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Texte intégral 1942 - Janvier-avril
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 10:24    Sujet du message: Répondre en citant

Avril 1942
1 – La guerre du Pacifique
Singapour : la gloire de l’Empire – Bataan : un “miracle” de MacArthur

1er avril
Campagne de Malaisie

Singapour – La ville est à nouveau durement bombardée, cette fois par des avions de la Marine japonaise. Un Spitfire de reconnaissance basé à Sabang prend des photos des préparatifs japonais sur la rive nord du détroit de Johore, qui montrent qu’un assaut massif contre Singapour est proche. Pour y faire face, Lord Gort a sous ses ordres des troupes qui ont pour la plupart déjà combattu et subi des pertes, mais dont le moral reste intact, tant elles ont le sentiment d’avoir fait payer chèrement à l’adversaire chaque mètre de terrain conquis (voir appendice 1).
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
Reconstitué par Geoff Mowbray à partir de fragments sauvegardés du journal original, des mains-courantes du service des transmissions, de différents rapports d’autres unités et quartiers généraux et des témoignages de survivants.
1er avril – Nuit paisible malgré une météo désagréable. A la visite médicale du matin, 30 évacués pour œdème du visage à la suite de nombreuses piqûres de moustique. Ces 30 s’ajoutent aux 240 malades d’hier, souffrant de réactions cutanées aux piqûres de tiques et autres insectes. Il est évident qu’en général, ce sont les hommes arrivés le plus récemment qui souffrent le plus. Normalement, il faut deux mois pour s’accoutumer aux effets des conditions climatiques et de l’environnement – la chaleur humide est responsable de très nombreux cas de “dhoby itch” (prurit de certaines zones du corps), mycoses variées (pied d’athlète notamment), miliaire, coup de chaleur, dysenterie, le tout aggravé par la fatigue du travail quotidien, sans parler des cas de paludisme (la malaria guette le moindre oubli de la quinine quotidienne)… et du stress du combat.
Chaque compagnie sur la ligne de front reçoit l’ordre d’augmenter jusqu’à six le nombre de ses postes d’observation et d’écoute.
13h30 – Dans un grand remue-ménage, une meute d’officiers d’état-major de la Division, du Corps et du Commandement de Malaisie envahit le QG de la Brigade en prélude à la visite des Galonnés conduits par le général lord Gort lui-même.
14h00 – Arrivée du G.O.C. de la Région Militaire de Malaisie, qui visite toute la zone de la Brigade, ne négligeant aucun PC de compagnie et montrant un intérêt particulier pour la position avancée de l’aile droite installée à “Coconut Grove” (la Cocoteraie). Il répond à de nombreuses questions posées par des hommes de tous grades et ajoute qu’il considère que le secteur est très légèrement défendu et qu’il estime que sa défense sera très difficile. Le commandant de la Brigade comme celui de la 11e Division s’accordent pour dire qu’ils manquent de troupes pour assurer une défense efficace et le G.O.C. Malaisie est loin de trouver la situation à son goût.
Néanmoins, les troupes sont impressionnées par l’allure et le comportement du Général durant son inspection (en dépit de bombardements sporadiques de l’artillerie et de l’aviation ennemies), par son maintien de Grenadier de la Garde face au danger, par l’abondance des rubans qui ornent sa poitrine en témoignage d’actes de bravoure et en particulier par le rouge de la Victoria Cross. Les hommes aiment son point de vue pratique de fantassin et les quelques plaisanteries bon enfant qu’il fait aux dépens de ses officiers d’état-major. Ces officiers – une cinquantaine – ont décidément l’air de ne pas être à l’aise quand le Général insiste sur la nécessité d’inspecter plus longuement et plus en détails les troupes, leurs positions, leur équipement et leurs armes au fur et à mesure que l’on se rapproche des postes les plus avancés.
14h30 – Un groupe de cent ouvriers civils se présente au QG, mais ils repartent dès qu’ils s’aperçoivent que le Public Works Department n’a rien prévu pour les nourrir.
15h30 – Voici un nouveau groupe de cents hommes, cette fois sans interprète. Ils s’évaporent au début d’un soudain bombardement japonais.
17h00 – Toutes les radios doivent être renvoyées au QG pour réglage général.


La campagne d’Indonésie
Sumatra – Les forces japonaises venant de Medan sont arrêtées à Langsa par des troupes hollandaises et du Commonwealth (il s’agit notamment d’éléments de la 8e DI AIF).

La campagne des Philippines
Nouvelle offensive japonaise sur Bataan, à l’est du mont Samat.

La campagne de Nouvelle-Guinée
Prévoyant une attaque japonaise sur l’est de l’île, le général Morris a ordonné au meilleur des trois bataillons de la 30e Brigade de l’AMF, le 39e (de l’Etat de Victoria), de prendre position à Buna (le port de la côte nord-est le plus proche de Port-Moresby). Les infatigables Lockheed Lodestar déposent à pied d’œuvre la plus grande partie du bataillon dans les premiers jours d’avril, mais le chef de l’unité, le Lt-colonel W.T. Owen, a compris au premier coup d’œil sur la carte que sa formation risque fort d’avoir besoin d’une voie de repli enjambant la chaîne Owen-Stanley – or, la seule possible est la Piste de Kokoda. Le Brigadier Porter, commandant à l’époque la 30e Brigade, est bien d’accord (il estime par ailleurs que sa brigade a été médiocrement traitée et fait de son mieux pour remédier à ses nombreux problèmes d’équipement et d’entraînement). Avant le départ, Owen et Porter choisissent donc 120 hommes du 39e Bataillon, y ajoutent 100 hommes (sur 310) du Bataillon Papou et les envoient de Port-Moresby à Buna par la Piste de Kokoda pour cartographier la région et trouver des points où installer des dépôts de ravitaillement et des positions de défense. Il leur faudra un mois pour le faire.
De leur côté, les Japonais ont commencé dès février à concentrer des forces pour occuper la Papouasie, mais leurs projets ont été bouleversés par la résistance du Commonwealth à Singapour. La 17e Armée du lieutenant-général Harukichi Hyakutake (dont le QG est à Rabaul) doit prendre en charge cette invasion, mais beaucoup de ses forces lui ont été enlevées : les 5e et 18e Divisions, qui devraient arriver de l’Armée du Kwantung, ont été envoyée en Malaisie.

Océan Indien - Opération C
180 nautiques au sud-est de Ceylan – Pendant que son équipiers I-8 reconnaît le golfe du Bengale et transmet des rapports météo, le sous-marin japonais I-7 se prépare à effectuer une reconnaissance aérienne de Colombo et Trincomalee. Alors qu’il navigue en surface, il est attaqué par un PBY du Sqn 413 de la RCAF. Celui-ci lâche deux bombes… qui n’explosent pas et le sous-marin plonge sans demander son reste. Furieux, l’équipage du PBY masquera sa déception avec humour en soulignant dans son rapport qu’après tout, c’était le 1er avril !
Quatre heures plus tard, l’I-7 refait surface et aperçoit plusieurs petits patrouilleurs. Le commandant décide d’annuler le vol de reconnaissance, car la zone de lancement semble trop fréquentée. Il se contente de transmettre un rapport météo.

Trente secondes sur Tokyo
Alameda NAS (près de San Francisco) – Le porte-avions USS Hornet s’amarre à la grande base navale, où commence aussitôt l’installation à bord de seize bombardiers B-25 du 17e BG. Ces avions sont commandés par le colonel “Jimmy” Doolittle, qui embarque avec leurs équipages et quelques mécaniciens. Les appareils du Hornet sont entassés dans le hangar, car les gros bimoteurs doivent rester sur le pont d’envol pour ce qui semble n’être qu’une nouvelle mission de transport d’avions vers le Pacifique Sud-Ouest.


2 avril
Campagne de Malaisie

Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
2 avril – Nuit raisonnablement calme, ponctuée de quelques tirs d’artillerie, tandis que le bruit des transports qui font la navette entre les positions sur la rive nord-ouest du détroit de Johore devient de plus en plus intense et continu. Il est visible que les Japonais rassemblent des troupes, du matériel et du ravitaillement en vue d’une invasion de Singapour. Ce matin, consultation médicale abrégée, le traitement est distribué par les officiers de santé de chaque bataillon et 7 hommes seulement sont évacués vers l’hôpital.
La Section “I” (intelligence) de chaque bataillon s’active pour explorer et cartographier les plus petits détails de la zone. Les patrouilles sont renforcées lorsque l’on découvre des preuves du passage de reconnaissances japonaises dans le Secteur Ouest. Les officiers d’artillerie notent les distances et les arcs de tir pour le feu défensif.
Grosse activité aérienne japonaise dès l’aube, avec des raids de bombardement sur Singapour-ville et sur d’autres localités. Les Bofors de Tengah, tout près de nous, sont très occupés.
Les Japonais ont installé des ballons d’observation en Johore, comme si les hauteurs qu’ils occupent et qui dominent le nord de l’île de Singapour et leurs vols de reconnaissance continuels ne leur montraient pas suffisamment de choses.
La Caisse de la Région Militaire de Malaisie doit secourir les Caisses régimentaires (beaucoup d’unités ont vidé leur caisse ou ont perdu leurs comptes durant la retraite, et leurs fonds varient beaucoup selon les échelles de paie, qui dépendent des nationalités) pour acheter deux bouteilles de bière par homme, ou d’autres cadeaux de même valeur, qui doivent être fournis immédiatement par la British Canteen.
En dépit de l’accroissement des bombardements d’artillerie et des raids aériens, les cuisiniers parviennent à fournir quatre repas chauds par jour.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – L’Armée japonaise lance contre Langsa une attaque frontale, qui est repoussée avec de lourdes pertes. Au début de la nuit, une tentative de débordement des lignes de défense par la mer, grâce à des troupes embarquées sur des caboteurs, est mise en échec par la canonnière HMS Scorpion et le vieux destroyer HMS Sabre, qui coulent plusieurs petits bateaux chargés de soldats.

Opération C
Océan Indien, au large de Bombay – Le sous-marin I-8 s’est refusé trois jours plus tôt à torpiller le navire-hôpital HMHS Vita, mais il ne rate pas le cargo britannique Clan Ross (5 897 GRT). Torpillé, le transport sombre, laissant trois canots de sauvetage. Le sous-marin fait surface, donne aux naufragés de l’eau et des biscuits, leur indique la direction de Bombay, puis les sous-mariniers souhaitent à leurs victimes « Bon voyage »… en français dans le texte !

Trente secondes sur Tokyo
Au large de la Californie – A 10h18, le Hornet est en route. Accompagné par les croiseurs lourds Nashville et Vincennes, des destroyers Grayson, Gwyn, Meredith et Monssen et du pétrolier Cimarron, il passe sous le Golden Gate Bridge. Dans l’après-midi, ce groupe, baptisé Task Group 16.2, se dirige en zigzaguant vers son point de rendez-vous avec le groupe de l’amiral William F. Halsey – porte-avions USS Enterprise, croiseurs lourds Northampton et Salt Lake City, destroyers Balch, Benham, Ellet et Fanning et pétrolier Sabine – au nord d’Hawaï. Le commandant du Hornet, le CV Mitscher, annonce alors par haut-parleur à tout l’équipage : « Messieurs, cette force se dirige vers Tokyo », déclenchant des applaudissements frénétiques dans tout le navire.


3 avril
Campagne de Malaisie

Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
3 avril – Toutes les unités doivent participer ce matin à un exercice pour familiariser tous les hommes avec le plan de la Région Militaire de Malaisie, qui prévoit une défense en échelons successifs, la consolidation de la défense et une rapide contre-attaque par les réserves. Le plan est simple et peut être mené à bien, mais il exige que tous connaissent leur place dans le tableau et réagissent sans hésiter.
– L’importance des communications est de plus en plus soulignée, car une grande partie de la mise en œuvre de ce plan dépend du maintien du contact avec toutes les unités voisines. Par dessus tout, les messagers doivent être capables de retrouver leur chemin dans toutes les circonstances, en particulier la nuit.
– L’aptitude de l’artillerie à exécuter en temps utile un appui-feu est une pierre d’angle de la défense, non seulement pour contrebalancer le traditionnel avantage numérique de l’attaquant qui peut choisir son point d’attaque, mais aussi pour couvrir les nombreuses zones où il n’y a pas de défense du tout.

Quelques problèmes pour les ouvrages défensifs, dus à la pénurie de bois d’œuvre et de fil de fer barbelé. Cette pénurie est particulièrement gênante dans les îles de mangrove, où il est impossible de creuser. Des troncs non découpés représentent un poids supplémentaire à transporter jusqu’aux premières lignes et sont plus difficiles à utiliser lors de la construction de parapets en vue de l’ennemi.

Visite médicale du jour : 32 évacués vers l’hôpital, dont 6 victimes de l’effet de souffle de l’explosion d’un obus perdu près d’une équipe d’ouvriers.

L’accentuation des bombardements d’artillerie et des raids aériens japonais se traduit par des modifications de l’heure des repas. Les camions de l’échelon “B” apportent sous le couvert de la nuit, à 04h00, deux lots de gamelles chaudes, un pour le breakfast (à prendre dans l’obscurité), le second pour le lunch. Le dîner et le souper doivent eux aussi être consommés dans l’obscurité. Ces mesures posent un problème : dans le noir, il est difficile de s’assurer que les renforts récemment arrivés obéissent bien aux instructions anti-dysenterie, telles que le rinçage des plats et des couverts dans l’eau bouillante.

On conseille à tous les hommes d’écrire à leur famille, car l’acheminement du courrier hors de l’île de Singapour pourrait connaître un certain retard dans les prochains jours.

Campagne d’Indonésie
Détroit de Malacca – Après deux tentatives infructueuses, les bombardiers en piqué de la Marine japonaise basés à terre réussissent à trouver certains des bâtiments de la Royal Navy qui patrouillent sur la côte du nord de Sumatra pour empêcher les infiltrations de l’Armée japonaise par la mer. Quatorze D3A1 attaquent et coulent la canonnière Scorpion et le dragueur auxiliaire Burnie.
………
Iles Christmas (sud-ouest de Java) – Le CL Naka et les DD Minegumo, Natsugumo, Amatsukaze et Hatsukaze débarquent des troupes dans le petit archipel des îles Christmas, où quelques troupes britanniques et australiennes se défendent avec énergie. Mais les Japonais sont appuyés par la force du contre-amiral T. Tagaki (CA Nachi [amiral], Haguro et Myoko, CV Ryujo [25 A5M4 et 18 B5N2], porte-hydravions Chitose [12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N] et DD Shiokaze).

Opération C
Océan Indien, 300 milles à l’est des Maldives – Il faut au sous-marin I-7 quatre torpilles et plusieurs dizaines d’obus de 140 mm pour venir à bout du cargo britannique Glenshiel (9 415 GRT).


4 avril
Campagne de Malaisie

Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
4 avril – La Région Militaire de Malaisie doit croire que l’action est pour bientôt, car “Q” et les Magasins à Munitions ont livré une grande quantité d’équipements, de matériel et de munitions pour remplacer tout ce qui va être utilisé pour les tirs d’entraînement ordonnés pour aujourd’hui. Cent coups sont alloués à chaque servant de mitrailleuse légère, 20 coups à chaque fusilier, dix obus à chaque servant de mortier de 2 pouces, 500 coups à chaque servant de mitrailleuse Vickers.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – Après plusieurs tentatives pour s’infiltrer dans les positions des défenseurs pendant la nuit, une nouvelle attaque japonaise est repoussée devant Langsa par les Hollandais et les troupes du Commonwealth.
Iles Christmas – Le sous-marin USS Seawolf torpille le croiseur léger Naka. Touché par une torpille, celui-ci doit être échoué. Il pourra cependant être remorqué à Macassar et y être suffisamment réparé pour gagner le Japon.

Opération Oni , ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Au large de la côte Est de l’Australie – Après deux jours de mauvais temps qui ont empêché les opérations de ravitaillement, les sous-marins légers Ro-64, 65 et 67 se ravitaillent auprès du I-6 en carburant, en pièces détachées, en matériels divers mais surtout en torpilles (seize en tout sont transférées).


5 avril
Campagne de Malaisie

Singapour – Après des jours de dur travail, l’Armée japonaise parvient à positionner sur la rive nord du détroit de Johore des canons de siège, qui commencent bientôt à pilonner Government House. La cité est attaquée deux fois par des avions de la Marine Impériale.
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
5 avril – La visite médicale est encore dominée par les problèmes normaux de miliaire et de mycose avec quelques cas de malaria, mais 15 hommes sont évacués pour blessures par éclats de bombe ou d’obus.
Livraison aujourd’hui d’une grande quantité de fil de fer barbelé des entrepôts de Keppel Harbour.
Des canons japonais ont bombardé Government House, près du centre de Singapour-ville.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – Une nouvelle attaque japonaise vers le nord est à nouveau bloquée par les défenses alliées. Pendant ce temps, l’île de Sabang est attaquée par 14 D3A1 de la Marine japonaise basés à terre.

Opération Oni , ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Au large de la côte orientale de l’Australie – Le I-6 et les Ro-64, 65 et 67 regagnent leurs terrains de chasse respectifs. A la différence des sous-marins de la Phase 1, ils ont l’ordre de retourner à Kwajalein séparément une fois leurs réserves épuisées.


6 avril
Campagne de Malaisie

Singapour – L’artillerie japonaise intensifie son tir contre les positions britanniques dans l’espoir de les fragiliser. En fin de matinée, des mortiers lourds se joignent au bombardement. Les avions de la Marine et de l’Armée japonaises attaquent régulièrement la ville de Singapour et Keppel Harbour. Les Ki-51 de l’Armée sèment sur l’île des bombes incendiaires pour tenter de brûler les feuillages camouflant les positions britanniques.
Lord Gort, commandant en chef pour la Malaisie, signale à Londres qu’il s’attend à une attaque générale des Japonais dans les heures qui suivent : « J’ai demandé à tous les hommes sous mon commandement d’écrire à leurs familles. Ce courrier sera emporté par des hydravions de la RAF. » Beaucoup de ces lettres seront rassemblées après la guerre dans un ouvrage simplement intitulé Lettres de Singapour, qui connaîtra un immense succès au Royaume-Uni et dans tout le Commonwealth.
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
6 avril – La visite médicale se déroule normalement. 40 évacués pour diverses causes.
Ce matin, exercice supplémentaire de lancer de grenade avec démonstrations pour tous les hommes, comprenant le lancer de vraies grenades. La dotation de grenades est passée de deux à dix par homme grâce à la livraison de nombreuses bombes à clous “boîtes de conserve” fabriquées sur place, du type de celles utilisées en 1914-1915. Ce sont des armes grossières mais dangereuses, responsables de vilaines blessures. Elles sont cependant surtout efficaces à partir de positions préparées à l’avance, car la mise à feu se fait en craquant une allumette. Des bombes Miles et Bakelite supplémentaires sont distribuées aux hommes disposant d’un fusil avec lance-grenade.
L’artillerie ennemie a encore accru sa cadence de tir, qui ne faiblit pas de toute la journée. Elle fait quelques blessés légers par éclats d’obus, et 12 souffrant d’effet de choc. Dans la zone du QG de la Brigade, la plupart des obus sont courts et touchent les pistes menant vers le 2e bataillon du 9e Jat Regiment, et vers les 1er et 5e bataillons du 14e Punjab Regiment, ce qui perturbe considérablement les communications téléphoniques et oblige les hommes des Transmissions à réparer sans cesse les câbles coupés et rompus.
12h00 – Un civil britannique et deux policiers malais arrivent avec un groupe de cent ouvriers indigènes pour améliorer l’état des pistes et de la route. Quelques obus commencent à tomber plus ou moins dans leur secteur et dans les cinq minutes, ils se sont tous dispersés : il faut six heures et deux cents hommes pour les rassembler et les renvoyer à l’arrière.
20h30 – Deux “patrouilles d’officiers” envoyées à Johore juste après le coucher du soleil. La première doit accoster près de Kampong Baharu, pénétrer à l’intérieur des terres jusqu’à Bukit Pendas, reconnaître les Domaines (Estates) de Seng Guan et Kemudi, marcher vers le nord jusqu’au Domaine de Caoutchouc de Kiam puis jusqu’au Domaine de Ho Nam et au Sungei Melayu, pour signaler toutes les concentrations ennemies, ainsi que les bateaux et engins de débarquement. La seconde patrouille doit traverser au nord du Sungei Melayu et patrouiller de là jusqu’au Sungei Danga et si possible vers le nord jusqu’au Domaine de Pulai Sebatang sur le Sungei Skudai, pour signaler toutes les concentrations ennemies, ainsi que les bateaux et engins de débarquement. Chaque homme n’emporte qu’un revolver avec six cartouches, une boussole et une carte, une boîte de singe et deux biscuits. Tous sont chaussés de sandales.

Opération C
Océan Indien, au large des Maldives – Le sous-marin I-7 torpille et coule le cargo américain Washingtonian (6 617 GRT).

Réparations
Sasebo (Japon) – La Flotte Combinée commence à profiter d’un repos bien mérité après quatre mois d’action ininterrompue. Cependant, après examen, il apparaît que le porte-avions Kaga aura besoin de six semaines de réparations pour réparer la voie d’eau causée par un récif de corail une semaine plus tôt. Son compagnon dans la 1ère Division de Porte-Avions, l’Akagi, l’attendra en assurant l’entraînement des groupes aériens des deux bâtiments.


7 avril
Campagne de Malaisie

Singapour – Le pilonnage de l’artillerie japonaise ne fait que s’accentuer.
Dans la zone de défense nord, l’aviation japonaise s’attaque à de grands réservoirs de produits pétroliers près de la jetée reliant l’île au continent. Non loin des réservoirs de mazout, sont stockés deux millions de gallons (plus de huit millions de litres) d’essence d’aviation et d’automobile. Des réservoirs endommagés s’écoulent le mazout et l’essence en flammes, qui flotte sur le mazout. Celui-ci brûle plus difficilement, mais finit par prendre feu sous l’effet de la chaleur dégagée par l’incendie de l’essence, créant un infernal fleuve de flammes qui s’écoule dans le Sungei Mandai Kechil.
Les obusiers et les mortiers lourds japonais ouvrent alors le feu sur d’autres réservoirs de produits pétroliers et sur les systèmes de canalisations. Du pétrole en flammes s’écoule dans la mer à l’ouest de la jetée, et une colonne de fumée noire très dense s’élève à plus de cent cinquante mètres avant de dériver vers le nord-est. Au sol, toute la végétation, desséchée par l’intense chaleur, prend feu, créant près du sol un nuage d’une fumée plus légère. Dans cet enfer de chaleur et de fumée, les compagnies les plus avancées de la 22e Brigade Indienne (9e Division) doivent abandonner leurs positions et se retirent 200 mètres plus loin environ, s’alignant sur le reste de la brigade par rapport à la route principale plutôt que par rapport à la voie ferrée. La 28e Brigade Gurkha (11e Division) signale que près de la jetée, la visibilité sur le détroit de Johore est réduite à moins de 500 mètres, voire à zéro, selon la direction du vent.
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
7 avril – Tous les hommes ont reçu l’ordre d’écrire à leurs proches et de remettre ce courrier au vaguemestre avant 06h30. La RAF fera de son mieux pour assurer un dernier envoi de courrier par hydravions.
Les plaies et mycoses des pieds étant de plus en plus fréquentes du fait des longues heures de travail dans une humidité extrême et des marches dans la mangrove, de plus en plus d’hommes portent des sandales “achetées” à Singapour au lieu des chaussures fermées réglementaires.

Opération C
Océan Indien, golfe de Bombay, 22h00 – Le sous-marin I-8 aperçoit le cargo britannique Bahadar (5 424 GRT). Il lance deux salves de deux torpilles, mais toutes manquent leur cible. Il fait alors surface et ouvre le feu au canon de 140 mm, mais après le deuxième coup, l’arme s’enraye. Obstiné, l’I-8 poursuit sa proie une partie de la nuit. Ce n’est qu’après minuit (le 8, donc) qu’il parvient à ses fins, au prix de six autres torpilles (!) et de quelques obus. L’équipage du sous-marin se rassemble alors sur le pont pour assister au naufrage…


8 avril
Bataille de Singapour – I

Le général Yamashita, commandant en chef des forces japonaises en Malaisie, voit l’île de Singapour à portée de sa main. Il a planifié l’assaut avec soin – ses troupes ne sont pas si nombreuses, d’autant plus que l’état de sa logistique ne le permet pas, mais l’ennemi est encerclé depuis des mois, la maîtrise du ciel appartient totalement aux Japonais et Yamashita ne doute pas de la valeur combative de ses hommes.
Toute la journée, les positions britanniques sont copieusement bombardées par l’artillerie et l’aviation japonaises. Les bombardiers en piqué de l’Armée s’efforcent notamment d’atteindre les batteries anglaises.
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
8 avril, 00h10 – Retour des “patrouilles d’officiers”.
Première patrouille – Importantes concentrations de troupes japonaises dans toute la zone de patrouille. Coordonnées géographiques de nombreuses positions d’artillerie avec le nombre et le calibre des canons, de nombreuses sections de mortiers avec le calibre des armes, et de divers postes de commandement aperçus tout le long du chemin jusqu’au Sungei Melayu. Pas beaucoup d’engins de débarquement, sauf dans le Sungei Melayu près de l’appontement à l’embouchure de cette rivière.
Seconde patrouille – Importantes concentrations de troupes japonaises du Sungei Melayu au Sungei Danga. Coordonnées géographiques des diverses positions d’artillerie avec le nombre des canons et des postes de commandement aperçus. La patrouille n’a pu traverser le Sungei Danga vers le Sungei Skudai, mais a observé une intense activité dans le Domaine de Pulai Sebatang et a vu au loin des engins d’assaut et des péniches de débarquement.
06h00 – Reçu le débriefing des “patrouilles d’officiers” envoyées par le IIIe Corps Indien au début de la nuit vers l’est de Johore, entre le Sungei Kim Kim et Kampong Pasir Putet. Confirmation du tableau d’une attaque imminente.
08h30 – Des avions japonais volant à basse altitude jettent de petites bombes autour du QG de la Brigade. 11 blessés évacués, dont deux officiers.
09h00 – Le Major de la Brigade va inspecter le front avec deux officiers subalternes. Un bombardement continuel les oblige à se contenter d’une inspection incomplète des positions du 5/14e Punjab. A l’arrivée sur les positions du 2/9e Jat, les bombardements d’artillerie et aérien se sont intensifiés et l’équipe d’inspection doit s’abriter pendant trois quarts d’heure sans bouger. L’activité aérienne ennemie est grande et le réglage de tir par avion est extrêmement précis. L’inspection est annulée et l’équipe rentre au QG.
Canons et mortiers martèlent régulièrement toutes les zones et le 1/14e Punjab, resté en réserve, est durement touché. Il y a vingt-cinq coupures, pas moins, dans la seule ligne téléphonique entre le bataillon et le QG de la Brigade. Environ 25 % des hommes de la Brigade ont eu des blessures quelconques, en général mineures, mais l’évacuation des blessés sous les bombes et les obus étant aléatoire sinon dangereuse, seuls ceux dont la vie est menacée ou qui sont gravement handicapés sont transférés. La plupart des blessés ne s’éloignent pas de la zone de leur bataillon et, une fois soignés, restent pour se battre. (De ce fait, les chiffres officiels de pertes pour cette période sous-estiment fortement les véritables pertes de la Brigade. – G.M.)
Selon des vétérans du front ouest en 1914-1918, le bombardement est aussi sévère que tout ce que les Allemands ont pu faire durant la Première Guerre du point de vue de la cadence de tir des obus. Le fait que nos pertes soient relativement faibles ne peut être attribué qu’à la dispersion des troupes, au terrain plutôt mou, aux tranchées étroites creusées près de presque toutes les zones de travail et des pistes et à la très faible charge explosive moyenne des obus tirés par les Japonais, par rapport à ceux des Allemands de l’époque.

… … “On a compté 80 obus dans le coin de la compagnie “D” en une minute. Une section a reçu 45 obus en dix minutes, et c’était comme ça dans tout le secteur. Le QG du bataillon a reçu 40 obus en sept minutes.”… … “Une demi-plombe de répit, puis une nouvelle dose, et ainsi de suite dans tout le secteur pendant toute cette fichue journée”… … “On estime que 25 000 obus de différents calibres sont tombés dans le secteur du bataillon pendant les 15 heures qui se sont écoulées entre l’aube et le moment du débarquement japonais.”…

12h30 – Des avions volant bas lâchent des incendiaires pour brûler les hautes herbes et la végétation afin de faciliter la pénétration des troupes d’invasion et détruire les feuillages utilisés par les défenseurs pour se camoufler, ainsi que pour laisser des traces noires dans le paysage pour faciliter le réglage des tirs d’artillerie. Les feux s’éteignent rapidement grâce à la pluie, aux efforts de nos hommes et la végétation très grasse, mais l’effet désiré semble obtenu. Par ailleurs, le bombardement en cours a ouvert des voies de pénétration à travers le marais de mangrove et les massifs de végétation. La nature aléatoire de ces brèches est d’un grand intérêt pour les attaquants, car aucun plan logique ne peut être dressé pour les couvrir toutes. Des patrouilles sortent sous les obus pour les repérer et en dresser la carte, mais la tâche devient impossible, car elle s’ajoute au besoin constant de réparer tous les ouvrages de défense endommagés.
13h00 – L’épisode des incendiaires est suivi par une trêve inattendue des bombardements, qui ne dure pas moins de quarante minutes. Cette trêve est bien mise à profit par l’intendance. Les cuisiniers ont préparé des heures à l’avance un repas chaud et chaque intendant de bataillon a des camions chargés de gamelles chaudes prêts à partir, n’attendant qu’une occasion. Et voilà que sur ces pistes tortueuses où seules passaient les chenillettes et les camionnettes légères, et encore, en première, s’élancent les gros camions de l’échelon “B”, comme pilotés par des fous, écrasant les petits arbres et arrachant des branches aux gros pour parvenir jusqu’aux secteurs des compagnies, où les attendent des groupes de porteurs prêts à foncer pour livrer les gamelles à chaque section. En ce jour, pour des raisons pratiques et morales, les troupes indiennes et britanniques reçoivent la même nourriture avant la bataille, les deux types d’aliments ayant été mélangés. Chaque homme a droit à un beau morceau d’agneau mijoté avec du riz, des pains, du chutney, deux chaussons fourrés à la confiture et deux bananes.

… … “Apparemment, les différents “Quarter Masters” des bataillons et de la Brigade avaient mis leurs ressources en commun et s’étaient mis d’accord pour un repas convenant à toutes les règles et habitudes culturelles et religieuses. De plus, comme il fallait prévoir de prochaines coupures de courant dans les frigos de Singapour, les gars de l’intendance avaient pu se procurer “à bon prix” d’excellents agneaux de Nouvelle-Zélande.” ……

De nombreux camions ont le pare-brise éclaté ou des vitres brisées, une carrosserie couverte de bosses, une peinture copieusement rayée. Pendant que l’on décharge la nourriture, les secrétaires de compagnie attachent des paquets étanches contenant les archives de leur compagnie dans l’habitacle du chauffeur, et dans chaque compagnie de QG de bataillon, le médecin major dirige les brancardiers, qui amarrent des civières à l’arrière des camions avant qu’ils disparaissent aussi vite qu’ils sont venus, moteur rugissant pour quitter plus vite la zone du front avant que le bombardement reprenne. Ce repas chaud dévoré avant la bataille grâce à cette courte trêve est un cadeau du ciel. On ne peut que supposer que les canonniers japonais ont voulu eux aussi faire une pause déjeuner, quoique l’aviation japonaise ait de plus en plus des horaires de banquier ces derniers jours.
13h30 – Pendant la trêve, chaque R.A.P. (Regimental Aid Post) a reçu un grand nombre de blessés que le R.M.O. (Regimental Medical Officer) a rapidement trié entre ceux qu’il fallait immédiatement transporter vers l’arrière et ceux que l’on pouvait panser sur place et renvoyer en ligne.
14h15 – Les canons et les mortiers ennemis se font plus précis et les premières lignes se font matraquer. Pour tout arranger, il pleut en abondance depuis un bon moment, et les conditions de vie sont devenues très inconfortables. Les tranchées sont inondées, et l’accroissement de la précision du bombardement force tout le monde à les utiliser. Les hommes réfugiés dans les tranchées inondées s’efforcent de conserver leurs armes, leurs munitions et leur matériel sec, propres et à l’abri de la boue. Quelque soit le grade, tout le monde se sent mouillé et lamentable.
L’épidémie de coupures de lignes met à rude épreuve les braves des Transmissions, qui s’activent à découvert en plein bombardement pour réparer les câbles téléphoniques.
Milieu d’après-midi – Les hommes applaudissent l’intensification soudaine du tir de contre batterie de notre artillerie. C’est bon d’entendre que les Japonais reçoivent la monnaie de leur pièce. Mais au bout d’une demi-heure seulement, le feu de nos canons mollit et s’éteint. Il semble que seules de brèves périodes de tir intensif soient autorisées, en raison de la menace des bombardiers japonais. Plus il pleut, plus les canons peuvent tirer longtemps sans que les Japonais puissent les repérer avec assez de précision pour faire intervenir leurs bombardiers en piqué. De plus, les artilleurs doivent économiser les munitions, car ils ont du mal à se ravitailler. Depuis l’aube, en effet, les avions japonais attaquent les convois de munitions ou observent leur trajet pour repérer nos dépôts camouflés près des premières lignes.
………
Mais c’est dans la nuit du 8 au 9 avril que commence vraiment la bataille de Singapour –ou du moins sa première phase. Elle restera comme le siège le plus sanglant de la guerre, le plus long, marqué par de nombreux rebondissements et d’autant plus acharné que les défenseurs savent dès le début que leur seul but est de gagner du temps pour faciliter la suite des combats au niveau stratégique, et qu’ils n’ont aucune chance d’être secourus. « Avant même que la lutte ne commence, peut-on lire sous la plume d’un officier anglais dans Lettres de Singapour, nous savons qu’elle sera désespérée, au sens propre : sans espoir. C’est préférable. Nous nous battrons d’autant mieux, sans arrière-pensée, allégés de l’idée de pouvoir, peut-être, nous en sortir. »
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Zone de défense sud-ouest
Les îles de Pulau Pesek, Pulau Ayer Chawan et Pulau Ayer Merbau, situées deux à cinq km au large de la pointe sud-ouest de l’île de Singapour, ont été évacuées par les pêcheurs qui les habitaient. Elles ne sont pas défendues, car elles ne comportent aucun point d’observation utile en direction de Singapour. Cependant, l’état-major japonais a estimé qu’elles pourraient servir de base pour pénétrer dans le Sungei Jurong, le cours d’eau qui forme la limite est du secteur de Jurong, et pour faire peser la menace d’une avance vers le nord qui tournerait les défenses de la côte ouest de l’île, ou d’une avance vers l’est, qui irait le long de la route côtière jusqu’à la limite occidentale de la cité de Singapour.
Dans la soirée du 8, après le coucher du soleil, un demi-bataillon environ débarque sur ces îles, dans de toutes petites embarcations qui réussissent à traverser les champs de mines et à passer inaperçues des guetteurs et des radars. Les intentions de ces troupes sont inconnues, mais elles finiront par être signalées dans la journée du 9. Dès lors, les batteries britanniques les bombarderont au moindre mouvement, les clouant sur place.
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Zone de défense de la côte ouest
Toute la journée, la zone est intensivement bombardée. Les vétérans de la Première Guerre estiment que le nombre des obus est comparable aux pires moments des barrages d’artillerie allemands, quoique les calibres soient inférieurs.
A partir de 20h30, les Japonais débarquent en force tout le long de la côte ouest de l’île de Singapour, tenue par la 11e D.I. indienne : 6e Brigade au nord et 15e Brigade au sud. Au nord, la 5e Division japonaise débarque trois bataillons sur le front du 2e East Surrey Regiment et trois bataillons sur le front tenu par les 2 et 3/16e Punjab Regiment (trois autres suivront sur ce front le lendemain matin). Au sud, la 18e Division japonaise débarque trois bataillons sur les positions du 1/14e Punjab Regiment et quatre bataillons près de l’embouchure du Sungei Murai sur les positions du 2/9e Jat Regiment (deux autres suivront sur ce front le lendemain matin).
Partout, le site de débarquement a été calculé pour être à proximité de voies de pénétration vers l’intérieur de l’île : le Domaine Namazie, Ama Keng et la base aérienne de Tengah.
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Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
20h30 – Le 2/9e Jat Regt rompt le silence radio et commence à décrire ce qui se passe devant ses positions et devant celles du 1/14e Punjab Regt, sur sa droite. Ils ont compté au moins cinquante bateaux venant vers eux. Le 5/14e Punjab Regt signale dix bateaux venant vers eux et cinq autres vers le Sungei Berih. Le commandement de la Brigade ordonne immédiatement à son camion de transmissions de rompre le silence radio et d’alerter le QG de la Division.
21h15 – Le 2/9e Jat Regt signale que les bateaux portent des mortiers et une bonne quantité de munitions. Les mortiers ont commencé à tirer à cadence rapide et à élévation fixe, créant un barrage mobile. Au début, les obus sont tombés court, au bord de l’eau, créant une sorte d’écran de fumée et d’eau. Ensuite, le barrage a avancé à la vitesse des bateaux, tombant sur nos positions de première ligne puis sur l’arrière de nos défenses. Ce tir a été en grande partie inefficace, mais à différents endroits, les défenseurs ont subi des pertes, des trous ont été ouverts dans les barrages de barbelés, des câbles téléphoniques ont été coupés et des messagers tués ou blessés, interrompant de nombreuses communications. Quand les péniches japonaises abordent, leur sort est très varié. Là où les défenseurs et leurs positions sont intacts, les Japonais sont repoussés ou éliminés. Mais aux endroits et aux moments où des failles apparaissent dans nos lignes, ils pénètrent très rapidement vers l’intérieur.
21h40 – Victime indirecte du bombardement, le commandant du 1/14e Punjab Regt se blesse gravement en tombant alors qu’il marchait dans le noir. Il doit être évacué sur l’antenne médicale des “Fermes Malaises” (Malayan Farms).

…… “Toujours pas de tir d’artillerie en réponse à nos fusées Very “S.O.S” rouges et blanches demandant un tir défensif sur nos premières lignes.” …… “Beaucoup de fusées sont gonflées par l’humidité et n’entrent pas dans les pistolets Very.”……

21h50 – La principale position de l’O.P. (Observation Post) d’artillerie, sur la colline 230, est la cible de toutes les attentions de l’artillerie japonaises. Il est évident que les positions des F.O.O. (Forward Observation Officer) et les postes de commandement ont été complètement neutralisés par les obus japonais, et sans communications il n’y a pas grand-chose à faire.
22h00 – Tout le 2/9e Jat Regt est au contact et violemment attaqué. Les compagnies sont forcées de se replier vers le QG du bataillon. Bien que les flancs aient cédé sous la supériorité numérique ennemie et que des Japonais s’infiltrent sur les arrières, le gros du bataillon continue à tenir solidement et à rendre les coups.
22h10 – Le 2/9e Jat Regt signale qu’il a perdu le contact avec sa compagnie “A”, à gauche du front. La compagnie “C”, à droite, fait face au débarquement de forces très importantes. De violents combats ont lieu dans le secteur de la compagnie “B”, positionnée en retrait à droite le long du Sungei Murai. La compagnie “D”, sur la gauche, a subi de lourdes pertes (commandant de compagnie grièvement blessé), les survivants se replient vers le QG du bataillon.
22h30 – Le Brigadier Garrett est bien conscient de la menace qui plane sur le 2/9e Jat Regt et du risque d’infiltrations autour de celui-ci vers la position du PC de la Brigade. Ordre est donné au 1/14e Punjab Regt d’avancer comme prévu et de garnir la ligne de crête entre les références 903689 et 903695 de la carte (600 yards).
Au moins trois compagnies ennemies ont été vues avançant sur une piste (référence 899697) dans la zone du 2/9e Jat Regt, progressant en arrière du QG du bataillon et en direction du 1/14e Punjab Regt, la compagnie “B” du 2/9e Jat Regt a surpris cette colonne et l’a coupée de ses arrières.
Bruits de violents combats venant de la direction des pistes principales entre le 2/9e Jat Regt et le 5/14e Punjab Regt.
22h45 – Le 2/9e Jat Regt signale par messager que toutes ses communications sont coupées, mais qu’il tient ses positions.
22h50 – Un bref message téléphonique du 1er Leicestershire Regiment ne signale aucune action ennemie en dehors de nombreux tirs de canons et de mortiers dans la zone du Sungei Berih. Seuls cinq bateaux ennemis ont été aperçus dans ce secteur, ils ont été éliminés au canon.
23h00 – Le 1/14e Punjab Regt signale qu’une équipe de deux téléphonistes et dix fusiliers d’escorte est tombée dans une embuscade en réparant la coupure numéro 15 sur la ligne entre le QG de Brigade et le QG de Division. Deux hommes seulement ont survécu pour le raconter.
23h45 – Le 1/14e Punjab Regt est maintenant en position, après avoir rencontré et éliminé des groupes isolés de Japonais. Des sections sont envoyées en patrouille pour tenter de localiser le 2/9e Jat Regt et le 5/14e Punjab Regt. Les communications téléphoniques sont maintenues avec le 1er Leicestershire Regiment et le 5/14e Punjab Regt. Le 1/14e Punjab Regt n’est joignable que par messager coureur. Les communications sont totalement coupées avec le 2/9e Jat Regt à l’avant et le QG de la 11e Division à l’arrière.
Pas de réponse du QG de Division malgré les appels radio répétés du camion de transmissions. Trois coureurs et une estafette envoyés au QG de Division, mais aucune nouvelle de leur succès ou de leur échec.
Les compagnies “A” et “B” du 1/14e Punjab Regt signalent que les Japonais continuent d’avancer sur leur flanc droit, provoquant de multiples escarmouches. Mais les Japonais paraissent se satisfaire de contourner ces compagnies et poussent vers nos arrières.
24h00 – Le 1er Leicestershire Regiment a l’ordre de joindre le QG de la Division et de demander la raison de l’absence de réponse aux demandes de tirs d’artillerie défensifs, et surtout la raison de l’absence de réponse du QG de Division sur la longueur d’onde de la Brigade.
………
La vitesse et la violence de l’attaque, ainsi que l’habituel mépris des Japonais pour leurs pertes, font que les défenseurs sont débordés par une véritable marée. Rapidement séparés les uns des autres, ils forment des îlots de résistance, puis s’efforcent de décrocher pour se rassembler, mais n’y parviennent que pour se rendre compte que leur nouveau retranchement est à son tour isolé.
Dans la nuit, la batterie de Pasir Laba (deux canons de 6 pouces) engage des cibles navales et des positions d’artillerie ennemies de l’autre côté du détroit. Mais au matin du 9, dès 07h00, toute communication sera coupée avec la batterie, après qu’un dernier message ait signalé une attaque de bombardiers en piqué.
………
Zone de défense de la côte nord
Cette même nuit, la division de la Garde Impériale débarque discrètement un bataillon dans le Sungei Kranji, au nord-ouest de l’île. Utilisant des petits bateaux à rames, les hommes arrivent en silence à l’embouchure du Sungei Pang Suo, sur la rive sud du Sungei Kranji, profitant du fait que les incendies qui continuent de brûler perturbent la vision nocturne des sentinelles. Ils se retrouvent ainsi sur le flanc gauche du 5/11e Sikh Regiment et d’une compagnie d’infanterie volontaire, installés à Kranji. De là, ces troupes sont en position pour agir au moment opportun, menacer le flanc gauche des défenseurs de la côte nord et jeter la confusion chez eux.
Au centre de la côte nord, à l’est de la jetée, se déroule l’offensive principale. Trois bataillons de la Garde Impériale touchent terre sans être détectés, jusqu’à ce qu’ils rencontrent des unités des 8e, 22e et 28e Brigades Indiennes (9e et 11e Divisions).
Sur la gauche japonaise, où se trouve la 8e Brigade, la compagnie D du 1/13e Frontier Force Rgt, qui tient le secteur de la jetée, est surprise et presque annihilée dans les premières minutes du débarquement ; le reste du bataillon se replie et les Japonais entrent en contact avec le 3/17e Dogra Regiment, qui occupe la Colline 120, et le 2/18e Royal Garwhal Rifles (22e Brigade), derrière le Sungei Mandai Kechil. Au centre, face à la 22e Brigade, les Japonais tentent d’enlever d’assaut la Colline 90, tenue par une compagnie d’infanterie volontaire et la compagnie A (mitrailleuses) du 2/12e Frontier Force Rgt. Mais les assaillants sont balayés par le tir meurtrier des douze mitrailleuses Vickers solidement retranchées sur la colline. Cet échec est suivi par une série d’actions confuses et coûteuses, qui ne permettent pas aux Japonais de percer la principale ligne de défense britannique. Sur la droite japonaise, les hommes du 2/9e Gurkha Rifles (28e Brigade), armés de leurs fameux couteaux aiguisés comme des rasoirs, repoussent les attaquants après un corps à corps sanglant.
Côté britannique règne cependant une certaine confusion, car l’attaque est tombée à l’articulation entre les 9e et 11e Divisions Indiennes. Le temps que les états-majors se représentent ce qui se passe et s’accordent sur un plan d’action coordonné, les Japonais ont avancé le long de la voie ferrée, profitant du vide créé par le repli d’une partie de la 22e Brigade sous l’effet de l’incendie, et ils ont établi une tête de pont de 2 000 mètres de long et 500 à 800 mètres de profondeur. Cette tête de pont commence à l’ouest au pont de chemin de fer sur le Sungei Mandai Kechil, sa limite suit vers l’est la route Bukit Timah/Woodlands sur mille mètres jusqu’au village de Woodlands, puis se prolonge sur mille mètres vers la base navale, et se termine au niveau d’une série de petits ruisseaux qui séparent les deux camps. Par endroits, du fait de l’incendie des réservoirs de pétrole, la profondeur utile n’est que de 150 mètres, mais la Garde Impériale japonaise a pris pied sur l’île de Singapour.
Ce premier acte de la bataille se joue donc de nuit, mais l’incendie des réservoirs de pétrole fait que les conditions ne sont pas celles d’un combat de nuit normal. Les troupes d’assaut japonaises émergent sans avertissement d’une couche de fumée noire et surgissent dans la lumière infernale que jettent sur la scène les langues de feu écarlates et soufrées jaillissant des brasiers. Selon l’angle d’observation, cette lumière révèle nettement le terrain, les objets et les hommes, ou elle ne montre que des silhouettes noires aux contours clairs – mais un peu plus loin ou un peu plus tard, terrain, objets et hommes deviennent doublement invisibles, car ils cessent d’être éclairés alors que la lueur des flammes interdit à l’œil de s’adapter à l’obscurité nocturne. Même le clair de lune, relativement lumineux, ne sert à rien. Cette ambiance de cauchemar est responsable de nombreuses escarmouches qui s’achèvent en combats à mort. De petits groupes d’hommes se tombent littéralement dessus, se mitraillant à bout portant avant de se massacrer au couteau, à la baïonnette, à coups de crosse ou à mains nues – encore heureux lorsqu’on ne s’entretue pas avec des hommes de son propre camp. L’avantage passe brutalement et mortellement des uns aux autres en quelques mètres ou en quelques secondes. En de nombreux points, les avant-postes sont tout de suite débordés et les Japonais se ruent en avant, pour voir leur élan brisé par les tirs croisés venus des retranchements…
Pendant ce temps, plus à l’est, un régiment japonais à trois bataillons débarque avec son artillerie sur l’île de Pulau Ubin, en face de Changi. A cet endroit, le chenal navigable pour le commerce, qui passe entre Pulau Ubin et l’île de Singapour, n’est large que de 1 500 mètres à l’extrémité ouest de Pulau Ubin, de 2 000 à 3 000 au centre et de 1 500 mètres à l’extrémité est, en face de Changi. Sans perdre de temps, les canons sont mis en batterie et à l’aube, ils commencent à bombarder la côte nord-est de Singapour.

Opération C
Océan Indien – Le sous-marin I-8 torpille et coule le cargo britannique Fultala (5 051 GRT).
Dans les semaines suivantes, les deux sous-marins de l’opération C vont rentrer l’un après l’autre à Kuching (l’I-8 le 29 avril et l’I-7 le 1er mai) sans avoir fait d’autre victime notable. En un peu plus d’un mois, ils ont coulé en tout cinq cargos totalisant moins de 33 000 GRT (et trois petits bateaux à voiles). Le bilan est assez maigre pour deux grands croiseurs sous-marins, mais suffisant pour que la Marine Impériale accepte officiellement la requête des Allemands d’envoyer des sous-marins dans l’ouest de l’Océan Indien – sans s’engager cependant sur leur nombre ni sur la durée de ce déploiement.


9 avril
Bataille de Singapour – I

Ordres du Commandement de la Région Militaire de Malaisie
Nuit du 8 au 9 avril 1942, minuit
Réponse à l’évolution de la situation
L’échelle et l’intensité des combats, le nombre des débarquements confirmés et possibles font qu’une contre-attaque suffisamment puissante pour déloger les Japonais de l’ouest de l’île de Singapour est impraticable, étant donné que l’ennemi contrôle complètement l’espace aérien. Une retraite sur la ligne Jurong doit donc être effectuée par la 11e Division Indienne.
1. Trois brigades doivent être transférées de la Réserve Générale à la 11e Division Indienne afin d’occuper les positions avancées de la ligne Jurong et une autre brigade allouée en réserve sur la ligne principale.
2. La 11e Division Indienne doit se retirer à sa discrétion sur la ligne Jurong et verser à la Réserve Générale les unités demandant rééquipement et réorganisation. On estime qu’une retraite par la succession de lignes d’arrêt suivante : a) Ama Keng – “Fermes Malaises” – Choa Chu Kang ; b) Sungei Tengah – “Fermes Malaises” – Choa Chu Kang ; c) Tengah Airbase – Choa Chu Kang ; laissera le temps et la place nécessaires au repli de toutes les forces du Secteur Ouest.
3. Une force blindée doit collaborer à des contre-attaques locales dans la bataille du Secteur de la Jetée, mais on considère que rejeter l’ennemi à la mer est au delà des capacités des unités sur place, réserves locales incluses.
4. Les restrictions révisées des tirs d’artillerie de jour doivent rester celles énoncées par les instructions d’engagement, sauf ordre du C.R.A. Il n’y a pas de restrictions des tirs de nuit, sauf ordre du C.R.A.
(signé)
Brigadier K.S. Torrance
Brigadier Général, Etat-Major de la Région Militaire de Malaisie
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Après les combats de la nuit, la bataille s’amplifie sur les côtes nord et ouest. Dans la journée, les pertes montent encore plus vite dans les deux camps, car l’artillerie des deux côtés et l’aviation japonaise pilonnent le petit champ de bataille, où les combattants s’entassent en groupes compacts.
………
Zone de défense de la côte nord
A l’aube, les Japonais débarquent sous le couvert de la fumée trois nouveaux bataillons de la Garde Impériale, chargés d’attaquer pour élargir la tête de pont. Mais le premier bateau qui approche de la plage est détruit par une batterie côtière improvisée avec des canons de campagne, et les soldats qui débarquent des autres bateaux sont pris pour cibles par des mortiers de 6 pouces. A 07h00, des bombardiers en piqué repèrent et détruisent les canons, mais ne trouvent pas les mortiers, qui poursuivent leur tir. A 08h30, les bombardiers reviennent et, mieux renseignés, trouvent et détruisent à son tour la batterie de mortiers.
Les assauts se répètent tout le long de la ligne de front, les troupes japonaises tentant désespérément d’améliorer leurs positions et celles du Commonwealth s’accrochant tout aussi désespérément à leurs retranchements sur les collines. La Colline 90 est l’un des points brûlants de la matinée. Elle ne représente qu’un minuscule bout de terrain, mais elle coupe presque la tête de pont en deux. Les Japonais décident donc de l’écraser par un bombardement massif d’artillerie et d’aviation, engageant même les bombardiers en piqué des 1er et 2e Dokuritsu Sentai, avant de lancer une attaque en règle sur trois côtés. Le résultat ne peut faire aucun doute, mais les pertes dans les deux camps augmentent encore en flèche, chez les défenseurs assommés par les bombardements comme chez les attaquants, mitraillés de flanc pendant qu’ils se ruent à l’assaut.
Cependant, la prise de la Colline 90 n’est qu’un épisode isolé, car les Japonais ne parviennent toujours pas à chasser les Britanniques et les Indiens de leurs positions sur les collines et le long de la voie ferrée près de la base navale, sur leur gauche. Sur leur droite, au sud-ouest, ils ont réussi à traverser le Sungei Mandai et à former un saillant grâce à l’appui de l’aviation et de l’artillerie lourde, malgré les tirs de flanc venant de la Colline 120, tenue par le 3/17e Dogra Regiment. Le 2/18e Royal Garhwal Rifles a été repoussé et s’est replié sous la protection du 2/12e Frontier Force Regt, qui tient le pont de Woodlands Road sur le Sungei Mandai. Comme les Japonais tentent de poursuivre leur avance vers le sud, ils se heurtent au 1/13e Frontier Force Rifles, sur la Colline 168.
La Division de la Garde occupe donc maintenant une poche profonde de mille mètres à l’ouest du Sungei Mandai et au sud de la voie ferrée, mais cette poche se rétrécit vers l’est et ne mesure plus que 500 mètres (dont 200 de terrain utile) face aux bataillons indiens qui tiennent les hauteurs au sud. Le terrain gagné par les Japonais est à peine au dessus du niveau de la mer et, dans ce secteur, les combattants sont obligés d’utiliser pour se protéger des trous d’homme et des tranchées inondés ou de se contenter de retranchements en saillie, plus vulnérables. Les pilonnages de la veille ont transformé le sol des basses terres où avancent les Japonais en une boue épaisse et collante, tandis que les Indiens et les Britanniques se replient vers les hauteurs, sur un terrain plus solide. Les troupes alliées renforcent leur droite et leur centre sous une pluie de bombes et d’obus, tout en mitraillant les Japonais qui font de lents et coûteux progrès vers le sud-ouest. Dans les rangs britanniques, les vétérans se voient replongés dans le “hachoir à viande” d’une bataille d’usure telle qu’ils en ont connues vingt-cinq ans plus tôt. La lutte prend en effet l’aspect d’une bataille de Passchendaele ou du Mort-Homme à petite échelle.
Peu avant le coucher du soleil, après quatre heures de préparation d’artillerie, les deux derniers bataillons de la Division de la Garde débarquent à Kranji, à l’ouest de la jetée, pendant que le gros de la division attaque à nouveau vers le sud-ouest, au-delà du Sungei Mandai. En même temps, le bataillon caché depuis plus de trente-six heures au bord du Sungei Pang Suo émerge des marais et attaque sur un front de 800 mètres, entre la borne 13 miles de la route Bukit Timah/Woodlands à gauche et le village de Mandai à droite. Le 2e Loyal Regiment déployé dans cette zone, justement pour combattre les infiltrations, n’est qu’un bataillon en sous-effectif. Trop dispersé, il perd une compagnie, prise par surprise et anéantie. Les survivants du bataillon s’accrochent au coin sud-ouest du village, mais toutes leurs communications sont coupées, car le PC du bataillon a dû décrocher et fuir le temps que suffisamment d’hommes arrivent pour former un périmètre défensif. Le dernier message reçu avant que l’équipe des transmissions ne soit obligée de s’enfuir est justement un rapport de la 2e Compagnie de la Dalforce, plus au sud, dont des patrouilles ont repéré six heures plus tôt le bataillon japonais embusqué près du Sungei Pang Suo – mais l’avertissement a été retardé par les dégâts causés aux communications par les bombardements.
Le 5/11e Sikh Regiment, qui tient la côte à l’ouest de la jetée, est ainsi attaqué de front et menacé sur ses deux flancs, à droite par le gros de la Division de la Garde, à gauche par le bataillon embusqué. Il décroche alors de mille mètres pour reformer un front vers le nord, avec le 2/12e Frontier Force Rifles à sa droite. Le 2/18e Royal Garhwal Rifles se regroupe pour se replacer en réserve de la 22e Brigade indienne.
La perte du village de Mandai, à l’extrême gauche du front de la 9e Division Indienne, apparaît très dangereuse, car le village est le débouché de Mandai Road. Or, la route côtière étant coupée par les débarquements japonais, Mandai Road est le seul lien routier (et le seul lien téléphonique civil) entre la côte est et le centre de l’île dans la moitié nord de celle-ci. Le village de Mandai est aussi une brèche dans la “Northern Hill Line”, la ligne de défense qui se prolonge ensuite vers l’ouest. A l’est de la 22e Brigade Indienne, la 8e Brigade quitte la ligne de front pour reprendre des forces. Elle est relevée par la 21e Brigade. Alors que le soleil commence à se coucher, le 1/13e Frontier Force (21e Brigade) et le 2/18e Royal Garhwal sont lancés au secours du 2e Loyal Regiment. Les trois unités contre-attaquent les Japonais qui tiennent Mandai et reprennent le village de vive force.
………
Zone de défense de la côte ouest
Au nord, la 6e Brigade bénéficie d’un front relativement court et d’un terrain ferme, facilitant la construction de retranchements. Routes et pistes des plantations facilitent les communications par messagers, voitures de reconnaissance ou chenillettes légères, qui signalent l’arrivée des Japonais et leur déploiement. Mais un terrain ferme planté d’arbres rend aussi l’artillerie plus efficace qu’un terrain marécageux : les obus ne s’enfouissent pas dans la boue et les explosions arrachent aux arbres de redoutables éclats.
Ce terrain de bonne qualité a aussi facilité le débarquement des Japonais en réduisant leurs pertes, et leur permet d’organiser leurs forces sur une profondeur de 500 à 1 000 mètres avant de se mettre en marche. Cet avantage est d’ailleurs en partie aboli par la volonté des officiers japonais d’avancer le plus vite possible : leurs troupes se lancent à l’assaut tout le long de la ligne de défense, de nouvelles vagues se succédant jusqu’à ce qu’une brèche soit créée par le simple poids du nombre. Mais cette tactique coûteuse prend aussi du temps et quand le 2e East Surrey Regiment se voit forcé de se replier, il fait jour, ce qui lui évite la confusion et le désordre d’une retraite dans l’obscurité.
Du côté des 1/8e et 2/16e Punjab Regiment, le débarquement à 07h00 de renforts japonais menace de transformer le repli en déroute jusqu’à l’arrivée opportune du Northern China Volunteer Regiment (Régiment des Volontaires de Chine du Nord, NCVR), constituant la réserve de la brigade, qui contre-attaquent avec férocité. Les Chinois n’hésitent pas un instant à se jeter au corps-à-corps, hurlant des insultes en japonais. Des deux côtés, on se tue sans pitié, nul ne fait ni ne demande de quartier : aucun blessé incapable de se sauver par ses propres moyens ne survit à la lutte. La cruauté particulière de cette action vient de la haine intense que se vouent les deux camps – les Japonais ont combattu en Chine du Nord et les Chinois sont des réfugiés ou ont de proches parents dans cette région, qui a beaucoup souffert des exactions japonaises les années précédentes. De plus, beaucoup des officiers de ce régiment sont des Russes Blancs réfugiés en Chine, qui n’ont plus ni terre ni argent et considèrent la carrière militaire comme un moyen de retrouver leur honneur et leur fierté. Ils sont dans le même état d’esprit que leurs hommes, car ils n’ont plus rien à perdre. Le millier d’hommes du régiment se bat donc avec rage. Ils infligent des pertes sévères à leurs adversaires, mais sont débordés et ne doivent leur survie qu’à l’intensité et la précision du soutien d’artillerie de la Brigade et à l’obstination du combat d’arrière-garde livré par le 2e East Surrey Regiment, qui évite au régiment chinois d’être enveloppé et anéanti. « Nous n’avons fait qu’être fidèles à la tradition d’un régiment de l’armée de métier britannique d’avant-guerre » devait raconter avec flegme, bien après la guerre, un des officiers du 2e East Surrey.
A l’aile gauche de la 6e Brigade, le 1/8e Punjab Regiment s’est regroupé sur la dernière hauteur et a pris contact avec les bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regiment (Régiment d’Infanterie de Hong-Kong et Singapour, HKSIR) sur l’arrière de son flanc gauche. Là, ils subissent longuement la charge furieuse des troupes japonaises qui cherchent à percer le front allié pour prendre Ama Keng et isoler les forces britanniques au nord de ce carrefour. Sous la pression japonaise, le bataillon doit lutter pour sa survie et les troupes qui gardent la crête dominant les voies de retraite de la 15e Brigade, plus au sud, sont repoussées et ne peuvent être renforcées pour contre-attaquer. Le 1/8e Punjab Regiment résiste pourtant avec acharnement contre des troupes très supérieures en nombre. Malgré la maîtrise totale du ciel exercée par l’ennemi, ses hommes s’accrochent à chaque colline, dirigeant le tir de l’artillerie anglaise sur les brèches ouvertes entre leurs propres positions. Tout comme les Britanniques et les autres soldats indiens qui luttent ce jour-là pour chaque pouce de terrain, ils méritent l’hommage grinçant du maréchal Soult, qui estimait que “les Anglais sont de mauvais soldats : leurs flancs tournés, leur centre percé, ils tiennent toujours et refusent de voir qu’ils sont battus…”

Plus au sud, la 15e Brigade indienne se compose du 2/9e Jat Regiment, des 1 et 5/14e Punjab Regiment et du 1er Leicestershire Regiment, appuyés par le Hong-Kong & Singapore Infantry Regiment. Le 2/9e Jat Regiment subit une attaque massive de la 5e Division japonaise, et les autres bataillons doivent reculer avec lui vers la Ligne Jurong pour éviter d’être isolés.
………
Nuit du 8 au 9 avril 1942 – Commandement de la Forteresse de Singapour
…… “Informés par le commandant de la batterie fixe de Pasir Laba qu’en raison des intenses bombardements, toutes les communications avec les unités de campagne sont coupées, sauf pour les unités d’infanterie les plus proches. Les communications ne sont plus possibles que sur les lignes de sécurité de la Forteresse de Défense Côtière. Débarquements ennemis en force sur les fronts tenus par les 6e et 15e Brigades Indiennes observés aux points indiqués ci-après. Violents tirs de l’artillerie ennemie à partir des endroits indiqués ci-après en Sud-Johore.” …… “L’autorisation d’ouvrir le feu étant déjà donnée par les ordres permanents de la batterie et de la Forteresse, le commandant de la batterie de Pasir Laba engage des cibles à terre en sud-Johore et d’autres sur l’eau dans le détroit ouest de Johore avec des obus explosifs, tout en illuminant ces cibles avec des obus éclairants, des fusées et des projecteurs.” …… “Le Commandement de Fort Canning rapporte des tirs répétés à partir des positions avancées de la 15e Brigade de fusées de signalisation demandant des tirs défensifs, mais qui ne semblent pas recevoir de réponse de notre artillerie de campagne.” …… “Requêtes répétées adressées au Commandement AA et de la Zone Sud à Fort Canning et au Commandement de la Région Malaisie à Simme Road.” …… “Le Commandement AA et celui de la Forteresse autorisent le tir à longue portée sur coordonnées cartographiques par les batteries de Défense Côtière de 15 pouces, 9,2 pouces et 6 pouces en fonction des directives d’ouverture du feu, et autorisent le tir des batteries AA de 3,7 pouces sur des cibles en Sud-Johore, visant des batteries ennemies et des concentrations de troupes, en fonction des règles de contre-batterie de la Forteresse et des informations des patrouilles “I”.”


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Juil 20, 2012 14:07; édité 3 fois
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 10:30    Sujet du message: Répondre en citant

“Restrictions de tir des batteries AA, car le travail de jour des servants des batteries exige qu’ils prennent du repos. Cependant, plus de 3 000 coups sont tirés en soutien de la zone Ouest.” …… “A 07h00 environ, toutes les communications avec Pasir Laba sont interrompues.” ……
………
Nuit du 8 au 9 avril 1942 – Commandement de la Région de Malaisie
…… “Toutes les communications vers le QG avancé de la 11e Division Indienne et vers toutes les unités de la ligne de front sont coupées, sauf par estafette ou par coureur. Les bruits de bataille sont si intenses dans ce secteur, comme dans celui de la Jetée, qu’il ne peut s’agir de simples raids ou d’une diversion à petite échelle.” …… “Les lignes téléphoniques vers R.A.F. Tengah fonctionnent, permettant de rétablir des communications indirectes avec la 11e Division Indienne. Sa situation paraît désespérée, avec de lourdes pertes en hommes et des pénétrations très profondes de ses positions défensives dans la partie sud du front tenu par la 6e Brigade et dans la partie nord du front tenu par la 15e Brigade.” ……
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
9 avril, 00h45 – Un groupe de blessés arrive au QG de la Brigade et confirme que le 2/9e Jat Regt tient toujours ferme autour de son QG de bataillon, mais a subi des pertes importantes. Les blessés sont accompagnés par deux hommes du 1/8e Punjab Regt de la 6e Brigade, qui ont traversé à la nage le Sungei Murai après que leur compagnie ait été totalement débordée et rapportent qu’environ un bataillon de Japonais poursuit leur compagnie qui bat en retraite. Ils signalent aussi des infiltrations japonaises massives vers l’arrière, en particulier entre les deux brigades.
01h00 – Le 5/14e Punjab Regt signale que toutes les positions de ses compagnies sont attaquées par d’importantes forces ennemies venant de l’arrière (du côté terre de ses défenses), et qu’elles sont engagées au contact, souvent à la grenade ou à la baïonnette.
01h15 – Le commandant du 1/14e Punjab Regt signale que l’ennemi est présent en force entre ses positions et celles du QG de la Brigade. Devant l’importance de ces infiltrations, il estime qu’il ne sert à rien de conserver ses positions présentes.
02h00 – Le 1/14e Punjab Regt a l’ordre de se replier comme requis.
Toutes les communications sont coupées avec le 2/9e Jat Regt et le 5/14e Punjab Regt, mais on continue d’entendre des bruits de combats très intenses venant de leurs positions.
Le 1er Leicestershire Regiment informe qu’un de ses coureurs est revenu du QG de la Division, où il a pu remettre son message.
02h30 – Brève pause dans la pluie d’obus japonais, permettant de percevoir que les bruits de combat venant de la position du 2/9e Jat Regt ont diminué d’intensité. Il faut redouter que le rapport de forces contre le bataillon ait été trop grand et que le pire soit arrivé.
Communications coupées avec le 1er Leicestershire Regiment.
03h00 – Après plus de quatre heures de combat, les restes du 2/9e Jat Regt (dont de nombreux blessés) rejoignent le périmètre du QG de la Brigade. Le 2/9e Jat Regt s’est replié après avoir subi 50 % de pertes sans en demander l’autorisation, car la présence d’ennemis en très forte supériorité numérique sur les deux flancs et l’arrière signifiait que tout délai entraînerait la perte de l’ensemble du bataillon. Pendant la marche, la colonne s’est séparée en trois et seul le groupe mené par le commandant du bataillon est arrivé. Il semble que les deux autres groupes aient perdu leur chemin au milieu des marais et qu’ils aient manqué les positions du QG dans l’obscurité.
Le 1/14e Punjab Regt signale qu’ils ont éliminé environ quarante-cinq ennemis rencontrés à la limite du périmètre défensif du QG de la Brigade, sur une hauteur, en train de se retrancher et de préparer des positions de tir.
Les coups de sonde japonais en divers points du périmètre de la Brigade permettent de garder les hommes en éveil, mais le manque de sommeil et de repos depuis une semaine fait sentir ses effets.
03h45 – Les servants des positions de DCA, installées sur une hauteur, signalent qu’un groupe de nos soldats est passé à distance du périmètre du QG et que des bruits de troupes en train de se retrancher viennent des positions probables de l’ennemi.
04h00 – Le 1/14e Punjab Regt s’est replié comme prévu et a pris position sur la partie nord du périmètre défensif du QG.
04h20 – Les servants de la DCA signalent qu’une patrouille japonaise est arrivée jusqu’à leur position. L’ennemi est venu de nos anciennes positions en face du QG de la Brigade. Comme les Japonais traversaient le terrain découvert dans cette zone, les tirs des batteries de DCA en ont abattu un certain nombre, mais les autres n’ont pu être repoussés qu’après un combat au corps à corps. Attention : de nombreux petits groupes d’Indiens traversent la zone d’où est venue la patrouille japonaise, il faut prendre soin de distinguer amis et ennemis avant d’ouvrir le feu.
05h00 – La compagnie “C” du 1/14e Punjab Regt signale qu’elle a été attaquée et qu’il y a des mouvements de troupes japonaises vers l’est et le sud-est du QG de la Brigade. La compagnie “C” répond vigoureusement à l’ennemi ; elle a éliminé six armes automatiques très gênantes et quelques petits groupes d’ennemis qui avaient créé des problèmes le long du périmètre défensif du QG de Brigade. Néanmoins, ces actions n’ont pas été sans pertes, et le nombre de blessés devient un sérieux problème.
05h45 – La compagnie “C” du 1/14e Punjab Regt signale qu’elle a de nouveau été attaquée, cette fois par des forces beaucoup plus importantes. Elle a infligé de lourdes pertes à l’ennemi avec l’aide de son peloton de chenillettes. Il semble que les Japonais tentent de repousser nos Brigades à l’écart de la piste menant vers l’arrière de la Division, piégeant la 15e et enveloppant la 6e.
Les tireurs embusqués dans les arbres font des victimes et commencent à devenir très nocifs, jusqu’à ce qu’un groupe improvisé de volontaires très courageux s’exposent volontairement en courant d’un point à un autre à découvert. Ils réussissent ainsi à localiser plus d’une quinzaine de tireurs. Ceux-ci sont alors rapidement éliminés par des tirs concentrés sur les hévéas où ils sont perchés.
06h00 – Bref message du 5/14e Punjab Regt indiquant que toutes ses compagnies sont très durement engagées depuis quatre heures et ont subi des pertes. Le bataillon a perdu le contact avec ses compagnies “A” et “B” à 05h00 et a commencé à se replier pour former un périmètre de défense de bataillon. La Brigade ordonne au 5/14e Punjab Regt de se retirer jusqu’au périmètre de la Brigade à la première occasion.

…… “A ce moment, le QG avancé de la 11e Division Indienne signale des tirs à 400 yards de ses positions et il devient clair que les infiltrations ennemies ont complètement traversé la zone de la 15e Brigade” …… “Ordre de retraite générale donné à la 6e Brigade Indienne et rassemblement de toutes les réserves de la division pour former une nouvelle ligne de défense en arrière de l’ancienne position de la 15e Brigade Indienne” …… “Le QG avancé de la 11e Division Indienne doit être pour l’instant déplacé à Bullim.” ……

06h30 – L’assaut sur le périmètre défensif de la Brigade commence par l’arrivée d’avions ennemis, qui observent et mitraillent tout ce qui bouge à l’intérieur du périmètre. Cette activité aérienne assez peu intense fournit aux tireurs de la DCA beaucoup de bonnes cibles, mais ils doivent bientôt abaisser leurs canons pour engager des cibles terrestres à courte distance. Par dessus le marché, l’intensité des tirs de mortiers et de canons s’accroît.
A ce moment, 105 hommes du 5/14e Punjab Regt qui s’étaient égarés rejoignent le périmètre de la Brigade après s’être frayé un chemin en combattant. De nombreux petits groupes et même des soldats isolés continuent à parvenir au périmètre, au fur et à mesure qu’ils réussissent à retrouver leur chemin à la lumière du jour. Beaucoup sont passés, par chance, à travers des formations japonaises sans les voir et sans être vus, car telle est la nature de la guerre de brousse.
06h45 – Il faut élargir le périmètre défensif de la brigade pour limiter les pertes dues à l’entassement de plus en plus d’hommes sous des obus ennemis de plus en plus nombreux, mais aussi pour gagner de la place afin de pouvoir organiser une percée si nécessaire. De plus, maintenant que le soleil est levé, les Japonais peuvent tirer directement au centre du périmètre de la Brigade et dans le poste médical à partir de quelques petites hauteurs qui dominent le secteur. C’est pourquoi on décide de lancer des attaques limitées.
Des groupes d’hommes venant d’unités variées se rassemblent sous les ordres de quelques officiers et se lancent à l’assaut sous un feu violent, dans le sillage de plusieurs chenillettes vraiment à tout faire (universal carriers). Les obus des mortiers de 2 et 3 pouces sont malheureusement épuisés, les empêchant d’appuyer l’attaque. Les mortiers et les canons sans recul japonais démolissent une chenillette après l’autre, mais les petits engins, même immobilisés, continuent à accompagner l’infanterie, tirant sans arrêt pour l’appuyer. Vingt fois l’infanterie est clouée au sol par le tir de flanc d’une mitrailleuse lourde, et vingt fois de petits groupes ou des hommes seuls nettoient le nid de mitrailleuse à la grenade, ouvrant la voie à leurs camarades le long de petites lignes de crête. Les Japonais se regroupent hors de portée de grenade à main, leurs canons sans recul poursuivant leurs ravages, embusqués à l’écart de la ligne de tir des fusils. Finalement, quelques hommes armés de lance-grenades s’avancent et éliminent les servants des canons.
Comme c’était prévisible, ces attaques coûtent cher. De plus en plus de blessés affluent dans les F.A.P. (Forward Aid Post, poste de secours avancé) et les F.D.S. (Forward Dressing Station, antenne de pansement avancée) organisés grâce au regroupement des équipes médicales de la Brigade et des bataillons.
07h00 – Douze camions et six ambulances quittent le périmètre de la Brigade, emportant les blessés les plus graves, dans l’espoir qu’à la lumière du jour, les Japonais reconnaîtront et respecteront la Croix-Rouge. C’est un désastre épouvantable. Les avions japonais mitraillent le convoi, l’artillerie et les mortiers le prennent pour cible, les mitrailleuses couvrant la route ouvrent le feu sur les véhicules lourdement chargés et qui roulent lentement. On ignore ce que sont devenus les conducteurs, les blessés et les infirmiers.
07h10 – Des hauteurs qu’ils occupent, les servants de la DCA signalent qu’à 07h00, ils ont aperçu de loin des groupes de bombardiers en piqué en train d’attaquer, des bouffées de fumée d’obus de Bofors explosant dans les airs ainsi que des colonnes de fumée et des nuages de poussière et de débris s’élevant du côté de la batterie de Fort Pasir Laba. A ce moment cessent les éclairs réguliers des canons tirant sur des cibles en Johore et sur les embarcations japonaises dans le détroit ouest de Johore. Il semblerait que la garnison du fort (des Britanniques, des Punjabis et des volontaires indigènes) soit restée à son poste, tirant jusqu’au bout, car son feu ne s’est interrompu à aucun moment, alors même que les avions attaquants approchaient. Il nous faut en parler ici, car durant toute cette pénible nuit, les éclairs de ces canons et les gerbes de flammes jaillissant des bateaux japonais touchés ont réconforté quelque peu les hommes de la Brigade. Pourtant, aucun son n’était perçu, car le vacarme général de la bataille réduisait le bruit de ces événements à un grondement étouffé dans le lointain.
08h10 – Environ 500 Japonais font irruption sur le flanc droit et pénètrent dans le périmètre défensif. Ils arrivent en rangs serrés, et cette masse compacte se heurte à une cinquantaine de nos hommes. Ce sont les équipages démontés d’un peloton de chenillettes qui, en plus de la mitrailleuse légère standard pour chaque équipe de trois hommes, dispose de quelques vieilles Lewis à usage anti-aérien. En tout, ils disposent d’une vingtaine de mitrailleuses légères, dont la puissance de feu brise l’attaque et balaie les assaillants.
Les survivants se mettent à couvert, installant des nids de mitrailleuses à l’intérieur du périmètre. Il faut pour les éliminer une attaque de 200 hommes du 5/14e Punjab Regt.

…… “Les Punjabis se sont levés comme un seul homme et ont suivi le Major Faray, qui les a emmenés au pas cadencé sur une petite pente dégagée, sous les tirs japonais. Comme c’était prévisible, le Major est tombé, tué raide. Mais comme c’était prévisible aussi, quand on connaît un peu les Punjabis, ça les a rendu furieux. Il y a juste eu un cri, “Le Major est mort”, et sans un mot, ses hommes se sont rués sur les Japonais et les ont littéralement massacrés, au fusil mais surtout à la baïonnette.” ……

08h15 – Le Brigadier Garrett décide de faire un effort coordonné pour briser l’encerclement japonais vers l’arrière, en longeant les bords du marais. Cette tentative est le seul espoir de la Brigade, car il est évident que l’ennemi est présent en force sur les crêtes et sur les principales pistes menant vers l’arrière.

…… “Plus longtemps l’ordre de décrocher était retardé, plus le risque de voir détruit tout ce qui restait de la Brigade était grand. On pouvait espérer que les bords du marais ne seraient pas surveillés et permettraient d’avancer assez vite, plus ou moins à couvert. Mais la décision n’était pas facile, des tas de choses pouvaient mal se passer.” ……

Selon la manœuvre prévue, plusieurs groupes successifs doivent se diriger vers les marais à l’arrière du périmètre de la Brigade, puis traverser le Sungei Berih, dont les eaux sont heureusement basses. Enfin, chaque groupe devra trouver son chemin jusqu’au QG de la Division, sur Ama Keng Road.
La décision est d’autant plus douloureuse qu’il faut laisser en arrière trois cents blessés qui ne peuvent être transportés. Un médecin, six infirmiers et vingt autres non-combattants (porteurs d’eau, serveurs du mess, balayeurs et autres), tous arborant des brassards à croix rouge, se portent volontaires pour rester avec les blessés, sous la protection incertaine d’un grand drapeau de la Croix-Rouge.
09h10 à 13h00 – Un sous-officier de la section “I” du bataillon conduit un groupe de 75 hommes, plus 75 autres qu’il recueille en chemin, jusqu’à la route principale d’Ama Keng. Tout le reste de la journée, des équipes de “récupération” patrouillent sur la route d’Ama Keng, ramenant des groupes ou des hommes isolés.
Une partie du 5/14e Punjab Regt, menée par le commandant du bataillon, arrive au QG de la Division. Le QG de la Brigade et un point de rassemblement sont établis à l’extrémité sud de la base aérienne de Tengah.
A 13h00, la Brigade reconstituée n’a encore que la force d’un petit bataillon (510 hommes), avec deux compagnies composites du 1/14e Punjab Regt et du 5/14è Punjab Regt, plus une compagnie de soixante hommes du 2/9e Jat Regt. Le QG de la Brigade n’a plus de transmissions, il lui reste un peloton mixte de 13 chenillettes et seulement des troupes de l’échelon “B” avec une centaine de véhicules de transport.
Les pertes en équipement de la Brigade (en dehors du 1er Leicestershire Regiment) ont été très lourdes. Elles se montent à 26 chenillettes, 50 camions, 12 canons Bofors AA de 40 mm, 36 mortiers de 3 pouces, 36 mortiers de 2 pouces, 36 fusils antichars, 24 mitrailleuses moyennes Vickers, au moins 150 mitrailleuses légères Bren et Lewis L.M.G, environ 2 000 fusils et pistolets.
Pour la nuit du 8 au 9 avril 1942 et les heures suivantes, jusqu’à ce que la 15e Brigade d’Infanterie Indienne (sauf le 1er Leicestershire Regiment) soit officiellement désengagée, les pertes se montent à 30 officiers et 777 sous-officiers et soldats en 16 heures de combat. Au moment du début de l’action, à 20h00, les forces de la 15e Brigade déployées dans la zone de combat (trois bataillons indiens et les unités du QG de la Brigade) étaient de 2 720 hommes (auxquels il faut ajouter les 840 hommes du 1er Leicestershire Rgt). Les unités britanniques ont perdu 195 hommes sur 450. Le 1er Leicestershire Rgt n’a que 24 blessés (touchés lors du bombardement initial et des tirs de harcèlement qui ont suivi).
Il faut remarquer qu’en raison de la configuration du terrain, des chenillettes et la plupart des camions n’étaient pas dans la zone de combat et que quelques détachements étaient occupés à d’autres tâches, tandis que beaucoup d’hommes, notamment beaucoup de nouveaux arrivants dans les pelotons de fusiliers, souffraient de diverses affections bénignes. Pour ces raisons, au moins 500 hommes n’étaient pas dans la zone de combat durant les opérations du 8 au 10 avril.
19h00 – Les 510 hommes présents à 13h00 ont été rejoints par 600 autres, qui s’étaient égarés et ont pu rejoindre dans l’après-midi, ou qui ont été légèrement blessés et qui, pansés, peuvent retourner au combat.
………
Alors que les 6e et 15e Brigades battent en retraite, les quatre bataillons du Hong Kong & Singapore Infantry Regiment doivent les couvrir en bouchant l’énorme trou qui s’étend du Sungei Karanji à droite au 1er Leicestershire Rgt, en plein repli, à gauche. Jusqu’en fin de soirée, les Japonais alternent entre infiltrations et attaques en règle, usant rapidement les défenseurs, qui, à la fin de la journée, ont perdu 2 000 hommes sur 4 000 – mais les deux brigades ont pu reconstituer leur front. Cependant, le courage de ces troupes relativement improvisées ne suffirait pas si, à ce moment, les Japonais pouvaient lancer des troupes fraîches dans la bataille. Fort heureusement, si les défenseurs sont très inférieurs en nombre, ils sont relativement frais, alors que les attaquants sont fatigués. Ce manque de troupes fraîches chez les Japonais est dû aux pertes subies par les bateaux de débarquement lors de la première phase de l’opération, à l’encombrement des points d’embarquement en Johore, où les bateaux reviennent chargés de blessés, aux besoins en ravitaillement et en munitions, et au fait qu’il faut utiliser une partie des bateaux transportant l’infanterie pour assembler des embarcations capables de transporter de l’artillerie, des camions et des chars.
………
Côté britannique, les dommages subis par les lignes téléphoniques et par les quelques routes et pistes existantes ne font que souligner les insuffisances du système de communications par rapport à la taille des forces déployées ou disponibles, qui provoquent des délais dans l’envoi des réserves que l’on a pourtant décidé de mobiliser le 8, vers minuit. Malgré tout, petit à petit, le commandement réussit à se représenter correctement la situation tactique et à réaliser l’importance de la bataille qui se déroule dans l’ouest (voir appendice 2).
Le 9 avril à minuit, les pertes sont de 1 400 hommes sur 5 700 pour la 6e Brigade (dont 460 sur mille hommes pour le NCVR). Elles atteignent 1 000 hommes sur 3 200 pour la 15e Brigade, et 2 000 hommes sur 4 000 pour le HKSIR.
………
Zone de défense sud-ouest
De 08h00 à 10h00, les bombardiers en piqué de l’Armée japonaise attaquent les deux petites batteries de canons de 4 pouces défendant la côte sud-ouest de l’île de Singapour, les plus proches des îles occupées la veille par les Japonais.
La 46e Brigade d’Infanterie indienne n’est touchée que par quelques obus et une attaque aérienne isolée mais très violente. Comme la situation au nord se détériore, la brigade reçoit l’ordre de se replier, d’abord pour couvrir le flanc sud de la 11e D.I. indienne, puis pour tenir l’extrémité sud de la ligne Jurong.

………
Premier bilan
Après un jour et demi d’une lutte sanglante, les combats s’apaisent quelque peu, du fait de l’épuisement des hommes et non pour respecter un plan ou un ordre quelconque. Les gains japonais sont substantiels, bien que cher payés.
Selon certains historiens, le général Yamashita avait confié exprès la mission la plus difficile à la Division de la Garde pour punir les désobéissances répétées de cette grande unité, qui, malgré son nom, n’était pas une formation d’élite, mais plutôt réservée à des jeunes Japonais de bonne famille. Au soir du 9 avril, les Gardes contrôlent une tête de pont large de 4 000 mètres et profonde de 400 mètres à l’est et de 1 500 mètres à l’ouest. La plus grande partie du terrain conquis est marécageux, notamment autour de l’embouchure du Sungei Pang Suo.
Trois mille mètres à l’ouest de la jetée, cette zone rejoint la partie de l’île occupée par les 5e et 18e Divisions, qui atteint le Sungei Kranji et s’étend vers le sud, à mi-chemin du village d’Ama Keng et de l’ancien terrain d’aviation de Tengah, jusqu’au Sungei Berih.
En vingt-huit heures, au prix de lourdes pertes, les Japonais se sont donc emparés de l’angle nord-ouest de l’île. Les troupes du Commonwealth ont eu plus de 6 000 morts et blessés, mais ils occupent toujours leurs positions défensives les plus importantes et leurs forces principales sont intactes.

Washington D.C. – La nouvelle de l’attaque japonaise contre Singapour parvient à la délégation britannique pendant la Conférence Interalliée. A midi, Winston Churchill demande une suspension de séance pour avoir un entretien personnel avec le Président Roosevelt. Très préoccupé, Churchill demande au président américain que l’US Navy entreprenne une action énergique contre Truk et les Mandats, afin de distraire des forces japonaises du Pacifique Sud-Ouest et de l’Océan Indien. Roosevelt promet de renforcer les défenses de l’Australie et d’envoyer une escadre aéronavale opérer à partir de Nouméa si le Royaume-Uni est prêt à envoyer dans la région de nouvelles unités navales.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte sud de l’Australie, 07h30 – Le I-6 aperçoit, 25 nautiques au large de Warnambool, le HMS Edinburgh Castle (13 329 GRT). Cet ex-paquebot de l’Union Castle Line, lancé en 1910 et converti au début de la guerre en transport militaire, est utilisé depuis le début de la guerre pour des navettes entre l’Afrique du Sud et Melbourne, bien qu’il ne puisse dépasser 10 nœuds. Ce jour-là, il transporte 800 hommes, soldats, marins et aviateurs, avec du matériel militaire. Il est escorté par l’AMC Bulolo et les chalutiers armés sud-africains Mooivlei et Blomvlei. Sur quatre torpilles lancées, une seule touche, mais elle suffit pour sceller le destin du vieux bâtiment, qui coule assez vite. Les deux chalutiers mènent une chasse enthousiaste sinon efficace, qui a quand même le mérite d’éloigner le I-6 pendant que le Bulolo secourt les survivants, mais 200 hommes sont perdus.


10 avril
Bataille de Singapour – I

D’après le compte-rendu des opérations fait par l’état-major de la Région de Malaisie.
Est du secteur de la Jetée – Le Commonwealth contre-attaque.
03h00 – Les Britanniques donnent aux Japonais un petit goût de ce qu’était la guerre en France vingt-cinq ans plus tôt. Sur un front de 2 000 mètres, 2 500 hommes attaquent, mais pas avant une soigneuse préparation d’artillerie, confiée à plus de 250 canons. En une heure, ces derniers pulvérisent le 5e Régiment de la Garde avec 400 tonnes d’obus, et expédient 200 tonnes de métal et d’explosifs sur les positions du reste de la Division de la Garde, à l’ouest, où ce “tir de suppression” fait de gros dégâts et étouffe toute velléité de secourir le régiment attaqué. Les artilleurs britanniques donnent ainsi aux Japonais une leçon qu’eux-mêmes ont durement apprise en 1916, sur la Somme, où leur barrage d’artillerie avait été long et intense, comme celui des Japonais les jours précédents, mais, comme lui, avait été trop peu concentré et composé d’obus de trop petits calibres. Les tirs britanniques de la nuit du 9 au 10, au contraire, sont concentrés et de gros calibres, comme en 1918. Et comme à cette époque, l’effet est dévastateur.
Le branle est donné par les trois 15 pouces de la Batterie de Johore, à Changi, avec des obus explosifs « courtesy of HMS Ramillies », selon le mot du commandant de la batterie. Aussitôt, la quasi-totalité des canons britanniques à portée de tir ouvrent le feu. La plupart matraquent la Division de la Garde, mais les 15 pouces et les 9,2 pouces ciblent les principaux réservoirs de carburant de la RAF enterrés près de Woodville dans le secteur de la Jetée, d’où le carburant s’échappe et s’écoule en ruisseaux de feu vers les rivières qui se jettent dans le détroit de Johore, sous les pieds des Japonais. D’autres canons engagent les batteries de l’île de Pulau Ubin ou du Sud-Johore, pendant que l’artillerie de la 11e Division s’en prend aux positions des 5e et 18e Divisions japonaises. En un instant, il semble que toute l’île s’illumine d’éclairs de départ, mais aussi de fusées de signalisation, d’obus éclairants, et en général de tout ce qui peut déguiser la véritable localisation des batteries. Du coup, la riposte de l’artillerie japonaise, quoique massive, est imprécise. Puis, au bout d’une heure, aussi vite qu’il avait commencé, le feu général s’arrête et les canons anglais reviennent à leur programme de tir habituel, prenant cette fois pour cible avec une précision redoutable les batteries japonaises qui ont désespérément tenté de soutenir leurs troupes (et qui, elles, ont manqué de l’expérience nécessaire pour penser à brouiller leur position).
Après 15 minutes de barrage “ouragan” et 25 minutes de barrage roulant, l’infanterie reprend sans difficulté tout le terrain non marécageux à l’est du Sungei Mandai Kechil, sur 550 mètres de profondeur. La première vague se compose des 1er et 2e Bataillons du Régiment des Volontaires de Chine du Sud, soit 1 500 hommes soutenus par 16 chars Valentine. Les Chinois avancent sans se soucier de nettoyer les poches de résistance, laissant ce travail aux mains expertes des Gurkhas de la deuxième vague, 1 000 hommes des 2/1er et 2/9e Gurkha Rifles (28e Brigade), qui vérifient chaque trou d’obus.
Les Japonais encore vivants et en état de se battre sont incapables d’opposer une résistance efficace. Battre en retraite est presque aussi impossible : derrière eux, il n’y a que les mille mètres d’eau du détroit de Johore ou le Sungei Mandai Kechil, qui semble charrier plus de pétrole en flammes que d’eau et dont les seuls gués sont couverts par les mitrailleuses et les mortiers britanniques, postés sur les collines alentour. L’obscurité n’est pas une protection, à cause d’une pluie d’obus éclairants et de nombreux projecteurs de DCA ou de phares de camions démontés, tandis que la fumée des incendies est repoussée vers Johore par le vent, masquant les canons japonais de l’autre côté du détroit. Et trois jours de bombardements variés ont réduit à néant la couverture de végétation.
Certes, les pertes du Commonwealth ne sont pas nulles : environ 500 hommes en une heure de combat sur le front nord. Mais les pertes japonaises dans ce secteur dépassent 3 000 hommes, presque tous tués. « Les Chinois et les Gurkhas prenaient leur travail très au sérieux, racontera un des officiers britanniques attachés à ces unités. Ils avaient tous d’excellentes raisons de penser qu’un bon Japonais était un Japonais mort, la principale étant qu’ils savaient pertinemment que l’ennemi, lui, ne se soucierait pas de faire des prisonniers asiatiques. Nous avons dû intervenir pour que quelques Japonais soient épargnés à des fins de renseignements et de propagande. » La forte proportion de morts parmi les Japonais s’explique aussi parce que ceux qui devraient se rendre, leur résistance étant sans espoir, se suicident ou se font tuer en lançant des charges absurdes aux yeux des Occidentaux.
Les Britanniques qui surveillent le trafic radio constatent que les Japonais perdent toute discipline radio, ne respectent plus les procédures et multiplient les appels en clair. De nombreux centres de communications ont en effet été atteints, les opérateurs tués ou blessés, les machines à coder endommagées…
Au lever du jour, le 5e Régiment de la Garde Impériale n’existe plus. Au total, les forces de la Division de la Garde sont réduites de 50 %, son bataillon blindé de reconnaissance est anéanti et toute son artillerie divisionnaire est hors de combat. Cependant, les Britanniques décident de ne pas attaquer à l’ouest du Sungei Mandai Kechil, où le terrain marécageux réduit l’effet des tirs d’artillerie et pourrait ralentir les attaquants et faciliter la tâche des défenseurs.
« Les Japonais n’avaient jamais subi pareille expérience. Ils étaient assommés. Cette approche scientifique et mécanique de la guerre, apprise au prix de millions de morts dans les tranchées de 14-18, était tout simplement étrangère à leur concept de l’esprit guerrier triomphant toujours d’adversaires moralement inférieurs. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Toute la journée du 10, l’artillerie japonaise dépensera des milliers d’obus pour bombarder les anciennes positions de la Garde, espérant ainsi punir les Britanniques de leur offensive, mais à l’aveuglette et le plus souvent en pure perte.
………
Ouest du secteur de la Jetée – Les Japonais insistent.
Dans la matinée, un régiment d’une nouvelle division et les derniers éléments de la Division de la Garde débarquent à Kranji, à l’ouest de la Jetée. Au partir de cette plage, les Gardes débarqués la veille poursuivent leur poussée vers le sud, à l’ouest de la voie ferrée, le long de la route Woodlands - Bukit Timah. Ils respectent ainsi à la lettre les ordres reçus deux jours plus tôt, malgré la victoire britannique de la nuit précédente.
Dans cette zone, les Royal Engineers ont littéralement ravagé le terrain en utilisant des chars Matilda II. Ces engins, la tourelle endommagée, sont hors de combat, mais ils ont pu traîner de lourdes chaînes d’ancre de marine, arrachant toute la végétation, qui a été ensuite arrosée de pétrole et brûlée. Des charges explosives ont encore augmenté le chaos et agrandi la zone envahie par l’eau.
Pourtant, sur ce terrain affreux, le 3e Régiment de la Garde avance de 500 mètres.
A sa gauche, le 4e Régiment attaque vers l’est pour accrocher les Britanniques et cacher la faiblesse des forces japonaises dans ce secteur. Il occupe quelques collines, qu’il reperd aussitôt face à de puissantes contre-attaques.
A droite du 3e Régiment, les renforts débarqués le matin attaquent avec quatre bataillons à l’est du Sungei Krangji. Ces unités avancent de 800 mètres sur un front de 800 mètres de large, grâce à un soutien aérien et à un appui d’artillerie constant.
Cependant, l’offensive est finalement bloquée par des contre-attaques locales des unités du Commonwealth, qui ont l’avantage du nombre.
………
Secteur Ouest – La 11e Division se replie.
Durant la nuit, la 11e Division indienne s’efforce de reculer lentement vers la ligne Jurong, sous les coups répétés des forces japonaises.
Au nord, à 02h00, couverts par l’artillerie de la division, les 1er, 2e et 3e bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regt (HKSIR) décrochent vers le village d’Ama Keng, par des sentiers forestiers dont les arbres ont été marqués au chiffre de chaque bataillon. Mais de petits groupes de Japonais se sont infiltrés avant le déclenchement du barrage et font de certains sentiers des pièges meurtriers.
Finalement, le HKSIR parvient à rejoindre son 4e bataillon et à se replier derrière les unités de la 6e Brigade, qui a elle-même décroché la veille et s’est disposée en arc de cercle pour couvrir Tengah Air Base. Le 1/8e Punjab Regt est installé en avant de la ligne principale, à un carrefour routier. Au nord, le 2/16e Punjab Regt appuie sa droite sur le cours du Sungei Tengah, tenu par la 4e Cie de la Dalforce. Au sud, le 2e East Surrey Regt, renforcé par douze chars Cruisers A9 enterrés, appuie sa gauche sur le Sungei Berih et sur une crête tenue par une partie du 2/9e Jat de la 15e Brigade. Plus loin, d’autres éléments de la 15e Brigade défendent la zone de Choa Chu Kang.
………
Secteur Ouest – Bataille de Tengah Air Base.
En début de matinée, la 5e Division japonaise lance un violent assaut vers l’aérodrome de Tengah, et se heurte à la résistance du 1/8e Punjab Regt. Alors que celui-ci est menacé d’encerclement, les pelotons de chenillettes de la brigade et le North China Volunteers Regt contre-attaquent, brisent la branche sud de la pince japonaise et permettent aux Punjabis de se replier.
Les Japonais récidivent à 13h00, sur un front de 2 500 mètres, avec un appui d’artillerie, d’aviation et de blindés. De nombreux chars sont détruits par les 2 livres antichars et les mitrailleuses font beaucoup de victimes dans l’infanterie, mais le nombre et l’acharnement des Japonais finissent par produire leurs effets et au bout de trente minutes, la ligne de la 6e Brigade est percée en plusieurs points. A 14h00, les défenseurs, débordés, doivent se replier, sous un barrage d’artillerie précis.
A 14h15, le commandement japonais lance une attaque surprise mûrement préparée : douze chars traversent le barrage d’artillerie de couverture, entourés par une bonne vingtaine de Bren carriers capturés, dont les équipages ont coiffé des casques britanniques typiques. Quelques chenillettes sont détruites par le barrage, mais la plupart des véhicules passent et tombent sur le HKSIR, repoussant le 4e bataillon et jetant le désordre et l’inquiétude dans les trois autres. La colonne fonce alors à travers les pistes de la base aérienne de Tengah, qu’elle traverse du nord-ouest au sud-est, y semant la panique et désorganisant le repli des unités de soutien de la 6e Brigade. Réalisant alors que l’infanterie n’a pas suivi, le chef de la colonne choisit la fuite en avant et traverse le Sungei Tengah, détruisant une vingtaine de camions et dispersant une équipe des Royal Engineers qui préparait la destruction du pont. Chars et chenillettes font alors irruption dans le village de Bulim, où ils plongent dans le chaos pour plusieurs heures le QG avancé de la 11e Division. Reprenant sa course vers l’est, la colonne traverse le Sungei Pen Siang et arrive au village de Keat Hong, où elle démolit les camions de munitions d’une batterie d’artillerie de campagne. Puis, approchant du village de Bukit Panjang, où Choa Chu Kang Road rejoint Woodlands Road, les neuf chars et la douzaine de Bren carriers survivants aperçoivent à 15h15 un train immobilisé, en cours de chargement, sur la voie ferrée qui traverse le village. Ils ouvrent le feu avec un bel élan sur le train… qui contient cinquante tonnes de munitions en cours d’évacuation de l’entrepôt de munitions de Kranji. Une explosion gigantesque balaye le village, anéantit la colonne japonaise, et écrase sous les débris deux ou trois cents hommes des troupes du Commonwealth qui travaillaient autour du train.
Pendant ce temps, la DCA de l’aérodrome forme une ligne de défense à la lisière est du terrain, ligne renforcée par de vieux chars Mk I et par le renfort de quelques-unes des compagnies qui battent en retraite à travers le terrain. Le 1/8e Punjab Regt, qui s’était replié dans le secteur après les combats de la matinée, se joint à cette force improvisée, avec un peu d’artillerie de campagne. Pendant plus d’une heure, ces troupes bloquent l’élan des Japonais qui poursuivent la 6e Brigade en retraite, en mettant à profit le parfait champ de tir que représentent les pistes.
………
Secteur Ouest – Bataille des Fermes Malaises (Malayan Farms).
Toute la journée, la 18e Division japonaise attaque l’aile sud de la 6e Brigade. En fin d’après-midi, malgré la résistance obstinée du 2e East Surrey Regt, qui protège la retraite du gros de la 11e Division indienne, les Japonais finissent par s’emparer des Fermes Malaises.
………
Secteur Sud-Ouest – Tentative de débordement par Choa Chu Kang.
Un peu plus au sud, un nouveau régiment japonais débarque en fin de nuit sur la rive gauche du Sungei Berih. Ne rencontrant d’abord aucune résistance, il progresse rapidement vers l’est et engage dans la matinée les arrière-gardes britanniques près du village de Choa Chu Kang, alors qu’il tente de déborder la 11e Division indienne. Le régiment se heurte d’abord à une compagnie de volontaires embusquée dans un défilé au sud de la colline 155, qui réussit à le tenir en respect. Les Japonais se lancent alors dans un double débordement classique.
Leur aile droite rencontre la compagnie D du 2/9e Jat, retranchée sur les hauteurs qui dominent le cimetière hindou. La colonne japonaise élargit alors son mouvement pour trouver le flanc gauche britannique et traverse les eaux boueuses du Sungei Tho Peh Kang, où la compagnie de tête se fait hacher par les tirs du reste du 2/9e Jat et de ses blindés d’appui. La colonne se rabat alors vers le centre, malgré les tirs de flanc du 2/9e Jat, repousse la compagnie D et entre dans le village de Choa Chu Kang avant d’être arrêté dans le cimetière chinois par la résistance acharnée de la compagnie de QG du 1er Leicestershire Regt.
Pendant ce temps, la colonne de gauche suit le cours du Sungei Poyan. En approchant de la Malayan Brick Works, les Japonais se retrouvent sous la paroi de la carrière alimentant l’usine et doivent progresser sur un front très étroit, entre la rivière et le bord de la carrière. Ils sont alors bien en vue d’un observateur d’artillerie posté sur la colline 155, qui dirige le tir d’une batterie sur la colonne. S’abritant au pied de la paroi, les Japonais voient un petit détachement de volontaires les arroser de grenades. Ils montent alors à l’assaut de la colline, d’où les défenseurs s’enfuient vers Choa Chu Kang.
Pendant ce temps, un détachement d’artillerie japonais s’est installé sur la colline 182, un peu plus à l’ouest, d’où il tient toute la zone sous son feu.
La compagnie de volontaires décroche alors et se disperse pour passer à travers les mailles du filet, mais la moitié des hommes seulement peuvent rejoindre les forces britanniques – le destin des autres est inconnu, mais comme il s’agissait de Chinois, il est fort probable que les Japonais n’ont pas fait de quartier. Après une contre-attaque de la compagnie B et du peloton de chenillettes, soutenus par quelques blindés, le 2/9e Jat se replie et abandonne Choa Chu Kang. Cependant, la tentative de débordement de l’aile gauche de la 11e Division a été mise en échec, et le régiment japonais a subi de lourdes pertes.
………
Ligne Jurong – Les Britanniques se préparent à la défense.
Finalement, après toute une journée de durs combats, le gros de la 11e Division réussit à se retirer à l’abri de la ligne Jurong.
Du nord au sud, sur cette ligne, le Commonwealth déploie la 2e Division de Malaisie (137e et 138e Brigades britanniques, avec la 55e Brigade en réserve) derrière le Sungei Tengah, pour protéger le flanc nord de la ligne. Puis les 44e et 45e Brigades Indiennes au centre, de la 17e Division Indienne, dont la 46e Brigade tient le sud de la ligne, à l’est du Sungei Jurong.
Très atteinte par les premiers combats, la 6e Brigade Indienne est retirée des premières lignes (ainsi que le HKSIR) pour reposer les hommes et réorganiser les unités. Moins touchées, les 15e et 28e Brigades Indiennes ont l’ordre de se préparer à remonter en ligne à partir du 11 avril. La 28e, la moins touchée, doit aller assurer le flanc sud des lignes du Commonwealth, près de la mer, à gauche de la 46e Brigade. La 15e doit se déployer sur le flanc droit de la 1ère Brigade de Malaisie, derrière le Sungei Pandan, pour garder les approches ouest de la ville de Singapour. La brigade a donc vingt-quatre heures pour se refaire une santé. Elles seront bien employées.
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
10 avril – Les hommes arrivés dans la nuit, à pied ou par divers moyens de transports (des charrettes à ânes aux autos civiles), sont en piteux état. Il en est de même des 680 qui rejoignent les rangs à la lumière du jour, avant midi. Tous sont aussitôt pris en mains, dénombrés, listés. Leurs blessures sont notées (pour leurs états de services et leurs pensions), de même que les numéros de série des armes et autres propriétés du Gouvernement de Sa Majesté Roi et Empereur des Indes qui manquent à l’appel.
L’Administration satisfaite, vient le tour de la Médecine. Les hommes sont déshabillés, douchés voire baignés (ce qui fait grand bien à leur moral autant qu’à leur physique), puis examinés et soignés par les médecins de la base. Il faut traiter correctement la moindre blessure, qui peut s’infecter, surtout sous le climat de Singapour. Pendant ce temps, les armes sont nettoyées et révisées. Les uniformes sont lavés par les blanchisseries de Singapour qui ont signé un contrat avec l’Armée (méfiante, celle-ci les fait cependant surveiller pour s’assurer que les vêtements séjournent bien trente minutes dans l’eau bouillante pour les débarrasser des parasites et insectes importuns).
Propres et vêtus de frais, les hommes se sentent mieux – et encore mieux une fois qu’ils ont dégusté un repas copieux et chaud, luxe dont ils avaient perdu l’habitude. Ils reçoivent ensuite leurs armes révisées, ou de nouvelles armes (pour lesquelles il leur faut signer à côté de leur matricule et du numéro de série des armes, l’Armée est ordonnée…). Petit à petit, la Brigade commence à renaître, quoique dans un style quelque peu différent. A court d’équipement récent, les services ont en effet commencé à distribuer du matériel vintage. Les treillis 1937 trop abîmés sont remplacés par des tenues 1908, du modèle utilisé durant toute l’Autre Guerre. Les mitrailleuses légères Vickers-Berthier ou Bren sont remplacées par de vieilles (mais fiables) Lewis, avec lesquelles les hommes commencent aussitôt à s’entraîner. Les mitrailleuses moyennes Bren des chenillettes sont remplacées par des Vickers…
Pendant ce temps, l’administration des bataillons est remaniée pour tenter de compenser le déficit en officiers et sous-officiers. Les fermes recommandations des Autorités Supérieures sont très claires : « L’administration du bataillon est en général effectuée par des sous-officiers expérimentés. Elle doit être réduite au minimum et tous les documents nécessaires doivent être remplis par du personnel de la base qui, en fonction des besoins, sera rattaché au QG de la Brigade ou du Bataillon. Les sous-officiers libérés seront utilisés pour former des pelotons de fusiliers supplémentaires. En ce qui concerne les pelotons de troupes spécialisées, le manque de personnel formé et entraîné pourra provoquer leur regroupement au niveau de la Brigade, ou leur dissolution pour mettre leurs officiers et sous-officiers à la disposition des compagnies de fusiliers. »
Dans le même but, des officiers australiens ont élaboré une nouvelle organisation des bataillons, incluant une réduction des véhicules à roues, gros consommateurs de carburant et de personnel, et dont l’intérêt est faible dans les conditions actuelles. Le commandement l’a approuvée, en grossissant encore le trait : « Le gros des cadres du bataillon fait partie du QG du bataillon et de sa compagnie. Cette répartition est en général nécessaire pour faire face au haut niveau de responsabilité qui leur incombe, mais qui concerne pour l’essentiel la conduite des opérations à long terme. Dans les circonstances présentes, aucune priorité n’est supérieure à celle de maintenir les effectifs combattants des pelotons de fusiliers, car ce sont les hommes sur le terrain, avec des fusils et des baïonnettes, qui décideront de l’issue des événements. Si nous ne gagnons pas aujourd’hui, ce qui se passera dans trois mois n’aura aucune importance. » Ainsi, le nombre maximum de véhicules à roues (non combattants) pour un bataillon passe de 74 à 27, ce qui libère notamment 47 chauffeurs.
09h00 – Quatre officiers d’état-major rejoignent la Brigade. Ils semblent trop vieux pour servir en campagne dans un bataillon d’infanterie, mais chacun d’eux arbore les rubans de la Military Cross ou du Distinguished Service Order, et ceux du Service dans des unités indiennes durant la Première Guerre… Enfin, plus important encore, tous parlent couramment urdu. Ils sont chaleureusement accueillis, car l’apport d’officiers ayant une solide expérience du combat et capables de communiquer sans difficulté avec leurs cipayes est sans prix.
10h15 – Deux directives du Haut Commandement nous rappellent l’importance des traditions de l’Armée. « Il a été récemment porté à notre attention par les dépôts que certains bataillons de l’ancienne garnison n’ont pas encore évacué vers l’Inde leurs Couleurs. Les préoccupations liées aux opérations et les habitudes acquises de longue date peuvent l’expliquer, mais les Couleurs du Roi et du Régiment ne doivent en aucune circonstance tomber aux mains de l’ennemi. Les Unités doivent d’urgence informer le dépôt de leurs intentions au sujet de leurs Couleurs ! A Hong-Kong, certains bataillons ont été obligés d’enterrer leurs Couleurs, mais à Singapour, l’évacuation par air est encore possible et recommandée. »
Les Japonais ne doivent pouvoir mettre la main sur rien ! « Le destin des trophées et des plats d’argent des Mess des Officiers et des Sergents des diverses unités est d’une particulière importance, ainsi que celui des objets d’intérêt historique conservés par les Unités, comme des instruments de musique, des souvenirs etc. Le Commandement de la Région Militaire de Malaisie en est comptable, car il s’agit de propriétés du Gouvernement de Sa Majesté. Il ne faut pas négliger les fonds parfois considérables et les autres propriétés des organisations créées par les Unités. Il est du devoir des présidents de mess ou de comité de prendre toute disposition pour que ces objets de valeur, même et surtout symbolique, ne tombent pas aux mains de l’ennemi. »
12h00 – Les hommes (qui ont perdu dans la bataille tous leurs objets personnels) ont une fort plaisante surprise : une attribution spéciale de cadeaux offerts par The Australian Comfort Fund. Chaque homme reçoit un paquet contenant un tube de dentifrice, un paquet de lames de rasoir, un savon, une boîte à savon, deux onces de tabac et un paquet de papier à cigarettes (ou quatre paquets de cigarettes), un cake aux fruits d’une demi-livre, deux paquets de chewing-gum, un bloc-notes.
13h30 – Autre bonne surprise : l’arrivée de 300 hommes de la base de Singapour, qui sont aussitôt répartis entre les unités et reçoivent un peu d’entraînement additionnel.
16h00 – Les bataillons pourraient être passés en revue, et le sont effectivement. Promotions et transferts sont officiellement annoncés et l’ordre du jour est lu aux hommes. La Brigade sera prête à remonter en ligne dès demain.
………
Pengerang – Les Japonais attaquent la dernière parcelle de Johore non occupée.
Des troupes japonaises mixtes (infanterie de la Marine, infanterie de l’Armée, sapeurs…), au total un bataillon renforcé, débarquent à l’est de la pointe sud de Johore. Il s’agit de la dernière parcelle de la péninsule malaise tenue par les Alliés, qui s’y accrochent en raison de la présence d’une batterie permanente de deux 6 pouces, qui couvre l’est du détroit de Johore, face à l'île de Pulau Tekong (où se trouve une batterie de 9,2 pouces). Les Japonais avancent à travers les plantations d’hévéas vers le Bukit Pengerang, une colline de 200 mètres qui domine la batterie, et se heurtent à la 1ère Compagnie des volontaires chinois de la Dalforce.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Iles Salomon – Sous la protection des DD Motsizuki, Mutsuki et Yayoi, des troupes japonaises sont débarquées à Bougainville. Une hydrobase est rapidement installée et les travaux d’agrandissement de la petite piste d’aviation commencent.
………
Liverpool – En début de matinée, le croiseur de bataille HMS Renown et le croiseur lourd HMS Shropshire quittent Liverpool vers « une destination inconnue ». Cependant, des équipements tropicaux ayant été embarqués, les équipages des deux bâtiments identifient rapidement leur destination comme le Pacifique ou l’Extrême-Orient. Le Shropshire, tout juste rénové à Chatham, a vu ses huit 4 pouces remplacés par quatre affûts doubles polyvalents, et il a gagné sept canons de 20 mm AA. Le navire a aussi reçu un système radar très complet (radars de type 281, 273, 285 et 282).

Le “siège” de l’Australie
Pretoria – Le gouvernement sud-africain accepte de prêter pendant six mois à son homologue australien les chalutiers armés Mooivlei et Blomvlei pour des missions d’escorte sur la côte d’Australie.


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Juil 20, 2012 14:08; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 10:39    Sujet du message: Répondre en citant

11 avril
Bataille de Singapour – I

Front nord
Les Japonais débarquent de nouveaux éléments de la division dont le débarquement a commencé la veille près de Kranji.
Les restes de la Division de la Garde attaquent vers l’est, sans succès, tandis que la division nouvellement débarquée attaque vers le sud. Le régiment débarqué la veille progresse vers l’entrepôt de munitions de Kranji, mais il est finalement arrêté par une contre-attaque de blindés britanniques et par le tir de l’artillerie de campagne, d’autant plus nourri qu’il apparaît que les munitions de l’entrepôt qui n’auront pas été dépensées vont bientôt devoir être détruites.
Devant l’accroissement des pertes de la 9e Division indienne (8e, 21e et 22e Brigades), le commandement britannique ordonne aux unités du génie de préparer une série de lignes de défense pour pouvoir la replier vers le sud, raccourcir le front, faciliter le ravitaillement et créer des réserves : 1. Rivière Sembawang – Collines – Réservoir de Seletar ; 2. Base navale – Collines – Réservoir de Seletar ; 3. Sungei Simpana – Base aérienne de Sembawang – Réservoir de Seletar ; 4. Sungei Seletar – Nee Soon – Réservoir de Seletar.
………
Front ouest
Sur la rive sud du Sungei Berih, la division japonaise qui a commencé à débarquer la veille poursuit son déploiement, grâce à un quai improvisé bâti par le génie.
Les 5e et 18e Divisions japonaises lancent des attaques répétées, de nuit comme de jour, cherchant avec acharnement la faille entre deux unités qui pourrait ouvrir une possibilité de débordement. Les Britanniques répondent aux poussées japonaises par de fortes contre-attaques locales.
A 11h30, après une intense préparation d’artillerie et d’aviation, les Japonais lancent leur principale attaque contre les 44e et 45e Brigades Indiennes, qui tiennent la “ligne Jurong avancée”. Infanterie et blindés subissent de lourdes pertes dans les champs de mines, mais leur élan n’en est pas affecté. Les attaquants se jettent dans les brèches des barbelés et des fossés antichars, ou acceptent sans sourciller de nouvelles pertes pour écraser les barbelés et combler les fossés. La première ligne de tranchées est abandonnée par les Britanniques, qui concentrent leur effort de défense sur les postes fortifiés des compagnies, autour desquels les mitrailleuses légères Vickers et les mortiers de 3 pouces font un véritable massacre dans les vagues d’assaut compactes de l’infanterie japonaise. Dans les tranchées se déroulent des combats au corps à corps. Les mitraillettes Thompson se montrent redoutablement efficaces et les combats à la baïonnette donnent l’avantage au fusil anglais, plus court donc plus maniable, et au soldat européen, entraîné de façon plus réaliste et en général plus musclé. Encore et encore, les Japonais se jettent sur les défenses adverses, encore et encore, ils subissent des échecs sanglants.
Les Britanniques sont stupéfaits par les tactiques d’assaut japonaises, qui privilégient absurdement l’ordre serré. Les formations japonaises se fient à la masse, à la vitesse et à “l’esprit du guerrier” pour surmonter toute opposition, matérielle ou humaine. Les unités qui chargent deviennent rapidement des masses incontrôlables, et des cibles impossibles à rater. Cent fois les unités repoussées se regroupent bien en vue et à portée de fusil des défenseurs. Quand ceux-ci ouvrent le feu, les Japonais resserrent encore les rangs pour former un bloc prêt à charger – l’exact opposé des pratiques de toutes les autres armées modernes.

…… « Un tel comportement ne pouvait avoir de sens que sur les champs de bataille envahis de fumée des années 1880-1900, où la combinaison des armes à tir rapide et des munitions à poudre noire provoquait une rapide baisse de la visibilité. Tout se passait comme si l’armée japonaise était prisonnière de ses victoires de la guerre sino-japonaise à la fin du XIXe siècle et de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. En toute honnêteté, il faut se souvenir que l’armée britannique a mis quatre-vingt-dix ans pour se débarrasser de l’état d’esprit de “Waterloo 1815” et des autres victoires de Wellington. » (Un officier anglais de la 44e Brigade, cité par P. N’Guyen-Minh, op. cit.) …… « On sait aujourd’hui que chaque bataillon d’infanterie japonais à Singapour avait déployé une compagnie d’assaut “coréenne” chargée de mener les attaques. Ces compagnies ont représenté un pourcentage disproportionné des morts japonais. »…… (P. N’Guyen-Minh, op. cit.)

Les unités japonaises attaquent sans cesse, jusqu’à être si affaiblies que tout progrès devienne évidemment impossible. Parfois, de petits groupes d’hommes se fraient un chemin au delà de la ligne de défense avancée, pour se faire abattre par les tirs de loin de l’infanterie britannique de la réserve ou de la ligne principale, 500 à 200 mètres plus loin.
L’artillerie britannique se limite à de brefs mais très violents bombardements dirigés contre les canons ou les blindés japonais, pour réduire le risque d’une attaque de bombardiers en piqué, qui rôdent en quête d’une batterie à éliminer. En pratique, l’affrontement est d’abord une “bataille de soldat”, décidée par “the poor, bloody infantry”.
Au coucher du soleil, les Britanniques comptent 18 chars ennemis incendiés, 1 209 Japonais morts sur les barbelés et autour (ou à l’intérieur) des positions de défense, et 115 Japonais blessés et prisonniers. Là encore, le nombre de morts japonais est accru par le refus de toute reddition, même lorsque la poursuite du combat est visiblement futile, et par des suicides, notamment chez les blessés. Le nombre de morts japonais à distance des lignes de défense est inconnu, mais certainement élevé.
Les pertes des deux brigades britanniques se montent à 297 morts, 605 blessés et 67 disparus, présumés morts. Presque toutes ces pertes touchent les unités en première ligne.
………
Sud-Est de Johore
La force de diversion japonaise continue à menacer la batterie côtière de Pengerang.
………
Sur tous les fronts, l’accroissement des pertes et la fatigue des hommes préoccupent le commandement du Commonwealth. Depuis la nuit du 8 au 9 avril, l’action est continue, sans pause réelle, car même à l’arrière du front, les hommes sont soumis à la menace des bombardements de l’aviation ou de l’artillerie. Au contraire, les Japonais ne sont pas soumis à un stress similaire lorsque leurs chefs leur octroient un moment de repos. Cependant, les quatre bataillons de la 15e Brigade Indienne (2/9e Jat Regt, 1/8e et 5/14e Punjab Regt, plus le 1er Leicestershire Rgt, bataillon de réserve composite) remontent en ligne. Ils doivent dans la soirée se déployer autour du Jurong Trig et de la Colline 85, sur Jurong Road, à droite de la 1ère Brigade de Malaisie).
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Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
11 avril – La Brigade est prête au combat, avec un effectif de 2 753 hommes (sur 3 230 trois jours plus tôt). Cet effectif comprend un certain nombre de blessés légers.
– 1er Leicestershire Regiment (840 hommes) – Il s’agit en fait d’un bataillon de réserve composite.
– 2/9e Jat Regiment (504 hommes) – Compagnie de QG à 50 % et trois compagnies de fusiliers seulement.
– 1/8e Punjab Regiment (706 hommes) – Compagnie de QG à 50 % et quatre compagnies de fusiliers.
– 5/14e Punjab Regiment (703 hommes) – Compagnie de QG à 50 % et quatre compagnies de fusiliers.
Si la plupart des compagnies de fusiliers ont pu être reconstituées, les pertes en spécialistes entraînés font que les compagnies de QG sont en net sous-effectif, ce qui affecte sévèrement l’efficacité au combat et la souplesse d’emploi des bataillons et de la brigade.
Les bataillons se mettent en marche en fin d’après-midi sous une pluie battante, salués à la sortie de leurs cantonnements par l’excellent orchestre militaire du Corps des Volontaires locaux (apparemment constitués à partir des meilleurs orchestres de danse de la ville de Singapour). Les véhicules de matériel et d’approvisionnement suivent.
Les colonnes sud empruntent Bukit Timah Road puis Reformatory Road avant de s’engager sur une piste au milieu du Domaine de Sleeepy Valley. A mi-chemin du front, la piste se divise en deux, à droite vers Jurong Trig, à gauche vers la Colline 85. En dépit d’un beau clair de lune et de quelques incendies, la densité de la végétation fait régner au sol une nuit d’un noir d’encre. Chaque homme doit tenir le fourreau de baïonnette de celui qui le précède pour ne pas se perdre. A gauche, le terrain devient marécageux, et les pieds fatigués ont du mal à s’extraire de la boue. Chacun tire de plus en plus fort sur le fourreau de l’homme qui le précède, lui écrasant les tripes. Chaque pas est un chuintement titubant au milieu d’une fondrière, dans le noir complet. Enfin, un sol plus ferme est atteint grâce à une piste qui monte sur la gauche. Mais à leur arrivée sur la Colline 85, les hommes sont hors d’état de faire autre chose que former un périmètre défensif, poster des sentinelles et envoyer quelques patrouilles, avant d’essayer de dormir un peu malgré les bruits de bataille qui semblent à présent tout proches. Les derniers des colonnes n’arriveront qu’à 03h30.
Les colonnes nord n’ont pas été mieux loties. Elles sont passées par Bukit Timah Road puis Jurong Road, mais elles ont été morcelées et retardées par des véhicules incendiés par l’aviation japonaise qui bloquaient les routes. Elles ont dû emprunter des pistes pour les contourner.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouvelle-Guinée – Les DD de la Marine Impériale Tokitsukaze et Yukikaze, accompagnés du TB Tomozuru, débarquent des troupes à l’ouest de la grande île, à Sorong et Sarmi/Hollandia.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte est de l’Australie, 15h00 – Le Ro-67 torpille le transport américain isolé Mormacsea (7 773 GRT, ex-Sea Panther, US Maritime Commission, en route pour Melbourne avec un chargement militaire et des avions stockés sur le pont). Une des deux torpilles tirées par le Ro-67 stoppe le gros transport, mais celui-ci ne coule pas et il faut deux autres torpilles pour l’achever.


12 avril
Bataille de Singapour – I

Front nord
Le débarquement d’une nouvelle division se poursuit à l’ouest de la Jetée, par le quai de Kranji et le quai “Pineapple” dans le Sungei Pang Sau. En fin de journée, cette division sera identifiée comme la 27e D.I. Ses unités vont au fur et à mesure renforcer la poussée vers le sud, en direction de l’entrepôt de munitions de Kranji (carré 7221) et des réservoirs de carburant de Yee Tee (Réf. 738196). Elles sont arrêtées par la 16e Brigade indienne et des renforts d’artillerie et de chars (au point de Réf. 710238).
La Division de la Garde continue d’essayer d’élargir la tête de pont vers l’est. Elle reprend sans opposition la moitié ouest du terrain perdu l’avant-veille. Voulant profiter de son élan, le 4e Régiment se jette sur la Colline 120 (Réf. 745249) et sa voisine la Colline 105 (Réf. 743242). Mais bien que les défenseurs aient subi des pertes et que la fatigue réduise leur efficacité, ils sont bien retranchés et tiennent bon. La nuit précédente, huit chars d’infanterie Valentine sont venus s’embusquer à couvert, fournissant un soutien matériel et moral bienvenu, tandis que deux batteries d’artillerie de campagne se sont redéployées pour améliorer l’appui-feu. Quand le 4e Régiment de la Garde s’avance, ses premiers rangs sont fauchés en quelques instants. Les survivants et leurs chefs montrent qu’ils ont bénéficié de trois jours de sélection darwinienne : au lieu de se masser pour repartir à l’assaut, ils reculent hors de portée des armes légères et commencent à se retrancher.
Sur la droite du 4e Régiment, à l’est du Sungei Pang Sau, le 3e Régiment, aidé par les restes du bataillon de reconnaissance, de l’artillerie et du bataillon du génie, en est réduit à faire le plus de bruit possible devant les positions de la 11e Division indienne pour masquer la faiblesse en nombre et en matériel des Japonais à cet endroit.
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Front ouest
Six brigades du Commonwealth tiennent toujours solidement la ligne Jurong avancée (du nord au sud : les 137e, 138e et 55e Brigades britanniques et les 45e, 44e et 46e Brigades Indiennes, couvertes au bord de la mer par la 28e Brigade Indienne.
Au début de la nuit, la 5e Division japonaise au nord et la 18e Division au centre poursuivent leur pression et leurs tentatives d’infiltration, faisant aussi beaucoup de bruit pour empêcher les défenseurs de se reposer un seul instant. Pour leur disputer l’initiative, les Britanniques lancent entre minuit et 03h00 plusieurs “raids de tranchées” avec en tout un millier d’hommes bien soutenus par l’artillerie. Plusieurs groupes de Japonais sont surpris à découvert et anéantis : équipes d’infiltration, patrouilles d’observation, formations d’ouvriers coréens creusant des retranchements et, malheureusement, de nombreux brancardiers japonais profitant de la nuit pour rechercher des blessés. Le grand nombre d’ennemis tués indique qu’un assaut était en préparation pour la fin de la nuit, comme les Japonais en ont donné l’habitude à leurs adversaires.
Au sud, la nouvelle division qui a achevé son débarquement la veille est peu à peu identifiée comme la 9e D.I. (qui a, comme la 27e, débarqué à Endau). Dès 00h30, elle attaque droit vers la ville de Singapour, avec un certain succès. Des unités s’infiltrent par les marais du Sungei Jurong et attaquent sur ses arrières le 5/17e Dogra Regt, en réserve de la 46e Brigade indienne à la borne des 12 miles de Jurong Road. A l’aile gauche de la brigade, le 3/7e Gurkha Rifles perd tout contact avec ses deux compagnies de gauche.

…… « Les Japonais ont surgi sous notre nez, hurlant, jetant des grenades et chargeant à la baïonnette. La plupart des copains n’ont pas eu la moindre possibilité de repli, ils se sont fait tuer sur place. » (Un des rares survivants de la compagnie tenant l’aile gauche du 3/7e Gurkha en première ligne) …… « Les Japs étaient très nombreux et visiblement expérimentés, mais nous avons pu replier presque tout le monde, sauf un peloton d’arrière-garde, dont on n’a plus entendu parler. Pauvres gars. Vous pouvez les compter comme Missing In Action, mais Killed In Action serait plus réaliste. » (Un officier de la compagnie tenant l’aile gauche du 3/7e Gurkha en seconde ligne) ……

Dans la matinée, deux compagnies de la Dalforce sont repoussées vers le nord-est jusqu’à la borne des 11 miles de Jurong Road, et la 28e Brigade Indienne, à gauche de la 46e Brigade, est durement pressée. Elle est attaquée sur tout son front par de l’infanterie soutenue par un très violent tir de mortiers. La 9e D.I. japonaise traverse le Sungei Jurong sur 2 000 mètres de front, détruisant une compagnie et en mettant une autre en fuite. Les six autres compagnies subissent de lourdes pertes et se replient vers le sud-est, chacune recherchant la protection de sa voisine de gauche : le front de la brigade est raccourci, mais les Japonais progressent vers la route côtière, s’emparant d’une zone de 1 500 mètres sur 5 000 au flanc sud de la ligne alliée.
En fin de journée, toute la 28e Brigade Indienne abandonne le Sungei Jurong et se replient sur le cours inférieur du Sungei Pandan, où les Japonais les rattrapent.
La ligne Jurong principale est menacée d’être débordée ; la route de Singapour paraît ouverte. Les Britanniques réagissent par des contre-attaques énergiques pour couvrir leur voie de retraite vers la ligne Jurong principale et engagent leurs dernières réserves locales sur leur flanc sud, le long du Sungei Pandan.
Sur son aile gauche, la 9e Division japonaise cherche à répéter le succès obtenu sur sa droite dans la matinée et tente de traverser le cours supérieur du Sungei Pandan, mais elle est stoppée net par la 46e Brigade indienne, qui s’est rapidement retranchée sur cette rivière. De plus, l’artillerie britannique à courte portée déployée sur les côtes est et sud commence à pouvoir appuyer la défense le long du Sungei Pandan. Enfin, malgré la vitesse d’exécution remarquable de leurs pontonniers, qui mettent en place un pont de bateaux sur le Sungei Jurong pour la route de la côte ouest, les Japonais ont beaucoup de mal à faire avancer leurs unités de soutien et notamment leur artillerie et ses munitions.
C’est alors qu’en fin d’après-midi, les deux canons de 15 pouces de la batterie de Buona Vista entrent en action pour la première fois. Au contraire des autres batteries de l’île, pivotant sur 360°, les équipements (câbles électriques et autres) installés par Vickers ne laissaient à celle-ci qu’un champ de tir de 270°, orienté vers la mer, au sud. Mais depuis plusieurs mois, les servants de la batterie et les équipes d’entretien se sont battus pour obtenir le matériel nécessaire à la rotation des canons et ont démoli tous les obstacles (arbres, bâtiments, etc.) pouvant limiter le champ de tir. Et vers 17h00, sous un rideau de fumée tendu par une unité des Royal Engineers, les énormes canons ouvrent le feu sur les batteries japonaises dans le sud-ouest de Johore, à 20 000 mètres environ, et sur des concentrations ennemies dans le sud-ouest de l’île de Singapour, à moins de 7 000 mètres.

…… « La batterie s’est mise à faire feu comme un tireur d’élite géant, avec une précision née de notre long entraînement et du repérage soigneux des cibles. Dans nos jumelles, nous pouvions voir les résultats, et nos canons faisaient du joli travail ! De plus, cela nous donnait l’impression de venger le pauvre Malaya, car c’était avec ses obus que nous tirions. Avant de quitter l’île pour sa dernière mission, le vaisseau avait laissé à Singapour une bonne partie de ses obus de 15 pouces explosifs. L’idée en était venue à son commandant en voyant le Ramillies, endommagé, débarquer les siens. Et c’est du fond de la Mer de Chine que le cuirassé coulé répliquait, par notre intermédiaire. » (Un officier de la batterie de Buona Vista) ……

Au centre de l’île, les 5e et 18e Divisions japonaises se lancent à nouveau à l’attaque de la ligne Jurong avancée.
Toute la journée, la 18e D.I. livre une bataille d’usure aux 46e et 44e Brigades Indiennes. Des combats au corps à corps, à la baïonnette et à la grenade se succèdent, sans que les Japonais puissent percer les lignes du Commonwealth. Mais le flot continu de soldats blessés et choqués venant de la ligne Jurong révèle l’affaiblissement progressif des bataillons, dont chaque section subit des pertes. Britanniques et Indiens ont le dessus dans la plupart des engagements, mais l’effet cumulatif de deux jours de combat quasi permanent impose de raccourcir le front. En fin de journée, les deux brigades se replient sur la ligne Jurong principale. De plus, il leur faut boucher le trou qui s’ouvre entre la gauche de la 46e Brigade indienne et le Sungei Pandan, et seuls le 7/10e Baluch Rgt (46e Brigade) et le 6/14e Punjab Rgt (44e Brigade) sont disponibles. Le commandement de la Région de Malaisie risque d’être bientôt privé de ses meilleures unités d’infanterie, très bientôt – toute la question est de savoir si les Japonais ont souffert autant, et de quelles réserves ils disposent.
Plus au nord, l’aile droite de la 5e Division japonaise attaque la 45e Brigade Indienne autour de Bulim. Elle a droit à l’appui de toute l’artillerie à longue portée installée en Sud-Johore et des meilleures unités de l’aviation de l’Armée. Mais les troupes japonaises qui attaquent Bulim doivent traverser des champs de lallang (de hautes herbes locales), incendiés par les bombardements ou écrasés par le passage des troupes. Obligés de se lancer en terrain découvert, les Japonais réussissent pourtant à percer près du village (Réf. 691192). Une lutte acharnée commence pour le contrôle de Bulim et des champs qui l’entourent, et à nouveau surgit le spectre des chocs désespérés de l’Autre Guerre. Le terrain change de mains à de nombreuses reprises, de petits groupes d’hommes ou des compagnies entières luttant pour la possession de quelques arpents de boue sans valeur et sans nom dans des empoignades innombrables sur 1 500 mètres de front.

…… « A deux reprises, des gars de l’infanterie nous ont demandé de tirer sur leurs positions. La première fois, comme l’officier qui répondait hésitait, le type lui a dit “Allez-y, vous ne risquez pas de nous toucher, nous sommes littéralement couverts de Japs, ils grouillent comme des mouches sur une charogne !” Alors on a tiré des shrapnels. Mais à la fin de la journée, on n’a pas pu rétablir le contact avec la position qui avait demandé le tir. On a appris qu’elle n’existait plus et que le coin était couvert d’amas de cadavres japonais. Mais je me demanderai toujours si nos gars sont morts sous les balles des Japs ou sous nos obus. Vous me direz, ça fait pas une grosse différence, mais quand même… » (Un servant d’une batterie d’artillerie de campagne de la 45e Brigade) ……

A l’extrémité nord de la ligne Jurong avancée, l’aile gauche de la 5e Division japonaise traverse le Sungei Tengah et attaque la 2e Division de Malaisie, constituée de bric et de broc avec trois brigades disparates et des unités d’artillerie venue de la Forteresse de Singapour. Ce sont les quatre bataillons en sous-effectifs de la 138e (Lincoln & Leicester) Brigade qui subisssent le premier choc : du sud au nord, les deux bataillons du Lincoln Rgt et les deux du Leicester Rgt tiennent un front de 3 000 mètres, avec le 1er Defence Rgt (Essex) R.A. et le 4e Defence Rgt (East Sussex) R.A. (24 canons de 18 livres chacun) en appui direct. A droite et en arrière de la 138e Brigade se trouve la 137e (Staffordshire) Brigade, avec les deux bataillons du South and North Staffordshire couvrant les eaux du Sungei Peng Siang et du Sungei Kranji contre une attaque de flanc vers l’entrepôt de Kranji. Le 1er bataillon du Prince of Wales’ Own Staffordshire occupe la Colline 115, derrière le centre de la 138e Brigade. Le 2e bataillon du PoW’ Own Staffordshire tient la crête vitale de la Colline 156, en arrière et au nord du village de Bulim. Les deux brigades ont été durement éprouvées depuis qu’elles se sont opposées aux débarquements d’Endau et Mersing. En réserve de la division se trouve la 55e Brigade britannique. Enfin, la division est soutenue par le 1er Mountain Regt R.A. (24 canons de montagne de 3,7 pouces).
Les Japonais poussent énergiquement et usent graduellement la résistance de la 2e Division de Malaisie, dont les bataillons manquent tout simplement d’effectifs pour tenir le terrain. Ils s’accrochent pourtant avec obstination. Dans les plantations ou les petits bois, les combats se déroulent à moins de 150 mètres de distance et le combat est aussi acharné qu’à Bulim, les chocs sont simplement plus dispersés. De plus, les 72 bouches à feu de la Division rétablissent un peu l’équilibre, matraquant les troupes japonaises à courte portée. Les Japonais réussissent pourtant à prendre la Colline 115, repoussant le Prince of Wales’ Own Staffordshire, dont les pertes sont lourdes, et s’avancent sur les pentes nord de la Collines 156. La Division engage alors sa réserve, et la 55e Brigade arrête l’avance ennemie.
A la tombée de la nuit, la ligne Jurong avancée plie ainsi à ses deux extrémités. Derrière, la ligne principale est occupée par des unités comme la 15e Brigade Indienne, qui s’est préparée fébrilement toute la journée à l’affrontement.
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Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
12 avril – Dans la nuit, les sentinelles n’ont eu aucun contact avec l’ennemi, mais les postes d’écoute ont perçu des bruits de bataille venant du sud, du sud-ouest et de l’ouest.
07h00 – Les bataillons sont au travail, s’efforçant d’améliorer leurs positions.
08h45 – Les officiers font aux QG des bataillons et de la Brigade un tableau mitigé des préparatifs. Les positions sont bien relevées, et 75 % des poteaux de barbelés sont en place, mais seulement 20 % des fils de fer sont tendus et le front n’est miné que sur 20 % de son étendue.
Tout le front est cependant bordé par un fossé assez peu profond, au fond duquel se trouvent des piques acérées recouvertes par un pied d’eau. Le fossé n’est pas très large, mais si des soldats le franchissent d’un bond en attaquant, ils se retrouvent de l’autre côté sur un glacis battu par nos feux et barré (quand tout sera en place…) par des barbelés. Si ces soldats battent en retraite, ils découvriront que la contrescarpe est plus haute que l’escarpe, et qu’elle est difficile à escalader, car couverte de troncs enduits de graisse et de feuilles métalliques. S’ils pataugent dans l’eau, ils risqueront fort de voir leurs pieds transpercés par les piques, et ces mêmes piques les empêcheront de se planquer au fond du fossé (où l’eau serait de toute façon trop peu profonde pour les protéger).
De plus, le front est parsemé de petits bunkers faits de blocs de béton précontraint et de feuilles d’acier. Pour masquer ces matériaux, ils sont souvent recouverts de bûches, de sacs de sable ou parfois de briques qui leur donnent l’air plus fragiles qu’ils ne le sont. Sur la Colline 138, des boyaux protégés par des parois d’acier/béton/acier offrent la meilleure protection. L’ensemble, bien enterré et camouflé, donne une réelle impression de solidité qui rassure les jeunes cipayes.
Globalement, nos défenses offrent une bizarre combinaison de forces et de faiblesses, et il faudra du travail, du matériel et du temps pour les améliorer. Du temps surtout – et il est à craindre que l’ennemi n’ait pas la générosité de nous en donner.
08h45 – Visite du major-général Paris, commandant la 1ère Division de Malaisie, tenant en laisse son fameux (et superbe) setter irlandais. Il discute ave les officiers de la Brigade des intentions de l’ennemi et de la qualité de nos défenses. Ces gentlemen tombent d’accord sur le fait que le secteur le plus dangereux pour ses défenseurs est la position du 4/9e Jat – le chef du bataillon, le major Geoff Righter, s’exclame : « Quoi, encore ! » et commente ses préparatifs sur un ton à la fois moqueur et aimable, tout en exprimant sa confiance dans les Jats. Mais il est exact que cette zone est la plus sensible : si l’angle sud semble vulnérable, il bénéficie d’une marge de sécurité, avec assez d’espace pour donner aux réserves le temps de répondre. La position des Jats est l’endroit où le front sud, à partir de la côte, s’articule avec la ligne Kranji-Jurong, à l’ouest. Si les Japonais percent à cet endroit, ils coupent nos communications avec les forces de Kranji-Jurong et peuvent foncer sur Bukit-Timah. Le général Paris souligne au chef du bataillon, sur le ton de la plaisanterie, que « le destin de Singapour repose sur lui et ses hommes », ce à quoi le major Righter répond en riant que ses hommes et lui s’efforceront d’être à la hauteur de l’honneur qui leur est fait. Le général Paris exprime au Brigadier sa satisfaction de voir le bon esprit qui règne dans nos rangs malgré le dur traitement que la Brigade a reçu les jours précédents. Il a en effet constaté pendant son inspection que la bonne humeur de l’état-major était partagée par les hommes du rang.
09h55 – Autre visite, moins agréable : celle de quelques avions de reconnaissance japonais, volant très bas.
10h30 – Quelques obus tombent sur nos positions. Probablement des obus de réglage de tir et non des tirs trop longs des combats qui se déroulent à l’ouest. Nous pouvons nous attendre à avoir sous peu d’autres visiteurs, à partir de midi si l’on en croit les rapports de la 1ère Division de Malaisie sur les combats confus qui se rapprochent au sud-ouest.
10h45 – Arrivée d’une forte compagnie du Serve Corps de l’Armée Indienne (intendance). La compagnie a trois sections provenant d’unités de transport et chaque section comprend 66 à 70 hommes, deux fois la force d’une section normale. Manquant d’entraînement tactique, ces hommes seront mieux utilisés retranchés autour du QG de Brigade, pour soutenir sa section de protection.
11h00 – Cadeau du dépôt : 200 pioches, 200 pelles à long manche, 5 000 sacs de sable, 1 000 piques en acier, du barbelé…
11h55 – Arrivée de 170 Australiens, tout juste sortis de l’hôpital des convalescents. Ces vétérans ont été divisés en deux groupes : l’un a reçu douze mitrailleuses italiennes et l’autre six mortiers tout aussi italiens (le tout en direct de Libye). Cette compagnie d’armes lourdes improvisée est la bienvenue, mais le fait même qu’on ait jugé utile de nous l’envoyer confirme que ce qui nous arrive risque de ne pas être agréable.
22h10 – L’après-midi a été calme, mais les postes d’écoute signalent que des troupes arrivent en nombre du sud-ouest. Premiers heurts de patrouilles.
22h15 – Bruits de violents combats le long de la rivière, au sud, dans la zone de terrain marécageux tenue par les deux compagnies de la Dalforce. Celles-ci tirent des fusées rouges et blanches, réclamant d’urgence un soutien défensif d’artillerie.
22h20 – Le 5e Field Artillery Rgt déclenche un tir nourri sur des zones prédéterminées du front de la Dalforce.
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Autres combats
Dans la journée, des bombardiers en vol horizontal attaquent le QG tactique avancé de la 9e Division Indienne, situé dans la maison du Consul de Chine (Réf. 757182), le QG principal de la 9e Division (Réf. 777145), l’échelon B de la 16e Division Indienne à Grave Hill (Réf. 838146), le QG de la 17e Division (Réf. 820235) et deux batteries d’artillerie (Réf. 717232 et 753283). Les bombes n’infligent que peu de dommages aux QG et aux batteries, mais de nombreux véhicules sont détruits et bon nombre de lignes téléphoniques coupées.
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Gort décide
L’heure de décisions capitales approche. Soixante bataillons d’infanterie du Commonwealth sont entrés en action, mais les Japonais avancent sur tous les fronts. Le commandement britannique doit maintenant choisir entre un recul permettant de raccourcir le front ouest et l’engagement des dernières réserves pour renforcer ce front. Mais cette seconde solution est dangereuse, en l’absence d’informations adéquates sur les forces japonaises disponibles. Une tentative de forcer la décision sur la ligne Kranji-Jurong pourrait être provisoirement victorieuse, mais aussi s’achever en écroulement catastrophique. La première solution permet de poursuivre une défense obstinée, en reculant pied à pied pour user les Japonais et surtout pour gagner le plus de temps possible, quel qu’en soit le prix.
Au retour de sa visite quotidienne des QG d’unités, entrecoupée d’arrêts effectués au hasard pour voir les troupes montant en ligne ou en descendant, lord Gort, commandant en chef, parvient à la conclusion que, si ses troupes ont toujours bon moral et conservent la volonté de se battre, ils ne sont tout simplement pas aptes physiquement à poursuivre le combat dans ces conditions. Il décide alors un repli par étapes des fronts ouest et nord vers la ville de Singapour. Sur le front nord, la 9e DI Indienne se replie. Sur le front ouest, la 11e DI Indienne, plus touchée, décroche de la ligne Jurong avancée et passe en réserve. Elle est remplacée par la 2e Division de Malaisie et la 17e DI Indienne, déployées sur la ligne Jurong principale. Des contre-attaques locales seront exécutées pour tenir les Japonais en respect le temps de mener à bien ces replis. L’opération doit commencer dès le lendemain 13 avril.
Il s’agit donc de gagner du temps, mais dans quel but ? Pour répondre, Gort abrège les comptes-rendus détaillés des états-majors et questionne carrément les commandants de ses divisions : « Même au taux de pertes actuel, nous pouvons encore tenir dix à quatorze jours au moins. Avons-nous suffisamment de carburant, de munitions, de nourriture et de tout le matériel nécessaire pour cela ? Il me faut une réponse par oui ou par non. »
La réponse est un oui unanime.
– Eh bien, Gentlemen, c’est très simple. Chacun de nous n’a plus qu’à emmener un Jap avec lui.
………
Pertes britanniques au 12 avril 1942 évaluées par le QG du Commonwealth à Singapour, depuis les débarquements de la nuit du 8 au 9 avril sur l’île de Singapour
a) Estimations par jour : 8 avril : 1 500 hommes ; 9 avril : 4 500 hommes ; 10 avril : 2 000 hommes ; 11 avril : 2 000 hommes ; 12 avril : 3 000 hommes.
Totaux :
– Tués au combat et manquants présumés morts : 4 000 hommes.
– Manquants présumés capturés : 1 500 hommes.
– Blessés : 7 500 hommes.
– Total : 13 000 hommes.
b) Pertes confirmées : 1 925 morts (toutes causes confondues) et 5 721 blessés.

Pertes japonaises au 12 avril 1942 évaluées par le QG du Commonwealth à Singapour, depuis la même date
a) Estimations :
– Tués : 6 500 hommes.
– Blessés : 9 500 hommes.
– Total : 16 000 hommes.
b) Pertes confirmées : 4 911 morts (toutes causes confondues) et 323 capturés.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte orientale de l’Australie, 23h30 – Le Ro-67 est attaqué en surface par un Beaufort de la RAAF, utilisant des bombes de 250 livres classiques dotées de fusées de contact. Celles-ci encadrent le sous-marin et bien qu’aucune ne le touche, l’une d’elles explose tout près. Le Ro-67 peut plonger, mais il est sévèrement endommagé : l’un de ses moteurs principaux est hors service, sa batterie est abîmée et son kiosque est criblé d’éclats. Il a deux morts et deux blessés. Le sous-marin doit faire surface deux heures plus tard – heureusement pour lui, hors de vue de toute unité alliée. Il réussit à regagner Rabaul en surface.
Le Beaufort avait été détaché de la Central Flying School en réponse au naufrage du Mormacsea, et participait à un ratissage mené par huit avions de front. L’attaque a été conduite trop bas, et l’avion a été endommagé par des fragments de ses propres bombes. Il peut retourner à Mallacoota, mais doit se poser sur l’eau du bras de mer qui borde la ville, heureusement sans qu’il y ait de blessé parmi l’équipage. Celui-ci se voit crédité de la destruction d’un sous-marin, erreur qui sera rectifiée après la guerre.


13 avril
Bataille de Singapour – I

Pour maintenir un niveau minimal de rotation des unités afin de pouvoir reposer les hommes et pour répondre aux impératifs de la prochaine étape de la bataille, les actions suivantes sont décidées.

(1) – Restructuration du commandement.
Le siège du commandement de la Région de Malaisie est transféré de Simme Road à Fort Canning. Le QG de la 1ère Division de Malaisie (acting major-général Paris) est transféré de Changi à Simme Road pour diriger la défense des approches ouest de la ville de Singapour, et ses unités seront transférées du Secteur de Changi au Secteur Ouest. Le QG de la 11e Division indienne (major-général Murray-Lyon) doit se replier sur Paya Lebar pour réorganiser les unités quittant la ligne de front et se préparer à reprendre le combat sous quatre jours. En effet, ayant rendu visite au major-général Murray-Lyon et à son état-major, le général Gort considère qu’il est essentiel que ces hommes se reposent avant d’atteindre un niveau de fatigue tel que leur efficacité s’effondrerait de façon catastrophique.

(2) – Retraite dans le Secteur Nord.
Devant la poursuite de violents combats près de la Jetée, il est nécessaire de mettre en œuvre le début du repli échelonné vers le sud de la 9e Division indienne, qui tient la ligne de défense des collines. Le but de ce repli est de réduire l’exposition de l’infanterie aux canons japonais à courte portée tirant par dessus le détroit de Johore, tout en gardant la Jetée sous surveillance et sous le feu de l’artillerie alliée. En raison des lourdes pertes subies par les transports à moteur, les nuits ne sont pas assez longues pour permettre aux véhicules restants de mener à bien toutes les navettes nécessaires à ces replis sur le réseau routier limité disponible. Dans ces conditions, l’infanterie utilisera sa méthode traditionnelle de déplacement – à pied.
Le commandement de la Royal Artillery dispose de six batteries moyennes (48 canons) et de douze batteries de campagne (144 canons). Elles sont prêtes à soutenir le repli par des barrages sur demande, des tirs de couverture d’urgence, des bombardements planifiés et de la contre-batterie. D’autres batteries seront disponibles quand leur redéploiement sera achevé et leurs transmissions reliées au réseau de commandement de l’artillerie.
La droite de la 9e Division est tenue par la 8e Brigade indienne (2/10e Baluch, 1/13e Frontier Force Rifles, 3/17e Dogra). Cette brigade doit se retirer le long de Mandai Road et se mettre en défense au niveau de la borne des 13 miles derrière le cours du Sungei Mandai. Juste derrière cette position, une piste mène vers le flanc droit, où les 1er et 2e Bataillons de Voluntaires de Chine du Sud (de l’infanterie légère manquant de véhicules) se sont déjà installés le long du Sungei Mandai.
Au centre de la 9e Division, au sud-ouest de la 8e Brigade, la 22e Brigade (5/11e Sikh, 2/12e Frontier Force, 2/18e Royal Garwhal Rifles) doit bloquer le carrefour de Mandai Road et de Woodlands Road (Réf. 733222) et couvrir Woodlands Road jusqu’à Mandai.
A gauche, au sud-ouest de la 22e Brigade, la 21e Brigade Indienne (2/4e Gurkha, 4/13e Frontier Force, 1er Duke of Cornwall Light Infantry) appuie sa droite sur le Sungei Pang Sua, 400 mètres au sud de Yew Tee, et sa gauche sur le Sungei Peng Siang, 2 400 mètres plus à l’ouest.

Chez les Japonais, suivant l’aqueduc nord-sud et trois pistes, les 3e et 4e Régiments de la Garde Impériale suivent rapidement le repli allié pour maintenir la pression. Ils sont très inférieurs en nombre et en armement, mais n’en multiplient pas moins les patrouilles et les opérations de reconnaissance. Il y a quelques chocs de patrouilles, mais le plus gros des actions japonaises sont des tirs d’artillerie venant de Johore et des attaques aériennes, qui provoquent une certaine désorganisation et quelques pertes d’hommes et de camions sur les arrières de la 16e Division. En fin de journée, la Division de la Garde Impériale avance ce qui reste de ses unités divisionnaires.

(3) – Destruction de l’entrepôt de munitions de Kranji avec le reste des stocks et destruction des réservoirs de carburant de Yew Tee.
Ces destructions doivent libérer les forces qui défendent ces deux points et supprimer la nécessité de défendre la ligne Jurong avancée et son prolongement nord vers Kranji.

Le repli allié manque de se transformer en une défaite majeure du fait de la désorganisation des programmes de destruction du génie. Si l’entrepôt de munitions de Kranji saute bien comme prévu, le bombardement intentionnel ou accidentel des 32 réservoirs de Yew Tee pendant leur destruction provoque l’écoulement de très grandes quantités d’essence et de pétrole sur Yew Tee Road et dans deux canaux de drainage tout proches, parallèles au Sungei Pang Sua. Dans ces conditions, les forces britanniques ne peuvent utiliser la route, car la moindre étincelle provoquerait un désastre. Abandonnant la plupart des camions, l’infanterie se replie par de simples pistes, utilisant les lourds chars d’infanterie pour ouvrir la voie aux chenillettes, aux quelques véhicules 4x4 et aux tracteurs des canons. Plus de quatre-vingts camions doivent être incendiés, leur masse d’acier servant tout de même à créer un barrage sur la route. Par la suite, en arrivant finalement à la mer, le carburant déversé rendra les débarquements dangereux dans la zone côtière de Kranji.

(4) Sur la ligne Jurong : repli de la ligne avancée à la ligne principale.
La ligne Jurong principale doit être tenue pour conserver de la profondeur devant les villages de Bukit Panjang et de Bukit Timah.
La 2e Division de Malaisie doit se retirer vers la “Ferme Laitière” (Dairy Farm), à mi-chemin entre Bukit Panjang et Bukit Timah, pour se reposer pendant une journée et passer ensuite en réserve. A l’extrémité nord de la ligne avancée, les 137e et 138e Brigades britannique doivent être retirées pour repos et réorganisation. La 55e Brigade britannique, l’artillerie et la compagnie blindée de la Division restent provisoirement près du front pour soutenir la défense de la ligne principale.
Quant à la 17e Division Indienne, les 44e et 45e Brigades ont toutes deux perdu en deux jours 800 hommes, soit 200 par bataillon en moyenne, ce qui est proportionnellement moins que les autres unités de la ligne Jurong avancée. Elles n’en ont pas moins besoin de repos et passent donc en réserve derrière la ligne Jurong principale. De son côté, la 46e Brigade Indienne doit être retirée parce que ses trois bataillons ont perdu 700 hommes en deux jours et ont grand besoin d’être réorganisés.

Le repli britannique de la ligne Jurong avancée vers la ligne principale se révèle relativement facile, et c’est une heureuse surprise, les 5e et 18e Divisions japonaises s’étant montré les adversaires les plus redoutables des Britanniques depuis le début de la campagne de Malaisie. Mais ces deux divisions ont supporté l’essentiel du poids des combats depuis la nuit du 8 au 9 et n’ont pas été relevées un seul instant. Elles sont tout simplement incapables de consentir un nouvel effort.

(5) Au sud du front : la ligne du Sungei Pandan, de la mer au village d’Ulu Pandan.
La 1ère Brigade de Malaisie a pris en charge le front à l’extrémité sud de la ligne alliée. Elle déploie le long du Sungei Pandan trois bataillons frais à plein effectif, du sud au nord : le 2e Loyal North Lancashire Rgt, le 1er Malaya et le 2e Malaya. La brigade couvre ainsi 2 000 mètres, barrant la route de la côte ouest
Derrière la 1ère Brigade, la 2e Brigade s’occupe de la défense côtière.
A droite de la 1ère Brigade de Malaisie, la rivière se divise en trois, l’affluent le plus à l’ouest menant vers le village d’Ulu Pandan, sur Jurong Road. Le front est tenu sur 1 500 mètres par la 15e Brigade Indienne réorganisée (2/9e Jat, 1/14e Punjab, 5/14e Punjab), qui a installé deux points forts sur les collines 85 et 138, baptisés Point d’Arrêt “Jurong I”. De “Jurong I” à l’extrémité sud de la ligne Jurong principale, sur 2 500 mètres, le front est tenu par le 1er (M.G.) Manchester Rgt (48 mitrailleuses Vickers) et le 1er West Yorkshire Rgt.
En face de ces unités, la 9e Division japonaise aligne les 7e, 19e et 35e Régiments d’Infanterie, soutenus par le 9e Régiment d’Artillerie de Montagne (36 canons de 75 mm) et par le 9e Régiment de Cavalerie (démonté). Ce dernier lance de nombreuses patrouilles et infiltrations contre les Brigades de Malaisie, en particulier à l’aube et au crépuscule, avec l’appui de l’artillerie. Les heurts de petites formations sont nombreux et les pertes importantes des deux côtés, en particulier dans les unités alliées, mais peu de terrain change de mains.
La principale opération organisée par la 9e Division est montée contre la 15e Brigade Indienne, pour percer en direction de Bukit Timah et couper toutes les forces britanniques dans le nord des bases de ravitaillement de la ville de Singapour. Dès le début de la nuit du 13 au 14, les 7e et 19e Régiments attaquent violemment et percent, mais les unités alliées résistent sous la forme de poches isolées qui tiennent leurs positions, en particulier au Point d’Arrêt “Jurong I” (collines 85 et 138).
………
Extraits du journal de marche de la 15e Brigade d’Infanterie Indienne
13 avril, 03h00 – Appel du 2/9e Jat : « Violemment attaqués, sans préparation d’artillerie ni bruits de moteurs de blindés avant… Débordés par le nombre… L’incendie d’une réserve de carburant derrière nos positions les silhouette… Lourdes pertes… Survivants ralliés autour des retranchements du QG de bataillon… »
03h45 – Tout contact est perdu avec le 2/9e Jat, considéré comme détruit, mais violents bruits de combat autour de sa position.
04h10 – Compagnie du Serve Corps disposée en protection du QG de Brigade. Repousse de nombreuses mais peu puissantes pointes japonaises.
06h15 – Reprise du contact avec le 4/9e Jat, qui signale que « Le bataillon, regroupé autour de divers bunkers dans plusieurs petits périmètres, tient bon. Impossible d’évacuer les blessés et commençons à manquer de munitions, mais terrain couvert de morts japonais. Si ravitaillés en munitions et blessés évacués, pouvons tenir indéfiniment. Canons de campagne japonais de 75 mm s’approchent très près pour détruire nos bunkers et y réussissent, mais nos mitrailleuses tuent leurs servants. »
06h20 – L’artillerie du Corps ouvre un feu d’enfer, encageant la position du 4/9e Jat, isolant les troupes japonaises avancées et empêchant leurs blindés et leur infanterie de les renforcer.
07h30 – Le major-général Paris mène personnellement plusieurs compagnies d’infanterie et de chars à la contre-attaque, du nord au sud, pendant que les compagnies de réserve de notre Brigade attaquent d’est en ouest.
07h55 – Jonction faite avec le 2/9e Jat. Ravitaillement et évacuation des blessés.
08h10 – Les survivants japonais s’échappent, la plupart en franchissant un fossé comblé par les cadavres de leurs camarades. Le tableau offert par les abords des positions du 4/9e Jat est épouvantable. Le bataillon lui-même a été à nouveau durement éprouvé, mais les pertes japonaises sont effroyables.
………
Les attaques japonaises sont très destructrices, mais sont bloquées par l’arrivée rapide de réserves et l’usage intensif de l’artillerie par le commandement britannique. A minuit, les Japonais n’ont pas gagné grand chose, sinon un saillant dans les lignes britanniques à la jonction entre la 1ère Brigade de Malaisie et la 15e Brigade Indienne. Des deux côtés, la bataille a été très coûteuse en hommes.

(6) Réponses à des demandes d’information du C.I.G.S. (chef d’état-major général impérial), pour transmission au Premier ministre.
– Rapport sur la pénétration des défenses du Sungei Kranji (extrait)
L’estuaire du Sungei Kranji était encore barré par des chaînes au soir du 8 avril et il avait été miné. Néanmoins, des forces japonaises y ont pénétré dans la nuit du 8 au 9, puis se sont engagées dans le Sungei Pang Sua, lui aussi miné, avant de débarquer en force sur sa rive sud. Il est apparu que les Japonais ont utilisé des canots de caoutchouc, qu’ils ont portés pour leur faire franchir les chaînes avant de remonter la rivière à la pagaie. Le bruit des pagaies a été étouffé par celui de la bataille et les lueurs de l’incendie des réservoirs de pétrole ont aveuglé les guetteurs.
– Dernière évaluation précise des effectifs de la Région Militaire de Malaisie (Singapour), selon les retours transmis par les unités, samedi 4 avril 1942.
Armée Indienne et Forces des Etats Indiens : 65 076
Britanniques (Royaume Uni) : 55 271
Engagés locaux (Chinois, Malais, Singapouriens) : 30 440
Australiens : 4 947
Canadiens : 325
Néo-Zélandais : 205
“Allemands” (immigrés en Australie d’origine allemande et autrichienne servant dans le corps des Pionniers) : 290
Total : 156 554

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte orientale de l’Australie – Le Ro-65 constate que le trafic Newcastle-Sydney est solidement escorté et de fréquentes patrouilles aériennes l’obligent à rester submergé. Il décide alors de s’éloigner à 60 nautiques au large, où les patrouilles aériennes sont bien plus rares, pour y chercher des navires isolés.

Trente secondes sur Tokyo
Pacifique Nord – Dans la matinée, par un temps très médiocre et une faible visibilité, le porte-avions USN Hornet et son escorte rejoignent le groupe de l’USN Enterprise par 38° Nord – 180°. Puis l’escadre met le cap plein ouest. A partir de là, tout vaisseau ou avion rencontré sera présumé ennemi.


14 avril
Bataille de Singapour – I

Le commandement japonais cherche à profiter des replis britanniques et relance son attaque sur tous les fronts, au nord et à l’ouest. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. En dépit de quelques progrès mineurs, les Japonais ne gagnent rien de tangible, sinon de convaincre davantage encore le commandement britannique qu’il a en face de lui un ennemi acharné, qui attaquera jusqu’à la rupture – mais de quel camp ?
………
Front sud-ouest
Le 35e Régiment d’Infanterie japonais (9e Division) tente dans la nuit de nombreuses infiltrations sur le front de la 1ère Brigade de Malaisie, provoquant de violents combats entre patrouilles. Le plus grand savoir-faire des forces japonaises dans ces combats de brousse leur donne l’avantage, mais au lever du jour, dès qu’elles quittent le couvert, les troupes infiltrées souffrent gravement face à la puissance de feu de l’artillerie britannique.
Plus au nord, les 7e et 19e Régiments de la 9e Division japonaise prolongent l’attaque en règle déclenchée la veille au soir contre la 15e Brigade Indienne. Cette attaque est soutenue par le 9e Régiment de Cavalerie, qui utilise vingt chenillettes britanniques capturées et réparées, plus ou moins converties en tankettes. Les Indiens, dont la défense s’appuie aux collines fortifiées 85 et 138, reçoivent d’importants renforts et les deux camps subissent de lourdes pertes. Le combat commencé en pleine nuit se prolonge toute la journée. C’est la première bataille de Bukit Timah.
………
Front ouest
A gauche de la 9e Division, la 18e Division japonaise lance une puissante attaque centrée sur Jurong Road. Les 55e et 56e Régiments (23e Brigade) avancent respectivement d’ouest en est, au nord de la route, et du sud-ouest vers le nord-est, au sud de la route. L’attaque, qui totalise 12 bataillons, est soutenue par toute l’artillerie divisionnaire des 9e et 18e Divisions (72 canons de campagne), qui s’ajoutent aux canons et aux mortiers des deux régiments engagés. Avec une supériorité de trois contre un (il n’y a que quatre bataillons en défense) et avec l’appui de l’artillerie, les Japonais avancent profondément au milieu des positions alliées, isolant de nombreuses petites unités. Mais au bout de quelques heures, l’arrivée des réserves britanniques repousse les deux régiments japonais sur leurs positions de départ.
Les Japonais ont en effet un problème majeur : les forces britanniques sont regroupées dans une zone si réduite que, même à pied, l’infanterie de réserve ne met que peu de temps pour secourir les premières lignes. La seule solution serait d’étendre les combats sur un front assez large pour disperser les réserves. Un bon point tout de même pour les Japonais après cette débauche d’efforts coûteux et sans résultat apparent : les deux brigades britanniques de réserve ont été privées du repos dont elles avaient pourtant grand besoin.
Plus au nord, les 114e et 124e Régiments d’Infanterie japonais (35e Brigade) avancent avec précautions, de trou d’obus en trou d’obus, recherchant une bataille d’usure pour fixer les réserves alliées.
………
Front nord-ouest
La 5e D.I. japonaise (qui, du point de vue de la qualité, n’est plus que l’ombre d’elle-même), a reporté son poids vers le nord. Les 11e et 41e Régiments (9e Brigade) attaquent d’ouest en est les derniers éléments de la 2e Division de Malaisie, qui se replie. Cette offensive fait monter la pression qui s’exerce sur la 12e Brigade Indienne, qui tient le front, car la 27e D.I. japonaise, attaque du nord. Le gros de cette division doit cependant contourner l’immense incendie du dépôt de carburant de Yee Tew par le sud avant de pouvoir rejoindre son 3e Régiment d’Infanterie de Chine, à l’est de la voie ferrée.
En effet, ce régiment (qui ne compte plus que deux bataillons) et le 27e Régiment de Reconnaissance se sont avancés jusqu’aux positions de la 22e Brigade indienne, pour évaluer sa force, à la jonction de Mandai Road et de Woodlands Road. Après avoir mené des patrouilles très agressives, les Japonais doivent se retirer sur les hauteurs au nord de Mandai Road.
………
Front nord
Le 3e Régiment de la Garde Impériale, qui était au contact de la 8e Brigade Indienne, se replie vers la route entre Woodlands et la base navale, pour concentrer ce qui reste de la Division de la Garde le long de la route de la côte nord.
Un peu plus à l’est, à partir de midi, les Japonais essaient de s’infiltrer à l’intérieur des terres, mais ne trouvent aucune faille entre les unités alliées.
Le 4e Régiment de la Garde avance peu à peu et tente en fin d’après-midi de percer vers Sembawang Air Base, ce qui menacerait les lignes de communication de toute la 9e Division Indienne. En face, le 1/10e Gurkha Rifles tient les ponts sur le Sungei Sembawang. De violents duels à courte portée se déclenchent, à l’arme légère et à la grenade, et les combats vont parfois jusqu’au corps à corps. L’attaque perd cependant rapidement de son mordant, au fur et à mesure que la force des défenseurs se fait sentir. Les deux camps font un usage intensif de l’artillerie et des mortiers, mais les malheureux fantassins sont de plus en plus durement cloués au sol dans une sorte de match nul, car les Japonais sont incapables d’accroître leurs premiers et faibles gains, tandis que les Britanniques ne peuvent contre-attaquer pour repousser leurs adversaires.
C’est une attaque aérienne qui rompt cet équilibre instable : des chasseurs japonais effectuent plusieurs passes de mitraillage, détruisant quelques camions et chenillettes qui s’efforçaient de ravitailler en munitions les compagnies d’infanterie. Une forte pluie se met ensuite à tomber, permettant aux deux camps de bouger sans craindre l’artillerie adverse (ou les avions, côté allié). Le 4e Régiment de la Garde se regroupe et tente d’infiltrer de nombreuses petites unités, mais celles-ci ne peuvent que découvrir que leurs adversaires ont plié bagage. Les Gurkhas n’avaient en effet plus que des grenades et leurs baïonnettes pour accueillir les Japonais. Le commandement britannique, comprenant que le bataillon risquait d’être éliminé avant que les réserves puissent venir à son secours, a décidé de le redéployer (d’autant plus que de nombreux blessés devaient être évacués) pour maintenir un front continu en reculant toute la ligne en pivot, le flanc droit restant arrimé à la base navale.
………
Sud-Est de Johore
Le bataillon japonais débarqué près de Pengerang, ayant repoussé plusieurs groupes de combattants chinois (1ère compagnie de la DalForce), tente de s’emparer des hauteurs du Bukit Pengerang pour attaquer à revers la batterie côtière. Mais les attaquants sont surpris par l’importance de la garnison installée sur ce point stratégique. Elle compte en effet deux bataillons d’infanterie (des troupes de seconde ligne britanniques et australiennes formant deux unités de garnison récemment créées). Les positions de ces troupes sont organisées en un échiquier de postes qui se soutiennent mutuellement de leurs feux.
L’attaque est un échec sanglant, et comme les Japonais reculent en désordre devant la solidité de la défense et l’intensité de la mousqueterie (appellation traditionnelle d’un tir précis dans l’armée britannique de l’époque), les pelotons de la Dalforce, qui se sont reformés sur les flancs des Japonais, leur tombent dessus, attaquant les petits groupes ou les soldats isolés. Répondant à des fusées lancées par les Chinois, les deux bataillons du Commonwealth lancent alors chacun deux compagnies à l’attaque, et celles-ci rejettent en quelques heures les Japonais en pleine confusion jusqu’à leur point de débarquement sur la côte. Les survivants n’ont alors plus qu’une seule chance de survie : fuir en abandonnant matériel et armes lourdes.
En examinant les documents et les cartes récupérés et en interrogeant les blessés prisonniers, le commandement allié comprend que le bataillon ainsi anéanti était une unité improvisée constituée d’hommes venus des dépôts et des lignes arrière. Même en tenant compte de ce facteur, l’attaque démontre que les Japonais manquent de renseignements précis sur la force des défenses côtières – ou qu’ils ont voulu tester de façon très coûteuse l’efficacité de ces défenses.
Néanmoins, cette action retarde la mise en pratique de la décision du commandement de Malaisie de réduire les forces défendant les côtes du secteur de Changi. Le système de défense de la côte est représente encore un atout important, qui empêche les Japonais d’utiliser plusieurs dangereuses possibilités d’attaque.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte orientale de l’Australie, 06h30 – Le Ro-65 aperçoit un Anson, volant en cercles plus loin vers le large. Il plonge et se dirige vers le sud jusqu’à se trouver sur le chemin suivi par ce que l’avion escorte…
09h20 – Astuce et patience sont récompensées : des mâts sont aperçus au périscope.
10h40 – Le sous-marin lance quatre torpilles sur le pétrolier norvégien isolé Akera (5 248 GRT, Prebensen and Blakstad Co., ex-cargo converti en pétrolier en 1938, allant de Galveston à Sydney avec du kérosène). Une torpille touche le navire en plein milieu, il se casse en deux.

Renforts
Alexandrie – En début de matinée, des renforts partant pour Colombo et l’Extrême-Orient quittent Alexandrie pour traverser le canal de Suez. L’amiral Sommerville commande les porte-avions HMS Indomitable (12 Sea Hurricane du Sqn 800 et 10 du Sqn 880, 9 Martlet II du Sqn 806 et 12 Albacore) et HMS Illustrious (12 Martlet II du Sqn 881 et 6 du Sqn 882, 12 F4F-3A de la flottille française AC-2, 12 Swordfish et un Fulmar II du Sqn 829). Les porte-avions sont escortés par un écran composé des CL HMS Sheffield et Newcastle, du CLAA Charybdys et des huit DD Ithuriel, Jervis, Nestor, Onslow, Westcott, Wishart, Wrestler et Zulu.


15 avril
Bataille de Singapour – I

Subite baisse de l’intensité des combats.
Au nord, après avoir bien résisté aux féroces attaques de la veille, la 9e Division Indienne se replie sur la ligne base navale-Sembawang. Une nouvelle offensive japonaise tombe dans le vide.
A l’ouest, les Japonais ont cessé de presser les défenseurs. Ils semblent faire le point sur la situation et tenter de récupérer des fatigues accumulées.

Campagne des Philippines
Bataan – L’est de la ligne Bagac-Orion s’effondre. Américains et Philippins battent en retraite. Cependant, cette retraite ne tourne pas à la déroute (voir Annexe C B2).

Campagne de Nouvelle-Guinée
Port-Moresby – Le major-général Morris signale que les terrains d’aviation de Seven Mile, Kila, Bomana, Rorona et Laloki sont achevés.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Mer de Banda – Le sous-marin français Aurore coule un transport et un dragueur de mines japonais au large d’Ambon. Plus tard dans la journée, l’Aurore repère « d’importantes forces navales ennemies » quittant Ambon, cap à l’est.


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Juil 20, 2012 11:03; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 10:45    Sujet du message: Répondre en citant

La seule mesure anglaise que l'on devrait conserver, c'est la pinte Laughing
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 11:41    Sujet du message: AVG Répondre en citant

Buck Danny,Jerry Tumbler et Sonny Tuckson commencent leur carrière dans les Tigres Volants ils pourrainet avoir un rôle dans l'histoire .
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 11:43    Sujet du message: Répondre en citant

Ce sont des personnages de fiction. Wink
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 11:49    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Au temps du Grand Siècle puis des guerres de la Révolution et de l'Empire, le calibre d'une pièce d'artillerie était donné en fonction du poids de son boulet.
Mais, là où ça coince, si tous les pays employait la livre comme unité de poids c'est que la valeur de livre n'était pas uniforme entre ces pays.
De ce fait un boulet français de 6 livres était trop gros pour être utilisé avec un canon britannique ou inversement.

Cette méthode de calibrage perdure jusqu'à la fin du XIXème siècle, époque à la quelle les pièces se chargeant par la gueule disparurent des armées.

Lors de l'apparition des pièces se chargeant par la culasse, l'obus remplaça le boulet et c'est à ce moment que le calibre des pièces fut donné en fonction du diamètre du canon (en mm, cm ou inch).

Tous les pays adoptèrent cette nouvelle façon de donner le calibre à l'exception de la Grande Bretagne qui utilisa un système mixte : inch pour l'artillerie de campagne, de forteresse et de marine et les livres pour l'artillerie antichar et antiaérienne.

@+
Alain
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 11:57    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Tous les pays adoptèrent cette nouvelle façon de donner le calibre à l'exception de la Grande Bretagne qui utilisa un système mixte : inch pour l'artillerie de campagne, de forteresse et de marine et les livres pour l'artillerie antichar et antiaérienne.


En fait, ils voulaient faire plus compliqué, mais ils n'ont pas réussi.... Twisted Evil
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 12:01    Sujet du message: Répondre en citant

16 avril
Bataille de Singapour – I

Dans l’ouest, après une journée de pause, les Japonais repartent à l’attaque, s’efforçant d’envelopper la ligne Jurong principale. Les Britanniques décrochent et prennent position sur les collines couvrant Bukit Timah Road.
Au nord, la 9e DI Indienne abandonne la base navale et poursuit son repli jusqu’à une ligne allant du réservoir de Seletar au Bukit Panjang.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Darwin (Australie) – Le port et la ville sont attaqués par 36 bombardiers de la Marine japonaise basés à Timor, escortés par 27 chasseurs. Alertés trop tard, les chasseurs américains basés aux alentours ne peuvent abattre que trois bombardiers et deux chasseurs d’escorte, perdant quatre P-40.

Hashirajima (mouillage du gros de la flotte japonaise) – Les commandants des AMC Aikoku Maru et Hokoku Maru sont informés que la Flotte Combinée a décidé de reconvertir leurs navires au rôle de transport rapide. Ils auront cependant une dernière tâche à remplir : ravitailler les cinq sous-marins de la 8e Escadre au début d’une mission dans l’Océan Indien.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte est de l’Australie, 19h00 – Le ravitailleur de sous-marins USS Griffin (ex-Mormacpenn) se hâte lentement vers Brisbane, où il doit établir une base pour les sous-marins américains opérant dans la région. Accompagné de six sous-marins (S-42, S-43, S-44, S-45, S-46, S-47), il a quitté les Etats-Unis 42 jours plus tôt, emportant un stock de torpilles pour les submersibles de classe S ainsi que pour les sous-marins océaniques, plus modernes. Il doit arriver à Brisbane le jour suivant. Le voyage a été calme, mais un coup de vent est prévu dans la soirée. Les deux destroyers d’escorte, à court de mazout, ont quitté à 16h00 la formation, qui navigue à 9 nœuds, pour gagner Brisbane. Jusqu’au coucher du soleil, des Anson de la RAAF venus de Caloundra ont surveillé la zone.
19h05 – Une gigantesque explosion anéantit le Griffin, qui disparaît en un instant de la surface de l’océan. Les sous-marins, supposant qu’un accident, peut-être lié au fait que le temps se gâte, a provoqué l’explosion du stock de torpilles, se rapprochent du lieu du naufrage pour rechercher des survivants et appellent à l’aide. Le yacht armé Adele, 20 nautiques au sud, qui se dirigeait vers Moreton Bay pour s’y abriter, change de cap pour les rejoindre. Les destroyers font eux aussi demi-tour, bien qu’ils soient si à sec de mazout que leur stabilité en est altérée, alors que le vent du sud devient de plus en plus violent. Hélas, aucun survivant n’est retrouvé.
20h20 – Fouillant la mer à moins de 5 nœuds, le S-46 est torpillé et coule immédiatement. Comprenant ce qui s’est passé, les autres “S” se dispersent et deux d’entre eux plongent pour se protéger.
21h30 – L’Adele arrive sur zone et, averti de ce qui s’est passé, commence à rechercher un sous-marin ennemi.
22h05 – L’Adele signale avoir été manqué de peu par une torpille.
22h25 – Le yacht aperçoit un sous-marin marsouinant brièvement et se précipite pour lâcher quatre grenades ASM, sans résultat, puis s’éloigne.
Le jour suivant, les deux destroyers, presque en panne de mazout, escortent jusqu’à Brisbane les S-42, S-44, S-45 et S-47. Il n’y a aucune trace du S-43, disparu corps et bien. Le commandement, obsédé par les sous-marins allemands, conclut à un piège tendu par une sorte de corps expéditionnaire d’U-boots…
………
« Après la guerre, l’examen des archives de la Marine Impériale révéla que le coupable était le Ro-64. Ayant repéré le Griffin, il tira quatre torpilles. L’une au moins toucha son but, et le navire explosa avec une violence telle que le sous-marin fut légèrement endommagé. Il plongea profondément pour recharger avec ses quatre dernières torpilles, puis entendit des bruits d’hélices aux hydrophones. Remontant en immersion périscopique, il aperçut un sous-marin – évidemment pas japonais, car ses feux étaient allumés et ses projecteurs fouillaient la mer. Le Ro-64 lança immédiatement deux torpilles, dont l’une toucha, et le sous-marin visé (le S-46) coula. A 22h00, en quête d’une nouvelle cible, le Ro-64 aperçut « une canonnière » (sans doute le HMAS Adele) sur laquelle il tira une torpille (l’autre fit long feu), mais il rata sa cible. Réfugié en profondeur, le sous-marin entendit plusieurs grenades ASM (notées comme « pas proches » dans le rapport de patrouille) et s’en retourna vers Kwajalein.
Le destin du S-43 est inconnu et pourrait bien le rester. Il existe quatre possibilités. Le S-43 a pu être coulé par une des torpilles de la première salve du Ro-64. Il a pu être coulé par l’explosion du Griffin, peut-être heurté par un débris de grande taille. Il a pu être coulé par erreur par l’HMAS Adele. Enfin, il a pu plonger et être victime d’un accident. Nul n’en sait rien, mais il faut espérer qu’il n’a pas été coulé par l’Adele. » (Research Notes de Mr Norman, décembre 1949)
[Note en marge, décembre 2005 – En 2002, des investigations conduites par le fameux chercheur américain Robert Ballard ont repéré les trois épaves, ainsi que celle du HMAHS Centaur. Le S-43 était situé tout près de l’énorme zone couverte par les débris du Griffin. Sa proue était complètement arrachée. Or, le compte-rendu de ce fatal voyage mentionne que le S-43 faisait route à bâbord du Griffin, et le Ro-64 a torpillé ce dernier par tribord. Il est très probable qu’une torpille a raté le Griffin et frappé le S-43. L’explosion sympathique d’une torpille du sous-marin américain est aussi envisageable, ou un faux départ et une explosion dans le tube sous l’effet du choc de l’explosion du Griffin. Quoi qu’il en soit, les quatre navires sont aujourd’hui protégés comme sites historiques et tombes de guerre. M.B.]



17 avril
Bataille de Singapour – I

« Il est devenu évident que chaque division japonaise a son propre axe d’attaque, matérialisé par une route en dur. C’est logique pour de simples raisons de commandement, de contrôle et de logistique. Du nord au sud, ce sont :
– Division de la Garde Impériale : Route de la Côte nord – Woodlands, vers l’est jusqu’à la base navale et vers le sud jusqu’à Nee Soon.
– 27e Division : Mandai Road, vers l’est jusqu’à Nee Soon.
– 5e Division : Choa Chun Kang Road, vers l’est jusqu’au Bukit Panjang.
– 18e Division : Jurong Road, vers l’est jusqu’au Bukit Timah.
– 9e Division : Route de la côte ouest jusqu’à Pasir Panjang. »
(Extrait d’un message de l’état-major de la Région Militaire de Malaisie)

Après les durs combats dans la base navale et aux alentours, la Division de la Garde Impériale a regroupé ses trois régiments (dont le 5e, reconstitué de façon symbolique) pour consolider ses gains et sécuriser correctement la base. Là, une surprise attend les Japonais : des stocks de bière et d’alcools forts ont été délibérément abandonnés un peu partout dans la base. Les officiers ont quelque mal à maîtriser leurs hommes qui, après huit jours de souffrances, cherchent un soulagement passager dans la boisson.
En face, la 9e Division Indienne se replie en défense devant Nee Soon, le Sungei Seletar et le Réservoir de Seletar.

A la suite des affrontements confus au sud et à l’est de Yew Tee, la 27e Division japonaise a besoin de temps pour se reconcentrer et déplacer vers l’est son axe de progression. De ce fait, un seul régiment peut reprendre son avance vers l’est le long de Mandai Road tout en assurant son flanc sud. C’est le 3e Régiment de Chine, qui ne fait que peu ou pas de progrès face aux hommes très fatigués mais expérimentés des 8e et 22e Brigades Indiennes (9e Division Indienne).

La 5e Division japonaise pivote vers l’intérieur à partir des hauteurs ouest du Bukit Timah et attaque vers le pied de ces hauteurs à l’ouest de la voie ferrée. La 45e Brigade britannique se replie sur les pentes est, et la 44e sur les pentes ouest.

La 18e Division japonaise maintient la pression par des assauts répétés le long de Jurong Road contre l’infanterie régulière britannique, qui s’accroche aux hauteurs au nord.
Au sud de Jurong Road, la ligne de la 15e Brigade Indienne forme une poche, mais la Brigade tient toujours les hauteurs. Cette brigade est maintenant formée d’un curieux assortiment d’unités, car un flux continu de renforts vient boucher les trous ou relever les unités éprouvées.

La 9e Division japonaise continue à grignoter les positions alliées. Elle utilise toutes les périodes de mauvaise visibilité – la nuit, mais aussi les brumes matinales et les fréquentes fortes pluies – pour s’infiltrer, notamment, dans les zones marécageuses et très boisées à sa gauche. Devant elle, les réservoirs de carburant de Pasir Panjang ont été détruits pour empêcher qu’ils ne tombent aux mains des Japonais. La fumée des incendies est poussée vers le nord-est, voilant les abords et la partie ouest de la ville de Singapour.

Campagne de Malaisie
Dix-sept Wellington et 24 Blenheim de la RAF, basés en Birmanie et utilisant Sabang (Sumatra) comme escale de ravitaillement, attaquent durant la nuit Jitra et Gurun, en Malaisie, pour tenter de détruire la voie ferrée que le génie japonais s’efforce de réparer. La DCA japonaise est assez faible, mais le bombardement manque de précision. Un Blenheim est perdu pour une raison inconnue et un autre s’écrase lors d’un décollage après une perte de puissance brutale du moteur gauche.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Sydney – Les rapports des coastwatchers (guetteurs côtiers) australiens dans les Salomon signalent une multiplication des vols de reconnaissance japonais dans la région.
………
Timor – Un transport et un dragueur de mines japonais coulent après avoir sauté sur des mines posées par le sous-marin français Perle.
………
Nouméa (Nouvelle-Calédonie) – Arrivée de quatre Consolidated 28-5MF (PBY-5) de la Flottille E-24 basée à La Réunion. Envoyés renforcer les moyens locaux de reconnaissance aérienne, les gros hydravions doivent opérer en coordination avec les quatre Sikorsky S-43 et les trois Loire 130 de la R-32 déjà déployés, ainsi qu’avec les six PBY-5 américains de la VP-71, récemment arrivés avec leur ravitailleur, l’USS Tangier.


18 avril
Bataille de Singapour – I

Sur le front nord-ouest, les trois régiments de la 27e Division japonaise attaquent simultanément. Ils font tout d’abord de rapides progrès sur Mandai Road, car les forces britanniques sur ce front semblent disparaître. Dans l’après-midi, leur avance est stoppée sur la rive nord du Réservoir de Seletar par les vétérans de la 28e Brigade Indienne (Gurkha), venue assurer la jonction entre la 9e DI Indienne et la 2e Division de Malaisie.
En fait, la 9e Division Indienne s’est repliée car, de la nuit du 8 au 9 avril à celle du 18 au 19, ses unités ont subi en moyenne 30 % de pertes. La 8e Brigade Indienne décroche vers l’est par des sentiers et va tenir l’intervalle entre le Réservoir Pierce et celui de Seletar. Cette zone est vitale car elle borde Thompson Road, seule voie de retraite. La 22e Brigade Indienne décroche, elle, dans la zone des “Dairy Farms” le long de la canalisation, tandis que d’autres unités et le QG de la 9e Division suivent des pistes jusqu’à Thomson Village.
Plus au sud, près du Bukit Panjang, la 12e Brigade Indienne repousse durement la 5e Division japonaise avant de se retirer.
Sur le front ouest, les unités de la 17e Division Indienne sont engagées contre la 18e Division japonaise dans les combats les plus acharnés et les plus sanglants du siège à ce jour : la deuxième bataille de Bukit Timah. Sur plus de 180 degrés du nord au sud, le terrain à l’ouest du Bukit Timah change de mains de multiples fois au rythme des barrages d’artillerie et des charges à la baïonnette. La bataille est centrée sur l’axe de Jurong Road, car les Japonais tentent de couper de Singapour toutes les forces alliées au nord du village de Bukit Timah. L’intensité de la bataille ne diminue pas avec la tombée de la nuit, tandis que les moindres unités dont disposent les deux adversaires sont jetées dans la fournaise.
Ce bain de sang fait oublier les lents progrès de la 9e Division japonaise le long de la route de la côte sud-ouest, où elle affronte les 1ère et 2e Brigades de Malaisie sur la bande côtière qui va se rétrécissant à l’ouest de Reformatory Road.

Campagne des Philippines
Bataan – Une contre-offensive menée par MacArthur en personne rejette les Japonais sur leurs positions de départ (voir Annexe C B2).
« Trente minutes avant l’aube, comme l’avait ordonné MacArthur, l’attaque commença. Silencieusement, sans tirer une balle ou un obus, GI et Philippins s’infiltrèrent dans les lignes japonaises. Ce n’est qu’au moment où ils furent détectés qu’ils se lancèrent à l’assaut, tandis que l’artillerie ouvrait le feu sur les lignes arrière ennemies. L’attaque fut une surprise totale pour les Japonais, qui flanchèrent et reculèrent sous le coup. Les Philippins, en particulier, combattaient avec férocité, et MacArthur fut signalé en au moins une douzaine d’endroits du front où il n’était pas.
Son plan de bataille était cependant plus raffiné qu’une offensive aveugle. Alors que l’ensemble du Ier Corps se lançait en avant sur un large front, MacArthur – qui n’avait pas fermé l’œil de la nuit, sans qu’il y paraisse si peu que ce fût – menait la Réserve, en personne comme promis, par les pistes tortueuses qu’il avait lui-même reconnues à Bataan tant d’années auparavant. Son objectif était le flanc ouest du mont Samat, sur lequel, à 10h40, après des heures d’une marche aussi rapide que le permettait l’état physique délabré des hommes, ses troupes étaient en position. Toujours en pointe, et toujours armé d’une simple cravache, il conduisit lui-même l’assaut du mont Samat, jusqu’à ce que la charge de l’infanterie alliée déborde le rythme pourtant vif de ses grandes enjambées. En six heures de combat, le mont était repris !
Quand les rapports signalant le succès de la contre-attaque alliée arrivèrent dans la soirée au QG du général Homma, celui-ci paniqua. Soudainement, il avait l’impression que la contre-attaque était sur le point de pivoter comme une porte sur ses gonds et de se rabattre sur ses meilleures troupes, pour les piéger et les annihiler comme des milliers d’hommes avaient été massacrés lors des batailles des Pointes et des Poches. Hanté par cette sinistre leçon, Homma ordonna précipitamment à ses hommes du côté est de la péninsule de battre en retraite jusqu’aux tranchées capturées de la ligne Bagac-Orion pour résister à ce qui apparaissait tout d’un coup comme le couronnement d’un piège ingénieux mis en place par MacArthur.
Les troupes épuisées et en déroute du IIe Corps constatèrent soudain que leurs poursuivants mollissaient. Cette nuit-là, ils s’écroulèrent sur place, mourant de faim. Ils avaient cessé de fuir, mais n’étaient plus que des groupes d’hommes serrés les uns contre les autres, cherchant avidement la moindre nourriture. A l’ouest, la contre-attaque cessa d’elle-même dès que l’on apprit que les Japonais reculaient, en dépit des efforts de quelques officiers s’efforçant d’organiser une poursuite, mais dont les hommes épuisés refusaient, certains s’effondrant simplement là où ils se trouvaient.
Durant la nuit, le colonel Hatori, étudiant la situation à la place du général Homma, qui était au bord d’une nouvelle dépression nerveuse, comprit qu’il n’y avait pas de poursuite alliée. Au nom de son supérieur, il ordonna immédiatement aux unités japonaises de tenir bon, quelles que soient les positions qu’elles tenaient, et de s’y accrocher « jusqu’au dernier homme ». Mais il n’y eut pas d’attaque, comme il n’y avait pas eu de poursuite. »

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 2)
Côte est de l’Australie, 02h00 – Le Ro-65 attaque un pétrolier à 120 nautiques au nord-est de Sydney. Le sous-marin revendiquera deux torpilles au but et un navire coulé, mais à tort. Le pétrolier américain Pat Doheney rapportera que deux torpilles ont explosé loin de lui (sans doute en bout de course) et qu’il est intact. Ignorant son échec, le Ro-65 reprend le lendemain la route de Kwajalein.

Trente secondes sur Tokyo
Pacifique Nord – A 05h58 du matin, un SBD piloté par le Lt Wiseman aperçoit un petit patrouilleur japonais à 42 nautiques des forces américaines qui font route vers Tokyo. Il signale le contact en lançant sur le pont de l’Enterprise un message dans un sac lesté et la flotte change de cap. Mais à 07h38, un nouveau patrouilleur est aperçu par une vigie du Hornet. Le bateau est rapidement coulé par les canons du croiseur lourd Nashville, mais il a eu le temps d’envoyer un message.
A 08h00, l’amiral Halsey signale au Hornet par projecteur à éclats : « Lancez avions – Au colonel Doolittle et à ses braves, bonne chance et que Dieu vous bénisse. » Sur le Hornet, le klaxon d’alarme résonne et les haut-parleurs annoncent : « Pilotes de l’Armée, à vos avions ! »
Le porte-avions tangue durement face à un vent qui dépasse 40 nœuds. Le Lt Edgar G. Osborne doit se placer debout près de la proue avec un drapeau à damier pour donner le départ aux avions. Son geste doit être parfaitement calculé pour que chacun des seize B-25 commence à rouler au bon moment pour atteindre l’extrémité du pont d’envol à l’instant où le porte-avions pique du nez.
A 08h20, le colonel Doolittle pousse à fond les manettes des gaz. Alors que le Hornet, filant à toute vapeur, tranche la crête des vagues, il tire sur le manche et décolle, suivi par les autres appareils, à intervalles de quatre minutes environ. Comme le décollage a lieu plus tôt que prévu (l’escadre est encore à 688 nautiques du Japon), les avions manquent un peu d’essence et les premiers ne peuvent attendre les suivants : chaque B-25 va devoir accomplir sa mission individuellement. Le dernier parti (initialement prévu comme plate-forme d’observation et de photo, il reçoit finalement lui aussi une misssion de bombardement), la Task Force 16 fait demi-tour vers Pearl Harbor.
………
Tokyo – La capitale japonaise profite d’une belle après-midi de printemps quand les bombardiers arrivent. Le premier, l’avion du colonel Doolittle lâche ses bombes à 12h30. Pendant plus d’une demi-heure, quatorze autres appareils l’imitent.
Le dernier bombarde le port de Nagoya, un objectif secondaire. Un seul navire japonais est atteint : le Ryuho – c’est l’ex-ravitailleur de sous-marins Taigei, tout juste converti en porte-avions léger. Assez sérieusement endommagé, il ne pourra être opérationnel que fin novembre.
Les défenses anti-aériennes japonaises sont totalement surprises et ne font presque aucun mal aux bombardiers (un seul est légèrement touché par la DCA, un autre, attaqué par des chasseurs, doit larguer ses bombes prématurément).
………
Chine – Le mauvais temps et la longueur imprévue du vol vont être fatals aux avions de Doolittle. Un appareil se déroute sur l’Union Soviétique et atterrit normalement près de Vladivostok, où l’équipage va être interné pendant quelques semaines (bien moins longtemps que ce que craignaient ses membres…). Quatre avions se posent en catastrophe en différents endroits de Chine et les équipages des onze autres sautent en parachute. Deux hommes sont tués dans les avions qui tentent de se poser et un parmi ceux qui sautent en parachute, tandis que huit sont capturés par les Japonais – mais les 64 autres, dont Doolittle, réussissent à atteindre Chungking et la sécurité.
………
Tokyo – Les plus hautes autorités japonaises se réunissent dès le 18 au soir pour évaluer les conséquences du raid surprise qui a touché la capitale, comprendre comment les Américains ont opéré et décider quelles réponses apporter à cette offense intolérable. Déjà, tous les navires disponibles ont pris la mer pour aller châtier les gaijin insolents – porte-avions, cuirassés, croiseurs et destroyers rentreront deux ou trois jours plus tard, ayant dépensé beaucoup de mazout et n’ayant pas aperçu le moindre navire américain.
La première décision prise lors de la réunion est de redéployer autour de la capitale quatre chutai de chasse (soit une centaine d’avions). Mais les discussions stratégiques se prolongent tard dans la nuit, lorsqu’elles sont brutalement interrompues par une alerte générale…


19 avril
Bataille de Singapour – I

La 9e Division Indienne se retire derrière le Sungei Seletar avec la Division de la Garde Impériale dans son sillage, mais qui évite de la serrer de trop près. En réalité, la Garde est encore en train de reprendre son souffle après les très lourdes pertes qu’elle a subies. Le flanc gauche de la 9e Division fait face à l’ouest, pour occuper le terrain entre le Réservoir de Seletar et le Réservoir Pierce.
La 2e Division de Malaisie est engagée à fond dans de nombreux et sanglants combats au contact, car elle barre le chemin à la 5e Division japonaise qui tente de percer vers le sud-est pour passer entre les Réservoirs Pierce et MacRitchie, et vers le sud, en direction de la “Dairy Farm” et du village de Bukit Timah.
Un peu plus au sud, les troupes (relativement) peu expérimentées de la 17e Division Indienne, après les combats acharnés de la veille, semblent sur le point de craquer. Un plan simple est alors conçu pour l’éviter : au lieu de défendre, la division va prendre l’offensive !
La division lance une attaque générale à la baïonnette sur un front de 4 500 mètres en plein jour, derrière un très violent barrage d’artillerie. L’attaque se déroule dans des plantations d’hévéas et des zones de forêt vierge où les avions japonais ne peuvent intervenir. Le gain de terrain est limité et les pertes adverses, si elles sont lourdes, ne sont pas catastrophiques. Mais les jeunes soldats indiens ont éprouvé leurs forces dans une victoire modeste, mais une victoire tout de même, remportée en attaquant ! Lord Gort est très satisfait : « Ces gars-là se battront eux aussi pour chaque pouce de terrain de cette île comme une lionne défendant ses lionceaux ! » Il ignore que cet engagement marque aussi la fin de la première partie de la bataille de Singapour.
………
Sur l’eau et dans les airs
La Royal Navy et la Royal Air Force continuent de jouer un rôle dans la défense de Singapour.
« La Royal Navy a rassemblé un assez grand nombre d’embarcations de fortune propulsées par des moteurs d’auto ou de camion, diesel ou à essence. Cette collection de petits bateaux construits pour les communications avec Sumatra est maintenant inutile. Le contre-amiral Spooner propose un plan de contre-attaque amphibie pour déséquilibrer les communications japonaises et détruire des batteries et des unités de ravitaillement, mais surtout pour soutenir le moral des troupes. » (Extrait d’un message de l’état-major de la Région Militaire de Malaisie)
Le Coastal Command et le Transport Command de la RAF maintiennent une “ligne aérienne” presque régulière grâce à des hydravions qui relient chaque nuit Rangoon à Penang et à Singapour, en passant par Port Blair et Sabang. Les appareils utilisés sont quelques Short classe C de transport, un bon nombre de Sunderland et, en raison de leur vitesse exceptionnelle, les premiers Blackburn B.40 (version à moteur Centaurus du B.20, appelée à remplacer le Sunderland). Ils apportent des pièces détachées, des médicaments… mais surtout, ils emportent certains blessés, des documents (codes et chiffres notamment), des films de Singapour assiégée et plus d’un demi-million de livres en or, argent et diamants confiés par différentes personnes ou saisis chez des trafiquants du marché noir ou d’autres criminels. La RAF subit des pertes notables, essentiellement sur accidents, mais ces missions font beaucoup pour soutenir le moral des défenseurs de Singapour et stimuler la volonté de combattre de toutes les forces qui s’organisent en Inde et en Birmanie. Par la suite, elles donneront lieu à de nombreux récits légendaires, qui prendront place à côté de la Geste de lord Gort et de l’histoire de “Phillip’s Folly” (la fin de l’Eastern Fleet).
………
Le “front de l’Arrière”
En trois jours, l’aviation de l’Armée japonaise a effectué plusieurs centaines de sorties contre les ouvrages défensifs à différents stades d’achèvement le long de Reformatory Road. Ces raids font de nombreux morts et blessés parmi les hommes des unités du génie et les ouvriers militaires (aidés par les plus résolus des civils) qui travaillent au “Périmètre Défensif de la Ville de Singapour”. Outre les dommages directs, la couverture végétale de la zone est ravagée, exposant les ouvrages qu’elle cachait.
De plus, les avions japonais patrouillent au-dessus de l’île, attaquant à basse altitude toutes les cibles qui se présentent, en particulier les unités chargées de l’entretien des lignes de communication, car les routes exigent des réparations continuelles. Il faut au moins déblayer les épaves de véhicules détruits et enlever les morts et les blessés, pour permettre au ravitaillement d’atteindre le front. La DCA, très dense sur la petite superficie de l’île, réagit cependant énergiquement, et il n’est pas rare qu’une épave d’avion japonais s’ajoute à celles des véhicules en feu.
Par ailleurs, les bombardements sont d’une précision très variable, et l’on compte de nombreuses victimes civiles, d’autant plus qu’à l’approche des Japonais, des dizaines de milliers de personnes qui s’abritaient dans les faubourgs ouest de la cité de Singapour se déplacent vers la ville ou vers l’est de l’île. Ces déplacements ajoutent à l’encombrement des routes et les avions japonais n’hésitent pas à mitrailler, voire à bombarder, les groupes de civils en fuite. Et quand les malheureux échappent aux avions, c’est pour tomber sous les obus de l’artillerie japonaise, qui tire plus ou moins au hasard, peut-être pour démontrer que plus un pouce de l’île n’est hors de portée de ses canons.
Au soir du 17 avril, les pertes civiles se montaient à 2 451 morts et 8 954 blessés. Le 19, une évaluation approximative indique 3 000 morts et 10 000 blessés. Le système de santé civil ne fonctionne encore que grâce au grand nombre de volontaires, brancardiers, secouristes, aides-soignants… Mais seule l’Armée a suffisamment de médecins et de chirurgiens pour répondre aux besoins croissants.
Pourtant, il semble que tout espoir de limiter les pertes humaines ne soit pas perdu… « Hier 18 avril, le Consul d’Union Soviétique a informé le Commandement de la Région militaire de Malaisie que le Commandant de la 25e Armée japonaise souhaitait communiquer au Commandant en chef britannique que des boîtes contenant des documents allaient être lâchées sur Fort Canning et qu’une chaloupe à moteur capturée du Gouvernement de Malaisie allait arriver à Changi, venant de l’embouchure de la Johore, avec une “délégation” de huit officiers et sous-officiers britanniques blessés. Les boîtes de documents contenaient les noms de centaines de prisonniers de guerre et une liste de blessés capturés. La “délégation” était porteuse d’une proposition d’établir des règles pour les hôpitaux et les blessés et d’une “offre généreuse” d’autoriser le commandement britannique à évacuer un millier de blessés graves de Keppel Harbour à bord de navires marchands neutres. Nous nous interrogeons sur la signification cachée de ce louable changement d’attitude concernant l’application des traités internationaux sur les lois de la guerre. » (Extrait d’un message de l’état-major de la Région Militaire de Malaisie)

Campagne de Malaisie
En ravitaillant à Sabang, comme lors de leur raid du 17 avril, des bombardiers britanniques (22 Blenheim et 17 Wellington) attaquent les voies de communication japonaises en Malaisie. Comme le 17, les pertes sont faibles (un Wellington bon pour la ferraille du fait d’un atterrissage raté après le raid), mais les résultats sont décevants.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Panama – Le croiseur de bataille HMS Renown et le croiseur lourd HMS Shropshire traversent le canal de Panama, en route vers le Pacifique Sud.

Trente minutes devant Tokyo
Tokyo, 00h40 –De puissantes explosions se produisent, et toute l’artillerie anti-aérienne de Tokyo se met immédiatement à tirer, tandis que les projecteurs fouillent frénétiquement le ciel à la recherche de bombardiers. Le tir est si nourri est si prolongé qu’un certain nombre d’obus non explosés retombent et incendient plusieurs maisons dans les faubourgs de la cité, ajoutant à la confusion…
01h12 –Le fracas de la DCA s’apaise enfin, tandis que le commandement se rend à l’évidence : aucun avion n’a survolé Tokyo cette nuit. Ce ne sont pas des bombes qui ont frappé la ville, mais des obus de gros calibre.
A ce moment, le croiseur sous-marin Surcouf, dont les deux canons de 203 mm sont responsables de cette panique, est déjà en train de quitter tranquillement la baie de Tokyo. « Nous avons plongé pour quitter les lieux en toute sécurité, racontera un de ses officiers, mais les Japonais s’attendaient si peu à un bombardement naval de leur capitale que nous aurions pu sans être inquiétés repartir en surface, je crois, avec la fanfare du bord jouant La Marseillaise sur le pont ! »


20 avril
Bataille de Singapour – II

Message du Commandement de la Région Militaire de Malaisie – « Le retour dans nos lignes de plusieurs groupes d’hommes d’une certaine importance qui avaient été coupés du gros de nos troupes n’a fait que renforcer le tableau que nous nous faisions déjà : les Japonais sont forts là où ils attaquent, mais leurs lignes sont extrêmement fragiles, voire inexistantes ailleurs. Par ailleurs, notre stratégie presque purement défensive, destinée à nous permettre de tenir le plus longtemps possible, a entamé le moral de nos troupes à différents degrés et une démonstration offensive énergique est considérée comme vitale, quel qu’en soit le résultat tactique. Des attaques de harcèlement ont donc été montées pour désorganiser et retarder les plans et préparations de l’ennemi. Le manque de troupes fraîches et de réserves de matériel rendra provisoires les gains limités que nous attendons de ces opérations, mais nous espérons gagner un temps précieux pour reposer les unités, améliorer l’entraînement des volontaires locaux et conduire la préparation d’autres opérations. »
Sur le front sud-ouest, la 9e Division japonaise continue d’avancer lentement et se rapproche des positions britanniques à l’ouest de Reformatory Road face à la 1ère Division de Malaisie. Les Japonais tentent de profiter des nombreuses zones boisées pour parer aux concentrations d’artillerie britannique. La bataille est un ensemble de combats indépendants, contre des groupes qui cherchent à s’infiltrer entre les positions alliées et pénètrent parfois profondément sur les arrières britanniques, mais dont les colonnes de soutien sont accrochées par les points d’appui et les contre-attaques alliées. La ligne de défense pourrait se rompre à tout instant, mais les arbres qui cachent les mouvements des troupes japonaises cachent aussi leurs succès. Dans le bruit et la fumée de la bataille, les points d’appui, tous engagés dans leurs propres batailles pour survivre, restent miséricordieusement inconscients de la profondeur des pénétrations japonaises et tiennent bon, alors que toute la ligne aurait pu s’écrouler si les différentes unités avaient tenté de décrocher pour éviter d’être coupées. Cependant, devant la menace, une ligne de repli est dessinée de Holland Road à MacRitchie Reservoir. L’Hôpital Militaire du Lycée Chinois est évacué et les QG encore situés à Sime Road, près du parcours de golf de Singapour, sont redéployés.
Un peu plus au nord, dans le secteur de Bukit Timah, la 18e Division japonaise contre-attaque et dans l’après-midi, l’avance de la 17e Division Indienne est arrêtée par des mouvements d’infiltration sur ses flancs. Mais ses effectifs et sa puissance de feu la rendent difficile à chasser de la position qu’elle occupe à la borne des 10 miles, à portée de fusil du village de Bukit Panjang et du carrefour de Choa Chu Kang Road et Woodlands Road.
Au nord de Bukit Timah, sur Woodlands Road, la 2e Division de Malaisie, appuyée par des chars Valentine, attaque à son tour, espérant détourner des forces japonaises de la bataille de Bukit Timah. La 5e Division japonaise doit céder du terrain devant la supériorité numérique des Britanniques en infanterie, blindés et artillerie, qui se fait lourdement sentir. Sa 21e Brigade (21e et 42e Régiments d’infanterie), déjà très amaigrie, est débordée et commence à craquer sous le poids de l’attaque, qui broie sans remords ses bataillons. La ligne de communication de la 27e Division japonaise vers la Jetée risque d’être menacée et cette division est obligée d’envoyer vers le sud son 3e Régiment de Chine, puis un bataillon de son 2e régiment, et d’abandonner sa marche en avant destinée à soutenir le flanc droit de la Division de la Garde Impériale. La 5e Division se concentre alors sur Woodlands Road, en renforçant sa 21e Brigade avec sa 9e Brigade (11e et 41e Régiments d’infanterie), qui couvrait le flanc gauche de l’attaque de la 18e Division contre Bukit Timah.
A ce moment, le commandement allié, estimant que les réserves japonaises ont été comme d’habitude engagées en masse pour soutenir le succès des unités de tête chargées des infiltrations ou des assauts, et que toutes les forces ennemies ont été jetées en avant pour appuyer l’avance ou pour contre-attaquer la 17e Division Indienne, considère que l’heure est venue d’une contre-attaque combinant plusieurs plans occasionnels en une seule grande opération. Une puissante attaque de la 55e DI britannique, soutenue par des Matilda, prend de front les Japonais, et perce leurs lignes le long de Jurong Road. Une colonne de chars Cruiser, d’autos blindées, de voitures de reconnaissance, de chenillettes et des camions blindés s’enfonce dans la brèche. Cette colonne se divise en trois forces, chacune construite autour d’une compagnie de seize chars Cruiser.
– La “Force A” file vers le village de Jurong, qui joue le rôle de centre logistique pour la 9e Division japonaise.
– La “Force B1” tourne à droite après avoir passé Ulu Pandan, balafrant le 41e Régiment d’infanterie de la 5e Division japonaise, qui marche pour aller renforcer sa 21e Brigade face à la 17e Division Indienne.
– La “Force B2” se sépare de la précédente et fonce vers Tengah Air Base, dispersant les lignes arrière japonaises, débordant des unités de QG et de ravitaillement et des batteries d’artillerie, et en général ravageant la base logistique des 5e et 18e Divisions japonaises.
Pendant plusieurs heures, les colonnes blindées britanniques sèment ainsi le désordre et la destruction dans les lignes arrières japonaises, jusqu’au moment de s’ouvrir le chemin du retour. Les blindés japonais qui tentent d’intervenir sont complètement surclassés et subissent de lourdes pertes. Au soir, les Britanniques font leurs comptes : ils ont surtout subi des pertes en matériel, car les véhicules endommagés ou en panne ont dû être détruits.

Campagne d’Indochine
Le sous-marin Casabianca accomplit avec succès sa première “mission spéciale”. Il débarque six hommes et 1,5 tonne de matériel sur la côte indochinoise, au sud de Tourane, pour aider la guérilla qui se bat dans les Hautes Terres.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Sydney – L’amiral Chester W. Nimitz arrive en Australie pour rencontrer le général Wavell, le vice-amiral Muselier et le Premier ministre australien, John Curtin.
Lors de la première réunion, dans la soirée, Nimitz commence par exposer son point de vue sur la situation. Les données des services de renseignements montrent que les Japonais préparent une importante opération. Celle-ci pourrait revêtir deux formes principales : une attaque de Port-Moresby et de la côte est de l’Australie pour couper les communications avec les Etats-Unis, ou un débarquement à Midway, que Nimitz considère comme la porte d’entrée d’Hawaii. Midway doit être renforcée, de façon que toute tentative japonaise pour y débarquer se révèle extrêmement coûteuse et que l’US Navy ait l’occasion d’attaquer un ennemi très occupé à affronter une solide défense. Mais la menace qui pèse sur l’Australie, ou même sur les Samoa ou la Nouvelle-Calédonie, ne peut être ignorée. Les forces navales alliées devront donc faire preuve d’une grande souplesse et pouvoir passer rapidement de l’un à l’autre des deux théâtres d’opérations possibles. Dans ce cadre, les premiers cuirassés américains réparés après Pearl Harbor sont bien trop lents. Ils sont utilisés comme escorte pour les convois entre la côte ouest des Etats-Unis et Pearl Harbor.
Le Premier ministre australien exprime alors sa préoccupation quant à la menace que représente pour l’Australie la présence japonaise à Bougainville et en Nouvelle-Guinée. Il réclame une attaque préventive de Lae et de Rabaul, ce que Nimitz doit refuser, car cette action représenterait une trop grande prise de risque pour un effet possible très limité.
Curtin se tourne alors vers l’Europe. Il reconnaît d’abord la contribution à la défense de l’Australie du Royaume-Uni, qui envoie le croiseur de bataille Renown dans le Pacifique. Puis, il suggère à l’amiral Muselier de demander au gouvernement français et au chef d’Etat-Major de la Marine Nationale, l’amiral Ollive, d’envoyer dans le Pacifique Sud deux cuirassés rapides, jusqu’à ce que les nouveaux grands bâtiments américains soient disponibles. Cette requête est soutenue par Nimitz. De son côté, Muselier voit cette idée d’un œil favorable, mais il répond cependant à Curtin qu’une telle proposition doit être transmise directement au gouvernement français, à Alger, par le gouvernement australien.

Opération D
Batavia – La 8e Escadre Sous-Marine arrive à Batavia (qui n’est tombée, rappelons-le, que le 12 mars). Commandée par le contre-amiral Noboru Ishizaki, elle comprend cinq bâtiments : le navire amiral I-9 (classe A1, 2 919 t en surface), l’éclaireur I-30 (classe B1, 2 584 t) et les sous-marins d’attaque I-16, I-18 et I-20 (classe C1, 2 554 t). Aucun ravitailleur de sous-marins spécialisé n’est disponible à Batavia, mais un petit pétrolier et une paire de caboteurs modifiés en hâte vont suffire pour ravitailler l’escadre sur place.
C’est le premier déploiement d’un A1. La Sixième Flotte a décidé d’envoyer ce grand et coûteux “sous-marin amiral” dans l’Océan Indien pour évaluer en opération ses capacités à contrôler et commander une escadre sous-marine contre une cible relativement vulnérable. L’état-major de la Marine Impériale attend beaucoup de cette opération, dite opération D : elle doit en effet confirmer que les problèmes identifiés lors des manœuvres de 1940 et 1941 ont été corrigés et que, comme les plans de 1939 le prévoyaient, trois groupes de sous-marins d’attaque vont pouvoir être lancés contre la flotte américaine.
Les sous-marins d’attaque vont se rendre à Kuching pour y embarquer un mini-sous-marin Type A avant de revenir à Batavia. L’opération doit en effet commencer par un raid contre le port de Colombo (opération D-1). Les croiseurs auxiliaires (AMC) Hokoku Maru et Aikoku Maru ont été désignés pour appuyer cette mission et ravitailler les sous-marins au milieu de l’Océan Indien après l’attaque de Colombo.
Des plans pour poursuivre l’opération principale avec le soutien de ces croiseurs auxiliaires corsaires avaient été faits mais ont dû être abandonnés, car les lourdes pertes en transports subies face aux sous-marins alliés ont forcé la Marine Impériale à rendre ses croiseurs auxiliaires à leur rôle initial de transports rapides.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 12:13    Sujet du message: Répondre en citant

21 avril
Bataille de Singapour – II

Extrait du Journal de guerre du Commandement de la Région Militaire de Malaisie.
« Evaluation approximative de l’état de santé de la garnison de l’île de Singapour à la fin de la journée du 18 avril 1942, compilé d’après les indications des différents D.D.M.S.
(a) Nous comptons à ce jour environ 11 500 officiers, sous-officiers et hommes de troupe servant dans nos unités médicales et qui peuvent être légalement considérés comme non-combattants.
Localisation des principaux hôpitaux (la différence entre les hôpitaux militaires et civils est en pratique négligeable) :
– Abords nord-ouest de la cité : Hôpital de la caserne Alexandra, Hôpital de la caserne Tanglin, Club de tir suisse, Lycée chinois, Manor House, Oldham Hall.
– Dans la cité elle-même : Hôpital général de Singapour, Hôtel Adelphi, Ecole Saint Patrick, Cathay Building (immeuble d’appartements et de bureaux de douze étages), Institut Saint Joseph, Cathédrale Saint Andrews, Tranjong Katong.
– Locaux évacués ou sur le point de l’être : Club de tir suisse, Lycée chinois, Club de golf de Singapour.
(b) Effectifs à déduire de la garnison
– Morts :
3 147 tués au combat
2 561 manquants, présumés tués
853 morts de blessures ou de maladie
Total : 6 561 morts
– Prisonniers (estimation) :
1 500 prisonniers
3 500 manquants, présumés prisonniers
Total : 5 000 prisonniers
– Malades : sur une garnison de 155 000 hommes au 4 avril 1942, le taux moyen de maladies physiques est de 3 % (soit 4 650 hommes). Ce taux est constant, mais le taux d’indisponibilité due à l’épuisement physique et mental (directement ou indirectement) s’accroît et atteint actuellement 5 % (soit 7750 hommes).
Au total, la garnison compte donc 12 400 malades.
– Blessés :
Hospitalisés, nécessitant des soins : 5 000.
Hospitalisés, nécessitant des soins limités : 10 000.
Total : 15 000 blessés.
– Convalescents (estimation) :
Indisponibles pour toute mission : 1 500 hommes.
Disponibles pour des missions légères : 4 500 hommes.
Total : 6 000 convalescents.
– Nombre d’hommes à déduire de la garnison :
11 500 médecins, infirmiers, brancardiers et aides ; 6 100 morts ; 5 000 manquants et prisonniers ; 12 400 malades ; 15 000 blessés ; 6 000 convalescents.
Total : 56 000 non combattants et pertes.
– Reste environ 99 000 hommes aptes au service dans la garnison. »
………
Extrait d’un rapport des services de renseignements de Singapour transmis à Londres.
« Les interceptions radio, les documents capturés, les rapports des forces laissés sur les arrières de l’ennemi, les patrouilles de renseignements dans les lignes ennemies, etc. indiquent que nos premières estimations des pertes japonaises étaient optimistes. Il reste cependant certain que de lourdes pertes ont été infligées à l’ennemi. Si les pertes infligées en combat rapproché ont été très exagérées du fait de la mauvaise visibilité au milieu de la végétation, les dommages causés sur les arrières ennemis par notre artillerie ont été plus importants que nous ne l’avions imaginé au début.
– Estimation des pertes japonaises subies dans le cadre des opérations à Singapour :
8 000 morts au combat
500 prisonniers (pour la plupart blessés, mais non inclus dans le chiffre ci-après)
17 000 blessés (dont au moins 3 000 sont morts, ou vont mourir, de leurs blessures)
25 000 malades, dont au moins 1 000 morts de maladie et 5 000 convalescents de peu de valeur militaire (ces chiffres incluent les malades des troupes restées en Malaisie le long des lignes de communication)
Au total, entre la nuit du 8 au 9 avril et la fin de la journée du 18 avril, les troupes japonaises en Malaisie et à Singapour ont eu 12 000 morts et comptent actuellement 33 500 blessés, malades ou prisonniers.
Ces pertes ont touché les cinq divisions japonaises identifiées (Garde Impériale et 5e, 9e, 18e et 27e divisions d’infanterie, totalisant 17 régiments), mais aussi les nombreuses unités de soutien, en particulier celles massées sur des points sensibles en Sud-Johore et dans l’île de Singapour, et qui ont été durement châtiées par notre artillerie (de même que nos lignes arrière ont beaucoup souffert des attaques aériennes japonaises, en particulier sur le réseau routier de l’île, trop souvent embouteillé).
– Il apparaît que les Japonais utilisent les lieux suivants comme hôpitaux militaires :
(i) En Malaisie, l’hôpital civil moderne de Malacca ; les écoles King George V et Saint Paul de Seremban (Negri Sembilan) ; l’hôpital civil de Kluang ; l’hôpital civil de Tampoi et l’European Club de Johore Bharu.
(ii) A Singapour, l’hôpital indien abandonné près de la Jetée, la clinique vétérinaire des “Malayan Farms”, l’usine de caoutchouc du Domaine Namazie, les écoles des villages de Choa Chu Kang et d’Ama Keng. »
………
Leur réseau de ravitaillement dévasté par les raids de la veille, les Japonais se limitent à des attaques locales bien soutenues par l’aviation, pour tenter d’user les unités du Commonwealth et masquer le piteux état de leurs propres forces. La journée est marquée par de nombreux combats entre patrouilles, où les troupes japonaises prennent le plus souvent l’avantage, mais sans avoir la force de profiter de ces succès locaux.
Pendant ce temps, les Britanniques nettoient les poches formées par les unités japonaises infiltrées les jours précédents et qui sont maintenant isolées à l’est de Reformatory Road. Les batailles qui s’ensuivent sont petites mais acharnées, car les troupes japonaises, ayant épuisé leurs munitions, attaquent avec férocité l’arrière des unités britanniques tenant le front. Les efforts du général Gort pour entraîner les Britanniques, les Indiens et les autres unités sous son commandement à l’auto-défense au fusil, à la baïonnette et à la grenade, sont récompensés : bien que les pertes britanniques puissent être plus élevées que les pertes japonaises lors de ces rencontres sauvages, les Japonais ne parviennent pas à semer la panique et le désordre sur les arrières alliés. Petit à petit, les groupes isolés se fragmentent en bandes qui fondent et disparaissent, ces pertes entamant encore les forces des meilleures unités d’infanterie japonaises.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Sydney – L’amiral Nimitz rencontre des officiers supérieurs de l’US Navy et de la Royal Navy : le contre-amiral Frank Fletcher (commandant du Groupe Yorktown), le contre-amiral Aubrey Fitch (qui vient de remplacer Wilson Brown à la tête du Groupe Lexington), le contre-amiral Leigh Noyes (Groupe Wasp) et les contre-amiraux Thomas Kincaid et J.G. Crace (Royal Navy). Le Lexington a bénéficié de travaux récents de réparations et modernisation à Pearl Harbor, après les dommages subis près de Rabaul. Le Yorktown et le Wasp opèrent depuis trois mois d’Australie ou de Nouméa.
Les six hommes étudient les possibilités de défense de Port-Moresby, de l’est de l’Australie, des Samoa et de la Nouvelle-Calédonie. « Souvenez-vous, Messieurs, affirme Nimitz aux commandants de ses groupes de porte-avions, que vous devez dresser vos plans en fonction des capacités de l’ennemi et non de ses intentions supposées. Les données apportées par nos services de renseignement sur ce point ont beaucoup diminué depuis quelque temps. »
– Quand pourrons-nous compter sur les porte-avions de Halsey ? demande Fletcher.
– Ils ne seront à Pearl que le 25, répond Nimitz. Ils auront besoin de cinq jours de repos et réapprovisionnement. A 20 nœuds, ils pourraient donc être en mer de Corail le 8 mai. Mais nous pourrions aussi avoir besoin d’eux pour contre-attaquer si les Japonais tentaient de s’emparer de Midway.
– Les avions de l’US Army basés à Port-Moresby et dans le Queensland ne peuvent-ils donner un coup de main pour contrôler la mer de Corail ? s’enquiert Kincaid.
– Ils peuvent être d’une certaine utilité, commente Nimitz sans enthousiasme, mais je crains que les pilotes de l’Armée ne soient pas très efficaces dans le domaine de la reconnaissance maritime et de l’attaque des navires.
Les Anglais hochent la tête d’un air compréhensif et Nimitz reprend : « Il faut donc nous contenter des appareils opérant de Nouméa, c’est-à-dire les hydravions français et le groupe du Tangier – six PBY-5 pour l’instant, et six autres qui arriveront le 1er mai. »
Par ailleurs, les amiraux alliés aimeraient pouvoir compter sur l’aide de sous-marins, mais la destruction du ravitailleur de sous-marins Griffin tombe très mal, car les sous-marins américains opérant à partir de la côte est de l’Australie vont sérieusement manquer de torpilles et de matériels divers. Devant cette situation, Nimitz décide de faire directement appel au vice-amiral Muselier (qui est parti pour Canberra, où il doit rencontrer des officiels australiens) pour demander le redéploiement de la 2e Flottille Sous-Marine d’Extrême-Orient de Fremantle à Brisbane afin de renforcer la TF-42 du contre-amiral F. Rockwell. Joint en fin d’après-midi, Muselier donne son accord de principe, mais ajoute que la 2e Flottille devra opérer de Nouméa, et sous son commandement.

Tokyo – Le Grand Etat-Major Impérial se réunit pour évaluer les récents développements des opérations. Les représentants de l’Armée énoncent d’abord sur un ton monocorde le bilan (assez modeste) des dégâts causés par l’attaque surprise menée trois jours plus tôt par des B-25 américains sur Tokyo, soulignant que les agresseurs sont venus du Pacifique et passant sous silence l’absence de couverture aérienne de la capitale, théoriquement assurée par l’aviation de l’Armée. Puis, l’Armée s’inquiète de l’incursion « inadmissible » d’un intrus dans la Baie de Tokyo la nuit suivant le raid. Quant aux opérations à Singapour, à Sumatra, aux Philippines, « elles progressent normalement. »
L’amiral Isoroku Yamamoto ne cherche pas à polémiquer. Il préfère relever la grande vulnérabilité du Japon à des bombardements aériens. « C’est pourquoi, explique-t-il, comme les flottes européennes, anglaise, française et hollandaise, ont été sévèrement châtiées par la 2e Flotte de l’amiral Kondo, qui les a repoussées jusqu’à Colombo et même plus loin, il est urgent de nous retourner vers le seul adversaire qui nous reste sur mer, la flotte américaine. Il est en effet capital de poursuivre notre stratégie consistant à étendre notre zone de défense et pour cela, il nous faut provoquer une bataille décisive avant que la marine des Etats-Unis ait eu le temps de se renforcer.
En Mer de Chine, dans les eaux de l’Indonésie ou devant Rabaul, l’ennemi a toujours tenté de réagir à nos offensives. Une opération d’envergure pourrait donc attirer la flotte américaine dans une bataille où nous la détruirons. L’opération MO, l’attaque de Port Moresby, jouerait très probablement ce rôle, car la conquête de la Nouvelle-Guinée menacerait Nouméa et pourrait nous permettre à bref délai de couper les communications entre les Etats-Unis et l’Australie. Les Américains devront réagir, ce qui nous fournira l’occasion de détruire une partie de leur flotte et de démoraliser ce qui en subsistera si nous engageons des forces suffisantes. Nos chances de réussite seront d’autant plus grandes que les Américains n’engageront certainement pas toutes leurs forces pour défendre l’Australie, ils exposeraient bien trop Hawaï.
Je propose donc de lancer le 15 mai l’opération MO, avec des forces accrues, pour faire croire à l’ennemi qu’il s’agit d’un premier pas avant un débarquement en Australie, ou au moins aux Samoa ou en Nouvelle-Calédonie.
En juillet, une fois MO menée à bien, nous débarquerons à Midway, ce qui nous donnera l’occasion de détruire ce qui restera de la flotte américaine.
Si l’ennemi refuse de réagir lors de l’opération MO, les porte-avions qui auront couvert cette opération iront détruire les aérodromes et les bases d’Australie orientale comme ils l’ont fait à Darwin, préparant l’attaque des Samoa et de la Nouvelle-Calédonie, prévue pour la fin de l’été. Puis, ils rejoindront le Kido Butai pour l’attaque de Midway.
Une fois Midway entre nos mains et la flotte américaine anéantie, nous n’aurons plus qu’à occuper les Aléoutiennes pour compléter notre ceinture défensive.
Dans ces conditions, l’Australie, coupée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pourra facilement être réduite à la reddition, et nous pourrons négocier une paix à nos conditions économiques et territoriales avec des Américains démoralisés. » (Yamamoto I., Mémoires – De la Guerre à la Paix, Kyoto, 1959)
Le Grand Etat-Major Impérial se laisse d’autant plus facilement convaincre par cette stratégie que l’amiral Nagano, chef d’état-major général de la Marine, est déjà convaincu de la justesse des idées de Yamamoto et souligne qu’il s’agit en fait d’une « simple mise à jour » de la Politique Impériale exprimée par le Plan de Guerre Principal du Japon en 1938.


22 avril
Bataille de Singapour – II

La 9e Division Indienne, appuyée par des blindés, retraverse vers l’est le Sungei Seletar et avance vers le Domaine Hankow (carré 7627), le Domaine du Bukit Sembawang, la base aérienne de Sembawang, le village de Simpang et le Sungei Simpang. Elle prend par surprise la Division de la Garde Impériale, dispersée, inférieure en nombre et inférieure en armement, et elle la repousse sans ménagements vers la base navale, menaçant de l’encercler. En grand danger de perdre la Division de la Garde ou le débouché de la Jetée, les Japonais jettent alors sur la route de la 9e Division tout ce qu’ils ont pour l’empêcher de déboucher du Domaine Hankow (au sud-ouest de la base navale) et de pousser vers la route côtière nord et la voie ferrée. Mais la 27e Division japonaise (quatre bataillons seulement, les quatre autres bataillons disponibles ayant été détachés pour soutenir la 5e Division) est trop faible pour boucher le trou béant qui s’ouvre entre l’aile gauche de la 5e Division et la Division de la Garde…

Opération Oni, le “siège” de l’Australie (phase 3)
Côte sud de l’Australie – Opérations de la Sixième Flotte japonaise [sous-marins]
Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie
Research notes de Mr Norman, 1950
Opération Oni, Phase 3a, avril-mai 1942
« En avril 1942, la Sixième Flotte était en train d’évaluer les opérations contre les marines de commerce des Alliés dans les océans Indien et Pacifique. Les relations établies avec la Kriegsmarine avaient attiré l’attention sur ce type d’opérations et conduit à envisager l’utilisation d’une partie des sous-marins de la Marine Impériale pour ce type de guerre de course.
Les plus prometteuses de ces évaluations avaient été les phases 1 et 2 de l’opération Oni (la 2 s’achevait), qu’il fut décidé de prolonger par une double phase 3.
Les vieux type Ro s’étaient montré étonnamment efficaces près des côtes, grâce à la présence d’un type I tout aussi ancien modifié en ravitailleur pour les approvisionner en combustible, torpilles, etc. Remettre en état les bâtiments qui avaient participé aux phases 1 et 2 et optimiser leurs performances dans leur nouveau rôle demandait quelque temps, exigeant notamment un séjour dans un chantier naval au Japon, d’autant plus que certains avaient été endommagés (un seul avait été coulé). Les phases 3a et 3b de l’opération Oni, organisées pendant ce temps, furent donc elles aussi expérimentales. Il s’agissait d’utiliser d’anciens sous-marins océaniques contre le trafic marchand ennemi, et de faire jouer aux quatre bâtiments du sous-type KRS le rôle de mouilleurs de mines à long rayon d’action pour la première fois de leur carrière (ils n’avaient jamais posé de mines qu’à faible distance de leurs bases).
Phase 3a – La 13e Division de sous-marins (quatre type KRS, les I-121, I-122, I-123 et I-124) quitta Kendari le 1er avril 1942. Les bâtiments passèrent le Détroit de Lombok, projetant de contourner l’Australie par le sud, puis de mouiller des mines et d’attaquer des navires marchands sur la côte est, avant d’aller relâcher à Kwajalein. En chemin, ils avaient l’ordre d’attaquer les navires éventuellement rencontrés, mais cette partie de leur mission se révéla à la fois difficile et frustrante. Les sous-marins devaient rester bien au large de la côte ouest pour éviter les patrouilles aériennes. Ils ne virent que deux navires avant de doubler le Cap Leeuwin [à l’angle sud-ouest de l’Australie], mais dans les deux cas, ces navires s’enfuirent sans difficulté et signalèrent leur présence. Tous deux étaient des reefers modernes transportant de la viande congelée, et ils étaient plus rapides que les sous-marins.
La traversée de la Grande Baie Australienne se fit par un temps épouvantable et, dans la forte houle et les violentes bourrasques, les sous-marins ne virent rien. Cela tourna à leur avantage, cependant, car la Royal Australian Navy crut que les bâtiments signalés par les reefers s’apprêtaient à opérer au large de Fremantle. Les quatre bateaux aperçurent le Cap Otway [la pointe sud-est de l’Australie, au sud de la baie de Port Phillip, où se trouve Melbourne] après vingt et un jours de voyage, le 22 avril. La phase 3 de l’opération Oni allait véritablement commencer. »
………
Opération Oni (phase 2)
Côte est de l’Australie, 14h00 – Le I-6 tire deux torpilles à longue distance contre un convoi côtier, mais les sillages sont aperçus par un Anson de couverture, qui bombarde le point d’où ils proviennent pour attirer l’attention de l’escorte. Le chef de celle-ci fait faire demi-tour au convoi, et les torpilles se perdent. Le sous-marin est pourchassé tout l’après-midi par deux petits escorteurs, mais réussit à s’échapper.

Campagne d’Indochine
Saïgon – Alors que la ville reprend lentement vie, au fur et à mesure que d’anciens habitants, n’ayant nulle part où aller, tentent de s’y réinstaller, le mazout commence à manquer. Pour alimenter les centrales électriques de Cochinchine, les Japonais doivent importer du pétrole d’Indonésie. Dans d’autres domaines moins stratégiques, seule l’inventivité des populations d’Indochine leur permettra de compenser la quasi rupture des relations avec l’extérieur. La production de papier sera décuplée, le jute et le ramie – produits sur place – remplaceront le coton importé d’Inde ou d’Egypte. L’alcool, le gazogène remplaceront l’essence et les lubrifiants.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk – Arrivée de la 5e Division de Porte-Avions (Shokaku et Zuikaku, contre-amiral Chuichi Hara), en vue de l’opération MO.
Le Shokaku (commandant Joshima Takaji ) porte un groupe aérien commandé par le Lt-Cdr Takahashi Kakuichi et composé de 18 A6M2 (Lt Hoashi Takumi), 21 D3A1 (Lt Yamaguchi Masao) et 19 B5N2 (Lt Ichihara Tatsuo).
Le Shokaku est équipé du premier radar japonais de détection aérienne relativement efficace, le prototype des appareils Type 2 Mod. 3 (il s’agit d’un appareil japonais amélioré grâce aux conseils des techniciens allemands arrivés avec les quelques radars de type Freya envoyés par le train à travers l’URSS). Ce radar opère à 240 MHz avec une puissance maximale de 30 Kw, donnant une portée de 80 nautiques. La précision en distance est de +/- 150 mètres et la précision en azimut est de +/- 0,5°. L’appareil ne fournit aucune indication directe de l’altitude, mais le “lobing” (l’apparition et la disparition de l’écho quand l’avion entre ou sort des lobes dessinés par le radar) peut en donner une idée.
Le Zuikaku (commandant Yokokawa Ichibei) porte un groupe aérien commandé par le Lt-Cdr Shimazaki Shigekazu et composé de 20 A6M2 (Lt Okajima Kiyohuma), 22 D3A1 (Lt Ema Tamatsu) et 23 B5N2 (Lt Subota Yoshiaki).
Les porte-avions emportent aussi huit A6M2 destinés au Groupe aérien de Tainan, à Rabaul (trois sur le Shokaku, cinq sur le Zuikaku).
Leur écran (contre-amiral Susumu Kimura) est composé du CL Nagara et de la 17e Division de Destroyers (DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze et Urakaze).

Renforts français pour l’Australie ?
Alger – Le Comité de Défense Nationale tient une réunion extraordinaire pour discuter de la réponse à donner au message envoyé par le Premier ministre australien, Mr J. Curtin. Ce dernier explique que la Royal Navy ne peut plus et ne souhaite plus envoyer davantage de navires dans le Pacifique Sud-Ouest. Il indique que Churchill a affirmé de la façon la plus claire que les deux porte-avions qui ont quitté la Méditerranée sont destinés à la protection de Colombo et de la côte indienne et birmane. C’est pourquoi Curtin demande au gouvernement français d’envoyer « … un ou deux cuirassés rapides, qui pourraient travailler en équipe avec le Renown et la force que l’amiral Crace est en train de rassembler. Dans ces conditions, mon gouvernement recommanderait que cette escadre soit placée sous commandement français, pourvu que l’officier français présent soit de grade plus élevé ou plus ancien dans le même grade que l’amiral Crace. » Ce message montre clairement combien le Premier ministre australien est préoccupé par le risque d’un débarquement japonais dans le nord-est de l’Australie, et par la possibilité que l’US Navy ne donne la priorité à la défense des îles Hawaï.
Pourtant, l’amiral Ollive indique qu’il n’est pas possible à la Marine Nationale de répondre favorablement à cet appel au secours (pas plus qu’elle ne l’avait pu lors de la réunion de la Jamaïque avec Churchill, le 6 avril). Si l’entrée en service du cuirassé Duke of York et d’autres navires anglais permet au groupe du Richelieu de retourner en Afrique du Nord, et si ce mouvement libère le Dunkerque et le Strasbourg, ces deux grands bâtiments ont désespérément besoin d’un carénage et d’une modernisation. « Tout ce que nous pouvons faire, indique Ollive, c’est redéployer à Brisbane une partie des sous-marins français opérant actuellement de Fremantle, et peut-être ajouter l’Emile-Bertin aux forces alliées opérant dans le Pacifique Sud-Ouest. »
– Devons-nous vraiment participer plus avant à la défense de l’Australie ? interroge Paul Reynaud, dubitatif, tout comme Mandel.
– Je pense que la réponse est oui, Monsieur le Président du Conseil, intervient De Gaulle, soutenu par Henry de Kérillis. La présence de la France dans ces eaux, même si elle n’est que symbolique, sera d’une importance capitale après la guerre, pour le statut de puissance majeure que notre pays devra retrouver, dans le Pacifique comme ailleurs.
De Gaulle comme Kérillis sont cependant d’accord avec Ollive pour estimer que le Dunkerque et le Strasbourg doivent en priorité être remis en état. Ces travaux demanderont de longues semaines. Si le Dunkerque peut se rendre à New York mi-mai et le Strasbourg fin mai, les deux bâtiments devraient être opérationnels avant la fin du mois d’août. Il sera temps alors de réévaluer la situation.


23 avril
Bataille de Singapour – II

[Robin “Doc” Meyrson, du New York Times, a réussi à obtenir une place sur un hydravion faisant la “ligne” Rangoon-Singapour, et il couvre aujourd’hui sa première opération dans le cadre du siège de Singapour. L’article dont sont extraites ces lignes sera publié quelques jours plus tard. Certains détails ont été censurés avant parution.]
“Saint George for England !”
– Savez-vous quel jour nous sommes, depuis minuit, Mr Meyrson ? me demande l’officier des Royal Marines, dans son inimitable anglais d’Oxford, qui contraste bizarrement avec son visage noirci, son battle-dress et son attirail guerrier moderne.
– Eh bien, le 23 avril, non ?
– Oui, mais aussi le jour anniversaire du raid amphibie sur Zeebruge en 1918, et surtout le jour de la Saint-George, patron de l’Angleterre.
Il est trois heures du matin, et les Royal Marines, accompagnés de soldats canadiens d’une unité spéciale et de volontaires locaux, foncent dans de petits bateaux propulsés par des moteurs de voiture dotés de radiateurs, au lieu de moteurs navals refroidis par circulation d’eau, pour pouvoir traverser les flots du détroit de Johore, parsemés de débris variés et de flaques de pétrole en flammes. Des plaques de matériaux ignifugés protègent les hommes et les moteurs.
– Même quand ce n’est plus vraiment de l’eau, ricane l’officier, “Britannia rules the waves”.
L’objectif est la base navale, abandonnée quelques jours plus tôt aux Japonais. Les Royal Marines débarquent sur les quais déserts du Yacht Club, pendant que la 9e Division Indienne attaque du sud-ouest. Il s’agit de chasser les Japonais de la base, non de les y piéger – les soldats du Commonwealth ont constaté qu’ils se battent presque toujours jusqu’à la mort lorsqu’ils sont acculés, même si ce comportement relève plus d’une frénésie autodestructrice que d’un sacrifice courageux, et il serait trop long et trop coûteux de les réduire une fois encerclés.
La Garde Impériale, qui occupe la base, est surprise par le débarquement des commandos alliés sur leurs arrières : les seules sentinelles sur le port sont aux trois-quarts ivres, imprégnées de whisky pillé au bar du Yacht Club. Sans doute leurs officiers supposaient-ils que les eaux du Détroit couvertes de pétrole étaient trop inhospitalières pour que des Occidentaux osent les traverser, et que les Britanniques n’avaient pas la mentalité suffisamment guerrière pour se lancer dans une telle opération.
(…)
Décidément, l’affaire se présente bien. Pour la première fois, j’accompagne une unité alliée qui attaque, et l’opération est couronnée de succès ! Les unités de la Garde japonaise se replient dans la plus grande confusion le long de la côte, en direction de la Jetée, seul lien matériel entre Singapour et la Malaisie.
– Nous leur avons infligé de très lourdes pertes depuis leur débarquement, commente l’officier des Royal Marines pendant que ses hommes, comme des loups harcelant un troupeau, pourchassent les Japonais qui fuient en désordre. Ils ont notamment perdu beaucoup d’officiers et de sous-officiers, qui conduisaient souvent sabre au clair la charge de leurs hommes. Joli, mais stupide. Ils ont sans doute essayé de regonfler leurs effectifs avec des bleus mal entraînés, et cette division n’est plus une unité militaire efficace.
Ce qui n’est pas le cas de son commando. “Saint George for England !” Le lion britannique a encore de bonnes dents.
(…)
Mal entraînés, mais obstinés, les Japs : comme prévu, des poches isolées et des arrière-gardes sauvent l’honneur en se battant jusqu’au dernier. Chaque homme tente jusqu’au bout d’emmener avec lui dans la mort au moins un de ses adversaires, qu’il soit Anglais, Indien ou Chinois. Mais cette nuit, la si fière Division de la Garde Impériale japonaise n’a plus les moyens de résister à l’assaut de ces Britanniques si jalousés, de ces Indiens si méprisés et de ces Chinois si détestés. (…)
………
[Message du QG de la RAF à Singapour au QG de la RAF à Rangoon]
Très Secret
A l’Officier commandant la RAF en Extrême-Orient
J’ai le plaisir de porter à votre connaissance que ces trois dernières semaines, nos équipes de récupération et de réparations et notre unité improvisée d’assemblage aéronautique ont maintenant achevé sur Seletar Air Base (Singapour) la reconstruction des avions suivants, qui sont aujourd’hui en état de vol : six (6) Sea Hurricane ; neuf (9) Hurricane II ; un (1) Buffalo ; trois (3) Blenheim IV ; deux (2) Hudson et trente-quatre (34) moteurs d’avion variés.
Voudriez-vous avoir l’amabilité de nous informer de vos intentions relatives à ces avions et ces moteurs. Nous sommes bien conscients que, vu l’importance de vos préoccupations actuelles, ces avions et les quelques mécaniciens restant à Singapour peuvent représenter une distraction inopportune. Cependant, si nous ne voulons pas être obligés de détruire ces matériels pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi, il ne serait pas inutile de nous envoyer des pilotes et des équipages.
(signé)
L’Officier commandant l’unité de coopération aérienne
Région Militaire de Malaisie


Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phases 2 et 3a)
Côte sud de l’Australie – Les premières actions efficaces de la phase 3a de l’opération Oni se déroulent précisément le même jour que la dernière de la phase 2.
« Les I-121 et I-124 étaient chargés de miner les eaux du Détroit de Bass [entre l’Australie et la Tasmanie], aux points déterminés par leurs capitaines. Les coordonnées de chaque point devaient être signalées (chaque sous-marin utilisant une grille spécifique) et toutes les mines devaient être dans un rayon de 10 nautiques du point signalé.
Le 23 avril, l’I-124 mouilla ses 42 mines en deux champs entre Anglesea et le cap Schanck.
Le champ d’Anglesea (12 mines) resta ignoré jusqu’après la guerre – et à cette époque, il était devenu inutile de le draguer, toutes les mines ayant rompu leurs amarres. La mine type 88 avait en effet un double câble d’amarrage en boucle qui devait se révéler très fragile en mer agitée, et les champs de mines de ce type ne durèrent que peu de temps. Il est possible qu’une mine dérivante venue du champ d’Anglesea ait été responsable de la perte du ketch à moteur Saint-Vincent (120 GRT), disparu sans laisser de trace en mai 1942.
L’existence du champ de mines du cap Schanck (30 mines) ne devait rester ignorée que peu de temps. Le 24 avril, le petit cargo norvégien Nea (1 877 GRT, Otto Grundtvig, Oslo, allant de Hobart à Melbourne avec des cotonnades) sauta sur une de ces mines et coula. On crut d’abord à un torpillage, mais le 26, une mine d’un type inhabituel fut drossée sur le rivage près de Flinders, à l’est du cap Schanck. Deux dragueurs de mines auxiliaires furent envoyés de Melbourne pour explorer la zone et à leur grande surprise, une mine fut repérée après moins de deux heures. Le champ se révéla difficile à draguer en raison du mauvais temps persistant, mais finalement, vingt autres mines furent détruites dans cette zone. Quatre autres, après avoir rompu leurs amarres, furent drossées sur le rivage ou aperçues par des gardiens de phare au moment où elles explosaient sur des rochers. Les trois dernières se perdirent. »
Opération Oni, Phase 3a, avril-mai 1942 (Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de Mr Norman, 1950)
………
Côte est de l’Australie – La dernière action de la phase 2 de l’opération Oni se déroule justement ce même jour.
03h00 – Le I-6, qui tente en surface de se replacer en bonne position pour attaquer le convoi qu’il a tenté de torpiller la veille, aperçoit un bateau isolé. C’est le cargo français Yalou (8 654 GRT, Messageries Maritimes, en route pour Nouméa avec une cargaison d’aliments, de matériel civil de construction et de charbon en sacs). Les deux premières torpilles le manquent, obligeant le sous-marin à poursuivre sa proie en surface.
04h20 – Le I-6 attaque à nouveau et place une torpille en plein milieu de sa cible. Le Yalou prend feu et stoppe, mais ne semble pas près de couler. N’ayant plus que deux torpilles, le I-6 s’approche par l’avant du malheureux transport et l’accable de vingt obus de 5,5 pouces. Le Yalou coule juste après le lever du soleil… Le I-6 met alors le cap sur Kwajalein.
« Au total, au prix d’un sous-marin coulé, un gravement endommagé et un légèrement touché, le groupe de cinq sous-marins de la phase deux de l’opération Oni avait coulé quinze transports totalisant 90 328 GRT, plus un ravitailleur de sous-marins et deux sous-marins, auxquels il fallait ajouter un transport de 24 289 GRT et un ravitailleur d’hydravions, victimes du Ro-32. L’état-major de la Sixième Flotte considéra cette mission comme très réussie, estimant que les pertes subies étaient très acceptables.
Les points les plus importants observés lors des deux premières phases d’Oni furent l’agressivité des jeunes commandants des petits Ro, contrastant avec les méthodes orthodoxes utilisées par les commandants des gros I, et le nombre surprenant de navires de guerre alliés repérés et attaqués durant ces opérations contre le trafic commercial. Un ravitailleur d’hydravions, un ravitailleur de sous-marins et un sous-marin (deux, en fait) avaient été coulés durant la phase 2 de ce “Drumbeat australien”, s’ajoutant à l’escorteur coulé durant la phase 1. La vulnérabilité des transports isolés fut aussi remarquée, ainsi que la relative sécurité des navires voyageant en convoi, et la possibilité pour les escorteurs d’infliger des pertes aux sous-marins.
L’Armée Impériale fit connaître – fait assez rare pour être noté – qu’elle appréciait la réussite de ces missions, ayant bien compris que chaque transport coulé ajoutait aux difficultés du commandement allié sur ce théâtre d’opérations.
La réponse australienne avait été de passer au système des convois sur la côte est, convois “normaux” d’abord (trois ou quatre transports et un ou deux escorteurs), puis convois “doubles” (huit ou dix transports et trois ou quatre escorteurs). Ces convois doubles réduisaient la capacité de transport d’environ 18% sur une côte dépendant étroitement du transport maritime pour toutes les marchandises volumineuses, mais permettaient une bonne protection du trafic. La destruction supposée de trois sous-marins ennemis confirma au commandement australien que ce système était valable, mais devant les lourdes pertes navales subies en Malaisie, il fallut mendier des escorteurs partout où ce fut possible.
Les attaques japonaises eurent un réel impact sur l’industrie australienne à cette époque. La perte de charbonniers “Sixty Milers” causa des pénuries de charbon dans les centrales électriques de Sydney, et la consommation domestique dut être réduite de façon drastique pour les alimenter. Même ainsi, il fallut faire des coupures d’électricité tournantes jusqu’à ce que de nouveaux bateaux puissent être affectés à ce trafic. Ce furent d’abord des caboteurs hollandais réfugiés, trop légèrement construits pour cette activité et dont plusieurs furent perdus lors de tempêtes.
Le problème insoluble était le flux de navires isolés venant des ports américains. Il était parfois possible de les faire escorter par des avions, mais le manque de navires d’escorte impliquait qu’ils ne pouvaient que subir des pertes importantes, comme sur la côte est des Etats-Unis.
La perte de l’USS Griffin fut un coup sévère pour l’US Navy, car le navire transportait le seul stock de torpilles disponibles pour les sous-marins océaniques américains et les petits “classe S”. Leur perte impliquait que les sous-marins américains basés à Fremantle (et les derniers “classe S” à Brisbane) n’avaient plus que les torpilles qu’ils transportaient dans leurs propres coques. Pendant les six mois suivants, ces sous-marins devaient opérer à un très faible niveau d’efficacité. Ce fut à cette époque considéré comme un désastre, mais ce nuage noir laissait filtrer un brillant rayon de soleil. D’une part, ces sous-marins allaient reprendre leurs activités normales au moment où le problème de fiabilité des torpilles de l’US Navy serait en voie de résolution. D’autre part et surtout, beaucoup de ces sous-marins privés de patrouille offensive par la pénurie de torpilles allaient permettre, en offrant aux escorteurs australiens et néo-zélandais la possibilité d’un entraînement réaliste, l’amélioration des capacités ASM de ces navires, vraiment consternantes en ce début 1942. Cette amélioration allait porter ses fruits, en termes non seulement de navires marchands sauvés, mais aussi de sous-marins japonais détruits, lors de la difficile campagne anti-sous-marine de 1943-45 au large des côtes australiennes. » (Research notes de Mr Norman, décembre 1949)

Renforts français pour l’Australie ?
Alger – Après la réponse compatissante mais décevante du gouvernement français au Premier ministre australien, l’amiral Ollive envoie au vice-amiral Muselier des instructions détaillées :
« Vous ne devez en aucun cas donner aux autorités australiennes l’impression que la France pourrait, dans la situation qui est actuellement la sienne, envoyer en Australie davantage de forces que ce qu’elle a déjà envoyé, quelle que soit la sympathie que vous inspire la situation dramatique que ce pays doit actuellement affronter.
Cependant, vous organiserez le transfert des 1ère et 2e Flottilles Sous-Marines d’Extrême-Orient de Fremantle à Brisbane, à l’exception des sous-marins Diamant, Perle et Casabianca. Les deux premiers doivent continuer d’opérer de Fremantle pour gêner les opérations japonaises en Indonésie par la pose systématique de champs de mines aux points de passage obligés du trafic maritime. Le Casabianca doit poursuivre ses missions spéciales sur les côtes d’Indochine. Les autres bâtiments seront redéployés à Brisbane et non à Nouméa, car la Nouvelle-Calédonie manque décidément des équipements et des installations nécessaires. Vous pourrez si besoin redéployer également le vaisseau-base Condorcet à Brisbane.
Vous êtes aussi autorisé à placer le croiseur mouilleur de mines rapide Emile-Bertin sous le commandement de l’amiral Crace. En revanche, le CT Lynx, le DD Tempête et le DD Trombe restent affectés à l’escorte des convois entre Fremantle et Colombo.
Vous coopérerez de votre mieux avec les autorités américaines et australiennes pour faire de Nouméa une base navale véritablement opérationnelle dans les plus brefs délais. Vous prendrez aussi toutes disposition pour mettre la Nouvelle-Calédonie en état de défense, au cas où l’ennemi tenterait d’étendre son implantation dans la région à partir des îles Salomon. »


24 avril
Bataille de Singapour – II

Les deux camps interrompent toute opération offensive tandis qu’ils font le compte des gains et des pertes de quinze jours de dur combat. Cependant, des chocs entre patrouilles se poursuivent, chacun s’efforçant d’obtenir des renseignements sur l’ennemi et ses dispositions. Mais en plusieurs points du front, les deux adversaires évitent l’affrontement direct, préférant sécuriser leurs positions et consolider leurs lignes de communications.
Le risque épidémique devient par ailleurs une préoccupation majeure, avec des milliers de cadavres gisant sur le champ de bataille et, pire encore, les dégâts causés aux sillons de drainage de l’eau… En effet, l’eau non drainée s’accumule en mares qui fournissent aux anophèles porteurs du paludisme des zones de reproduction idéales ! Ces circonstances sont particulièrement gênantes pour les Japonais, car ils occupent la plus grande partie des zones de combat et la majorité des terrains marécageux de l’île.
Côté anglais, la grande quantité de documents et autres objets capturés, notamment à la base navale, commence à surcharger les traducteurs disponibles. Il devient très vite évident que les Renseignements britanniques ont considérablement surestimé le nombre et la qualité des forces japonaises qui leur font face. Mais comment profiter de cette information vitale ? Les forces du Commonwealth sont nombreuses, mais elles ont subi des pertes notables et une bonne partie des troupes sont mal entraînées et manquent d’officiers et de sous-officiers.
En pratique, les deux camps semblent arrivés à un point d’équilibre, et n’ont pas pour l’instant la force d’en finir.
………
Côté japonais, il est d’autant plus difficile de relancer les opérations que, depuis quelques heures, le commandant en chef n’est plus là !
« Les Britanniques s’accrochent avec obstination au dernier lambeau d’Asie du Sud-est encore occupé par des colonialistes européens. Acculées dans l’île de Singapour par les courageuses troupes de l’Empire Nippon, leurs unités de mercenaires ont utilisé leurs dernières ressources pour lancer une féroce contre-attaque. Le général-commandant Yamashita s’est mis personnellement à la tête de nos troupes et a repoussé les forces ennemies malgré leur supériorité numérique. Dirigeant héroïquement la défense en première ligne, le général Yamashita a été blessé, mais il a fait basculer le sort de la bataille et a sauvé l’armée, montrant noblement à ses troupes la Voie du Guerrier. L’Empire n’oubliera pas son courage et tout notre peuple lui souhaite une prompte guérison. » (Extrait d’un bulletin d’information diffusé par la radio japonaise)
Les hommes de la Garde Impériale pourraient se sentir quelque peu vengés de leurs pertes par la blessure de celui qui les a envoyés à la pointe du combat. Mais le 24 avril en fin de journée, la Division de la Garde Impériale n’existe plus en tant que grande unité capable d’opérations offensives, et ne peut plus jouer qu’un rôle défensif ou en seconde ligne. Il est vrai que plusieurs brigades britanniques sont dans le même état.
………
[Extrait d’un nouvel article de Robin “Doc” Meyrson.]
Le général Gort : « Je ne me rendrai jamais ! »
Alors que je m’apprête à reprendre l’hydravion pour Rangoon, lord Gort, commandant en chef des défenseurs de Singapour, me fait l’honneur d’une brève interview. Brève, mais assez longue pour que je comprenne pourquoi l’homme inspire à ses troupes courage et confiance, ardeur et fidélité. Pourquoi tous sont prêts à le suivre jusqu’au bout. Ce n’est pas seulement la Victoria Cross sur sa poitrine (la seule qu’il porte en permanence de ses nombreuses décorations). John Vereker, vicomte Gort, semble investi d’une mission sacrée qu’on a envie de l’aider à accomplir. Et le charme agit sur tous ceux qui l’approchent.
(…)
– Les Japonais doivent vous haïr, Général…
– Ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai dit que la place de Singapour – c’est-à-dire mon quartier général – ne se rendrait jamais, et je le maintiens. Mais moi non plus, je ne me rendrai jamais.
– Vous pensez que vous pourrez quitter l’île au dernier moment, si le pire devait arriver ?
– J’ai aussi dit que je ne quitterais pas mes hommes, et je tiendrai ma promesse.
– Cela risque d’être dangereux, non ?
– Jeune homme, au nom de quoi refuserais-je le sacrifice accepté par mon fils ? (Sa voix se voile un instant.) Et puis, je suis un soldat, vous me voyez finir comme gouverneur d’une quelconque colonie de l’Empire, à réprimer des indigènes rebelles ? Mais quoi qu’il arrive, les Japonais ne me prendront pas.
– Mais comment…
– Ils ne me prendront pas. Allons, jeune homme, ne soyez pas en retard, il n’y a qu’un vol pour Rangoon cette nuit…
(…)
Je ne prendrai pas l’hydravion cette nuit. Bon sang ! Bill Clifton ne l’aurait sûrement pas pris. Ils auront bien un blessé à mettre à ma place. Lord Gort et les gars de Singapour n’ont pas dit leur dernier mot et je veux voir ça.
………
Très Secret
Au Chef du Grand Etat-Major Impérial
Singapour, le 22 avril 1942
Alors qu’il est dans les intentions de ce Quartier Général de ne se rendre en aucun cas, la situation de notre ravitaillement et le grand nombre de blessés pourraient être responsables de la reddition de certaines unités à partir du 30 avril 1942 au plus tard, si l’ennemi maintient l’intensité actuelle de ses opérations. Des dispositions ont été prises pour que des points d’appui puissent tenir au moins une semaine de plus. Avec de la chance, leur résistance pourrait durer davantage.
Comme la capture du QG de la Région Militaire de Malaisie pourrait conduire les Japonais à exiger la reddition générale de toutes les forces de Sa Majesté à Singapour et dans les régions voisines, il est suggéré qu’au moment voulu, ce Quartier Général soit dissout et que ses officiers et soldats soient dispersés dans des unités en ligne. J’ai personnellement l’intention de combattre dans une unité d’infanterie. Au cas où je serais blessé et capturé, je porterai une fausse identité et de faux insignes de grade, afin d’empêcher que les Japonais aient l’occasion de tenter de me forcer ou de m’obliger d’une façon ou d’une autre à ordonner une reddition générale.
(signé)
G.O.C. du Commandement de la Région de Malaisie
Général Lord Gort VC

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk – Arrivée de la Force de Soutien du contre-amiral Arimoto Goto pour l’opération MO. Cette force doit protéger le groupe d’attaque qui se dirige vers Port-Moresby, mais aussi jouer le rôle d’un appât pour les porte-avions ennemis. Elle est composée du porte-avions Junyo (24 A6M2, 15 D3A1, 10 B5N2), escorté par les DD Arashio, Asashio, Mitsishio, Oshio, Hibiki et Sazanami, et accompagné par les croiseurs lourds Aoba (navire amiral de Goto), Furutaka, Kako et Kinugasa et par la 2e Division de Destroyers, commandée par le contre-amiral R. Tanaka (CL Jintsu et DD Hayashio, Kuroshio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze.
Le Junyo, dont l’achèvement a été si précipité en 1941 qu’il a subi une grave panne de machines après quelques jours d’opérations, alors qu’il opérait avec la 2e Flotte de Kondo, a été équipé d’un radar. L’appareil est le prototype du Type 2 Mod. 3, version japonaise du radar naval allemand FuMo des séries 22/23/24, utilisé pour le contrôle de tir de l’artillerie lourde. L’émetteur fonctionne entre 355 et 430 MHz, avec initialement une puissance de 8 Kw au pic et un PRF de 500 (impulsions de 5 micro-secondes). Il est doté d’une antenne de 6 mètres sur 2 pivotant manuellement. Sa portée est de 15 nautiques pour les navires et de 25 nautiques pour les avions de taille moyenne volant à 5 000 mètres. Cette solution doit être comparée à l’énorme antenne tournante utilisée sur le Shokaku.

Campagne d’Indonésie
Sumatra – L’Armée japonaise reprend son offensive vers le nord de l’île pour en chasser les troupes alliées qui s’y accrochent. Après plus de trois semaines de combat, celles-ci commencent à céder.

Tokyo – Le premier rapport sur l’examen des matériels et documents récupérés à bord de l’épave du Prince of Wales (voir appendice 3) sème la consternation à l’état-major impérial japonais.
………
Résumé des renseignements obtenus par la Flotte Combinée grâce à l’exploration du vaisseau ennemi Prince of Wales
Document établi par le capitaine Yada Kageo, service de renseignement de l’état-major de la Flotte Combinée
Informations essentielles
Le matériel récupéré sur le Prince of Wales est d’une importance surprenante et même choquante, bien que nous n’ayons malheureusement pu en exploiter utilement qu’une faible partie, en raison du caractère fragmentaire des documents recueillis en assez bon état.
1. L’ennemi écoute l’ensemble de nos transmissions d’une façon plus systématique encore que ce que nous imaginions, mais surtout, il lit certains de nos codes.
2. L’ennemi semble lire les transmissions en code du ministère des Affaires Etrangères, qu’il appelle Code Violet.
3. Il apparaît que certains de nos systèmes de codage de plus bas niveau ont aussi été brisés.
L’ennemi a accès, par exemple, à notre système de prévisions météorologiques dans le Pacifique, dont il déchiffre les rapports dès réception.
4. Ses opérations d’écoute et de lecture sont menées aussi bien par les Anglais que les Américains, les Australiens et même les Hollandais.
5. Il semble que l’ennemi lise aussi certains codes allemands de haut niveau. Les Allemands en ont été informés, ils ont indiqué qu’ils prendraient des mesures adéquates.
6. Nous ignorons si l’ennemi a réussi à briser les codes qu’il déchiffre. Possède-t-il des codes volés, bénéficie-t-il de l’action d’agents secrets ?
7. Le code le plus important utilisé par la Marine Impériale ne semble pas avoir été pénétré par l’ennemi – du moins, nous n’en avons pas trouvé trace au milieu des documents sur les autres codes qu’il a réussi à déchiffrer.
………
De par ses fonctions, le Kempetai ne pouvait être tenu à l’écart de ces découvertes. Nous l’avons donc informé, sous l’égide d’une commission spéciale présidée par un membre de la Maison Impériale. Le Kempetai nous a proposé la collaboration de ses services pour traduire et exploiter le matériel recueilli, mais il est à craindre que leurs responsables n’aient estimé utile d’informer l’Armée Impériale.
………
Recommandations
Ces découvertes imposent à la Marine Impériale de sérieux changements.
1. L’utilisation des transmissions HF pour signaler la position des transports et des convois est courante, et en codes de niveau moyen. Les rapports des ports sont envoyés en codes de bas niveau. L’ennemi peut déchiffrer tous ces messages très rapidement, ce qui peut mettre en danger nos transports.
Nous devons changer nos codes de niveau moyen ou inférieur, tout en réservant les codes de niveau supérieur, comme le code de la Marine Impériale et ses dérivés, aux transmissions les plus sensibles.
2. Nous devons également limiter le plus possible le nombre de nos transmissions HF.
Les mouvements des transports et des convois doivent être organisés dans des créneaux précis, avec des informations transmises par câble sous-marin ou par ligne terrestre chaque fois que possible : par bonheur, beaucoup de nos routes commerciales suivent le trajet de câbles sous-marins. En cas d’impossibilité, il faudra utiliser des porteurs de courrier. Cela pourrait nous obliger à garder en service certains types d’avion dont on envisageait le retrait. Par exemple, les C5M/Ki-15 qui devaient être retirés lors de leur remplacement par le nouvel avion de reconnaissance devraient être reconvertis aux fins d’acheminement du courrier – ce qui exigera des ressources notables, notamment en carburant et en pilotes : ce point est très préoccupant et peut nous obliger à poursuivre l’utilisation des transmissions HF.
3. Si nous pouvons limiter les transmissions HF, il est évidemment impossible de cesser de les utiliser. Mais dès que nous les utiliserons, nous devrons être conscients que l’ennemi est capable de briser les codes les plus complexes. Est-il certain qu’il échouera à briser le code le plus sûr de la Marine Impériale ? La question est si grave que des groupes de travail constitués d’officiers expérimentés ont été créés spécialement pour en discuter.
La contre-mesure la plus efficace que nous imaginions aujourd’hui est de limiter le plus possible la durée des transmissions HF.



25 avril
Bataille de Singapour – II

C’est l’Anzac Day – la fête des forces armées d’Australie et de Nouvelle-Zélande. A l’aube, les hommes des unités de ces deux pays se trouvant à Singapour se rassemblent pour célébrer un office du souvenir… et recevoir une ration de rhum. Ceux qui trinquent ne se doutent pas que la journée sera capitale dans l’histoire du Siège de Singapour.
Les premiers indices apparaissent sur le front sud-ouest, tenu notamment par les bataillons des 1ère et 2e Brigades de Malaisie. Usés et fatigués, ces bataillons ne comptent guère plus de deux mille hommes en tout, mais tiennent toujours leurs points d’appui principaux. Cependant, ils n’ont plus la force de sécuriser leur ligne sur toute sa longueur, et celle-ci est une sorte de passoire où de petites troupes de Japonais peuvent évoluer à loisir. Il a donc été décidé de consolider ce front, grâce à un mouvement offensif des unités qui l’encadrent. Au sud, à l’aile gauche, deux bataillons de la 12e Brigade d’Infanterie Indienne (1 000 hommes) attaquent en direction du nord juste après le lever du soleil. Simultanément, la 6e Brigade d’Infanterie Indienne attaque à partir de l’aile droite, en direction du sud-ouest. Très vite, cette action est un succès complet, car les attaquants ne rencontrent devant eux que des forces légères japonaises.
Il est bientôt manifeste que la 9e Division japonaise a commencé à se retirer vers l’ouest, avec ses transports motorisés. Les canons et différents matériels hippomobiles (en fait, souvent tirés à bras d’homme) ont déjà pris durant la nuit la route côtière vers le ferry traversant le Sungei Jurong. Lorsqu’elles s’en aperçoivent, les 1ère et 2e Brigades de Malaisie s’efforcent de poursuivre l’ennemi par la route côtière, mais elles ne réussissent à coincer à l’est de la rivière qu’un nombre réduit de Japonais, car les arrière-gardes se défendent avec fanatisme et retardent considérablement la poursuite.
Plus au nord, le long de Jurong Road, la 18e Division japonaise est déjà en mouvement quand le jour se lève. A midi, la division est bien établie sur ses anciennes positions à l’ouest de l’ancienne ligne principale Kranji-Jurong, couvrant le repli de la 9e Division.
Encore plus au nord, sur la route de Woodlands à Bukit Timah, la 5e Division japonaise se retire facilement vers l’ouest le long de Choa Chu Kang Road, malgré les combats au contact de la veille avec la 2e Division de Malasie, grâce au goulot d’étranglement formé par le village de Bukit Panjang. Les obstacles formés dans le village en ruines par les arbres abattus, les épaves de camions semées sur la route et les débris de la grande explosion du train de munitions, s’ajoutant aux élévations de terrains très boisées qui entourent la carrière du P.W.D. (Public Works Department) à l’est du village, fournissent de bons points d’appui à l’arrière-garde japonaise.
Toujours un peu plus au nord, Woodlands Road reste en pratique coupée après le monstrueux incendie des réservoirs de carburant de Yew Tee, dont les fumées obscurcissent encore l’atmosphère [voir ci-après]. La 27e Division japonaise est obligée de se replier par des pistes dans la jungle vers les anciennes positions britanniques dans les domaines agricoles et les hauteurs couvrant la tête de pont de la Jetée de Kranji. Ce repli ne se fait pas sans de nombreuses escarmouches et combats entre patrouilles, car la 9e Division indienne s’efforce de devancer les Japonais. La course est très disputée : les premiers éléments indiens atteignent presque Woodlands Road avant d’être repoussés lors d’une bataille confuse par un nombre croissant de Japonais. Les unités des deux camps arrivent par petits paquets dans le plus grand désordre, se heurtant au hasard des rencontres au fur et à mesure que les têtes des colonnes émergent de la jungle. Sur Mandai Road, la 22e Brigade Indienne est bloquée par l’arrière-garde de la 27e Division dans les défilés que traverse la route au milieu de la jungle.
Tout à fait au nord de l’île, les restes pathétiques de ce qui fut la fière Division de la Garde Impériale parviennent tout juste à empêcher les 8e et 21e Brigades Indiennes de progresser sur la route côtière nord jusqu’à la Jetée. En fin de journée, la 9e Division indienne suspend son effort, considérant que la 27e Division japonaise et les survivants de la Garde sont trop solidement retranchés et qu’une poursuite de l’action ne permettrait de gagner que peu de terrain pour de trop lourdes pertes. Néanmoins, les Indiens ont forcé leurs adversaires à abandonner tout leur matériel non transportable à dos d’homme ou d’animal.
Tous ces mouvements se sont faits sous le feu de l’artillerie britannique, qui a infligé des pertes notables aux Japonais, mais les Alliés ont manqué des troupes fraîches qui auraient pu leur permettre de profiter à fond de la situation. L’effet cumulatif des bombardements d’aviation et d’artillerie sur les communications et la logistique britanniques s’est fait une fois de plus sentir, limitant la vitesse de réaction des troupes du Commonwealth.
………
Note des services médicaux britanniques au Commandement de la Région Militaire de Malaisie, Singapour – « Nos services ont été avisés que, si les violents incendies de produits pétroliers non raffinés ont provoqué la dispersion dans l’atmosphère d’une grande quantité de goudrons qui sont assez vite retombés sous forme de plaques noires et collantes, les incendies des réservoirs de carburant de Yew Tee ont produit une énorme quantité d’une suie fine qui reste encore en suspension dans l’air et donne aux hommes ayant passé quelques heures dans cette zone l’allure de mineurs de charbon sortant d’un puits de mine. On considère en général qu’une exposition prolongée des hommes à cette fumée chargée de fines particules de plomb est dangereuse. Fort heureusement, les vents dominants ont entraîné la plus grande partie de cette fumée dans une zone allant du carrefour entre Mandai Road et Woodlands Road jusqu’à la Jetée, c’est à dire dans le périmètre actuellement occupé par l’ennemi. »

Extrait d’un éditorial paru dans le journal médical de référence The Lancet en novembre 1969 – « Les documents d’époque démontrent amplement la réalité de l’exposition des défenseurs de Singapour à des fumées dont le caractère hautement cancérigène est aujourd’hui reconnu. Sur la base d’une note des services médicaux de Singapour en date du 25 avril 1942, l’Armée a tenté de prétendre que seuls les Japonais avaient été soumis à cet aérosol toxique, mais les conclusions de la commission d’enquête sur le “syndrome de Singapour” nommée par le ministère de la Santé sont formelles : tous les combattants de la partie nord du front ont été exposés pendant plusieurs semaines à l’inhalation de particules nocives. Après plus de dix ans de procédures et de manœuvres dilatoires, il faudra bien que l’Armée prenne en charge l’indemnisation de tous les anciens combattants qui ont été victimes de cancer bronchopulmonaire ou des voies aéro-digestives supérieures, quinze ans parfois après les héroïques combats du Siège de Singapour. Le plus souvent hélas, seules leurs familles pourront être indemnisées. »

Campagne d’Indonésie
Nord de Sumatra – Les troupes alliées commencent à s’embarquer pour Sabang, alors que les forces japonaises continuent à progresser vers le nord. La petite île au large de la pointe nord de Sumatra (dotée d’un aérodrome stratégiquement placé) représente la dernière parcelle d’Indonésie à laquelle les Alliés puissent s’accrocher.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Kure – Accomplissant les instructions de Yamamoto de renforcer les forces participant à l’opération MO, la 2e Division de porte-avions (contre-amiral Tamon Yamaguchi), composée de l’Hiryu (21 A6M2, 21 D3A1, 22 B5N2) et du Soryu (21 A6M2, 21 D3A1, 21 B5N2) quitte Kure pour Truk. Ces deux porte-avions sont escortés par la 1ère Division de cuirassés, composée du Hiei et du Kirishima (à peine réparé après les dommages subis à la bataille de Mer de Chine Méridionale), par la 5e Division de croiseurs (CA Haguro, Maya, Myoko), la 7e Division de croiseurs du vice-amiral Ozawa (CA Kumano, Mikuma, Mogami), la 27e Division de destroyers (DD Arike, Shiratsuyu, Shigure, Yugure) et la 8e Division de destroyers (Akebono et Ushio).
L’amiral Yamamoto a insisté pour que le contre-amiral Yamaguchi commande la 2e Division de porte-avions, car il considère cet officier comme l’un des plus compétents de la Marine Impériale. Beaucoup le voient d’ailleurs comme un possible successeur de Yamamoto.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Le détachement du 39e bataillon de l’AMF envoyé reconnaître la piste de Kokoda rejoint le gros du bataillon à Buna. Durant son équipée, l’unité a exploré une zone située près du lac Myola et signalée par un Papou Kiap et par les pilotes des Lodestar hollandais. C’est une trouvaille de premier ordre : deux lacs asséchés séparés par un éperon montagneux et dont le fond plat est recouvert d’herbe kunai. Une piste d’atterrissage est tracée à Myola 1 et une zone de largage est délimitée à Myola 2. Toutes deux vont être d’une importance logistique inestimable. Jusqu’alors en effet, l’approvisionnement a été réduit au strict minimum, car tout devait être transporté en jeep jusqu’à Newton’s Dump, puis sur des mules jusqu’à Uberi ou parfois jusqu’à Ioribaiwa, et le plus souvent par porteur au delà d’Uberi ; seuls de petits dépôts avaient pu être établis jusqu’à Kagi. Grâce à la possibilité d’atterrir à Myola 1 (ainsi qu’à Kokoda, qui possède déjà une piste), la création de dépôts de ravitaillement dans cette zone reculée et primitive devient possible.
La maigre flotte de transport de la RAAF est d’autant plus occupée. Le Bomana Transport Flight a été improvisé mi-avril avec un Harrow échappé de Singapour et remis en état en Australie, plus deux bombardiers Whitley d’une ancienne version. Le Flight sera peu à peu renforcé par cinq autres avions : un Ju 52, un DC-2, deux Ford Trimotor et un vieux Glenn-Martin hollandais (ce dernier est une “ex-épave” réparée à Brisbane par des pilotes de Lodestar, qui ont ensuite “volé officiellement” l’appareil avant de l’offrir au Bomana Flight en échange de trente caisses de bière). Néanmoins, il n’y aura jamais plus de quatre avions opérationnels en même temps.
Il faut pourtant faire au mieux avec les moyens du bord, car le principal problème qui se pose aux Alliés est bien celui de la logistique. Avant de pouvoir installer une force aérienne importante dans le nord de la Nouvelle-Guinée, il faut bâtir une infrastructure complète dans la région de Townsville (sur la côte nord-est de l’Australie) et des aérodromes sur la péninsule du Cap York (le “doigt” australien pointé vers le nord) et en Merauke (la partie sud du centre-ouest de la Nouvelle-Guinée, aujourd’hui en Indonésie), complétant celui de Port-Moresby. A partir de là, les Alliés veulent créer à Buna et à Milne Bay (à l’extrême pointe est de la Nouvelle-Guinée) des bases aériennes à partir desquelles frapper les Japonais – et toutes ces bases auront besoin de garnisons. Les plans pour le théâtre du Pacifique Sud-Ouest comprennent aussi la construction d’un aérodrome dans les Salomon, à Guadalcanal.
Les Japonais ont d’autres projets.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte sud de l’Australie – L’I-121 mouille ses 42 mines au sud de l’embouchure de la Cann (à l’ouest de Pointe Hicks), pour piéger le trafic côtier entre l’île Gabo et le Promontoire de Wilson [à l’est de la côte australienne du Détroit de Bass]. Le sous-marin se dirige ensuite plus à l’est, vers le Cap Howe.
(Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de Mr Norman, 1950)
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 12:18    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Capu Rossu a écrit:
Tous les pays adoptèrent cette nouvelle façon de donner le calibre à l'exception de la Grande Bretagne qui utilisa un système mixte : inch pour l'artillerie de campagne, de forteresse et de marine et les livres pour l'artillerie antichar et antiaérienne.


En fait, ils voulaient faire plus compliqué, mais ils n'ont pas réussi.... Twisted Evil


Code:

Asterix chez les Bretons :
 Asterix : à propos quel genre de monnaie utilisez-vous, ici ?
Aoh, c'est très simple vraiment... nous avons des lingots de fer qui pèsent une livre et qui valent trois sesterces et demi, pus quatre pièces de zinc qui valent une pièce et demi de cuivre chacune. Les sesterces valent douze pièces de bronze et...
Obelix : ils sont...
Asterix : Bois ta cervoise elle va refroidir.


Ne vous plaignez pas, ils se sont améliorés de puis l'antiquité.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 12:26    Sujet du message: Répondre en citant

Franck,

Il semble que le copier-coller ait eu un bug :



Citation:
Nuit du 8 au 9 avril 1942 – Commandement de la Forteresse de Singapour
…… Restrictions de tir des batteries AA, car le travail de jour des servants des batteries exige qu’ils prennent du repos. Cependant, plus de 3 000 coups sont tirés e ????


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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 14:09    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Franck,

Il semble que le copier-coller ait eu un bug :
Citation:
Nuit du 8 au 9 avril 1942 – Commandement de la Forteresse de Singapour
…… Restrictions de tir des batteries AA, car le travail de jour des servants des batteries exige qu’ils prennent du repos. Cependant, plus de 3 000 coups sont tirés e ????

@+
Alain


Corrigé (fin du post en question et début du suivant)
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 14:13    Sujet du message: Répondre en citant

26 avril
Bataille de Singapour – II

La nouvelle de la retraite japonaise à Singapour a été annoncée par le Premier ministre, Sir Winston S. Churchill, dans un tonitruant discours à la BBC.
Dans l’île, Robin “Doc” Meyrson se félicite d’être resté, et envoie à New York son article par câble, mais aussi quelques photos peu ordinaires : « J’ai dû bassement flatter le pilote de la RAF qui fait ce soir la “ligne” de Singapour pour qu’il accepte d’emporter ces photos et de les déposer à notre bureau de Rangoon. Je lui ai dit qu’il fallait que le public américain sache que les hommes du Commonwealth pouvaient faire au moins aussi bien contre les Japs que ceux de MacArthur. » (Message au rédacteur en chef du NY Times, accompagnant un article et des photos, dont la célèbre « Action de Grâces à Singapour »).
The New York Times – De notre envoyé spécial à Singapour R.N. Meyrson : « Dimanche 26 avril – Sa Majesté George VI, en tant que roi, empereur et chef de l’Eglise d’Angleterre, a demandé des prières d’actions de grâces pour remercier la Providence et en souvenir du sacrifice des soldats tombés. Sur l’île de Singapour, cette demande a été exaucée de multiples façons, car les forces du Commonwealth appartiennent à de nombreuses confessions. A l’arrière, certains bataillons, dans des zones à couvert, ont formé le traditionnel carré tourné vers l’intérieur, au milieu duquel les fanfares jouent d’anciens hymnes repris en chœur par le bataillon (notre photo). J’ai pu assister à deux ou trois de ces cérémonies et j’en suis resté profondément ému, notamment en écoutant les chants gallois, dont les vibrations vous pénètrent jusqu’au cœur. Dommage que Mr Tojo n’ait pas été là, il aurait compris qu’à long terme, il ne peut espérer l’emporter sur ces hommes. »
………
– Front nord.
Tout le jour, les Japonais tenant le nord du front battent en retraite par la Jetée, pendant que leur arrière-garde forme un solide anneau défensif autour du village de Woodlands. Les débris de la Division de la Garde Impériale et ce qui reste de la 27e Division ne représentent même pas l’effectif d’une division en tout, et il leur reste peu d’armes lourdes et de matériel en état de marche. Ils doivent reculer. D’ailleurs, s’ils restaient sur place, l’air empoisonné, l’eau polluée, les champs marécageux parsemés de cadavres pestilentiels achèveraient les survivants, même sans l’aide des Britanniques.
Les troupes quittant l’île s’échappent sans trop de mal. Bien que les pluies de la mousson aient fortement réduit l’intensité des incendies des réservoirs de produits pétroliers, ils brûlent encore, dégageant de gros nuages d’une épaisse fumée noire, qui stagne près du sol et gêne fortement l’observation par les Britanniques des mouvements des troupes japonaises dans le secteur de la Jetée. Obligée d’économiser ses munitions, l’artillerie britannique se limite donc à des tirs de harcèlement et à quelques matraquages ponctuels, effectués par les canons de campagne de 18 livres, les 3,7 pouces de montagne, les obusiers de 4,5 pouces et les canons de 6 pouces de l’artillerie côtière. Les cibles se limitent aux batteries japonaises qui ouvrent le feu, aux concentrations de troupes et de matériels dont la position est connue avec exactitude et aux goulets d’étranglement de Johore Bahru, à la sortie de la Jetée.
Face au débouché de la Jetée, côté Singapour, les 9e et 17e Divisions Indiennes limitent la zone encore contrôlée par les Japonais. Elles ne tentent pas de poursuite offensive, car les fumées des incendies de Yee Tee obligeraient les hommes à porter leurs masques à gaz, ce qui, sous la chaleur et l’humidité tropicale, les épuiserait très rapidement. Il est donc possible à ces deux divisions de fournir six bataillons d’infanterie, deux du génie et quatre régiments d’artillerie pour soutenir les opérations dans l’ouest de l’île.
– Front ouest.
Les Japonais continuent de se retirer vers le secteur nord-ouest de l’île, où ils avaient débarqué pour la première fois dans la nuit du 8 au 9 avril. Les 1ère et 2e Divisions de Malaisie n’avancent que lentement, car elles doivent éliminer non seulement les mines et les pièges des Japonais, mais ceux des Britanniques. De plus, le redéploiement de l’artillerie, des réseaux de communication et des dépôts de munitions avancés prend beaucoup de temps avec si peu de routes et de transports motorisés. Enfin, bien des unités sont tout simplement trop fatiguées et ont besoin de repos et de réorganisation après les lourdes pertes qu’elles ont subies.
En fait, la journée se passe de la même façon des deux côtés, car les deux camps ont besoin de se réorganiser et de se redéployer. L’intensité des attaques aériennes quotidiennes de l’aviation de l’Armée japonaise s’accroît. Les bombardiers parviennent à incendier un important stock de nourriture destiné aux civils et un entrepôt de bois d’œuvre.
– Stratégiquement, le Commandement de Malaisie prépare avec ardeur l’opération “Vimy Ridge”, la plus importante attaque britannique en Extrême-Orient à ce jour. Sa mise sur pied décidée la nuit précédente exige l’organisation méticuleuse des tirs d’artillerie, barrage, tirs ciblés et contre-batterie, ce qui impose de disposer des lignes téléphoniques camouflées supplémentaires, des postes d’observation en hauteur mais bien cachés, d’autres, très avancés, enterrés et dotés de périscopes, etc. Le commandement de la DCA doit déployer soixante canons de 3,7 pouces et quatre-vingts 40 mm, reliés à des postes d’observation et d’alerte, pour soutenir l’opération. Par bonheur, une grande part de ce travail consiste en une remise en état d’anciennes positions abandonnées puis reprises, ce qui évite de tout faire de zéro.
Mais lord Gort trouve aussi le temps de soutenir de la façon la plus efficace le moral de ses hommes. Robin Meyrson : « J’ai accompagné Lord Gort dans sa visite quotidienne sur le front et j’ai pu, en ce dimanche extraordinaire, assister à un spectacle inoubliable. Alors que le général et son état-major allaient de poste en poste, d’unité en unité, une vague d’acclamations s’est levée tout le long de la ligne de bataille, comme un roulement de tonnerre fait de hourras. Sortant de leurs tranchées, de leurs fortins, de leurs positions labourées d’obus, arrosées de balles, des hommes fatigués, sales, épuisés, couverts de boue au point de ne plus pouvoir distinguer un natif de Calcutta d’un enfant de Cardiff se dressent en un garde-à-vous impeccable, puis sautent de joie, agitant leurs casques d’acier ou leurs calots et applaudissant, laissant déborder leur émotion dans une démonstration spontanée de soutien à “leur Général” qui leur a fait traverser deux semaines et demi de combats continuels et leur a permis d’en sortir vainqueurs. »

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Fremantle – Trois des quatre sous-marins de 1 500 t français de la 2e FSMEO, les Béveziers, Sfax et Sidi Ferruch, quittent Fremantle pour Brisbane. Le Casabianca reste basé à Fremantle pour poursuivre ses opérations de soutien aux forces françaises et locales en Indochine, ainsi que L’Aurore, La Créole et les survivants de la 1ère FSMEO, qui poursuivent leurs opérations au nord et au nord-ouest de l’Australie).

Pearl Harbor – Pendant que le ravitaillement et la remise en état des porte-avions Enterprise et Hornet après le raid sur Tokyo sont menés à grande vitesse, le vice-amiral Halsey rencontre “CinC-Pac”, l’amiral Chester Nimitz, pour discuter des prochaines opérations. « Soyez prêt à quitter Pearl sans préavis, demande Nimitz. Il faut couvrir un convoi pour Midway, qui doit être renforcée aussi vite que possible. »

Campagne des Philippines
A Bataan, la famine ronge rapidement les gains réalisés par les hommes de MacArthur. Faible soutien : venant de Darwin, six B-25 et trois B-17 de l’USAAF vont bombarder Cavite, après s’être ravitaillés en carburant sur un terrain secret de Mindanao.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte sud de l’Australie – Naviguant en surface, l’I-124 trompe la vigilance des escorteurs d’un convoi de huit navires, 12 nautiques au sud du Promontoire de Wilson.
01h30 – Le Japonais tire quatre torpilles, dont deux touchent l’américain Medina (5 426 GRT, Clyde Mallory, allant de San Diego à Melbourne avec du matériel militaire et civil). Ce vieux paquebot converti en cargo coule en quelques minutes, pendant que l’escorte recherche en vain le coupable. Le Lt Andrew Menlove, qui commande la corvette HMAS Deloraine, chef d’escorte, appelle cependant à l’aide, et l’aide arrive à l’aube.
« 05h50 – Le Blackburn Botha II est une variante du Botha allégée au maximum. Ces modifications n’ont pas fait un aigle de ce bimoteur pataud, mais les quelques exemplaires opérant déjà en Australie sont tout de même très supérieurs pour la lutte anti-sous-marine aux Avro Anson utilisés jusqu’alors, faute de mieux : ils ont un plus long rayon d’action et sont mieux armés. Celui qui arrive de Melbourne aux premières lueurs du jour porte deux grenades anti-sous-marines, deux sur les vingt, en tout et pour tout, disponibles en Australie pour l’aviation à ce moment. Malgré le temps médiocre, la visibilité est assez bonne quand l’avion parvient au-dessus du convoi – assez bonne pour que l’équipage aperçoive, à quelque distance sur le flanc bâbord des navires marchands, le fuseau sombre d’un sous-marin en surface, qui s’efforce visiblement de devancer le convoi pour pouvoir l’attaquer en plongée. Pour le malheur de l’I-124, le pilote du Botha, comme son avion et ses grenades, représente un saut qualitatif. Le Flying Officer Douglas Tipping, de la RAAF, n’est pas un jeune pilote frais émoulu de l’école de pilotage comme tous ceux qui ont été en hâte expédiés patrouiller le long des côtes. Il a servi en Méditerranée dans une unité de Blenheim et a effectué plusieurs attaques contre des navires ennemis et même contre des sous-marins. Le FO Tipping règles ses grenades sur “faible prodondeur” et lance son pesant appareil dans une attaque en tout point conforme au manuel.
06h00 – Deux gerbes encadrent l’I-124, qui parvient cependant à plonger. Pendant ce temps, le Deloraine, alerté, s’empresse de venir fouiller la zone pour empêcher le sous-marin de refaire surface.
06h10 – Dans le sous-marin, la situation est inquiétante. Le bâtiment a été sévèrement touché par les grenades ASM du FO Tipping. De l’eau s’infiltre à l’arrière, mais le plus grave est que les batteries avant ont été sérieusement endommagées. Un incendie éclate dans leur compartiment et des gaz toxiques se dégagent.
06h45 – « Immersion périscopique ! ordonne le Lt-Cdr Kishigami, la voix assourdie par le masque à gaz. Nous ne pouvons pas rester longtemps dans cette situation, et ce n’est pas ce stupide escorteur qui va nous empêcher de respirer ! » Dans ses oculaires, il aperçoit à courte distance le Deloraine, dont ses hydrophones lui avaient déjà signalé la présence. « Approche encore un peu, petit Anglais… »
07h00 – « Tube 2, feu ! Tube 3, feu ! » Les torpilles sont des Type 89, relativement anciennes, mais la visée de Kishigami est aussi parfaite que celle de Tipping une heure plus tôt.
07h01 – Dans le Botha, qui continue de tourner, le navigateur commence à s’inquiéter pour ses réserves de carburant, mais Douglas Tipping a l’œil rivé sur les flots – « Torpilles ! Deux torpilles ! Lance des fusées rouges ! » hurle-t-il en piquant vers les sillages.
07h02 – Sur le Deloraine, Andrew Menlove a vu les fusées en même temps que sa vigie : « Bâbord toute, vite ! »
07h03 – La corvette n’a le temps que de tourner de quelques degrés, mais c’est suffisant – tout juste : une torpille passe dix yards sur l’avant, une autre à cinq yards à peine sur l’arrière.
07h04 – « Contact Asdic, commandant ! Droit devant ! » Menlove n’hésite pas : « En avant toute ! Paré à grenader ! »
07h07 – Le Deloraine effectue une attaque avec six grenades ASM.
07h08 – L’explosion des grenades secoue férocement l’I-124. L’eau entre par l’écoutille de la salle des machines, et la voie d’eau devient vite incontrôlable. Dans le compartiment des batteries avant, l’incendie fait rage et les gaz toxiques rendent l’air irrespirable. « Chassez partout ! ordonne Kishigami. Nous allons combattre au canon. Vive l’Empereur ! »
07h11 – L’I-124 fait surface moins de 600 mètres derrière le Deloraine, qui ouvre tout de suite le feu avec son 4 pouces et ses mitrailleuses. L’équipage du sous-marin se précipite sur le pont et répond au canon de 5,5 pouces.
07h15 – Avant de pouvoir toucher son adversaire, le sous-marin a pris un obus à la poupe et un autre a pénétré dans la salle des machines, aggravant la voie d’eau. Kishigami lui-même est tué par les mitrailleuses australiennes. Mais un obus de 5,5 pouces touche la corvette à l’avant, explose dans les quartiers de l’équipage et déclenche un incendie localisé mais violent.
07h16 – Dans le Botha, réduit au rôle de spectateur, Andrew Tipping enrage : « On y retourne ! » Son navigateur est sidéré : « Avec quoi ? Nos pétards mouillés de 100 livres et notre unique seringue de 0.303 ? » mais Tipping pique déjà comme s’il pilotait un Beaufighter.
07h17 – Comme prévu, les vieilles petites bombes n’explosent même pas, mais Tipping se montre aussi habile avec sa mitrailleuse qu’avec ses grenades. Il tue ou blesse trois des servants du 5,5 pouces, qui cesse alors de tirer, alors qu’un de ses obus venait d’effleurer la corvette, la criblant d’éclats.
07h22 – L’I-124 stoppe et commence à s’enfoncer par la poupe, tandis que le Deloraine se rapproche, tirant de toutes ses armes.
07h26 – Le sous-marin se dresse à la verticale et coule, sa poupe heurtant le fond alors qu’une quinzaine de mètres de la coque émerge encore de l’eau. Dans la passion du combat, le 4 pouces du Deloraine place encore une dizaine d’obus dans la coque du sous-marin avant que celui-ci ne sombre tout à fait. La corvette repêche deux blessés, des servants du canon, puis rejoint le convoi, non sans avoir récupéré quelques corps (dont celui de Kishagami) et prélevé des échantillons de carburant du sous-marin. Il lui faudra une heure pour éteindre le feu. »
(M. K. Worster, L’Australie assiégée – Les opérations sous-marines japonaises contre l’Australie, 1942-1945, Melbourne University Press, 1955)
« Cette action bien conduite fit le plus grand bien au moral de la RAN et de la RAAF, d’autant plus que le Botha comme le Deloraine avaient pris de nombreuses photos, que les journaux publièrent généreusement.
Le Botha, en dépit de ses gros défauts, s’était montré bien supérieur à l’Anson pour la lutte ASM. L’appareil ne fut jamais utilisé là où il risquait de rencontrer des chasseurs ennemis, d’autant plus que sa tourelle et ses blindages avaient été enlevés pour gagner du poids. Mais l’action, considérée comme une victoire partagée (une première pour la RAAF dans les eaux australiennes), fit sa réputation. Le F.O. Tipping fut décoré. Il demanda d’équiper le Botha d’au moins une mitrailleuse de plus, malgré le poids supplémentaire qu’elle représentait.
L’état-major de la RAN prit très sérieusement les conseils de Menlove (lui aussi décoré), proposant d’augmenter le nombre et le calibre des armes automatiques équipant les escorteurs légers, notamment les dragueurs de mines auxiliaires (AMS). Les grands sous-marins japonais auraient toujours un canon d’un plus gros calibre, mais les AMS pourraient balayer le pont ennemi avec leurs armes légères, contre lesquelles les servants japonais n’avaient aucune protection. »
(Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherches pour l’histoire officielle de l’Australie, 1949 – Research notes de Mr Norman)


27 avril
Bataille de Singapour – II

Opération “Vimy Ridge”, J -2 – L’infanterie japonaise continue à se retrancher et à évacuer ses canons vers Johore pour protéger ses positions sur l’île de Singapour par des tirs de flanc. L’artillerie et l’aviation japonaises bombardent frénétiquement les troupes britanniques, qui préparent leur prochaine attaque.
Les Japonais occupent des positions très solides, mais leurs unités sont l’ombre d’elles-mêmes. La 9e Division (3 000 hommes en état de combattre), qui s’appuie à droite au détroit de Johore, est disposée sur les hauteurs proches du village de Choa Chu Kang. Ses lignes s’étendent ensuite vers l’est, le long du Sungei Tengah. La 18e Division (4 000 hommes, plus 2 000 hommes des unités de corps d’armée) borde le Sungei Tengah vers le nord, puis le Sungei Kranji. A l’est des ses lignes, en avant-poste, la 5e Division (3 000 hommes) occupe le triangle formé par le Sungei Tengah au nord-ouest, le Sungei Peng Siang au nord-est et la route de Choa Chu Kang au sud. Cette division est notamment retranchée dans le village fortifié de Bulim, dans le coin sud-ouest du triangle, ainsi que sur les Collines 156 au sud et 115 au nord-ouest, qui dominent toutes les plantations et les marais des environs. Au nord-est de cette zone, la 27e Division et les restes de la Garde Impériale (peut-être 6 000 hommes en tout) s’accrochent autour du débouché de la Jetée.
Côté britannique, tous les hommes et officiers ont reçu la possibilité d’envoyer une carte postale de 24 mots par l’avion de la nuit suivante. La plupart vont en profiter, pour des textes d’une tonalité très différente de celle des lettres envoyées avant le début de la bataille !
La 17e Division Indienne (7 000 hommes opérationnels) commence à avancer vers le nord-ouest, entre la route de Choa Chu Kang à gauche et le village de Yew Tee à droite, sur un front de 2 000 puis 3 500 mètres, afin de border le Sungei Peng Siang, à l’est des positions de la 5e Division japonaise. Cette avance est lente et précautionneuse. Les hommes doivent bondir de trous d’obus en arbre abattu, éliminer des tireurs isolés et des nids de mitrailleuse camouflés, parfois rejeter à la baïonnette de petits groupes de Japonais laissés en arrière-garde. Mais, grâce à la jungle qui les protège des bombardiers japonais, à l’appui de l’artillerie, aux blindés qui suivent de près et aux réserves d’infanterie qui nettoient toute tentative d’infiltration, l’objectif est atteint en fin de journée.
La 1ère Division de Malaisie (8 000 hommes opérationnels) s’installe plus à l’ouest, au nord de Jurong Road, préparant l’attaque principale. Le coup le plus violent doit venir d’ici, et les deux camps le savent. Les mouvements de la Division sont constamment la cible de l’artillerie et de l’aviation ennemies, qui gênent ses progrès et lui causent de lourdes pertes en hommes, en matériel et en transports. De nombreuses colonnes de fumée noire strient le ciel de la partie sud de l’île – il est vrai qu’aux dégâts provoqués par les bombes et les obus japonais s’ajoutent les incendies allumés par les Britanniques, qui se débarrassent ainsi des cadavres d’animaux et des déchets (de cuisine ou de dispensaires médicaux) abandonnés par les Japonais.
La 2e Division de Malaisie (7 000 hommes opérationnels) occupe la partie sud-ouest de l’île. Elle doit interdire l’entrée des embarcations japonaises dans le Détroit de Johore, soutenir par ses feux les attaques britanniques sur le flanc ouest et surtout engager les batteries adverses.
………
Extrait d’un rapport du Commandement de Malaisie aux Commandements alliés en Extrême-Orient et dans le Pacifique – « Le commandement de la Forteresse de Singapour et le commandement des Royal Engineers de Malaisie signalent qu’au moins 6 % des bombes désamorcées et 1 % des obus désamorcés par les artificiers de Singapour sont d’origine britannique. Les bombes sont principalement des 250 livres HE de la RAF, et les obus sont un assortiment de 18-livres, 25-livres et 3,7 pouces HE. En outre, nos troupes ont récupéré ces derniers jours sur les Japonais une grande quantité de matériels britanniques, en général irréparables, mais que l’ennemi avait utilisés : 140 camions, 50 chenillettes, cinq canons de 18 livres, quatre obusiers-canons de 25 livres, trois canons de montagne de 3,7 pouces, cinq chars Valentine et un Matilda II. Considérant les problèmes considérables que pose dans toutes les armées l’utilisation du matériel lourd capturé, la découverte des 25-livres et des chars fut une vraie surprise. La position des chars indique qu’ils ont fait partie des forces qui ont couvert la retraite de la Garde Impériale japonaise hors de la base navale. Ils ont dû à ce moment être pris dans des concentrations d’artillerie britannique et mis en pièces. Nous estimons que l’utilisation par l’ennemi d’un nombre aussi élevé de munitions et de matériels capturés est une indication que les Japonais souffrent probablement de problèmes de ravitaillement graves et croissants. »
………
Extrait d’un rapport du Service de Renseignements de Birmanie et des unités de reconnaissance de la RAF au Commandement de la Région de Malaisie – « Au moins une division japonaise (sans doute la 33e), précédemment engagée en Birmanie, est en cours de redéploiement à la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie. Il est très possible qu’elle soit ensuite envoyée plus au sud, car les mouvements saisonniers du matériel roulant ferroviaire et du trafic naval océanique et côtier liés à la mousson sont d’une ampleur inhabituelle, indiquant qu’il s’agit de beaucoup plus que d’un simple réajustement des forces. De plus, des forces japonaises équivalant à une division supplémentaire, arrivées il y a quelques semaines dans le nord de la Malaisie et dispersées dans tout le Kedah et les Etats de Perak sont maintenant en train de marcher vers le sud – de marcher littéralement, car tout le matériel roulant ferroviaire ou routier est réservé au transport du matériel et des approvisionnements. Il semble qu’il s’agisse de la 56e Division. »

Campagne de Birmanie
Bangkok (Thaïlande) – Dans la nuit, 26 Wellington de la RAF venus de Rangoon (Birmanie) bombardent la capitale thaïlandaise, où le black-out est très imparfaitement respecté. Les avions britanniques, se guidant sur les nombreuses lumières visibles, peuvent ainsi bombarder avec une certaine précision l’aérodrome de Don Muang, où une douzaine d’avions japonais sont détruits.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa – Arrivée de la Task Force 17 (contre-amiral Frank J. Fletcher). Cette TF est constituée du Task Group 17.5 (contre-amiral Aubrey W. Fitch), avec les porte-avions Lexington (Capt. Frederick Sherman) et Yorktown (Capt. Elliott Buckmaster), d’une partie de la CruDiv 6, avec les croiseurs lourds Minneapolis (Capt. Frank J. Lowry), New Orleans (Capt. Howard H. Good) et Astoria (Capt. Francis W. Scanland), et du Desron 2 (Capt. Gilbert C. Hoover), composé des destroyers Anderson (Lt-Cdr John K.B. Ginder), Hammann (Cdr Arnold E. True), Morris (Cdr Harry B. Jarrett) et Russell (Lt Cdr Glenn R. Hartwig).

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte est de l’Australie, 04h30 – L’I-121 détecte l’Egyptien Star of Alexandria (4329 GRT, Alexandria Navigation Co, allant de New York à Adélaïde avec diverses marchandises). Il le rattrape en surface, puis l’attaque en plongée à 05h45, tirant deux torpilles dont l’une touche, et le navire stoppe. Une troisième torpille le frappe à 06h05, et il coule.
« Ce naufrage devait avoir de désastreuses implications. Averti de l’existence du champ de mines du Cap Schanck, l’ANB était face à un dilemme. Les convois restaient normalement à l’intérieur de la ligne des cent pieds de fond, mais les mines rendaient cette navigation risquée. La perte du Star of Alexandria fit estimer que les sous-marins étaient un plus grand danger, les convois continuèrent donc à suivre la route la plus proche de la côte. » (Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie, 1949 – Research notes de Mr Norman)


28 avril
Bataille de Singapour – II

Opération “Vimy Ridge”, J -1 – Le total (réserves incluses) des forces affectées par l’état-major britannique à cette opération et aux opérations annexes est de 32 000 hommes pour l’infanterie, 16 000 hommes dans les unités de soutien et 650 canons de tous types. En face, les Japonais n’ont plus que 18 000 hommes en état de combattre sur l’île.
Tout le long du front, l’infanterie britannique se rapproche des lignes japonaises, soutenue par le tir de 150 canons, 60 chars et des centaines de mortiers et de mitrailleuses. Les avant-postes d’écoute et d’observation de l’ennemi sont éliminés, le terrain est déminé, les barbelés sont coupés et les hommes se retranchent tout près de leurs adversaires. L’aviation japonaise entre en action très rapidement, espérant être aussi efficace que la veille, mais cette fois les Anglais sont prêts.
D’abord, les bombardiers japonais sont accueillis par des centaines de mitrailleuses AA, mais surtout par des concentrations inédites sur Singapour de 40 mm Bofors et de canons de 3,7 pouces. Le duel aéro-terrestre est sanglant pour les deux camps, mais les avions japonais sont moins nombreux et plus fragiles que les canons britanniques. Surpris, les aviateurs japonais demandent à leur artillerie de faire taire la DCA anglaise, qui s’est ainsi dévoilée de façon apparemment imprudente. Mais à peine les canons japonais ont-ils ouvert le feu qu’ils sont pris à partie en contrebatterie par plus de 250 canons anglais, réservés à cet effet. Le combat dure toute la journée, mais au crépuscule, vingt-cinq batteries japonaises ont été réduites au silence, tandis qu’une vingtaine de bombardiers et d’avions d’appui tactique (monomoteurs pour la plupart) ont été abattus et plus du double endommagés.
L’article de Robin Meyrson, parvenu quelques jours plus tard au NY Times, est enthousiaste : « La précision du tir des batteries anglaises fait honneur à la tradition de la Royal Artillery ! De toutes parts, en Johore et dans le secteur de l’île de Singapour encore occupé par les Japonais, s’élèvent des colonnes de fumée. Parfois, une gerbe de flammes signale l’explosion d’un dépôt de munitions. Les canons ennemis sont totalement surclassés par l’artillerie britannique, dont le tir est mieux organisé et mieux dirigé. Un officier blanchi sous le harnois, qui a connu la boue des Flandres – “La même que celle de Singapour, mais froide” – m’explique que les Japonais ont fait la même erreur que les Allemands en 1917 : ils ont cru pouvoir déborder l’organisation de la contre-batterie britannique en faisant tirer simultanément de nombreuses batteries. Un ordre allemand en date du 23 juin 1917 affirmait ainsi : “Du fait que les Anglais ont d’excellents appareils de détection de l’origine et de la distance des sons, j’interdis tout tir d’une batterie isolée quand l’ensemble du secteur est calme, surtout par vent d’est. Si l’occasion d’ouvrir le feu se présentait dans ces conditions, une batterie voisine devra toujours être invitée à tirer quelques obus.” Cet ordre était tombé entre les mains des Anglais, qui avaient été ravis, d’abord de voir l’ennemi reconnaître l’efficacité de leur contre-batterie, ensuite parce qu’ils savaient fort bien que leur matériel pouvait facilement identifier et localiser plusieurs batteries à la fois. Vingt-cinq ans plus tard, ils en sont toujours capables. »

Campagne d’Indonésie
Sumatra – Les troupes japonaises entrent à Banda Aceh. En dehors de quelques poches isolées sur la côte ouest, qui tomberont rapidement, toute l’île est maintenant sous le contrôle des Japonais, mais les Alliés sont toujours retranchés dans la petite île-forteresse de Sabang, à la pointe nord de Sumatra.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte est de l’Australie – Les I-122 et I-123 mouillent à eux deux six petits champs de mines (84 mines en tout) le long de la côte sud du Queensland [sud de la côte est de l’Australie].
« Ces champs de mines devaient poser de sérieux problèmes aux Australiens, car l’association de fonds sableux, du courant Est Australien et de houles basses et longues allait faire “marcher” les mines sur le fond de la mer, parfois d’un mile par jour. Ce déplacement devait disperser les champs de mines, réduisant leur efficacité, mais rendant pratiquement impossible l’entretien d’une voie libre de mines. Néanmoins, seuls trois navires sautèrent sur ces mines (sans que l’on puisse préciser à quel champ appartenaient les mines en question) :
– le 15 mai, à 02h00, le Hollandais (d’Indonésie) Banyan (450 GRT, caboteur réfugié géré par la KPM, allant de Clarence River à Brisbane avec du beurre et d’autres marchandises) saute et coule au large de Stradbroke Island.
– le 3 juin, à 14h25, le Français Formigny (2 166 GRT, Chastellain & Co, allant de Brisbane à Nouméa avec des produits alimentaires et du barbelé pour bétail) saute au large de Moreton Island. Le navire prend feu et est abandonné, puis drossé sur le rivage de Moreton Island et détruit.
– le 18 juin, à 13h10, le pétrolier américain W.M. Burton (7 094 GRT, loué par l’US Army, allant à vide à Brisbane pour y embarquer de l’essence d’aviation destinée aux avions de l’USAAF basés à Nouméa) saute sur une mine. L’explosion provoque une voie d’eau dans la chambre des machines et cause de graves dommages à la structure de ce vieux bâtiment (construit en 1918). Le navire se casse en deux, et le tiers arrière coule. L’avant est remorqué à Brisbane, où il servira d’entrepôt. »
(Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie, 1949 – Research notes de Mr Norman)


29 avril
Bataille de Singapour – II

Opération “Vimy Ridge”, jour J – La bataille aéro-terrestre se poursuit, mais cette fois les avions japonais choisissent plus soigneusement leurs cibles et ne s’attardent pas au-dessus du champ de bataille. Cela réduit leurs pertes, mais aussi leur efficacité.
Les Britanniques attaquent la Colline 156 à partir du sud-est, pour réduire le risque de tirs croisés de mitrailleuses et de tirs de flanc venant du village de Bulim. Mais leur tâche est difficile, car les tranchées japonaises ont été recouvertes de plusieurs couches de tronc d’hévéa et de sacs de sable, qui neutralisent l’effet des mortiers et de l’artillerie légère. Seule l’artillerie moyenne et les mortiers lourds de tranchée sont efficaces. L’attaque est bloquée devant les principales positions japonaises, où les Britanniques se réfugient dans les centaines de trous d’obus qui criblent tout le secteur.
Les blindés avancent pour forcer le passage, mais les fortifications japonaises abritent aussi des antichars de 75 mm et des canons de soutien à l’infanterie de 70 mm. Les blindés doivent s’arrêter et se mettre en position coque masquée, car avancer sur ce terrain labouré par les obus risquerait d’exposer leur ventre aux canons japonais tirant à très courte portée. C’est donc finalement l’infanterie qui doit faire le travail, bondissant de trou d’obus en trou d’obus, appuyée par l’artillerie moyenne et lourde, voire très lourde, pour enlever l’une après l’autre les positions ennemies.
En fin de journée, les conditions deviennent plus favorables à l’utilisation massive d’obus fumigènes. A l’abri des rideaux de fumée, les sapeurs peuvent se rapprocher pour utiliser leurs “torpilles Bangalore” et d’autres explosifs pour démolir plusieurs bunkers. De plus, la destruction de certains fortins par des coups directs d’artillerie lourde a créé des “zones aveugles” dans la défense où blindés et infanterie s’infiltrent pour prendre à revers d’autres positions. Quand la nuit tombe, les Britanniques ont pénétré dans la défense, mais ne l’ont pas percée.
Au centre, les troupes du Commonwealth lancent une attaque de diversion massive sur le plat, engageant les Japonais sur tout le front, avec l’artillerie et les blindés. Dès les premières heures du jour, les Alliés font d’importants progrès et la ligne japonaise plie, mais ne rompt pas. Dans la journée, comme l’artillerie lourde est réorientée contre la Colline 156, l’avance alliée cesse tout à fait.
A l’extrême gauche, les Britanniques avancent lentement et très précautionneusement vers le village de Choa Chu Kang, de plusieurs directions. Là aussi, ils gagnent un peu de terrain, mais ne font que sonder les défenses principales.

En marge
Londres – Du Foreign Office au War Office, avec l’autorisation du Cabinet de Guerre
Résumé des interceptions BJ des transmissions diplomatiques allemandes entre Bangkok et Berlin concernant la délégation d’observateurs civils et militaires allemands envoyée accompagner la 25e Armée japonaise en Malaisie : « (…) Le prince von Bülow et le prince von Yorke se sont joints à la délégation allemande afin d’informer les Japonais sur le conditionnement social et les réactions dans certaines situations données des officiers généraux britanniques et de leurs états-majors. Le prince von Bülow est en particulier un expert du ministère des Affaires Etrangères allemand concernant la prise de décision et les modes de pensée des classes supérieures de la population britannique, ainsi que sur le Gouvernement et la Société du Royaume-Uni. (…) »
Note du Foreign Office – « Le transfert en Extrême-Orient de ces deux personnalités a sans doute été décidé principalement en raison de leur appartenance, légale mais hautement indésirable, à un groupe proposant un remaniement de la constitution dans le sens d’une démocratie parlementaire. A ce jour, la survie de ces deux jeunes nobles, propriétaires de vastes propriétés en Prusse, n’a tenu qu’au fait qu’ils sont membres des plus respectées et des plus nombreuses familles de la noblesse militaire prussienne (les junkers). »


30 avril
Bataille de Singapour – II

Opération “Vimy Ridge”, J+1 – A droite, alors que l’avance britannique reprend, lente et obstinée, les Japonais lancent des renforts sur la Colline 156. Mais l’artillerie légère britannique, si inefficace sur les bunkers improvisés et les tranchées, remporte quelques succès sur les Japonais à découvert qui tentent de gagner les points menacés de la ligne, ainsi que contre les nombreux mortiers responsables de la majorité des pertes de l’infanterie anglaise.
Au centre, l’attaque reprend sur un front plus étroit, en direction des “Malayan Farms”. Il s’agit en fait d’une opération de flanquement de la principale attaque projetée. Il faut isoler les hauteurs près du village de Choa Chu Kang et ce village lui-même, et l’enlever après avoir détruit l’artillerie à longue portée et une bonne partie de l’artillerie moyenne et lourde des Japonais.
A gauche, les Britanniques ont engagé le gros de leur artillerie et de leurs blindés dans une attaque contre la partie ouest de l’île, sur un terrain relativement épargné par les combats et dominant le détroit de Johore. Sur un sol ferme, les blindés n’ont aucun mal à rester près de l’infanterie pour l’appuyer chaque fois que c’est nécessaire.
Quelques bateaux permettent aux Anglais de débarquer une petite troupe sur la côte nord-ouest de l’île. Ces hommes sont très vite cloués au sol, mais les survivants de la 9e Division japonaise ont du mal à garder le contact avec la 18e Division, sur leur gauche. Les Britanniques attaquent maintenant sur tous les fronts, et ce n’est qu’une question de temps avant que la ligne japonaise ne craque quelque part.
La 18e Division japonaise lance alors une contre-attaque soutenue par tout ce qui lui reste de blindés et d’artillerie et par toute l’aviation disponible, pour maintenir les communications par voie de terre avec la 9e Division. Cette attaque réussit à contenir les unités du Commonwealth à mille mètres de leur objectif : la route sud-nord de Lim Chu Kang. La 9e Division parvient à quitter Choa Chu Kang et à s’échapper vers le nord, mais au prix de tous ses canons et de tout le matériel non transportable à bras d’homme. De plus, les unités de la 18e Division qui ont contre-attaqué face aux chars et à l’artillerie britanniques ont subi de lourdes pertes.
………
Singapour – Extrait d’un message du Commandement de la Région Militaire de Malaisie à l’Etat-Major Impérial (Londres), sur l’organisation de la défense.
(i) Nous disposions il y a un mois de plus de 110 bataillons d’infanterie, de mitrailleuses et du génie. Mais ceux-ci comptent aujourd’hui 20 000 hommes de moins que leurs effectifs théoriques, et une restructuration de nos forces est nécessaire. C’est vrai aussi, à un degré bien moindre cependant, de l’artillerie de campagne et des autres unités de combat.
Les unités issues du Royaume-Uni ne peuvent être renforcées sans priver les infrastructures militaires et civiles de troupes de soutien technique qui leur sont nécessaires. Les unités indiennes pourraient être renforcées, mais le manque aigu d’officiers, de sous-officiers et de spécialistes expérimentés signifie que l’efficacité des unités ne pourrait être maintenue. Par ailleurs, il faut faire très attention, en restructurant les unités indiennes et gurkhas, de préserver leur composition des points de vue ethnique, tribal et religieux, sans oublier les problèmes de castes.
Par ailleurs, une nouvelle organisation des bataillons restructurés est nécessaire pour refléter l’état des cadres régimentaires disponibles.
(ii) Le commandement a donc été contraint de dissoudre six bataillons d’infanterie (deux britanniques et quatre indiens) ainsi que deux régiments d’artillerie britanniques. Seize bataillons d’infanterie (huit britanniques et huit indiens) ont été fusionnés deux par deux, constituant huit bataillons fusionnés, et deux batteries d’artillerie britanniques ont été fusionnées en une seule.
Les quartiers généraux de la 55e Brigade britannique et des 6e, 8e et 46e Brigades Indiennes ont été dissous. Leurs cadres les plus importants ont été évacués par hydravion et le reste a été réparti dans les unités.
Par ailleurs, les unités chinoises et malaises recrutées sur place – le North China Volunteers Regiment, le Hong Kong and Singapore Infantry Regiment et les 1er et 2e Malay Regiments ont été renfocés d’un bataillon chacun.
(iii) Les unités conservées ou créées ont été organisées comme suit :
– Bataillons d’infanterie britanniques – QG du bataillon et compagnie de QG (230 hommes), quatre compagnies de fusiliers (520 hommes).
– Bataillons d’infanterie gurkhas – QG du bataillon et compagnie de QG (150 hommes), trois compagnies de fusiliers (450 hommes).
– Bataillons d’infanterie indiens (et bataillons réguliers chinois ou malais) – QG du bataillon et compagnie de QG (150 hommes), trois compagnies de fusiliers (600 hommes).
– Bataillons d’infanterie de volontaires chinois (ou malais) – QG du bataillon et compagnie de QG (100 hommes), quatre compagnies de fusiliers (1 000 hommes).

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Truk – L’amiral Yamamoto vient en personne procéder à une dernière mise au point des préparatifs de l’opération MO.
………
Pearl Harbor – L’amiral Nimitz est averti par la Naval Intelligence et le Signal Interception Office que la densité du trafic radio japonais a récemment chuté de façon spectaculaire en dehors des messages transmis en code JN-25. La chute la plus nette concerne les messages envoyés par la base de Truk. Tous les grands bâtiments japonais ont changé d’indicatif radio ces deux dernières semaines. Des messages en clair indiquent un accroissement des vols de liaison à grande distance effectués par des officiers de haut rang et les activités des hydravions lourds japonais ont notablement augmenté, surtout sur la route Yokohama-Saïpan-Truk.
Les services d’écoute peuvent cependant fournir une indication plus nette, mais inquiétante : la possibilité d’une offensive japonaise prochaine contre l’Australie, la Nouvelle-Guinée et les Salomon britanniques ne peut être écartée.


Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie (phase 3a)
Côte est de l’Australie – “Bataille” de l’estuaire de la Cann
10h15 – L’escorteur auxiliaire HMAS Akuna (870 GRT, 16 nœuds, 2 x 12 livres – un yacht allemand capturé en 1914, réquisitionné comme navire d’examen puis transformé en escorteur) couvre à bâbord, donc du côté du large, un convoi lent de huit navires se dirigeant vers Melbourne, quand il saute sur une mine, se casse en deux et coule rapidement.
Croyant à un torpillage, le chef de l’escorte, à bord de l’AMS (dragueur auxiliaire) HMAS Colac, ordonne au convoi de changer de cap et de se rapprocher du rivage (à tribord). Cette décision (conforme aux tactiques ASM établies) envoie le convoi en plein dans un champ de mines, avec des résultats catastrophiques.
10h25 – Le Yougoslave Dunav (4 307 GRT, Oceania Brodarsko Ackionarsko Drustvo, allant de Newcastle à Alexandrie avec du charbon) saute sur une mine. La cale n°2 éventrée, il coule immédiatement.
10h29 – Le Grec Adamas (4 144 GRT, Lyras kai Lemos, allant de Brisbane à Haïfa avec du sucre et de la farine en sacs) saute sur une mine. Il reste à flot, mais, sa machine hors d’usage, il est abandonné par son équipage.
10h30 – Le Britannique Cape Clear (5 085 GRT, Cape York Motorship Co, allant de Sydney à Haïfa avec du corned beef, des fruits en conserves, de l’alcool, du vin, des jus de fruit et de la farine en sacs) saute sur une mine. Quoique très endommagé, il réussit à se sortir du champ de mines et va trouver refuge à Eden, sur Twofold Bay, où il s’échoue en eaux abritées au fond d’une petite baie juste à l’est d’Edrom Lodge, le pont arrière léché par les vagues.
10h39 – Le Britannique Antonio (5 225 GRT, New Egypt and Levant Shipping, allant de Newcastle à Suda Bay avec du charbon) heurte une mine par l’avant et coule en huit minutes à peine.
10h40 – Le commandant du Colac comprend enfin ce qui se passe. Il ordonne aux quatre cargos intacts de stopper et de jeter l’ancre, puis le Colac et l’autre AMS commencent le dragage. L’Anson accompagnant le convoi n’aperçoit aucun sous-marin, mais un Hudson est tout de même envoyé de Mallacoota pour assurer une bonne couverture aérienne.
11h20 – L’Adamas, abandonné et dérivant, touche une nouvelle mine et coule très vite.
« Ce désastre est connu comme la “bataille contre les mines” de l’estuaire de la Cann. Ce champ de mines avait été posé le 25 avril à l’embouchure de cette rivière par l’I-121. Les deux AMS accompagnant le convoi mirent trois heures pour ouvrir un passage sécurisé pour les cargos survivants. Ceux-ci les suivirent en file indienne et tous continuèrent de la sorte sur 45 nautiques avant de reprendre une formation ASM classique. Ce fut le pire désastre qui devait frapper un convoi le long de la côte australienne, avec la moitié des cargos perdus ou endommagés. Trois dragueurs de la 32e MS Flotilla furent envoyés de Sydney pour nettoyer le champ de mines. » (Opérations de la Sixième Flotte japonaise – Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de Mr Norman, 1950)

Campagne d’Indochine
Tonkin, base Epervier (Dien-Bien-Phu) – Les légionnaires prêtent serment, comme chaque année, à l’occasion de l’anniversaire de Camerone. « En avril 39, je n’étais pas encore dans la Légion. En avril 40, au fin fond du Sahara, la guerre était sur un autre continent et nous n’étions qu’une poignée, tout avait été expédié. En avril 41, on s’apprêtait à partir pour la Grèce et la cérémonie avait pris la tonalité d’une veillée d’armes. Mais aujourd’hui, c’est une sorte d’entr’acte entre deux combats, dans cette cuvette au milieu de la jungle qui nous isole et nous protège, et le commandement a voulu bien faire les choses. Les irréguliers Viets et les pilotes américains sont venus nous regarder défiler à pas lents, en chantant de tous nos accents, ils ouvrent de grands yeux, je suis sûr d’y voir de l’envie ! » (Klaus Müller, Lettres à mon frère ennemi).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Juil 20, 2012 14:15    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 1
Troupes défendant l’île de Singapour
(au 1er avril 1942)


– 9e Division Indienne, Major-général A.E. Barstow :
- 8e Brigade [Brigadier B.W. Key] (2/10e Baluch Rgt, 3/17e Dogra Rgt et 1/13e Frontier Force Rifles),
- 21e Brigade [Brigadier C.J. Weld] (2/4e Gurkha Rifles, 4/13e Frontier Force Rifles et 1er Duke of Cornwall’s Light Infantry),
- 22e Brigade [Brigadier G. Painter] (5/11e Sikh Rgt, 2/18e Royal Garwhal Rgt, 2/12e Frontier Force Rifles et 2e Loyal/North Lancashire Rgt)

– 11e Division Indienne, Major-général D.M. Murray-Lyon :
- 6e Brigade [Brigadier W.O. Lay] (2e/East Surrey Rgt, 2/8e et 2/16e Punjab Rgt),
- 15e Brigade [Brigadier K.A. Garrett] (2/9e Jat Rgt, 1/8e Punjab Rgt, 5/14e Punjab Rgt et 1er Leicestershire Rgt),
- 28e Brigade (Gurkha) [Brigadier W. St-John Carpendale] (2/1er, 2/2e et 2/9e Gurkha Rifles)

– 17e Division Indienne
- 44e Brigade (6/1er, 6/14e et 7/8e Punjab Rgt),
- 45e Brigade (4/5e Jat Rgt, 5/18e Royal Garwhal Rifles et 7/6e Rajputana Rifles),
- 46e Brigade (3/7e Gurkha Rifles, 7/10e Baluch Rgt et 5/17e Dogra Rgt)

– Forteresse de Singapour, Major-général F.K. Simmons :
- Straits Settlements Volunteer Force (SSVF), colonel R.G. Grimwood : diverses unités, dont la Dalforce (plusieurs compagnies d’éclaireurs), le Hong Kong and Singapore Infantry Regiment (HKSIR) et le North China Volunteers Rgt (NCVR)
- Hong Kong and Singapore Royal Artillery (HKSRA)
- Troupes d’appui, génie, artillerie de forteresse…

– 1ère Division de Malaisie (formée à partir d’unités de la Forteresse de Singapour), acting Major-general Archibald Paris :
- 12e Brigade d’Infanterie Indienne, Brigadier Archibald Paris (5/2e Punjab Rgt, 4/19e Hyderabad Rgt et 2e Argyll & Sutherland Highlanders)
- 1ère Brigade d’Infanterie de Malaisie, Brigadier G.C.R. Williams (1er Malay Rgt, 2e Malay Rgt)
- 2e Brigade d’Infanterie de Malaisie, Brigadier F.H. Fraser (1er/Manchester Rgt, 2e/Gordon Highlanders Rgt, 2/17e Dogra Rgt)

– 2e Division de Malaisie, formée à partir de trois brigades d’infanterie britanniques :
- 137e (Staffordshire) Brigade (1er et 2e/South and North Staffordshire Rgt et 1er et 2e/Prince of Wales’ Own Staffordshire Rgt)
- 138e (Lincoln & Leicester) Brigade (1er et 2e/Lincoln Rgt et 1er et 2e/Leicester Rgt)
- 55e Brigade [Brigadier JB Coates] (1er/Bedfordshire & Hertfordshire Rgt et 1er, 5e/Sherwood Foresters Rgt), venant de la 18e DI britannique.

– 1ère Armoured Division australienne (AIF) [éléments], Major-général H.C.H. Robertson : trois bataillons, les 2/5e, 2/6e et 2/7e Armoured Regiments.

– Les 53e et 54e Brigades de la 18e Division d’Infanterie britannique [Major-général Merton Beckville-Smith] forment à présent la garnison de l’île forteresse de Penang.
- 53e Brigade, Brigadier CLB Duke (2/Cambridgeshire Rgt, 5 et 6/Royal Norfolk Rgt)
- 54e Brigade, Brigadier EKW Backhouse (4/Royal Norfolk Rgt, 4 et 5/Suffolk Rgt)
– La 8e Division d’Infanterie australienne (AIF) [Major-général Henry Gordon Bennett] a été évacuée vers Sumatra et l’île de Sabang, avant d’être évacuée vers l’Inde puis rapatriée pour reconstitution en Australie.
– Les hommes du 7e Armoured (Queen’s Own) Hussars, “emprunté” à la 7e Armoured Brigade britannique, ont été évacués vers l’Inde. Ils ont laissé ce qui restait de leur matériel aux éléments de la 1ère Armoured AIF.
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