Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Août-Septembre 1943 - Souvorov Koutousov Roumantsiev
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 18, 19, 20, 21, 22, 23  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Le front russe
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 10775
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Mai 22, 2020 23:42    Sujet du message: Répondre en citant

13 septembre
Opération Souvorov
Bison buté
Biélorussie
– Le ciel du nord de la République est à nouveau couvert. Bien qu’il ne pleuve pas, les nuages réduisent fortement l’efficacité des forces aériennes, tandis que l’intensité des combats dans cette région diminue rapidement. Cela arrange bien sûr les hommes du 1er Front Biélorusse – un peu moins, toutefois, le général Nikolai Naumenko, car il parait déjà évident que sa 2e Armée Aérienne devra bientôt aller appuyer les combats pour Jlobine. Sans pouvoir donner autant qu’un mois plus tôt, bien sûr.
………
Région de Sianno (“Souvorov-Nord”) – La 63e Armée stabilise définitivement ses positions sur l’axe Beshenkovichi – Ulyanovichi – Ogon’, en s’appuyant sur le lac Svyatoye et sur les éminences boisées de la région. Vasily Kuznetsov a fait son deuil de s’emparer des rives des trois lacs sur la route de Lepiel, ce qui aurait pourtant notablement facilité sa défense. Mais non content de subir cette (relative) déception, il a dû en plus reculer son flanc gauche pour rétablir la jonction avec la 3e Garde de Zakharkine, quelques kilomètres à l’ouest du carrefour routier de Zamosh’ye. Ainsi, la forêt de Kasieničy forme désormais un petit saillant allemand, en plein milieu des lignes du 1er Front Biélorusse. Et il faudra sûrement du temps pour le résorber, avant d’espérer forcer un jour la porte de Baryssaw. Mais au vu de la catastrophe subie la veille, cela paraît déjà bien !
………
Région de Talatchyn (“Souvorov-Nord”) – Après la quasi-déroute subie par les formations de Zakharkine et de Chistiakov, l’Armée Rouge fait halte dans ce secteur, sur une nouvelle ligne de front allant de Zamosh’ye à Voskresenskaya en passant par Serkovitsa, puis suivant la Drut jusqu’à la zone relevant du 2e Front Biélorusse. Le général Eremenko a renoncé à demander à la 3e Armée de la Garde de reprendre le terrain perdu lors de l’offensive nazie – officiellement, il n’en vaut pas la peine. Mais dans les faits, c’est surtout l’état de ses troupes (devenu franchement inquiétant) qui justifie cette prudence.
De plus, Eremenko redoute tout de même un peu de provoquer le loup fasciste – il n’y aurait pas de 18e Corps Blindé pour ralentir les panzers en cas de nouvelle percée. En effet, la formation d’Alexei Burdeiny vient d’être retirée du front, sur ordre direct de la Stavka. Cela fait deux fois en moins d’un mois… Cependant, son chef n’est absolument pas en cause : il a simplement fait face de son mieux dans des circonstances impossibles, à Orsha comme au nord de Talatchyn, contre des forces bien soutenues et parfois même à quasi-parité numérique ! Le camarade major-général Burdeiny n’a donc rien à craindre – il récoltera d’ailleurs bientôt l’Ordre de la Bannière rouge (pour la seconde fois) ainsi que l’Ordre de Souvorov de 2e classe. De bien jolies décorations, qui pèseront malheureusement toujours moins lourd que l’acier détruit depuis le 20 août dernier…
………
Région de Bialyničy (“Souvorov-Centre”) – Journée de temporisation, pour la 15e Armée – qui a tout de même avancé de 120 kilomètres depuis le démarrage de l’offensive, dans des conditions affreusement pénibles et sur un terrain désastreux, sans bénéficier (ou presque) d’aucun soutien réel de la part de son Front, hormis l’envoi du 22e Corps Blindé – qu’on est justement en train de lui retirer pour l’envoyer au sud ! Faute de moyens, les troupes de Fediouninski ne font pas grand-chose hormis élargir son saillant – faute de volonté et de moyens, la Wehrmacht ne cherche pas à les repousser, se contentant de ralentir puis de border les forces soviétiques épuisées qui lui font face.
Les positions de la 15e Armée forment désormais un quadrilatère grossier de 9 kilomètres sur 14, partant du village de Teterin – au nord, face à la 134. ID – pour rejoindre ensuite Hlybokaïe à la lisière des bois où sont retranchés la 197. ID et le 244. StuG Abt, avant de se prolonger vers le sud jusqu’à Stehovo, où la 106. ID (VII. AK, 4. Armee) tient les lignes allemandes. Il est douteux qu’Ivan Fediouninski progresse encore beaucoup, sauf s’il recevait des moyens supplémentaires qu’il mettrait vraisemblablement longtemps à exploiter et dont sa formation de tutelle ne dispose pas, de toute façon… La situation n’est donc plus très loin d’être gelée, ici aussi.
………
Région de Kirawsk (“Souvorov-Centre”) – Pour la 29e Armée, tout paraît encore aller bien – même si le général Managrov, conscient de la situation aventurée de ses forces, doit feindre de ne pas s’en inquiéter. Ces dernières viennent d’entrer dans Kirawsk, sans pouvoir pour l’instant s’approcher de Klitchaw – faute d’effectifs. Le XLIII. AK ne s’est curieusement pas accroché à la première ville, qui constitue pourtant un carrefour stratégique vers le nord (Bérazino) comme vers le sud (Babrouïsk et Jlobine). Est-ce à dire que l’ennemi fasciste est en déroute et craint de se faire déborder, encercler puis anéantir ici ? Possible – mais la météo a raréfié les vols de reconnaissance, et quand il n’y a pas de nuages, la chasse allemande fait bonne garde – tout ceci n’aide pas à y voir plus clair… Et quoi qu’il en soit, Managrov a l’ordre de pousser sans attendre.
Il pousse donc, sans avoir repéré la 19. Panzer (Schmidt), désormais en embuscade sous le couvert des arbres aux environs de Kostrichi. Et pas davantage la 20. Panzer de von Lüttwitz, qui a pourtant rejoint les lignes des 131. ID (Meyer-Bürdoff) et 7. ID (von Rappard) entre Stolb et Barsuki, et se positionne à l’extrême droite du dispositif allemand. Sur ses talons, on trouve aussi la 17. ID (von Zangen), prélevée sur les rives du Dniepr et destinée à occuper le terrain dégagé par les blindés. La nasse est en place, le fauve est prêt à bondir… Et dans son quartier général, Erwin Rommel se prépare avec entrain à se rendre personnellement à Barsuki pour suivre l’action – et prendre directement les commandes si besoin !
………
Région de Jlobine (“Souvorov-Sud”) – Au-dessus de la nouvelle cible de l’Armée rouge, le ciel n’est pas aussi couvert qu’au nord. Malgré toutes les préventions de ses subordonnés, Ivan Koniev doit cependant faire vite pour organiser un assaut coordonné entre la 29e Armée et la 2e Garde – ordre direct de la Stavka, retransmis sans état d’âme par Joukov.
Mettant ainsi à profit – sans vraiment le savoir – le fait que les Allemands ont le regard tourné vers Kirawsk, la 2e Armée de la Garde traverse le Dniepr au matin, sous le couvert des quelques nuages, et s’empare en une poignée d’heures de Rahatchow. Cette très ancienne cité édifiée sur une péninsule entre le Dniepr et la Drut n’était pas défendue. Les quelques éléments d’observation présents ont eu tôt fait de se retirer. Face à cette manœuvre, Hermann Hoth est perplexe – on comprend sans peine pourquoi. Qu’ont à faire les Rouges de cette petite ville insignifiante, située du mauvais côté de la Drut et à l’extrémité d’une zone contrôlée bien plus au nord par leurs forces ?
Evidemment, la 1. PanzerArmee ne tarde pas à faire remonter cette information jusqu’à Minsk, où le Renard des Balkans accueille la nouvelle avec curiosité – mais aussi avec réserve. Il ne croit pas que Moscou soit désespéré au point de se saisir de n’importe quelle ville sur la carte, pour le simple plaisir de le claironner sur les ondes. Non – les Slaves ont quelque chose en tête. Quelque chose qui concerne sans doute la force qu’il s’apprête à piéger et qui n’est d’ailleurs plus qu’à 45 kilomètres à vol d’oiseau de Rahatchow. Raison de plus pour faire vite, tant que les Russes ont encore la Drut à passer ! Il faut donc que tout soit réglé avant le prochain mouvement communiste, pour que les forces envoyées de Jlobine vers Kirawsk puissent revenir calmement sur leurs positions faire barrage à l’envahisseur.
Surtout que, pendant ce temps, la tumeur au sud de Strešyn n’en finit pas de grossir, risquant même de devenir maligne. Les forces soviétiques qui s’y trouvent – issues de la 3e Armée de Choc de Purkayev – se sentent enfin assez fortes pour progresser, non pas vers le nord, mais bien vers l’ouest, Pirevichi et à terme la voie ferrée vers Svetlahorsk. Faute d’effectifs suffisants au sein du XII. AK (qui doit dorénavant tenir 35 kilomètres de ligne avec une division et demie), la 18. Panzer est contrainte de s’engager dès l’après-midi dans des actions non décisives menées avec le soutien de la Luftwaffe mais qui lui coûtent encore du temps et des engins – les rencontres avec les très rares blindés rouges présents dans le secteur sont toujours de mauvaises surprises et il est bien sûr hors de question d’envoyer les Tiger du major von Kageneck dans ce marécage…
Ainsi, tandis que les Soviétiques tendent une fois de plus les verges pour se faire battre, les forces allemandes sont pradoxalement une fois encore en train de se coincer, mais toute seules cette fois-ci, dans une configuration à la Gomel, où elles doivent faire face sur deux fronts avec des moyens insuffisants pour les défendre à la fois. Cela ne durera peut-être pas – mais en attendant, et sans rien savoir de la réalité de ce qui se trame, Ivan Koniev ordonne une offensive sur Strešyn dès la nuit prochaine. La 3e Choc doit dégager au plus vite une zone permettant à peu près de traverser aux blindés des 21e et 10e Corps Blindés, quitte à payer cher pour cela.
………
« Mon instinct – ou plutôt mon expérience – ne m’a pas trompé. Ça sent mauvais, très mauvais même. A peine installé face à Jlobine, le régiment reçoit l’ordre de descendre le long du Dniepr, à environ 15 kilomètres, jusqu’à un bourg dénommé Skepnya. Nous y retrouvons très vite une partie d’un autre corps blindé, apparemment installé dans le secteur depuis un certain temps déjà et qui joue à cache-cache avec les tubes fascistes positionnés sur l’autre rive. Sauf qu’évidemment, ici, c’est un jeu mortel.
Nous prenons langue avec difficulté avec nos collègues, mélange désabusé d’esprit de corps et d’orgueil issu des combats passés devant Kiev auxquels ils auraient pris part, contre – disent-ils – l’élite de l’armée fasciste. Sans doute, sans doute… Mais très sincèrement, vu les combats que nous avons traversés depuis mon arrivée sur le front, cette histoire nous fait une fort belle jambe, à moi et à mon équipage ! Nous prenons nos marques, en faisant cependant attention à ce que l’on ne nous confie pas “par hasard” les positions les plus exposées.
En face, sur la rive ouest, peu d’actions visibles – et pourtant, il y a du monde, puisqu’on tire ! Et le fait qu’on annonce une traversée « pour bientôt » ne me réjouit guère. A tous les coups, on nous fera passer devant. En attendant, nous passons la journée au milieu des fourrés, bien à l’abri et en changeant de position après chaque tir – à cible certaine – qu’Andrei effectue. Notre voisin de peloton s’étonne de nous voir agir ainsi – il n’a pas eu l’occasion de parler avec le caporal Kalugina, lui ! Mais la vision d’un de nos chars qui explose sous un tir de contre-batterie au 152 mm, faute d’avoir voulu bouger après son troisième coup, achèvera de le convaincre de l’intérêt de notre méthode.
La nuit tombe sur les braises… En y repensant aujourd’hui, je n’étais guère inquiet en avalant notre dîner avec mes trois comparses dans un fossé, non loin de Pobieda !. Je ne voyais pas comment la situation aurait pu bouger, ni comment les chefs auraient pu compter nous faire passer. Evidemment, j’avais tort. »
(Evgeni Bessonov, op. cit.)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 5351
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 09:25    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Ben basiquement vu les résultats de Souvorov, le triptyque a déjà échoué.

Oui, mais je voyais ce genre de considération stratégique plutôt dans un paragraphe dédié. Peu importe.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
borghese



Inscrit le: 07 Sep 2011
Messages: 261

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 10:12    Sujet du message: Parallèle juin 40 / epidémie Répondre en citant

Citation:
Il pousse donc, sans avoir repéré la 19. Panzer (Schmidt), désormais en embuscade sous le couvert des arbres aux environs de Kostrichi. Et pas davantage la 20. Panzer de von Lüttwitz, qui a pourtant rejoint les lignes des 131. ID (Meyer-Bürdoff) et 7. ID (von Rappard) entre Stolb et Barsuki, et se positionne à l’extrême droite du dispositif allemand. Sur ses talons, on trouve aussi la 17. ID (von Zangen), prélevée sur les rives du Dniepr et destinée à occuper le terrain dégagé par les blindés. La nasse est en place, le fauve est prêt à bondir…


https://m.youtube.com/watch?v=4F4qzPbcFiA
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé MSN Messenger
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 5351
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 15:09    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Mais la vision d’un de nos chars qui explose sous un tir de contre-batterie au 152 mm, faute d’avoir voulu bouger après son troisième coup, achèvera de le convaincre de l’intérêt de notre méthode.

Il n'y a pas de 152 mm côté allemand, c'est plutôt du 150 mm.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
ciders



Inscrit le: 16 Sep 2016
Messages: 719
Localisation: Sur un piton

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 15:24    Sujet du message: Répondre en citant

Sauf s'il s'agit d'une pièce de prise non recalibrée. A préciser.
_________________
- "I'm sorry. You're a hero... and you have to leave." (Fallout)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 10775
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 16:02    Sujet du message: Répondre en citant

En fait, c'est notre ami Eugène qui pense que c'est du 152 ! Je doute qu'il sache que les Fascistes n'ont que du 150 (et puis, si vous vous en prenez un sur le coin de la figure, la différence ne vous sautera pas aux yeux…). Cool
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Le Chat



Inscrit le: 12 Jan 2020
Messages: 50

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 18:04    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
En fait, c'est notre ami Eugène qui pense que c'est du 152 ! Je doute qu'il sache que les Fascistes n'ont que du 150 (et puis, si vous vous en prenez un sur le coin de la figure, la différence ne vous sautera pas aux yeux…). Cool

Je pense qu'une certaine drosophile maltraîtée serait assez d'accord avec cette remarque Casus! ... Wink
_________________
"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Finen



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 1261

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 19:09    Sujet du message: Répondre en citant

D'autant que la différence entre 150 et 152 est le fait que de mesurer le calibre au sommet ou au creux des rainures.

Donc mettez lez drosophiles à l'abri Wink
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 3397
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 21:41    Sujet du message: Répondre en citant

Surtout qu'en laissant les mouches tranquilles, on se rend compte que le 152 mm allemand existe.

https://en.wikipedia.org/wiki/15_cm_sFH_18

Oui,oui, j'ai vérifié avant d'envoyer le texte.
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
FREGATON



Inscrit le: 06 Avr 2007
Messages: 1564
Localisation: La Baule

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 22:08    Sujet du message: Répondre en citant

Pour ne plus embêter ces pauvres bêtes on dira que tous ces calibres sont en fait des variations du 6 pouces... Wink
_________________
La guerre virtuelle est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux civils.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 4097

MessagePosté le: Sam Mai 23, 2020 22:10    Sujet du message: Répondre en citant

C'est sur que faire rentrer un obus de 6 pouces dans un malheureux diptère, surtout par ce trou là... c'est pas le chameau dans le chas de l'aiguille: c'est encore pire ! surtout pour la mouche...

D'ailleurs pour le chameau, suffit de le hacher en bouillie très très fine, de prendre un entonnoir suffisamment petit, et ça passe !
_________________
« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
"Nous vaincrons car nous sommes les plus forts" (Reynaud) "Heureusement, sinon, qu'est ce qu'on aurait pris !" (Goscinny)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Le Chat



Inscrit le: 12 Jan 2020
Messages: 50

MessagePosté le: Dim Mai 24, 2020 07:45    Sujet du message: Répondre en citant

Archibald a écrit:
C'est sur que faire rentrer un obus de 6 pouces dans un malheureux diptère, surtout par ce trou là... c'est pas le chameau dans le chas de l'aiguille: c'est encore pire ! surtout pour la mouche...

D'ailleurs pour le chameau, suffit de le hacher en bouillie très très fine, de prendre un entonnoir suffisamment petit, et ça passe !


"Loïc, si tu coupes, j'annule tout !!!!" Razz Razz Razz

Sérieusement, désolé d'avoir (re)lancé la divagation, et bravo à démodan pour ses excellents récits!!
_________________
"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 5351
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Dim Mai 24, 2020 09:21    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Surtout qu'en laissant les mouches tranquilles, on se rend compte que le 152 mm allemand existe.

https://en.wikipedia.org/wiki/15_cm_sFH_18

Oui,oui, j'ai vérifié avant d'envoyer le texte.

Bah non, c'est plutôt du 149 mm (5.9 in).
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 10775
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Mai 24, 2020 12:13    Sujet du message: Répondre en citant

Désolé, il n'y a pas eu de parution hier, mais aujourd'hui, un gros et juteux morceau.


14 septembre
Opération Souvorov
Bison fâché
Régions de Sianno et de Lepiel (“Souvorov-Nord”)
– A l’aboutissement de l’ancienne branche la plus septentrionale de Souvorov, le calme règne désormais sur le front. Hormis une activité de patrouilles, rien n’est digne d’être mentionné. La 20e Armée soviétique respire et se refait doucement une santé.
………
Région de Talatchyn (“Souvorov-Nord”) – Dans cette zone aussi, les lignes sont en train de se figer – bien que ce soit dû avant tout au manque de moyens allemands… Les autres unités du 1er Front de Biélorussie (63e Armée, 1ère Garde et 3e Garde) réorganisent leur positionnement. En effet, la 3e Armée de la Garde se prépare à glisser vers le Sud afin de reprendre à son compte une partie des positions de la 15e Armée entre Kruglae (l’ancienne démarcation) et Shupeni, tout en laissant à la 1ère Garde le contrôle de Voskresenskaya – donc de Talatchyn. Il s’agit de soutenir un peu Ivan Fediouninski, qui doit organiser la défense d’une tête de pont dont chacun pressent qu’elle intéressera bientôt beaucoup les Allemands… Mieux vaut tard que jamais ! Cependant, compte tenu de l’importance des formations concernées, ainsi que de leurs pertes et de leur fatigue – sans parler de l’état déplorable des voies de communication – la manœuvre ne pourra effectivement commencer que demain. Dans l’attente, la 15e Armée devra tenir, le cas échéant.
………
Région de Bialyničy (“Souvorov-Centre”) – La 15e Armée a bien évidemment conscience d’être sans doute la prochaine cible des forces fascistes… Aussi, avec l’absolue certitude qu’elle n’a plus les moyens de percer – mais également, et c’est nouveau, avec l’autorisation expresse de la Stavka – l’armée passe la journée à consolider et à renforcer son périmètre, tout en tâchant de faire passer un maximum de moyens sur la rive ouest de la Drut, dans l’attente d’une nouvelle vague feldgrau… Ivan Fediouninski parcourt le front et semble un peu moins pessimiste que la veille – grâce à l’appui de ses voisins, et en utilisant au mieux le terrain, il devrait être possible de rendre bientôt sa tête de pont bien plus solide qu’elle ne l’est… Et de la faire paraître encore plus ! Il l’ignore, bien sûr, mais l’ennemi a encore pour l’heure d’autres priorités.
………
Bataille de Kirawsk (“Souvorov-Centre”), du lever du jour à 12h50 – La 29e Armée a repris son avance vers Babrouïsk, sous un parapluie aimablement prêté par la 2e Armée Aérienne de Nikolai Naumenko – lequel supplée la 15e Armée Aérienne, bien occupée au-dessus de Jlobine. Cet appui aérien, sans qu’on puisse aller jusqu’à parler de maîtrise du ciel, va contribuer à éviter un désastre total. En effet, dès 07h30, un vol de Pe-2 en route pour Babrouïsk repère la 19. Panzer aux environs de Patseva Sloboda et donne l’alerte.
Managrov, qui craignait évidemment pareille manœuvre de la part de l’ennemi, prend sur lui d’interrompre immédiatement l’avance de sa tête de colonne. Cette dernière, constituée de la 256e Division de Fusiliers et de la 69e Division Motorisée, était déjà engagée dans les bois au sud de Stolb, face à une défense obstinée de la 131. ID – laquelle s’accroche curieusement bien plus au terrain que la veille. Sans perdre de temps, Managrov donne instruction à ses réserves, les 252e et 254e Divisions de Fusiliers, de se porter sur sa droite, avec les 171e et 759e Rgt de canons antichars en appui. Il espère ainsi bloquer le mouvement adverse, mais n’en demande pas moins à son commandant de Front, Ivan Koniev, l’autorisation de replier ses pointes pour défendre en priorité le nœud routier de Kirawsk.
Hélas, trois fois hélas, vue du QG de Koniev, à Dobrouch, la situation ne paraît nullement catastrophique – en tout cas, elle ne justifie pas une retraite que Moscou ne pardonnerait sûrement pas. Koniev ordonne donc à Managrov de s’accrocher à Stolb, tout en « repoussant l’ennemi plus au nord ». Les chars fascistes ne sauraient s’engager dans un combat de rues, et un appui accru de la part des VVS réglera le problème. Au pire, le 22e Corps Blindé de Volkov n’est plus qu’à vingt-quatre heures de la 29e Armée ! Quarante-huit au maximum… Quoi qu’il en soit, il faut tenir, car de grandes choses sont prévues à Jlobine !
Les frontovikis font ainsi face pendant plusieurs heures aux charges des panzers de Gustav Schmidt, lesquels subissent des pertes sensibles sous les tirs des 264e et 644e Rgt d’Artillerie et les frappes des Il-2 envoyés de Smolensk. Le 73. Panzergrenadier Rgt, qui porte le plus gros de l’effort vers Kirawsk, perd ainsi un bon tiers de ses effectifs sans pouvoir s’emparer de la ville – mais ce n’est pas grave (pour Rommel), car la cible des Allemands n’est pas ici. Ainsi, un peu avant midi, les Panzers percent à Vilki, au nord de la cité, avec l’aide des Stukas du III/StG 1. Le 27. Panzer Rgt ouvre la voie, suivi par le 74. Panzergrenadier Rgt. Tous deux foncent à présent vers l’est, mais pour aller où ?
La réponse devient évidente peu après. En effet, alors qu’ils appuient les fantassins de la 245e Division luttant dans la plaine au sud de Kapusta contre la 7. ID, les aviateurs soviétiques ont la très désagréable surprise de voir s’élever à l’horizon des colonnes de poussière signalant, entre autres, l’arrivée sur le champ de bataille du 21. Panzer Rgt et de la 20. Schützen-Brigade. Heinrich von Lüttwitz a lancé sa 20. Panzer à l’assaut du flanc gauche de la 20e Armée, avec le soutien de la 17. ID, qui compensera l’amoindrissement des effectifs de sa PanzerDivision.
Cette nouvelle signalée en clair à la radio provoque une véritable sidération à l’état-major soviétique – lequel présumait que le gros des forces fascistes se trouvait toujours à Jlobine, face à ses meilleures troupes. Présumer du comportement de son adversaire est un travers courant chez les généraux de toutes nationalités… Le général Managrov demande en urgence l’autorisation d’opérer un repli général vers le nord, alors que ses forces sont désormais près d’être encerclées et ne disposent plus que d’un couloir de 10 kilomètres de large pour cela – un couloir qui se réduit sans doute d’heure en heure, sinon de minute en minute…
Ivan Koniev refuse cependant encore d’y croire. Il demande confirmation à la 2e Armée Aérienne et – surtout ! – il interroge Moscou sur la conduite à tenir en cas de « nouvelle tentative fasciste avérée dans la zone de Kapusta ». Ce faisant, il se couvre évidemment, songeant sans doute déjà à mouiller sa hiérarchie dans ce qui s’annonce comme un véritable désastre. On peut sans doute le comprendre, vu l’ambiance qui règne à l’état-major de l’Armée Rouge… mais il perd ainsi des instants précieux.
………
Moscou – La Stavka n’est informée qu’à 12h50 de la réalité de la situation sur le front – alors que Joukov n’est pas là, cloué au lit par une forte fièvre (les Po-2 qu’il utilise pour ses fréquents déplacements sont pleins de courants d’air…) et par la fatigue accumulée ces derniers jours. Et malheureusement, Staline est mis au courant avant lui, sans doute par le canal des officiers politiques qui flanquent les différents échelons de commandement. Face à ce qu’il considère – évidemment – comme un manquement inadmissible, le Vojd décide de contacter personnellement Koniev par radio HF, en passant par-dessus toute sa hiérarchie, pour lui donner des instructions. Suit une série d’échanges qui coûtera fort cher à la 29e Armée – ce qui est presque un détail – mais qui brouilleront aussi à vie Joukov et Koniev, ce qui ne manquera pas de rejaillir sur les opérations à venir.
A 13 heures donc, alors que la Stavka se demande encore quoi faire, Staline appelle Koniev. Ce dernier se rappelait encore la scène, 28 ans plus tard : « Staline dit avec colère que nous avions annoncé au monde entier l’encerclement d’un groupe ennemi important dans la région de Jlobine, mais que la Stavka avait appris que non seulement l’ennemi n’était pas encerclé, mais qu’en plus il était bien parti pour encercler nos troupes ! Il demanda : “Que savez-vous de la situation de la 29e Armée ?” A sa voix, je remarquai qu’il était inquiet. Visiblement, il n’avait pas été correctement informé. Aussi, je lui dis : “Camarade Staline, ne vous tracassez pas. L’ennemi n’est pas en train de nous encercler. Notre Front [c’est-à-dire Koniev lui-même] a pris les dispositions nécessaires. J’ai envoyé le 22e Corps Blindé pour rétablir la liaison avec la 29e Armée et renvoyer l’ennemi vers l’ouest ou dans le chaudron de Jlobine. Ces unités feront leur devoir – dans l’immédiat, j’ai aussi ordonné à Managrov de redéployer son armée pour faire face aux menaces venant de Jlobine, car le plus important est évidemment de conserver les Fascistes dans le chaudron.” Staline demanda alors : “Vous avez fait cela de votre propre chef ? Mais c’est au-delà de vos attributions de chef de Front !” J’acquiesçai. “C’est très bien. Nous allons en délibérer à la Stavka et je vous rappelle.” »
Outre qu’il s’est mis outrageusement en valeur auprès du chef suprême, Koniev vient bel et bien de mentir à Staline en annonçant la prise de mesures, certes adéquates, mais qui demandent encore à être ordonnées à la 29e Armée ! Au surplus, le transfert du 22e Corps Blindé de Bialyničy ne lui doit rien : ce mouvement a été directement ordonné par Moscou depuis déjà plusieurs jours et n’a donc aucun rapport avec la manœuvre en cours à Kirawsk. Mais ne jetons pas trop la pierre au camarade Koniev… En agissant ainsi, il a voulu sans doute protéger sa personne et (un peu) ses troupes, tout en ne faisant rien d’autre que saisir la perche que Staline lui tendait pour attiser encore un peu plus son inimitié avec Joukov.
Quant à Joukov, justement, il reçoit quelques minutes plus tard, alors qu’il est toujours au lit, un appel personnel du Vojd, qui fera l’objet d’une polémique intense entre Joukov et Koniev, laquelle se prolongera jusqu’à vingt ans après les faits. Joukov : « J’ai été réveillé en sursaut par Miniuk, mon aide de camp, qui m’a simplement indiqué “Joseph Staline au téléphone.” Sautant du lit, je pris l’appareil. Le commandant suprême me dit : “On vient de m’informer que, chez Koniev, l’ennemi a effectué ce matin une percée partant de la région de Jlobine […]. Vous êtes au courant ?” “Non, je ne suis pas au courant.” “Alors, assurez-vous en et rendez-moi compte.” J’appelai immédiatement Koniev et il m’expliqua que l’ennemi avait essayé, en profitant de la tempête de ces derniers jours, d’encercler la 29e Armée aux alentours de Kirawsk, qu’il avait déjà progressé de 5 kilomètres et qu’il occupait diverses localités au nord de Kirawsk. Après avoir parlé avec lui des mesures prises, j’appelai le chef suprême et lui rendis compte de ce que j’avais appris. Joseph Staline me dit alors : “Koniev propose que le commandement de toutes les forces des deux Fronts Biélorusses lui soit confié, pour détruire le reste des troupes fascistes à Jlobine et mener à bien les prochaines offensives vers Minsk.” »
Inutile de dire que cette annonce provoquera une vive réaction de Joukov, qui ne pardonnera jamais ce qu’il considérera toujours comme une vilenie doublée d’une trahison personnelle, de surcroit exécutée à la suite d’une erreur – même partagée. Cependant, y compris lors de la publication de ses mémoires, dans les années 70, Ivan Koniev niera de son côté avec vigueur avoir sollicité ce transfert… Pour cela, il s’appuiera notamment – avec un réel succès, pour le coup – sur le fait que pareil chambardement dans la hiérarchie était bien la dernière chose à réaliser en pleine bataille. Ceci peut peut-être nous livrer le fin mot de l’histoire. Bien qu’à l’évidence vaniteux et mortellement jaloux de Joukov, Koniev était un officier compétent doublé d’un chef véritable. Il n’aurait sans doute pas échafaudé pareil stratagème pour le simple plaisir de se faire un ennemi plus gradé que lui. Il est donc bien possible que le commandant du 2e Front Biélorusse ait tout bonnement été piégé par le Petit Père des Peuples, qui aura utilisé son ambition pour parvenir à ses fins personnelles – divisant ainsi toujours plus pour mieux régner.
Finalement, à 14 heures – et alors même que la 29e Armée lutte toujours pour sa survie ! – un télex tombe au même moment chez Joukov, Eremenko et Koniev. Cette directive – outre le fait qu’elle secoue rudement un Eremenko déjà fort fatigué et menacé de sombrer dans la dépression – chamboule l’organisation du commandement au pire moment et aura, si l’on en croit Joukov et Koniev – pour une fois d’accord ! – des conséquences sérieuses sur la suite de la bataille. Ivan Koniev prend en charge seul, sans la supervision de Joukov, la liquidation de Jlobine, qui doit couronner et achever Souvorov. Joukov, quant à lui, reçoit l’ordre de se concentrer sur les opérations Koutouzov et Roumantsiev, en Ukraine. Enfin, Eremenko n’est plus très loin d’être exclu des responsabilités de son Front : de fait, il est réduit à un simple rôle de courroie de transmission – à peine mieux qu’un chef d’armée, en réalité. Très émotif, il écrira plus tard personnellement à Joukov pour partager son offense : « Camarade maréchal, tout le monde sait – et vous en particulier – que, plusieurs jours durant, je n’ai pas fermé l’œil, que j’ai tendu toutes mes forces en vue de réaliser l’opération Souvorov et prendre Vitebsk, Orsha puis Talatchyn. Pourquoi donc m’écarte-t-on et ne me donne-t-on pas la possibilité de mener, même plus tard, cette opération jusqu’à son terme ? Je suis fier des troupes de mon Front et je veux que la capitale de notre patrie, Moscou, rende les honneurs aux combattants du 1er Front. »
On comprend sans peine l’outrage ressenti par Eremenko. Quant à Koniev, qui devrait pourtant être satisfait de cette décision, il en mesure déjà les dangers. Il est désormais responsable de tout ce qui va se passer. Peu importe cependant, car l’essentiel, vu de Moscou du moins, réside dans le fait que les autres forces du 2e Front dans le secteur – notamment la 2e Garde et la 3e Choc, des camarades Govorov et Purkayev – semblent bien s’être endormies, contribuant par leur « passivité » (!) au succès allemand. Il s’agit donc de les réveiller au plus vite, au besoin en leur faisant payer leurs erreurs. Mais avant cela, il est impératif que la 29e Armée s’en tire…
………
Bataille de Kirawsk, de 12h50 au soir – A 14h00, le général Managrov reçoit enfin instruction de se retirer sur une nouvelle ligne Klitchaw-Grib-Recta – laquelle s’appuie largement sur des bois où les panzers auront du mal à manœuvrer et où il sera facile de donner du canon antichar. L’ennui, c’est que cet ordre arrive beaucoup, mais alors beaucoup trop tard, pour la 256e Division de Fusiliers et la 69e Division Motorisée, désormais aventurées 22 kilomètres en avant de ces nouvelles positions ! Et il est bien sûr impossible pour les forces se trouvant à Kirawsk et à Kapusta de les attendre, sauf à se mettre elles-mêmes en danger, alors qu’elles ne sont déjà pas assurées elles-mêmes de s’échapper… La retraite urgente ordonnée par Managrov tourne vite à la panique – voire à une déroute – quand les blindés et transports des 264e et 644e Rgt, mêlés aux véhicules de l’arrière et à des tracteurs d’artillerie, refluent en désordre vers le salut. La route vers Chachevichy est déjà coupée par la 19. Panzer, la seule chance de s’en sortir à présent est de rejoindre les unités tenant le flanc gauche à Kapusta, puis de se retirer avec elles !
Les petites rues de Kirawsk – modeste ville de 5 000 habitants peu accoutumée à autant d’agitation – deviennent vite des pièges mortels soumis aux bombes de la Luftwaffe (celle-ci est cependant contrée par les VVS, qui perdent 32 avions pour 12 victoires). Comble de malchance, elles se retrouvent ensuite matraquées par l’artillerie automotrice allemande, qui peut enfin sortir des bois, car la pluie s’est remise à tomber. L’arrivée des premiers éléments de la 69e Division Motorisée, qui fuit elle aussi vers le nord et heurte la queue de colonne des fuyards, achève le chaos. Des chars qui se retrouvent coincés sans possibilité de reculer ou de faire demi-tour font pivoter leur tourelle vers le sud pour faire face à l’ennemi qui arrive et défoncent au canon les façades alentour… Eux se battront ici – car les 131. ID et 7. ID convergent déjà vers eux…
Au soir, la malheureuse 256e Division, restée en arrière vers Stolb, n’existe pour ainsi dire plus, dispersée et balayée aux quatre vents dans la plaine au sud de Kirawsk. La 69e Division Motorisée est en grande partie toujours coincée dans cette localité, avec la 254e Division de Fusiliers et divers éléments des deux régiments antichars déployés ce matin, ainsi que du 644e Rgt d’Artillerie. Le reste a pu s’échapper en plus ou moins bon ordre (plutôt moins…) vers le nord-est, rencontrant une 245e Division en pleine retraite face à la 20. Panzer et qui a dû elle-même lutter pour garder sa cohésion ! L’aile droite de la 29e Armée n’existe donc pour ainsi dire plus. Son centre est vide ou presque. Quant à sa gauche, elle recule. Fort heureusement pour Managrov – déjà en train de replier son QG vers Chachevichy – les Allemands sont eux aussi usés, et peut-être un peu surpris de leurs succès. Ils ne peuvent, pour l’heure, exploiter davantage. En effet, il leur faut d’abord régler le sort de la poche de Kirawsk – et puis le sort de Jlobine les préoccupe aussi quelque peu…
………
Région de Jlobine (“Souvorov-Sud”) – Dans ce secteur, la journée a commencé tôt – très tôt même, car les sapeurs de la 3e Armée de Choc – plus précisément le 742e Bataillon autonome – ont entrepris de déminer dans la nuit et sous les obus les champs de mines mis en place par la 34. ID au sud de Strešyn. Cette tâche effectuée, des détachements de la 87e Division de la Garde se sont infiltrés dans les lignes allemandes, tandis que des éléments de la 3e Division de la Garde faisaient de même vers Kosakovka, à la jointure entre 34. ID et 45. ID. Ces deux unités restent très affaiblies par la bataille pour Gomel et sont assez peu renforcées par la 18. Panzer, laquelle ni ne veut, ni ne souhaite, être partout – a fortiori en première ligne.
Au lever du soleil, à 6h30, alors même que les forces de Managrov marchent encore vers le sud, les frontovikis lancent tout à coup un assaut déterminé contre Strešyn, avec l’appui des tubes de pas moins de quatre régiments d’artillerie (506e, 1095e, 1100e, 1101e) et de trois régiments de mortiers de la Garde (23e, 48e, 88e), plus ceux de deux corps blindés. Les malheureux Landsers de la 34. ID (Friedrich Hochbaum), écrasés par le déluge de feu qui s’abat sur eux, puis par l’assaut d’un adversaire qu’ils imaginaient beaucoup moins fort, perdent pied et commencent à se replier vers le nord, à la recherche de l’appui de la 31. ID – laquelle doit pourtant toujours tenir les berges du Dniepr. Quant à la 18. Panzer, elle est déjà engagée à l’ouest, au côté de la 45. ID, pour défendre une fois encore la voie ferrée vers Svetlahorsk, d’une importance vitale. Strešyn tombe ainsi peu avant 11h00, ouvrant l’une des voies d’accès à Jlobine.
Purkayev aurait pu s’arrêter là. Après tout, sa 3e Armée de Choc a atteint son objectif de la journée et devrait désormais simplement consolider ses gains tout en faisant passer autant de matériel que possible sur la rive ouest sous le couvert de l’artillerie et des VVS, en attendant une nouvelle fenêtre de progression pour demain… Malheureusement pour lui et ses hommes, il reçoit aux environs de 14h00 un message vénéneux de Staline, retransmis sans hésiter par Koniev : « Attaquez de façon plus décidée ! La Stavka a émis des critiques. Les troupes du 2e Front Biélorusse auraient été mal organisées et leurs chefs auraient manqué de l’opiniâtreté nécessaire. » En agissant ainsi, Koniev fait mine de motiver ses troupes en reportant sur autrui la responsabilité de critiques injustes. Car qui, à la Stavka, critique ainsi le 2e Front Biélorusse auprès du Petit Père des Peuples ? Pas Vassilevski, occupé en Ukraine… Reste Joukov.
Maksim Purkayev s’estime alors contraint et forcé de relancer sans attendre son assaut à partir de Strešyn, grâce à l’appui des chars des 52e et 223e Rgt autonomes et du 10e Corps Blindé. Cependant, ces engins arrivent au compte-goutte, sur des barges bombardées par les canons allemands (mais heureusement pas par les Stukas, requis plus au nord), tandis que la Luftwaffe tente désespérément de faire taire l’artillerie en lançant à l’attaque tous les Ju 88 disponibles. Mais en face, une fois encore, les Faucons de Staline sont sur la brèche – ils prélèvent 22 appareils (dont un, peut-être, pour le major Ivan Fedorov, et quelques-uns pour la 15e Division de DCA) contre “seulement” 39 pertes. La concentration des forces a du bon !
Face à ce nouvel assaut impétueux inattendu, les 31. et 34. ID reculent en désordre. De son côté, le XXV. AK ne peut leur envoyer aucun renfort, car il doit déjà tenir une partie des lignes du XIII. AK – ce dernier est engagé à la fois à Kirawsk et sur les berges de la Drut, pour repousser un coup de sonde brouillon lancé sans soutien par la 2e Garde en direction d’Ushi. A l’évidence, Govorov a lui aussi reçu le message de Koniev ! Finalement, faute d’autre unité disponible, la 18. Panzer doit être rappelée en urgence pour défendre l’approche sud de Jlobine au côté de la 52. ID, laissant la 45. ID se débrouiller seule pour tenir la voie ferrée – cette dernière se replie elle aussi pour défendre plus simplement les approches de Svetlahorsk. C’est donc tout le XII. AK qui se replie à présent, écartelé, vers Jlobine ou Svetlahorsk, en abandonnant une large bande de terrain qui va jusqu’à Solenyy voire Paporotnik – soit en tout 12 kilomètres de berges praticables !
Au soir, contre toute attente, les Russes ont bien enfoncé des défenses qu’ils imaginaient formidables… mais qui ne l’étaient pas, par manque de troupes. Ils semblent désormais forts à leur tour – mais en vérité, ils sont tout aussi fragiles que leurs adversaires la veille. Maksim Purkayev comme Ivan Koniev le savent – demain risque fort d’être décisif et il convient de se prémunir au plus vite d’un inévitable retour de bâton.
………
« Il semblait bien qu’il fût possible de faire pire que Gomel. Pire car cette fois-ci, tout m’a semblé enfiévré, précipité… improvisé en fait : visiblement, personne n’avait prévu la façon dont les choses se passaient.
Pourtant, le matin avait commencé comme la veille : tirs sur positions fixes et observations anxieuses des avions qui passaient. Tout a cependant changé au moment de la pause déjeuner, que nous n’avons d’ailleurs jamais pris : ordre d’avancer au plus vite vers la berge, pour embarquer sur une barge qui attendait. Qui attendait, qui attendait… C’était vite dit ! En fait, c’est nous qui avons attendu que l’embarcation arrive. Et à plusieurs de surcroît, car apparemment l’ordre n’avait pas été donné qu’à notre seule Pobieda !. Nous étions ainsi tout un peloton aligné sur la rive, avec le T-34 de Sasha non loin de nous, formant sans doute, vus du ciel, une très très belle cible. Avec flegme, Andrei est carrément sorti sur la plage arrière allumer une cigarette pour regarder le paysage ! « Autant profiter du spectacle, de toute façon, on n’aura pas le temps de fuir si un avion fonce sur nous… » Et il avait raison – nous avons d’ailleurs tous fini par faire pareil…
Dans le ciel gris et changeant, un ballet mortel se déroulait, rythmé par les percussions de l’artillerie, les violons des moteurs et les cymbales des tirs de petit calibre. De temps à autre, comme décroché du ciel, un danseur virevoltait et descendait pour un piqué final vers le sol, sans que l’on ne voie toujours l’impact ou un parachute… J’ai même pu observer un appareil qui tombait comme une feuille morte, doucement, sans que personne puisse s’en échapper (1). Et moi qui prenait l’aviation pour une arme de bourgeois – il semble bien qu’ils souffrent autant que nous, en fait ! Comme quoi il faut savoir s’instruire.
Pendant que nous contemplons la bataille, les tirs se poursuivent – s’éloignant un peu vers le nord, mais pas assez à notre goût. Un impact une trentaine de mètres sur notre droite soulève un geyser de boue qui arrose tout le groupe, nous ramenant à notre condition. Heureusement, le bac arrive juste à ce moment, en s’annonçant à grand bruit de klaxon. Son équipage veut sans doute que nous embarquions très vite. Ce qui est fait – mais ensuite, qu’il est lent ! Nous mettons sans doute vingt minutes ou presque à traverser – une éternité. Par quel miracle aucun obus ne nous atteint-il, je ne saurais le dire…
Et sitôt à terre, le manège de Gomel recommence – cette fois-ci parmi les champs et les fourrés. J’ai l’impression que Sasha nous colle, avec son engin… Comment lui en vouloir ? »
(Evgeni Bessonov, op. cit.)

Les délices du chef
QG du Heeresgruppe Mitte (Minsk)
– Rommel rentre à son QG à 16 heures, sitôt la déroute de la 29e Armée amorcée. Tout à sa joie, il a longuement disserté sur la route de l’aérodrome avec Herr Berndt sur la nature de la bataille de Kirawsk – qui sera forcément une victoire. « Observez donc, mon cher, comment, contrairement à certains présomptueux qui lancent leurs blindés en avant sans trop savoir où cela les mène, nos troupes ont visé ici un objectif parfaitement quantifiable, réaliste et atteignable dans un délai limité : la destruction des forces ennemies qui menaçaient Babrouïsk. Cette victoire ne sera bien sûr pas décisive pour la campagne – mais ce n’est pas le but. Je n’ai jamais écrit nulle part que les batailles étaient gagnées sur un unique coup de sabre. Il faut raisonner plus large, en définissant la façon de réduire à néant la possibilité pour l’adversaire de se saisir de l’initiative. Le prendre de vitesse, le forcer à réagir à nos actions, imposer notre rythme en somme. Comme nous avons su le faire autrefois en Pologne ou en France. Ça nous avait bien réussi, à l’époque… »
En arrivant à son bureau, le Renard est cependant accueilli par les désagréables nouvelles de Jlobine, qui résonnent comme une fausse note à la timbale dans la fanfare de son triomphe. Alors, que faire ? Lâcher le morceau pour défendre Jlobine ? Ou alors digérer la poche de Kirawsk, achever sa victoire puis revenir sur cette ville ? Finalement, estimant qu’un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras, Rommel décide de finir le travail au nord avant de faire redescendre ses forces vers le sud. De ce côté, tant que ses troupes tiennent encore Jlobine et Svetlahorsk, c’est bon. Le reste est constitué de marais ou de plaine que l’on pourra aisément reprendre, le cas échéant. Le feld-maréchal a donc choisi de surenchérir, refusant obstinément de lâcher sa proie. Comme un autre maréchal, à Moscou, quoique pour des raisons fort différentes…

Les trompettes de la renommée
Moscou
– Passant sous silence les événements de Kirawsk – il serait futile de communiquer sur un simple revers tactique – Radio-Moscou préfère évoquer longuement « la traversée héroïque du Dniepr par les forces du général Koniev, qui ont déjà repoussé l’ennemi jusqu’aux faubourgs de Jlobine. Pas plus que la boue ou la racaille fasciste, les eaux bleues des fleuves ne sauraient arrêter l’Armée Rouge des Ouvriers et Paysans. » Bizarrement, c’est l’une des premières fois que le régime communiste met ainsi Ivan Koniev à l’honneur. Quant à la couleur des flots du Dniepr, elle est pour le moins changeante, voire sujette à discussion.
………
Berlin – Le Reich, pour sa part, annonce plutôt « un nouveau triomphe du maréchal Rommel et de la glorieuse Wehrmacht ! Une importante force bolchévique a été encerclée dans les plaines à l’est de Babrouïsk et sera bientôt détruite. Ailleurs en Ruthénie Blanche, nos forces continuent de défendre avec efficacité partout où cela est nécessaire, contrairement à ce que prétendent les mensonges de l’ennemi. » On appréciera la nuance subtile, destinée à préparer peut-être la perte (forcément temporaire) de localités autour de Jlobine – mais en aucun cas de la ville elle-même…

Roumanie
Union sacrée ?
Prison de Doftana (environs de Telega, Roumanie)
– Les gardiens du vénérable bâtiment de 1895, parfois surnommé la Bastille roumaine, reçoivent un visiteur de marque : le baron Mocsony-Styrcea. Ce dernier, bien que n’occupant plus, pour l’heure, de poste officiel, agit toujours sous couvert de l’autorité royale – laquelle semble retrouver quelques couleurs ces derniers temps. Les gardes se hâtent donc de lui ouvrir la porte de leur établissement, avant de lui permettre de rencontrer les détenus.
Toutefois, le baron n’est pas venu pour une visite de courtoisie – et pas davantage pour rencontrer les officiers soviétiques ou les personnalités hongroises détenues ici. Non, il est venu chercher Lucrețiu Pătrășcanu : le principal membre du PC roumain encore ouvertement présent sur le territoire national. Pătrășcanu est une figure bien connue du paysage politique roumain : licencié en droit, docteur en économie, cet ancien député est un pur communiste depuis 1919 – ce qui lui a d’ailleurs valu d’être arrêté en 1924, 1940 (sous le roi Carol), 1941 (après la prise du pouvoir par Antonescu), et tout récemment encore, par précaution, suite aux défaites en Bessarabie et alors qu’il était déjà en résidence surveillée à Poiana Tapului.
L’homme intéresse le Palais à plus d’un titre. Certes, il est communiste et même membre du Comité central du PC roumain. Mais d’abord, ce n’est pas inutile quand on ambitionne de négocier avec l’URSS. Ensuite, Pătrășcanu n’est pas vraiment proche de la ligne soviétique orthodoxe. Très critique de la politique du Komintern durant les années 30, il a eu de nombreuses fois maille à partir avec les Staliniens, notamment lors du congrès de Kharkov, où il a osé soutenir devant les Soviétiques que les Bessarabiens étaient Roumains, s’opposant ainsi à la résolution qui demandait le rattachement de la région à l’Ukraine (2) et soutenant, de fait, la politique impérialiste de la Grande Roumanie. D’aucuns murmurent que, s’il est encore en vie, c’est avant tout parce qu’il n’est plus retourné à Moscou depuis 1935…
Pătrășcanu, communiste mais patriote, serait un donc outil précieux pour échafauder l’édifice que le roi Michel tente de construire sur les débris de la popularité d’Antonescu. L’intéressé ne résiste pas à l’offre de Mocsony-Styrcea. Libéré, il rentre à Bucarest sous l’aile du baron.


Notes
1- Il s’agit sans doute d’une vrille à plat, presque toujours mortelle car le pilote est coincé sur son siège par la force centrifuge.
2- « La Moldavie n’est pas une nation distincte et, historiquement comme géographiquement, les Moldaves sont les mêmes Roumains que les Roumains de Moldavie. Ainsi, je crois qu’un point de départ aussi faux rend fausse la résolution elle-même. »
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Volkmar



Inscrit le: 12 Oct 2017
Messages: 120

MessagePosté le: Dim Mai 24, 2020 16:35    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

Région de Jlobine (“Souvorov-Sud”) – Dans ce secteur, la journée a commencé tôt [..] Ces deux unités restent très affaiblies par la bataille pour Gomel et sont assez peu renforcées par la 18. Panzer, laquelle ni ne veut, ni ne souhaite, être partout – a fortiori en première ligne.


Ni ne veut, ni ne peut ?
Ni ne peut, ni ne souhaite ?

En tout cas, ni ne veut, ni ne souhaite, ça sent le changement de formule où c'est pas le bon mot qui a été remplacé ^^
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Le front russe Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 18, 19, 20, 21, 22, 23  Suivante
Page 19 sur 23

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com