs, avant qu’elle ne vienne se briser littéralement sur nous – la Légion ! Evidemment, nos uniformes commencent à avoir un drôle d’air, pas très uniforme justement, et ceux qui n’aimaient pas le riz parmi nous ont été obligés de s’y mettre, mais nous sommes toujours la Légion. Et il faut dire que les Viets nous avaient mâché le travail.
S’ils ne réussissent pas à couper notre voie de ravitaillement qui vient de Chine, je ne vois pas comment les Japonais pourraient nous chasser de Dien. Bien sûr, nous n’allons pas reprendre l’Indochine à nous tout seuls, mais j’espère que nous ne resterons pas dans cette situation éternellement. D’après Markov, un Russe Blanc qui s’est battu pour le Tsar il y a vingt ans (il en avait dix-sept !), ça ne devrait plus être très long maintenant que l’Allemagne a attaqué la Russie, car “ces salauds de Rouges” (Markov dixit) vont faire de la chair à pâtée de “ces salauds de Teutoniques”, puis tout le monde ira régler le compte des Japonais. Markov fait passer son patriotisme avant ses opinions politiques, mais une chose est sûre, Herr Hitler sait se faire des ennemis. J’espère que l’Allemagne se débarrassera de lui avant qu’il n’ait fait tuer le dernier Allemand. »
(Klaus Müller, Lettres à mon frère ennemi)


14 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Détroit de Malacca
– Toute la nuit, l’Abdiel fonce vers le nord. Cependant, son escale à Singapour n’est pas passée inaperçue, et les torpilleurs Chidori et Hatsukari tentent de l’intercepter au large de Port-Dickson. Mais l’Abdiel est trop rapide pour eux. Il sort du détroit à 10h20 et regagne Port Blair le lendemain à 06h45. Cependant, cet incident aura des conséquences notables.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Kure –
Les ravitailleurs d’hydravions Sanyo Maru et Sanuki Maru quittent Kure pour Rabaul puis Tulagi avec 14 A6M2-N, 12 F1M2 et 8 E13A1 du Yokohama Kokutai pour renforcer les unités opérant déjà dans les Salomon.


15 juin
Bataille de Singapour (préparatifs)

Les cuirassés Hyuga et Yamashiro quittent le Japon pour Mako, dans les îles Pescadores. Les semaines précédentes, les deux navires ont expérimenté dans les eaux japonaises des radars aériens et de surface, ainsi qu’un détecteur de radar fourni par l’Allemagne.
Les résultats des tests sont assez concluants pour conduire à l’installation d’un radar aérien Type 2 Mark 2 Modèle 1 et d’un radar de surface Type 2 Mark 2 Modèle 2 mod. 4 sur le Yamashiro (et sur le croiseur lourd Atago) tandis qu’un détecteur de radar est installé sur le Hyuga. A l’état-major de la Marine Impériale, certains tirent de ces tests un argument supplémentaire pour accélérer la production de matériels japonais, mais l’efficacité des détecteurs de radar inspire à d’autres officiers une grande méfiance pour ce mode de détection lui-même si détectable !

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Pearl Harbor
– De retour à son QG, CinCPac (l’amiral Nimitz) annonce la réorganisation de la force de porte-avions d’escadre de l’US Navy dans le Pacifique, comme suit :
TF 11 (contre-amiral Fitch) : CV Saratoga, CA Minneapolis et Astoria, Desron 1.
TF 16 (contre-amiral Fletcher) : CV Enterprise, CA Louisville, Portland et Chester, CLAA Atlanta, Desron 6.
TF 17 (contre-amiral Mitscher) : CV Hornet, CA Northampton, Salt-Lake City et Pensacola, CLAA San Diego, Desron 2.
TF 18 (contre-amiral Noyes) : CV Wasp, CA Quincy, Vincennes et San Francisco, CLAA San Juan, Desron 15 et 23.

Chine : des diplomates en uniforme américain
Washington, DC
– Le gouvernement américain annonce l’envoi en Chine de la 41e Division d’Infanterie et d’éléments de soutien, « pour répondre à la demande du gouvernement chinois ». Il est vrai que Tchang Kai-chek a parfois émis cette requête, notamment sur l’insistance du général Stilwell (avant que leurs relations ne tournent à l’aigre, voir à la haine mutuelle). La 41e DI sera envoyée en Birmanie par éléments, à mesure que des navires seront disponibles. En attendant, cette grande unité formée en Oregon (elle est composée de troupes de la Garde Nationale d’états du Nord-Ouest) sera envoyée en Louisiane s’habituer au climat du sud de la Chine. Le général Albert C. Wedemeyer est mis à la tête de cette division très renforcée (35 000 hommes en comptant les unités d’appui, par exemple de logistique ou de communications). L’ensemble reçoit le nom de Combined Allied Tactical Ground Force, soit CATGF, sigle volontairement proche de celui de la CATF de Chennault pour suggérer que les procédures de commandement et de contrôle doivent elles aussi être semblables.
En fait, les Américains, soutenus par les Britanniques et les Français, pensent avoir trouvé un moyen de modifier l’équilibre des forces au sein du gouvernement chinois sans que le KMT, jaloux de son indépendance, puisse se plaindre de « pressions inadmissibles ».


16 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Méditerranée centrale
– Le convoi Pedestal passe le détroit de Sicile sans incident sous une forte couverture aérienne.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– La bataille du col d’Oivi est un affrontement boueux, où les deux adversaires luttent presque constamment sous une pluie battante. Le 39e Bataillon, à 70% environ de son effectif théorique, est bien retranché, avec de bons champs de tir et des munitions en abondance. La première attaque, dans la lumière verdâtre d’une journée pluvieuse dans la jungle, est une classique “charge banzaï”, sous les mitrailleuses du 39e – et sous l’objectif d’un photographe de guerre. Le village d’Oivi est pris d’assaut par les Japonais hurlant « Vive l’Empereur ! », mais les défenses du col tiennent bon.


17 juin
Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille du col d’Oivi –
Une nouvelle attaque frontale japonaise échoue à enlever le col. Les Japonais recommencent dans la nuit. Ils réussissent à pénétrer dans la plupart des positions du bataillon australien, mais sont finalement repoussés après un sauvage corps à corps qui ne s’éteint qu’avec les premières lueurs du jour. Les Australiens restent maîtres du terrain, qui n’est plus qu’une étendue de boue sanglante.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Yokohama
– L’ambassadeur des Etats-Unis au Japon, Joseph Grew, le personnel diplomatique de son ambassade des Etats-Unis et plusieurs centaines de civils américains (et d’autres pays) embarquent à bord du MS Asama Maru.


18 juin
Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Bataille du col d’Oivi – Les Japonais, qui ont perdu 500 hommes les deux jours précédents, tentent de contourner les positions australiennes. Le 39e, qui n’a plus que 300 hommes en état de combattre (ce qui inclut pas mal de blessés) et qui n’attend aucun renfort, décroche. Les Japonais sont trop épuisés pour les poursuivre, il leur faudra deux jours pour se ravitailler et se reposer avant de repartir de l’avant.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
La 9e Zone de Guerre lance contre la 11e Armée japonaise une contre-attaque de grande envergure. Elle jette toutes ses forces contre la 13e Division, qui avait pris Nas-Cheng le 12. La ville est rapidement enveloppée et 4 000 Japonais s’y retrouvent encerclés, pendant que les Chinois marchent sur Linchuan, où le reste de la 13e DI se retranche en toute hâte. Le général Anami doit rappeler une grande partie de la 34e DI, qui continuait de progresser vers l’est, pour défendre Linchuan.


19 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Port Saïd
– Le convoi Pedestal retrouve à l’entrée du canal de Suez ses trois escorteurs français. Quelques jours plus tôt, à Alexandrie, le CT Lynx a échangé sa pièce III de 130 mm/40 pour deux Bofors de 40 mm type Armée et six Œrlikon de 20 mm. Les torpilleurs Tempête et Trombe avaient depuis longtemps troqué leurs pièces de 130 mm II et IIII pour des 3 pouces/50 AA américains ; à Alexandrie, le 3 pouces en position III a fait place à un Bofors de 40 mm et six Œrlikon de 20 mm, tandis que les deux bâtiments étaient équipés en dragueurs de mines rapides (DD/MS).


20 juin
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Le croiseur lourd Duquesne arrive à Nouméa. Un chantier australien a réparé les avaries dues à la torpille d’un sous-marin japonais encaissée le 20 décembre 1941. L’Escadre française du Pacifique, commandée par le contre-amiral Thierry d’Argenlieu, a maintenant la composition suivante :
A Nouméa : CA Duquesne, CL/FML Emile-Bertin et Lamotte-Picquet, CL(T) Jeanne d’Arc, aviso D’Iberville. Bateau de surveillance Croix-du-Sud (ex-aviso ASM Ville-d’Ys II) et divers bateaux de défense de port, dont certains opèrent à Wallis ou à Espiritu Santo.
A Papeete : AMC Charles-Plumier et Victor-Schœlcher.
A Brisbane : sous-marins Bévéziers, Sidi-Ferruch et Sfax.
Cette force doit se joindre à l’escadre britannique du Pacifique, commandée par le contre-amiral Crace.
Devant la menace qui plane sur la Nouvelle-Calédonie, le contre-amiral d’Argenlieu, qui a réclamé à plusieurs reprises des renforts, obtient d’Alger cinq PBY-5 de plus pour la Flottille E-24, mais aussi l’envoi de la Flottille d’Attaque AB-8 (20 DB-73 M1/2) et d’une flottille de chasse nouvellement créée, l’AC-20. Celle-ci, constituée autour d’instructeurs et de pilotes de l’AC-1 (dissoute), doit voler sur 20 Hawk-87 (P-40E), délaissés par l’Armée de l’Air après l’arrivée de ses nouveaux Mustang II. Les avions des flottilles AB-8 et AC-20 vont être chargés sur quatre cargos rapides, qui doivent quitter Alexandrie fin juin et atteindre Nouméa pour le 20 juillet.


21 juin
La bataille de Singapour – III
Kuala-Lumpur
– L’aller-retour à Singapour effectué par l’Abdiel le 14 juin a confirmé Yamashita dans sa conviction que les forces britanniques n’étaient pas près de laisser tomber les défenseurs de l’île et qu’il fallait s’attendre à de nouvelles tentatives. L’échec de l’interception du rapide croiseur anglais par les deux torpilleurs japonais est considéré comme la preuve qu’un navire équipé de radar est une cible très difficile à atteindre dans la nuit.
Yamashita convoque alors à son QG le Professeur Yagi, qui dirige une équipe de l’Université Impériale de Tokyo chargée de calibrer les radars en cours d’installation en Malaisie. Que faire contre les radars anglais ? Pour l’instant, répond en substance le scientifique, la seule chose que je puisse vous proposer est de fabriquer de façon artisanale de petits appareils , fonctionnant sur les fréquences des radars anglais et capables de les détecter. Ces dispositifs pourront avertir de l’approche d’un navire équipé de radar et fourniront une indication grossière de sa position – ou du moins de la direction dans laquelle il se trouve.
L’officier de liaison de la Marine délégué par Kondo à la réunion réagit immédiatement. Au 30 juin, huit navires japonais déployés dans la région auront reçu des détecteurs de radars, capables de leur indiquer si un navire anglais équipé d’un radar se trouve dans le voisinage, et s’il est plutôt sur l’avant ou sur l’arrière, plutôt sur bâbord ou sur tribord. A cette date, quelques appareils seront aussi positionnés sur la côte, au bord du détroit de la Sonde et de la partie la plus étroite du Détroit de Malacca.

La campagne du Pacifique Sud
Nouméa
– Le contre-amiral Thierry d’Argenlieu assiste à la messe du dimanche matin. Puis, il va voir l’amiral Ghormley pour l’informer de l’envoi de renforts français dans le Pacifique Sud.


22 juin
Bataille de Singapour – III
Kuala-Lumpur
– Kondo et Yamashita se retrouvent dans la capitale malaise pour discuter de l’organisation de leurs forces. Le vieil amiral est certainement l’homme qu’il fallait pour appuyer la nouvelle attaque contre Singapour, car il avait précédemment coopéré avec Yamashita. Les deux hommes s’entendent assez bien.
Les préparatifs japonais montrent ainsi une approche bien plus réaliste du problème qu’avant le premier assaut. Cependant, le Japon se trouve obligé d’affecter à la prise du symbole qu’est devenue la petite île des forces terrestres, aériennes et navales plus importantes sans doute que Singapour ne le vaudrait.

Opération Pedestal (préparatifs)
Trincomalee
– Les six canonnières converties en dragueurs de mines vont s’installer à Penang.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– Dans l’après-midi, l’équipage d’un B-17 signale qu’il a détecté « un signal radio semblable à celui produit par un radar allemand de détection aérienne de type Freya, dans la zone de Guadalcanal-Tulagi. » Ce rapport est envoyé au contre-amiral d’Argenlieu et au vice-amiral Ghormley. En fin de journée, un PBY-5 français décolle pour préciser l’information du B-17. Les Japonais ont en effet installé un radar sur Guadalcanal – mais il s’agit d’un radar de la Marine Impériale, modifié avec des éléments de fabrication allemande.

Midway – Le Major L.F. Henderson (USMC) quitte Midway et le commandement de la VMSB-241 pour Pearl Harbor puis Nouméa, où il va prendre la tête d’une unité de SBD basée en Nouvelle-Calédonie dans la perspective de l’opération Watchtower.

Malgré Pearl Harbor : la flotte cuirassée américaine
Washington
– Le chef des Opérations Navales de l’US Navy, l’amiral King, remet au Président Roosevelt une note sur le déploiement de la marine américaine dans les mois à venir. Considérant que la suprématie navale anglo-française semble bien établie en Méditerranée, que la Kriegsmarine de surface paraît occupée pour un moment en Baltique et que les capacités de la Home Fleet suffisent de toute façon pour la tenir en respect, King recommande la concentration de la plupart des cuirassés américains opérationnels dans le Pacifique.
« Nos deux plus anciens cuirassés armés de 14 pouces, les BB-34 New York et BB-35 Texas, sont dans l’Atlantique, où ils escortent des convois. Leurs vieilles machines ne leur permettent pas de filer plus de 16 nœuds. Ils seraient plus utiles comme navires d’appui-feu en Méditerranée une fois que le gros de la 7e Armée sera passé en Afrique du Nord, c’est-à-dire début août.
Le BB-33 Arkansas, en fait un classe Texas doté de 12 pouces, escorte lui aussi des convois dans l’Atlantique. Nous suggérons de lui laisser jouer ce rôle sans autre modernisation, car ses canons, moins puissants, seraient moins efficaces en appui-feu.
Dans la classe Nevada, le BB-36 Nevada est en réparations, sans doute jusqu’au printemps 1943, et le BB-37 Oklahoma, coulé à Pearl Harbor, devra être ferraillé après avoir été renfloué.
Dans la classe Pennsylvania, le BB-38 Pennsylvania a déjà été réparé. Il opère actuellement sur la Côte Ouest, mais il aura besoin d’ici l’automne prochain d’une rénovation complète et peut-être d’une conversion aux standards actuels. En revanche, le BB-39 Arizona a été totalement détruit. Dans la classe New Mexico, le BB-40 New Mexico opère dans le Pacifique depuis le début de l’année. Le BB-41 Mississippi escorte actuellement des convois dans l’Atlantique, mais pourrait être transféré dans le Pacifique dès le mois prochain. Il remplacerait le BB-42 Idaho, qui doit être rééquipé et modernisé en octobre. Dans la classe Tennessee, le BB-43 Tennessee, réparé, opère sur la côte Pacifique, mais lui aussi devra être rénové d’ici quelques mois. Le BB-44 California a dû être renfloué à Pearl Harbor, et ne sera pas opérationnel avant janvier 1944.
Dans la classe Colorado, le BB-45 Colorado et le BB-46 Maryland font partie de l’escadre de la Côte Pacifique, mais ils devraient être rénovés, le second dès la fin de l’année. Enfin, leur jumeau le BB-48 West Virginia, coulé à Pearl Harbor, a été renfloué et ne sera pas opérationnel avant juin 1944.
Deux de nos cuirassés modernes, les BB-55 North Carolina et BB-56 Washington (classe North Carolina) sont déjà opérationnels. Un troisième, le BB-57 South Dakota (premier de sa classe) le sera d’ici quelques semaines. Je propose de les envoyer tous les trois rejoindre la Flotte du Pacifique. Les deux suivants, les BB-58 Indiana et BB-59 Massachusetts, doivent achever leur période d’essai et d’entraînement et ne seront prêts qu’à l’automne. Le dernier de la classe South Dakota, le BB-60 Alabama, sera prêt à la fin de l’année. »
Après cette impressionnante revue d’effectifs – onze cuirassés anciens, plus deux en réparations, et trois modernes, plus deux à l’entraînement et un en achèvement, le tout permettant la constitution immédiate d’une flotte de onze cuirassés dans le Pacifique – King passe à l’utilisation de ces navires.
« Je propose de diviser en deux la Flotte Cuirassée du Pacifique. Les cinq navires les plus anciens (Pennsylvania, New Mexico, Mississippi, Idaho et Tennessee) opéreront sur la Côte Pacifique et seront envoyés en rénovation au fur et à mesure de la mise en service des nouveaux cuirassés modernes et de la fin des travaux sur les deux autres anciens, les Nevada et California. Les deux anciens mais armés de 16 pouces (Colorado, Maryland) seront positionnés à Pearl Harbor Les trois cuirassés modernes disponibles (North Carolina, Washington, South Dakota) seront envoyés avec les porte-avions dans le Pacifique Sud, où l’opération “Watchtower” va probablement provoquer une violente réaction japonaise. Cette concentration ne devrait pas poser de problème logistique, car les réserves pétrolières constituées par le gouvernement des Indes Néerlandaises fin 1941 et début 1942 permettent à d’importantes forces navales d’opérer dans la région. »
Viennent ensuite les aspects tactiques, tout aussi importants pour la suite des événements.
« Nous avons constaté que la Marine japonaise comme la Royal Navy associent en général des cuirassés à leurs porte-avions d’escadre. Il semble que ce soit un exemple à suivre. Mais seuls nos cuirassés modernes peuvent opérer sans difficulté avec nos porte-avions, les autres, y compris les Colorado et Maryland, sont trop lents.
Une fois que l’Indiana et le Massachusetts seront prêts, les Colorado et Maryland seront renvoyés sur la côte ouest, où ils pourront être rénovés (fin décembre au plus tard pour le Maryland, courant 1943 pour le Colorado). Ils remplaceront deux des cuirassés armés de 14 pouces, le Pennsylvania et le Tennessee sans doute, qui seront envoyés sur le théâtre européen à la fin de leur cycle de rénovation, au printemps 1943. La logique conseille en effet d’envoyer les cuirassés lents sur un théâtre d’opérations relativement fermé, comme la Méditerranée ou la Manche, en réservant les navires rapides aux grands espaces du Pacifique et à l’accompagnement de nos porte-avions d’escadre. Les cuirassés lents qui resteront dans le Pacifique seront utilement employés en appui des opérations amphibies à prévoir. »
King aborde alors la question de la coopération navale avec les alliés des Etats-Unis.
« Je suggère d’ouvrir des conversations avec la Marine française à propos de ses deux cuirassés rapides, les Dunkerque et Strasbourg, qui sont actuellement dans des chantiers navals de la Côte Est pour carénage et modernisation. Je sais que l’amiral Ollive est bien conscient de la valeur potentielle de ces deux navires dans le Pacifique. Si le gouvernement français acceptait de les envoyer opérer avec notre flotte dans le Pacifique Sud, ils pourraient former avec nos croiseurs lourds une escadre rapide opérant en avant-garde du gros de la flotte. Ils pourraient aussi fournir à nos porte-avions une protection contre toute tentative de raid de grands bâtiments rapides japonais, croiseurs lourds ou croiseurs de bataille. Ces deux bâtiments nous seraient très utiles jusqu’à ce que les deux premiers grands croiseurs de notre nouvelle classe CB-1, mis en chantier en février dernier, soient prêts. Ils nous permettraient d’ailleurs d’acquérir une expérience opérationnelle avec ce type de navires, que l’US Navy n’a jamais utilisé, et même d’améliorer les navires de la classe CB-1 durant leur construction.
Si nous pouvons arriver un accord sur ce point avec le gouvernement français, je suggèrerais que le Dunkerque et le Strasbourg rejoignent dès que possible la Flotte du Pacifique Sud.
Ainsi, nous pouvons espérer disposer à la fin de 1942, dans le Pacifique Sud ou Central, d’une escadre de cinq, puis six cuirassés modernes armés de neuf 16 pouces chacun, aidés par une force de couverture composée de deux cuirassés rapides armés de huit 13 pouces, de l’Anglais Renown avec six 15 pouces et de croiseurs lourds. Pendant ce temps, quatre cuirassés lents (deux armés de 16 pouces, deux de 14 pouces) couvriront Pearl Harbor et la Côte Ouest, quatre autres (armés de 14 pouces) seront en cours de réparation ou de rénovation, deux autres seront détachés en Méditerranée pour l’opération “Torch” et un coopérera avec les vieux cuirassés anglais de classe “R” pour escorter les convois transatlantiques. »
Pour conclure, King évoque les nouveaux bâtiments à prévoir.
« Nous devons tenir compte du fait que la Marine japonaise a perdu à ce jour un cuirassé rapide et deux cuirassés lents. Il ne leur reste plus que trois classe Kongo, leurs quatre autres navires de bataille mis en service avant la guerre sont plus lents. Je conseillerais donc d’annuler la construction des deux derniers classe BB-61 (classe Iowa) commandés par le Naval Act du 19 juillet 1940 (BB-65 et BB-66). Les quatre BB-61 actuellement en construction sont plus que suffisants pour faire face aux croiseurs de bataille japonais.
En revanche, nous savons que les Japonais viennent d’achever deux très grands cuirassés de plus de 45 000 tonnes, armés de neuf 16 pouces/50 cal. De plus, selon une source étrangère, qui s’est montrée jusqu’ici d’une grande fiabilité [King fait évidemment ici allusion aux Soviétiques], ces navires seraient en réalité armés de canons de 18 pouces. Quelle que soit la vérité, l’US Navy doit pouvoir répondre à ces bâtiments. Je suggèrerais donc de reconsidérer votre décision, prise en avril dernier, de suspendre la construction des deux classe BB-67 (classe Montana), armés de douze 16 pouces chacun, qui avaient été commandés en juillet 1940. En effet, l’annulation des BB-65 et BB-66 permettrait d’économiser suffisamment de matériaux pour poursuivre la construction des BB-67 et BB-68 et pour allouer des fonds aux nouvelles écluses du canal de Panama, nécessaires pour livrer passage à d’aussi gros navires. »



23 juin
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Rabaul
– Le contre-amiral Yamada, commandant la 24e Flotille Aérienne, transmet à l’amiral Yamamoto qu’il prévoit de déployer une force de 24 bombardiers G4M1 et 21 chasseurs A6M2 (avec douze appareils supplémentaires de chaque type en réserve à Rabaul) sur le nouvel aérodrome de Guadalcanal « dès qu’il sera opérationnel. » Il espère que la construction de l’aérodrome permettra ce déploiement dès le 10 juillet. Dès le 1er juillet, dix hydravions de reconnaissance et dix hydravions de chasse doivent être déployés à Tulagi.


24 juin
Opération Pedestal (préparatifs)
Aden
– Le convoi Pedestal, qui a traversé sans incident le canal de Suez, reçoit le renfort des cinq DE de classe Hunt-II du Cdr C.T. Jellicoe. Ces précieux escorteurs, qui sont surtout là pour leur puissante DCA, feront demi-tour avant la dernière nuit.
La majeure partie de l’escorte ne dépassera pas une ligne Medan-Taiping. Seuls des bâtiments anciens et sacrifiables doivent faire partie de la dernière ruée à travers le détroit de Malacca avec les six transports.
………
Port-Blair – Le HMS Manxman rentre au port à 06h00, après avoir lui aussi réussi à atteindre Singapour, où il a débarqué 276 tonnes de matériels et de munitions et d’où il a évacué 315 blessés. Les tentatives japonaises pour intercepter le rapide mouilleur de mines ont échoué, mais le matin du 23, l’équipage a dû esquiver deux attaques aériennes au large de Sabang, montrant que la vigilance de l’ennemi s’est accrue.

La campagne du Pacifique Sud-Ouest
Tokyo
– Informé par Kondo de l’état des préparatifs du nouvel assaut contre Singapour, Yamamoto décide de repousser à septembre l’opération contre Nouméa et Espiritu Santo qu’il avait, le 2 juin, prévu de lancer fin août. L’amiral demande même au commandant de la 24e Flottille Aérienne de limiter ses opérations offensives « pour ne pas risquer de donner à l’ennemi des indices sur nos plans avant que nous ne soyons tout à fait prêts à les exécuter. »
C’est ainsi que la défense de Singapour – donc l’opération Pedestal – a déjà atteint ce qui apparaît rétrospectivement comme leur but le plus important : détourner l’attention de l’ennemi d’un secteur stratégiquement essentiel et donner aux forces alliés le temps précieux nécessaire à la mise en œuvre de Watchtower, dans une autre petite île, des milliers de milles plus à l’est.

Nouméa – Les amiraux Ghormley et d’Argenlieu, devant les renseignements qui s’accumulent, informent l’amiral Nimitz et le général Wavell que « (…) l’ennemi a probablement achevé le terrain d’aviation qui était en construction près de la rivière Tenaru, à Guadalcanal. Il semble même qu’un radar de surveillance aérienne soit installé dans l’île. Si des bombardiers ennemis à long rayon d’action devaient être basés à Guadalcanal, ils pourraient harceler Espiritu Santo et peut-être la Nouvelle-Calédonie. Ces avions seraient une menace permanente pour la navigation entre l’Australie et la Côte Ouest des Etats-Unis ou le canal de Panama. »
D’Argenlieu informe par ailleurs directement Alger. Il ajoute que « (…) la question des forces affectées à la défense des Territoires Français du Pacifique Sud doit être reconsidérée. Si des fusiliers marins ne sont pas disponibles à bref délai, je requiers l’envoi d’au moins un régiment aéroporté de la réserve stratégique. »


25 juin
Opération D
Océan Indien
– Depuis son premier message radio à ses équipiers, l’I-9, sous-marin amiral de la 8e Escadre, n’a plus coulé un seul navire et n’en a pas vu beaucoup ; en revanche, il a dû plonger à plusieurs reprises pour éviter d’être attaqué par des avions alliés en patrouille. Le contre-amiral Ishizaki en conclut que ses messages radio ont été détectés et que l’ennemi a averti ses navires de contourner la zone où se trouvait l’I-9.
En revanche, durant cette période, d’autres sous-marins de l’escadre ont obtenu quelques succès : l’I-16 a coulé le Supetar (3 748 GRT, le 12 juin) et l’I-20 a coulé le Mahronda (7 926 GRT, le 11 juin), l’Hellenic Trader (2 052 GRT, le 12 juin) et le Clifton Hall (5 063 GRT, le 12 juin). Quant à l’I-30, son hydravion a mené diverses reconnaissances et, le 20 juin, il a posé 24 mines magnétiques au large de Capetown. Ces mines endommageront cinq cargos et l’une d’elle coulera même, le 1er juillet, le petit escorteur (DE, ex-DD) HMS Douglas (classe Scott), sans pertes humaines.

La campagne d’Indochine
Saigon
– « Contre un ennemi méprisable, les règles qui gouvernent l’action du guerrier ne peuvent s’appliquer. C’est pourquoi toutes les unités de l’Armée Impériale dans la Région Annam mettront désormais en œuvre une stratégie de Terreur et de Destruction pour châtier des adversaires couards qui se refusent à affronter face à face nos valeureux soldats. » C’est en ces termes que le gouverneur japonais de la région Annam justifie sa réplique sanglante au harcèlement constant des convois japonais qui collectent la récolte du riz du delta du Mékong par des forces de guérillas locales, parfois renforcées par des soldats français.

La campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– La marche du 39e entre le col d’Oivi et Kokoda est un cauchemar de cinq jours. Le bataillon n’a plus que 250 hommes quand il arrive à Kokoda sous les yeux épouvantés des soldats de la Compagnie A du 49e Bataillon du Queensland. Ces hommes qui arrivent enfin en renfort manquent encore d’entraînement, et ceux du 39e leur expliquent qu’ils n’ont plus guère de temps pour se former !
Le village de Kokoda, trop vulnérable, ne peut être tenu. Les Australiens le savent, et les deux autres compagnies du 49e sont restées 25 km plus loin (à vol d’oiseau), à Eora Creek, mille mètres au-dessus de Kokoda et tout près des dépôts maintenant bien garnis de Myola. Le 39e et la A/49e consomment ou emportent tout ce qu’ils peuvent de la nourriture du dépôt de Kokoda et distribuent aux Papous du village le plus possible d’aliments avant de leur conseiller de se fondre dans la jungle. Les soldats changent de vêtements et d’équipements et donnent aux “Fuzzy-Wuzzy Angels” un pantalon, une veste, un chapeau, un imperméable, des paquets de rations et deux couvertures pour chacun. C’est un gros avantage, car ces vêtements font tomber à zéro le taux de maladies dues à l’humidité – omniprésente dans les monts Owen Stanley – et au froid nocturne, ce qui va immédiatement sauver de nombreuses vies : celles des “Anges” et celles des hommes qu’ils aident ou portent.
Cependant, il reste à Kokoda au moment du départ des Australiens une bonne quantité de boîtes de conserve. Celles-ci sont soigneusement percées avant d’être abandonnées. Cette tactique va se révéler efficace, car des Japonais vont quand même consommer ces aliments et beaucoup en tomberont sérieusement malades.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
Après quatre jours de bataille, les 13e et 34e divisions japonaises sont menacées d’être encerclées à Linchuan. Les Japonais finissent par abandonner la ville et par passer sur la rive nord d’un affluent du Yang-Tsé reliant Linchuan (sur la rive sud) à Nanchang (40 km au nord-ouest, sur la rive nord). Les 13e et 34e DI ont perdu près d’un tiers de leurs effectifs, sans compter les 4 000 hommes piégés à Nas-Cheng, maintenant à près de 40 km derrière les lignes chinoises.
Le plan japonais est gravement compromis, mais le général Anami peut espérer avoir subi le plus dur. Les pertes chinoises sont très lourdes et la 9e Zone de Guerre n’est visiblement pas en état de renouveler une action comme celle qu’elle vient de mener. Pourtant, ce n’est que le début des malheurs de la 11e Armée.


26 juin
La campagne de Malaisie
Birmanie
– Des Wellington de la RAF basés à Moulmein entament une série de raids nocturnes sur Alor Setar. Lors du premier raid, onze avions surprennent la défense japonaise. Le terrain est criblé de cratères, deux appareils sont détruits au sol et cinq endommagés.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
L’aviation chinoise (ou du moins, des avions portant les étoiles à douze branches du KMT) apparaît en force au dessus du champ de bataille – une centaine de monomoteurs représente en effet une démonstration de force exceptionnelle pour la ROCAF, même aidée par les pilotes étrangers de la CATF. Mais le coup le plus marquant vient de l’ouest, avec l’attaque des forces du général Hsueh Yueh. Cinq divisions d’infanterie chinoises “bien équipées” (c’est-à-dire avec un fusil pour chaque homme et des munitions pour chaque fusil), plus ce qui peut passer pour une division blindée (à condition bien sûr de ne pas prendre pour référence les combats qui se déroulent au même moment sur le front germano-soviétique, ni dans le Péloponnèse) : depuis deux ans, les Chinois n’ont jamais lancé à l’attaque des forces comparables.
Les hommes du général Hsueh percent sans grande difficulté les faibles lignes japonaises, 40 km à l’ouest de Nanchang. Anami ne peut pas faire grand-chose. Ses meilleures troupes, déjà fatiguées et amoindries, se trouvent 50 à 60 km à l’est de la ville. Tout en leur donnant l’ordre de décrocher vers Nanchang, Anami rameute ce qui lui reste pour défendre la ville : 25 000 hommes tout de même, mais il s’agit pour la plupart d’unités mandchoues de second rang.


27 juin
Océan Indien
Port-Blair (îles Andaman) –
Seize Spitfire II du Sqn 132 de la RAF se posent sur l’aérodrome tout neuf de Port-Blair. Ces chasseurs s’ajoutent à leurs quelques cousins à flotteurs qui étaient jusque là la seule défense aérienne de la base.

La campagne de Malaisie
Sumatra
– Sept Blenheim venus de Rangoon et ravitaillant sur le terrain de Sabang attaquent à l’aube le terrain de Medan, détruisant deux Ki-51 de coopération et trois chasseurs Ki-43.


28 juin
La bataille de Singapour – III

L’aviation de l’Armée japonaise basée en Malaisie, à Sumatra et dans l’ouest et le sud de la Thaïlande a été considérablement renforcée dans l’optique d’un nouvel assaut contre Singapour.
• Le 3e Hikoshidan (QG à Kuala-Lumpur-Subang) regroupe des forces importantes.
– 3e Hikodan, basé en Thaïlande. 24 chasseurs Ki-43, 32 bombardiers légers bimoteurs Ki-48, 29 Ki-51 d’appui au sol. Cette unité doit faire face aux forces britanniques de Birmanie.
– 7e Hikodan, basé à Kuala-Lumpur-Subang. 33 chasseurs Ki-43 et 14 chasseurs Ki-44-I, 83 bombardiers moyens bimoteurs Ki-21.
– 10e Hikodan, basé à Sumatra (Palembang et Medan). 38 chasseurs Ki-43, 22 bombardiers moyens bimoteurs Ki-21, 12 bombardiers légers monomoteurs Ki-30, 5 Ki-15 de reconnaissance. Cette unité doit assurer la neutralisation de Sabang.
– 12e Hikodan, basé à Sumatra (Palembang). 20 chasseurs Ki-43, 24 chasseurs Ki-44-I et 12 chasseurs Ki-27. Cette unité est chargée de la protection de Palembang.
– 15e Dokuritsu Hikotai, basé à Kuala-Lumpur-Subang. 7 Ki-15 et 4 Ki-46 de reconnaissance.
– 83e Dokuritsu Hikotai, basé à Subang mais prêt à se rapprocher de Singapour. 19 Ki-51 d’appui au sol et 12 Ki-36 d’appui eu sol et d’observation.
– 81e Sentai indépendant, basé en Thaïlande, dans l’isthme de Kra. 9 Ki-15 et 7 Ki-46 de reconnaissance.
– 21e Sentai indépendant, basé à Alor Setar. 27 Ki-45 Kai-a d’appui au sol.
– 1er Dokuritsu Sentai (Régiment aérien d’appui rapproché), basé à Subang mais prêt à se rapprocher de Singapour. Cette unité est en fait l’amalgame des 1er et 2e DS, qui ont subi de lourdes pertes du fait de la DCA de Singapour fin avril et début mai (le 2e DS, officiellement dissous, sera recréé en août 1942 au Japon). Au 28 juin, il est doté de 57 avions : 32 Ki-89 (appellation de l’Armée Impériale à l’Aichi D3A1 “Val” dénavalisé), 6 Ki-45 Kai-b , 14 Ki-51 et 5 Ki-76.
Une unité spéciale d’évaluation de 6 autogyres Kayaba Ka-1, utilisée pour l’observation et le réglage d’artillerie, est rattachée au 1er DS.
• L’aviation de l’Armée Impériale met en œuvre deux stations de radar, l’une sur les collines près de Taiping, avec un Freya construit au Japon, l’autre près du site de l’aérodrome détruit de Kluang, avec un Wurzburg-Riese envoyé d’Allemagne.
• La Force Aérienne Royale Thaïe contribue à la protection de l’ouest de la Thaïlande et à d’éventuelles attaques contre la Birmanie avec en tout 80 avions : 33 chasseurs Ki-27, 12 bombardiers moyens bimoteurs Ki-21, 21 bombardiers légers monomoteurs Ki-30, 14 Ki-36 d’appui au sol et d’observation.


Birmanie – Des Wellington du Sqn 40 basés à Moulmein bombardent Alor Setar de nuit, sans grands résultats. Cependant, pendant le raid, le radio de l’avion “Y” (surnommé “Y for Mistress”) détecte des interférences radios typiques d’un radar allemand d’alerte aérienne de type Freya. L’information est transmise au QG de la Royal Navy à Colombo.

Sabang – Le terrain de Sabang est attaqué par 18 bimoteurs Ki-21 escorté par autant de Ki-43. Le raid est intercepté par 12 Hurricane du Sqn 155 de la RAF. Quatre bombardiers, trois escorteurs et trois intercepteurs sont abattus.

La campagne de Nouvelle-Guinée
La première contre-attaque alliée sur ce théâtre est menée par 120 hommes des NGVR et de la Compagnie Indépendante 2/5e. Ils ont dû faire à pied près de 90 km par des pistes de jungle entre Wau et Salamaua. Les attaquants, divisés en sept équipes, prennent la garnison japonaise par surprise. Malgré une réaction rapide des défenseurs, le pont sur la rivière Kela est détruit, l’un des deux mâts radio est abattu, trois camions sont incendiés et 70 soldats japonais sont tués autour de la petite ville de Salamaua. L’attaque du terrain d’aviation est moins efficace, mais 30 Japonais sont tués et trois avions sont détruits.
Ce raid contre une garnison prise au dépourvu est la plus réussie des opérations de la Force. Les semaines suivantes, deux autres tentatives ne rencontreront aucun succès. En effet, Salamaua sera immédiatement renforcée par des troupes venues de Rabaul, qui vont construire un périmètre de défense.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
Les unités mandchoues de la 11e Armée sont incapables de défendre toute la longueur de la rivière entre Linchuan et le Yang-Tsé et les divisions du général Hsueh les débordent facilement. Avec l’arrivée des éléments blindés de la 200e Division, la position japonaise devient tout à fait impossible à tenir. Malgré les barouds d’honneur livrés çà et là par les quelques unités japonaises présentes, les Mandchous craquent. Près de 8 000 se rendent et les autres fuient vers le nord.


29 juin
La campagne de Malaisie
Sabang
– Le mouilleur de mines rapide Abdiel et les destroyers Jervis, Nestor, Ashanti, Eskimo, arrivent à 21h15. Les cinq navires débarquent 550 tonnes de matériel et de ravitaillement avant de repartir à l’aube du jour suivant.
………
Penang – Les Ki-21 du 7e Hikodan attaquent l’île à deux reprises, sans infliger de dégâts sérieux aux installations.

La campagne des Philippines
Corregidor
– Dans la nuit du 28 au 29, un régiment japonais parvient à débarquer et à se maintenir sur l’île de Corregidor, malgré les lourdes pertes subies lors des contre-attaques désespérées des Philippins et des Américains. Le général MacArthur, qui commande la défense en personne, n’envisage pas un seul instant de se rendre.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
La ville de Nanchang, base de départ de la 11e Armée japonaise, tombe aux mains des forces du général Hsueh.


30 juin
La bataille de Singapour – III
Mer de Chine Méridionale et détroit de Malacca
– La Marine Impériale japonaise a concentré des forces importantes autour de Singapour pour assurer son blocus et appuyer la prochaine offensive de l’Armée (voir Appendice 2).
………
Sumatra – Dans la nuit du 29 au 30, 11 Wellington du Sqn 14 bombardent Medan et 7 du Sqn 104 Palembang, en ravitaillant ensuite à Sabang. Les résultats concrets sont cependant minimes.

Océan Indien
Port-Blair
– Seize bombardiers-torpilleurs Beaufort (Sqn 489 de la RAF) et autant de chasseurs à long rayon d’action Beaufighter (Sqn 253 de la RAF) se déploient sur le terrain d’aviation.

La campagne des Philippines
Corregidor
– Après de furieux combats, les Japonais débarqués à Corregidor s’emparent du tunnel de Malinta, où ils massacrent des centaines de blessés sans défense. MacArthur se replie avec les restes de la garnison sur les pentes de la colline de Malinta.

La campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda, Eora Creek
– En arrivant à Eora Creek avec la compagnie A du 49e Bataillon, le Lt-colonel Owen et ses vétérans du 39e Bataillon découvrent un site à faire rêver tout défenseur. Le petit village d’Eora est installé sur une corniche plate au flanc d’un éperon baptisé Bare Ridge (la Crête Chauve). Le gros ruisseau (creek) d’Eora qui court vers le nord reçoit un affluent au pied de Bare Ridge, et le village est donc entouré d’eau sur trois côtés. La piste venant de Kokoda descend d’une crête élevée au nord du village, traverse le torrent à 1 200 mètres de celui-ci par un pont de souches, suit le torrent puis le retraverse par un second pont avant de monter jusqu’au village, tandis qu’une boucle contourne Eora par les jardins potagers du village et se dirige vers le sommet de Bare Ridge, plus au sud.
Owen dispose son 39e Bataillon au village, en travers de la pente. La A/49e est placée un km plus loin, couvrant la piste qui contourne le village (piste “des jardins”). La Compagnie B/49e est plus bas, couvrant le pont le plus proche. La Compagnie C/49e est encore un peu plus loin, sur une pente raide qui domine la piste en un point où, suivant le torrent, elle traverse 400 mètres de terrain relativement plat (luxe rare dans la région). Disposé avec la C, le peloton de mitrailleuses du 49e prend le premier pont en enfilade. Tous les mortiers disponibles sont concentrés derrière le village, sur le sommet plat de Bare Ridge. « Même moi, simple civil, je voyais bien que les Japonais allaient avoir un sérieux problème ! » racontera Shane Bradford, le photographe de presse, qui accompagne toujours les Australiens.

Chine : campagne de Chekiang et Kiangsi
Les six divisions du général Hsueh Yueh commencent à progresser vers le nord, coupant la retraite des forces de la 11e Armée japonaise vers l’ouest.
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JPBWEB



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MessagePosté le: Dim Nov 04, 2012 17:57    Sujet du message: Répondre en citant

Il faudrait peut-être s'accorder sur la manière de désigner l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu. Georges était son prénom, Thierry d'Argenlieu son nom de famille patronyme. On ne devrait probablement pas parler de l'amiral d'Argenlieu On pourrait peut-être à la limite parler de l'amiral Thierry, ou de l'amiral George Thierry si on cite les prénoms (comme on dirait l'amiral François Darlan) mais je crois que ce serait incorrect. Ou alors parler du père Louis de la Trinité (mais seulement chez les Carmélites car ce serait inapproprié s'agissant de la carrière navale active de l'amiral).
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Dim Nov 04, 2012 18:10    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

A propos de l'exposé de l'amiral King.

Par convention, les noms de navires sont en italique si le texte est en normal et en normal si le texte est en italique (cas d'une citation).
Toujours par convention, lorsque le nom du navire est précédé du mot classe, le nom du navire est alors entre guillemets.

@+
Alain
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patrikev



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MessagePosté le: Dim Nov 04, 2012 20:41    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB a écrit:
Il faudrait peut-être s'accorder sur la manière de désigner l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu. Georges était son prénom, Thierry d'Argenlieu son nom de famille patronyme. On ne devrait probablement pas parler de l'amiral d'Argenlieu On pourrait peut-être à la limite parler de l'amiral Thierry, ou de l'amiral George Thierry si on cite les prénoms (comme on dirait l'amiral François Darlan) mais je crois que ce serait incorrect. Ou alors parler du père Louis de la Trinité (mais seulement chez les Carmélites car ce serait inapproprié s'agissant de la carrière navale active de l'amiral).


En matière de noms, l'usage est souverain. Gilbert Motier de La Fayette et Joseph de Goislard de Monsabert ne sont pas appelés le général Motier ni le général Goislard.
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
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MessagePosté le: Lun Nov 05, 2012 03:04    Sujet du message: Répondre en citant

patrikev a écrit:

En matière de noms, l'usage est souverain. Gilbert Motier de La Fayette et Joseph de Goislard de Monsabert ne sont pas appelés le général Motier ni le général Goislard.


Absolument, mais c'est en fait plus facile pour les noms de familles issues de la vieille noblesse. Pour les familles d'origine bourgeoise, les patronymes multiples sont plus compliqués à utiliser, car on a du mal à laisser tomber une partie du nom, comme on pourrait le faire pour La Fayette. Il se trouve qu'un neveu de l'amiral Thierry d'Argenlieu fut mon collègue pendant quelques années, et que le bon usage de son patronyme était une source permanente de confusion et parfois d'hilarité.

Les situations peuvent être cocasses pour les officiers dotés d'un patronyme compliqué, comme par exemple le capitaine de vaisseau Gabriel Merveilleux du Vignaux, commandant le Richelieu en 44-45. On ne devrait pas envisager de parler du CV Merveilleux Shocked

Par contre, je me demande quel était l'usage plus familier. Il est d'usage dans les forces armées d'employer le nom de famille entre collègues de même grade. A Vichy, l'amiral Auphan pouvait dire à son plus proche collaborateur: 'Et vous, Marzin, que pensez-vous que fera Collinet à Casa ?', ce qui établissait le juste rapport de proximité, sans prénom ou tutoiement, mais sans faire usage du grade ou de la fonction. Et donc, quid de Thierry d'Argenlieu ou Merveilleux du Vignaux ?
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MessagePosté le: Lun Nov 05, 2012 10:34    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB a écrit:
patrikev a écrit:

En matière de noms, l'usage est souverain. Gilbert Motier de La Fayette et Joseph de Goislard de Monsabert ne sont pas appelés le général Motier ni le général Goislard.


Absolument, mais c'est en fait plus facile pour les noms de familles issues de la vieille noblesse. Pour les familles d'origine bourgeoise, les patronymes multiples sont plus compliqués à utiliser, car on a du mal à laisser tomber une partie du nom, comme on pourrait le faire pour La Fayette.


Autre problème : de Burgues de Missiessy (vieille noblesse provençale et affinités marines anciennes). Sauf erreur, l'on s'en tient à Missiessy.
Et hors de la Marine, Roland de la Poype était en fait un Paulze d'Ivoy de la Poype.
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MessagePosté le: Lun Nov 05, 2012 11:09    Sujet du message: Répondre en citant

Et certains en rajoutèrent même, comme Philippe François Marie, comte de Hauteclocque, devenu Leclerc de Hauteclocque par décret en incorporant son pseudonyme de la résistance.

Ou dans un registre plus sinistre, Louis Darquier, devenu Louis Darquier de Pellepoix.
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MessagePosté le: Lun Nov 05, 2012 23:33    Sujet du message: Répondre en citant

Dans cet appendice, des détails sur les hydravions des "Singapore Airlines" qui complètent et corrigent les mentions déjà parues.


Appendice 1
Singapour assiégée (juin 1942)

Extraits du livre de Robin “Doc” Meyrson, Le Grand Siège – Singapour face au Soleil Levant, New-York, 1948.

Maintenir le lien
Depuis le début du siège, les relations de Singapour avec l’extérieur n’ont jamais été complètement interrompues.
Les grands sous-marins Otway et Clyde ont tous deux fait le voyage en passant par le Détroit de la Sonde, naviguant de nuit en surface et restant posés sur le fond dans la journée. Ils ont apporté du ravitaillement exceptionnel, notamment des médicaments (dont 200 000 doses de pénicilline) et quelques matériels hautement prioritaires. Mais chacun n’a pu transporter que six tonnes. Dans le même temps, de petits sous-marins de classe U de la Xe Flottille ont apporté un peu de ravitaillement (des médicaments surtout) à Penang.
Beaucoup plus nombreuses et régulières ont été les relations aériennes établies grâce à une flottille d’hydravions.
Fin mars et début avril, c’est presque chaque nuit qu’un Sunderland ou un Short classe C a fait le long voyage de Port Blair à Singapour, calculant l’heure d’arrivée pour pouvoir amerrir à l’aube. Le plus souvent, un autre hydravion faisait en même temps le trajet inverse, décollant de Keppel Harbour au crépuscule.
Mais dès la mi-avril, ces liens aériens ont été considérablement renforcés par la montée en puissance du Sqn 119 de la RAF. Aux quatre Sunderland II et aux deux Short de classe C (les S.23M Clio et Cordelia) se sont en effet progressivement ajoutés deux Short de classe G (les S.26M Golden Hind et Golden Horn), quatre Consolidated PB2Y-2 Coronado prêtés par l’US Navy (ces gros hydravions quadrimoteurs, dépourvus de réservoirs auto-obturants, n’étaient pas considérés aptes aux missions de combat) et cinq Blackburn B.20 Balmoral (le second prototype et quatre des six appareils de pré-série). Original et innovant avec sa coque rétractable, le Balmoral est nettement plus rapide que les autres hydravions de transport et peut même tenter sa chance de jour.
Le 6 juin, la Flottille de Transport et Communication S-45 de l’Aéronavale, arrivée de Benghazi, a commencé à opérer à Trincomalee. Elle est équipée de quatre LeO H-46, de deux LeO H-470 et de l’unique Laté 611 Achernar.
Les Alliés comptent à ce moment vingt-quatre hydravions répartis sur leurs bases de l’Océan Indien, avec lesquels ils assurent des “lignes aériennes” régulières vers Singapour et Penang. Cette flotte est vite (mais officieusement) baptisée “Singapore Airlines” (l’actuelle compagnie aérienne revendique d’ailleurs avec elle une filiation symbolique). Ses pilotes seront les seuls de l’aviation de transport alliée dont la célébrité ait pu approcher celle des pilotes de chasse.


Quels obus pour quels canons ?
– Les vieux canons reprennent du service
Singapour était un vrai musée de l’artillerie côtière anglaise, car lorsqu’un nouveau modèle de canon était mis en service, cela coûtait trop cher de renvoyer les vieux canons en Europe. On les entreposait donc sur place, et les artilleurs de la forteresse n’eurent qu’à se servir.
Ainsi, pour gagner du temps, un vieux 9,2 pouces Mk IV et deux 6 pouces furent installés dans des positions d’artillerie existantes mais désaffectées sur l’île de Blakang Mati.
A Singapour même, la reconstruction du Fort Tanjon Katong (opérationnel de 1878 à 1918) à l’est de Kallang Airfield fut menée à bien sur les plans de 1918, y compris les fossés défensifs, les obstacles contre l’infanterie et les deux vieux 8 pouces Mk VII de défense côtière (le fort n’avait été démoli qu’au dessus du niveau du sol). Bon nombre de dispositifs durent être improvisés à partir des magasins de la Royal Navy, modifiés ou entièrement recréés par des ateliers locaux pour parachever cette réinstallation. Le principal problème fut l’absence de toute table de tir, obligeant à se contenter d’un tir direct ou réglé à vue (il faut se souvenir qu’à la fin du XIXe siècle, les performances des canons dépassaient fréquemment de beaucoup les capacités des canonniers de régler leur tir). De plus, on manquait d’obus de 180 livres de 1880, qu’il fallut remplacer par des 200 livres pour obusier du même calibre datant de la Première Guerre, avec des fusées modifiées. De tels obus étaient disponibles car les obusiers de 8 pouces Mk VII et VIII, portant à 12 000 mètres, avaient été modernisés et convertis en 7,2 pouces (y compris ceux venant des anciens stocks de l’US Army) et leurs réserves d’obus étaient devenues inutiles. Les obus modernes de 250 livres des croiseurs lourds de la Royal Navy, avec leurs puissantes charges propulsives, auraient soumis ces vieux tubes à des contraintes trop brutales.
Durant la bataille d’avril, on avait constaté que la démolition des structures de béton protectrices pour améliorer les champs de tir vers la terre exposait dangereusement les batteries côtières aux bombardements aériens et navals. Ces structures furent donc remplacées, pour permettre aux batteries côtières de jouer leur rôle principal et de compenser les insuffisances des défenses de la côte sud.
Pour améliorer la puissance de feu à longue portée de l’Armée, quatre canons de défense côtière de 9,2 pouces Mk IV furent remontés sur des affûts Vavasseur de la Première Guerre, munis de dispositifs Elswick de 1916 accroissant l’élévation maximale de 28 à 35 degrés et allongeant la portée à 22 500 mètres. Ces canons furent alors installés sur une version statique pivotant sur 360° des tourelles d’artillerie ferroviaire Mk II ou III.
De plus, devant les pertes subies du fait des actions ennemies, des canons de 6 pouces ou moins pouvant être déplacés par la route furent préférés à des canons purement statiques. De nombreux anciens canons navals entreposés sans l’île de Singapour furent montés sur des affûts de construction locale. Leurs principaux défauts étaient le poids de ces affûts, qui devaient pouvoir résister au puissant recul de ces canons, et la trajectoire aplatie de leurs obus à haute vélocité initiale. Néanmoins, ils représentaient un apport important à la puissance de feu à longue portée de l’Armée. La topographie de Singapour restreignait cependant le déploiement de la plupart de ces canons mobiles à la région est, et en particulier aux plantations du sud-est de l’île.
Par ailleurs, les attaques aériennes affectant gravement le ravitaillement en munitions des canons, un grand nombre de dépôts avancés furent construits, contenant de quoi ravitailler les canons voisins pendant 24 heures de combat.

– Les problèmes de stockage des obus
Extrait d’un rapport des R.A.O.C., R.A.S.C., R.A., R.E. et du Pioneer Corps
Le Commandement s’efforce de préserver les réserves de munitions. De nombreux petits dépôts ont été construits dans l’île de Singapour et dûment approvisionnés. D’autres seront bientôt achevés, mais seules des munitions en parfait état doivent y être stockées.
En effet, la récupération de stocks substantiels de munitions abandonnées en Johore et dans l’ouest de Singapour a créé des problèmes majeurs. Ce sont les mêmes que ceux rencontrés en 1918, quand l’artillerie britannique a utilisé des stocks d’obus et de charges propulsives abandonnés. Dans les deux cas, les munitions abandonnées sont restées sans surveillance ni entretien. Elles ont souffert de l’humidité, leur protection de graisse et d’huile étant dégradée par une exposition prolongée à l’air libre et aux éléments. Les Inspecteurs des Munitions (ces spécialistes sont trop peu nombreux) examinent les obus et les charges, les classifient et les marquent à la peinture pour indiquer pour quelles utilisations ils sont acceptables. Les batteries d’artillerie sur le terrain en Johore (qui appartiennent presque toutes à des régiments de campagne ou de montagne) sont toujours désireuses de fournir à l’infanterie tout le soutien demandé et utilisent souvent des munitions non classifiées. Beaucoup de ces obus tombent court (parfois de plus d’un demi-mile) car les charges ne génèrent pas une propulsion suffisante, et le tir est parfois dangereux pour notre infanterie. Il y a aussi eu des cas d’explosion prématurée de l’obus au dessus des troupes amies, voire dans la gueule du canon, abîmant le tube ou même détruisant le canon et tuant des servants (dégradation des fusées). Le taux d’obus faisant long feu (duds) a aussi augmenté, réduisant l’efficacité du tir.
Ces situations ont favorisé à certains endroits et à certains moments l’apparition d’une pénurie de munitions, diminuant considérablement le soutien reçu par l’infanterie, les batteries étant obligées de limiter leur consommation quotidienne d’obus pour constituer des stocks en cas de besoin (barrage planifié par exemple).
Directives pour l’utilisation des munitions récupérées.
1. Des munitions non inspectées et non classifiées ne doivent pas être utilisées, sauf en cas d’extrême urgence.
2. Les munitions acceptées pour un usage normal doivent être stockées sur le terrain avec un soin particulier.
3. L’utilisation des munitions acceptées pour un usage restreint doit se conformer strictement aux instructions suivantes (exception : voir directive n°1).
3.a) Tir indirect de zone, avec de larges zones de sécurité pour les troupes amies.
3.b) Tir direct.
3.c) Tir direct de zone.
3.d) Tir direct à courte distance.
4. Les munitions classifiées comme convenant à une remise en condition doivent être sécurisées pour leur transport (enlèvement des fusées ou des charges explosives des obus, séchage ou refroidissement des charges propulsives).
5. Les munitions rejetées peuvent être utilisées pour des travaux de démolition ou du génie, sous la supervision directe de sapeurs qualifiés.

– Du bon usage des trains japonais
Extrait d’un rapport des R.A.O.C., R.A.S.C., R.A., R.E. et du Pioneer Corps
Par rapport au grand nombre de pièces d’artillerie opérationnelles ou semi-opérationnelles aujourd’hui en notre possession, seules des quantités assez limitées de munitions japonaises ont pu être récupérées. Par ailleurs, beaucoup de canons ennemis ayant été endommagés par les tirs alliés, ou – volontairement – par les Japonais eux-mêmes, nous disposons d’un surplus de trains et d’affûts. Les mesures suivantes ont donc été décidées pour l’utilisation du matériel capturé.
1. Formation d’une batterie de campagne et d’une batterie de montagne avec une dotation complète en munitions.
2. Formation de deux batteries légères de défense côtière, dotées (par canon) de 100 obus HE seulement, ainsi que de 50 obus pleins de fabrication locale, utilisables contre les chars ou les péniches de débarquement, et de 10 obus à mitraille (eux aussi de fabrication locale), utilisables contre l’infanterie à très courte distance.
3. Adaptation de trains d’artillerie japonais pour monter sur roues des canons navals britanniques en surplus, notamment ceux actuellement montés sur des affûts fixes. Les conversions les plus nombreuses doivent concerner les 12 livres (3 pouces) britanniques, adaptés à des trains de canons de campagne japonais de 75 mm (qui tirent des obus de 14,3 livres). Les obus de 12 livres sont très légers comparés aux munitions de 6,2 kg (16 livres) du 75 mm français, de 6,85 kg du 77 mm italo-autrichien et de 8,4 kg (18,5 livres) du 18 livres britannique. Cependant, il existe des stocks importants des différentes munitions utilisés par le 12 livres, car il est utilisé pour armer les navires marchands et de nombreux types d’escorteurs.

– Vingt-deux siècles après Hannibal
Là où les routes sont encombrées ou endommagées, ou le terrain trop difficile pour les véhicules à moteur, le portage à dos d’animal apparaît comme une bonne réponse. Grâce à différents modèles de bâts, un cheval peut porter huit obus de 18 livres ou quatre de 4,5 pouces, ou deux de 60 livres, etc. Mieux encore : les éléphants possèdent la puissance de trait de cinquante hommes (voire de cent hommes, pour les plus forts) et se montrent très efficaces pour tracter les canons lourds en position, à l’aide de chaînes de halage de troncs d’arbres. Ces grosses bêtes sont aussi très utiles pour traîner en terrain accidenté des chariots de ravitaillement (ces derniers, dotés de roues et d’essieux démontables, peuvent même flotter).


Des défenses ancien style contre l’infanterie
La menace principale ne venant pas des chars, mais de l’infanterie, les officiers du génie ont réévalué entièrement les obstacles installés autour de la forteresse de Singapour, en s’attachant spécifiquement à lutter contre des fantassins. Des défenses “ancien style”, moins vulnérables que des obstacles d’un type plus récent à un bombardement par l’artillerie ou l’aviation, ont ainsi été remises à la mode. Différents systèmes ont été expérimentés et certains installés en grand nombre.
La “Fougasse” est un simple trou creusé dans le roc, face à l’ennemi, et rempli avec un baril de poudre à canon et des éclats de pierre. On peut le mettre à feu comme un mortier primitif – mais non moins meurtrier.
Le “Profil Twydall” est une pente douce descendant jusqu’à 5 ou 6 mètres au-dessous du niveau du sol. En bas, l’assaillant tombe sur une palissade métallique de la même hauteur, impossible à escalader et garnie de barbelés au sommet. Ce système avait parfois été utilisé à la fin du XIXe siècle à la place d’un fossé profond.


Rien ne se perd
Singapour assiégée reste, envers et contre tout, une île britannique…
L’Armée de Sa Majesté ne laisse rien perdre. Les soldats convalescents ainsi que les jeunes ouvriers chinois qui ne se sont pas enrôlés sont employés pour le bien commun dans des ateliers militaires, qui fabriquent de tout. Je dis bien de tout !
En avril, ces ateliers ont produit un millier de plaques de protection avant pour les bottes de l’armée et autant de plaques de protection pour les talons, plus 68 livres de clous et 2 000 fers à souder. Vingt machines à écrire (dont celle que j’utilise) ont été remises à neuf, ainsi que 105 montres (dont la mienne !) et 130… dentiers (mais je n’ai pas besoin de cet ustensile). Les cordonniers ont réparé 2 373 paires de bottes. Les spécialistes du caoutchouc (qui sont ici de la plus haute compétence) ont réparé 2 094 paires de sandales et 358 paires de bottes “type B”, et ils ont fabriqué 850 paires de ces mêmes bottes et 126 bandes à usage médical. Les tailleurs ont réparé des milliers de chemises et de shorts, les tisserands ont produit plus de 100 000 yards de cotonnades, les 1 386 jardiniers ont mis sur le marché 146 tonnes de légumes (en partie grâce aux 72 000 gallons d’urine collectée pour le jardinage), 1 882 noix de coco ont été recueillies et la porcherie de l’Armée élève 200 truies et 50 verrats !
Enfin, un détail capital : le Captain Lemesurier (RASC), ingénieur chimiste chez Lever dans le civil, a mis sur pied une fabrique de savon. Celle-ci fait aussi bien du savon pour l’hygiène corporelle que des nettoyants industriels. Le savon n’arrête pas les balles, mais la propreté évite bien des maladies et notamment le typhus. La chimie singapourienne produit aussi, entre autres, de la colle à partir d’écailles de poisson, de la craie à partir d’argile blanche…
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MessagePosté le: Lun Nov 05, 2012 23:34    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 2
Les forces de la Marine Impériale japonaise engagées dans la seconde bataille de Singapour

Dans cette liste, un * indique un vaisseau équipé d’un radar, un # un vaisseau équipé d’un détecteur de radar, un (A) un vaisseau amiral.

I – Groupe de soutien de l’opération de Singapour (quitte Mako le 6 juillet à 06h00 et arrive à Kuching le 8 à 20h00) – Vice-amiral Kondo Nobutake (commandant la 2e Flotte).
4e Division de Porte-avions (contre-amiral Kakuta Kakuji) : CVL Junyo* (16 A6M2, 6 B5N2, 28 D3A1) (A), Ryujo (16 A6M2, 15 D3A1).
2e Division de Cuirassés : BB Hyuga#, Yamashiro*.
4e Division de Croiseurs : CA Atago*(A), Chokai.
Ecran (contre-amiral Omori Sentaro) : CL Abukuma (A), DD Akebono, Hatsuharu, Hatsushimo, Nenohi, Sazanami, Ushio, Wakaba.

II – Escadre de couverture de Malacca – Contre-amiral Kurita Takeo.
7e Division de Croiseurs (opérant de Palembang) : CA Mogami* (A), Kumano, Mikuma#, Suzuya.
DD Hagikaze#, Hibiki#, Arashio, Asashio, Michishio, Oshio# (opérant de Palembang).
1ère Division de Torpilleurs (opérant de Port Swettenham) : TB Chidori#, Hatsukari, Manazuru#, Tomozuru#.
2e Division de Torpilleurs (opérant de Port Dickson) : TB Hayabusa, Hiyodori, Otori#, Kasasagi.

III – Escadre siamoise (basée à Telok Anson).
Garde-côtes cuirassé Sri Ayuthia (A).
Canonnières blindées Ratanakosindra, Sukhotai.
TB Patani, Puket, Rayong, Surasdra.
CMB 6, 7, 8, 9.

IV – Forces légères et spéciales (basées à Port Swettenham).
12 mini-sous-marins Type-A.

V – 25e Koku Sentai (Flottille Aérienne) (basée à terre). QG à Ipoh. Dispose d’un radar d’alerte aérienne Type 2 Mk. 1 Mod.2.
6e Kokutai (Corps aérien naval), basé à Ipoh et Alor Setar : 33 D3A1, 27 B5N2, 33 A6M2.
7e Kokutai, basé à Ipoh : 21 G3M2, 3 D4Y1, 3 J1N1.
Détachement spécial, basé à Port Swettenham : 3 hydravions ASM H9A1 et 12 hydravions Aichi E13A1.

Note – Unités basées dans la région sans rapport avec l’opération de Singapour.
– Six vieux DD de 2e classe convertis en patrouilleurs et bateaux ASM, opérant de la baie de Kuching en couverture de convois.
– Détachement spécial de patrouille navale et ASM : 5 hydravions ASM H9A1 et 8 hydravions Aichi E13A1 (basés en baie de Kuching) ; 9 G3M2 Mod.21 basés à terre à Kuching.
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MessagePosté le: Mar Nov 06, 2012 10:39    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

Mais chacun n’a pu transporter que six tonnes.

... plus de six tonnes plutôt
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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